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Maxime Azadî: Le PKK est bien plus qu’une organisation armée

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Le mouvement kurde dirigé par le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan] et Abdullah Öcalan porte une vision extraordinairement large. Aujourd’hui, le PKK est une organisation plus structurée et solidement liée que de nombreux États. Ses militants, tels des apôtres, travaillent sans relâche aux quatre coins du monde.
 
 
Le PKK n’a jamais été une simple question d’armes. Il joue un rôle crucial dans le monde politique, les luttes pour la démocratie, les visions révolutionnaires, l’écologie, le combat pour les droits des femmes et les organisations communales. En somme, il est présent dans un vaste éventail de luttes, allant des montagnes du Kurdistan aux peuples autochtones d’Amérique latine. Il n’existe aucun autre exemple comparable d’une telle organisation sur cette planète.
 
Les guerres au Moyen-Orient ne sont pas terminées, et un changement global est en cours. Les conflits vont s’intensifier. Dans ces conditions chaotiques et impitoyables, seuls ceux qui savent anticiper l’avenir et s’y préparer pourront survivre.
 
Que ce soit sous le nom de PKK ou tout autre nom à l’avenir, les Kurdes qu’il a organisés continueront d’être une force intégrée aux dynamiques mondiales et un pouvoir d’intervention révolutionnaire. Il est désormais impossible d’envisager une transformation démocratique au Moyen-Orient sans les Kurdes. Plus encore, les Kurdes deviendront le moteur de la démocratie dans la région. Pour les Kurdes, la lutte change d’apparence, elle prend une nouvelle dimension. Rien n’est fini, tout commence à peine…
 
La véritable question est de savoir si les mouvements de gauche et pro-démocratie sauront se transformer et répondre aux besoins de cette époque où leur présence est plus cruciale que jamais. Tout comme le PKK s’est historiquement inspiré des mouvements et révolutions de gauche, il est aujourd’hui essentiel que la gauche mondiale analyse le PKK avec perspicacité et comprenne sa logique de pensée. Cela pourrait leur ouvrir de nouveaux horizons.
 
Par le journaliste Maxime Azadî

SUISSE. DEM Parti accueilli au Conseil national suisse

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SUISSE – BERNE – Ce mardi 4 mars, une réunion parlementaire a eu lieu avec les membres du Conseil national et des membres du Parti pour l’égalité des peuples et de la démocratie (DEM) pro-kurde.

Lors de la réunion, les deux parties ont discuté d’aide que pourrait apporter le gouvernement suisse aux Kurdes de Turquie qui sont persécutés par le régime colonialiste turc, malgré les soi-disant « pourparlers de paix » engagés avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK).

Étaient présents :

• Carlo Sommaruga – Membre du Conseil des États
• Sibel Aslan – Membre du Conseil national d’origine kurde
• Laurence Friedmann-Rielle – Membre du Conseil national
• Fabian Molina – Membre du Conseil national
• Nicolas Walder – Membre du Conseil national – absent
• Claudia Friedl – Membre du Conseil national

Ainsi que les membres du Groupe parlementaire suisse pour le Kurdistan :
• Midia Piroti
• Truska Nemany
• Shilan Turgut

Également présent-e-s :
• Ihsan Kurt – Conseiller municipal à Prilly d’origine kurde 
• Eyup Doru – Représentant du DEM Parti en Europe

• Des militant-e-s kurdes de Bâle-Ville

Lors de cette rencontre, la question a été posée était : « Dans quelle mesure le gouvernement suisse pourrait-il venir en aide aux Kurdes au Bakur (Kurdistan de « Turquie ») ? »

TURQUIE. Des hommes ont tué au moins 21 femmes en février

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FEMINICIDES. En février 2025, au moins 21 femmes ont été assassinées par des hommes, tandis que 16 sont mortes dans des circonstances suspectes, en Turquie, y compris dans les régions kurdes du pays.
 
 
La plateforme Nous stopperons les féminicides (Kadın Cinayetlerini Durduracağız Platformu – KCDP) a publié lundi son dernier rapport, détaillant le nombre de femmes tuées par des hommes le mois dernier ainsi que d’autres décédées dans des circonstances suspectes.
 
Selon le rapport, toutes les victimes ont été tuées par un parent ou une connaissance de sexe masculin, quatre d’entre elles par leur mari. Onze d’entre elles ont été tuées à leur domicile. Le rapport révèle que 19 % des femmes ont été assassinées parce qu’elles avaient pris des décisions concernant leur propre vie.
 
Les féminicides et les violences faites aux femmes sont des problèmes chroniques en Turquie, où des femmes sont tuées, violées ou battues presque tous les jours. De nombreux détracteurs affirment que la principale raison de cette situation est la politique du gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), qui protège les hommes violents et abusifs en leur accordant l’impunité.
 
Les tribunaux turcs ont été à plusieurs reprises critiqués en raison de leur tendance à prononcer des peines clémentes à l’encontre des délinquants, affirmant que le crime était « motivé par la passion » ou en interprétant le silence des victimes comme un consentement.
 
Selon le KCDP, la seule année où le nombre de féminicides a diminué est 2011, année où la Turquie a signé un traité international, connu sous le nom de Convention d’Istanbul, visant à lutter contre la violence domestique.
 
Malgré l’opposition de la communauté internationale et des groupes de défense des droits des femmes, le président Recep Tayyip Erdoğan a décidé de retirer la Turquie de la convention en mars 2021. Le traité exigeait que les gouvernements adoptent une législation pour poursuivre les auteurs de violences domestiques et d’abus similaires, ainsi que de viols conjugaux et de mutilations génitales féminines.
 
La Turquie s’est officiellement retirée de la Convention d’Istanbul en juillet 2021.
 
Erdoğan avait alors affirmé que le traité avait été « détourné par un groupe de personnes tentant de normaliser l’homosexualité », qu’il jugeait « incompatible » avec les « valeurs sociales et familiales » de la Turquie.
 
Depuis le retrait de la Turquie du traité, les autorités turques font pression sur les organisations de défense des droits des femmes pour leur travail militant.
 
Malgré la pression, les organisations ont déclaré qu’elles continueraient à surveiller la violence et les féminicides dans le pays.
 
