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HÜDA PAR : l’arme islamiste de l’État turc pour saper les revendications kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – Dans un contexte de désarroi politique kurde en Turquie – répression massive du DEM Parti, impasse du processus de paix post-2025 et la fin de la lutte armée -, le régime turc veut imposer aux Kurdes le parti islamiste HÜDA PAR qui gagne du terrain. Pour de nombreux observateurs kurdes, cette ascension n’est pas une coïncidence. Ce parti agit comme l’instrument privilégié de l’État turc et de l’AKP pour diviser le peuple kurde, diluer ses revendications légitimes et enterrer la question nationale sous le voile de la « fraternité islamique ».

Les Kurdes exigent le socle fondamental d’un peuple : reconnaissance constitutionnelle, enseignement en langue maternelle, décriminalisation culturelle et auto-gouvernance réelle. En face, le HÜDA PAR propose une rhétorique islamiste où l’on se contente d’être des « frères musulmans », occultant le fait que le Kurdistan reste fragmenté et colonisé par quatre États musulmans (Turquie, Iran, Irak, Syrie).

Des origines empoisonnées : l’ombre du Hizbullah kurde

Le HÜDA PAR ne s’est pas créé ex nihilo en 2012. Il est l’héritier du Hizbullah kurde (à ne pas confondre avec son homonyme libanais), un groupe armé sunnite des années 1990 responsable de l’assassinat de centaines de militants de la gauche kurde. L’histoire révèle que l’État turc, via ses services de sécurité, a souvent utilisé ce groupe pour affaiblir le mouvement national kurde séculier (PKK) selon la logique de « l’ennemi de mon ennemi ».

Cette filiation se retrouve jusque dans le nom du parti (« Hüda » signifiant Dieu en kurde/persan) et sa structure. L’objectif initial était clair : concurrencer les partis patriotiques (BDP, puis HDP/DEM) en captant l’électorat kurde conservateur.

L’alliance avec l’AKP : une opération « diviser pour régner »

Depuis 2018, le HÜDA PAR s’est imposé comme un allié fidèle de Recep Tayyip Erdoğan, intégrant l’Alliance du Peuple. Pour le mouvement national kurde, c’est le « cheval de Troie » idéal pour Ankara. En fragmentant le vote kurde et en opposant une identité religieuse loyale à l’État face à une identité nationale séculière, l’AKP tente de marginaliser les revendications d’autonomie.

Les propositions de 2025 : des miettes contre la souveraineté

En décembre 2025, le HÜDA PAR a soumis un rapport suggérant des réformes : kurde comme langue d’enseignement, changement de la définition de la citoyenneté et excuses officielles pour les massacres historiques ayant ciblé les Kurdes (Dersim, Şeyh Said).

Cependant, ces propositions sont conditionnées à un abandon du « nationalisme kurde » au profit de l’oumma sunnite à la turque. Le piège est là : offrir quelques concessions culturelles et religieuses cosmétiques pour que le peuple kurde renonce à une véritable auto-détermination politique et à son statut de nation distincte.

La double norme : Palestine vs Kurdistan

Le cynisme du HÜDA PAR et de l’AKP éclate sur la scène internationale. Alors qu’ils dénoncent avec véhémence l’occupation en Palestine, ils restent complices ou silencieux face à l’oppression subie par les Kurdes dans la région. La « fraternité islamique » semble s’arrêter dès que l’oppresseur est un État musulman voisin.

Refuser le piège

Le mouvement kurde séculier reste le seul garant des revendications nationales intégrales. Le HÜDA PAR n’est pas une alternative, mais une voie de garage conçue pour que les Kurdes acceptent un statut de citoyens de seconde zone sous couvert de religion.

Tant que la « fraternité » sera utilisée comme substitut à la justice nationale, le Kurdistan restera sous tutelle. Le rejet de cette instrumentalisation est aujourd’hui une nécessité pour quiconque aspire à voir les Kurdes vivre comme un peuple libre et souverain sur sa terre ancestrale.

IRAN. Trois manifestants exécutés dans le secret

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IRAN – Le régime iranien a exécuté dans le secret Saleh Mohammadi (19 ans), Mehdi Ghasemi et Saeed Davoudi, trois civils arrêtés lors des protestations anti-régime qui ont secoué le pays à partir de fin 2025, signale l’ONG kurde Hengaw.

À l’aube du jeudi 19 mars 2026, les autorités iraniennes ont procédé à l’exécution secrète de trois détenus arrêtés dans le cadre des manifestations nationales qui secouent le pays depuis fin 2025. Les victimes, identifiées comme Saleh Mohammadi (19 ans), Mehdi Ghasemi et Saeed Davoudi, ont été pendus à la prison centrale de Qom, selon des informations exclusives transmises à l’organisation Hengaw pour les droits humains.

Les trois hommes avaient été condamnés à mort pour « moharebeh » (« inimitié envers Dieu »), un chef d’accusation fréquemment utilisé contre les opposants politiques, ainsi que pour le meurtre présumé de deux officiers des forces de l’ordre (Faraja) : Mohammad Ghasemi Hamapour et Abbas Asadi. Ces décès seraient survenus lors d’incidents distincts le 8 janvier 2026, au carrefour de Nokouei et sur la place Nobovat à Qom, en marge des protestations.

