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KURDISTAN. Commémoration du massacre de Qaladze

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IRAK / KURDISTAN – Dans le ciel matinal de Qaladize, une petite ville kurde du district de Pishder, province de Souleimaniyeh, retentit le grondement terrifiant des avions de chasse irakiens. En quelques minutes, des bombes au napalm – une arme incendiaire interdite par les conventions internationales – s’abattent sur la population civile et sur les bâtiments de l’Université de Souleimaniyeh, temporairement déplacée dans cette zone. Ce bombardement aérien brutal reste, plus de cinquante ans plus tard, l’un des crimes les plus marquants commis par le régime baasiste contre le peuple kurde.

Contexte : l’effondrement de l’Accord du 11 mars 1970

Quatre ans plus tôt, le 11 mars 1970, un accord historique avait été signé entre le gouvernement irakien, dirigé alors par Ahmed Hassan al-Bakr et Saddam Hussein (vice-président), et le leader kurde Mustafa Barzani. Cet accord reconnaissait les droits nationaux des Kurdes, prévoyait une autonomie dans les régions kurdes et semblait ouvrir la voie à une paix durable après des années de conflit armé. Cependant, Bagdad ne respecta jamais pleinement ses engagements. Le recensement destiné à définir les frontières de la région autonome fut reporté, les promesses politiques furent vidées de leur substance, et la tension monta progressivement. En 1974, l’accord était définitivement enterré. Le régime baasiste choisit la répression militaire plutôt que le dialogue. C’est dans ce climat de reprise de la guerre (deuxième guerre irako-kurde) que survint l’attaque contre Qaladize.

Le bombardement du 24 avril 1974 Le matin du 24 avril 1974, vers 9h45, plusieurs avions de combat (notamment des Sukhoi soviétiques, MiG et Jaguar français selon les témoignages) décollèrent de la base aérienne de Kirkouk. Ils lâchèrent des bombes au napalm sur la ville de Qaladize et sur le site universitaire. L’attaque visait délibérément des cibles civiles : Les bâtiments de l’Université de Souleimaniyeh (déplacée à Qaladize car considérée comme un foyer de soutien à la révolution kurde) ; L’administration universitaire, l’hôpital, la municipalité ; Des écoles (dont l’école de filles et le lycée) ; Des quartiers résidentiels et des habitations privées. Le napalm, qui provoque des brûlures atroces et incendie tout sur son passage, frappa de plein fouet des étudiants, des professeurs, des femmes, des enfants et des personnes âgées. Selon les sources kurdes et les commémorations officielles, 163 personnes furent tuées et plus de 300 à 400 blessées. Parmi les victimes figuraient de nombreux étudiants de l’Université de Souleimaniyeh. Des dizaines de maisons et d’édifices publics furent entièrement détruits ou gravement endommagés. Ce bombardement ne fut pas un incident isolé : il s’inscrivait dans une campagne plus large de répression contre les Kurdes qui demandaient le respect de leurs droits.

Un symbole de la résistance kurde

Qaladize, ville patriotique et refuge pour les étudiants, incarnait à l’époque l’esprit de résistance kurde. En y déplaçant l’université, les Kurdes avaient fait de ce lieu un centre intellectuel et politique opposé à la politique centralisatrice et arabisante de Bagdad. En frappant à la fois la population civile et le « centre de la science », le régime baasiste visait non seulement à punir, mais aussi à briser moralement le mouvement kurde. Les dirigeants kurdes actuels, dont les présidents Nechirvan Barzani et Masoud Barzani ou le Premier ministre Masrour Barzani, commémorent chaque année cet événement. Ils y voient la preuve de la politique « chauvine et brutale » du régime baasiste, qui culminera plus tard avec l’Anfal (1988) et l’utilisation massive d’armes chimiques.

Mémoire et justice

Aujourd’hui encore, le 24 avril est une journée de deuil et de souvenir au Kurdistan d’Irak. Des cérémonies ont lieu à Qaladize, à Souleimaniyeh et à Erbil. Les survivants et les familles des martyrs rappellent que cet acte de terreur n’a jamais été jugé par une instance internationale. Le massacre de Qaladize reste gravé dans la mémoire collective kurde comme l’un des chapitres les plus sombres de la longue liste des crimes commis contre ce peuple : déportations forcées, villages rasés, campagnes d’arabisation et génocide Anfal. Il symbolise à la fois la cruauté d’un régime dictatorial et la résilience kurde : malgré les bombes, la volonté d’autonomie et de dignité n’a jamais été éteinte.

AFRIN : des retours fragiles dans un climat d’insécurité et de pillage

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SYRIE / ROJAVA – Les retours progressifs des Kurdes déplacés vers Afrin se poursuivent, mais restent limités et incertains en raison de l’insécurité chronique, des saisies de biens et des obstacles posés par les groupes mercenaires soutenus par la Turquie.

Occupée en 2018 par l’armée turque et ses factions alliées, puis suivie par Serêkaniyê et Girê Spî en 2019, la région a connu une importante modification démographique. Des milliers de familles kurdes ont été chassées vers les camps de Shahba, Alep et d’autres zones du Rojava, tandis que des familles issues de Homs, Ghouta, Deir ez-Zor, Daraa et d’autres régions syriennes étaient installées à leur place.

