Erdogan à Paris pour la commémoration de l’armistice du 11 novembre ?

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Le député français François Pupponi déclare que le président turc Erdogan est susceptible de participer à la commémoration du centenaire de l’armistice de la première guerre mondiale sur invitation de président Emmanuel Macron. Pupponi et d’autres élus français des associations arméniennes ont écrit une lettre ouverte à Macron et l’invite à dire à Erdogan quelques une des agissement du pouvoir turc à l’intérieur et à l’extérieure de la Turquie et qui vont à l’encontre du droit international.

Voici leur lettre :

« Voici la lettre que j’ai cosignée avec d’autres élus à la demande d’associations Arméniennes, suite à la possible venue du Président Turc, Recep Tayyip Erdogan lors des commémorations du centenaire de l’armistice de la première guerre mondiale.

Erdogan à la commémoration du 11 novembre : ce qu’il faut avoir le courage de lui dire

A l’initiative de la présidence de la République, 80 chefs d’État et de gouvernement sont invités à participer aux commémorations du centenaire de l’Armistice. Comme l’a déclaré M. Emmanuel Macron, cet événement entend se réclamer du « plus jamais ça » qui avait sous-tendu « la volonté » de mettre fin à la Première Guerre mondiale. Dans cet esprit, l’Élysée a indiqué que ce jour anniversaire, qui ne donnera pas lieu à un grand défilé militaire mais à un forum pour la paix, aura pour objet que la « paix chaque jour gagne du terrain, parce qu’aujourd’hui chaque jour, elle en perd ». 
 
Lors de l’inauguration de l’Historial franco-allemand de la guerre 14-18 du Hartmannswillerkopf, le 10 novembre 2017, Emmanuel Macron, insistant sur l’importance du devoir de mémoire, avait entre autres affirmé que « 2018 ne sera pas une année de triomphalisme, mais un miroir tendu à notre monde d’aujourd’hui qui si souvent encore choisit la radicalité, la brutalité, la violence comme réponse à des problèmes qui appelleraient bien plutôt le dialogue et la main tendue quel que soit le poids de souffrance que ces problèmes comportent ». Il avait confirmé ses intentions lors de son discours à la 73e Assemblée générale de l’ONU en déclarant : « n’oubliez jamais que les génocides qui ont fait que vous êtes là aujourd’hui, étaient nourris par les discours auxquels nous nous habituons ». 
 
Si les personnalités signataires de ce texte ne peuvent que souscrire à ces propos, elles s’inquiètent cependant que leur portée ne soit dénaturée par la venue aux commémorations du centenaire de certaines autorités qui, au lieu de tirer les leçons du passé et d’en condamner les atrocités, s’en rendent complices par le déni et perpétuent aujourd’hui dans leur gouvernance les maux que ce grand rassemblement international voudrait combattre. Il en va notamment ainsi de la présence de M. Recep Tayyip Erdogan qui espère nous « habituer » à l’odieux négationnisme d’État de la Turquie à l’égard du génocide des Arméniens, perpétré en 1915-16 par le gouvernement « Jeune Turc ». Ce chef d’État n’a semble-t-il tiré de ce génocide qu’un seul enseignement : le fait que le crime peut s’avérer payant. Et, depuis au moins son accession à la présidence turque, il renvoie l’image de cette « radicalité », de cette « brutalité », de cette « violence » qu’il s’agit pourtant d’éradiquer pour que ne se reproduisent pas les horreurs du passé. 
 
Jusqu’à ce jour, l’État qu’il dirige continue de professer un nationalisme agressif, doublé depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP, d’un islamisme revendiqué. Il maintient l’occupation militaire de Chypre, membre de plein droit d’une Union européenne qu’il prétend cependant vouloir intégrer. Cet État perpétue l’oppression de ses minorités, en particulier les Kurdes, contre lesquels il mène une guerre qui ne dit pas son nom à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. Il attise les feux du djihadisme et de l’antisémitisme en incitant à une haine inextinguible contre Israël, tandis que les atteintes aux libertés à l’intérieur même de la Turquie gravissent des sommets. Cet État est encore cette année la plus grande geôle du monde pour les journalistes. Il compte 55 000 prisonniers politiques et a procédé, en l’espace de deux ans, au licenciement de 150 000 fonctionnaires pour délit d’opinion. Et il ne s’agit là que de quelques exemples, parmi tant d’autres, des turpitudes dont il se rend responsable. 
 
Aussi, quelles que soient les raisons pour lesquelles la République juge utile de dérouler le tapis rouge devant Erdogan, les signataires de cet appel entendent lui dire en face que personne en France n’est dupe de ses agissements. 
 
Et ils affirment avec détermination que la paix ne saurait se fonder sur les non-dits ou la complaisance envers les crimes du passé comme du présent, les politiques de haine et de discrimination. Ils enjoignent M. Erdogan à renoncer à ses pratiques délétères, à son nationalisme agressif et à son islamisme politique qui sont antinomiques de la volonté de paix à laquelle nous invite cette date anniversaire, si lourde en symboles. 
 
Ils demandent au Président de la République de faire montre de la clarté nécessaire envers son « invité », afin que sa présence ne puisse en aucun cas être interprétée comme une caution apportée à ses méthodes, à sa gouvernance, à son régime, et à ses manifestations de violence qui n’ont pas leur place dans le message que se doit de porter le centième anniversaire de l’Armistice. »

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