Un procès entaché de violations graves

Saleh Mohammadi, membre de l’équipe nationale iranienne de lutte et médaillé lors de compétitions juniors, a toujours nié les faits lors de son procès. Il a affirmé à plusieurs reprises que ses aveux avaient été extorqués sous la torture. Selon Hengaw et d’autres sources, aucune preuve matérielle solide ne le plaçait sur les lieux des faits : les images de vidéosurveillance ne le montraient pas, et les témoignages de sa famille ont été écartés par le tribunal.

Les trois condamnations ont été prononcées à l’issue de procès manifestement inéquitables, caractérisés par :

  • Le refus d’accès à un avocat indépendant ;

  • Le recours systématique à des aveux obtenus sous la torture ;

  • L’absence totale de respect des garanties d’un procès équitable.

Un recours accéléré à la peine de mort

Hengaw dénonce ces exécutions comme une illustration supplémentaire de l’intensification de la répression par les autorités iraniennes face à la montée des protestations et aux tensions régionales. L’organisation note que le régime multiplie les exécutions sommaires contre les manifestants, souvent dans le secret le plus total, pour briser la contestation.

Ces pratiques s’inscrivent dans une vague plus large de répression observée depuis fin 2025, marquée par des arrestations massives, des disparitions forcées et des simulacres d’exécution destinés à arracher des confessions.

Appel international urgent

Hengaw condamne fermement ces actes et exhorte les organisations internationales, les États et les mécanismes onusiens (notamment le Conseil des droits de l’homme et le Rapporteur spécial sur l’Iran) à agir immédiatement pour :

  1. Exiger l’arrêt de toutes les exécutions liées aux protestations ;

  2. Mettre en place des enquêtes indépendantes sur ces violations systématiques ;

  3. Faire pression pour l’abolition effective de la peine de mort en Iran.

Ces exécutions secrètes, intervenant au mépris de la dignité humaine, risquent d’aggraver encore la crise des droits humains en Iran alors que le régime fait face à une condamnation internationale croissante.

Lausanne : le Conseil communal adopte trois résolutions en soutien au Rojava

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LAUSANNE – Mercredi, le Conseil communal de Lausanne a franchi une étape symbolique forte en adoptant trois résolutions appelant à la reconnaissance et à la protection de l’Administration autonome du Rojava / Nord et de l’Est de la Syrie dirigée par les Kurdes.

Portées par l’alliance de gauche Ensemble à Gauche (EaG), ces motions ont recueilli une large majorité grâce au soutien conjoint des Verts (qui ont voté à l’unanimité) et d’une partie significative du Parti socialiste (PS). Sevgi Koyuncu, conseillère communale et porte-parole du groupe EaG, a défendu avec conviction ces propositions lors des débats, insistant sur l’urgence de prendre position politiquement face à l’injustice subie dans la région.

Les trois motions adoptées portent sur :

  • Le respect du droit international humanitaire et la protection immédiate des populations civiles face aux attaques menées par le Gouvernement fédéral de transition syrien contre le Rojava.

  • La reconnaissance politique du statut d’autonomie de la région et la demande d’une protection internationale renforcée.

  • Une invite adressée au gouvernement suisse pour qu’il reconnaisse officiellement l’administration autonome du Rojava. Le texte fait explicitement référence au rôle historique de Lausanne comme ville-hôte de grandes conférences diplomatiques internationales.

Ces résolutions interviennent dans un contexte régional tendu, marqué par des menaces militaires persistantes contre le Rojava et une absence de reconnaissance internationale formelle de son administration démocratique.

Un engagement renforcé par la présence kurde au conseil

Cette prise de position n’est pas anodine à Lausanne, où la communauté kurde est particulièrement active. Les élections communales du 8 mars ont permis l’entrée au conseil de deux femmes kurdes : Sevgi Koyuncu (déjà élue auparavant sous l’étiquette POP et très impliquée dans les luttes kurdes) et Tanya Nihal Isik, qui fait son entrée pour la première fois. Leur présence a incontestablement contribué à porter haut et fort la voix de la solidarité avec le Rojava au sein de l’assemblée lausannoise.

Ensemble à Gauche, qui regroupe notamment le Parti ouvrier populaire (POP), SolidaritéS et des indépendant·e·s, se félicite de ce vote qui, bien que symbolique, envoie un signal politique clair depuis une grande ville suisse.

Avec cette décision, Lausanne s’inscrit dans une tradition de municipalités engagées sur les questions internationales et de droits humains, tout en rappelant que la diplomatie locale peut parfois précéder – ou influencer – les positions nationales.

Les faux télégrammes kémalistes de 1919 prétendant avoir le soutien kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – En décembre 1919, au cœur d’une période trouble marquée par la désintégration de l’Empire ottoman et l’émergence du mouvement national turc dirigé par Mustafa Kemal (futur Atatürk), la Ligue Kurde (Kürdistan Teali Cemiyeti) adresse une lettre officielle aux puissances alliées. Ce document, mis en lumière par l’historien Sedat Ulugana, révèle les manœuvres de propagande menées par les forces kémalistes pour discréditer les revendications kurdes à l’approche de la Conférence de la Paix et du futur traité de Sèvres qui prévoyait la création d’un État kurde.