Depuis l’occupation, les maisons, oliveraies et terres agricoles kurdes ont été systématiquement confisquées, transformant la région en zone de pillage. L’enseignement en kurde a été interdit, les noms de lieux turquisés et l’identité kurde largement effacée. Arrestations arbitraires, violences contre les femmes, enlèvements, demandes de rançon et corruption sont devenus quotidiens selon les organisations de défense des droits humains.

L’accord du 29 janvier 2026 entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le Gouvernement intérimaire syrien, notamment son article 14, avait suscité l’espoir d’un retour sécurisé des déplacés et de la fin de l’occupation. Près de trois mois plus tard, les retours restent cependant partiels et difficiles.

À Afrin, plusieurs convois ont été organisés : environ 400 personnes le 9 mars, 200 le 4 avril, et au moins 800 familles le 14 avril. Au total, plus de 1 400 familles sont rentrées, tandis que près de 5 000 attendent encore leur tour. Pourtant, seule une minorité (environ 500 à 600 familles) a pu regagner son domicile réel, les autres se heurtant au refus des familles de mercenaires d’évacuer les maisons.

Ces groupes exigent souvent entre 3 000 et 10 000 dollars pour libérer les propriétés. Ibrahim Shexo, de l’Organisation des droits de l’homme d’Afrin, explique : « Les mercenaires refusent de partir et réclament de l’argent. Damas exerce une autorité formelle, mais n’a pas les moyens de les contraindre. Les familles qui rentrent, déjà appauvries par des années de déplacement, sont incapables de payer ces sommes. »

Les incidents de pillage, vols et tortures se multiplient. « Lorsqu’un habitant s’absente pour travailler, sa maison est attaquée. Les auteurs de ces crimes ne sont jamais poursuivis », alerte Ibrahim Shexo.

La situation est similaire à Serêkaniyê et Girê Spî, où les menaces, les saisies de biens et les pillages persistent. À Serêkaniyê, des contacts sont en cours avec le gouverneur de Hesekê pour organiser les retours en trois phases, conditionnés par l’amélioration de la sécurité et le déminage des zones.

Malgré l’espoir suscité par l’accord du 29 janvier, le retour des déplacés d’Afrin reste lent, précaire et marqué par de nombreux obstacles.

Conférence « 100 ans de l’État-nation iranien au Kurdistan »

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ALLEMAGNE – Une conférence intitulée « 100 ans de l’État-nation iranien au Kurdistan » se tient aujourd’hui à l’Université de Cologne, organisée par la Plateforme Zagros.

L’événement, qui a débuté à 11 h 00 et doit se terminer à 17 h 30, réunit activistes politiques, chercheurs et militants kurdes. Il est modéré par Soraya Mahmoudi et Jamal Haji, et a été ouvert par Diman Sohrabi, représentant de la Plateforme Zagros.

La première partie de la conférence, intitulée « Un siècle d’obscurité : l’État-nation iranien sur le Kurdistan », aborde les politiques iraniennes menées depuis un siècle dans les régions kurdes : affaiblissement de la langue et de la culture kurdes, répression politique et militaire, situation des femmes, crises environnementales, difficultés économiques, ainsi que les arrestations et exécutions massives.

La deuxième partie se déroule sous forme de table ronde intitulée « Vers une vie libre et une alternative démocratique ». Les participants y discutent des concepts de nation démocratique, société démocratique, autogouvernance locale, et du slogan « Femme, Vie, Liberté » comme cadre pour construire la liberté et la démocratie au Kurdistan.

Selon les organisateurs, cette conférence vise à dresser un bilan critique de cent ans de politiques étatiques iraniennes au Kurdistan et à proposer des perspectives et alternatives démocratiques pour l’avenir.

TURQUIE. L’affaire Gulistan Doku : la responsabilité de l’État dépasse largement les individus

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TURQUIE / KURDISTAN – Six ans après la disparition de l’étudiante kurde Gulistan Doku, les récents développements dans l’enquête sont qualifiés de « dénouement tardif » par l’avocate et défenseure des droits humains Eren Keskin. Pour elle, ces avancées ne révèlent pas un simple crime individuel, mais une structure systémique d’impunité impliquant l’appareil d’État.

 

Dans une déclaration récente, Eren Keskin a affirmé que le meurtre et la dissimulation des preuves ne pouvaient s’expliquer par l’action d’un seul individu ou d’un gouverneur. « Ce qui se présente aujourd’hui au public est une structure systématique qui s’étend du ministère de l’Intérieur jusqu’à la bureaucratie locale », a-t-elle déclaré.

Elle replace l’affaire Gulistan Doku dans le continuum de la violence d’État dans les régions kurdes, rappelant les féminicides, les violences sexuelles et les meurtres non élucidés des années 1990. « Cette affaire n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une histoire de violence systématique contre les femmes dans les zones de conflit », a souligné l’avocate, qui dirige depuis 1997 un cabinet offrant une représentation gratuite aux femmes victimes de torture sexuelle par les forces de l’État.

Keskin a critiqué l’impunité persistante à travers l’exemple de Musa Çitil, commandant à Mardin au début des années 1990, accusé d’agressions sexuelles en détention. Malgré un procès impliquant 405 soldats, tous ont été acquittés, et Çitil a ensuite été promu, réapparaissant lors des opérations de Sur et Cizre avec un grade supérieur.

