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En Turquie, être journaliste, c’est d’abord survivre aux tribunaux

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TURQUIE / KURDISTAN — En Turquie, les journalistes, notamment ceux travaillant pour les médias kurdes, ne se contentent plus d’enquêter : ils passent leur temps au tribunal, sous contrôle judiciaire, avec passeport confisqué ou assignation à résidence. Les témoignages de Tuğçe Yılmaz, Mehmet Aslan et Furkan Karabay révèlent un système de répression systématique où la procédure elle-même devient la punition.

 

En Turquie, pour les journalistes, se battre en justice fait désormais partie intégrante du métier. Les récits de Tuğçe Yılmaz (bianet), Mehmet Aslan (agence Mezopotamya) et Furkan Karabay (Medyascope) illustrent comment la pression sur la liberté de la presse s’est muée en un régime judiciaire systématique et épuisant.

La Turquie traîne depuis des années une réputation désastreuse en matière de liberté d’expression. Arrestations, détentions provisoires, enquêtes interminables et contrôles judiciaires : l’État ne se contente plus de censurer, il use du droit comme arme de harcèlement.

Ces dernières semaines, les arrestations d’Alican Uludağ et İsmail Arı, ou l’emprisonnement de Pınar Gayıp et Elif Bayburt pour leur travail à l’agence ETHA, n’ont fait que confirmer un tableau déjà sombre. Mais le cœur du problème ne réside pas seulement dans les cellules. Il se joue dans les couloirs des tribunaux, les convocations hebdomadaires au commissariat, les passeports confisqués et les assignations à résidence.

Tuğçe Yılmaz et l’avocate de Bianet, Deniz Yazgan au palais de justice d’Istanbul

Tuğçe Yılmaz : « Ce que nous racontons, c’est votre histoire »

Depuis le début de sa carrière, Tuğçe Yılmaz cumule violences policières et menaces judiciaires. Depuis 2024, la pression est devenue méthodique.

Deux procédures distinctes pèsent sur elle : l’une pour « aide à une organisation terroriste » liée à des droits d’auteur perçus pour son travail, l’autre sous l’article 301 du Code pénal pour un article sur la jeunesse arménienne en Turquie. Pendant plus d’un an, elle a dû pointer chaque semaine au même commissariat. Son passeport a été confisqué, son interdiction de voyager à l’étranger reste en vigueur. Les conférences internationales et les voyages professionnels sont devenus impossibles sans autorisation judiciaire.

« En Turquie, presque aucun journaliste n’échappe aujourd’hui au contrôle judiciaire », constate-t-elle. « Certains de mes collègues sont en prison, d’autres assignés à résidence. C’est une peine lourde, même sans condamnation finale. »

Pour elle, les discours officiels sur la paix et la démocratie sonnent creux tant que les pressions sur la presse persistent. « Nous ne pouvons pas mener ce combat seuls. Lecteurs, sources, partis politiques et défenseurs des droits humains doivent nous soutenir. Lisez-nous, partagez nos articles, suivez nos audiences, ne laissez pas nos collègues seuls en prison. Car ce que nous racontons, c’est votre histoire. »

Mehmet Aslan : L’organisation [terroriste] n’existe plus, mais les dossiers, si

Mehmet Aslan

Le parcours de Mehmet Aslan, reporter à l’agence Mezopotamya, incarne le sort des journalistes kurdes. Dès 20 ans, en 2015, l’État l’a plongé dans le système répressif : détention, torture, arrestations répétées.

En 2021, il passe cinq mois en prison pour des articles sur Abdullah Öcalan et les prisonniers politiques, accusé d’appartenance au PKK. Acquitté. En 2024, nouvelle arrestation sur les mêmes faits. Libéré, puis une nouvelle enquête pour les mêmes accusations. Les dossiers sont fusionnés et toujours en cours.

« Le PKK s’est dissous, mais les poursuites continuent », ironise-t-il. « Rapporter des faits ne signifie pas appartenir à une organisation. L’État sait que je ne suis pas membre du PKK. Ce qu’il veut contrôler, c’est ce qui peut être vu, dit et mémorisé, surtout sur la question kurde. »

Même les acquittements ne protègent pas. La machine judiciaire redémarre, avec les mêmes chefs d’accusation, à une autre date.