Entre Sèvres et la montée du kémalisme

Après la défaite ottomane en 1918, les Alliés envisagent un redécoupage du Proche-Orient. Le traité de Sèvres (1920) prévoit une autonomie kurde et la possibilité d’un État indépendant. Les élites kurdes, organisées à Istanbul, soutiennent activement la création du Kurdistan.

De son côté, Mustafa Kemal cherche à mobiliser l’opinion musulmane contre les Alliés. Pour démontrer que les Kurdes rejettent toute sécession, des télégrammes sont publiés dans la presse turque en décembre 1919. Ces messages, prétendument envoyés par des chefs tribaux, affirment leur loyauté indéfectible au gouvernement turc.

La dénonciation par la Ligue Kurde

La Ligue Kurde réagit par une lettre* datée du 26 décembre 1919, affirmant que ces télégrammes sont des faux :

« Dans le courant du mois de Décembre 1919, les journaux turcs ont publié quelques télégrammes attribués aux chefs de quelques tribus kurdes, dans lesquels ils réclamaient hautement l’attachement au Gouvernement Turc. »

Le document accuse explicitement les « officiers unionistes » ralliés à Mustafa Kemal d’avoir orchestré cette falsification en occupant tous les bureaux télégraphiques d’Asie-Mineure. La Ligue explique avoir tenté de rétablir la vérité dans sa revue Jîn (Jin), mais que la censure a systématiquement bloqué la publication :

« Le journal “Djin” organe de notre Club, avait bien voulu mettre en évidence, les preuves en main, la fausseté de ces télégrammes […]. Mais la censure avait empêché, à plusieurs reprises, la publication de cet article intéressant. »

Devant cet échec, la Ligue sollicite directement les Alliés pour communiquer ces faits à la Conférence de la Paix. La lettre est signée par le président de la Ligue Kurde, (a)-Arétin.

Une manipulation emblématique

Ce document illustre les méthodes employées par le mouvement kémaliste pour simuler un consensus populaire. En contrôlant les lignes télégraphiques, les nationalistes turcs pouvaient diffuser de fausses informations pour affaiblir la position kurde à l’international.

Sedat Ulugana souligne l’importance de ce texte : il prouve que, dès 1919, les élites kurdes percevaient le projet kémaliste comme hostile à leurs aspirations. La censure de la revue Jîn préfigurait déjà les répressions futures contre les voix dissidentes.

Un épisode oublié dans l’histoire officielle

Avec le traité de Lausanne (1923), qui enterre toute perspective d’autonomie kurde, ces manœuvres sont occultées. L’histoire officielle turque présente souvent un soutien massif des Kurdes à Mustafa Kemal. Ce document rappelle au contraire les tensions profondes et les manipulations présentes dès les origines de la République turque.

Un siècle plus tard, ce témoignage invite à relire avec nuance les discours sur l’unité vantée par les kémalistes de l’époque et souligne l’injustice historique subie par le peuple kurde.

*Voici l’intégralité de la lettre :

« Ligue Kurde

Constantinople le 26 Décembre 1919

Excellence,

Dans le courant du mois de Décembre 1919, les journaux turcs ont publié quelques télégrammes attribués aux chefs de quelques tribus kurdes, dans lesquels ils réclamaient hautement l’attachement au Gouvernement Turc.

Le journal « Djin » organe de notre Club, avait bien voulu mettre en évidence, les preuves en main, la fausseté de ces télégrammes qui étaient fabriqués par les officiers unionistes appartenant à cette fameuse force nationaliste qui occupe tous les bureaux télégraphiques en Asie-Mineure et qui domine le pays sous le commandement de Moustapha Kemal Pacha. Mais la censure avait empêché, à plusieurs reprises, la publication de cet article intéressant. Donc, nous sommes obligés d’attirer l’attention de Vos Excellence, ce qui, nous espérons, sera mieux que nous, et prions de vouloir bien le communiquer à la Conférence de la Paix.

Veuillez agréer, Excellence, notre profond respect.

Le Président de la Ligue Kurde (a)-Arétin, »

IRAN. Quand la pauvreté imposée pousse les Kurdes vers la kolbarî

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IRAN / ROJHILAT – La pauvreté endémique frappant les régions kurdes d’Iran (Rojhilat) n’est pas le fruit du hasard : elle résulte d’une politique d’État systématique menée depuis des décennies par la République islamique d’Iran.

Dans les provinces kurdes – Kurdistan, Kermanshah (Kirmaşan), Azerbaïdjan occidental et Ilam –, le sous-investissement chronique, le chômage massif (souvent le plus élevé du pays) et l’absence quasi totale de développement industriel ou infrastructurel ont condamné des milliers de familles kurdes à la précarité extrême.

Face à l’absence d’emplois stables et durables, beaucoup se tournent vers le kolbarî: le transport à dos d’homme de marchandises à travers les montagnes divisant le Kurdistan entre l’Iran et l’Irak ou entre l’Iran et la Turquie, dans des conditions extrêmes – froids polaires, avalanches, falaises abruptes.