Un rapport de Human Rights Watch (HRW) de 2022 a critiqué l’approche de la Turquie pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, soulignant que le gouvernement présente le problème de manière paternaliste, considérant que les femmes ont besoin de protection plutôt que de promouvoir l’égalité des sexes. Emma Sinclair-Webb de HRW a noté que cette approche sape les efforts visant à lutter efficacement contre la violence sexiste.

KURDISTAN. L’armée turque poursuit ses attaques malgré le cessez-le-feu décrété par la guérilla kurde

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IRAK / KURDISTAN – L’armée turque poursuit ses attaques contre le QG de la guérilla kurde, malgré un cessez-le-feu unilatéral décrété par cette dernière dans le cadre des pourparlers de paix engagés entre la Turquie et la guérilla kurde.

Malgré un cessez-le-feu unilatéral annoncé par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la Turquie continue de bombarder des zones de guérilla dans les zones de défense de Medya, contrôlées par la guérilla, au Kurdistan d’Irak, a rapporté mardi le Centre de presse des Forces de défense du peuple (HPG) dans un communiqué.

Selon le communiqué, alors que les attaques turques au sol et dans les airs se poursuivent, les guérilleros adhèrent au cessez-le-feu annoncé par le PKK le 1er mars et n’exercent leur droit à la légitime défense que lorsque la situation l’exige.

Concernant les détails des attaques les plus récentes contre les zones de guérilla et la réponse des forces de guérilla, le communiqué indique ce qui suit :

Région de Şehîd Delîl, dans l’ouest de Zap ;

Le 26 février à 10h40, les envahisseurs qui entraient en action dans la zone de résistance de Girê Cûdî ont été interpellés par les guérilleros avec des armes lourdes.

Le 27 février à 07h25, les envahisseurs de la zone de résistance de Girê Cûdî ont été attaqués par les combattantes de YJA Star (Troupes des Femmes Libres) avec des armes lourdes.

Le 1er mars, entre 17h30 et 18h30, les envahisseurs qui tentaient d’avancer vers les tunnels des guérilleros dans la zone de résistance de Girê Amediyê et d’installer des équipements techniques dans la zone ont été attaqués. À la suite de cette intervention, un membre des troupes d’invasion a été tué.

Région de la Gare;

Le 26 février à 11h30, un guérillero nommé Delil a été tué suite à une attaque aérienne dans la région de Dînartê. Les informations sur l’identité du combattant tombé seront communiquées ultérieurement.

Attaques menées par l’armée d’occupation turque avec des explosifs interdits ;

Le 1er mars, les tunnels des guérilleros de la zone de résistance de Girê Cûdî dans la région occidentale de Zap de Şehîd Delîl ont été bombardés à quatre reprises avec des explosifs interdits.

Les 1er et 3 mars, les tunnels des guérilleros dans la zone de résistance de Girê Amediyê, dans la région de Şehîd Delîl (dans la région est de Zap), ont été bombardés à trois reprises avec des drones chargés d’explosifs.

Attaques menées par l’armée d’occupation turque ;

Entre le 1er et le 3 mars, les régions de Spîndarê, Girê Mesken, Dêreşê et Deşta Kafya dans la région de Garê ont été bombardées à 6 reprises par des avions militaires.

Entre le 1er et le 3 mars, l’armée turque a mené au total 1 072 attaques à l’arme lourde et aux obus. Les attaques ont été dirigées contre les zones de Berê Zînê, Lolan, Kendekola à Xakurkê ; les zones de Deşta Kafya, Dêreşê, Spîndarê, Mijê, Girgaşê, Girê Zengil, Kanî Sarkê, Zêvkê dans la région de Garê ; les zones de Serê Metîna, Şêlazê, Bêşîlî dans la région de Metîna ; les zones de Girê Cûdî et Girê Amediyê dans la région Şehîd Delîl (dans l’Ouest de Zap). (ANF)

Génocide des Yézidis : plus de 5 000 morts et 6 371 disparus

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IRAK / KURDISTAN – Le Bureau de sauvetage des Yazidis kidnappés a publié le bilan des attaques génocidaires menées par l’EI contre les Yézidis en août 2014.

Le Bureau de secours des Yazidis kidnappés dans la région du Kurdistan irakien a publié dimanche les dernières statistiques concernant le génocide yézidi commis par l’État islamique (DAECH/ISIS) à Shengal (Sincar), dans le nord de l’Iran en août 2014.

Selon le rapport, plus de 5 000 Yazidis ont été tués et 2 745 enfants sont devenus orphelins. Le bureau a également documenté la découverte de 93 fosses communes à Sinjar, en plus de nombreux sites contenant des tombes individuelles.

Selon les données du Bureau :

Plus de cinq mille Yézidis ont été tués.

2 745 enfants yézidis sont devenus orphelins.

96 fosses communes ont été identifiées jusqu’à présent.

Les personnes enlevées et secourues

6 317 Yézidis ont été enlevés, dont 3 448 hommes et 2 869 femmes.

Au total, 3 558 Yézidis ont été sauvés des griffes de l’EI. Parmi eux, 1 211 femmes, 339 hommes, 1 047 filles et 961 garçons.

93 fosses communes et disparus

Selon les données partagées, 274 personnes capturées, massacrées et enterrées dans des fosses communes par l’EI ont été identifiées et leurs restes ont été remis à leurs familles. Parmi elles, 237 hommes et 37 femmes.

À ce jour, 2 558 Yézidis sont toujours portés disparus, dont 1 225 femmes et 1 333 hommes.

Le Bureau de secours des Yazidis kidnappés a souligné que ces chiffres n’incluent que ceux qui ont été identifiés, tandis que le sort de nombreux autres Yézidis toujours portés disparus reste incertain.

Le 3 août 2014, l’État islamique (EI) a commis un génocide à Shengal en massacrant et en capturant des milliers de Yézidis. Pour les Kurdes yézidis, cette attaque était la 74ème campagne génocidaire visant les Yézidis à cause de leurs croyances millénaires.

SYRIE. Coup dur pour les drones turcs abattus comme des mouches

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SYRIE / ROJAVA – Depuis des mois, les forces arabo-kurdes au Rojava (et la guérilla kurde au Kurdistan irakien) abattent de plus en plus de drones turcs, détruisant l’image de drones puissants créée par l’État turc et portant un coup dur au marché de drones Bayraktar sur la scène internationale.