Un conflit entre centres de pouvoir

Selon Eren Keskin, l’émergence tardive de l’affaire après six ans de silence s’explique par un conflit interne au sein de l’État : « Quelle que soit la force qui a dissimulé ce crime, une autre force a décidé de le révéler. Autrement, un crime caché pendant six ans n’aurait jamais pu être mis au jour. »

Elle refuse de réduire la responsabilité à Tuncay Sonel, ancien gouverneur de Tunceli (Dersim) : « Ce n’est pas simplement un “réseau criminel de Tuncay Sonel”. Il était le représentant de l’État. Nous sommes face à l’État lui-même : le gouverneur, le chef de la police, le médecin-chef de l’hôpital… Tous ont participé à la dissimulation des preuves en abusant du pouvoir d’État. »

L’avocate met en cause l’ancien ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu, qui avait publiquement défendu des pratiques violentes (« J’ai donné l’ordre que si vous les attrapez, vous les déchiquetiez »). Selon elle, cette posture a encouragé l’impunité locale. Elle évoque également le rôle de Mehmet Ağar dans les structures des années 1990.

Le rôle du ministre de la Justice Akın Gürlek

Eren Keskin a également commenté le passé judiciaire d’Akın Gürlek, actuel ministre de la Justice. Elle rappelle ses décisions controversées en matière de liberté d’expression et de détentions arbitraires lorsqu’il était juge et procureur général d’Istanbul. Pour elle, les développements actuels pourraient viser à légitimer le ministre, tout en reflétant un conflit avec le camp de Süleyman Soylu.

« Nous avions raison depuis des années »

Malgré les critiques, Keskin estime que toute avancée vers la vérité est importante : « Quelle qu’en soit la raison, la résolution de ce problème confirme ce que nous dénonçons depuis longtemps. »

Elle insiste cependant sur la nécessité de preuves concrètes : « À ce jour, aucune preuve matérielle n’a été divulguée. Le processus repose uniquement sur des déclarations de témoins anonymes, alors que le corps de Gulistan n’a toujours pas été retrouvé. Il faut absolument exhumer le corps et les preuves dissimulées. »

Eren Keskin conclut en reliant l’affaire aux luttes plus larges pour la justice : « Nous ne réclamons pas seulement justice pour Gulistan Doku. Avec les Mères du samedi, nous cherchons encore les corps de nos enfants. L’État est responsable de ces disparitions et de cette impunité systémique. »

ROJAVA. Les Kurdes exigent la libération de leurs otages détenus par Damas

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SYRIE / ROJAVA – Le Conseil des familles des martyrs de Kobanê a organisé, sur la « Place des femmes libres », un rassemblement pour réclamer la libération immédiate des otages kurdes détenus par le gouvernement intérimaire syrien depuis janvier 2026.

Sous le slogan « Nous voulons nos martyrs, nos détenus et nos disparus », l’événement a réuni des familles de détenus et des habitants venus exprimer leur colère face au non-respect, selon eux, des engagements pris dans l’accord du 29 janvier.

Les participants, nombreux, brandissaient des photos des personnes détenues, créant une atmosphère chargée d’émotion et de détermination.

La manifestation a débuté par une minute de silence en hommage aux martyrs, avant qu’un discours ne soit prononcé par Farhad Kobani (également orthographié Farhan Kobani), au nom des familles des détenus :

« Nous nous inclinons avec respect devant les âmes des martyrs et devant toutes les familles des détenus. »

Il a ensuite rappelé que l’accord conclu le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire syrien comportait une clause explicite prévoyant la libération de tous les détenus et leur retour auprès de leurs familles.

« Malgré cet engagement clair, le gouvernement intérimaire n’a pas respecté cette clause et agit selon ses propres intérêts », a-t-il affirmé.

Farhad Kobani a insisté sur la revendication principale des familles : la libération immédiate et sans condition de tous les détenus kurdes.

L’événement s’est conclu par des slogans scandés avec force par la foule :

« Liberté pour les détenus ! »

ROJAVA. L’unité kurde au cœur de la commémoration des martyrs de Qereçoxê

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SYRIE  / ROJAVA – Les participants à la cérémonie marquant la Journée des Martyrs et le neuvième anniversaire du massacre de Qereçoxê ont souligné le caractère symbolique de la montagne, symbole de résilience, et ont appelé à renforcer l’unité kurde ainsi qu’à obtenir les droits du peuple kurde dans un cadre politique et constitutionnel.

Ce 25 avril, la région de Rojava a commémoré la Journée des Martyrs et le neuvième anniversaire du raid aérien turc sur le mont Qereçoxê. Le 25 avril 2017, une frappe aérienne de l’aviation turque avait tué 20 combattants des Unités de protection du peuple (YPG) et des Unités de protection des femmes (YPJ), ainsi que plusieurs correspondants de guerre présents au centre des médias de la montagne. Dix-huit autres combattants avaient été blessés.

Des centaines d’habitants de la région de Jazira, des familles de martyrs, ainsi que des combattants des YPG et des YPJ se sont rendus sur le mont Qereçoxê pour participer à cette cérémonie de commémoration.

