Zehra Doğan reçoit le Prix de la liberté d’expression au nom de Leyla Guven et des prisonniers en grève de la faim

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LONDRES – Zehra Dogan a appelé le monde à être la voix des prisonniers politiques qui sont en grève de la faim pour briser l’isolement imposé au leader kurde Abdullah Ocalan.
 
La lauréate du prix des arts pour la liberté d’expression 2019 d’Index on Censorship*, la peintre et journaliste kurde, Zehra Doğan s’était vu refuser l’accès à du matériel pour son travail pendant sa détention en prison en Turquie.
 
Le 4 avril, lors des remis des prix à Londres, Zehra Dogan a déclaré qu’elle dédiait son prix aux artistes, intellectuels et politiciens, dont Leyla Guven, emprisonnés en Turquie pour avoir refusé les limites imposées à leur liberté d’expression.
 
« En tant qu’artiste, imaginez-vous dans une ville détruite par la guerre. Pouvez-vous penser à autre chose qu’à dépeindre la destruction que vous voyez autour de vous ?
« Ce tableau a franchi la ligne entre l’art et la critique. »
Ces mots appartiennent au juge qui m’a condamnée à une peine de prison pour un tableau que j’ai peint.
Les limites de l’art, sur lesquelles le monde artistique n’a pas réussi à s’entendre depuis des siècles, ont apparemment été élucidées par la décision d’un tribunal turc.
Il n’y a pas que l’art qui a eu des frontières tracées autour de lui en Turquie : les choses qui peuvent être dites entre amis, les sujets sur lesquels vous pouvez écrire et les concepts dont vous pouvez débattre à l’école avec vos élèves ont tous été limités par les autorités. Et ceux qui rejettent ces limitations se retrouvent en prison. Les journalistes qui rejettent ces limitations et cette « liberté d’expression » perdent soit leur emploi, soit leur liberté, soit leur vie. Les femmes qui s’élèvent contre la répression de l’ordre patriarcal rencontrent aujourd’hui plus de difficultés que jamais. Il en va de même pour les Kurdes qui veulent exprimer leur identité. Les Kurdes qui n’entrent pas dans les moules que les autorités leur ont façonnés risquent des perquisitions, des arrestations et même la mort.
Les prisons turques sont remplies d’artistes, d’intellectuels et de politiciens, parce que nous rejetons ces limites imposées à notre liberté d’expression et nous continuerons à les rejeter. Il y a des milliers de prisonniers en grève de la faim, à l’instar de la députée Leyla Guven. Beaucoup d’entre eux sont gravement malades, veuillez nous faire part de leur histoire.
Bien qu’ils tentent de restreindre notre liberté d’expression dans les prisons à travers les livres qu’ils refusent de nous donner et les lettres qu’ils trouvent « suspectes », il y a d’innombrables détenus qui ont surmonté cette situation par leur propre productivité. Je leur dédie ce prix.
*Index on Censorship (la censure à l’index) est une des organisations majeures de défense de la liberté d’expression dans le monde. Elle défend la liberté d’expression partout où elle est entravée ou menacée.
Image via Evrensel 

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