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Turquie : Une infirmière kurde licenciée pour un geste de solidarité avec les femmes du Rojava

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TURQUIE – İkra Avcı, infirmière kurde travaillant à Kocaeli, a été suspendue de ses fonctions puis licenciée après avoir publié une vidéo d’elle en train de tresser ses cheveux. Ce geste symbolique, partagé sur les réseaux sociaux, était un acte de solidarité avec les femmes kurdes du Rojava victimes d’humiliations et de violences par les gangs djihadistes soutenus par Damas et Ankara.

Dans la culture kurde, la tresse représente la dignité, l’identité et la résistance des femmes. Ce geste collectif est né en réaction à une vidéo odieuse montrant un milicien brandissant la tresse coupée d’une combattante kurde tuée, dans une tentative humiliante de briser l’esprit des femmes kurdes.

Au lieu de protéger l’une de ses citoyennes, l’État turc a choisi de la punir. Après une violente campagne de lynchage sur les réseaux, İkra Avcı a été suspendue, puis définitivement écartée de son poste. Dans une vidéo poignante publiée sur les réseaux sociaux dans laquelle on la voit vider son appartement, elle a déclaré : « Je n’ai plus de maison ! »

Cette affaire révèle une nouvelle fois la répression systématique exercée contre toute expression de solidarité kurde en Turquie. Exprimer son attachement à l’identité kurde et défendre la dignité des femmes kurdes attaquées en Syrie suffit aujourd’hui à perdre son emploi et à être traitée en ennemie.

İkra Avcı n’est pas seulement une infirmière licenciée. Elle est devenue le symbole d’une Turquie qui refuse toujours d’accepter l’existence kurde, même dans ses gestes les plus simples et les plus humains.

Et si la guerre au sol éclatait au Kurdistan irakien ?

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IRAK / KURDISTAN – Après des semaines d’attaques répétées et intensives menées par des milices chiites pro-Iran contre le Kurdistan d’Irak, la possibilité d’un affrontement direct au sol entre les Peshmergas et ces milices commence à être évoquée dans certains cercles kurdes.

Les Forces de mobilisation populaire (FMP – Hashd al-Shaabi), intégrées légalement à l’appareil sécuritaire irakien, ont multiplié les frappes de drones et de missiles contre des positions kurdes, des infrastructures civiles et même des bases des Peshmergas. Ces agressions, souvent revendiquées sous le nom de « Résistance islamique en Irak », ont déjà fait des dizaines de morts et blessés parmi les forces kurdes, y compris récemment à Erbil et dans la province de Souleimaniye.

Les principaux groupes impliqués dans ces attaques sont :

  • Kataib Hezbollah (KH)

  • Asaib Ahl al-Haq (AAH)

  • Kataib Sayyid al-Shuhada

  • Harakat Hezbollah al-Nujaba ainsi que d’autres factions pro-iraniennes au sein du Hachd al-Chaabi (« Unités de mobilisation populaire » ou « Forces de mobilisation populaire »).

Financées, armées et dirigées en grande partie par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), mais aussi par Bagdad, ces milices opèrent pourtant avec la bénédiction ou l’inaction du gouvernement irakien, qui se contente souvent de condamnations verbales sans jamais les désarmer ni les intégrer pleinement dans l’armée fédérale.

Face à cette escalade, de nombreux Kurdes s’interrogent : jusqu’à quand les Peshmergas, seuls remparts de la sécurité du Kurdistan, devront-ils subir ces attaques sans répondre ? Une guerre au sol entre les forces kurdes et ces milices pro-iraniennes n’est plus une hypothèse lointaine, mais une perspective de plus en plus réelle si Bagdad continue de protéger ces groupes au lieu de les neutraliser.

Le Kurdistan irakien, qui a déjà payé un lourd tribut contre Daech, refuse aujourd’hui d’être transformé en champ de bataille par des milices étrangères et un gouvernement central complice.

L’Irak aussi est responsable des attaques ciblant le Kurdistan irakien

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IRAK / KURDISTAN – Les attaques contre les Kurdes d’Irak ne viennent pas seulement de Téhéran. Les FMP (Hashd al-Shaabi), milices pro-iraniennes intégrées légalement à l’appareil irakien depuis 2016, en sont les exécutants. Après la défaite de Daech et leur allégeance ouverte à Khamenei, Bagdad aurait dû les dissoudre ou les intégrer dans l’armée fédérale. Au lieu de cela, il les protège et les laisse frapper les Kurdes en toute impunité.