Les kolbars ne sont pas des contrebandiers par choix, mais des travailleurs forcés par la misère. Chaque traversée est un pari mortel : en 2025, selon les rapports de Kolbar News et d’ANF, 32 kolbars kurdes ont été tués et 38 blessés, principalement par des tirs directs des forces frontalières iraniennes (augmentation de 46 % par rapport à 2024). Au total, chaque année, des centaines de vies sont fauchées par balles, hypothermie, chutes ou mines anti – personnelles restant de la guerre Irak-Iran.

Cette violence d’État s’ajoute à une stratégie plus large de développement inégal : militarisation massive de la région, extraction des ressources sans retombées locales, discrimination à l’embauche (via le système gozinesh), et embargo économique interne qui maintient les Kurdes dans la dépendance et la faiblesse.

Les kolbars incarnent à la fois la résilience du peuple kurde et l’échec criminel d’une politique qui transforme la survie en un chemin quotidien vers la mort. Sans la politique d’appauvrissement des Kurdes, ils n’auraient jamais existé. (Halmat Palanî)

SYRIE. Damas va libérer une partie des otages kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Damas devrait procéder ce jeudi à la libération d’une partie importante des prisonniers kurdes détenus par le gouvernement syrien, avec environ 350 otages concernés selon des sources spécialisées proches des Forces démocratiques syriennes (FDS).

Cette vague de libérations s’inscrit directement dans la mise en œuvre de l’accord global signé le 29 janvier 2026 entre les FDS et le gouvernement intérimaire syrien. Cet accord, qui prévoit un cessez-le-feu permanent, le retrait progressif des forces kurdes de certaines lignes de front et l’intégration progressive des institutions et unités militaires kurdes au sein de l’État syrien, inclut également des dispositions sur l’échange et la libération réciproque de détenus.

Après un premier échange d’une centaine de prisonniers de chaque côté mi-mars, cette nouvelle étape vise à clore progressivement le dossier des détenus politiques et des combattants capturés lors des affrontements récents, favorisant ainsi la réconciliation nationale et la stabilisation du nord-est syrien.

Les familles des prisonniers kurdes, qui multiplient les manifestations et pétitions depuis des semaines, espèrent que cette mesure marque le début d’une libération plus large et inconditionnelle des détenus originaires du Rojava et des quartiers kurdes d’Alep. La situation reste toutefois fragile, avec des craintes persistantes de retards ou de non-respect total des clauses de l’accord par Damas.

KURDISTAN. L’Iran frappe des camps de réfugiés kurdes

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IRAK / KURDISTAN – Aujourd’hui, 18 mars 2026, les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) ont lancé cinq attaques contre des camps et installations du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), un parti d’opposition kurde d’Iran exilé au Kurdistan d’Irak.

Ces frappes, menées par missiles et drones, ont visé plusieurs sites du PDKI, causant d’importants dégâts matériels, notamment à des bâtiments résidentiels et civils abritant des familles de Peshmergas et de militants. Selon les premières informations relayées par des sources kurdes, les attaques ont particulièrement touché des zones résidentielles adjacentes aux camps et quartiers généraux, aggravant la situation humanitaire pour les réfugiés et civils présents.

Les bombardements se poursuivent selon plusieurs témoignages locaux, dans un contexte d’escalade régionale marquée par les tensions entre l’Iran et les groupes d’opposition kurdes iraniens basés en Irak. Le PDKI, qui fait partie d’une coalition d’opposants kurdes iraniens, dénonce une violation répétée de la souveraineté irakienne et appelle à une protection internationale pour les civils kurdes.

Cette série d’attaques s’inscrit dans une campagne plus large de l’IRGC contre les groupes kurdes iraniens en exil, observée depuis le début du mois de mars 2026, avec des cibles récurrentes dans les gouvernorats d’Erbil et de Souleimaniye.

La situation reste très volatile sur le terrain, avec un risque accru pour les populations civiles du Kurdistan irakien.

TURQUIE. Un ado kurde arrêté et maltraité à cause du mot « Kurdistan »

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TURQUIE / KURDISTAN – Un adolescent kurde a été arrêté et tabassé hier par des policiers turcs et poursuivi pour « outrage à agent public » et « rébellion » pour avoir porté un maillot portant l’inscription « Kurdistan ». L’incident, survenu en marge des célébrations du Nouvel An kurde, ravive les tensions autour de la liberté d’expression des Kurdes.

Un adolescent kurde âgé de 15 ans a été interpellé mardi soir dans les rues de Cizre, en marge des festivités de Newroz, pour avoir porté un simple t-shirt portant l’inscription « Kurdistan ». Selon des témoignages et des vidéos disponibles, l’arrestation a provoqué une vive réaction de passants qui ont tenté de s’interposer, avant que la police ne menace d’arrêter d’autres personnes.

Conduit d’abord au poste de police puis à l’hôpital public de Cizre pour un examen médical, le jeune a affirmé avoir subi des violences graves : coups, jeté à terre, traîné sur le sol, blessures au visage et aux genoux, contusions aux poignets dues aux menottes. Son t-shirt aurait été arraché de force et remplacé, tandis que les enregistrements vidéo sur son téléphone portable ont été effacés par les agents. Libéré pieds nus le soir même, il a été interrogé le lendemain au parquet sans que les accusations contre lui ne soient directement liées au vêtement confisqué.