Au milieu des affrontements dans le nord de la Syrie, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont abattu plusieurs drones turcs Bayraktar, ce qui soulève des questions sur la résilience des drones de combat turcs. Les experts suggèrent que ces incidents pourraient avoir un impact sur les futures ventes de technologies de défense turques alors que les pays reconsidèrent leurs achats.

Récemment, le pont de Qaraqozaq au sud de Kobané et le barrage de Tishrin dans la campagne de Manbij, au nord de la Syrie, ont été le théâtre de frappes aériennes intenses de la Turquie, qui a déployé ses drones phares Bayraktar, considérés comme des rivaux de leurs homologues américains, israéliens, russes et iraniens. Les FDS ont annoncé avoir abattu plusieurs de ces drones.

Selon les FDS, quatre drones Bayraktar ont été abattus, en plus de plusieurs autres drones turcs utilisés dans les batailles par les factions armées soutenues par la Turquie, alias l’Armée nationale syrienne (ANS/SNA), et certains militaires turcs au pont et au barrage.

Les experts militaires estiment que chaque drone coûte environ 25 millions de dollars, ce qui signifie que les pertes de la Turquie dues aux quatre drones Bayraktar abattus s’élèvent à environ 100 millions de dollars en quelques jours seulement.

Sixième au niveau mondial

La technologie des drones turcs Baykar est en concurrence avec le reste du monde, notamment avec son dernier modèle, le Bayraktar TB3. Ce drone mesure plus de huit mètres de long, plus de deux mètres de haut et a une envergure de 14 mètres.

Islam Saadi, expert en aviation irakienne et pilote à la retraite, estime que le poids maximum du drone turc est de 1 600 kilos, avec une autonomie de près de 24 heures. Il classe le drone parmi les chasseurs à longue endurance.

Saadi a également noté que la Turquie se classe au sixième rang mondial en matière de production de drones, mais a souligné que plusieurs pays envisageant d’acheter des drones Bayraktar étudient désormais attentivement les rapports sur leurs capacités, leur résilience et leurs vulnérabilités et s’il est facile de les abattre pendant les batailles dans lesquelles ils ont été utilisés avant de s’engager dans des contrats.

Cette évaluation a été reprise par l’ingénieur en drones Moussa Dghaime, qui a déclaré à North Press : « Je connais des pays qui avaient des accords pour acheter des Bayraktars mais qui ont reconsidéré leur achat. »

Il a expliqué que les combats en cours au pont de Qaraqozaq et au barrage de Tishrin – où les FDS ont réussi à percer les défenses du principal drone de Turquie et en ont abattu plusieurs – ont été des facteurs clés dans le changement d’opinion.

Dghaime a ajouté que si les drones Bayraktar se sont révélés efficaces dans les conflits en Ukraine, en Azerbaïdjan, en Irak, en Libye et en Syrie, les combattants kurdes semblent avoir développé des tactiques pour les contrer, ce qui a conduit à de multiples abattages en plusieurs jours. « Cela a eu un impact significatif sur le marché des drones Bayraktar, dont la Turquie tirait des profits astronomiques », a-t-il déclaré.

Il a également souligné que le problème ne se limite pas aux ventes de Bayraktar, mais affecte l’ensemble des exportations turques de matériel de défense. Les FDS détruisant les drones turcs et les armes utilisées par l’Armée nationale syrienne (SNA), souvent d’origine turque, les pertes militaires de la Turquie continuent de s’accumuler. En conséquence, les exportations d’armes ont fortement diminué par rapport à la forte demande d’armes turques au cours des années précédentes.

Les journaux turcs ont rapporté que les exportations de drones militaires, d’armes, de munitions et de véhicules blindés du pays en 2023 étaient évaluées à 5,5 milliards de dollars.

Dans le même contexte, l’expert économique Hisham al-Rais a noté que « la demande d’armes militaires turques a considérablement diminué par rapport aux deux dernières années ».

« La Turquie a généré au moins 11 milliards de dollars de ventes d’armes en 2020, mais en 2023, ce chiffre était tombé sous les 6 milliards de dollars. La baisse des bénéfices dans les années à venir est inévitable », a-t-il ajouté.

Malgré ses capacités de furtivité et sa technologie sophistiquée, le drone Bayraktar reste vulnérable. Dans un communiqué publié l’année dernière sur son site officiel, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a affirmé posséder la technologie permettant d’abattre des drones turcs et a fait état de la destruction de 15 d’entre eux, dont deux modèles Bayraktar. (North Press Agency)

« Ce n’est pas un problème kurde, mais un problème du diktat turc »

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Alors qu’il est de nouveau question de « pourparlers de paix » entre le gouvernement turc et la guérilla kurde, dans l’article suivant, le journaliste turc exilé en Belgique, Doğan Özgüden* rappelle que « la Turquie souffre d’une « guerre civile » depuis près d’un demi-siècle… Ce problème n’est pas la question kurde, mais le problème du diktat turc ».

Voici l’intégralité de l’article d’Ozguden :

Ce n’est pas un problème kurde, mais le problème du diktat turc

Le nouveau « processus de paix et de fraternité », qui a débuté le 22 octobre 2024 avec l’invitation lancée par le leader du MHP Devlet Bahçeli au leader kurde Öcalan, incarcéré à İmralı, à venir déclarer à l’Assemblée la dissolution du PKK, a pris quatre mois plus tard, le 27 février, une nouvelle dimension avec l’appel d’Öcalan adressé, non depuis l’Assemblée, mais depuis İmralı, à déposer les armes et à dissoudre le PKK.
 
Bien que cet appel soit interprété, tant dans le camp du pouvoir que par une partie importante de l’opposition, comme un document de « reddition », et qu’il soit annoncé comme la résolution finale du « problème kurde » grâce aux coups dévastateurs de l’État, les déclarations faites au nom des organisations représentant la résistance nationale kurde soulignent qu’il n’est nullement question d’une reddition et que pour atteindre l’objectif de « paix et fraternité », le camp au pouvoir doit avant tout mettre fin à la terreur d’État tous azimuts qu’il mène depuis des décennies à coups d’emprisonnement, de massacres, de mises sous tutelle et d’opérations extérieures.
 
Oui, il y a un problème qui fait que la Turquie souffre d’une « guerre civile » depuis près d’un demi-siècle… Ce problème n’est pas la question kurde, mais le problème du diktat turc.
 