La cérémonie a débuté par une minute de silence en hommage aux martyrs, suivie d’un discours de Mohammed Saeed, membre du Conseil des familles des martyrs :

« Cette forte présence témoigne de notre attachement aux valeurs des martyrs et de notre détermination à poursuivre leur combat. Préserver ces valeurs constitue une source de force face à toutes les épreuves. »

Il a ajouté que le mont Qereçoxê incarne la résilience face aux attaques répétées : « L’État turc d’occupation a tenté, à différentes étapes, de déstabiliser la région et d’effacer l’identité kurde. Cette frappe aérienne est intervenue après la défaite de Daech, et les attaques contre la montagne se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. »

De son côté, Hadiya Yusuf, coprésidente du Parti de l’union démocratique (PYD), a affirmé que les attaques répétées contre le mont Qereçoxê visaient directement la lutte du peuple kurde pour sa liberté.

Elle a rappelé le rôle central joué par la montagne durant la révolution du Rojava et a insisté sur les exigences de la phase actuelle :

« Nous devons renforcer notre unité et œuvrer sérieusement à garantir nos droits dans un cadre politique et constitutionnel en Syrie. »

Hadiya Yusuf a souligné que le peuple kurde du Rojava, confronté depuis des décennies à des politiques d’extermination et de négation, traverse aujourd’hui une phase décisive. Elle a attribué la résilience de ce peuple aux sacrifices des martyrs et a appelé à maintenir la stabilité, à poursuivre le processus d’intégration, tout en exigeant la libération des détenus politiques et le retour des dépouilles des martyrs.

Elle a conclu en réaffirmant la nécessité de consolider l’unité au sein de la société kurde et d’intensifier les efforts pour faire reconnaître les droits fondamentaux du peuple kurde en Syrie.

La cérémonie s’est achevée par des chants révolutionnaires en hommage aux martyrs, tandis que les participants réitéraient leur engagement à poursuivre le chemin tracé par les combattants tombés pour la cause.

SYRIE. Femmes et enfants kurdes dans l’enfer des prisons gérées par la Turquie

SYRIE / ROJAVA – Arrêtée avec ses deux jeunes enfants, Wisal Hanan, une mère kurde d’Afrin, reste emprisonnée depuis six ans alors que ces enfants viennent d’être libérés après des années de tortures subies dans les prisons syriennes gérées par la Turquie.

Wisal Hanan

Arrêtée arbitrairement le 23 juin 2019 à Azaz alors qu’elle voyageait avec ses enfants Mohammad (9 ans à l’époque) et Diana (7 ans), Wisal Hanan, âgée aujourd’hui de 39 ans et originaire du village de Kamrouk (sous-district de Mabatli, canton d’Afrin), est toujours détenue dans la prison d’al-Rai.

Ses deux enfants ont passé cinq années entières (de 2019 à fin 2025) enfermés avec leur mère dans des conditions carcérales indignes, loin de toute norme humanitaire minimale. Ils ont grandi entourés de membres de groupes armés soutenus par la Turquie dans la zone occupée d’Afrin.

À la fin de l’année 2025, Mohammad et Diana ont enfin été remis à leur grand-père. Cependant, en raison de l’absence de documents officiels de mariage de leur mère, de la détention prolongée de Wisal et de l’absence de leur père, les enfants ne sont pas enregistrés légalement. Ils se trouvent ainsi privés d’accès à l’éducation, aux soins de santé et à toute protection juridique.

Depuis l’occupation d’Afrin par l’armée turque et les factions djihadistes alliées en 2018, des centaines de femmes et de filles kurdes ont été enlevées, violées, forcées au mariage, assassinées ou détenues arbitrairement. Les minorités (Kurdes, Alaouites, Druzes…) vivent dans un climat permanent d’insécurité dans les zones contrôlées par les groupes affiliés au Gouvernement intérimaire syrien.

Des voix s’élèvent aujourd’hui pour exiger :

La libération immédiate de Wisal Hanan ;

La protection effective de ses deux enfants ;

La traduction en justice des responsables de son arrestation arbitraire et de ses conditions de détention.

Wisal Hanan mérite la liberté. Ses enfants méritent de retrouver une enfance normale et une vie digne, loin des prisons et de la violence.

TURQUIE. Les Mères du Samedi brise le silence sur le génocide arménien

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TURQUIE – Pour la 1100e semaine consécutive, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) se sont rassemblées samedi place Galatasaray à Istanbul. Portant des photos de leurs proches disparus et des œillets blancs, elles ont une nouvelle fois exigé la vérité et la justice sur les disparitions forcées commises par l’État turc.

Cette semaine, la manifestation a été dédiée à la mémoire des 174 intellectuels arméniens arrêtés dans la nuit du 24 avril 1915 à Istanbul, puis disparus. Cet événement marque le début du génocide arménien.

Le communiqué de presse a été lu par Eren Keskin, membre du Conseil exécutif de l’Association des droits de l’homme (İHD). Elle a rappelé les circonstances de ces arrestations massives ordonnées par Talat Bey, ministre de l’Intérieur du gouvernement Jeune-Turc (Comité Union et Progrès) :

« Cette nuit-là, une vaste opération fut lancée à Istanbul. Conformément aux listes établies, la police frappait aux portes après minuit en disant : “Vous avez une déclaration à faire, vous serez de retour dans l’heure.” Parmi les arrêtés figuraient des parlementaires, écrivains, poètes, médecins, journalistes, avocats et universitaires : la mémoire et la voix de la communauté arménienne. »

Eren Keskin a expliqué que ces intellectuels ont été conduits à la prison de Sultanahmet, puis transférés par train spécial vers Ayaş et Çankırı le 25 avril. Sur les 250 personnes envoyées, 174 ont été éliminées sous surveillance étatique. Dans les registres officiels, elles ont été déclarées « évadées » ou « libérées ». « La vérité est enfouie dans les ténèbres du déni », a-t-elle souligné.