Malgré son jeune âge et son récit de non-résistance, des poursuites pénales ont été engagées pour « outrage à agent public » et « rébellion ». Ses avocats, membres de l’Association des avocats libéraux (ÖHD), dénoncent des accusations infondées et qualifient les faits de violation des droits d’un mineur : usage disproportionné de la force (notamment une technique de contention dorsale interdite sur les enfants), privation de besoins essentiels et traitements humiliants.

« Le simple port du mot “Kurdistan” ne constitue pas une infraction pénale », rappellent les avocats ÖHD, qui ont déposé plainte contre les policiers impliqués pour mauvais traitements et violences sur mineur. L’association (ÖHD) condamne fermement ces agissements.

Cet incident intervient dans un contexte récurrent où les célébrations de Newroz, symbole fort de la résistance kurde, sont souvent marquées par des interventions policières musclées dans le sud-est de la Turquie. Il illustre les tensions persistantes autour de l’expression de l’identité kurde, même symbolique, dans un pays où le terme « Kurdistan » reste hautement sensible pour le régime colonial turc.

L’adolescent et sa famille ont porté plainte. Une enquête indépendante est réclamée par les défenseurs des droits humains pour établir les responsabilités et garantir que de tels actes ne restent pas impunis.

TURQUIE. Un otage kurde libéré après 32 ans de captivité

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TURQUIE / KURDISTAN – Muhittin Pirinççioğlu, un otage kurde qui a passé 32 ans en prison, a déclaré que célébrer le nouvel en kurde Newroz en homme libre cette année revêtait une signification particulière, qualifiant cela de « sentiment complètement différent ».

 

Muhittin Pirinççioğlu, libéré le 14 janvier après 32 ans d’emprisonnement, a évoqué ses longues années de détention, les conditions qu’il y a vécues et les émotions ressenties à sa libération. Ayant célébré Newroz derrière les barreaux pendant de nombreuses années, Pirinççioğlu, désormais libre, a déclaré que cette année revêtait une signification particulière pour lui, car il a réfléchi à la fois à son séjour en prison et à la signification de Newroz pour le peuple kurde.

Détenu en 1994

Muhittin Pirinççioğlu, arrêté en 1994 alors qu’il étudiait au département de chimie de l’université de Dicle, a décrit les conditions épouvantables de cette période : « J’étais étudiant à l’université de Dicle en 1994. J’ai été arrêté avec ma famille sur la base du témoignage d’une seule personne. Ce fut une période très difficile pour nous, car à cette époque, certains détenus ont disparu, tandis que d’autres ont été tués en détention. La peur et l’inquiétude étaient profondes, tant pour nous que pour notre famille. Je suis resté en détention pendant 25 jours et j’ai subi de graves tortures durant cette période. Par la suite, j’ai été traduit en justice, mais il n’y a pas eu de véritable procès. On parlait de procès, mais il n’y avait ni droit à la défense ni application de la loi. Finalement, j’ai été condamné à la prison à vie. »

Même ceux qui avaient purgé leur peine n’ont pas été libérés.

Les personnes condamnées à la prison à vie sont légalement tenues d’être libérées sous condition après 30 ans, a déclaré Pirinççioğlu, précisant que des modifications législatives ultérieures ont prolongé ce délai : « Selon la loi, une personne condamnée à la prison à vie doit être libérée sous condition après 30 ans. Cependant, des réglementations ultérieures ont étendu ce délai jusqu’à 36 ans. Il s’agissait d’une violation de leurs propres lois, et pourtant, cette mesure a été appliquée. De ce fait, nombre de nos amis n’ont pas été libérés même après avoir purgé leur peine. Certains ont passé 33 ans, d’autres 34 ans en prison. Malgré l’exécution de leur peine, ils n’ont pas été libérés pour des raisons arbitraires. J’ai moi-même passé près de 32 ans en prison et j’ai été libéré il y a deux mois. »

J’ai séjourné dans de nombreuses prisons 

Pirinççioğlu a déclaré avoir été détenu dans plusieurs prisons durant ses années d’incarcération : « J’ai d’abord été détenu à Diyarbakır. Après environ deux mois, j’ai été transféré à Gaziantep, où je suis resté cinq ans et demi. Ensuite, j’ai été envoyé à Adıyaman, où j’ai passé un total de 11 ans en deux périodes distinctes. J’ai passé un an à Mardin. Mes 14 dernières années, je les ai passées à Karabük. Autrement dit, j’ai passé la majeure partie de ma vie carcérale dans différentes villes et dans des conditions différentes. »

Les années 1990 ont été une période très difficile.

