Accueil Blog

SYRIE. Les gangs de Damas kidnappent deux Kurdes à Raqqa

0

SYRIE / ROJAVA – Un groupe armé affilié au gouvernement dirigé par Ahmed al-Sharaa (alias Jolani) a enlevé deux jeunes Kurdes dans le quartier Al-Rumaila à Raqqa. L’incident s’est produit hier soir sur une route de la ville, sous le prétexte d’une prétendue affiliation aux Forces démocratiques syriennes (FDS).

Les ravisseurs ont également confisqué leur véhicule. Ils refusent toujours de divulguer le lieu de détention ou le sort des deux jeunes, dont on ignore s’ils sont encore en vie.

Les noms des victimes sont Sabri Aref Mohammed et Idris Hassan Hasso.

Cet enlèvement s’inscrit dans un contexte plus large de violations, d’abus et de menaces de mort ciblant les Kurdes de Raqqa de la part de milices soutenues par la Turquie, souvent considérées comme alignées sur l’autorité intérimaire liée à Jolani.

2ᵉ Séminaire d’Études Kurdes à Rouen : Langue, culture et société au cœur des débats

0

ROUEN – La Représentation du Gouvernement régional du Kurdistan-Irak en France, en collaboration avec l’UR 7474 Dylis de l’Université de Rouen et la section de kurde de l’INALCO, a organisé la 2ᵉ édition du Séminaire d’Études Kurdes, le mardi 31 mars 2026, à Mont-Saint-Aignan.

Intitulé « Langue, culture et société kurdes : Dynamiques, transmissions et enjeux contemporains », cet événement a réuni chercheurs, universitaires et passionnés autour des questions actuelles liées à la langue, à la culture et à la société kurdes.

Le séminaire s’est articulé autour de plusieurs sessions thématiques consacrées à la littérature et aux arts kurdes, aux expériences diasporiques, aux dynamiques linguistiques et au plurilinguisme, ainsi qu’aux politiques linguistiques au Kurdistan et dans la diaspora.

Les interventions ont mis en lumière la richesse du patrimoine culturel kurde, les défis de la transmission intergénérationnelle et la vitalité des pratiques artistiques et linguistiques dans un contexte marqué par la mobilité et la diversité.

Cette journée a permis de renforcer les échanges scientifiques et culturels entre spécialistes tout en soulignant l’importance de la préservation et de la valorisation du patrimoine kurde à l’international. Elle s’est achevée par une discussion générale ouverte sur les perspectives futures de la recherche et de l’enseignement du kurde.

Birkleyn Sound Festival : un voyage sonore entre traditions et créations contemporaines à La Marbrerie

0

PARIS – Fondé par le musicien, chanteur et joueur de saz Ruşan Filiztek, l’un des plus brillants ambassadeurs de la musique traditionnelle kurde, le Birkleyn Sound Festival se tiendra du 16 au 18 avril 2026 à La Marbrerie (Montreuil).

Ce festival unique célèbre la diversité des expressions musicales et le dialogue fécond entre ancrages traditionnels et écritures contemporaines. Il fait se rencontrer folk progressif kurde, afro-folk, blues, folk gaélique irlandaise, chant lyrique franco-iranien, polyphonies catalanes et fanfares balkaniques dans un voyage sonore riche en émotions.

Pendant trois soirées, La Marbrerie devient un carrefour où se croisent musiques kurdes, persanes, sénégalaises, méditerranéennes et européennes : transe, poésie, chants ancestraux, improvisation et créations hybrides se répondent dans une programmation sensible et exigeante.

Lors du festival, venez découvrir une des grandes figures de la scène kurde actuelle : Rewşan (Rewşan Çeliker), chanteuse, violoniste et compositrice reconnue pour son travail de préservation et de réinvention de la tradition kurde.

Programmation et artistes 

Jeudi 16 avril
Senny Camara
– Sïan
– Núria Salat Rovira
 
Vendredi 17 avril
Ruşan Filiztek
– François Aria & Roxane Elfasci
– Nati James
– Ariana Vafadari
– Haïdouti Orkestar
– Serqo
– Tugay Sozdaroğlu
– DJ Set
 
Samedi 18 avril
Olaïla
– Sylvain Barou
– Rewşan
– Naghib Shanbehzadeh
– Kurdish Dance Night & After Party

 

Pensé comme un espace de rencontre entre mémoires musicales, héritages culturels et nouvelles générations, le Birkleyn Sound Festival défend une approche à la fois respectueuse des sources et audacieuse dans la création contemporaine.