C’était il y a 32 ans… À l’époque où les combats armés s’intensifiaient en Turquie, il y avait une recherche intense de solution, non pas dans les rangs de l’État, mais au niveau des organisations démocratiques. À l’initiative d’un de mes amis résistants en exil, Kemal Uzun, un livre intitulé « Que disent les intellectuels ? » au sujet de la question kurde fut préparé, et j’y contribuai avec un article intitulé « Ce n’est pas un problème kurde, c’est un problème de diktat turc ! », dans lequel j’exprimais en substance :
 
« Les nations devraient pouvoir déterminer leur propre destin par le biais de référendums et d’élections auxquels toutes les organisations politiques pourraient participer librement. Faut-il demeurer dans un État unitaire, faut-il se réunir dans une structure fédérative ou faut-il être complètement indépendant ? Les peuples concernés devraient pouvoir répondre eux-mêmes librement à ces questions.
« Même à Bruxelles, la capitale de l’Union européenne au sein de laquelle les dirigeants d’Ankara tentent d’adhérer par toute sorte d’acrobaties, les Flamands, qui ne composent que 10 pour cent de la population, siègent au Parlement régional bruxellois et dans le gouvernement régional sur la base d’une égalité complète et d’un respect mutuel avec leurs propres partis. Sur les balcons des institutions publiques bruxelloises flottent côte à côte le drapeau flamand siglé d’un lion, le drapeau francophone affublé d’un coq et le drapeau bruxellois cinglé d’une fleur d’iris. Les ministres et parlementaires turcs qui traversent jour et nuit les portes de Bruxelles sont-ils si ignorants pour ne pas remarquer que tous les panneaux de cette ville sont écrits en deux langues, le français et le flamand ? »
 
Le message des intellectuels en exil…
 
Le livre intitulé « La question kurde : que disent les intellectuels ? », préparé par l’Initiative d’Amitié turco-kurde en Allemagne fédérale et publié par les Éditions Ortadoğu à Oberhausen, et paru la même année en Turquie aux Éditions Belge à Istanbul, comprenaient ces signatures :
 
Nizamettin Arıç, Ali Arslan, Mevlüt Asar, Bayram Ayaz, Fakir Baykurt, Nihat Behram, Habib Bektaş, Şakir Bilgin, Adnan Binyazar, Sertaç Bucak, Heval G. Cansever, Ali Asker Ceylan, Gültekin Emre, Ozan Emekçi, Engin Erkiner, Yücel Feyzioğlu, Arif Gelen, Doğan Görsev, Aydın Karahasan, Şerafettin Kaya, A. Kadir Konuk, Naci Kutlay, Doğan Özgüden, Ömer Polat, Server Tanilli, Mehmed Uzun, Kemal Yalçın, Erol Yıldırım.
 
La préface de ce livre de 142 pages contenait le message commun suivant :
« L’histoire est pleine de luttes des peuples pour le droit et la liberté. Si de nombreux peuples ont atteint leurs objectifs dans cette juste entreprise, la lutte des Kurdes pour la liberté a toujours été vaine. La cause des Kurdes pour obtenir leurs droits ne s’est pas arrêtée malgré les défaites amères du passé et a pris un élan notable ces dernières années.
 
« En Turquie, après une série de résistances kurdes dans les premières années de la République, les Kurdes sont à nouveau entrés sur la scène de l’histoire. L’État turc républicain, qui persiste dans sa politique traditionnelle de prohibition, a continué jusqu’à ce jour à réduire les Kurdes au silence par des méthodes militaires sans concession. Cette lutte qui se poursuit entre le peuple kurde et l’État a pris des dimensions très différentes au fil du temps. Désormais, 30 à 40 personnes en moyenne sont tuées chaque jour. Le nombre de meurtres dont les auteurs courent toujours dépasse depuis longtemps les trois mille. Des faits tels que la torture, le meurtre, l’incendie, la démolition, l’évacuation de villages kurdes et la migration forcée sont devenus monnaie courante. Sur la question kurde en particulier, les publications opposées aux politiques de l’État ont perdu toute chance de survie.
« Quelle que soit la manière dont on considère les évènements, le tableau qui en ressort est, en un mot, horrible ! Et il est notoire que la principale raison est que la question kurde n’a jamais été jusqu’à aujourd’hui résolue sur une base de justice. Ce constat montre que le pouvoir politique du pays est le principal responsable de ce qui se passe et que la lutte que les Kurdes poursuivent pour leurs droits et libertés est justifiée…
 
« Malgré les développements qui s’accomplissent depuis des années et l’atmosphère engendrée par les campagnes anti kurdes qui ont entraîné le pays dans une guerre civile, cette vérité n’est malheureusement toujours pas acceptée : la question kurde est une question qui nécessite une solution politique ; c’est le problème d’un peuple qui réclame ses droits existentiels. La solution civilisée de ce problème est une question qui concerne toute la société, à commencer par le pouvoir politique. Laisser la question kurde irrésolue et continuer à martyriser un peuple sous prétexte de « terrorisme » ne peuvent jamais se justifier.
 
« En bref, la question kurde est devenue plus que jamais le principal sujet de débat à l’ordre du jour actuel, dans un contexte de guerre qui entraîne le pays dans la destruction au plan des valeurs politiques, économiques et culturelles et ouvre des blessures irréparables entre les peuples. Personne ne peut rester spectateur et demeurer à l’écart des développements. Tout un chacun est confronté à la responsabilité d’aborder la question plus sérieusement, d’y réfléchir et d’exprimer son point de vue.
 
« Les gens conscients de leurs responsabilités devant l’histoire ne peuvent rester passifs en laissant la question kurde se poursuivre avec les approches actuelles. Les écrivains, les journalistes, les poètes et les artistes sont ceux qui ne peuvent et ne doivent pas rester silencieux en ces jours où des problèmes aussi vitaux se posent. »
Le message des intellectuels en Turquie…
 
Par une belle coïncidence, à la même époque, des intellectuels en Turquie comme Asaf Savaş Akat, Taha Akyol, Çetin Altan, Melih Cevdet Anday, Mehmet Ali Aybar, Fikret Başkaya, Murat Belge, Mihri Belli, Halil Berktay, Ali Bulaç, Demirtaş Ceyhun, Şemsi Denizer, Abdurrahman Dilipak, Füsun Erbulak, Nazlı Ilıcak, Attilâ İlhan, Mustafa Kaplan, Ercan Karakaş, Mehmet Ali Kılıçbay, Yalçın Küçük, Ertuğrul Kürkçü, Aziz Nesin, Doğu Perinçek, Sungur Savran, Ali Sirmen, Server Tanilli, Mete Tunçay, Erbil Tuşalp, Tomris Uyar et Can Yücel avaient exprimé leurs points de vue dans un ouvrage de 304 pages intitulé « La question kurde : que pensent nos intellectuels ? » publié par les Éditions Cem.
 
