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TURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Ilyas Eren

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Sur la place Galatasaray à Istanbul, les Mères du Samedi ont tenu leur rassemblement hebdomadaire pour exiger vérité et justice sur les milliers de disparitions forcées commises sous la garde de l’État turc.

Cette semaine, leur voix s’est élevée pour İlyas Eren, un Kurde porté disparu après avoir été enlevé il y a 29 ans.

Originaire du district de Kulp (province d’Amed/Diyarbakır), İlyas Eren était un agriculteur père de huit enfants. Il vivait avec sa famille dans le hameau de Rindik, rattaché au village de Dêlit (Yeşilköy). Dans les années 1990, il a été arrêté et torturé à plusieurs reprises pour avoir refusé de devenir « garde villageois » au service de l’État turc.

Après la destruction de son village par l’armée turque en 1993, la famille s’est réfugiée au centre de Kulp. Le 11 mars 1997, alors qu’il attendait à la gare routière d’Amed, İlyas Eren a été enlevé en plein jour par des hommes se faisant passer pour des policiers. Des témoins l’ont vu forcé de monter dans un véhicule. Ce fut la dernière fois qu’il fut vu vivant.

Selon Jiyan Tosun, responsable de la branche stambouliote de l’Association des droits de l’homme (İHD), des témoins ont identifié le véhicule comme appartenant au chef de la principale association de gardes villageois de Kulp. Malgré une plainte immédiate de la famille, aucune enquête sérieuse n’a été menée. L’affaire a été classée sans suite et les responsables sont restés impunis.

Après avoir épuisé tous les recours internes, la famille a saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le gouvernement turc a lui-même reconnu qu’aucune enquête effective n’avait été conduite et que le droit à la vie d’İlyas Eren avait été violé. Pourtant, l’affaire a finalement été frappée par la prescription, perpétuant l’impunité.

« Aucune enquête efficace n’a été menée. La vérité n’a pas été établie et les responsables n’ont pas été jugés », a déclaré Jiyan Tosun. « L’État et le système judiciaire contribuent systématiquement à cette culture de l’impunité dans les cas de disparitions forcées. Mais nous continuerons à réclamer justice. »

La veillée s’est terminée par le dépôt d’œillets rouges sur la place Galatasaray, symbole de mémoire et de résistance pacifique face à l’oubli imposé.

 

 

Depuis près de 31 ans, les mères du samedi demandent justice pour leurs disparu.e.s
 
Le samedi 27 mai 1995, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) descendaient pour la première fois sur la place Galatasaray, à Istanbul, pour exiger la fin des disparitions forcées et demander qu’on leur rende leurs proches portés disparus.
 
Les « mères du samedi » reprochent à l’État turc de ne pas avoir enquêté sérieusement pour établir la vérité sur ceux qui ont disparu après leur mise en détention par les autorités turques.
 
Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcés et meurtres (de journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans) par l’État ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie.

#IRANWAR. Attaque contre la résidence d’un dirigeant kurde d’Irak

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IRAK / KURDISTAN – Ce matin, une attaque lâche au drone a visé la résidence secondaire du Président Nechirvan Barzani, Président de la Région du Kurdistan irakien, à Duhok. L’explosion a causé des dégâts matériels, mais heureusement aucune victime n’est à déplorer parmi les habitants ou les gardes. Cet acte terroriste intervient dans un contexte d’escalade régionale où le Kurdistan, une fois de plus, paie le prix de sa simple existence en tant que nation opprimée.

Pour le peuple kurde, cette agression n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une longue série d’attaques menées par des milices pro-iraniennes, des groupes du Hachd al-Chaabi (PMF) et d’autres forces liées à Téhéran ou à Bagdad, qui cherchent à déstabiliser notre région. Quelques jours seulement après l’attaque iranienne aux missiles balistiques qui a martyrisé six Peshmergas à Soran et en a blessé des dizaines d’autres, voilà que l’on s’en prend directement au symbole même de la direction kurde.

Nechirvan Barzani a qualifié cette attaque d’« escalade très dangereuse pour l’ensemble de l’Irak ». Il a raison : en visant la résidence d’un leader kurde légitime, ce sont tous les Kurdes que l’on cherche à intimider. C’est une tentative claire de nous ramener à l’époque où nous n’étions que des citoyens de seconde zone dans un État arabe centralisé qui nous a toujours nié nos droits les plus élémentaires.