Les Forces de mobilisation populaire (FMP – Hashd al-Shaabi) sont certes pilotées en grande partie par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique iranienne. Mais elles constituent surtout une composante officielle et légale de l’appareil sécuritaire irakien.

 

En 2016, le Parlement irakien a voté des lois leur accordant un statut officiel, un budget, une autorité et une protection étatique. Pendant la guerre contre Daech, une grande tolérance existait envers l’utilisation des FMP par Bagdad pour combattre l’organisation terroriste. Cependant, une fois la menace de l’EI largement écartée, et surtout après que les FMP ont ouvertement déclaré leur allégeance au Guide suprême iranien Ali Khamenei et au CGRI, il était temps pour l’Irak de prendre ses responsabilités.

 

Bagdad aurait dû à ce moment-là affaiblir ces milices, les dissoudre ou les absorber pleinement dans l’armée fédérale irakienne. Au lieu de cela, le gouvernement irakien a choisi de les maintenir en l’état, leur laissant toute latitude pour opérer sur le territoire kurde. 

 

En se contentant de condamner verbalement les attaques répétées contre les Kurdes sans jamais mettre en place de mécanismes concrets pour les prévenir ou sanctionner leurs auteurs, Bagdad ne se montre pas seulement complice : il participe activement à cette politique d’agression. Cette inaction délibérée envoie un message clair : les Kurdes peuvent être visés en toute impunité sous couvert de l’État irakien. (Via Scharo Bajalan) 

Newroz à Kobanê : un jeune Kurde sanctionné, les attaques contre les Kurdes tolérées

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SYRIE / ROJAVA – Le ministère de l’Intérieur du gouvernement de transition a annoncé, plusieurs jours après les faits, l’arrestation d’un jeune Kurde pour avoir abaissé un drapeau syrien lors des célébrations du Newroz dans la campagne de Kobanê. Cette annonce a provoqué une vive indignation au sein de la communauté kurde, qui dénonce une application sélective et discriminatoire de la loi.

Selon des sources locales, le jeune homme a été interpellé immédiatement par les Forces de sécurité intérieure (Asayish) juste après l’incident. Pourtant, le ministère a choisi de diffuser sa photo et de médiatiser l’arrestation plusieurs jours plus tard. Pour beaucoup de Kurdes, il s’agit d’une mise en scène destinée à masquer l’incapacité du gouvernement à régler les problèmes bien plus graves qui touchent la région.

Cette réaction contraste fortement avec l’absence totale de mesures contre les nombreuses insultes et provocations dirigées contre les symboles kurdes, notamment le drapeau kurde, qui ont été tolérées ou ignorées. Les Kurdes y voient une politique à deux vitesses, une insulte délibérée à leur dignité nationale et une remise en cause des principes d’égalité censés guider la transition syrienne.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) rapporte que cette approche sélective a attisé la colère dans la campagne de Kobanê et dans d’autres zones kurdes. De nombreux civils exigent désormais que toutes les violations soient traitées de manière égale, sans discrimination ethnique ou politique.

En persistant dans cette voie, le gouvernement risque d’exacerber les tensions, d’affaiblir la confiance dans l’accord du 29 janvier et de fragiliser la stabilité dans les régions kurdes.

ROJAVA. Damas arrête trois cousins kurdes dans le canton de Kobanê

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SYRIE / ROAJAVA – Malgré les accords et les promesses, la persécution systématique des Kurdes dans le nord-est de la Syrie ne faiblit pas. Des gangs armés affiliés à Ankara et aux autorités de Damas continuent de semer la terreur contre la population kurde, dans une tentative apparente d’éradiquer toute forme de résistance et d’autonomie dans la région.

Dernier épisode en date : trois cousins kurdes originaires du village de Matin, dans la campagne ouest de Kobanê, ont été arrêtés arbitrairement alors qu’ils circulaient à bord de leur véhicule au point de contrôle de Kharab Ashk. Les auteurs de cette arrestation sont des membres des Forces de sécurité générale du gouvernement de Jolani (Hayat Tahrir al-Sham).

Selon les informations recueillies sur place, l’arrestation serait motivée par des allégations selon lesquelles le frère de l’un des trois hommes aurait été récemment libéré. Aucune explication claire n’a été fournie. Depuis leur interpellation, on est sans nouvelles des trois cousins : ni leur lieu de détention, ni leur état de santé, ni les motifs réels de leur arrestation n’ont été communiqués.