ROJAVA. En mars, 13 Kurdes tués à Alep et à Afrin

0

SYRIE / ROJAVA – L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a signalé que des gangs de Damas et de Turquie ont tué 13 civils kurdes à Afrin et à Alep en mars.

L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a publié des informations sur les violations et les crimes commis par le gouvernement intérimaire syrien et des groupes affiliés à l’État turc dans les régions d’Alep et d’Afrin en mars 2026. L’organisation a déclaré que 13 civils avaient été tués à Afrin et à Alep au cours de ce mois.

70 personnes enlevées

Il a également été rapporté que plus de 70 enlèvements et arrestations ont eu lieu, la plupart liés aux célébrations du Newroz (Nouvel-an kurde). Dans le quartier de Sheikh Maqsood à Alep, quatre jeunes ont également été arrêtés.

Les vols et les pillages se poursuivent

L’organisation a dénoncé les vols et pillages perpétrés en cours à Afrin par des individus armés non identifiés. Il a été constaté que, pendant les célébrations de Newroz, des des maisons des Kurdes partis célébrer le Newroz ont été cambriolées. À Cindirês, 18 moutons, de l’or et de l’argent ont été dérobés. Dans le district de Şiyê, un chauffeur et un couple ont été agressés par des individus armés.

L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a appelé le gouvernement intérimaire et l’administration régionale d’Afrin à assumer leurs responsabilités, à protéger les Kurdes retournés dans leur région, à leur restituer leurs biens et à mettre fin aux violations commises contre la population kurde.

ROJAVA. Explosion mortelle à Hassaké

0
SYRIE / ROJAVA – Une explosion survenue dans un magasin de ferraille a fait six morts et un blessé dans la ville kurde de Hassakê.
 
Une explosion, dont on ne sait pas encore l’origine, s’est produite dans un magasin de ferraille du quartier d’al-Aziziyah, dans la ville de Hassaké, tuant six personnes, dont des enfants.

1991 : La tragédie kurde qui accoucha de l’autonomie

0

IRAK / KURDISTAN – Le 31 mars 1991, suite à la violente répression de l’insurrection kurde par le régime de Saddam Hussein, près de deux millions de Kurdes irakiens furent contraints à un exode massif. Abandonnant leurs villes et leurs biens, ils fuirent à pied vers les régions montagneuses séparant le Kurdistan entre l’Irak, l’Iran et la Turquie.

Ce drame, l’un des plus grands déplacements de population de l’histoire moderne, est resté dans les mémoires sous le nom d’« Exode des millions ». Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants périrent de froid glacial, de faim, d’épuisement et de maladies au cours de cette marche forcée de centaines de kilomètres à travers des terrains escarpés.

Cet exode survenait après le génocide des Kurdes à travers la campagne d’Anfal (1988), les bombardements chimiques (notamment à Halabja) et les exécutions de masse avaient déjà décimé la population kurde. Face à la contre-offensive des forces irakiennes, la peur d’un nouveau génocide provoqua ce départ chaotique et désespéré.

Les images insoutenables diffusées par les médias internationaux choquèrent l’opinion publique mondiale et firent monter une forte pression sur les chancelleries. Le 5 avril 1991, le Conseil de sécurité de l’ONU adopta la Résolution 688, qui condamnait la répression contre la population civile irakienne, notamment kurde, et ouvrait la voie à une intervention humanitaire.

La France joua un rôle déterminant dans cette mobilisation. Danielle Mitterrand, épouse du président François Mitterrand et présidente de France Libertés, s’imposa comme une voix puissante en faveur de la cause kurde. Soutenus par des efforts diplomatiques impliquant notamment le secrétaire d’État américain James Baker, ces initiatives aboutirent à la création d’une zone de sécurité et d’une exclusion aérienne au nord du 36e parallèle. Cette mesure protégea les civils et permit le retour progressif des réfugiés, malgré le pillage et la destruction de leurs villes.