Le Kurdistan irakien reste un îlot de stabilité, de démocratie relative et de coexistence dans une région ravagée par les guerres, le sectarisme et l’autoritarisme. Nous avons combattu Daech en première ligne, versé un sang précieux pour défendre non seulement notre terre mais aussi l’humanité entière. En retour, nous subissons des attaques répétées : drones, missiles, provocations permanentes aux frontières, et un gouvernement central à Bagdad qui peine – ou refuse – à exercer sa souveraineté contre les milices illégales qui opèrent sur son sol.

Cette attaque est une nouvelle preuve que le Kurdistan reste colonisé. Divisé entre quatre États (Turquie, Iran, Irak, Syrie), privé d’un État indépendant reconnu, notre peuple est traité comme une menace existentielle par les régimes qui nous entourent. Que ce soit les drones iraniens, les incursions turques, les pressions de Damas sur le Rojava ou les milices chiites en Irak, le message est toujours le même : les Kurdes ne doivent pas être libres, forts ou unis.

Aujourd’hui, le Président français Emmanuel Macron a condamné fermement cette « attaque inacceptable » et réaffirmé le soutien de la France à la souveraineté de l’Irak « et du Kurdistan en son sein ». Des voix kurdes, irakiennes et internationales s’élèvent pour exiger une enquête sérieuse et la punition des coupables. Mais pour le peuple kurde, les paroles ne suffisent plus. Ils exigent des actes concrets : que Bagdad désarme enfin les groupes hors-la-loi, que la communauté internationale protège réellement le Kurdistan et que cesse l’impunité dont jouissent ceux qui attaquent les Kurdes.

Les Kurdes d’Irak, otages d’un État colonial factice au cœur de la guerre USA/Israël vs Iran

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IRAK / KURDISTAN – Depuis le 28 février 2026, le Moyen-Orient est plongé dans une guerre ouverte entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Lancée par des frappes aériennes massives américano-israéliennes, cette confrontation a rapidement débordé sur le territoire irakien. L’Iran a riposté en lançant des missiles balistiques et des drones contre des bases américaines, des intérêts israéliens et, à plusieurs reprises, contre les zones kurdes d’Irak.

Le 24 mars 2026, six missiles balistiques iraniens ont frappé une base de peshmergas dans la région de Soran, au nord d’Erbil, tuant six combattants kurdes et en blessant une trentaine d’autres. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière contre les forces de sécurité kurdes depuis le début du conflit. Le président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a qualifié cet assaut de « agression hostile directe » contre la souveraineté du Kurdistan et a exigé que le gouvernement fédéral irakien mette fin à ces attaques. Parallèlement, des milices pro-iraniennes des Forces de mobilisation populaire (FMP / Hachd al-Chaabi) ont multiplié les opérations contre des cibles américaines et kurdes en Irak, tandis que des frappes en retour (attribuées aux États-Unis ou à Israël) visent leurs positions.

Dans ce chaos, le Premier ministre irakien Mohammed Shia al-Sudani s’est retrouvé dans une position contradictoire : il a publiquement condamné les attaques visant le Kurdistan (y compris celle d’aujourd’hui ciblant la résidence du président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, à Duhok), tout en dirigeant un gouvernement qui finance, intègre et légitime les FMP – ces mêmes milices largement loyales à Téhéran et souvent accusées de mener des actions parallèles.

Cette guerre régionale met cruellement en lumière les faiblesses structurelles de l’État irakien, fruit d’une construction coloniale britannique post-1918, conçue avant tout pour des raisons pétrolières et géostratégiques plutôt que pour refléter une identité nationale cohérente.

La genèse coloniale de l’Irak

Après la défaite de l’Empire ottoman en 1918, la Grande-Bretagne obtient le mandat sur la Mésopotamie. Les trois vilayets ottomans de Bagdad, Bassora et Mossoul (ce dernier riche en pétrole et à majorité kurde) sont artificiellement fusionnés pour former l’État irakien en 1921. Le pétrole de Mossoul constitue l’enjeu central : les Britanniques veulent sécuriser l’approvisionnement en mazout pour leur flotte navale. Les Kurdes, qui avaient reçu des promesses d’autonomie ou d’indépendance dans le traité de Sèvres (1920), sont trahis par le traité de Lausanne (1923). Le vilayet de Mossoul est intégré à l’Irak malgré la volonté majoritaire kurde, pour des motifs purement économiques et stratégiques.