Ces disparitions forcées et ces enlèvements arbitraires s’inscrivent dans un schéma plus large de harcèlement, d’intimidation et de répression ciblée contre les Kurdes du Rojava. Ils rappellent que, pour les forces de Damas et leurs alliés, la simple identité kurde reste souvent synonyme de suspicion et de danger.

Kobanê, symbole mondial de la résistance kurde face à Daech, continue ainsi d’être étranglée, assiégée et humiliée. Le peuple kurde du Rojava, qui a payé un lourd tribut pour vaincre le terrorisme islamiste et défendre une société plurielle et démocratique, se retrouve aujourd’hui confronté à une nouvelle vague d’oppression.

L’Iran et ses proxies chiites pilonnent le Kurdistan d’Irak

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IRAK / KURDISTAN – La nuit dernière, plusieurs régions du Kurdistan d’Irak ont été la cible d’une nouvelle vague d’attaques de drones et de missiles attribuées à l’Iran et aux milices chiites irakiennes pro-Téhéran. Les sites visés incluent Spilik (où six soldats kurdes avaient déjà été tués le 24 mars), Makhmur, Duhok, Erbil, Souleymaniye, le mont Korak, Khoya, Soran et d’autres zones avoisinantes.

Selon des sources locales, la résidence du président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, à Duhok, a été touchée à deux reprises en moins de 24 heures. Ces frappes n’ont pas fait de victimes selon les premières informations, mais elles accentuent fortement la pression sur la région autonome.

Ces agressions interviennent dans un climat de tensions extrêmes. Le président du Parti démocratique du Kurdistan (KDP), Masoud Barzani, a révélé que le siège social du parti a été attaqué cinq fois depuis le début du conflit actuel. « Nous avons gardé ces incidents secrets pour éviter de créer la panique et la colère parmi la population », a-t-il déclaré.

Ces nouveaux assauts s’inscrivent dans une campagne beaucoup plus vaste : plus de 450 attaques par missiles, drones et roquettes ont ciblé le Kurdistan d’Irak et les positions des Peshmerga depuis le déclenchement de la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran (fin février 2026). Ces frappes répétées, menées directement par l’Iran ou via ses proxies irakiens, ont déjà causé des morts et des blessés parmi les civils et les forces kurdes, et menacent la stabilité de toute la région.

TURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Ilyas Eren

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Sur la place Galatasaray à Istanbul, les Mères du Samedi ont tenu leur rassemblement hebdomadaire pour exiger vérité et justice sur les milliers de disparitions forcées commises sous la garde de l’État turc.

Cette semaine, leur voix s’est élevée pour İlyas Eren, un Kurde porté disparu après avoir été enlevé il y a 29 ans.

Originaire du district de Kulp (province d’Amed/Diyarbakır), İlyas Eren était un agriculteur père de huit enfants. Il vivait avec sa famille dans le hameau de Rindik, rattaché au village de Dêlit (Yeşilköy). Dans les années 1990, il a été arrêté et torturé à plusieurs reprises pour avoir refusé de devenir « garde villageois » au service de l’État turc.

Après la destruction de son village par l’armée turque en 1993, la famille s’est réfugiée au centre de Kulp. Le 11 mars 1997, alors qu’il attendait à la gare routière d’Amed, İlyas Eren a été enlevé en plein jour par des hommes se faisant passer pour des policiers. Des témoins l’ont vu forcé de monter dans un véhicule. Ce fut la dernière fois qu’il fut vu vivant.

Selon Jiyan Tosun, responsable de la branche stambouliote de l’Association des droits de l’homme (İHD), des témoins ont identifié le véhicule comme appartenant au chef de la principale association de gardes villageois de Kulp. Malgré une plainte immédiate de la famille, aucune enquête sérieuse n’a été menée. L’affaire a été classée sans suite et les responsables sont restés impunis.

Après avoir épuisé tous les recours internes, la famille a saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le gouvernement turc a lui-même reconnu qu’aucune enquête effective n’avait été conduite et que le droit à la vie d’İlyas Eren avait été violé. Pourtant, l’affaire a finalement été frappée par la prescription, perpétuant l’impunité.