Furkan Karabay : Le pouvoir judiciaire au service du pouvoir politique

Furkan Karabay

Furkan Karabay, journaliste judiciaire à Medyascope, est l’un des reporters les plus poursuivis de Turquie. Détenu cinq fois, arrêté formellement trois fois, il a passé environ huit mois en détention provisoire ces dernières années. Il totalise une cinquantaine de plaintes et a récemment été placé sous assignation à résidence avec interdiction de voyager.

Dans chaque affaire, son travail journalistique est criminalisé : « diffusion de fausses informations », « outrage au président », ou encore « mise en danger de personnes luttant contre le terrorisme ».

« Le système judiciaire n’obéit plus à la loi, mais aux ambitions politiques », dénonce-t-il. « Les juges ne sont plus loyaux envers la Constitution, mais envers le pouvoir. » (Via Bianet)

Un système où la procédure est la sanction

Pris ensemble, ces trois témoignages dessinent un mécanisme implacable. En Turquie, la vraie punition n’est souvent pas la condamnation finale, mais le processus lui-même : années perdues en audiences, énergie consacrée à sa défense plutôt qu’à l’enquête, mobilité entravée, revenus affectés, vie personnelle disloquée.

La détention envoie un message. L’assignation à résidence étouffe le quotidien. Le contrôle judiciaire use psychologiquement. Même acquitté, le journaliste sort épuisé, parfois ruiné professionnellement.

Ce régime ne vise pas seulement à punir des articles isolés. Il cherche à décourager toute investigation gênante et à effacer une mémoire collective que le pouvoir préfère voir disparaître.

Tant que les journalistes turcs devront passer plus de temps au tribunal que sur le terrain, la liberté de la presse restera une illusion. Leur combat n’est pas seulement le leur : il est celui de toute une société qui aspire à savoir.

 

« Les colonisateurs, c’est les autres »

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MOYEN – ORIENT – « Les colonisateurs, c’est les autres. » C’est la logique commode des impérialistes du Moyen-Orient (Turcs, Perses, Arabes…) : ils dénoncent avec virulence le colonialisme occidental tout en colonisant, opprimant et massacrant eux-mêmes les peuples de la région — Kurdes, Baloutches, Assyriens, Yézidis, Baha’is et autres minorités religieuses non musulmanes.

L’activiste kurde, Jino Victoria Doabi dénonce le discours victimaire de Masoud Pezeshkian, Président de la République islamique d’Iran, qui utilise le post-colonialisme et le constructivisme pour présenter l’Iran comme victime de l’Occident impérialiste qui fabrique des menaces et « l’Autre ». Pourtant, en retournant ces mêmes outils contre le régime, l’Iran apparaît comme un acteur puissant qui construit lui-même « l’Autre radical » : son propre peuple, les Kurdes, Baloutches, minorités et la région entière, via oppression, exécutions et milices proxies. Son discours est hypocrite et stratégique : il victimise le régime pour blanchir son sang et délégitimer toute critique, tout en reproduisant l’impérialisme qu’il dénonce.

Voici le pamphlet de Jino Victoria Doabi : 

Puisque Pezeshkian utilise le post-colonialisme et le constructivisme dans son argumentation envers le peuple américain, tout en ignorant comment ces mêmes cadres théoriques le frappent en retour directement à la tête, il faut le dire clairement. Son discours présente l’Iran comme une victime de la domination occidentale et des « menaces fabriquées » où le constructivisme soutient que les menaces sont créées par des récits et ne sont pas objectives, tandis que la critique post-coloniale argue que les acteurs puissants construisent « l’Autre » ou « l’Autre radical ». En d’autres termes, des acteurs puissants comme les États-Unis construisent des images de l’ennemi pour légitimer les interventions, les sanctions et le contrôle géopolitique. Un signe classique de la représentation de l’Occident comme impérialiste et définisseur de normes, ce qui, en soi, est vrai, et en tant que Kurde, dont les frontières ont été tracées à travers les montagnes, je reconnais la logique selon laquelle l’Occident en porte la responsabilité.

