AccueilMoyen-OrientLa violence étatique ne peut produire de lien social

La violence étatique ne peut produire de lien social

SYRIE / ROJAVA – Au milieu des massacres des Kurdes, Druzes et Alaouites en Syrie et en réponse aux propos de l’envoyé spécial américain pour le Moyen Orient, le Barrack qui affirmait que les frontières de la Syrie définie par l’accord Sykes-Picot sont gravées dans la pierre et ne devraient jamais être modifiées, le chercheur Hardy Mède déclare que les violences étatiques ne sauraient produire des liens dans les sociétés profondément hétérogènes.
 
Voici ce qu’a écrit Hardy Mède :
 
« Les diplomates occidentaux, tout comme les chercheurs qui les accompagnent, continuent d’adopter une lecture essentiellement stato-centrée, héritée d’un nationalisme méthodologique. Ils considèrent l’unité de l’État comme un préalable à la stabilisation et à la pacification des sociétés, sans jamais en questionner les conditions de formation ni la nature même de cette unité. Or, comment prétendre construire un État unifié au sein d’une société profondément hétérogène autrement que par le recours à la violence ?
 
L’histoire du Moyen-Orient au cours du siècle dernier a précisément mis en lumière l’incohérence de cette approche et l’incapacité de la violence à produire du lien social durable. Si certains États européens se sont effectivement constitués à travers la guerre, cette trajectoire ne saurait être érigée en norme, ni considérée comme le facteur déterminant dans de nombreux autres cas. »
 
Par Hardy MÈDE
Maître de conférences à l’Institut catholique de Paris (ICP)
Chargé de cours à Sciences Po Paris & à l’École polytechnique
Rédacteur en chef de la revue Études kurdes