Notre ami journaliste Metin Sever, qui avait préparé l’édition de ce document important en s’entretenant séparément avec chacun de ces 30 intellectuels, déclarait dans la préface du livre :
 
« Les évènements qui se produisent ont placé la question kurde en tête de l’ordre du jour. Il n’est plus possible pour quiconque sain d’esprit de nier l’existence des Kurdes ou de développer des thèses historiques officielles. Il est certain que les influences internes, à savoir la lutte du peuple kurde, ont joué, autant que les influences extérieures, un rôle majeur dans la situation actuelle.
 
« La question kurde est devenue le premier point à l’ordre du jour, mais l’opinion publique turque n’a pas eu l’occasion de s’informer sur les différents aspects de cette question. Les interdictions constituent encore de nos jours un obstacle majeur au débat sur cette question. Cependant, la vie impose sa réalité et la question kurde est discutée malgré toutes les pressions et les lois ; même si c’est pour l’instant dans un environnement encore un peu trouble et fermé. Le débat ne peut avoir lieu sur base de données et d’informations, et on ne sait pas vraiment ce que l’on en pense. Sans parler de l’homme de la rue, même ce qu’en pensent les intellectuels de Turquie est peu connu. Alors que les débats pourraient être plus significatifs s’ils étaient menés sur base de données et d’informations.
 
« L’objectif de cette étude peut se résumer comme une tentative de dissiper quelque peu cette atmosphère brumeuse, présenter, même en termes généraux, les opinions des intellectuels de Turquie sur la question kurde, et peut-être ouvrier les canaux de communication bloqués entre les intellectuels d’origine turque et les intellectuels d’origine kurde. Lorsque j’ai commencé ce travail dans les pages du journal Yeni Ülke, je n’avais pas encore en tête l’idée d’un livre, mais en cours de travail j’ai pensé que transformer ce projet en livre aiderait la communication entre les intellectuels des deux bords et laisserait en même temps une trace d’une certaine période dans l’histoire ».
 
… Avant tout, mettre fin à la terreur d’État
 
Après 32 ans, j’ai relu les deux ouvrages avec une grande attention.
 
Certains de mes amis qui ont exprimé avec courage leur point de vue à cette époque ne sont aujourd’hui plus parmi nous… Leurs critiques et suggestions sont toujours d’actualité 32 ans après… À l’époque de la parution de ces livres, Süleyman Demirel était à la tête du gouvernement, suivi immédiatement après par Tansu Çiller.. Après eux, Mesut Yılmaz, Necmettin Erbakan et Bülent Ecevit se sont succédé à la tête du gouvernement en qualité de premiers ministres… Et depuis 2002 jusqu’à nos jours, 23 ans de Recep Tayyip Erdoğan…
 
Sous chacune de leurs administrations, « la paix et la fraternité » ont été bafouées, et la terreur d’État a toujours primé…
 
L’appel « à déposer les armes et à dissoudre le PKK » lancé par Öcalan depuis İmralı y changera-t-il quelque chose ?
 
Ne l’oublions pas… La résistance nationale kurde, conformément à la conception du « confédéralisme démocratique » développée par Öcalan en personne, est dirigée depuis le 17 mai 2005 par l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), composée du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avec le Parti de l’Union démocratique (PYD), représentant le Kurdistan occidental/de Syrie, le Parti pour une Vie libre au Kurdistan (PJAK), représentant le Kurdistan oriental/d’Iran, et le Parti pour une Solution démocratique au Kurdistan (PÇDK), représentant le Kurdistan méridional/d’Irak.
 
Face aux attaques répétées de l’armée turque d’une part et de l’Armée nationale syrienne alimentée par la Turquie en Syrie, le PYD pourrait-il se dissoudre et les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les Unités de Protection du Peuple (YPG) qui lui sont affiliées pourraient-elles déposer les armes ?
 
Le représentant du KCK à Bruxelles, Zübeyir Aydar, a également souligné dans une interview réalisée l’autre jour par Medya Haber que l’appel d’Öcalan n’incluait pas les FDS et YPG.
 
Sans aucun doute, les jours à venir seront pleins de surprises…
 
Toutefois, et à moins que la terreur d’État exercée par le Diktat turc, non seulement contre le peuple kurde, mais aussi contre tous les autres peuples du pays, à commencer par les Arméniens et les Assyriens, et contre tous les Turcs soutenant la démocratie, la liberté et l’égalité, soit définitivement arrêtée, la paix et la fraternité permanentes ne se réaliseront jamais dans la plus belle géographie sur terre.
 
Traduction: Mazyar KHOOJINIAN

 

*Doğan Özgüden est un journaliste turc exilé en Belgique depuis plusieurs décennies. Il dirige le site d’actualité  « Info Turk » et écrit pour de nombreux sites d’information de Turquie

« Les Kurdes déplacés devraient pouvoir retourner sur leurs terres ancestrales »

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TURQUIE / KURDISTAN – L’Association de surveillance et de recherche sur les migrations en Mésopotamie (GÖÇ-DER) a exigé que les mesures légales devraient être mises en place pour que les centaines de milliers de Kurdes chassés de leurs terres puissent y retourner.

L’Association de surveillance et de recherche sur les migrations en Mésopotamie (GÖÇ-DER) a organisé une conférence de presse sur « l’Appel à la paix et à la société démocratique » d’Abdullah Öcalan au siège de l’association à Amed (en turc : Diyarbakır).

Le communiqué de presse, lu en kurde et en turc, indique : « Tous les points mentionnés dans l’appel de M. Abdullah Öcalan sont un appel historique à mettre fin aux conflits qui durent depuis des décennies et à construire et façonner l’avenir commun des peuples sur la base de la paix.