« Aucune enquête efficace n’a été menée. La vérité n’a pas été établie et les responsables n’ont pas été jugés », a déclaré Jiyan Tosun. « L’État et le système judiciaire contribuent systématiquement à cette culture de l’impunité dans les cas de disparitions forcées. Mais nous continuerons à réclamer justice. »

La veillée s’est terminée par le dépôt d’œillets rouges sur la place Galatasaray, symbole de mémoire et de résistance pacifique face à l’oubli imposé.

 

 

Depuis près de 31 ans, les mères du samedi demandent justice pour leurs disparu.e.s
 
Le samedi 27 mai 1995, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) descendaient pour la première fois sur la place Galatasaray, à Istanbul, pour exiger la fin des disparitions forcées et demander qu’on leur rende leurs proches portés disparus.
 
Les « mères du samedi » reprochent à l’État turc de ne pas avoir enquêté sérieusement pour établir la vérité sur ceux qui ont disparu après leur mise en détention par les autorités turques.
 
Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcés et meurtres (de journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans) par l’État ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie.

#IRANWAR. Attaque contre la résidence d’un dirigeant kurde d’Irak

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IRAK / KURDISTAN – Ce matin, une attaque lâche au drone a visé la résidence secondaire du Président Nechirvan Barzani, Président de la Région du Kurdistan irakien, à Duhok. L’explosion a causé des dégâts matériels, mais heureusement aucune victime n’est à déplorer parmi les habitants ou les gardes. Cet acte terroriste intervient dans un contexte d’escalade régionale où le Kurdistan, une fois de plus, paie le prix de sa simple existence en tant que nation opprimée.

Pour le peuple kurde, cette agression n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une longue série d’attaques menées par des milices pro-iraniennes, des groupes du Hachd al-Chaabi (PMF) et d’autres forces liées à Téhéran ou à Bagdad, qui cherchent à déstabiliser notre région. Quelques jours seulement après l’attaque iranienne aux missiles balistiques qui a martyrisé six Peshmergas à Soran et en a blessé des dizaines d’autres, voilà que l’on s’en prend directement au symbole même de la direction kurde.

Nechirvan Barzani a qualifié cette attaque d’« escalade très dangereuse pour l’ensemble de l’Irak ». Il a raison : en visant la résidence d’un leader kurde légitime, ce sont tous les Kurdes que l’on cherche à intimider. C’est une tentative claire de nous ramener à l’époque où nous n’étions que des citoyens de seconde zone dans un État arabe centralisé qui nous a toujours nié nos droits les plus élémentaires.

Le Kurdistan irakien reste un îlot de stabilité, de démocratie relative et de coexistence dans une région ravagée par les guerres, le sectarisme et l’autoritarisme. Nous avons combattu Daech en première ligne, versé un sang précieux pour défendre non seulement notre terre mais aussi l’humanité entière. En retour, nous subissons des attaques répétées : drones, missiles, provocations permanentes aux frontières, et un gouvernement central à Bagdad qui peine – ou refuse – à exercer sa souveraineté contre les milices illégales qui opèrent sur son sol.

Cette attaque est une nouvelle preuve que le Kurdistan reste colonisé. Divisé entre quatre États (Turquie, Iran, Irak, Syrie), privé d’un État indépendant reconnu, notre peuple est traité comme une menace existentielle par les régimes qui nous entourent. Que ce soit les drones iraniens, les incursions turques, les pressions de Damas sur le Rojava ou les milices chiites en Irak, le message est toujours le même : les Kurdes ne doivent pas être libres, forts ou unis.

Aujourd’hui, le Président français Emmanuel Macron a condamné fermement cette « attaque inacceptable » et réaffirmé le soutien de la France à la souveraineté de l’Irak « et du Kurdistan en son sein ». Des voix kurdes, irakiennes et internationales s’élèvent pour exiger une enquête sérieuse et la punition des coupables. Mais pour le peuple kurde, les paroles ne suffisent plus. Ils exigent des actes concrets : que Bagdad désarme enfin les groupes hors-la-loi, que la communauté internationale protège réellement le Kurdistan et que cesse l’impunité dont jouissent ceux qui attaquent les Kurdes.

Les Kurdes d’Irak, otages d’un État colonial factice au cœur de la guerre USA/Israël vs Iran

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IRAK / KURDISTAN – Depuis le 28 février 2026, le Moyen-Orient est plongé dans une guerre ouverte entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Lancée par des frappes aériennes massives américano-israéliennes, cette confrontation a rapidement débordé sur le territoire irakien. L’Iran a riposté en lançant des missiles balistiques et des drones contre des bases américaines, des intérêts israéliens et, à plusieurs reprises, contre les zones kurdes d’Irak.