Mais là où la chaîne se brise, c’est dans le récit propagandiste et révisionniste de soi qui tente de se laver les mains du sang de millions de vies en Iran, dans la région, et même en Occident. Si nous inversons cette logique, cette critique post-coloniale et constructiviste, contre le régime iranien et l’Iran en tant qu’État, alors il n’a vécu que de « menaces fabriquées » précisément et a été L’acteur puissant qui construit « l’Autre radical », non seulement vis-à-vis de sa propre population, mais aussi des Kurdes, des Baloutches, des Afghans, de toute la région, et de l’Occident. Cela a officiellement commencé avec le discours de Khomeini il y a exactement 47 ans, le 1er avril 1979, où il a encadré TOUT LE MONDE comme l’ennemi de lui-même, de l’idéologie chiite-islamiste et de l’Iran (lien vers le discours dans les commentaires).

Alors que Pezeshkian critique l’impérialisme occidental, il représente lui-même un régime qui opprime systématiquement et brutalement ses propres citoyens et minorités. Les Kurdes, les Baloutches, les Azéris, et même les dissidents perses sont soumis à la discrimination, à la violence, à la torture, aux exécutions et à la persécution politique. Pendant des décennies, le régime a été responsable de violations massives des droits humains et du meurtre de ses propres citoyens et de ceux des autres.

De plus, il présente un Iran et un régime anti-coloniaux et anti-impérialistes, alors que le fait est qu’il s’agit d’une puissance régionale aux géopolitiques impérialistes et coloniales qui pèsent plus lourd que la plupart ne sont prêts à l’admettre – il suffit de regarder l’Irak qui fonctionne essentiellement comme une zone tampon de l’Iran. Par le soutien et la construction de milices proxies dans la région, ainsi que des opérations militaires et coloniales, y compris contre le Kurdistan et le peuple kurde, l’Iran en tant qu’État et régime exerce une influence et une agression actives à la fois à l’intérieur et au-delà de ses propres frontières, et les centaines d’attaques au cours du mois passé contre la région du Kurdistan devraient témoigner de cela.

Alors pourquoi Pezeshkian utilise-t-il cette forme d’argumentation si elle le frappe directement en retour à la tête ? Parce que c’est un acte stratégique et délibéré. Les concepts post-coloniaux et constructivistes sont utilisés par le régime iranien pour délégitimer la critique externe et gagner un soutien interne, tandis que les actions du régime lui-même sont exemptées de la même lentille analytique. Par conséquent, j’argue que l’utilisation des mêmes cadres pour critiquer le régime est la seule façon de démanteler une fondation construite sur le sang des gens.

Parce que la République islamique est précisément un produit de décennies d’ingérences étrangères en Iran, qui ont plus tard détourné la révolution du peuple contre le Shah. Le retour de Khomeini de l’exil en 1979 a été propulsé et façonné par un paysage géopolitique marqué par l’influence occidentale et des interventions antérieures. Par conséquent, les arguments de Pezeshkian deviennent doublement hypocrites. D’un côté, il critique l’impérialisme occidental et met en lumière comment les puissances externes ont façonné l’Iran, tandis que de l’autre, il représente un régime tyrannique qui n’est non seulement un produit de cette histoire mais qui reproduit activement la même oppression, violence et politique de puissance régionale qu’il prétend s’opposer.

Par conséquent, cette déclaration de Pezeshkian fonctionne à elle seule comme une victimisation de soi, et un blanchiment des meurtres de dizaines de milliers de personnes, de ses proxies régionaux et pour gagner la sympathie externe et interne.

La Turquie enterre les preuves : restes de Kurdes tués dans les années 90 classés sans suite

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TURQUIE / KURDISTAN — Les autorités turques abandonnent les poursuites concernant des restes humains découverts dans la province kurde de Diyarbakir (Amed). Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large d’impunité systématique pour les crimes commis contre les Kurdes dans les années 1990. Des milliers de disparitions forcées restent non élucidées, et les autorités turques continuent de classer les affaires sans identifier ni poursuivre les responsables, qu’ils soient militaires, paramilitaires ou membres du JITEM.