Elle a particulièrement évoqué le cas de Khatchadur Malumyan (Agnuni), fondateur du journal Azadmard, connu pour sa plume acérée. Arrêté malgré ses liens personnels avec Talat Bey, il a été transféré à Ayaş puis, avec six autres intellectuels, envoyé à Diyarbakır « pour y être jugés ». Le 2 juin 1915, ils ont été assassinés à Sêwereg (Silvan) par un gang lié à la Teşkilat-ı Mahsusa (Organisation spéciale). Les autorités ont ensuite prétendu qu’ils s’étaient « échappés » vers la Russie.

« Refuser d’affronter le passé alimente l’impunité d’aujourd’hui », a affirmé Eren Keskin au nom des Mères du Samedi. « Nous n’oublierons jamais Agnuni ni les 174 intellectuels arméniens disparus le 24 avril 1915, pas plus que nos autres disparus. Nous ne renoncerons jamais à défendre la mémoire contre l’oubli et la vérité contre le négationnisme. »

Hanife Yıldız, l’une des Mères du Samedi, a pris la parole et déclaré avec émotion :

« 1100 semaines, comme c’est facile à dire… Mais ce que nous avons vécu, ce que nous endurons encore… Ils refusent toujours d’entendre notre voix. Même les statues que nous avons transformées en tombes, ils nous les ont refusées. »

Depuis le 27 mai 1995, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) manifestent chaque semaine pour exiger la vérité sur leurs proches disparus en détention. Selon l’Association des droits de l’homme (İHD), 792 cas de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires ont été recensés entre 1992 et 1996 dans les régions kurdes de Turquie.

Par ce geste symbolique, les Mères du Samedi rappellent que le refus de regarder en face les crimes du passé continue de nourrir l’impunité et les violations des droits humains aujourd’hui.

 

TURQUIE. Affaire Gülistan Doku : les meurtres non résolus reviennent sur le devant de la scène

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TURQUIE / KURDISTAN – L’opération menée dans le cadre de l’enquête sur la disparition de l’étudiante kurde Gülistan Doku, disparue le 5 janvier 2020 après avoir quitté son dortoir à Dersim (rebaptisée « Tunceli »), a relancé le débat sur les affaires de meurtres et disparitions non élucidées en Turquie.

Le 21 avril 2026, le ministre de la Justice Akın Gürlek a annoncé la création d’une unité spéciale chargée d’examiner les affaires non résolues : « Nous avons mis en place une unité. Toutes les affaires non résolues, tous les dossiers précédemment classés sans suite, sont examinés un par un. Ils seront réexaminés afin de déceler d’éventuelles lacunes ou irrégularités. »

Cette déclaration a immédiatement recentré l’attention sur les nombreux cas de civils kurdes tués ou disparus depuis les années 1990, dont les auteurs n’ont jamais été identifiés ni sanctionnés. Il reste à voir quelles affaires seront réellement réouvertes, car un grand nombre d’entre elles ont abouti à l’impunité sous les gouvernements successifs de l’AKP.

« Les dossiers ont été classés un par un »

De nombreux massacres, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires et incendies de villages ont eu lieu dans les années 1990, sous le gouvernement de Tansu Çiller (Premier ministre), avec Doğan Güreş comme chef d’état-major et Mehmet Ağar comme ministre de l’Intérieur. Sous l’AKP, la plupart de ces affaires ont été classées sans suite, souvent pour prescription ou faute de preuves. Celles rouvertes sous pression publique ont fréquemment abouti à des acquittements.

Parmi les affaires emblématiques ayant connu l’impunité figurent : Kerboran JİTEM, Cizîr JİTEM, Qoser JİTEM, Gever JİTEM, le massacre de Görümlü, l’incendie de Madımak à Sivas, les assassinats de Musa Anter, Vedat Aydın, Tahir Elçi, ainsi que les morts de Taybet İnan, Cemile Çağırga, Kemal Kurkut, Ceylan Önkol, Rojin Kabaiş, Firdevs Babat et des milliers d’autres civils kurdes.

Voici un aperçu des développements judiciaires de quelques affaires marquantes, des années 1990 à aujourd’hui, qui ont toutes abouti à l’impunité :

Massacre de Görümlü – Acquittement En 2013, une plainte a été déposée contre plusieurs officiers, dont le commandant de la 23e brigade de gendarmerie Mete Sayar, pour la disparition forcée de six personnes le 14 juin 1993 dans le village de Görümlü (Şirnak). L’affaire a été transférée à Ankara. Aucun accusé n’a été placé en détention. Le 3 juillet 2015, tous ont été acquittés. La Cour de cassation a confirmé cette décision en avril 2018.