Cet État « factice » réunit des populations aux identités distinctes : Arabes chiites et sunnites, Kurdes (peuple indo-iranien à majorité sunnite), Turkmènes, Assyriens, etc., sans véritable cohésion nationale préalable. Les décennies suivantes sont marquées par des répressions successives contre les Kurdes : révoltes sous la monarchie, arabisation forcée sous Saddam Hussein, et surtout la campagne Anfal de 1988 avec le gazage d’Halabja.

L’autonomie kurde et les tensions persistantes

Après 1991 et la zone d’exclusion aérienne, les Kurdes obtiennent une autonomie de facto, consolidée par la Constitution fédérale de 2005. La Région du Kurdistan irakien dispose aujourd’hui de son propre gouvernement (KRG), parlement, forces peshmergas et contrats pétroliers. Pourtant, les « territoires disputés » (Kirkuk, Sinjar…), le partage des revenus pétroliers et le rôle des milices pro-iraniennes restent sources de conflits permanents avec Bagdad.

L’absurdité d’un État qui ne contrôle pas ses propres forces

La guerre actuelle accentue dramatiquement ces contradictions. Les FMP agissent souvent comme un État dans l’État, servant des agendas extérieurs (iranien) tout en étant officiellement intégrées aux forces irakiennes. Le Premier ministre Sudani condamne les attaques contre les peshmergas et le Kurdistan, tout en tolérant ou en finançant les milices qui participent à l’escalade régionale. Un gouvernement qui ne parvient pas (ou ne veut pas) monopoliser la violence légitime ne peut pas crédiblement invoquer l’« intégrité territoriale » face aux aspirations kurdes.

Les Kurdes d’Irak otages d’un État colonial artificiel

Les Kurdes d’Irak se retrouvent une fois de plus otages d’un État colonial artificiel, conçu pour le pétrole et non pour les peuples qui l’habitent. À chaque crise régionale – et particulièrement dans cette guerre USA/Israël-Iran – les lignes de faille ethniques, confessionnelles et pétrolières resurgissent. Tant que Bagdad ne proposera pas un fédéralisme réel et respecté, ou que les Kurdes ne pourront pas exercer pleinement leur droit à l’autodétermination, l’Irak restera un pays fragile, traversé par des acteurs armés parallèles et des ingérences étrangères.

Les gangs : l’arme secrète de la guerre spéciale turque contre les quartiers révolutionnaires

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TURQUIE / KURDISTAN – Derrière les « gangs de nouvelle génération » se cache une stratégie vieille de décennies pour corrompre, diviser et expulser les communautés kurdes, alévies et progressistes.

Les « gangs de motards » ou « gangs de nouvelle génération », présentés comme un phénomène récent et soudain, existent en réalité depuis la fin des années 1990. Ils servent depuis longtemps d’instrument de guerre spéciale de l’État turc au Kurdistan et dans les quartiers sensibles d’Istanbul.

Contrairement à l’image médiatique, ces bandes ne sont pas venues de l’extérieur : elles ont été formées par des jeunes du quartier lui-même, souvent avec le soutien tacite ou actif de l’appareil sécuritaire. Leur objectif ? Corrompre la jeunesse, saper l’influence révolutionnaire, modifier la composition démographique et préparer la gentrification forcée des zones populaires.

Comment les gangs sont-ils apparus ?

Jusqu’au milieu des années 1990, les quartiers à forte identité révolutionnaire, kurde ou alévie (Gazi, 1er Mai, Okmeydanı…) bénéficiaient d’une organisation collective solide malgré la pauvreté et la négligence étatique. Après le massacre de Gazi en 1995 et les vagues de répression qui ont suivi, l’État a changé de méthode : moins de tanks, plus de guerre sociale.

La police a d’abord laissé exploser les vols tout en refusant d’intervenir, renvoyant les habitants vers « les révolutionnaires ». Dans ce vide sécuritaire, des bandes locales sont apparues, présentées comme des « groupes de protection du quartier ». L’exemple le plus emblématique reste le gang d’Arap Emrah à Gazi. En surface, elles faisaient cesser les vols ; en réalité, elles marquaient le début d’une stratégie de pourrissement social.