En mai 2025, un berger a découvert des restes humains dissimulés sous deux pierres dans le hameau d’Işıktan, quartier rural de Dêrqam (Duru), à Lice, dans la province kurde de Diyarbakır (Amed). Les autorités médico-légales ont daté ces ossements des années 1990, une période marquée par un conflit intense et par des milliers de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires de civils kurdes dans les régions kurdes de Turquie.

Malgré les preuves médico-légales confirmant que les restes appartiennent à au moins deux personnes, dont un enfant, les autorités locales ont décidé de ne pas engager de poursuites. Les ossements, retrouvés à environ 300 mètres d’un lit de rivière asséché, ont été envoyés à l’Institut de médecine légale (ATK) d’Istanbul. Le rapport du service d’examen osseux et dentaire conclut qu’il s’agit bien de restes humains et que les modifications morphologiques des os (liées aux méthodes d’inhumation, à l’intervention d’animaux et aux conditions environnementales) indiquent des décès remontant à environ 30 ans ou plus.

Cette datation coïncide précisément avec les années 1990, au cours desquelles des milliers de civils kurdes ont été kidnappés, exécutés et enterrés clandestinement par des paramilitaires turcs, notamment par le JITEM (Jandarma İstihbarat ve Terörle Mücadele), un organisme de la gendarmerie turque dont l’existence n’est pas reconnue officiellement par l’État turc et qui a été impliqué dans de nombreuses affaires de disparitions forcées et d’exécutions sommaires dans le Kurdistan de Turquie.

Allégations de violations de procédure et non-lieu controversé

Des avocats du barreau de Diyarbakır, de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD) et de l’Association des droits de l’homme (İHD) ont immédiatement demandé l’ouverture d’une enquête approfondie. Le parquet de Lice a pourtant prononcé un non-lieu, arguant qu’aucun suspect n’avait pu être identifié. Dans une déclaration qui contredit directement le rapport médico-légal, les autorités ont même affirmé qu’il n’avait « pas été établi que les ossements étaient humains ».

Berfin Elçi, responsable de l’İHD à Diyarbakır, a vivement critiqué cette décision, la qualifiant de nouvelle tentative d’éviter d’affronter l’histoire des meurtres non résolus dans la région kurde. Elle a également dénoncé de graves irrégularités lors de la récupération des restes :

« Malgré nos objections, les fouilles ont été menées avec des engins lourds, endommageant gravement les vestiges. Nous avons vu un crâne écrasé par une pelleteuse. Face à ces irrégularités, nous avons demandé des méthodes de travail plus respectueuses des preuves, mais les autorités ont au contraire interrompu les travaux et recouvert les ossements restants de terre. »

Un site potentiel de fosse commune

Les enquêtes locales menées par des militants des droits humains indiquent que la zone n’a jamais été un cimetière officiel. « Nous avons interrogé les habitants les plus âgés du village : il n’existe aucune trace d’un ancien cimetière à cet endroit », a expliqué Berfin Elçi.

« Il s’agit très probablement d’une fosse commune où ont été jetés des civils kurdes exécutés. Nous n’avons pour l’instant retrouvé que les ossements de deux personnes, mais toute la zone doit être fouillée avec soin et examinée selon les standards internationaux. Les familles des disparus ont déjà demandé des tests ADN pour identifier les victimes. »

Appel devant la cour

Les trois organisations ont interjeté appel auprès du tribunal correctionnel de Diyarbakır contre la révocation du procureur. L’appel expose plusieurs griefs :

  • Les fouilles du 17 mai 2025 ont été menées sans la présence d’un procureur ni d’un expert médico-légal.
  • L’utilisation d’engins lourds a entraîné la destruction d’un crâne et la perte de fragments d’os.
  • L’affirmation du procureur selon laquelle les ossements n’étaient pas humains contredit directement le rapport médico-légal d’ATK.