Pirinççioğlu a déclaré que l’atmosphère des années 1990 était extrêmement tendue et s’est souvenue des fortes pressions exercées sur l’identité kurde à cette époque : « Les années 1990 ont été une période très difficile. La guerre faisait rage dans les montagnes, et dans les villes, les Serhildan (Soulèvements) commençaient à peine. Elles n’étaient pas encore généralisées ; elles se déroulaient principalement dans des villes comme Cizre et Nusaybin. L’attention du public était largement concentrée sur la lutte dans les montagnes. À cette époque, les symboles et les noms étaient interdits, et même les vêtements pouvaient poser problème. Un simple foulard ou un t-shirt coloré pouvait justifier une arrestation. Des personnes ont été arrêtées simplement parce qu’un livre ou un journal était trouvé chez elles. Certaines ont été condamnées pour appartenance à une organisation, juste pour avoir lu un livre. C’est pourquoi les gens n’avaient guère confiance dans la possibilité de faire valoir leurs droits par la voie légale. »

Si vous perdez votre langue, vous perdez votre identité.

Pirinççioğlu a insisté sur l’importance d’un usage plus fréquent du kurde au quotidien : « Aujourd’hui, l’atmosphère pesante des interdictions des années 1990 n’existe plus. Il est désormais possible de parler, d’écrire et de publier en kurde. Malgré cela, je constate une certaine désinvolture sur ce sujet. Par exemple, deux personnes peuvent parler kurde mais continuer à communiquer en turc entre elles ; elles utilisent le turc à la maison, avec leurs familles et leurs amis. Ce n’est pas la bonne approche. Car si l’on perd sa langue, il ne reste rien de son identité. La langue est le fondement de notre identité. Nous ne disons pas que l’on doit parler uniquement kurde en permanence, mais au moins, à la maison et entre amis, il faut l’utiliser. Ces détails peuvent paraître insignifiants, mais ils sont en réalité très importants. »

Newroz en prison

Pirinççioğlu a déclaré que Newroz avait toujours une signification particulière en prison et a décrit les célébrations passées : « Au début, les quartiers étaient très surpeuplés ; nous étions 30 à 40 à y vivre ensemble. C’est pourquoi nous avions plus d’occasions de préparer les fêtes nationales comme Newroz. Un groupe préparait des contes folkloriques, il y avait des représentations théâtrales et on lisait des poèmes. Symboliquement, un feu était allumé et les gens dansaient autour. L’atmosphère extérieure se ressentait aussi à l’intérieur. En fait, je peux dire que parfois, les célébrations étaient mieux organisées à l’intérieur. Car à l’extérieur, Newroz était souvent interdit, des gens étaient arrêtés et il y avait des interventions. Mais nous avons perpétué cet esprit à l’intérieur, par nos propres moyens. 

Ces dernières années, en raison du confinement strict, les célébrations n’ont pas rassemblé autant de monde qu’avant. Imaginez : vous n’êtes que trois ensemble ; même si vous montez une pièce de théâtre, qui la verra ? Malgré tout, on lisait des poèmes, on exécutait des danses symboliques, et on faisait tout ce qui était possible. Pour nous, Newroz n’est pas qu’un seul jour ; chaque jour est Newroz. L’important, c’est de faire vivre cet esprit. »

Cette année, j’accueillerai Newroz en toute liberté.

Pirinççioğlu a déclaré que célébrer Newroz librement cette année revêtait une signification particulière pour lui et a exprimé ses sentiments : « Quand on passe de nombreuses années en prison, cette ferveur reste toujours présente en soi. C’est comme si les années n’avaient pas passé. Je célèbre Newroz aujourd’hui avec la même ferveur qu’en 1994. Maintenant que je suis dehors, Newroz est tout proche. Bien sûr, l’excitation est immense. Après avoir célébré Newroz en prison pendant des années, je l’accueillerai en liberté cette année. Mais je peux dire ceci : même avec le temps, cet esprit de lutte ne disparaît pas. Il perdure de la même manière. Je souhaite déjà à tous un joyeux Newroz. » (ANF)

KURDISTAN. Les femmes allument le feu du Newroz à Şırnak

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TURQUIE / KURDISTAN – À Cizîra Botan, bastion de la résistance dans la province kurde de Şırnak, des femmes ont organisé une procession aux flambeaux et allumé le feu traditionnel à l’approche du Nouvel An kurde, Newroz. Cette initiative émanait du Mouvement des femmes libres (TJA).

De nombreuses femmes ont participé à l’événement, notamment des représentantes de partis politiques et d’organisations de la société civile. Beaucoup portaient des vêtements traditionnels kurdes. L’événement a débuté dans le quartier de Cudi, à Cizre, où les participantes se sont d’abord rassemblées et ont fait une première démonstration de musique et de danses kurdes avant les festivités.

Les femmes ont ensuite porté 77 flambeaux jusqu’au lieu de l’événement. Ce nombre symbolisait le 77e anniversaire du leader kurde Abdullah Öcalan, célébré le 4 avril. À leur arrivée, elles ont été accueillies par des slogans et des feux d’artifice.

Durant la procession aux flambeaux et sur le lieu de l’événement, les participants ont scandé à plusieurs reprises le slogan « Jin, Jiyan, Azadî », exprimant le lien entre la libération des femmes, la résistance et le changement social. Le cri « Bijî Serok Apo » en soutien à Öcalan a également été scandé.