Le 24 mars 2026, six missiles balistiques iraniens ont frappé une base de peshmergas dans la région de Soran, au nord d’Erbil, tuant six combattants kurdes et en blessant une trentaine d’autres. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière contre les forces de sécurité kurdes depuis le début du conflit. Le président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a qualifié cet assaut de « agression hostile directe » contre la souveraineté du Kurdistan et a exigé que le gouvernement fédéral irakien mette fin à ces attaques. Parallèlement, des milices pro-iraniennes des Forces de mobilisation populaire (FMP / Hachd al-Chaabi) ont multiplié les opérations contre des cibles américaines et kurdes en Irak, tandis que des frappes en retour (attribuées aux États-Unis ou à Israël) visent leurs positions.

Dans ce chaos, le Premier ministre irakien Mohammed Shia al-Sudani s’est retrouvé dans une position contradictoire : il a publiquement condamné les attaques visant le Kurdistan (y compris celle d’aujourd’hui ciblant la résidence du président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, à Duhok), tout en dirigeant un gouvernement qui finance, intègre et légitime les FMP – ces mêmes milices largement loyales à Téhéran et souvent accusées de mener des actions parallèles.

Cette guerre régionale met cruellement en lumière les faiblesses structurelles de l’État irakien, fruit d’une construction coloniale britannique post-1918, conçue avant tout pour des raisons pétrolières et géostratégiques plutôt que pour refléter une identité nationale cohérente.

La genèse coloniale de l’Irak

Après la défaite de l’Empire ottoman en 1918, la Grande-Bretagne obtient le mandat sur la Mésopotamie. Les trois vilayets ottomans de Bagdad, Bassora et Mossoul (ce dernier riche en pétrole et à majorité kurde) sont artificiellement fusionnés pour former l’État irakien en 1921. Le pétrole de Mossoul constitue l’enjeu central : les Britanniques veulent sécuriser l’approvisionnement en mazout pour leur flotte navale. Les Kurdes, qui avaient reçu des promesses d’autonomie ou d’indépendance dans le traité de Sèvres (1920), sont trahis par le traité de Lausanne (1923). Le vilayet de Mossoul est intégré à l’Irak malgré la volonté majoritaire kurde, pour des motifs purement économiques et stratégiques.

Cet État « factice » réunit des populations aux identités distinctes : Arabes chiites et sunnites, Kurdes (peuple indo-iranien à majorité sunnite), Turkmènes, Assyriens, etc., sans véritable cohésion nationale préalable. Les décennies suivantes sont marquées par des répressions successives contre les Kurdes : révoltes sous la monarchie, arabisation forcée sous Saddam Hussein, et surtout la campagne Anfal de 1988 avec le gazage d’Halabja.

L’autonomie kurde et les tensions persistantes

Après 1991 et la zone d’exclusion aérienne, les Kurdes obtiennent une autonomie de facto, consolidée par la Constitution fédérale de 2005. La Région du Kurdistan irakien dispose aujourd’hui de son propre gouvernement (KRG), parlement, forces peshmergas et contrats pétroliers. Pourtant, les « territoires disputés » (Kirkuk, Sinjar…), le partage des revenus pétroliers et le rôle des milices pro-iraniennes restent sources de conflits permanents avec Bagdad.

L’absurdité d’un État qui ne contrôle pas ses propres forces

La guerre actuelle accentue dramatiquement ces contradictions. Les FMP agissent souvent comme un État dans l’État, servant des agendas extérieurs (iranien) tout en étant officiellement intégrées aux forces irakiennes. Le Premier ministre Sudani condamne les attaques contre les peshmergas et le Kurdistan, tout en tolérant ou en finançant les milices qui participent à l’escalade régionale. Un gouvernement qui ne parvient pas (ou ne veut pas) monopoliser la violence légitime ne peut pas crédiblement invoquer l’« intégrité territoriale » face aux aspirations kurdes.

Les Kurdes d’Irak otages d’un État colonial artificiel

Les Kurdes d’Irak se retrouvent une fois de plus otages d’un État colonial artificiel, conçu pour le pétrole et non pour les peuples qui l’habitent. À chaque crise régionale – et particulièrement dans cette guerre USA/Israël-Iran – les lignes de faille ethniques, confessionnelles et pétrolières resurgissent. Tant que Bagdad ne proposera pas un fédéralisme réel et respecté, ou que les Kurdes ne pourront pas exercer pleinement leur droit à l’autodétermination, l’Irak restera un pays fragile, traversé par des acteurs armés parallèles et des ingérences étrangères.