Massacre de Licê (Lice) – Acquittement En octobre 1993, une opération militaire à Lice (Diyarbakır) a coûté la vie à 15 civils. Vingt ans plus tard, le parquet a inculpé le commandant du régiment de gendarmerie Eşref Hatipoğlu et le lieutenant Tünay Yanardağ. L’affaire, transférée successivement à Eskişehir puis Izmir, s’est soldée par un acquittement en décembre 2018. Eşref Hatipoğlu est décédé en 2022 ; la Cour suprême a ensuite rejeté l’affaire faute de défendeurs.

Kızılağaç – Acquittement En novembre 1993, près de 60 villageois ont été arrêtés près de Muş. Quatre d’entre eux (Mahmut Acar, Ali Can Öner, Yakup Tetik et Mehmet Emin Bingöl) ont été torturés puis retrouvés morts. L’acte d’accusation visait le commandant du régiment Naim Kurt. Le procureur a requis l’acquittement faute de certitude sur son rôle exact. Le tribunal a acquitté l’accusé en décembre 2014 ; la Cour de cassation a confirmé.

Affaire Kerboran JİTEM – Acquittement Concernant la disparition forcée de huit personnes (dont un sergent et trois enfants) entre 1995 et 1996 à Dargeçit (Mardin), cinq accusés dont Hurşit İmren ont été jugés. Le procès, ouvert en 2015 à Adıyaman, s’est conclu par un acquittement en juillet 2022 pour « absence de preuves concrètes et convaincantes ». La Cour d’appel a confirmé.

7 personnes assassinées à Çêlik (Kerboran) – Classé sans suite En juillet 1993, sept civils ont été tués par des soldats puis brûlés. L’affaire a été classée dès 1994 au motif que les victimes étaient des « militants du PKK ». Rouverte en 2013, elle a fait l’objet d’un non-lieu en 2020. Le quartier a ensuite été submergé par les eaux du barrage d’Ilısu, rendant impossible toute expertise sur place. Malgré un arrêt historique du tribunal de Midyat en 2021 critiquant les retards du parquet, l’affaire a finalement été classée.

Affaire Qoser JİTEM – Acquittement et prescription Pour le meurtre de 22 personnes entre 1992 et 1996 à Kızıltepe (Mardin), plusieurs officiers et gardes villageois ont été poursuivis. L’accusation de meurtre a été prescrite en 2019 ; les accusés ont été acquittés pour l’appartenance à une organisation armée. La Cour d’appel a confirmé en 2021.

Affaire Pasûr (Kulp) – Prescription Onne personnes disparues en 1993 après des opérations de la brigade Bolu. Leurs restes ont été retrouvés en 2004. Le général Yavuz Ertürk a été acquitté en 2018. La Cour suprême a déclaré l’affaire irrecevable pour prescription en février 2024.

Massacre de Dêrik – Acquittement Le général Musa Çitil a été acquitté en 2014 pour le meurtre de 13 personnes entre 1992 et 1994. Il a ensuite été promu malgré le procès.

Cizîr JİTEM – Acquittement Concernant 21 meurtres à Cizre (1993-1995), dont Cemal Temizöz, tous les accusés ont été acquittés en 2015 à Eskişehir. La Cour de cassation a confirmé en 2021 (3 voix contre 2).

Gang de Yüksekova – Prescription Ce réseau impliquant militaires, policiers et informateurs a commis de nombreux meurtres dans les années 1990. Après des condamnations initiales cassées en appel, l’affaire a été définitivement classée pour prescription en 2007.

Uğur Kaymaz (12 ans) Tué avec son père en 2004 à Qoser par des tirs de policiers et soldats. Les accusés ont été acquittés pour « légitime défense ». La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la Turquie pour violation du droit à la vie.

Massacre de Roboski – Aucune poursuite effective Le 28 décembre 2011, 34 civils ont été tués par un bombardement aérien. Le parquet militaire et civil ont prononcé des non-lieux (homicide involontaire). Malgré de nouvelles requêtes et saisines de la CEDH et du Comité des droits de l’homme de l’ONU, l’affaire reste sans issue judiciaire.

Affaire Madımak – Prescription L’incendie criminel de l’hôtel Madımak à Sivas (2 juillet 1993, 35 morts) a abouti à des condamnations initiales, mais la plupart des peines ont été commuées ou prescrites. Le dernier détenu a été libéré en 2023.

Tahir Elçi – Acquittement Le président du barreau de Diyarbakır a été assassiné le 28 novembre 2015 devant des journalistes. Trois policiers ont été acquittés en juin 2024 pour « absence de preuves irréfutables ». La décision a été confirmée en appel en 2025.

Kemal Kurkut Étudiant tué par la police lors des célébrations de Newroz en 2017 à Diyarbakır. Le policier accusé a été acquitté ; la Cour d’appel a considéré le tir comme « légal ».

D’autres affaires emblématiques (Vartinis, Vedat Aydın, Musa Anter, Nezir Tekçi, librairie Umut, boîte d’hélicoptère à Çatak, etc.) ont également abouti à des acquittements, des classements pour prescription ou des non-lieux, souvent au motif d’« insuffisance de preuves » ou de « victimes liées au PKK ».

Enfants, femmes et civils tués par des véhicules blindés, à la frontière ou lors de couvre-feux De nombreux cas impliquant des enfants (comme les frères Yıldırım ou Mazlum Turan), des femmes (Rojin Kabaiş, Firdevs Babat, etc.) ou des civils tués par des engins blindés, lors de couvre-feux (Cizre, Silopi) ou à la frontière restent impunis. Les décès de réfugiés frontaliers font également rarement l’objet de poursuites.

