Accueil Blog

Kurdistan : une colonie internationale mise à nu

0
Le Kurdistan n’est pas qu’un simple territoire : c’est un enjeu stratégique, morcelé et contrôlé par les puissances mondiales en raison de ses vastes ressources et de sa position centrale au Proche-Orient. Les événements récents au Rojava (nord-est de la Syrie) et les conséquences du référendum d’indépendance de 2017 au Kurdistan du Sud (Irak) le prouvent sans l’ombre d’un doute : les Kurdes sont privés de leur droit à l’autodétermination afin de protéger les intérêts étrangers liés au pétrole, à l’eau, aux routes commerciales et à la domination régionale.
 
Prenons l’exemple du Rojava. Depuis la chute d’Assad fin 2024, le nouveau régime syrien d’Ahmed al-Charia (soutenu par Hayat Tahrir al-Sham) a lancé une offensive brutale en janvier 2026 contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, reprenant le contrôle de 80 % des territoires du nord-est. Les FDS, jadis saluées pour leur victoire contre Daech, ont été contraintes à un cessez-le-feu et à leur intégration dans l’armée syrienne, anéantissant ainsi l’autonomie chèrement acquise du Rojava. Les forces américaines sont restées passives tandis que des émissaires de l’ère Trump, comme Tom Barrack, déclaraient que le rôle des FDS était « acquis », livrant des prisonniers de Daech à Damas et donnant le feu vert à l’assaut. Les défections de tribus arabes et l’influence turque ont scellé le sort du Rojava : quel était le but ultime du Rojava ? La priorité donnée par les puissances étrangères à la « stabilité » plutôt qu’aux droits des Kurdes, un procédé qui rappelle la stratégie coloniale de diviser pour mieux régner.
 
Retour en 2017 au Kurdistan du Sud. Le référendum sur l’indépendance a été approuvé à 92 %, un mandat clair pour la liberté. Mais Bagdad, avec le soutien de l’Iran, a riposté promptement : les forces irakiennes se sont emparées de Kirkouk et de ses champs pétroliers, territoires disputés que les Kurdes contrôlaient depuis 2014. Les vols internationaux ont été suspendus, les frontières fermées et l’Irak a réduit le budget alloué à la région de 17 % à 12 %. Les États-Unis, la Turquie et l’Iran se sont unis contre cette décision, contraignant les Kurdes à geler les résultats pour éviter une escalade. Pourquoi ? Le pétrole de Kirkouk est à lui seul une véritable mine d’or, et un Kurdistan indépendant menace les oléoducs, les frontières et l’équilibre des pouvoirs.
 
Ce n’est pas un hasard, c’est une stratégie délibérée. Le Kurdistan, qui s’étend sur plus de 500 000 km², comprend des gisements pétroliers, des terres fertiles et des axes de communication reliant l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Des puissances comme la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie l’exploitent comme zone tampon, et non comme nation. Les divisions internes, alimentées par des ingérences extérieures (comme les liens de la Turquie avec certaines factions kurdes), empêchent toute unité. Les Kurdes existent pour résister, mais jamais pour maîtriser leur propre destin.
 
La preuve est flagrante : l’autonomie est anéantie dès qu’elle menace l’ordre établi. La géographie du Kurdistan pourrait en faire une puissance mondiale : plaque tournante du commerce, du transit énergétique et un pont culturel. Au lieu de cela, il est colonisé au service des empires. Il est temps d’ouvrir les yeux : cette terre ne sera libre que lorsque les Kurdes en prendront le contrôle.

 

Par « Selim«  auteur et politologue kurde

SYRIE. Des gangs de Damas ont intensifié le vol des biens des Kurdes à Alep

0

SYRIE / ROJAVA – Des factions affiliées à Damas mènent des raids contre les domiciles des Kurdes du quartier de Sheikh Maqsoud à Alep, saisissant leurs biens et les forçant à l’exode.

Des témoins oculaires du quartier de Sheikh Maqsoud à Alep signalent des incidents continus de pillage, de vol et d’intimidation sous la menace d’armes à feu contre les résidents kurdes restants.