Dans ce processus qui a commencé avec l’appel lancé par M. Abdullah Öcalan, l’une des étapes de la construction de la paix et de la démocratie est d’ouvrir la voie au retour du peuple kurde, qui a été indiscutablement déplacé de force, sur ses terres ancestrales auxquelles il est lié par des liens indéfectibles. Les mesures nécessaires dans ce sens doivent être prises de toute urgence.

Dans ce processus historique, nous exigeons que des mesures soient prises et que les exigences de la politique démocratique et du droit soient satisfaites le plus rapidement possible, comme une exigence des droits de l’homme et de la construction de la paix et de la politique démocratique. Nous invitons l’opinion publique et les autorités compétentes à tenir compte de cet appel à la construction de la paix et d’un avenir commun, à la démocratisation de la Turquie et à ce que le processus de paix ne soit pas interrompu. » (ANF)

L’Institut international de la presse dénonce la persécution des journalistes en Turquie

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L’Institut international de la presse (IPI) a inclus les journalistes de l’agence kurde Mezopotamya (MA) Mahmut Altıntaş et Ahmet Kanbal dans son rapport sur les violations subies par les journalistes en Turquie et au Kurdistan « turc » la semaine dernière.
 
Le réseau mondial de défense de la liberté de la presse (International Press Institute ou The Global Network for Independent Media, IPI) a publié son rapport hebdomadaire sur les violations des droits subies par les travailleurs de la presse en Turquie. Le rapport de l’IPI incluait également notre journaliste d’agence Mahmut Altıntaş, qui a été condamné à 1 an et 6 mois de prison en raison de son reportage, et notre journaliste d’agence Ahmet Kanbal, qui a fait l’objet d’une enquête pour avoir fait un reportage sur la corruption dans la municipalité de Mardin/Midyat.
 
Voici le rapport d’International Press Institute publié sur son comte X (ancien Twitter):
 
* L’unité juridique de MLSA Turquie et les avocats de KaosGL se sont opposés à la détention des journalistes Elif Akgül et Yıldız Tar, arrêtées le 21 février, soulignant que toutes deux ont été prises pour cible en raison de leurs activités journalistiques et qu’il n’y avait aucune preuve concrète contre elles.
* Nevşin Mengü a été condamnée à 15 mois de prison pour des crimes liés au terrorisme pour avoir interviewé le chef d’un groupe kurde syrien que la Turquie a qualifié d’« organisation terroriste ». Le tribunal a reporté la peine de trois ans.
* Le journaliste Mahmut Altıntaş a été condamné à 18 mois de prison pour « propagande terroriste » en relation avec ses reportages. Il avait déjà été agressé par des policiers parce qu’il refusait de baisser la tête alors qu’il était conduit au tribunal.
* Le journaliste Oktay Candemir a été interrogé par la police dans le cadre de deux enquêtes distinctes. Candemir est accusé d’avoir violé l’interdiction de publication de la loi sur la désinformation et l’incendie de l’hôtel de Bolu Kartalkaya.
* Une enquête a été ouverte contre le journaliste Ahmet Kanbal après avoir fait un reportage sur la corruption dans la municipalité de Midyat. Les médias ont affirmé que quatre employés de la municipalité avaient détourné 60 millions de livres turques (TL) de fonds publics pour investir dans la crypto-monnaie et avaient perdu cet argent.
* Le tribunal a acquitté le journaliste et écrivain Levent Gültekin dans l’affaire d’« insulte au président » en raison de déclarations dans la vidéo YouTube de Halk TV, jugeant que les éléments du crime présumé n’étaient pas réunis.
* La rédactrice en chef de Bianet, Evrim Kepenek, a été acquittée des accusations portées en vertu de la loi sur la désinformation. L’affaire est née d’une publication sur les réseaux sociaux concernant l’aide humanitaire coordonnée par l’Agence turque de gestion des catastrophes après les tremblements de terre du 6 février.

Newroz kurde : Mythologie devenue résistance

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Newroz ou Nawroz fait référence à la célébration du Nouvel an traditionnel iranien dans la culture kurde. Avant l’islamisation des peuples iraniens en Asie, les ancêtres des Kurdes étaient des adeptes du zoroastrisme. Dans la doctrine zoroastrienne, le feu est un symbole de vision, de bonté et de purification. Angra Mainyu, l’esprit démoniaque opposé au dieu Ahura Mazda dans le zoroastrisme, était défié chaque année par un grand feu par les Zoroastriens. Selon la mythologie kurde, le feu du Newroz célèbre la délivrance des Kurdes du tyran Dehak. Aujourd’hui, le Newroz est devenu le symbole de la résistance kurde et il est célébré au Kurdistan et à travers le monde par la grande diaspora kurde.

La célébration du Newroz – tradition vieille de plus de 3 000 ans et profondément enraciné parmi les rituels et les traditions du zoroastrisme – coïncide avec l’équinoxe de mars, qui tombe généralement le 21 mars et se déroule habituellement du 18 au 24 mars. Le festival occupe une place importante en termes d’identité kurde pour la majorité des Kurdes. Les Kurdes se rassemblent pour accueillir la venue du printemps. ils portent des vêtements colorés et dansent ensemble autour d’immenses feux de joie. 

Voici le mythe du Newroz chez les Kurdes :

Il y a longtemps, entre les grands fleuves d’Euphrate et du Tigre, il y avait une terre appelée la Mésopotamie. Au-dessus d’une petite ville de la Mésopotamie, sur le flanc des montagnes de Zagros, il y avait un énorme château en pierre avec de hautes tourelles et des hauts murs sombres.

 
Le château était taillé dans la roche de la montagne. Les portes du château étaient fabriquées à partir du bois du cèdre et sculptées en forme de guerriers ailés. Au fond du château vivait un roi assyrien cruel appelé Dehak. Ses armées terrorisaient tous les habitants du pays, alors que tout allait bien avant le règne de Dehak en Mésopotamie.
 
Les rois précédents avaient été bons et gentils et avaient encouragé les gens à irriguer la terre et à garder leurs champs fertiles. Ils mangeaient des aliments composés uniquement de pain, d’herbes, de fruits et de noix. C’est sous le règne d’un roi nommé Jemshid que les choses ont commencé à tourner mal. Il se croyait au-dessus des Dieux du soleil et commença à perdre la faveur de son peuple. Un esprit appelé Ahriman le Mal, a saisi l’occasion de prendre le contrôle.
 