Le Rojava commémore le génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens

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SYRIE / ROJAVA – Les commémorations du génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens ( Seyfo) se poursuivent dans les zones kurdes de Syrie.

Le génocide arménien et le « Sayfo »: plus d’un siècle de souffrance

Le 24 avril demeure chaque année la journée internationale de commémoration du génocide arménien et celui des Assyro-Chaldéens (Sayfo) de 1915. C’est l’occasion de renouveler l’appel à la reconnaissance des victimes, de défendre la justice et les droits humains, et de poser les bases d’une démocratie pluraliste capable de protéger les communautés et d’empêcher la répétition de telles tragédies au Moyen-Orient.

Un souvenir douloureux pour les peuples de Mésopotamie

Chaque 24 avril, les peuples de la région se remémorent l’un des crimes les plus effroyables du XXe siècle : le génocide arménien et les massacres de Sayfo perpétrés par l’Empire ottoman en 1915. Arméniens, Assyro-Chaldéens et Syriaques furent victimes d’une extermination systématique qui les arracha à leurs terres ancestrales.

Ces massacres entraînèrent la mort de plus d’un million et demi d’Arméniens et de centaines de milliers d’Assyro-Chaldéens-Syriaques, transformant des communautés prospères en diasporas dispersées aux quatre coins du monde.

Le 24 avril 1915 marque le début officiel du génocide : l’arrestation et l’exécution à Istanbul d’environ 250 intellectuels, leaders politiques, religieux et culturels arméniens. Ce fut le prélude à des massacres systématiques accompagnés de pillages, d’incendies de villages, de déportations, de viols et de « marches de la mort ».

Des massacres hamidiens aux massacres de 1915

Les premières violences organisées contre les Arméniens remontent à la fin du XIXe siècle. Entre 1894 et 1896, le sultan Abdülhamid II répondit aux revendications légitimes de réformes et de droits constitutionnels par les « massacres hamidiens ». Selon les recherches du missionnaire allemand Johann Lepsius, ces pogroms firent environ 88 000 à 300 000 morts, blessèrent plus de 546 000 personnes, entraînèrent le pillage de 2 493 villages et la conversion forcée à l’islam de centaines de milliers d’Arméniens. Des centaines d’églises et monastères furent détruits ou transformés en mosquées. L’un des épisodes les plus atroces eut lieu à Urfa (Roha), où plus de 2 500 femmes arméniennes furent brûlées vives dans une cathédrale.

Une extermination planifiée

Ces crimes n’étaient ni spontanés ni liés uniquement à la guerre. Ils constituaient un plan d’extermination organisé par l’État ottoman, sous la direction du Comité Union et Progrès (Jeunes-Turcs), avec la complicité passive ou active de certaines grandes puissances de l’époque.

Dès le début de la Première Guerre mondiale, les Ottomans profitèrent du chaos pour accélérer le processus. Après la défaite d’Enver Pacha à Sarıkamış en janvier 1915, les Arméniens furent accusés de trahison. On désarma les soldats arméniens (environ 100 000 hommes), on confisqua les armes civiles, puis on procéda à des exécutions massives – fusillades, enterrements vivants, travaux forcés meurtriers.

L’ambassadeur américain Henry Morgenthau décrivit ce désarmement comme un prélude explicite à l’extermination. Talaat Pacha, l’un des principaux architectes du génocide, déclara sans ambiguïté : « Nous sommes parvenus à éliminer les trois quarts du peuple arménien… Les Arméniens doivent être exterminés. »

Les « marches de la mort » et le Sayfo

Suivirent les déportations forcées de femmes, d’enfants et de vieillards à travers les déserts de Syrie et de Mésopotamie, sans eau ni nourriture. Des centaines de milliers périrent en route, victimes de faim, de soif, de maladies, de pillages et de viols systématiques. On estime entre 250 000 et 500 000 les morts parmi les Assyro-Chaldéens-Syriaques lors des massacres de Sayfo (« l’épée » en syriaque).

Un million et demi de victimes

À la fin de 1923, plus d’un million et demi d’Arméniens avaient été tués et des centaines de milliers portés disparus. Des villages et villes entiers furent rayés de la carte, des sites culturels, religieux et historiques détruits. Des centaines de milliers de survivants trouvèrent refuge au Liban, en Syrie, en Irak, en France ou dans les Amériques.

Le déni turc persistant

Malgré les preuves irréfutables et la reconnaissance du génocide par une trentaine de pays (dont la France, la Russie, le Canada, le Liban et la Grèce), le Parlement européen, les Nations unies et de nombreuses institutions internationales, la Turquie continue de nier les faits et criminalise leur reconnaissance.

De 1915 à aujourd’hui : une même mentalité

Imad Tatyrian (ou Tetriyan), secrétaire général du Parti de l’Union arménienne en Syrie, relie la tragédie de 1915 à la réalité syrienne contemporaine. La mentalité qui a justifié l’extermination au nom de la religion ou de l’ethnicité est la même qui a animé Daech contre les chrétiens, ou motivé les déplacements forcés et massacres à Afrin, Sere Kaniye, sur la côte syrienne, à Sweida ou dans les quartiers arméniens et kurdes d’Alep.