L’État a simultanément lancé une rhétorique raciste (« bandes kurdes », « bandes alévies ») pour isoler ces quartiers et discréditer leurs habitants.

Des « gangs nouvelle génération » à la guerre sociale

À partir du début des années 2000, avec l’expansion d’Istanbul et la volonté de l’État de chasser les populations pauvres du centre-ville, une nouvelle phase s’est ouverte. D’anciens militants révolutionnaires déçus ou retournés ont été utilisés pour créer des structures plus sophistiquées.

L’apparition massive de bars « folkloriques turcs », la diffusion de la drogue, la prolifération des armes et la modification démographique (installation de populations turques et sunnites dans des quartiers kurdes ou alévies) faisaient partie du même plan : briser le tissu social, affaiblir les liens communautaires et révolutionnaires.

Les médias ont systématiquement criminalisé ces quartiers en les qualifiant de « plus dangereux de Turquie », facilitant ensuite les opérations de transformation urbaine (gentrification) qui visent à expulser les pauvres vers la périphérie.

La réapparition après 2016

La tentative de coup d’État de juillet 2016 a offert une nouvelle opportunité à l’appareil de guerre spéciale. Alors que la répression s’intensifiait contre les structures révolutionnaires (arrestations massives, harcèlement policier), les gangs ont retrouvé de l’espace.

Les paris illégaux ont servi d’entrée en matière : une source de revenus rapide pour les jeunes désœuvrés, gérée par d’anciens éléments issus des milieux révolutionnaires. De là sont nés des groupes comme les Daltons ou les Casper, qui ont commencé par se présenter comme des « protecteurs du quartier » avant de plonger dans le trafic de drogue, la prostitution et l’extorsion.

Ces gangs utilisent souvent une organisation en cellules discrètes : les membres ne se connaissent pas tous, et le chef reste lointain. Le recrutement se fait via les réseaux sociaux, les séries télévisées glorifiant les « gangs de quartier », et le discours de la « protection » face à la drogue et aux « étrangers » – un discours hypocrite, car ces mêmes gangs finissent par contrôler ou tolérer les trafics.

Le vrai visage de la stratégie

Des témoignages d’anciens membres montrent le mécanisme :

  1. On approche les jeunes pauvres en leur offrant argent, armes et un sentiment d’appartenance.

  2. On commence par « protéger le quartier » contre les dealers extérieurs.

  3. On finit par devenir soi-même le vecteur de la dégradation sociale et par dénoncer les révolutionnaires à la police.

L’objectif final est clair :

  • Couper la jeunesse kurde et progressiste du Mouvement de libération.

  • Rendre les quartiers invivables pour justifier leur destruction et leur reconstruction au profit d’autres populations.

  • Transformer les habitants en informateurs par peur des gangs.

Réduire ces phénomènes à un simple problème de « criminalité juvénile » ou de « gangs de nouvelle génération » revient à ignorer leur dimension stratégique. Il ne s’agit pas de délinquance spontanée, mais d’une pratique délibérée de guerre spéciale visant à détruire de l’intérieur les bastions de la résistance populaire.

Les gangs ne sont pas une fatalité. Ils sont l’outil d’une politique d’État qui préfère corrompre et diviser plutôt que d’affronter ouvertement la volonté populaire. (Via ANF)

IRAN. Rafles massives des Kurdes du Rojhelat

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IRAN / ROJHILAT – Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN) a dénoncé une nouvelle vague d’arrestations arbitraires visant des civils kurdes en Iran. Ces opérations interviennent dans un contexte de fortes tensions régionales, marquées par près d’un mois de confrontations militaires entre l’Iran, les États-Unis et Israël.

Selon le KHRN, cité par l’agence de presse Rudaw, les autorités iraniennes ont lancé une campagne de mesures « préventives » à l’encontre des citoyens kurdes, notamment dans les villes de Saqqez et Mahabad.

Le 26 mars, Kiyanûş Adilpûr a été arrêté à Saqqez par des agents du ministère du Renseignement. L’opération s’est déroulée sans mandat judiciaire. Les forces de sécurité ont perquisitionné violemment son domicile, confisqué son téléphone portable et emmené ses enfants pendant l’intervention. Il a ensuite été transféré vers un lieu tenu secret.

