TURQUIE. Le HDP de nouveau dans le viseur du Président Erdogan

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TURQUIE  / BAKUR – Après la défaite de l’armée turque contre le PKK dans la région kurde d’Irak mi-février dernier, le régime turc a voulu se venger en s’en prenant au parti HDP pro-paix. Aussi, le 25 février, le ministère turc de la justice a demandé au Parlement de lever l’immunité parlementaire de 25 députés de l’opposition, dont 20 membres du HDP accusés de faire l’ « apologie du terrorisme » ou d’ « être membre d’un organisation terroriste ».
 
Depuis, de nombreux dossiers demandant la levée de l’immunité parlementaire de nombreux députés sont arrivés au Parlement turc qui a reçu 10 nouveaux dossiers 6 députés du HDP visés par la déchéance de l’immunité parlementaire.
 
Six des résumés préparés concernent les députés du HDP: Fatma Kurtulan, Feleknas Uca (3), Imam Taşçıer, Murat Çepni.
 
Un résumé concerne Saliha Aydeniz, coprésidente du Parti démocratique des régions (parti kurde DBP), et un autre, le député du CHP Istanbul Enis Berberoğlu. Le député MHP, Lütfü Kaşıkçı et le député AKP, Mehmet Yavuz Demir ont également un résumé les concernant.
 
L’acharnement sans fin contre le HDP
 
Depuis le 25 février, neuf députés du Parti démocratique des Peuples (HDP) sont menacés de perdre leur immunité parlementaire. Des motions en ce sens adressées à l’Assemblée nationale turque ont été renvoyées à la commission parlementaire de justice.
 
Ce nouvel acharnement visant le HDP n’est que la continuité d’une guerre anti-HDP que le parti AKP du Président Erdogan a lancé depuis les élections législatives de juin 2018 qui a vu l’arrestations de milliers de sympathisants et membres d’HDP mais aussi l’emprisonnement des députés et des élus municipaux du partis dans tout le pays, mais surtout au Kurdistan « turc ». Ainsi, le HDP est devenu le coupable idéal que le régime turc désigne pour tous les maux dont souffre le pays et même pour ses défaites militaires à l’extérieur du pays ! Des crimes imaginaires qui donnent lieu à un génocide politique visant le HDP et la société civile kurde. 
 
« Dossier Kobanê »
 
Les requêtes tendant à la levée de l’immunité parlementaire contiennent un résumé des conclusions du parquet d’Ankara dans le « dossier Kobanê ». Elles sont dirigées contre la coprésidente du HDP Pervin Buldan et contre les députés Fatma Kurtulan, Garo Paylan, Hüda Kaya, Meral Danış Beştaş, Saruhan Oluç, Serpil Kemalbay, Sezai Temelli et Pero Dundar.
 
Si la commission approuve la levée de l’immunité, les motions seront soumises à l’Assemblée nationale pour décision finale.
 
Au total, 108 dirigeants et membres du HDP – dont les anciens coprésidents emprisonnés du parti, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag – et acteurs de la société civile kurde sont poursuivis, en lien avec des manifestations survenues en octobre 2014 pour protester contre le siège par Daech de la ville kurde de Kobanê, dans le nord de la Syrie. Le parquet général réclame contre certains accusés la réclusion à perpétuité pour « destruction de l’unité de l’État et de l’ensemble du pays ». Les mis en cause sont accusés de 37 meurtres et de dizaines de tentatives de meurtre.
 
Plus de 2 500 personnes et plusieurs ministères, institutions publiques et partis politiques figurent parmi les plaignants, notamment les ministères de l’Intérieur, de la Justice, de la Défense, du Travail, des Affaires sociales et de la Famille, l’Autorité centrale de la police turque, les services secrets turcs (MIT), les partis de la coalition au pouvoir AKP et MHP, le CHP (Parti républicain du Peuple, kémaliste) et le parti Hüda Par (affilié au Hezbollah turc). Plusieurs membres du comité exécutif du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), dont Murat Karayılan, Duran Kalkan et Cemil Bayık, sont également poursuivis dans cette affaire.
 
L’acte d’accusation de 3530 pages est fondé essentiellement sur les activités politiques des accusés, ainsi que sur leurs déclarations publiques et leurs entretiens avec la presse.
 
Contexte des manifestations de Kobanê
 
Dans la soirée du 6 octobre 2014, après 21 jours de résistance des forces kurdes YPG/YPJ, les djihadistes de Daesh ont réussi à pénétrer dans la ville de Kobanê, au nord de la Syrie. Au vu de la situation critique, le HDP a appelé à manifester dans tout le pays pour dénoncer le soutien du régime turc à DAECH / ISIS. Au cours des mouvements de protestation survenus les jours suivants, des affrontements de rue ont éclaté entre les forces de sécurité turques et les manifestants dans de nombreuses villes, après que les forces de sécurité turques, appuyées par des gardes de village et des partisans du Hezbollah, aient violemment attaqué les manifestations. Le nombre de personnes tuées, des manifestants pour la plupart, est estimé entre 46 et 53. Selon un rapport de l’Association des droits de l’Homme de Turquie (IHD), 682 personnes ont par ailleurs été blessées pendant les manifestations et au moins 323 arrêtées.
 
La date du procès Kobanê a été fixée au 25 avril. Le procès aura lieu au palais de justice du campus de la prison de Sincan, à Ankara.

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