D’après les informations disponibles, des hommes armés, vraisemblablement affiliés à des factions du gouvernement de transition syrien, ont pris d’assaut le domicile d’une famille kurde de cinq personnes. Sous la menace d’armes, les assaillants ont pénétré dans la maison et ont pillé tous les biens de la famille, y compris les téléphones portables, emportant la somme de 250 000 livres syriennes et tous ses effets personnels.

Cet incident survient dans un contexte de pillages, de vols et d’intimidations systématiques visant les familles kurdes des quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyeh. Les organisations locales de défense des droits humains considèrent ces actes comme des tentatives de contraindre les résidents kurdes fuir leurs quartiers, en l’absence de toute responsabilité et de tout respect de l’État de droit.

Ces crimes font suite à l’attaque violente perpétrée contre les deux quartiers le 6 janvier, qui s’est accompagnée de massacres de civils et de destructions massives de biens et d’infrastructures. (ANF)

L’historique du drapeau kurde : ala rengîn

0

La guerre antikurde en Syrie a fait mobilisé les Kurdes du monde entier, au-delà des frontière du Kurdistan, portant souvent le drapeau du Kurdistan devenu un symbole d’unité kurde par excellence. Mais revenons sur l’histoire de ce drapeau né au XXe siècle et qui a évolué ensuite, avant de trouver sa forme et couleurs définitives et adopté comme drapeau national par le Kurdistan du Sud sous l’occupation de l’Irak.

 

L’historique de drapeau kurde : l’ala rengîn

 

L’ala rengîn (drapeau multicolore), composé du vert, du rouge et du jaune, est le symbole national le plus largement reconnu du peuple kurde. Son histoire moderne commence au début du XXᵉ siècle, dans le contexte de l’éveil politique et culturel kurde après la chute de l’Empire ottoman.

Aujourd’hui, le drapeau kurde est particulièrement visible dans les manifestations à travers le monde, notamment lors des rassemblements de soutien aux Kurdes du Rojava. Dans cette région, les Kurdes se sont courageusement battus contre les terroristes de Daech, défendant non seulement leur territoire mais aussi les valeurs de liberté et de coexistence. Cette visibilité internationale du drapeau kurde est en grande partie due à l’utilisation des réseaux sociaux et à la mobilisation active des communautés kurdes, qui ont su créer une véritable conscience et sensibilité autour de leur identité nationale. Le Rojava, symbole de résistance et d’autonomie kurde, est ainsi devenu un point central de ce patriotisme moderne, et le drapeau kurde en est le signe le plus emblématique. Utilisé également par les Kurdes du Sud du Kurdistan, en Irak, ce drapeau est devenu aujourd’hui le symbole de l’unité et de l’identité de l’ensemble du peuple kurde, au-delà des frontières.

Dans cet article, nous nous appuierons sur l’étude de Sedat Ulugana, qui met en lumière l’origine du drapeau Kurde. L’historien Ulugana s’appuie notamment sur une lettre envoyée par Memduh Selim Bey au général Ihsan Nuri Pacha, chef de la révolte d’Ararat au Kurdistan.

Nous savons avec certitude que le drapeau kurde, que les Kurdes appellent « ala rengîn » ou « kesk û sor û zer » (drapeau multicolore / vert, rouge et jaune), possède un passé historique de 105 ans. Au cours de ce processus, ce drapeau a acquis, dans des centaines de chansons, de poèmes, de romans, de pièces de théâtre et de films, des significations symboliques et imagées qui se sont inscrites dans l’âme du peuple kurde.

Une copie du drapeau dessiné au stylo noir dans la lettre envoyée par Memduh Selim Bey à İhsan Nuri Pacha

Dans cette lettre apparaît une définition précise et détaillée du drapeau kurde.

Jusqu’à aujourd’hui, la seule source connue concernant l’histoire de la conception du drapeau en question était une phrase rapportée par Kadri Cemil Pacha. Or, une lettre issue des archives du Taşnaksütyun prouve de manière définitive que le drapeau a été conçu en 1920. Cette lettre a été envoyée par Memduh Selim Bey depuis Beyrouth à İhsan Nuri Pacha, représentant militaire de Hoybûn au mont Ararat, connu sous le nom de code « Cemşid ».

