Le rocher de Sisyphe est-il tombé sur nos têtes ?

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Lorsque nous regardons de près l’étape historique et structurée que nous traversons en tant que peuples et sociétés méditerranéennes, Arabes, Kurdes, Chrétiens, Musulmans, etc. nous voyons que les scènes de mort et de destruction se répètent, et que le contexte de manipulation est accablant avec un cycle d’usure qui absorbe nos énergies.
 
C’est pourquoi plus nous voulons vivre dignement et respirer librement, plus nous sommes frappés par des attaques féroces et brutales, et toutes les violations inhumaines sont pratiquées contre nous (…) et un de ces haut-parleurs qui se considèrent responsables du destin des gens arrive, déclarant froidement : « nous sommes inquiets de la mort des enfants » ou « nous sommes bouleversés par l’enlèvement des femmes », « nous suivons la situation de près ».
 
Le tourment et la douleur continuent, et la vie de nos sociétés s’est habituée à la douleur et semble être une mort lente, mais la vérité sans équivoque est que nous sommes tous confrontés à un dilemme existentiel commun. Il semble qu’ils veulent imposer le sort de Sisyphe et qu’ils vont essayer de nous convaincre que c’est notre destin, qu’il ne changera pas et que nous vivrons cet enfer pour toujours.
 
Devons-nous accepter la futilité et l’insignifiance dont Albert Camus parlait dans son article de 1942 « Le mythe de Sisyphe » ? Devons-nous nous imaginer heureux et accepter ce destin ? Et si le châtiment qui nous est imposé par les soi-disant divinités menace la forme et l’essence de notre existence ?
 
Je voudrais ici poser la question suivante : en tant que sociétés et peuples, vivons-nous sous la forme qui représente notre essence et y aspirons, ou au contraire, survivons-nous de la manière dont les autres le souhaitent ?
 
En l’absence d’une conscience sociale et historique de la société et dans l’ignorance de la réalité des plans qui sont élaborés en secret, nos sociétés sont exposées à de graves dangers existentiels et sont combattues sur deux fronts, extérieur et intérieur, et sur les plans matériel et moral. La guerre et le terrorisme avec leurs cellules clandestines attaquent partout, faisant des victimes, ne reconnaissant aucune frontière et commettant partout des massacres qui servent leurs intérêts. Les régimes dictatoriaux autoritaires et ceux qui sont derrière eux exploitent et dirigent des outils et des robots terroristes.
 
Les marchands de crises et de guerres cherchent à répandre l’état de chaos et d’instabilité et à consacrer le sentiment d’absurdité de la vie, de sorte que la question nous amène à penser parfois au suicide ou à céder à la réalité, à l’accepter et à attendre « Godot », c’est-à-dire le sauveur et le libérateur, d’une part, et d’autre part, la douleur et la pression génèrent souvent l’explosion et conduisent à la rébellion et à la révolution, et le travail peut être difficile, mais il conduira à une nouvelle résurgence.
 
Nos sociétés orientales se distinguent par leur diversité ethnique, religieuse et culturelle, et elles forment une belle mosaïque qui ne peut être effacée d’aucune manière ni d’aucune couleur pour ne pas perdre son sens ou se déformer. Nos civilisations, profondément ancrées dans l’histoire, et notre patrimoine culturel inhérent qui se transmet de génération en génération, constituent l’esprit qui coule dans les veines de nos sociétés. Les différentes cultures sont censées se compléter les unes les autres et sont une cause d’unité et de force, et non de division, de rivalité, de faiblesse et de noyade. Les bâtiments éternels et archéologiques, ainsi que le patrimoine spirituel et intellectuel, témoignent de la grandeur de nos ancêtres, de la vérité et du sens de notre existence.
 
Dans la crise étouffante que nous traversons depuis dix ans, les marchands de guerre ou les fossoyeurs de cultures et de civilisations cherchent à vider les sociétés de leur sens et à couper leurs racines. Par exemple, le projet sombre et expiatoire de DAECH a conduit à la destruction et au vol de monuments anciens en Syrie, en Irak et dans de nombreuses régions, bref, au commerce de l’histoire.
 
L’élimination du sens par la fusion et l’annihilation des cultures et la rupture des liens des peuples avec leur passé est, selon le penseur Abdullah Ocalan, le plus grand danger pour la chute des sociétés, et nous invite à prendre conscience qu’ « aucune force n’est supérieure à la force du sens, et disons qu’aucune force ne survivra à la chute au niveau d’une fausse démonstration de force sur le pouvoir du sens ». Il n’est pas possible de parler de la vie dans un lieu dépourvu de sens. Et toute société qui perd son sens ne peut exprimer son essence et son identité. Les résultats de la perte de sens, d’esprit et d’esthétique sociale sont terribles, et nous ne pouvons parler que d’une entité vivante mais avec la tête amputée ou un cadavre laissé à se décomposer. Les sociétés qui ont réalisé leurs essences ont atteint un niveau de sophistication et d’émancipation plus élevé.
 
Sisyphe voulait déjouer la mort et la tromper, alors les dieux le punirent, et il commença à rouler la pierre sur la montagne, répétant sans cesse et essayant désespérément d’arriver à une conclusion. Nos ennemis veulent nous imposer la mort sous toutes ses formes et nous faire du mal. Je pense que nous devrions reconsidérer les concepts de vie et de mort, il n’y a peut-être pas d’échappatoire à la mort, mais c’est le fait de posséder notre propre perspective qui change les choses et le plus important est de vivre une vie pleine à chaque seconde au nom de causes ou d’objectifs plus élevés et d’adopter l’éthique du combattant samouraï contemporain.
 
Pour transcender la mort et l’absurde, nos peuples n’ont qu’à se protéger les uns les autres, nous sommes dans le même bateau et devons partager sagement le leadership pour parvenir au salut par la solidarité et comprendre les dangers qui nous attendent.
 
Être comme des arbres qui poussent sur leurs racines comme le dit le proverbe kurde, revenir à l’essentiel, aux expressions et aux symboles incarnés dans nos cultures, et avoir l’esprit de responsabilité historique pour les transmettre aux générations futures de la meilleure manière possible et préserver leurs particularités. Il n’y a pas de capitulation, pas de défaite, pas de peur, mais une insistance sur la vie et le chant à haute voix, comme dans la chanson de l’artiste égyptien Mohamed Mounir, « Élevez votre voix et chantez ».
 
Par Gulistan Sido, responsable des relations extérieures de l’Université du Rojava, Qamishlo, Syrie, 28 septembre 2020
 
La version espagnole à lire ici
 

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