Il choisit Dehak pour prendre le trône, qui tua ensuite Jemshid et le coupa en deux. Le mauvais esprit, déguisé en cuisinier, nourrit Dehak de sang et de chair d’animaux et un jour, alors que Dehak le complimentait sur ses plats de viande, il le remercia et lui demanda d’embrasser les épaules du roi. Alors qu’il embrassait les épaules de Dehak, il y eut un grand éclair de lumière et deux serpents noirs géants sortir de chaque côté de ses épaules. Dehak était terrifié et a tout essayé pour s’en débarrasser. Ahriman le Mal s’est déguisé à nouveau, cette fois en médecin et a déclaré à Dehak qu’il ne pourrait jamais se débarrasser des serpents et que lorsque les serpents auraient faim, Dehak ressentirait une douleur terrible, qui ne serait soulagée que lorsque les serpents seraient nourris avec le cerveau des jeunes enfants. C’est ainsi qu’à partir de ce jour sombre, deux enfants ont été choisis dans les villes et villages qui se trouvaient sous le château. Ils ont été tués et leurs cerveaux ont été emmenés aux portes du château et placés dans un grand seau fait du bois de noyer et maintenu fermement par trois fines bandes d’or.
 
Le seau de cervelle fut ensuite soulevé par deux gardes forts et emmené chez le méchant Dehak et les cerveaux ont été dévorés par les serpents affamés. Depuis que le roi serpent a commencé son règne sur le royaume, le soleil a refusé de briller. Les cultures, les arbres et les fleurs des paysans se sont mis à faner. Les pastèques géantes qui y avaient poussé pendant des siècles ont pourri sur pied. Les paons et les perdrix qui se pavanaient autour des grenadiers géants étaient partis. Même les aigles qui avaient volé haut dans les vents de la montagne étaient partis. Maintenant, tout était froid et sombre. Les gens du pays étaient très tristes. Tout le monde était terrifié par Dehak. Ils chantaient des lamentations tristes et douloureuses qui exprimaient leur douleur et leur détresse. Et le son envoûtant d’une longue flûte en bois résonnait toujours dans les vallées. Sous le château du roi vivait un forgeron qui fabriquait des fers pour les célèbres chevaux sauvages de Mésopotamie et des chaudrons et des casseroles pour les habitants de la ville. Il s’appelait Kawa. Lui et sa femme étaient affaiblis par le chagrin et haïssaient Dehak car il avait déjà pris 16 de leurs 17 enfants.
 
Chaque jour, transpirant à la sortie du four, Kawa frappait son marteau sur l’enclume et rêvait de se débarrasser du roi maléfique. Et tandis qu’il frappait de plus en plus fort le métal chaud rouge, les étincelles rouges et jaunes s’envolaient dans le ciel sombre comme des feux d’artifice et pouvaient être vues à des kilomètres à la ronde. Un jour, l’ordre vint du château que la dernière fille de Kawa devait être tuée et son cerveau devait être amené à la porte du château dès le lendemain. Kawa passa toute la nuit sur le toit de sa maison, sous les étoiles brillantes et les rayons de la pleine lune, pensant comment sauver sa dernière fille des serpents de Dehak. Alors qu’une étoile filante glissait dans le ciel nocturne, il eut une idée. Le lendemain matin, il est monté sur le dos de son cheval, tirant lentement la lourde charrette en fer avec deux seaux en métal qui cliquetaient sur le dos. La charrette a grimpé la route pavée escarpée et est arrivée à l’extérieur du château. Il vida nerveusement le contenu des seaux métalliques dans le grand seau en bois à l’extérieur des énormes portes du château. Alors qu’il se retournait pour partir, il entendit les portes se déverrouiller, trembler et se mettre à grincer lentement.
 
Il a jeté un dernier coup d’œil et s’est dépêché de partir. Le seau en bois a ensuite été lentement soulevé par deux gardes et emmené dans le château. Les cerveaux étaient donnés aux deux serpents géants affamés qui avaient poussé sur les épaules de Dehak. Quand Kawa est rentré chez lui, il a trouvé sa femme agenouillée devant un feu de bois rugissant. Il s’agenouilla et souleva doucement son grand manteau de velours. Là, sous le manteau, il y avait leur fille. Kawa balaya ses longs cheveux noirs et épais de son visage et embrassa sa joue chaude. Au lieu de sacrifier sa propre fille, Kawa avait sacrifié un mouton et avait mis son cerveau dans le seau en bois. Et personne ne l’avait remarqué. Bientôt, tous les habitants de la ville en ont appris la malice de Kawa. Alors quand Dehak leur a demandé un sacrifice d’enfant, ils ont tous fait la même chose. Ainsi, des centaines d’enfants ont été sauvés. Alors tous les enfants sauvés allèrent, dans l’obscurité, dans les montagnes les plus hautes et les plus éloignées où personne ne les trouverait. Ici, dans les hauteurs des montagnes de Zagros, les enfants ont grandi en liberté.
 
Ils ont appris à survivre par eux-mêmes. Ils ont appris à monter à cheval, à chasser, à pêcher, à chanter et à danser. De Kawa, ils ont appris à se battre. Un jour, ils retourneraient dans leur patrie et sauveraient leur peuple du roi tyran. Le temps passa et l’armée de Kawa était prête à commencer sa marche sur le château. En chemin, ils traversaient des villages et des hameaux. Les chiens des villages aboyaient et les gens sortaient de leurs maisons pour les encourager et leur donner du pain, de l’eau, du yaourt et des olives. Alors que Kawa et les enfants approchaient du château de Dehak, les hommes et les femmes quittèrent leurs champs pour les rejoindre. Au moment où ils s’approchaient du château, l’armée de Kawa s’élevait à plusieurs milliers. Ils s’arrêtèrent devant le château et se tournèrent vers Kawa. Kawa se tenait sur un rocher. Il portait son tablier de forgeron et tenait son marteau à la main. Il se retourna et fit face au château et leva son marteau vers les portes du château. La foule s’avança en masse et déferla sur les portes du château qui avaient la forme de guerriers ailés et qui ont rapidement pris le dessus sur les hommes de Dehak.
 