Dans cette lettre datée du 21 janvier 1928, nous voyons à la fois le récit du processus de conception du drapeau ainsi qu’un croquis rapide de celui-ci, dessiné à la hâte au crayon noir. Memduh Selim Bey y déclare que le drapeau kurde a été conçu pour la première fois en 1920, à Istanbul ; il demande que les débats autour du drapeau kurde prennent fin et exige que ce drapeau soit accepté sans condition par le comité de résistance du mont Ararat :

« Dans la décision qu’il a prise concernant le drapeau national kurde, le Premier Congrès kurde a accepté le drapeau qui avait été conçu en 1920 au sein de l’organisation kurde d’Istanbul. La raison en est la suivante : ledit drapeau avait alors été accepté à Istanbul par l’ensemble des Kurdes et avait été officiellement présenté aux consulats et aux représentants spéciaux des grandes puissances présents à Istanbul, par lesquelles il a été reconnu comme drapeau kurde.

Par ailleurs, ce drapeau a été envoyé par lettre dans divers lieux d’Europe et d’Amérique, où il a été reconnu de la même manière sur le plan officiel. D’un autre côté, il a été imprimé, diffusé et distribué auprès de nombreux Kurdes. Ainsi, le drapeau kurde qui s’est répandu et a été accepté à cette époque possède une histoire de huit années.

Bien que cette question soit d’une très grande valeur, elle ne saurait en aucun cas être négligée ; c’est sur cette base que le congrès a accepté ledit drapeau tel quel, sans discussion. Les décisions du congrès étant celles de l’ensemble de la nation, il n’est désormais plus possible de débattre de la question du drapeau, et ledit drapeau a été accepté comme le drapeau national des Kurdes.

La forme du drapeau est la suivante : successivement, rouge, blanc et vert. Ces trois couleurs sont disposées le long de la hampe du drapeau. Au centre de la bande blanche se trouve un soleil jaune, d’une forme parfaitement circulaire et d’un dessin exceptionnel. Sur le drapeau, les rayons du soleil s’étendent vers le haut dans le rouge et vers le bas dans le vert. Pour l’instant, un modèle réalisé à la hâte vous a été envoyé. »

Cependant, le drapeau en question ressemblait beaucoup au drapeau iranien de l’époque. On peut dire que le mouvement kurde de cette période, qui n’hésitait pas à exprimer une forte sympathie envers l’Iran dans le cadre du thème « aryen », a également cherché à établir une similarité à travers le symbole national. À cette fin, il ne faut pas écarter la possibilité que l’on ait voulu concevoir un drapeau proche de celui de l’Iran de l’époque. En effet, Memduh Selim Bey, en décrivant le drapeau, déclarait : « Si nous y ajoutions le shîr (le lion), on pourrait dire qu’il s’agit exactement du drapeau de l’Iran. »

Une différence qui distinguait le drapeau kurde conçu de celui de l’Iran, portant un lion avec le soleil dans son dos, résidait dans l’inversion des couleurs rouge et verte. Néanmoins, ces deux drapeaux, malgré leur ressemblance, reposaient — quant aux significations attribuées aux couleurs et au symbole solaire — sur une doctrine mythologique commune issue de l’ancienne croyance zoroastrienne et d’un arrière-plan historique remontant aux empires mède et perse.

En effet, entre 1925 et 1979, l’Iran utilisait un drapeau tricolore composé de rouge, de blanc et de vert, au centre duquel figuraient un lion tenant une épée et un soleil. Sur ce drapeau, le lion symbolisait Rostam-e Zâl, l’un des héros légendaires de la mythologie iranienne. Quant au soleil, il était considéré comme représentant l’« Iranzemin » (une région-noyau existant depuis l’Empire perse historique jusqu’à aujourd’hui) ainsi que le légendaire roi iranien Jamshid.

Les Kurdes, pour leur part, ont attribué à ces couleurs et au soleil des significations différentes : le « rouge » représente pour eux le sang des martyrs et la couleur de la révolution ; le « vert », la fertilité des terres kurdes ; le « blanc », la paix ; et le « soleil », le bien-être ainsi que la religion ancestrale qu’est le zoroastrisme.