Au-delà de son aspect militaire, cette zone de protection constitua un tournant historique. Elle offrit aux Kurdes un espace pour s’organiser librement, à l’abri des menaces du régime baasiste. Elle ouvrit la voie aux premières élections parlementaires du 19 mai 1992 et à la formation du premier gouvernement de la Région du Kurdistan.

Trente-cinq ans plus tard, l’Exode de deux millions de Kurdes reste un symbole puissant de sacrifice, de souffrance et de résilience. D’une tragédie humaine, il s’est transformé en levier politique décisif : il a contribué à la reconnaissance internationale des droits du peuple kurde et posé les fondations de la Région du Kurdistan en tant qu’entité constitutionnelle et autonome au sein de l’Irak d’aujourd’hui.

Pour les Kurdes de Syrie, l’école en langue maternelle est un droit non négociable

0

SYRIE / ROJAVA – Partout dans le monde, chaque nation vit, parle, écrit, s’instruit et s’exprime dans sa propre langue. Le droit d’utiliser et d’apprendre dans sa propre langue est un droit légitime et naturel de tous les peuples, garanti par les conventions internationales relatives aux droits de l’homme. Il ne devrait jamais faire l’objet de discussions.

Au Kurdistan, malheureusement, la situation est bien différente. Le peuple kurde a subi l’assimilation et l’extermination pendant des siècles. Après la division du Kurdistan en quatre parties, l’assimilation s’est intensifiée. L’arabe, le turc et le persan ont été imposés aux Kurdes. Une des langues et cultures ancestrales de cette terre a ainsi été menacée d’extinction.

Parallèlement, les Kurdes des quatre régions du Kurdistan et de la diaspora ont lutté pour défendre la langue kurde. Ils sont parvenus à protéger la langue et la culture kurdes par divers moyens.

Le Rojava, ou Kurdistan occidental, a été la région la plus touchée par ces politiques d’assimilation. La langue et la culture kurdes y furent interdites dès les débuts du régime baasiste.

Dans un premier temps, le régime a interdit les publications kurdes et l’enseignement du kurde dans les écoles et les universités. Puis, avec la politique de la « ceinture arabe », il a commencé à changer les noms des régions, districts et villages kurdes et à les remplacer par des noms arabes.

Cette politique n’était pas un simple changement. À y regarder de plus près, elle visait également à couper les Kurdes de leur histoire et à normaliser la culture de l’arabisation dans la psyché kurde.

Bien entendu, parler kurde dans les écoles et les institutions gouvernementales était totalement interdit. Quiconque parlait kurde était arrêté. Les travailleurs kurdes étaient licenciés et se retrouvaient sans emploi. Les exemples sont nombreux et beaucoup de témoins de cette politique sont encore vivants aujourd’hui.

J’ai moi-même étudié pendant trois ans dans les écoles du régime baasiste déchu. Je me souviendrai toujours de la façon dont on nous empêchait de parler notre propre langue. Pour les enfants d’autres nations, l’école était peut-être un lieu de savoir. Mais pour nous, ce fut un choc : dans ce lieu, la langue que nous parlions avec nos mères à la maison était interdite. J’étais épuisée en voyant cela. À un moment donné, j’ai dit à ma mère que je ne voulais plus aller à l’école, car je ne savais pas parler cette langue étrangère qu’on nous forçait à utiliser et qu’on attendait de nous.

En revanche, nos professeurs nous disaient que ceux qui parlaient bien arabe pouvaient gagner des prix et se voir offrir des opportunités. Par ces méthodes, ils voulaient nous éloigner de notre langue kurde et nous inciter à privilégier l’arabe.

Bien sûr, ces politiques d’assimilation n’ont pas donné de résultats probants. Au Rojava, nos mères ont toujours protégé la langue et la culture kurdes en nous les éduquant à la maison. La langue kurde a toujours été défendue par des mères kurdes travailleuses et dévouées. Des linguistes, des écrivains et des défenseurs des droits linguistiques dispensaient clandestinement des cours de kurde à de petits groupes. Certains imams et érudits religieux ont également joué un rôle important dans la préservation du kurde.

En 2007, dans un petit village reculé, un groupe de militants a fondé l’Institut de la langue kurde (SZK). Dans des conditions extrêmement difficiles et dans le plus grand secret, ils ont commencé à enseigner la langue kurde aux enfants. Ils travaillaient avec de petits groupes dans des maisons privées. Parfois, il était même trop dangereux de permettre à leurs élèves de posséder des manuels scolaires.