Le 27 mars, un sort similaire a frappé Şiwane Elîzade à Mahabad. Les services de renseignement ont fait irruption à son domicile sans autorisation judiciaire et l’ont arrêté de force.

Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan indique que, depuis le début de l’escalade entre l’Iran et les États-Unis/Israël, plus de dix citoyens kurdes ont été arrêtés par les services de renseignement iraniens dans la région.

Ces arrestations s’inscrivent dans un climat de répression accrue en territoire kurde (Rojhelat), où les autorités multiplient les opérations de sécurité face aux craintes de déstabilisation interne.

ALLEMAGNE. Un Kurde allemand élu maire en Bavière

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ALLEMAGNE – Un jeune homme d’origine kurde a remporté une victoire retentissante lors des élections locales en Bavière, en Allemagne. Abuzer Erdogan, candidat du Parti social-démocrate (SPD), a été élu maire (Oberbürgermeister) de la ville de Rosenheim.

Avec 53,4 % des voix, il a battu le candidat sortant du Parti chrétien-social (CSU), Andreas März, qui détenait la mairie depuis de nombreuses années. Cette défaite met fin à près de 65 ans de domination de la CSU dans cette ville du sud de la Bavière, traditionnellement considérée comme un bastion conservateur.

Le succès d’Abuzer Erdogan (orthographié également Abuzar Erdogan) a suscité un large écho dans les médias et l’opinion publique allemande. Malgré une campagne agressive de la CSU — qui a notamment distribué des dons aux électeurs —, le jeune candidat SPD a remporté une majorité claire.

Né en Allemagne en 1993, Abuzer Erdogan est le fils de parents originaires du Kurdistan du Nord (plus précisément de la région de Maraş – Elbistan). Juriste de formation, il s’engage en politique depuis l’âge de 19 ans. Il a déjà été candidat au Bundestag et siège au conseil municipal de Rosenheim, où il préside le groupe SPD.

Dans une interview accordée à Rudaw Media Network, il a confirmé sa victoire et exprimé sa fierté.

Les médias allemands l’ont rapidement surnommé « le Zohran Mamdani allemand », en référence au jeune politicien américain d’origine immigrée. Son parcours incarne une belle réussite de l’intégration et montre que des personnes issues de l’immigration peuvent accéder aux plus hautes fonctions politiques en Allemagne.

Abuzer Erdogan prendra officiellement ses fonctions en mai 2026. Il se présente comme un maire « pour tous », au-delà des clivages partisans.

Une scientifique kurde à la pointe de la robotique en Allemagne

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SCIENCE – À Hanovre, en Allemagne, la chercheuse kurde Rojin Muftizadeh dirige un projet de robotique ambitieux à l’Université Leibniz.

Son objectif : développer des algorithmes avancés permettant aux robots de se déplacer de manière totalement autonome, afin de les rendre utiles dans le secteur de la construction.

Rojin travaille notamment avec un robot quadrupède baptisé GeoPawe. Ce nom combine « geo » (géographie) et « paw » (patte en anglais), en référence à la patte d’un chien. Bien que le grand public l’appelle souvent « robot-chien », les scientifiques préfèrent le terme plus précis de « robot à quatre pattes ».

Un robot inspiré du monde animal

« La conception de ce robot s’inspire des animaux », explique Rojin Muftizadeh. « Notre objectif est de le rendre intelligent : il doit être capable de franchir des obstacles de manière autonome, de créer des cartes de son environnement et de s’adapter à différentes tâches. »

Son travail se concentre principalement sur les systèmes de navigation. Elle développe des algorithmes sophistiqués qui permettent au robot d’analyser son environnement grâce à divers capteurs et de fusionner ces données en temps réel.

Une application concrète dans la construction

À long terme, Rojin souhaite déployer ces robots sur les chantiers de construction :

« Ils pourront effectuer des contrôles de qualité, vérifier la conformité des murs et détecter d’éventuels défauts de construction. Pour cela, il faut des algorithmes très avancés capables d’intégrer les informations provenant de multiples capteurs. »

Intelligence artificielle : entre craintes et confiance

Face aux inquiétudes du public concernant l’intelligence artificielle, Rojin Muftizadeh reste mesurée :

« Personnellement, je n’ai pas peur de l’IA. Je crois que lorsque des experts maîtrisent parfaitement le système et en gardent le contrôle, celui-ci reste sûr. L’intelligence artificielle et les humains doivent collaborer. Je ne pense pas qu’il y aura un jour où ces robots échapperont totalement au contrôle humain. »

Parcours d’une chercheuse en diaspora

Rojin Muftizadeh vit en Allemagne depuis 2016. Après un master, elle a entamé un doctorat en 2019, qu’elle a soutenu en 2023. Elle poursuit aujourd’hui ses recherches en tant que postdoctorante.

