SYRIE / ROJAVA – La coprésidente du Département des relations extérieures de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), Ilham Ahmed, s’est entretenue avec les agences de presse Hawar (ANHA) sur l’état d’avancement du processus d’intégration entre l’Administration autonome et le gouvernement intérimaire syrien.

Réunion du 15 avril à Damas
Lors d’une réunion tenue le 15 avril à Damas, Ilham Ahmed a rencontré le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, et le chef du gouvernement intérimaire syrien, Ahmad al-Sharaa. Les discussions ont porté sur les progrès, les obstacles et les défis du processus d’intégration.
La question de l’éducation au cœur des discussions
Ilham Ahmed a indiqué que l’un des principaux points abordés concernait la reconnaissance des diplômes délivrés par l’Administration autonome. Malgré l’accord conclu le 29 janvier, ce dossier reste en suspens plusieurs mois plus tard.
« Les ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur des deux parties se rendront prochainement à Al-Hasakah (Haseke) afin de mettre en place un mécanisme concret pour résoudre ce problème », a-t-elle déclaré. D’autres réunions sont prévues pour discuter du système éducatif et de la langue d’enseignement.
Avancées et limites du processus d’intégration
Selon Ilham Ahmed, des mesures administratives ont déjà été prises, notamment la nomination de directeurs dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Cependant, de nombreuses autres directions restent à définir. Un nouveau mécanisme de nomination sera mis en place prochainement.
Des progrès ont également été enregistrés concernant la désignation de représentants régionaux, même si des nominations au niveau des ministères et des directions générales restent à finaliser.
Gestion des passages frontaliers
Un mécanisme de gestion a été établi pour le poste-frontière de Semalka et les autres points de passage. Les employés de l’Administration autonome continuent d’exercer leurs fonctions dans le cadre de cette intégration.
Défis et besoin de consensus
Ilham Ahmed a souligné plusieurs difficultés dans la mise en œuvre de l’intégration, notamment la question des nominations :
« Certains chefs de direction ont été nommés par le gouvernement intérimaire après la chute du régime d’Assad, ce qui crée des complications. Il faut trouver un consensus entre les nominations proposées par l’Administration autonome et celles du gouvernement intérimaire. Les cadres expérimentés de l’AANES ne doivent pas être exclus. »
Elle a insisté sur l’importance de tenir compte de l’expérience accumulée par l’Administration autonome, en privilégiant la compétence, la spécialisation et la représentation équitable de toutes les composantes de la société (Kurdes, Arabes, Syriaques…).
Représentation des femmes : un défi majeur
La coprésidente a regretté que, jusqu’à présent, seuls des hommes aient été nommés directeurs dans les secteurs de la santé et de l’éducation, malgré la forte présence de femmes au sein des institutions de l’AANES.
« La participation des femmes doit devenir une priorité. Ce dossier rencontre encore de nombreux obstacles », a-t-elle affirmé.
Dossier des Unités de protection des femmes (YPJ)
La question de l’officialisation des Unités de protection des femmes (YPJ / UPF) reste à l’ordre du jour du gouvernement intérimaire. Les discussions se poursuivront jusqu’à la conclusion d’un accord.
Représentation parlementaire et réorganisation municipale
Un comité central et un comité préparatoire à Al-Hasakah travaillent à la désignation de représentants d’Al-Hasakah et de Kobani au Parlement syrien (Assemblée du peuple).
Par ailleurs, le système municipal du Rojava sera réorganisé dans le cadre du nouveau système afin d’améliorer les services publics.
Vers une nouvelle constitution syrienne
Concernant l’élaboration d’une nouvelle constitution, Ilham Ahmed a déclaré :
« Une fois la représentation du Rojava au Parlement clarifiée, le dossier constitutionnel sera examiné sérieusement. Les Kurdes participeront au comité de rédaction de cette nouvelle constitution. La Syrie a besoin d’une constitution inclusive qui représente tous les peuples du pays. Les Kurdes sont des partenaires fondamentaux dans la construction de la nouvelle Syrie et joueront un rôle essentiel dans les étapes à venir. »
Dossier des détenus kurdes
Enfin, la question des détenus n’a pas encore été réglée. Ilham Ahmed a insisté sur la nécessité de libérer tous les prisonniers politiques dans les plus brefs délais.