Leurs efforts se sont poursuivis ainsi jusqu’à la révolution du Rojava. En 2012, au début de la révolution, la langue kurde a fait son entrée dans la vie publique.

Pour la première fois, des écoles de langue kurde ont ouvert leurs portes. Dans ces établissements, les enfants kurdes pouvaient étudier dans la langue qu’ils parlaient à la maison. Les premières écoles et la première université où le kurde était la langue d’enseignement ont été inaugurées à Afrin. Dès que le programme scolaire correspondant a été élaboré, les élèves ont pu suivre un enseignement en kurde du primaire au secondaire. Par la suite, l’Université de Rojava et l’Université de Kobané ont été fondées. Dans ces universités, la plupart des cours sont dispensés en kurde, bien que certains utilisent également l’arabe et l’anglais.

Aujourd’hui au Rojava, il existe une génération qui a été éduquée non seulement pour connaître sa langue, mais aussi pour en être fière.

Lorsqu’une personne est éduquée dans sa propre langue, elle peut s’épanouir pleinement et progresser à tous les niveaux. En tant que journaliste, lorsque je m’entretiens avec des étudiants, ils me disent être très satisfaits de l’enseignement en langue kurde et y trouver un écho à leur existence et à leur identité. Aujourd’hui, certains étudiants kurdes ont même commencé à écrire leurs propres livres, à repérer les erreurs dans les ouvrages anciens et à les signaler directement aux autorités compétentes.

Après la chute du régime Baas et l’arrivée du gouvernement de transition syrien, les Kurdes espéraient que le nouvel État reconnaîtrait le kurde comme langue officielle et que toutes les communautés de Syrie pourraient étudier et vivre avec leurs propres langues, cultures, littératures et histoires.

Il est désormais clair que la lutte se poursuivra et qu’un chemin difficile attend le peuple kurde vers la reconnaissance constitutionnelle et la garantie de la langue kurde. L’accord d’intégration du 29 janvier 2026 entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition comprend deux articles relatifs à l’éducation kurde. Depuis son annonce, une délégation du ministère syrien de l’Éducation a rencontré les autorités éducatives du Rojava. Le gouvernement a également annoncé son intention d’élaborer un programme scolaire en kurde.

Mais la position du gouvernement sur l’éducation kurde et les revendications de la plupart des Kurdes syriens divergent fortement. Un programme scolaire kurde existe déjà. Au Rojava, les Kurdes fréquentent des écoles où le kurde est la langue d’enseignement depuis plus de dix ans.

Le gouvernement, quant à lui, souhaite proposer seulement deux heures par semaine de cours facultatifs de kurde dans certaines régions. Tous les autres supports pédagogiques, pour toutes les autres matières, resteront en arabe, comme auparavant. Autrement dit, il s’agit d’un retour à l’assimilation forcée, où les enfants devaient se débrouiller pour comprendre la langue d’enseignement avant même de pouvoir aborder les matières scolaires.

Le peuple kurde rejette massivement cette position. J’ai discuté avec de nombreux étudiants kurdes et leurs familles qui affirment qu’un retour à un enseignement exclusivement en arabe est hors de question. Les Kurdes ne sont pas prêts à revenir au statu quo d’avant 2011. Ils sont profondément attachés à leur histoire, leur littérature, leur culture et leur langue, et c’est dans cette perspective qu’ils abordent cette question politique. Ils savent que s’ils renoncent à leur droit à l’éducation dans leur langue maternelle, ils perdront leur statut : un peuple qui perd sa langue se retrouvera bientôt sans nation.

L’enseignement du kurde, de la maternelle à l’université, est donc [primordial]. Le statut officiel et égalitaire du kurde doit être garanti dans la nouvelle Constitution syrienne. L’enseignement en langue kurde et les diplômes délivrés par l’Administration autonome doivent être reconnus. Le nouveau programme scolaire doit aborder les questions kurdes dans une perspective d’égalité, afin que les enfants kurdes – comme tous les enfants de toutes les communautés de Syrie – puissent découvrir leur culture, leur littérature, leur art et leur histoire.