Les gangs : l’arme secrète de la guerre spéciale turque contre les quartiers révolutionnaires

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TURQUIE / KURDISTAN – Derrière les « gangs de nouvelle génération » se cache une stratégie vieille de décennies pour corrompre, diviser et expulser les communautés kurdes, alévies et progressistes.

Les « gangs de motards » ou « gangs de nouvelle génération », présentés comme un phénomène récent et soudain, existent en réalité depuis la fin des années 1990. Ils servent depuis longtemps d’instrument de guerre spéciale de l’État turc au Kurdistan et dans les quartiers sensibles d’Istanbul.

Contrairement à l’image médiatique, ces bandes ne sont pas venues de l’extérieur : elles ont été formées par des jeunes du quartier lui-même, souvent avec le soutien tacite ou actif de l’appareil sécuritaire. Leur objectif ? Corrompre la jeunesse, saper l’influence révolutionnaire, modifier la composition démographique et préparer la gentrification forcée des zones populaires.

Comment les gangs sont-ils apparus ?

Jusqu’au milieu des années 1990, les quartiers à forte identité révolutionnaire, kurde ou alévie (Gazi, 1er Mai, Okmeydanı…) bénéficiaient d’une organisation collective solide malgré la pauvreté et la négligence étatique. Après le massacre de Gazi en 1995 et les vagues de répression qui ont suivi, l’État a changé de méthode : moins de tanks, plus de guerre sociale.

La police a d’abord laissé exploser les vols tout en refusant d’intervenir, renvoyant les habitants vers « les révolutionnaires ». Dans ce vide sécuritaire, des bandes locales sont apparues, présentées comme des « groupes de protection du quartier ». L’exemple le plus emblématique reste le gang d’Arap Emrah à Gazi. En surface, elles faisaient cesser les vols ; en réalité, elles marquaient le début d’une stratégie de pourrissement social.

L’État a simultanément lancé une rhétorique raciste (« bandes kurdes », « bandes alévies ») pour isoler ces quartiers et discréditer leurs habitants.

Des « gangs nouvelle génération » à la guerre sociale

À partir du début des années 2000, avec l’expansion d’Istanbul et la volonté de l’État de chasser les populations pauvres du centre-ville, une nouvelle phase s’est ouverte. D’anciens militants révolutionnaires déçus ou retournés ont été utilisés pour créer des structures plus sophistiquées.

L’apparition massive de bars « folkloriques turcs », la diffusion de la drogue, la prolifération des armes et la modification démographique (installation de populations turques et sunnites dans des quartiers kurdes ou alévies) faisaient partie du même plan : briser le tissu social, affaiblir les liens communautaires et révolutionnaires.

Les médias ont systématiquement criminalisé ces quartiers en les qualifiant de « plus dangereux de Turquie », facilitant ensuite les opérations de transformation urbaine (gentrification) qui visent à expulser les pauvres vers la périphérie.

La réapparition après 2016

La tentative de coup d’État de juillet 2016 a offert une nouvelle opportunité à l’appareil de guerre spéciale. Alors que la répression s’intensifiait contre les structures révolutionnaires (arrestations massives, harcèlement policier), les gangs ont retrouvé de l’espace.

Les paris illégaux ont servi d’entrée en matière : une source de revenus rapide pour les jeunes désœuvrés, gérée par d’anciens éléments issus des milieux révolutionnaires. De là sont nés des groupes comme les Daltons ou les Casper, qui ont commencé par se présenter comme des « protecteurs du quartier » avant de plonger dans le trafic de drogue, la prostitution et l’extorsion.

Ces gangs utilisent souvent une organisation en cellules discrètes : les membres ne se connaissent pas tous, et le chef reste lointain. Le recrutement se fait via les réseaux sociaux, les séries télévisées glorifiant les « gangs de quartier », et le discours de la « protection » face à la drogue et aux « étrangers » – un discours hypocrite, car ces mêmes gangs finissent par contrôler ou tolérer les trafics.