Au quotidien, elle travaille 8 à 9 heures par jour à l’université, où elle encadre des étudiants en master et en doctorat. Elle occupe également le poste de responsable de l’égalité au sein de son groupe de recherche, afin de garantir le respect des droits de chacun.

« Peu importe la charge de travail, j’essaie de maintenir un bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle », conclut-elle.

Le Kurdistan ciblé par plus de 450 frappes iraniennes depuis fin février

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IRAK / KURDISTAN – Le Kurdistan d’Irak a été la cible de plus de 450 drones et missiles depuis le début du conflit régional le 28 février 2026. Ces attaques, menées par l’Iran et des milices chiites irakiennes pro-Téhéran, ont fait au moins 14 morts et 85 blessés, signale l’agence de presse kurde Rudaw.

La province d’Erbil a été la plus touchée, avec 354 frappes enregistrées, contre 90 à Souleimaniye et un nombre plus limité à Dohouk et Halabja. La majorité des engins ont été interceptés par les systèmes de défense aérienne, mais les débris et les impacts ont causé des pertes humaines et des dommages matériels.

 

Répartition des attaques par province

D’après les statistiques, la province la plus touchée est Erbil :

Erbil et ses environs :  358 drones et missiles.

Souleimaniye :  93 drones et missiles.

Duhok :  7 drones.

Halabja :  2 drones.

Ces trois derniers jours, le nombre d’attaques contre la région du Kurdistan a légèrement diminué par rapport aux semaines précédentes.

Attaques récentes

Erbil : Une attaque de drone a été menée aujourd’hui vers 10h30, mais le drone a été abattu en vol par le système de défense.

Khalifan :  La nuit dernière, deux drones se sont écrasés près des villages de Doli Biyaw et aucun blessé n’a été signalé.

Souleimaniye :  Aux premières heures du 27 mars, un drone s’est écrasé dans la ville et a pris feu.

Halabja :  Trois explosions ont été entendues à Hewraman, mais les autorités locales ont déclaré que le bruit était dû à des bombardements dans l’est du Kurdistan.

Statistiques des morts et des blessés

Quatorze personnes ont été tués depuis le 28 février.

  • Six soldats peshmergas du commandement de la Première Région ont été tués à Khalifan.
  • Un agent de sécurité a été tué à l’aéroport d’Erbil.
  • Six combattants peshmergas des partis du Kurdistan oriental sont tombés en martyrs à Hewler, Sulaymaniyah et Bashiqa.
  • Un commandant français

Parmi les 85 blessés, 13 sont des civils. On compte parmi eux 30 Peshmergas du Premier Commandement Régional, 3 membres des forces de sécurité, des gardes spéciaux de l’ONU à Souleimaniye, des membres des Forces de Défense Civile du régime de Khalifa Haftar et 5 soldats français.

Zones bombardées

Hewler :  Spilk, Mela Qere, Karezan, Kaniya Qirjalê, Dream City, Kesnezan, Pirzin, Fermamberan, Gezne, Behirke, Enkawa, Xelifan, Hewler Airport, Degele, Choman et Soran.

Sulaymaniyah :  Margepan, Qalawe, quartier de Beranan, à 60 mètres de Shaqama, les villages de Zirgwez et Zirgwezele, Surdash, Kifri, Tasluje et le mont Zimnako.

Duhok et Halabja :  le champ pétrolier de Sersing, le camp de Bacid Kandal, les environs d’Acre et de Berdereş, ainsi que le mont Şinru.

Les attaques contre la région du Kurdistan se poursuivent sans interruption depuis le premier jour de la guerre (28 février).

Syrie : Le PYD exige l’inclusion de toutes les composantes dans le comité constitutionnel et la reconnaissance des droits kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Dans une déclaration à l’agence de presse ANHA, Suleiman Arab, coprésident du bureau des relations publiques du Parti de l’Union démocratique (PYD), a insisté sur la nécessité d’inclure toutes les composantes de la société syrienne dans le futur comité chargé d’élaborer la nouvelle constitution. Il a particulièrement souligné la présence indispensable de représentants kurdes et de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES).