Il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas de demandes particulières, mais de droits garantis par les conventions internationales et ancrés dans la réalité de la société kurde syrienne. Les droits des Kurdes sont la pierre angulaire de la démocratisation dans la nouvelle Syrie. Sans leur participation, la paix et la cohésion sociale seront impossibles.

Si le gouvernement persiste dans sa politique actuelle, une chose est sûre : les Kurdes ne renonceront pas à leur droit à la langue. Aujourd’hui, au Rojava, les enfants kurdes commencent leur journée d’école par les mots « Be ziman jiyan nabe » , c’est-à-dire « sans notre langue, il n’y a pas de vie ». Notre peuple n’acceptera pas une vie sans la langue kurde ni une vie où elle serait reléguée au second plan. C’est un droit humain fondamental et notre ligne rouge.

Par Serkeft Hisen, journaliste kurde basé au Rojava

Article ‘en anglais) publié sur le site Kurdish Peace Institut « For Syrian Kurds, Mother-Tongue Education is a Red Line« 

TURQUIE. Un journaliste kurde lauréat du Prix Metin Göktepe

0

TURQUIE / KURDISTAN – Le prix Metin Göktepe pour la meilleure photographie a été décerné au journaliste kurde Adnan Bilen, de l’agence de presse Mezopotamya (MA), pour son cliché intitulé « Témoignage sous les bottes ».

Prise fin janvier 2026 à Van lors d’une manifestation contre l’offensive du gouvernement de transition syrien au Rojava, cette image puissante montre Emrah Kertiş, représentant de la Fondation turque des droits de l’homme (TIHV), plaqué au sol et maîtrisé par des policiers turcs.

Le prix Metin Göktepe, créé en hommage au journaliste kurde assassiné en 1996, récompense chaque année le journalisme d’investigation, le courage et le professionnalisme, particulièrement chez les jeunes reporters. Le jury, composé de journalistes renommés, a sélectionné les lauréats parmi un grand nombre de candidatures de qualité.

Autres prix notables :

En catégorie Texte : Hazar Dost (Aposto) et Cengiz Anıl Bölükbaş (T24), avec plusieurs prix spéciaux pour des enquêtes sur les violences policières, les conditions de détention et les dégradations environnementales.

En catégorie Vidéo : Emre Şimşek (T24) pour son enquête sur la mort du journaliste Hakan Tosun à Istanbul, avec un prix spécial pour un reportage sur les conditions de vie à Şilivri.

En journalisme local : Akın Bodur pour un reportage sur les barrières linguistiques dans le système de santé de Hatay après le séisme de 2023.

Un prix spécial « Journalistes emprisonnés et journalisme menacé » a également été décerné, soulignant la répression croissante contre la presse en Turquie. Il a été remis à Fadime Göktepe, mère de Metin Göktepe, qui a déclaré avec émotion : « Vous êtes tous Metin. »

La cérémonie de remise des prix se tiendra le 10 avril 2026, jour anniversaire de la naissance de Metin Göktepe.

Qui était Metin Göktepe ?

Metin Göktepe était un jeune journaliste kurde alévi originaire de Sivas. En seulement trois ans de carrière, il couvrait les sujets les plus sensibles : la résistance dans les prisons, la misère des bidonvilles d’Istanbul et les veillées des Mères du samedi à Galatasaray.

Le 8 janvier 1996, alors qu’il filmait les funérailles de prisonniers politiques tués lors d’une mutinerie à la prison d’Ümraniye, il a été arrêté avec plus d’un millier de personnes. Entassé dans un gymnase à Eyüp, il a été battu à mort par des policiers. Son corps a été retrouvé peu après.

Les autorités ont d’abord nié son arrestation, puis affirmé qu’il était « tombé d’un mur ». Après une autopsie prouvant un décès par traumatisme crânien et multiples coups, flics policiers ont été condamnés – une première en Turquie pour le meurtre d’un journaliste. Ils ont toutefois bénéficié d’une amnistie après seulement un an et huit mois de détention.

Aujourd’hui, le prix qui porte son nom continue de symboliser la lutte pour une presse libre face à l’impunité et à la répression.