Le drapeau envisagé par İhsan Nuri pour l’administration qu’il avait mise en place à Ağrı portait une forte thématique islamique. Dans une lettre datée du 1ᵉʳ août 1928 qu’Ardeşir Muradyan, représentant du Taşnaksütyun pour la résistance du mont Ararat, adressa au représentant du parti à Hoy, ledit drapeau est décrit comme suit :

« Il faut préparer un drapeau en bon tissu. Le fond du drapeau sera noir. Le soleil placé dans le coin, ses rayons et l’inscription au-dessus seront blancs. Le soleil et l’inscription seront réalisés sous forme de broderie à la main. La couleur et la forme du drapeau ont été spécialement choisies afin d’avoir un impact sur les foules. Le noir symbolise avant tout l’étendard du prophète, ainsi que la situation politique profondément sombre du peuple kurde ; quant au rayon du soleil, il représente l’avenir et la victoire de la cause kurde. »

Tandis que les témoins de l’époque évoquent un drapeau de couleur « blanche », selon la presse turque de l’époque, à partir de l’année 1930, le drapeau qui était arboré par les insurgés dans ladite région et dans les environs de Zilan avait un fond vert. Sur ce drapeau étaient inscrits le premier verset de la sourate Al-Fath ( اِنَّا فَتَحْنَا لَكَ فَتْحًا مُب۪ينًاۙ – Innâ fatahnâ laka fathan mubînâ(n) / « En vérité, Nous t’avons accordé une victoire éclatante ») ainsi que le hadith ( إنَّ الْجَنَّةَ تَحْتَ بَارِقَةِ السُّيُوفِ / Al-jannatu taḥta ẓilāli al-suyūf / « Le paradis se trouve sous l’ombre des épées »).

Toujours selon cette presse, ces drapeaux auraient été retrouvés sur des insurgés blessés faits prisonniers, puis envoyés au corps d’armée afin d’être examinés. Or, en réalité, l’étendard évoqué comme le drapeau de la République du mont Ararat était un fanion correspondant à un emblème que les forces kurdes ayant pris part à l’insurrection portaient sur leurs coiffes.

Cet emblème constituait la face avant d’une médaille en or ou en argent qu’İhsan Nuri avait remise à certains combattants en raison de leurs succès militaires. İhsan Nuri précise d’ailleurs explicitement cet élément dans ses listes de commandes.

 

Guerrier sans bras montant la garde devant le drapeau sur le mont Ararat… Malgré la description de Memduh Selim Bey, on peut voir que les couleurs du drapeau sont conçues verticalement et non horizontalement.

 

Après que la description et le croquis du drapeau kurde aient été envoyés au mont Ararat, le comité de résistance a commandé via le bureau du Taşnaksütyun à Hoy de grandes quantités de tissus verts, rouges, blancs et jaunes. En examinant les listes de commandes de l’administration de l’insurrection d’Ağrı pour l’année 1928, on constate que presque chaque liste comportait des tissus de ces couleurs. D’après les documents, l’été 1928 a vu le drapeau kurde fabriqué conformément aux conditions fixées par Hoybun et arboré.

Cependant, si l’on examine la seule photographie connue prise à Ağrı sur laquelle le drapeau apparaît, on constate que, malgré la description de Memduh Selim Bey, les couleurs y sont disposées verticalement et non horizontalement. En effet, quelque temps plus tard, un exemplaire du drapeau envoyé depuis Beyrouth est arrivé à Ağrı et l’erreur a été corrigée.

Ainsi se dessine l’histoire du drapeau kurde, conçu à Istanbul en 1920 et dont l’ombre, tangible ou imaginaire, s’est projetée sur le peuple kurde.

 

Traduction et présentation : Sabahattin Kayhan

 

Article d’origine (en turc) à consulter sur le site Nupel : https://nupel.tv/sedat-ulugana-kurt-bayraginin-kisa-tarihi/  

Sommes-nous en train d’entrer dans une nouvelle ère sunnite au Moyen-Orient ?

0

Le chercheur kurde, Kamal Chomani affirme que nous assistons au retour d’un arc sunnite qui remplace le croissant chiite au Moyen-Orient qui implique de nombreux pays, dons la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.