Il appelle à des lois internationales strictes et dissuasives, afin que la démocratie et les droits de l’homme ne restent pas de vains mots.

La reconnaissance et la justice comme rempart

Pour Imad Tatyrian, la commémoration doit devenir un pont vers la réconciliation et la démocratisation de la région. Cela passe par la reconnaissance officielle du génocide, la restitution des biens et des terres spoliés, et la responsabilisation des auteurs de crimes.

« Tant qu’un droit est nié et revendiqué, il ne sera pas perdu », affirme-t-il.

En conclusion, seule une véritable justice – historique, morale et juridique – peut empêcher que la tragédie des Arméniens et des peuples de Sayfo ne se répète au XXIe siècle contre d’autres communautés.

Mort suspecte d’un jeune Kurde et vol d’organes

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SYRIE / ROJAVA – Un jeune Kurde originaire de la campagne de Tal Tamr est décédé dans des circonstances étranges après une électrocution à Mardin, au Kurdistan de Turquie. Sa famille qui a reçu le corps vidé de ses organes est sous le choque et exige une enquête transparente.

Le jeune Yousef Mohammad Al-Kurdi, âgé de seulement 20 ans, est mort hier après avoir été électrocuté dans un atelier de menuiserie à Mardin. Selon un proche de la famille, il a été transporté d’urgence à l’hôpital public de la ville, mais il était déjà décédé à son arrivée.

Les accompagnateurs du jeune homme ont été surpris de se voir refuser l’accès à l’hôpital et la possibilité de voir le corps pendant près de 24 heures, sans explication claire. Le corps leur a finalement été remis à un seul membre de la famille.

Transporté dans son village natal de Tal Hafyan al-Sharqiya, dans la campagne orientale de Tal Tamr (nord de la Syrie), le corps a été conduit à l’hôpital Al-Khabour pour un examen médical légiste.

Selon la famille, l’examen a révélé que le corps avait subi une intervention chirurgicale majeure : les organes internes avaient été retirés, le corps rempli de coton, puis refermé par des points de suture. Cette découverte a provoqué un profond choc, de la colère et de vives interrogations parmi les proches, qui dénoncent le fait que ces actes aient été pratiqués sans leur consentement ni même leur information.

Yousef Mohammad Al-Kurdi, originaire du village de Tal Hafyan, travaillait en Turquie pour subvenir aux besoins de sa famille. Sa mort tragique et les conditions entourant la restitution de son corps soulèvent aujourd’hui de nombreuses demandes d’éclaircissements sur les circonstances exactes du drame et sur les procédures appliquées à l’hôpital turc.

ROJAVA. Damas rebaptise les écoles portant les noms de martyrs

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SYRIE / ROJAVA – Des habitants, des élèves et des enseignants de la ville de Derik ont manifesté pour dénoncer la décision du gouvernement intérimaire syrien de renommer plusieurs écoles, notamment celles portant les noms de martyrs kurdes tombés face au groupe terroriste DAECH / ISIS.

Les participants ont défilé en portant des portraits des martyrs et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire :

« Les étudiants sont les gardiens d’une vie libre »,

« Notre droit à l’éducation doit être garanti par la Constitution »,

« Notre langue est notre identité »

et « Les noms de nos martyrs sont notre ligne rouge ».

Ils scandaient notamment le slogan : « Pas de vie sans langue ».

La marche a débuté sur la place de la Liberté avant de s’arrêter au cœur du marché, où l’étudiante Evelyn Ali a lu une déclaration au nom des élèves.

Dans ce texte, les étudiants ont réaffirmé leur attachement profond à leurs valeurs sociétales, culturelles, à leur langue et à leur histoire, qu’ils considèrent comme une « ligne rouge ». Ils ont souligné que la protection de ces éléments constitue un devoir humanitaire indissociable du secteur éducatif.

La déclaration dénonce les mesures récentes du gouvernement intérimaire, en particulier le changement de noms d’écoles honorant des martyrs et l’attitude négative envers les programmes scolaires en langue kurde. Ces décisions sont qualifiées de violation des droits de l’homme et de rupture avec les principes démocratiques ainsi qu’avec les accords précédemment conclus.

Les étudiants rappellent que l’éducation dans sa langue maternelle est un droit fondamental, qui commence dès l’enfance et concerne tous les segments de la société. Nommer des écoles en hommage aux martyrs reflète les objectifs du processus éducatif et permet de perpétuer leur héritage, car les avancées actuelles n’auraient jamais vu le jour sans leurs sacrifices.

Ils expriment fermement leur rejet de toute atteinte à leur droit d’apprendre dans leur langue maternelle et de toute profanation des noms des martyrs. Ils affirment leur aspiration à vivre dans la dignité, au sein d’une société libre et démocratique.

La déclaration conclut sur leur détermination à continuer de défendre le droit à l’éducation dans leur langue et la préservation des valeurs sociétales.

Contexte : Le gouvernement intérimaire syrien a récemment procédé au changement de noms d’écoles portant ceux de martyrs dans plusieurs villes, dont Raqqa et Tabqa, en leur attribuant de nouvelles appellations conformes à sa politique. Ces décisions ont suscité une vive colère parmi les populations locales.