ROJAVA. Célébrations d’Akitu à l’ombre des gangs de Damas

0

SYRIE / ROJAVA – Les Syriaques et les Assyriens célèbrent le festival d’Akitu sur la place de Qamishlo, dans le nord-est de la Syrie (Rojava). Ce rituel millénaire, héritier direct des traditions sumériennes, babyloniennes et assyriennes, est considéré comme le plus ancien festival connu de l’humanité. Chaque 1er avril, il marque le Nouvel An assyro-babylonien et symbolise le renouveau de la nature et de la vie.

Dans les zones contrôlées par les groupes djihadistes ou par le nouveau pouvoir de Damas, les minorités ethniques et religieuses — chrétiens, yézidis, alaouites ou autres — font face à des massacres et des pressions pour se conformer à une interprétation rigoriste de l’islam. À l’inverse, les régions administrées par les Kurdes et leurs alliés (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie) restent, pour l’instant, un espace de liberté religieuse réelle, où Assyriens, Syriacs, Arabes, Kurdes et autres communautés peuvent pratiquer leur foi et célébrer leurs traditions en public sans crainte immédiate.

Pourtant, cet îlot de pluralisme est fragile. Les zones de Qamishlo, Hassaké et Kobanê sont aujourd’hui encerclées ou sous forte pression : d’un côté, les forces et milices liées à Damas ; de l’autre, les groupes soutenus par la Turquie. Les accords de cessez-le-feu et les déploiements récents de troupes gouvernementales syriennes dans ces villes laissent planer une incertitude lourde. Jusqu’à quand cette coexistence pacifique et cette liberté de culte pourront-elles résister aux vents contraires de l’extrémisme et des ambitions régionales ?

La célébration d’Akitu à Qamishlo n’est pas seulement une fête culturelle : elle est le symbole vivant d’une Syrie plurielle qui lutte pour survivre.

SYRIE. Trois cadres des YPJ à Damas pour sauver les unités féminines

0
 
SYRIE / ROJAVA – Trois des Unités de protection des femmes (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ) se trouvent actuellement à Damas pour des discussions de haut niveau avec des responsables du gouvernement syrien. 
 
La délégation est composée d des deux commandantes Suzdar Haji et Rohlat Afrin, ainsi que la commandante du bataillon féminin de la brigade de Qamishlo, Khalisa Ayed, et la porte-parole des YPJ, Roken Jamal.

Ces négociations portent sur l’avenir des YPJ, force emblématique entièrement féminine qui a joué un rôle décisif dans la défaite de Daech et dans la défense du projet démocratique et pluraliste du Rojava. Parmi les sujets centraux : l’intégration éventuelle des combattantes kurdes au sein des forces armées syriennes, le maintien de leur autonomie organisationnelle, le respect du modèle d’égalité femmes-hommes porté par les YPJ, ainsi que la protection des acquis révolutionnaires en matière de droits des femmes dans le nord-est de la Syrie.
 
Ces pourparlers interviennent dans un contexte extrêmement tendu. Après l’accord de janvier 2026 entre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) et Damas prévoyant l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS/SDF), les discussions sur le sort spécifique des YPJ restent bloquées ou très difficiles. Damas semble réticent à accepter l’intégration des unités féminines telles qu’elles existent, avec leur structure autonome et leur idéologie féministe.
 
Pour les YPJ, qui incarnent à la fois la résistance militaire et la révolution des femmes au Moyen-Orient, l’enjeu est majeur : préserver leur identité, leur rôle de première ligne et surtout éviter que les combattantes ne soient dissoutes ou marginalisées dans une armée nationale traditionnelle.
 
La présence de ces deux figures historiques à Damas symbolise à la fois la volonté kurde de dialogue et la détermination à ne pas renoncer aux conquêtes arrachées de haute lutte.
 

SYRIE. Charnier près d’Alep : les Kurdes exigent une enquête internationale

0

SYRIE / ROJAVA – Plusieurs mois après les violentes attaques lancées le 6 janvier 2026 contre les quartiers kurdes d’Achrafiyah et de Sheikh Maqsoud à Alep mais aussi à Raqqa et ses environs, les témoignages de crimes contre l’humanité se multiplient. Des milliers de Kurdes auraient disparu depuis le début de l’offensive, tandis que des sources locales signalent la découverte d’une fosse commune contenant plus de 270 corps dans la région de Naqqarin, à l’est d’Alep.