« L’élaboration d’une nouvelle constitution syrienne doit reposer sur un comité représentatif de l’ensemble des Syriens, y compris les représentants de l’Administration autonome », a-t-il déclaré.

Arab a rappelé que la déclaration constitutionnelle promulguée après la chute du régime baasiste reste temporaire et largement insuffisante. Selon lui, la Syrie traverse actuellement une phase de transition qui doit aboutir à la construction d’un nouvel État plus inclusif. Il a critiqué le texte actuel et appelé à sa révision approfondie.

Reconnaissance constitutionnelle des droits kurdes

Le responsable kurde a insisté sur la reconnaissance constitutionnelle et juridique des droits du peuple kurde et des autres composantes ethniques et religieuses de Syrie. Il a ajouté que les institutions et les acquis réalisés dans la région du Nord-Est doivent être protégés et intégrés dans la future constitution.

« Il est essentiel que le peuple kurde et toutes ses composantes bénéficient d’une reconnaissance pleine dans la nouvelle constitution syrienne. De même, les acquis et les institutions de la région doivent être reconnus constitutionnellement », a-t-il affirmé.

Suleiman Arab s’est appuyé sur l’accord du 29 janvier conclu entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement syrien intérimaire, qu’il considère comme une base solide pour avancer vers cette reconnaissance. Cependant, il a rappelé que cet accord impose la formation d’un comité incluant des représentants kurdes et de l’Administration autonome.

Langue kurde et héritage historique

Il a particulièrement insisté sur la reconnaissance de la langue kurde comme langue officielle de la nouvelle Syrie, au même titre que l’arabe. « La langue kurde est une langue autochtone. Elle doit devenir une langue officielle et être utilisée comme langue d’enseignement dans les écoles, universités et instituts », a-t-il déclaré.

Arab a qualifié le décret n° 13 sur les droits des Kurdes, promulgué par le chef du gouvernement intérimaire, de « pas positif, mais très insuffisant ». Selon lui, de nombreuses dispositions de ce décret doivent être consolidées et inscrites de manière permanente dans la constitution.

Il a également exigé que les politiques discriminatoires du passé, telles que la « ceinture arabe », ainsi que les violations des droits du peuple kurde, soient officiellement reconnues et réparées par la loi et la nouvelle constitution.

Appel à l’unité kurde et à la mobilisation politique

Pour conclure, Suleiman Arab a annoncé que le PYD et d’autres forces politiques kurdes déploieront de grands efforts pour obtenir une reconnaissance pleine et effective des droits kurdes dans la nouvelle Syrie.

« Protéger les droits du peuple kurde exige une lutte large, ciblée et légale. Il est essentiel de construire une vision kurde unifiée afin de présenter collectivement et clairement nos revendications aux autorités de Damas », a-t-il souligné.

La Turquie bloque le compte X d’un journaliste kurde travaillant pour l’AFP

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TURQUIE / KURDISTAN – Les autorités turques ont bloqué l’accès au compte X du correspondant de l’Agence France-Presse (AFP), Mahmut Bozarslan, journaliste couvrant l’actualité des régions kurdes.

Le compte de Bozarslan, qui réalise des reportages depuis Diyarbakır, la plus grande ville kurde, a été bloqué pour des raisons de protection de la sécurité nationale et de l’ordre public, selon EngelliWeb, une plateforme qui surveille la censure en ligne en Turquie.

« Je n’ai aucune idée des raisons qui ont conduit à ce blocage », a déclaré Bozarslan.

Les récents reportages de Bozarslan comprenaient la couverture des célébrations de Newroz le 21 mars, la fête annuelle marquant le nouvel an kurde, qui revêt une importance politique pour les Kurdes de Turquie.

Reporters sans frontières (RSF) a condamné cette mesure et l’a qualifiée de censure.

Ce blocage intervient alors qu’Ankara est engagée depuis octobre 2024 dans des pourparlers visant à mettre fin à son long conflit avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe militant hors-la-loi qui mène une insurrection contre l’État turc depuis plus de quatre décennies.

Les efforts de paix ont pris de l’ampleur en 2025 lorsque Abdullah Öcalan, fondateur emprisonné du PKK, a appelé le groupe à se dissoudre et a exhorté ses partisans à poursuivre la cause kurde par la voie démocratique. 