Autour du bois préparé pour le feu de Newroz, les femmes formèrent un cercle avec leurs torches et allumèrent ensemble les flammes. Dans un discours, une militante de TJA décrivit Newroz comme une expression de résistance, de rébellion et de liberté, ainsi qu’un symbole de la révolution des femmes. L’événement se conclut ensuite par d’autres danses en cercle autour du feu. (ANF)

Décoloniser le Kurdistan pour la survie de la langue et de la culture kurdes

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KURDISTAN – Les Kurdes ne réclament pas un Kurdistan libre pour dominer ou écraser d’autres peuples. Leur combat n’est pas un projet d’expansion ou de revanche. Il est, avant tout, une question de survie existentielle. Sans un espace politique où ils puissent décider librement de leur destin, la langue kurde et la culture qui l’accompagne risquent de disparaître lentement, broyées par des décennies de politiques d’assimilation et de déni. Autrement dit : si le Kurdistan reste colonisé, il ne restera bientôt plus rien de kurde.

Un peuple sans État, une identité sous tutelle

Les Kurdes forment la plus grande nation sans État au monde, estimée entre 40 et 50 millions de personnes. Après la Première Guerre mondiale et le démantèlement de l’Empire ottoman, les grandes puissances ont tracé des frontières qui ont coupé ce peuple en quatre : Turquie, Iran, Irak et Syrie. Le traité de Sèvres (1920) avait pourtant promis un Kurdistan indépendant ; le traité de Lausanne (1923) l’a effacé d’un trait de plume. Depuis, chaque État-nation qui les englobe a appliqué une stratégie claire : nier leur existence en tant que peuple distinct, interdire leur langue, réprimer leur culture.

En Turquie, pendant des décennies, parler kurde en public était passible de prison. Les mots « Kurde » et « Kurdistan » étaient bannis des médias et des manuels scolaires. Les enfants kurdes étaient forcés d’apprendre uniquement en turc, et les noms de villages kurdes étaient remplacés par des noms turcs. Même aujourd’hui, malgré quelques assouplissements, le kurde n’est toujours pas devenu une langue d’enseignement, et toute revendication culturelle kurde est assimilée à du « terrorisme ».

En Iran, la République islamique poursuit une politique similaire : persianisation forcée, exécutions de militants culturels, fermeture de médias kurdes. En Syrie, sous le régime baathiste comme dans les zones contrôlées par d’autres acteurs, les Kurdes ont longtemps été privés de citoyenneté et de droits linguistiques. Seul l’Irak fait exception depuis 2005, avec une Région du Kurdistan autonome qui protège l’usage officiel du kurde (sorani et kurmanji). Mais cette autonomie reste fragile et contestée.

La langue : dernier rempart d’une identité menacée

Le kurde appartient à la famille indo-iranienne et compte plusieurs dialectes principaux : kurmanji (le plus parlé), sorani, goranî, et zaza (ou kirmanckî). Selon les estimations les plus récentes, environ 25 à 30 millions de personnes le parlent encore couramment. Pourtant, il n’a jamais été reconnu comme langue officielle dans trois des quatre États qui le fragmentent. Sans institutions, sans écoles, sans médias libres, une langue minorisée dans son propre territoire perd inexorablement du terrain.

L’histoire est cruelle sur ce point : les langues qui survivent sont celles qui disposent d’un État ou d’une autonomie réelle (basque, catalan, gallois, québécois). Les langues privées de tout pouvoir politique finissent par devenir folkloriques, puis par s’éteindre. Les Kurdes le savent : chaque génération qui grandit sans pouvoir étudier dans sa langue voit son vocabulaire technique, son expression littéraire, sa transmission orale s’appauvrir. La diaspora elle-même, pourtant dynamique, ne peut compenser seule cette érosion structurelle.

La culture kurde : bien plus qu’une langue

La culture kurde ne se réduit pas à la langue. Elle englobe une littérature orale millénaire (épopée de Mem û Zîn), une musique spécifique (dengbêj, les bardes traditionnels), un folklore riche, un artisanat unique, et surtout un modèle social profondément égalitaire, notamment dans le rôle historique des femmes (les fameuses « amazones » kurdes des récits anciens, jusqu’aux combattantes d’aujourd’hui). Or ce patrimoine est systématiquement réduit à du folklore touristique ou réprimé dès qu’il s’exprime politiquement.

Sans décolonisation, c’est-à-dire sans un espace où les Kurdes puissent légiférer sur l’éducation, les médias, la toponymie, la préservation du patrimoine, cette culture devient une curiosité muséale. Elle survit dans les fêtes, les chants, les mariages… mais elle cesse d’être vivante, créative, moderne. Elle se folklorise pendant que les jeunes générations, scolarisées uniquement dans la langue dominante, perdent le lien avec leurs racines.

Ni domination, ni revanche : simplement la dignité

Accuser les Kurdes de vouloir « écraser » les Turcs, les Arabes ou les Perses est une inversion classique de la réalité. Les mouvements kurdes les plus influents – du PKK historique au PYD syrien en passant par les partis irakiens – ont toujours affirmé un projet de cohabitation. La Région du Kurdistan irakien vit en paix relative avec Bagdad depuis vingt ans. Le projet de confédéralisme démocratique défendu par Abdullah Öcalan et mis en œuvre à Rojava (nord-est de la Syrie) était explicitement multi-ethnique : Arabes, Assyriens, Turkmènes, Arméniens y participaient aux institutions. Les Kurdes ne demandent pas un État ethniquement pur ; ils demandent simplement de ne plus être traités comme des citoyens de seconde zone dans leur propre terre ancestrale.