Aucune enquête indépendante n’a encore pu être menée sur place.

Une offensive ciblée et ses conséquences

L’offensive menée par les forces du gouvernement de transition syrien, soutenu par la Turquie, a rapidement débordé d’Alep vers d’autres régions du nord et de l’est du pays. Selon de nombreuses sources kurdes, ces attaques visaient spécifiquement la population kurde et les institutions de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES).

Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées, des centaines auraient été tuées et un nombre indéterminé reste porté disparu.

Des chiffres imprécis et des rapports contradictoires

Évaluer le nombre exact de disparus s’avère particulièrement difficile en raison de chiffres variables selon les sources. Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, avait évoqué la détention de 1 070 personnes, civils et combattants confondus, par les forces du gouvernement de transition. Dans le cadre d’un accord conclu avec Damas, environ 300 prisonniers ont été libérés le 19 mars. Cependant, une partie d’entre eux était déjà détenue avant les événements de janvier, ce qui ne permet pas d’éclaircir le sort des personnes enlevées pendant l’offensive.

Nesrîn Silêman, membre de l’Association des personnes déplacées d’Afrin, évoque un bilan bien plus lourd : environ 3 000 personnes dont le sort demeure inconnu. Ce chiffre est également repris dans le rapport de Franziska Stier, membre du Grand Conseil de Bâle-Ville et secrétaire générale du parti BastA!, qui a participé à une délégation au Rojava début février 2026.

Dans une interview accordée au journal Yeni Özgür Politika, Nesrîn Silêman résume la situation avec gravité : « Nous ne savons pas où ils sont. Nous ignorons ce qui leur est arrivé. »

Des conditions de fuite chaotiques et dangereuses

Selon les témoignages recueillis, les attaques sur Achrafiyah et Sheikh Maqsoud se sont déroulées dans des conditions rendant toute évacuation ordonnée quasiment impossible. Les communications téléphoniques et internet ont été coupées dès les premiers jours, plongeant les habitants dans l’isolement.

« Les attaques ont duré huit jours et ont été d’une grande intensité », explique Nesrîn Silêman. De nombreuses familles ont fui de nuit, souvent sans préparation, en direction d’Afrin ou d’autres régions. Pour beaucoup, les routes elles-mêmes sont devenues des pièges.

Enlèvements sur les axes de fuite

De nombreux civils en fuite auraient été interceptés aux barrages routiers ou lors d’embuscades tendus par des milices armées. « Beaucoup des nôtres ont été capturés en chemin, emmenés de force ou enlevés », rapporte Silêman. Certaines personnes ont ensuite été arrêtées dans les lieux où elles avaient trouvé refuge, y compris dans des zones plus éloignées comme Tabqa ou Raqqa, où les lignes de front ont continué d’évoluer rapidement.

Une zone de contrôle fragmenté

Dans des régions comme Raqqa et Deir ez-Zor, anciennement sous administration autonome, la situation reste confuse. Différentes milices y exercent une influence parallèle, malgré les revendications d’autorité du gouvernement de transition. Cet éclatement du contrôle territorial rend extrêmement difficile toute collecte d’informations fiable et limite fortement l’accès des observateurs indépendants.

Des enlèvements à dimension économique

Au-delà des motivations politiques, plusieurs témoignages fait état d’une dimension financière. Des familles de disparus ont été contactées par téléphone et sommées de verser des rançons sous peine de mort. Dans certains cas, la restitution de corps a même été conditionnée au paiement d’une somme d’argent. « Notre peuple est instrumentalisé pour l’extorsion », dénonce Nesrîn Silêman.

Exécutions et violences extrêmes

Des témoins rapportent des exécutions sommaires immédiatement après des captures, ainsi que des cas de violences extrêmes, y compris des corps brûlés. Ces témoignages, bien que récurrents, n’ont pas encore fait l’objet d’une enquête indépendante.

La fosse commune de Naqqarin : une découverte alarmante

Les informations les plus préoccupantes concernent une fosse commune dans la région de Naqqarin (ou Nakarin), située à l’est d’Alep, le long de l’autoroute M4 en direction d’al-Bab. Selon des témoignages relayés par Nesrîn Silêman, plus de 270 corps y auraient été découverts dans un canal.