« La question se pose : y a-t-il quelque chose à dissimuler ? » a demandé Elçi, annonçant que l’affaire serait portée devant la Cour constitutionnelle. « L’identité de ces personnes pourrait être révélée grâce à une enquête efficace. Pourquoi les preuves ne sont-elles pas recueillies ? » (Bianet)

IRAN. Au moins 160 prisonniers exécutés en 3 mois

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IRAN / ROJHILAT – Le régime iranien a exécuté au moins 160 prisonniers, dont 4 femmes, au cours du premier trimestre 2026, selon les données de l’ONG kurde Hengaw qui a vérifié l’identité des personnes exécutées.

Ce chiffre représente une diminution de 73 exécutions par rapport aux trois premiers mois de 2025, soit une baisse d’environ 31 %. En janvier, février et mars 2025, au moins 233 prisonniers ont été exécutés dans les prisons iraniennes.

Seules 12 des 160 exécutions (7,5 %) ont été annoncées officiellement par les médias d’État iraniens ou les sites web affiliés au pouvoir judiciaire. Par ailleurs, 17 exécutions ont eu lieu en secret, sans que les familles en soient informées et sans que les condamnés puissent recevoir une dernière visite de leurs proches.

Exécution de femmes

Durant cette période, au moins quatre femmes ont été exécutées dans les prisons de Tabriz, Zanjan et Ispahan.

Mahnaz Roshani, originaire de Shahin Shahr, et Sohaila Asadi, originaire de Kashan, ont été exécutées à la prison centrale d’Ispahan pour meurtre avec préméditation. Tayyebeh Hekmat, originaire de Zanjan, a été exécutée à la prison de Zanjan pour meurtre avec préméditation. Mina Nasirpour, originaire d’Ardabil, a été exécutée à la prison centrale d’Ardabil pour des infractions liées aux stupéfiants.

Exécution des prisonniers politiques et religieux

Au cours des trois derniers mois, au moins 12 prisonniers politiques et religieux ont été exécutés pour des accusations incluant le baghi ​​(rébellion armée), l’appartenance à des groupes militants et l’espionnage au profit d’Israël.

Huit de ces prisonniers ont été exécutés au cours des trois dernières semaines, suite au déclenchement de la récente guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

IRAN. Les pasdarans tirent sur les détenus avant leur transfert vers les prisons

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IRAN / ROJHILAT – Les pasdarans ont tiré dans les mains et les jambes de civils arrêtés pour avoir filmé et diffusé des images de bombardements sur des sites militaires iraniens, avant de les transférer en prison sans soins médicaux.
 
Selon l’ONG kurde KHRN, au moins sept blessés se trouvent au pénitencier central du Grand Téhéran, parmi des centaines de détenus politiques.

 

 

Les pasdarans ou les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont délibérément tiré dans les mains et les jambes de plusieurs civils détenus, avant de les transférer vers des prisons de Téhéran sans leur prodiguer les soins médicaux nécessaires, révèle le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN).

Depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les forces de renseignement du CGRI ont procédé à de nombreuses arrestations. Parmi les personnes interpellées figurent des citoyens qui avaient filmé les bombardements de sites militaires iraniens et diffusé ces images sur Telegram ou des chaînes de télévision étrangères, en exprimant leur satisfaction.

Une source bien informée à Téhéran a indiqué que ces détenus ont ensuite été blessés par balle aux extrémités dans un acte de brutalité extrême. Après quelques heures à l’hôpital, ils ont été envoyés au pénitencier central du Grand Téhéran, où ils sont détenus sans accès aux soins.

Au moins sept personnes blessées de cette manière ont été signalées dans cet établissement. Selon le KHRN, des centaines de détenus — dont des manifestants arrêtés en janvier et d’autres interpellés depuis le début du conflit — sont actuellement regroupés dans trois quartiers de la section 6 du quartier 4 du pénitencier central du Grand Téhéran.

