IRAN / ROJHILAT – Les commémorations des prisonniers politiques kurdes Farzad Kamangar, Shirin Alam-Houli, Farhad Vakili et Ali Heydarian exécutés le 9 mai 2010 interviennent dans un contexte particulièrement sombre pour l’Iran. Répression accrue, climat sécuritaire tendu et vagues d’arrestations massives marquent une nouvelle fois la réalité politique du pays.
Ces dernières années, des milliers de personnes ont été arrêtées et condamnées, souvent sous les chefs d’accusation de « moharebeh » (inimitié envers Dieu), « rébellion » ou « collaboration avec l’ennemi ». Selon les organisations de défense des droits humains, ces procès manquent cruellement d’équité et de preuves. La peine de mort, loin de reculer, est utilisée comme instrument de terreur et de contrôle social. En moins de deux mois, au moins 28 prisonniers politiques ou accusés d’atteintes à la sûreté de l’État ont été exécutés.
Le 9 mai 2010 : une exécution secrète
Ce jour-là, les quatre militants kurdes ont été pendus en secret à la prison d’Evin, sans que leurs familles ni leurs avocats n’en soient informés. Condamnés à mort à l’issue de procès jugés iniques par leurs défenseurs et les ONG internationales, ils étaient principalement accusés de « moharebeh » et de liens présumés avec l’opposition, accusations qu’ils ont toujours réfutées.
Farzad Kamangar, enseignant à Kamyaran, a proclamé son innocence jusqu’à la fin. Dans ses lettres émouvantes, il parlait d’éducation, d’espoir et d’égalité. Shirin Alam-Houli a dénoncé les tortures subies pour lui arracher des aveux. Des témoignages similaires existent pour Farhad Vakili et Ali Heydarian.
Les familles n’ont été ni prévenues ni autorisées à voir les corps. Les dépouilles n’ont jamais été restituées et les lieux d’inhumation restent inconnus à ce jour, infligeant une douleur supplémentaire et permanente.
Un symbole de résistance
Seize ans plus tard, ces exécutions restent l’une des violations les plus choquantes des droits humains en Iran. Elles avaient provoqué à l’époque une vague inédite de manifestations et de grèves au Kurdistan iranien, ainsi que de vives condamnations internationales d’Amnesty International et Human Rights Watch.
Aujourd’hui, plusieurs prisonniers politiques kurdes sont toujours menacés d’exécution, parmi lesquels Pakhshan Azizi, Hatem Ozdemir, Yousef Ahmadi, Raouf Sheikh-Maroufi et Mohammad Faraji. Le cas de Warisha Moradi et celui de Zeinab Jalalian, dont la peine de mort a été commuée en perpétuité, rappellent que le danger persiste.

Les lettres et écrits de Farzad Kamangar et Shirin Alam-Houli continuent d’être lus et de porter des messages d’espoir, de dignité et d’égalité. Ils inspirent toujours celles et ceux qui luttent contre l’oppression.

Le 9 mai n’est pas seulement une date commémorative. C’est le rappel d’un cycle de répression qui se poursuit et un cri exigeant l’abolition de la peine de mort, des procès équitables et le respect des droits fondamentaux en Iran.