Une famille d’Afrin, partie à la recherche d’un proche, aurait localisé le site. Des témoins oculaires affirment que des détenus y étaient rassemblés avant d’être exécutés. Certains corps présenteraient des traces de violences extrêmes. La zone, proche des itinéraires de fuite des quartiers kurdes d’Alep, correspond géographiquement aux déplacements signalés.

Aucune enquête indépendante n’a pu être menée à ce jour en raison de l’insécurité et des restrictions d’accès. Les sources locales estiment que le bilan réel pourrait être plus élevé et que d’autres sites pourraient exister.

Un appel pressant à une enquête internationale

Face à l’ampleur des disparitions et au manque de transparence, les organisations kurdes appellent à la mise en place d’une commission d’enquête indépendante, impliquant notamment les Nations unies et l’Union européenne. « Si une telle commission est créée, nous sommes prêts à la soutenir par tous les moyens », assure Nesrîn Silêman.

L’Union européenne face à un dilemme

Malgré ces signalements, l’UE a annoncé une aide financière de 620 millions d’euros au gouvernement de transition, notamment pour l’aide humanitaire et la reconstruction. Le Parlement européen a toutefois adopté une résolution soulignant que les violences contre les civils pourraient constituer des crimes de guerre et appelant à la protection des droits de la population kurde.

Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) affirme suivre la situation de près et avoir rappelé à toutes les parties l’obligation de protéger les civils et de respecter le droit international humanitaire. Il insiste sur la mise en œuvre de l’accord entre Damas et les FDS, tout en réaffirmant que le plein respect des droits du peuple kurde est essentiel.

Un fossé persistant entre diplomatie et réalité du terrain

Plusieurs mois après les événements de janvier 2026, le sort de milliers de personnes reste entouré d’incertitude. Pour les familles, cette absence d’information génère une souffrance continue, oscillant entre espoir et angoisse.

Sans enquête indépendante crédible, les questions centrales demeurent sans réponse : où sont les disparus ? Combien ont été tués ? Quelles responsabilités exactes portent les différents acteurs ?

La découverte présumée de la fosse commune de Naqqarin ne fait que renforcer l’urgence d’une clarification internationale sur ces événements.

SYRIE. Pourquoi les femmes kurdes capturées par Damas ne sont pas libérées ?

0

SYRIE / ROJAVA – Malgré les accords d’échange de prisonniers conclus entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition syrien à Damas, la libération des femmes kurdes capturées lors des attaques de janvier 2026 ciblant les quartiers kurdes d’Achrafiyah et Sheikh Maqsoud à Alep, ainsi que dans d’autres régions (Raqqa, Tabqa, etc.), reste largement ignorée ou fortement retardée.

« La libération des femmes est retardée, voire totalement ignorée. Elles sont largement sous-représentées parmi les personnes libérées jusqu’à présent », a déclaré Nesrîn Silêman de l’Association des personnes déplacées d’Afrin.

 

Alors que près de 300 prisonniers ont été libérés mi-mars, la plupart étaient déjà détenus avant les offensives du 6 janvier. Le sort de plusieurs milliers de civils kurdes enlevés pendant l’offensive – dont de nombreuses femmes – demeure inconnu. Des sources locales font état de disparitions forcées massives, d’enlèvements sur les routes de fuite, d’extorsions via rançons, et même d’exécutions sommaires.

Des témoignages alarmants évoquent une fosse commune contenant plus de 270 corps dans la région de Naqqarin (est d’Alep), sans qu’aucune enquête indépendante n’ait pu être menée à ce jour.

Nesrîn Silêman souligne l’ampleur du drame : « Nous ignorons où ils sont. Nous ne savons pas s’ils sont encore en vie ou s’ils ont été tués. » Les négociations d’échange s’avèrent lentes, sélectives et inefficaces pour les milliers de disparus non enregistrés.

Les organisations kurdes appellent à une enquête internationale indépendante (impliquant notamment l’ONU et l’UE) pour faire la lumière sur ces disparitions forcées, les possibles crimes de guerre et les violences sexistes qui semblent viser particulièrement les femmes. Plusieurs mois après les attaques ciblant les Kurdes, le silence et l’impunité persistent, tandis que les familles restent dans l’angoisse permanente.