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ROJAVA. Commémoration du 111e anniversaire du génocide arménien à Qamishlo

SYRIE / ROJAVA – Le Conseil social arménien, en coopération avec le Parti de l’Union arménienne, a organisé jeudi une conférence au parc al-Qira’a (Parc de la Lecture) à Qamishlo pour commémorer le 111e anniversaire du génocide arménien, rendre hommage aux victimes et souligner les dimensions historiques et humanitaires de cette tragédie.

Des représentants de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), ainsi que des personnalités religieuses, communautaires et culturelles issues des différentes composantes de la région — kurdes, yézidies, musulmanes et chrétiennes — ont assisté à l’événement.

La conférence s’articulait autour de trois axes principaux :

Les massacres et génocides perpétrés contre les Arméniens par l’Empire ottoman, présentés par Hanna Soumi, chercheur spécialiste des questions autochtones ;

Les accords internationaux relatifs à l’Arménie ;

Les points communs entre les peuples victimes de génocide et les menaces historiques auxquelles ils ont été confrontés.

Dans son intervention, Hanna Soumi a retracé le contexte historique du génocide arménien. Il a rappelé que les Ottomans ont exterminé plus d’un million d’Arméniens, animés par une mentalité pantouraniste et un projet politique islamiste. Les massacres ont débuté dès 1877, se sont intensifiés jusqu’en 1908, puis ont connu une nouvelle phase sous le mouvement des Jeunes-Turcs (1908-1918), avant de culminer avec le traité de Lausanne en 1923, qui a anéanti les derniers droits des Arméniens.

Soumi a également évoqué le rôle de la cavalerie Hamidiyê, composées principalement de Kurdes sunnites et de certains seigneurs locaux, qui, mêlant religion et nationalisme, ont brandi l’étendard du djihad contre les Arméniens. Il a cité les soulèvements de Sassoun en 1894 et 1904, qui ont entraîné la mort d’environ 30 000 Arméniens selon ses estimations, ainsi que la rafle des élites arméniennes d’Istanbul le 23 avril 1915, marquant le début des déportations massives vers la Syrie, le Liban, la Jordanie et l’Irak, notamment vers Deir ez-Zor.

Il a souligné la sympathie de l’Empire russe tsariste envers les Arméniens, notamment à travers le traité de San Stefano (1878) et le traité de Berlin (1878), qui accordaient des droits et des réformes dans les six provinces arméniennes d’Anatolie occidentale — réformes jamais appliquées par le sultan Abdülhamid II.

Soumi a insisté sur le caractère systématique du génocide, qui a visé en priorité les hommes, avec des ordres directs de dirigeants comme Talaat Pacha. Il a rappelé que l’Anatolie orientale a été vidée de sa population arménienne et que les souffrances se sont poursuivies jusqu’en 1923. Il a également établi des parallèles avec des événements plus récents, notamment au Haut-Karabakh, déclarant que « l’histoire se répète ».

À la fin de sa conférence, Hanna Soumi a mis en lumière les actes de solidarité : de nombreuses personnalités et groupes kurdes et yézidis ont protégé et sauvé des milliers d’Arméniens pendant ces massacres, comme le leader yézidi Hamo Sherro, dont les gestes humanitaires restent emblématiques.