Kawa se précipita directement dans la chambre de Dehak, descendit les escaliers de pierre sinueux et, avec son marteau de forgeron, tua le roi serpent maléfique et lui coupa la tête. Les deux serpents se flétrirent. Il grimpa ensuite au sommet de la montagne au-dessus du château et alluma un grand feu de joie pour dire à tous les habitants de Mésopotamie qu’ils étaient libres. Bientôt, des centaines de feux furent allumés dans tout le pays pour répandre le message et les flammes s’élevèrent haut dans le ciel nocturne, l’illuminant et purifiant l’air de l’odeur de Dehak et de ses mauvaises actions. Les ténèbres avaient disparu. Avec la lumière de l’aube, le soleil est venu de derrière les nuages sombres et a réchauffé la terre montagneuse une fois de plus. Les fleurs commencèrent lentement à s’ouvrir et les bourgeons des figuiers éclatèrent en fleurs.
 
Les pastèques ont recommencé à pousser, comme elles l’avaient fait pendant des siècles auparavant. Les aigles sont revenus et ont volé sur les vents chauds entre les sommets de la montagne. Les paons éventèrent leurs magnifiques panaches qui scintillaient sous le soleil chaud du printemps. Des chevaux sauvages aux longues crinières noires galopaient sur les plaines plates et poussiéreuses. Les perdrix se perchaient et chantaient sur les branches des poiriers. Les petits enfants mangeaient des noix mûres enveloppées dans des figues fraîches et l’odeur du pain fraîchement cuit dans les fours en pierre atteignait leur nez à l’aide d’une légère brise. Les feux brûlaient de plus en plus haut et les gens chantaient et dansaient en rond en se tenant la main avec les épaules qui montaient et descendaient rythmées par la flûte et le tambour.
 
Les femmes en robes pailletées de couleurs vives chantaient des chansons d’amour et les hommes répondaient en se déplaçant autour des flammes comme un seul homme. Quelques-uns d’entre eux planaient au-dessus de la flûte, ivres au son de la musique, les bras tendus comme des aigles qui volent dans le ciel. Maintenant, ils étaient libres. Jusqu’à ce jour, le même jour de printemps de chaque année, le 21 mars (qui est aussi l’équinoxe du printemps), les Kurdes, les Perses, les Afghans et les autres peuples du Moyen-Orient dansent et sautent au-dessus des flammes pour se souvenir de Kawa et de la libération de la tyrannie et de l’oppression et pour célébrer la venue du nouvel an. Ce jour s’appelle Newroz ou Nouveau-jour. C’est l’une des rares « fêtes populaires » qui a survécu et précède toutes les grandes fêtes religieuses. Bien que célébrée par d’autres, elle est particulièrement importante pour les Kurdes car elle marque également le début du calendrier kurde et célèbre la longue lutte des Kurdes pour la liberté. (Kurdistanland)
 
 

 

Newroz kurde versus Nowrouz persan

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KURDISTAN – Alors que les célébrations du nouvel-an kurde vont bon train dans les quatre partie du Kurdistan, y compris celles sous l’occupation des États colonialistes turc et perse, les éternelles disputes de « Newroz kurdes » versus « Nowrouz perse » sont reparties de plus belle. On partage avec vous les quelques explications qui nous ont été apportées par l’activiste kurde Gelawej.

Persian Nowruz vs Kurdish Newroz 
Le Newroz kurde est un symbole fort de la culture et de la lutte kurdes, très différent du Nouvel An iranien. Malgré ces différences, certains tentent de présenter le Newroz kurde comme une simple partie des célébrations iraniennes.
 
 
Les Kurdes célèbrent le Nouvel An avec des danses [les rondes – govend- effectuées notamment autour d’immenses feux de joie] qui montrent leur unité et leur force, contrairement aux célébrations persanes avec des danses comme le Babakaram et le personnage de Haji Firuz, [qui a le visage peint en noir] et est considéré par beaucoup comme un symbole de racisme. Ces grandes différences soulignent que le Newroz kurde est plus qu’une simple fête du printemps ; c’est une expression fière de l’identité kurde.
 
Essayer de mélanger le Newroz kurde aux traditions iraniennes revient à vouloir effacer la culture kurde, une démarche qui peut être comparée au fascisme, qui tente souvent de cacher ou de se débarrasser des différences. C’est comme ce qu’on dit : le fascisme est le déni de la vérité et la tentative de faire passer les opinions contraires pour des hérésies.

 

KURDISTAN. Début des célébrations du Newroz au Rojhilat

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Les Kurdes du Rojhilat (Kurdistan sous colonisation perse) ont allumé le premier feu du Newroz (nouvel-an kurde).

Les Kurdes se sont réunis en masse dans les régions de Mariwan et de Kamîran (photo de couverture) pour le premier feu du Newroz* 2025.

Le premier feu du Newroz 2025 à Meriwan

Des milliers de Kurdes se sont rassemblés dans la ville de Meriwan et ont allumé le feu du Norouz. Les civils dansant la ronde kurde (govend) autour du feu de joie scandaient des slogans tels que « Jin, jiyan, azadî (femme, vie, liberté) » et « Bijî Kurdistan (vive le Kurdistan) ».

*Newroz: Mythologie et résistance à la kurde

Newroz ou Nawroz fait référence à la célébration du Nouvel an traditionnel iranien dans la culture kurde. Avant l’islamisation des peuples iraniens en Asie, les ancêtres des Kurdes étaient des adeptes du zoroastrisme. Dans la doctrine zoroastrienne, le feu est un symbole de vision, de bonté et de purification. Angra Mainyu, l’esprit démoniaque opposé au dieu Ahura Mazda dans le zoroastrisme, était défié chaque année par un grand feu par les Zoroastriens. Selon la mythologie kurde, le feu du Newroz célèbre la délivrance des Kurdes du tyran Dehak. Aujourd’hui, le Newroz est devenu le symbole de la résistance kurde et il est célébré à travers le monde.

La célébration du Newroz – tradition vieille de plus de 3 000 ans et profondément enraciné parmi les rituels et les traditions du zoroastrisme – coïncide avec l’équinoxe de mars, qui tombe généralement le 21 mars et se déroule habituellement du 18 au 24 mars. Le festival occupe une place importante en termes d’identité kurde pour la majorité des Kurdes. Les Kurdes se rassemblent pour accueillir la venue du printemps. ils portent des vêtements colorés et dansent ensemble autour des feux de joie.