La jeune écrivaine franco-kurde, Dora Djann nous parle de son roman et des femmes kurdes

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Le premier roman de la jeune franco-kurde, Dora Djann, « Ouverture à la française » sort le 30 août prochain. Ce roman a pour héroïne une jeune femme franco-kurde qui est déchirée entre sa communauté d’origine plutôt conservatrice et son désire d’émancipation. Dora Djann est une jeune femme promise à un bel avenir d’écrivaine avec toutes les richesses qu’elle a en elle de part ses origines et son parcours de vie. A ne pas rater ses travaux littéraires.
 
Dora Djann a eu la gentillesse de répondre à nos questions à l’occasion de la sortie de son premier roman que nous avons hâte de lire tant il nous (femmes occidentales d’origine kurde) touche pour plusieurs raisons : La difficulté de s’affirmer en tant que femmes kurdes occidentales émancipées tout en étant acceptées par nos familles / communauté d’origine et notre envie d’apporter notre grain de sel à la lutte de notre peuple pour le droit à l’existence.
 
Dora Djann, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
 
Je vis en France depuis 25 ans et je suis d’origine kurde et alévie. Je parle turc et français. Je suis diplômée de l’INALCO et de Paris 8. J’ai travaillé un certain temps dans le milieu kurde, comme traductrice et interprète. J’ai commencé à écrire ma première fiction romanesque au cours du Master de création de Paris 8, et il est publié aux éditions Emmanuelle Collas, l’éditrice de Selahattin Demirtas. Le titre que j’ai choisi est l’Ouverture à la française.
 
Pourriez-vous nous parler brièvement de votre roman ?
 
Ouverture à la française est l’histoire d’une jeune femme bien intégrée, s’interrogeant sur les contradictions et les idées reçues au sein de sa famille « très ouverte d’esprit » déjà, et au sein de sa communauté, et reconstituant une version de l’histoire non officielle de son pays natal, afin de se saisir de la raison pour laquelle elle est écartelée en France par ses quatre identités, turque, kurde, alévie et française.
 
D’après le résumé présenté par l’éditeur, votre roman a pour héroïne une jeune femme kurde en France qui est déchirée entre sa communauté d’origine plutôt conservatrice et son désire d’émancipation (elle finit toutefois par embrasser la résistance kurde). Que voudriez-vous ajouter à cela ?

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Mon roman est un récit en fragments très courts, avec des ellipses, comme un journal intime où des pages manquent. J’y décris l’évolution d’une jeune femme qui a hérité de la peur et de la terreur qui l’entourent, qu’elle a « intériorisées », ainsi qu’un engagement pour l’amour et pour la paix, également intériorisé et hérité.
 
Le récit imaginaire de Ziné, se révèle un combat d’émancipation douloureuse, de dignité. En portant des scènes positives, des exemples de situations décalées. Cette distanciation narrative a permis l’apparition de mes personnages masculins, du père et du grand-père de Ziné et de Joseph, que tout oppose. Ziné s’engage socialement pour sa communauté, et l’observe avec bienveillance, et curiosité
 
En tant que jeune femme d’origine kurde vivant en France, pourriez-vous nous parler des principaux difficultés des femmes kurdes vivant en France, à la fois avec leurs familles mais aussi avec la société française ?
 
Les femmes kurdes alévies, d’après mon expérience personnelle, ne sont pas libres, même si elles en ont l’impression. Elles ont intériorisé les mécanismes d’une société qui hésite entre une vraie ouverture à l’autre et un besoin d’enracinement en reconstituant avec nostalgie le culte alévi, en train de disparaître.
 
Pour la plupart, elles finissent par se marier (de préférence vierge), et à vie, ou alors elles sont exclues/s’excluent de leurs milieux d’origine, si elles choisissent la liberté sexuelle. Elles se positionnent entre ces deux extrêmes comme elles peuvent, et sont écartelées par les identités qui les composent. Dans les deux cas extrêmes, elles subissent des violences de toutes natures.
 
Les suicides qui les touchent à travers nos banlieues européennes démontrent le poids de cette réalité qui pèse sur elles. L’engagement féministe devrait les aider à s’extraire de cette situation. Elles doivent accepter leurs désirs. Chez les Alévis, le crime d’honneur n’existe pas, l’exclusion de la communauté est la peine maximale prononcée quand elles ne se comportent pas comme l’exige la morale « puritaine ». Cette exclusion accentue les suicides. Cela ne signifie pas qu’elles ne sont pas aussi directement victimes de leurs compagnons.
 
Je suis absolument persuadée que l’enjeu aujourd’hui, est que les femmes kurdes quittent les « ghettos violents » où leurs désirs ont été enfermés depuis des siècles.
 
« Ouverture à la française » est votre premier roman. Avez-vous d’autres projets de livres en cours ?
 
Oui, en français, j’écris un roman dystopique d’une femme engagée dans une lutte imaginaire. En turc, je termine un recueil d’une quarantaine de textes courts, décrivant à la fois des expériences poétiques, et analysant des situations concrètes et surtout le désir de la femme. J’essaie d’y inscrire l’humanisme mais articulé au féminin.
 
Nous vous souhaitons de belles réussites dans votre vie d’écrivaine et merci encore de nous avoir accordé votre temps alors que vous avez un emploi du temps chargé à cause de la sortie de votre livre.

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