 

La Turquie modifie une carte du XIe siècle qui mentionne les Kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – La Turquie ne se contente pas de turquifier systématiquement les noms géographiques kurdes ni d’effacer les traces historiques de la présence kurde en Haute Mésopotamie. Elle censure également les documents anciens lorsqu’ils contredisent sa narration nationale.

Une carte géographique en arabe, réalisée au XIe siècle par le savant ouïghour Mahmud al-Kashgari (originaire de Kashgar, dans l’actuel Xinjiang chinois), vient ainsi d’être censurée par le ministère turc de la Défense. Cette carte, extraite de son célèbre Dīwān Lughāt al-Turk, mentionne explicitement le « pays des Kurdes » (Arḍ al-Akrād) dans une région correspondant au Kurdistan actuel. Dès 1150, les conquérants seldjoukides turcs désigneront d’ailleurs cette même entité sous le nom de « Kurdistan ».

Pour illustrer l’ancienneté des savoirs et des sciences turcs, le ministère a publié sur son site une version « corrigée » de la carte, expurgée de cette mention gênante. La manipulation n’a pas échappé aux historiens et intellectuels kurdes, qui l’ont vivement dénoncée. Le député DEM d’Ağrı (Ararat), Sırrı Sakık, a interpellé directement le ministre de la Défense, Yaşar Güler, au Parlement. Face au tollé, le ministère s’est contenté de retirer discrètement la carte de son site, sans la moindre explication.

Une ironie historique

C’est pourtant un bibliothécaire et érudit kurde de Diyarbakır, Ali Emiri Efendi, qui avait redécouvert au XIXe siècle l’unique manuscrit connu de cette œuvre, faisant la fierté des Ottomans. À l’époque, l’Empire ottoman assumait pleinement l’existence du Kurdistan : du XVIe siècle jusqu’à sa chute, la région était officiellement désignée sous ce nom. Dans sa fameuse lettre au roi de France François Ier, le sultan Soliman le Magnifique se vantait ainsi d’être le souverain « du pays de Roum, d’Égypte, du Kurdistan » et de bien d’autres contrées.

Depuis la fondation de la République en 1923-1924, le mot « Kurdistan » est devenu tabou. Son usage est interdit ou fortement réprimé. Aujourd’hui encore, les autorités et les médias turcs refusent de nommer le Kurdistan irakien autrement que « le nord de l’Irak », alors même que cette région autonome est reconnue sous le nom officiel de « Kurdistan » dans la Constitution irakienne et par la communauté internationale. Le Gouvernement régional du Kurdistan est systématiquement rabaissé à une simple « administration kurde du nord de l’Irak ».

Cette obsession anti-kurde du régime turc ne connaît ni limites ni frontières. Alors que la Turquie venait d’être visée par des missiles iraniens, le président Erdoğan a publiquement averti Donald Trump que, en cas de soulèvement des Kurdes iraniens contre Téhéran, Ankara interviendrait militairement… aux côtés de l’Iran.

Au moins, cela a le mérite de la clarté. La rhétorique officielle sur la « fraternité turco-kurde » apparaît désormais dans toute sa vacuité. (Via l’Institut Kurde de Paris)

SYRIE. Les gangs de Damas kidnappent deux Kurdes à Raqqa

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SYRIE / ROJAVA – Un groupe armé affilié au gouvernement dirigé par Ahmed al-Sharaa (alias Jolani) a enlevé deux jeunes Kurdes dans le quartier Al-Rumaila à Raqqa. L’incident s’est produit hier soir sur une route de la ville, sous le prétexte d’une prétendue affiliation aux Forces démocratiques syriennes (FDS).

Les ravisseurs ont également confisqué leur véhicule. Ils refusent toujours de divulguer le lieu de détention ou le sort des deux jeunes, dont on ignore s’ils sont encore en vie.

Les noms des victimes sont Sabri Aref Mohammed et Idris Hassan Hasso.

Cet enlèvement s’inscrit dans un contexte plus large de violations, d’abus et de menaces de mort ciblant les Kurdes de Raqqa de la part de milices soutenues par la Turquie, souvent considérées comme alignées sur l’autorité intérimaire liée à Jolani.