La question kurde, un terme omniprésent dans le discours public turc, désigne la revendication de l’égalité des droits par la population kurde du pays et sa lutte pour la reconnaissance.

Cette mesure fait suite à des restrictions plus générales imposées aux réseaux sociaux en Turquie. En mars 2025, lors des manifestations qui ont éclaté après l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, X a déclaré que les autorités turques avaient ordonné le blocage de plus de 700 comptes, dont ceux de journalistes, de personnalités politiques et d’étudiants.

X avait critiqué ces mesures radicales à l’époque, mais s’y était conformé en limitant l’accès aux comptes situés en Turquie.

SYRIE. Pogrom anti-chrétien dans la région de Hama

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SYRIE – Magasins pillés, femmes et hommes agressés, coups de feu et menaces de mort… après le massacre des Alaouites, des Druzes et des Kurdes, ce soir les gangs de Damas attaquent les Chrétiens d’Al-Sqaylabiyah, dans la campagne de Hama.

Dans la campagne de Hama, la ville à majorité chrétienne d’Al-Sqaylabiyah subit une vague de violence orchestrée par les milices affiliées au régime de Damas. Ces groupes s’en prennent violemment aux habitants, saccageant des commerces, tirant des coups de feu et agressant physiquement des hommes et des femmes.

Le prétexte invoqué par ces agresseurs est la mixité sociale dans les restaurants locaux. Qualifiant les civils de mécréants, ces gangs imposent un climat de terreur idéologique sous couvert de moralité. Ces actes de vandalisme et ces agressions ciblées illustrent la menace persistante que font peser ces groupes radicaux sur les minorités religieuses en Syrie.

Cette situation critique rappelle l’urgence de protéger les populations civiles contre l’arbitraire et la violence des fanatiques qui agissent en toute impunité dans les zones sous contrôle gouvernemental.

Écocide à Adıyaman : les carrières et mines ravagent le Kurdistan du Nord

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TURQUIE / KURDISTAN — Dans la province kurde d’Adıyaman, durement frappée par le séisme dévastateur de 2023, la destruction environnementale s’accélère de manière alarmante en raison de l’expansion incontrôlée des carrières et des projets miniers.

Sur les quelque 27 kilomètres séparant le centre-ville du district de Çelikhan, pas moins de sept carrières et une mine de cuivre exploitée par la société Eti Bakır défigurent déjà le paysage. Ces sites d’extraction se multiplient à proximité immédiate de zones archéologiques et historiques majeures, dont l’ancienne cité de Perrhe (royaume de Commagène), un complexe de fontaines romaines et plusieurs chantiers de fouilles.

Des entreprises proches du pouvoir, telles que Derviş Çalı, Giba, Akdaş Madencilik et surtout Eti Bakır, sont à l’origine de cette intensification. À elle seule, l’usine d’Eti Bakır à Adıyaman (en kurde : Semsur) produit environ 159 000 tonnes de concentré de cuivre par an, contribuant directement à la dégradation accélérée de l’environnement.

Conséquences dramatiques sur l’écosystème et les populations

L’extraction intensive génère d’épais nuages de poussière qui recouvrent les terres agricoles, entravent la photosynthèse et font chuter les rendements, notamment dans la culture du tabac. Les pâturages sont contaminés, les dynamitages altèrent la structure des sols et perturbent les nappes phréatiques. De nombreuses sources d’eau s’assèchent ou changent de cours.

Les cours d’eau ne sont pas épargnés : la pollution est visible à l’œil nu dans le ruisseau Kanîya Mîr. Les habitants signalent une recrudescence de problèmes de santé respiratoires — toux chronique, irritations oculaires et nasales, sensation d’oppression thoracique — ainsi que d’autres affections liées à la poussière et à la contamination.

Les explosions répétées provoquent des secousses ressenties dans les villages environnants, augmentant le risque de glissements de terrain dans une région encore traumatisée par le séisme. Le trafic incessant de poids lourds aggrave la pollution atmosphérique et sonore, tandis que la perte de pâturages menace la survie du bétail et des moyens de subsistance traditionnels.

Face à cette destruction systématique de leur cadre de vie, les critiques et la colère des habitants ne cessent de grandir. (ANF)