AccueilMoyen-OrientIrakGûldexwîn, la fleur endeuillée des montagnes kurdes

Gûldexwîn, la fleur endeuillée des montagnes kurdes

Au cœur des montagnes du Kurdistan, là où les sommets respirent la liberté, fleurit chaque printemps une fleur d’une beauté unique et mélancolique : la tulipe inversée (Fritillaria imperialis), connue en kurde sous les noms de Gûldexwînfleur qui pleure du sang ») ou Gula Xemgînrose endeuillée »).

Son centre génétique se trouve à Êlih (Batman), au Kurdistan du Nord. Elle s’épanouit de mai à juin sur les pentes rocheuses, entre 1 250 et 3 000 mètres d’altitude. Ses grandes fleurs en forme de cloche penchent humblement vers la terre, comme en signe de recueillement. À leur sommet, une couronne de feuilles surplombe les pétales, tandis que l’eau de pluie s’y accumule avant de ruisseler en larmes le long des fleurs — une image saisissante qui lui vaut sa réputation de « fleur qui pleure ».

Alors que toutes les autres fleurs semblent sourire au ciel, la Gûldexwîn regarde vers le sol, dans une posture d’humilité et de tristesse. Les Kurdes l’appellent parfois la « fleur de la liberté des sommets ».

Une fleur menacée par l’occupation

Malgré sa beauté emblématique, les photographes et amoureux de la nature ne peuvent plus accéder librement à ses habitats. Les restrictions militaires imposées par l’armée turque dans de vastes zones du Kurdistan du Nord empêchent tout accès aux montagnes durant la période de floraison. Le temps de vie des fleurs étant court, elles fanent avant même que les barrières d’accès ne soient levées.

Cette fleur majestueuse est présente du Kurdistan à l’Iran, en Afghanistan et au Cachemire, mais c’est au Kurdistan que l’on trouve la plus grande diversité, avec de nombreuses espèces endémiques. Des études ont montré que sur les variétés présentes dans la région, un grand nombre sont uniques au monde et ne poussent nulle part ailleurs.

Symbole vivant de la résilience kurde, la Gûldexwîn incarne à elle seule le destin d’un peuple : belle, fière, profondément enracinée dans sa terre, mais entravée, pleurant et pourtant toujours debout face aux sommets.