Le vrai visage de la stratégie

Des témoignages d’anciens membres montrent le mécanisme :

  1. On approche les jeunes pauvres en leur offrant argent, armes et un sentiment d’appartenance.

  2. On commence par « protéger le quartier » contre les dealers extérieurs.

  3. On finit par devenir soi-même le vecteur de la dégradation sociale et par dénoncer les révolutionnaires à la police.

L’objectif final est clair :

  • Couper la jeunesse kurde et progressiste du Mouvement de libération.

  • Rendre les quartiers invivables pour justifier leur destruction et leur reconstruction au profit d’autres populations.

  • Transformer les habitants en informateurs par peur des gangs.

Réduire ces phénomènes à un simple problème de « criminalité juvénile » ou de « gangs de nouvelle génération » revient à ignorer leur dimension stratégique. Il ne s’agit pas de délinquance spontanée, mais d’une pratique délibérée de guerre spéciale visant à détruire de l’intérieur les bastions de la résistance populaire.

Les gangs ne sont pas une fatalité. Ils sont l’outil d’une politique d’État qui préfère corrompre et diviser plutôt que d’affronter ouvertement la volonté populaire. (Via ANF)

IRAN. Rafles massives des Kurdes du Rojhelat

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IRAN / ROJHILAT – Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN) a dénoncé une nouvelle vague d’arrestations arbitraires visant des civils kurdes en Iran. Ces opérations interviennent dans un contexte de fortes tensions régionales, marquées par près d’un mois de confrontations militaires entre l’Iran, les États-Unis et Israël.

Selon le KHRN, cité par l’agence de presse Rudaw, les autorités iraniennes ont lancé une campagne de mesures « préventives » à l’encontre des citoyens kurdes, notamment dans les villes de Saqqez et Mahabad.

Le 26 mars, Kiyanûş Adilpûr a été arrêté à Saqqez par des agents du ministère du Renseignement. L’opération s’est déroulée sans mandat judiciaire. Les forces de sécurité ont perquisitionné violemment son domicile, confisqué son téléphone portable et emmené ses enfants pendant l’intervention. Il a ensuite été transféré vers un lieu tenu secret.

Le 27 mars, un sort similaire a frappé Şiwane Elîzade à Mahabad. Les services de renseignement ont fait irruption à son domicile sans autorisation judiciaire et l’ont arrêté de force.

Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan indique que, depuis le début de l’escalade entre l’Iran et les États-Unis/Israël, plus de dix citoyens kurdes ont été arrêtés par les services de renseignement iraniens dans la région.

Ces arrestations s’inscrivent dans un climat de répression accrue en territoire kurde (Rojhelat), où les autorités multiplient les opérations de sécurité face aux craintes de déstabilisation interne.

ALLEMAGNE. Un Kurde allemand élu maire en Bavière

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ALLEMAGNE – Un jeune homme d’origine kurde a remporté une victoire retentissante lors des élections locales en Bavière, en Allemagne. Abuzer Erdogan, candidat du Parti social-démocrate (SPD), a été élu maire (Oberbürgermeister) de la ville de Rosenheim.

Avec 53,4 % des voix, il a battu le candidat sortant du Parti chrétien-social (CSU), Andreas März, qui détenait la mairie depuis de nombreuses années. Cette défaite met fin à près de 65 ans de domination de la CSU dans cette ville du sud de la Bavière, traditionnellement considérée comme un bastion conservateur.

Le succès d’Abuzer Erdogan (orthographié également Abuzar Erdogan) a suscité un large écho dans les médias et l’opinion publique allemande. Malgré une campagne agressive de la CSU — qui a notamment distribué des dons aux électeurs —, le jeune candidat SPD a remporté une majorité claire.

Né en Allemagne en 1993, Abuzer Erdogan est le fils de parents originaires du Kurdistan du Nord (plus précisément de la région de Maraş – Elbistan). Juriste de formation, il s’engage en politique depuis l’âge de 19 ans. Il a déjà été candidat au Bundestag et siège au conseil municipal de Rosenheim, où il préside le groupe SPD.

Dans une interview accordée à Rudaw Media Network, il a confirmé sa victoire et exprimé sa fierté.

Les médias allemands l’ont rapidement surnommé « le Zohran Mamdani allemand », en référence au jeune politicien américain d’origine immigrée. Son parcours incarne une belle réussite de l’intégration et montre que des personnes issues de l’immigration peuvent accéder aux plus hautes fonctions politiques en Allemagne.

Abuzer Erdogan prendra officiellement ses fonctions en mai 2026. Il se présente comme un maire « pour tous », au-delà des clivages partisans.