2ᵉ Séminaire d’Études Kurdes à Rouen : Langue, culture et société au cœur des débats

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ROUEN – La Représentation du Gouvernement régional du Kurdistan-Irak en France, en collaboration avec l’UR 7474 Dylis de l’Université de Rouen et la section de kurde de l’INALCO, a organisé la 2ᵉ édition du Séminaire d’Études Kurdes, le mardi 31 mars 2026, à Mont-Saint-Aignan.

Intitulé « Langue, culture et société kurdes : Dynamiques, transmissions et enjeux contemporains », cet événement a réuni chercheurs, universitaires et passionnés autour des questions actuelles liées à la langue, à la culture et à la société kurdes.

Le séminaire s’est articulé autour de plusieurs sessions thématiques consacrées à la littérature et aux arts kurdes, aux expériences diasporiques, aux dynamiques linguistiques et au plurilinguisme, ainsi qu’aux politiques linguistiques au Kurdistan et dans la diaspora.

Les interventions ont mis en lumière la richesse du patrimoine culturel kurde, les défis de la transmission intergénérationnelle et la vitalité des pratiques artistiques et linguistiques dans un contexte marqué par la mobilité et la diversité.

Cette journée a permis de renforcer les échanges scientifiques et culturels entre spécialistes tout en soulignant l’importance de la préservation et de la valorisation du patrimoine kurde à l’international. Elle s’est achevée par une discussion générale ouverte sur les perspectives futures de la recherche et de l’enseignement du kurde.

Birkleyn Sound Festival : un voyage sonore entre traditions et créations contemporaines à La Marbrerie

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PARIS – Fondé par le musicien, chanteur et joueur de saz Ruşan Filiztek, l’un des plus brillants ambassadeurs de la musique traditionnelle kurde, le Birkleyn Sound Festival se tiendra du 16 au 18 avril 2026 à La Marbrerie (Montreuil).

Ce festival unique célèbre la diversité des expressions musicales et le dialogue fécond entre ancrages traditionnels et écritures contemporaines. Il fait se rencontrer folk progressif kurde, afro-folk, blues, folk gaélique irlandaise, chant lyrique franco-iranien, polyphonies catalanes et fanfares balkaniques dans un voyage sonore riche en émotions.

Pendant trois soirées, La Marbrerie devient un carrefour où se croisent musiques kurdes, persanes, sénégalaises, méditerranéennes et européennes : transe, poésie, chants ancestraux, improvisation et créations hybrides se répondent dans une programmation sensible et exigeante.

Lors du festival, venez découvrir une des grandes figures de la scène kurde actuelle : Rewşan (Rewşan Çeliker), chanteuse, violoniste et compositrice reconnue pour son travail de préservation et de réinvention de la tradition kurde.

Programmation et artistes 

Jeudi 16 avril
Senny Camara
– Sïan
– Núria Salat Rovira
 
Vendredi 17 avril
Ruşan Filiztek
– François Aria & Roxane Elfasci
– Nati James
– Ariana Vafadari
– Haïdouti Orkestar
– Serqo
– Tugay Sozdaroğlu
– DJ Set
 
Samedi 18 avril
Olaïla
– Sylvain Barou
– Rewşan
– Naghib Shanbehzadeh
– Kurdish Dance Night & After Party

 

Pensé comme un espace de rencontre entre mémoires musicales, héritages culturels et nouvelles générations, le Birkleyn Sound Festival défend une approche à la fois respectueuse des sources et audacieuse dans la création contemporaine.

ROJAVA. En mars, 13 Kurdes tués à Alep et à Afrin

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SYRIE / ROJAVA – L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a signalé que des gangs de Damas et de Turquie ont tué 13 civils kurdes à Afrin et à Alep en mars.

L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a publié des informations sur les violations et les crimes commis par le gouvernement intérimaire syrien et des groupes affiliés à l’État turc dans les régions d’Alep et d’Afrin en mars 2026. L’organisation a déclaré que 13 civils avaient été tués à Afrin et à Alep au cours de ce mois.