La décolonisation qu’ils revendiquent n’est pas une expulsion des autres, mais une reconnaissance mutuelle. C’est le droit de gérer leur éducation, leur culture et leur sécurité sans être constamment suspectés de séparatisme. C’est le droit de ne plus voir leurs enfants punis pour avoir parlé leur langue maternelle à l’école.

Une urgence civilisationnelle

Si rien ne change, le scénario est prévisible : dans cinquante ans, le kurde sera peut-être encore parlé dans les foyers traditionnels et dans la diaspora, mais il aura perdu sa vitalité littéraire, son usage administratif, sa capacité à produire de la pensée contemporaine. Il deviendra une langue patrimoniale, comme le gaélique irlandais ou le cornique – belle, mais moribonde.

Les Kurdes ne demandent pas la lune. Ils demandent ce que la communauté internationale a accordé à bien d’autres peuples : le droit à l’autodétermination culturelle et politique. Pas pour écraser quiconque. Simplement pour que, dans un siècle, il reste encore quelque chose de kurde – une langue vivante, une culture créative, un peuple debout.

Le Kurdistan doit être décolonisé. Non pas par haine des autres, mais par amour de soi-même. Parce que lorsqu’une langue et une culture meurent, c’est une part de l’humanité tout entière qui s’éteint. Et l’humanité ne devrait pas se permettre de perdre les Kurdes.

ROJAVA. La Turquie a détruit l’identité kurde d’Afrin en huit ans d’occupation

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SYRIE / ROJAVA – Après huit années d’occupation de la ville kurde d’Afrin et les violations généralisées des droits humains et les bouleversements démographiques opérés par la Turquie colonialiste, des milliers de Kurdes chassés de leurs terres attendent de pouvoir rentrer chez eux dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, espérant reconstruire leur vie après huit années d’exil et de souffrances.

 

Huit ans d’occupation à Afrin : Entre épuration ethnique et espoir de retour

Ce 18 mars 2026 marque le huitième anniversaire de la chute d’Afrin. Après 58 jours d’une résistance héroïque menée par les habitants aux côtés des Unités de protection du peuple (YPG) et des femmes (YPJ), la ville tombait en 2018 sous le contrôle de l’armée turque et de ses factions affiliées. Depuis, la région vit sous un régime d’occupation marqué par des violations systématiques des droits humains.

Un bastion kurde défiguré

Historiquement connue sous le nom de « Çiyayê Kurmênc » (la Montagne kurde), Afrin constitue l’extrémité nord-ouest de la Syrie. Avant 2018, les Kurdes représentaient 98 % de la population. En huit ans, ce chiffre a tragiquement chuté à moins de 25 %, suite au déplacement forcé de plus de 300 000 autochtones.

L’occupation a imposé une transformation radicale :

  • Turquification : Remplacement des noms de lieux, déploiement massif de drapeaux turcs et marginalisation de la langue kurde.

  • Destruction culturelle : 59 sites archéologiques pillés, dont le château de Nabi Huri, et 28 sanctuaires religieux (musulmans et yézidis) profanés.

  • Écocide : Plus d’un million d’oliviers, symboles de l’identité locale, ont été abattus. L’huile d’olive d’Afrin est désormais détournée vers les marchés internationaux sous l’étiquette « huile turque ».

Le mécanisme du changement démographique

Ibrahim Sheikho, directeur de l’Organisation des droits de l’homme à Afrin, dénonce une politique délibérée d’ingénierie sociale. Selon lui, la construction de 47 colonies de peuplement, financées parfois par des organisations étrangères sous couvert humanitaire, vise à installer durablement des populations arabes et turkmènes sur les terres kurdes.

« On estime que 700 000 colons ont été installés dans la région pour remplacer les habitants d’origine », précise-t-il.

Un bilan humain et judiciaire lourd

Les rapports documentent un climat de terreur :

  • 600 civils tués lors de l’invasion initiale (dont 95 enfants).

  • 10 000 arrestations et enlèvements depuis 2018.

  • 2 000 disparus, dont de nombreuses femmes et jeunes filles, dont le sort demeure inconnu.

Malgré les preuves soumises aux instances internationales, l’absence de responsabilité judiciaire reste une plaie ouverte. Ibrahim Sheikho rappelle que ces actes sont qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par les Nations Unies.

2026 : Le souffle du retour

L’espoir est réapparu avec l’accord du 29 janvier 2026. Le 10 mars dernier, un premier convoi de 400 familles a regagné Afrin sous les acclamations. Environ 12 000 familles supplémentaires attendent actuellement leur tour depuis les zones de Shahba et du Rojava.

Malgré les tentatives de certains colons d’extorquer de l’argent aux propriétaires pour libérer leurs maisons, la détermination des Kurdes reste intacte. Les estimations actuelles suggèrent que la population kurde est déjà remontée à plus de 77 % dans certaines zones.

Pour Ibrahim Sheikho, ce retour est une « victoire historique » qui doit permettre de restaurer l’identité kurde de la ville et de soigner à nouveau l’olivier, cet éternel symbole de paix.