Affaire Mawda, ou la chasse aux migrants, dont des kurdes, en Europe

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BELGIQUE, Il y a un an, le 17 mai 2018, une fillette kurde de 2 ans avait été tuée par un policier belge lors d’une course-poursuite. Elle s’appelait Mawda et elle se trouvait avec ses parents et d’autres migrants à l’arrière d’une fourgonnette sur l’A42, à Maisières, près de Mons, en Belgique. Son meurtre illustre la chasse impitoyable faite migrants en Europe.
 
Le 8 mai dernier, une conférence sur l’affaire Mawda a été organisée par la Ligue des droits humains un an après ce meurtre. Gulistan Ozer, une jeune belgo-kurde a pris la parole pour la communauté kurde à l’ouverture de la conférence. Elle lance un cri du cœur pour que cesse la chasse aux migrants qui ne sont coupables que de vouloir échapper à la guerre ou à la misère qui sévit dans leurs pays. (Pour plus d’infos concernant l’affaire Mawda, voir le site Justice pour Mawda Le 17 mai, une commémoration aura lieu au cimetière multiculturel d’Evere-Schaerbeek à 14 heures, suivie d’une manifestation le lendemain, 18 mai, près du lieu où Mawda a été tuée.)
 

Voici son discours ( voir la vidéo ici) :

« Bonsoir à toutes et tous,

 
Je tenais avant tout à remercier la Ligue des droits humains de m’avoir invitée ce soir pour faire l’introduction de la soirée mais aussi et surtout exprimer la manière dont ce drame a été vécu dans la communauté kurde.
 
Je ne suis pas la mieux placée pour parler de l’affaire d’un point de vue juridique mais ça me tenait vraiment à cœur de prendre la parole en tant que jeune femme d’origine kurde.
 
Mawda était une enfant de deux ans dont la vie a été arrachée prématurément en mai 2018. Son crime ? Ne pas avoir eu les bons papiers… En fait, oui, c’est cela, une histoire de papiers…
 
Nous vivons dans un monde où des frontières ont été tracées par les hommes pour rendre légale ou non la présence de certaines personnes sur des dits territoires. Vous me direz certainement que celles-ci n’ont pas été tracées que pour cela. Certes mais ça n’empêche que ça reste l’une des raisons principales.
 
Il est important et nécessaire de prendre conscience des raisons pour lesquelles les individus quittent leur pays ; la pauvreté, l’oppression, la guerre, la famine, une orientation sexuelle ou une identité de genre non conformes à la norme hétéro-patriarcale,… Dans les cas de figure cités précédemment, deux possibilités s’offrent aux individus: partir ou mourir !
 
En parallèle, des individus de pays du Nord s’expatrient pour étudier ou trouver un travail dans lequel ils gagneront plus d’argent. S’ils ne quittaient pas leur pays de naissance, il n’y aurait aucun de risque de mort.
 
Dans un cas, la migration des personnes est criminalisée et dans l’autre, elle est vue très positivement… La politique du deux poids, deux mesures !
 
Et oui, vous l’aurez compris, nous vivons dans un monde dans lequel les êtres humains sont placés sur une échelle de légitimité à quitter leur pays.
 
Pour en revenir à Mawda, la communauté kurde a été profondément choquée. Choquée de la perte de cette jeune enfant mais aussi de l’utilisation d’armes dans cette course-poursuite alors qu’il s’agit d’une pratique non-recommandée, choquée de la banalisation de cette mort par beaucoup, du déferlement de haine de la part de certains membres de la population, de la tentative d’étouffement de l’affaire et de la criminalisation de la part de certains politiciens, pour ne pas citer de noms. Il y a des vies qui valent moins que d’autres malheureusement, Mawda en a été un énième exemple.
 
En ce qui concerne les émotions ressenties par la plupart des Kurdes, il s’agissait avant tout d’incompréhension par rapport à l’utilisation d’armes contre un véhicule rempli d’êtres humains mais aussi de choc que cela soit arrivé ici, en Belgique, et non pas dans une zone de guerre. La colère et le sentiment d’injustice étaient très présents aussi car nous ne comprenions pas qu’on salue la lutte des Kurdes contre Daesh en Syrie et en Irak et qu’au même moment, on interdise l’accès au territoire à certains et certaines ayant osé rêver d’un lieu de vie plus sûr, plus paisible et dans lequel leurs libertés seraient davantage respectées.
 
Vous savez, naître Kurde n’est pas chose facile. En effet, pas un jour ne passe sans qu’il n’y ait une mauvaise nouvelle. Oppression, humiliations, tortures, viol, crimes pour notre simple identité. Tant d’injustices, d’horribles injustices et ce, souvent dans le silence complice voire même l’approbation des puissants de ce monde.
 
Il s’agit de la triste destinée du peuple kurde dont certains membres tentent de changer la trajectoire et ce, notamment en s’exilant.
 
La famille de Mawda désirait se rendre au Royaume-Uni afin d’y rejoindre de la famille. Malheureusement, ils furent stoppés avant et perdirent par la même occasion leur fille qui venait de fêter ses deux ans.
 
Aujourd’hui, le semblant de solution que la Belgique a offert à la famille est un visa humanitaire d’un an. Quel soulagement ! Elle a le droit de se recueillir sur la tombe de leur fille dont le destin a été brisé à cause d’un tir qui lui a été fatal pendant un an et ensuite, et bien la Belgique est incapable de donner une véritable solution à ces parents meurtris par la perte de leur enfant. Vous imaginez-vous abandonner votre enfant derrière vous ? Non et pourtant certains l’imaginent très bien pour ces parents.
 
Fort heureusement, tout n’est pas tragique dans cette histoire que je vous conte. J’ai parlé de la rudesse des propos de certains mais j’aimerais souligner toutes les beaux messages et les marques de soutien à la famille, les actions de solidarité comme l’affichage de vêtements de bébé aux fenêtres et cette marche blanche où nous avons toutes et tous, ensemble, main dans la main, sans nulle distinction, accompagné Mawda dans sa dernière demeure.
 
Ce fût un moment très émouvant où nous avons pu être aux côtés de la famille et avons fait passer le message au gouvernement que nous n’acceptons pas sa politique répressive à l’égard des migrants et migrantes.
 
Il est temps de stopper la criminalisation de la migration et la banalisation des morts.
Toutes et tous doivent avoir les mêmes droits, les droits humains et ceux-ci doivent être respectés.
 
Chaque mort sur le chemin de l’exil est une mort de trop. Ce soir, je tiens à saluer la mémoire de Semira Adamu étouffée, Mawda Shawri tuée par balles, Alan Kurdi retrouvé mort sur une plage turque, ce jeune garçon de 14 ans mort noyé avec son bulletin de notes et tous les migrants et migrantes anonymes qui meurent sur le chemin de leur Eldorado.
 
Merci. »

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