70 personnes enlevées

Il a également été rapporté que plus de 70 enlèvements et arrestations ont eu lieu, la plupart liés aux célébrations du Newroz (Nouvel-an kurde). Dans le quartier de Sheikh Maqsood à Alep, quatre jeunes ont également été arrêtés.

Les vols et les pillages se poursuivent

L’organisation a dénoncé les vols et pillages perpétrés en cours à Afrin par des individus armés non identifiés. Il a été constaté que, pendant les célébrations de Newroz, des des maisons des Kurdes partis célébrer le Newroz ont été cambriolées. À Cindirês, 18 moutons, de l’or et de l’argent ont été dérobés. Dans le district de Şiyê, un chauffeur et un couple ont été agressés par des individus armés.

L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a appelé le gouvernement intérimaire et l’administration régionale d’Afrin à assumer leurs responsabilités, à protéger les Kurdes retournés dans leur région, à leur restituer leurs biens et à mettre fin aux violations commises contre la population kurde.

ROJAVA. Explosion mortelle à Hassaké

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SYRIE / ROJAVA – Une explosion survenue dans un magasin de ferraille a fait six morts et un blessé dans la ville kurde de Hassakê.
 
Une explosion, dont on ne sait pas encore l’origine, s’est produite dans un magasin de ferraille du quartier d’al-Aziziyah, dans la ville de Hassaké, tuant six personnes, dont des enfants.

1991 : La tragédie kurde qui accoucha de l’autonomie

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IRAK / KURDISTAN – Le 31 mars 1991, suite à la violente répression de l’insurrection kurde par le régime de Saddam Hussein, près de deux millions de Kurdes irakiens furent contraints à un exode massif. Abandonnant leurs villes et leurs biens, ils fuirent à pied vers les régions montagneuses séparant le Kurdistan entre l’Irak, l’Iran et la Turquie.

Ce drame, l’un des plus grands déplacements de population de l’histoire moderne, est resté dans les mémoires sous le nom d’« Exode des millions ». Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants périrent de froid glacial, de faim, d’épuisement et de maladies au cours de cette marche forcée de centaines de kilomètres à travers des terrains escarpés.

Cet exode survenait après le génocide des Kurdes à travers la campagne d’Anfal (1988), les bombardements chimiques (notamment à Halabja) et les exécutions de masse avaient déjà décimé la population kurde. Face à la contre-offensive des forces irakiennes, la peur d’un nouveau génocide provoqua ce départ chaotique et désespéré.

Les images insoutenables diffusées par les médias internationaux choquèrent l’opinion publique mondiale et firent monter une forte pression sur les chancelleries. Le 5 avril 1991, le Conseil de sécurité de l’ONU adopta la Résolution 688, qui condamnait la répression contre la population civile irakienne, notamment kurde, et ouvrait la voie à une intervention humanitaire.

La France joua un rôle déterminant dans cette mobilisation. Danielle Mitterrand, épouse du président François Mitterrand et présidente de France Libertés, s’imposa comme une voix puissante en faveur de la cause kurde. Soutenus par des efforts diplomatiques impliquant notamment le secrétaire d’État américain James Baker, ces initiatives aboutirent à la création d’une zone de sécurité et d’une exclusion aérienne au nord du 36e parallèle. Cette mesure protégea les civils et permit le retour progressif des réfugiés, malgré le pillage et la destruction de leurs villes.

Au-delà de son aspect militaire, cette zone de protection constitua un tournant historique. Elle offrit aux Kurdes un espace pour s’organiser librement, à l’abri des menaces du régime baasiste. Elle ouvrit la voie aux premières élections parlementaires du 19 mai 1992 et à la formation du premier gouvernement de la Région du Kurdistan.

Trente-cinq ans plus tard, l’Exode de deux millions de Kurdes reste un symbole puissant de sacrifice, de souffrance et de résilience. D’une tragédie humaine, il s’est transformé en levier politique décisif : il a contribué à la reconnaissance internationale des droits du peuple kurde et posé les fondations de la Région du Kurdistan en tant qu’entité constitutionnelle et autonome au sein de l’Irak d’aujourd’hui.