Voici l’article de Chomani :

Le 3 février 2026, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a déclaré au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane que la Turquie était prête à hisser ses relations avec l’Arabie saoudite à un « niveau supérieur ». Huit ans plus tôt, Erdoğan avait fait de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi une mise en cause internationale de Riyad. Aujourd’hui, cependant, cette rupture morale a été discrètement mise de côté, un arc sunnite remplaçant le croissant chiite.

Pendant plus de vingt ans, la géopolitique du Moyen-Orient s’est organisée autour de l’expansionnisme du « Croissant chiite » iranien. S’étendant de Téhéran à Beyrouth en passant par Bagdad et Damas, et plus tard jusqu’au Yémen, ce croissant incarnait un ordre régional fondé sur une résistance idéologique à Israël et à l’influence occidentale. Aujourd’hui, suite aux attentats du 7 octobre et au réajustement régional qui s’en est suivi, cet ordre se fracture. Un nouvel alignement se dessine, moins idéologique, plus étatique et de plus en plus sunnite. Appelons-le, pour les besoins de cet article, « l’Arc sunnite ».

Cet axe, à la fois géographique et idéologique, a structuré pendant des années les conflits, les alliances et les guerres par procuration du Levant au Golfe.

Le Croissant chiite a émergé au lendemain de la révolution iranienne de 1979 et s’est consolidé après l’invasion américaine de l’Irak en 2003. L’Iran a utilisé un réseau de gouvernements alliés et d’acteurs non étatiques – le Hezbollah au Liban, le régime d’Assad en Syrie, les milices chiites en Irak et les Houthis au Yémen – pour projeter sa puissance dans toute la région. Depuis lors, l’Iran combat ses ennemis par le biais des milices et groupes armés qu’il soutient dans la région. Cet axe, à la fois géographique et idéologique, a structuré pendant des années les conflits, les alliances et les guerres par procuration du Levant au Golfe, dépensant des milliards de dollars pour façonner le Moyen-Orient. Son rôle est en quelque sorte évident dans l’étiquette d’« Axe du Mal » que lui ont attribuée ses rivaux régionaux, par opposition à celle d’« Axe de la Résistance » employée par l’État iranien.

Ce qui distingue cet arc sunnite du croissant chiite, c’est l’accent mis sur les États plutôt que sur les milices.

Mais le paysage régional a considérablement changé. Le 7 octobre et la campagne militaire israélienne qui s’en est suivie ont bouleversé les calculs stratégiques au Moyen-Orient. Le réseau iranien, autrefois considéré comme dominant, est désormais confronté à une pression militaire, un isolement diplomatique et des coûts croissants. Le Croissant chiite a subi un coup dur avec la chute du régime d’Assad en décembre 2024. Parallèlement, un groupe d’États à majorité sunnite, dont l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar et la Syrie, réintègrent prudemment et collectivement la scène politique régionale et trouvent un terrain d’entente dans le contexte des troubles au Moyen-Orient. L’un des principaux facteurs de ce rapprochement réside dans leurs inquiétudes géopolitiques. Cette alliance naissante n’est ni un bloc formel ni guidée par une idéologie commune. Il s’agit plutôt d’une réponse pragmatique à un équilibre des pouvoirs en pleine mutation, à tel point que la Turquie et le Qatar ont exercé un lobbying intense auprès du président Trump pour qu’il n’attaque pas l’Iran, craignant qu’Israël ne soit le principal bénéficiaire de l’effondrement du régime de la République islamique d’Iran.

Ce qui distingue cet Arc sunnite du Croissant chiite, c’est son attachement aux États plutôt qu’aux milices. Alors que l’Iran s’appuyait fortement sur des acteurs non étatiques pour étendre son influence, l’Arc sunnite reflète une préférence commune pour une autorité centralisée, l’intégrité territoriale et une diplomatie menée par l’État. Le réajustement de la position régionale de l’Arabie saoudite, la politique étrangère affirmée de la Turquie et le rôle de médiateur et de financier du Qatar témoignent d’une nouvelle tendance : une compétition gérée par la diplomatie, le levier économique et une coopération sélective plutôt que par une guerre par procuration permanente. Ces pays ont également en commun une influence significative sur l’administration américaine actuelle.

Leur premier succès géopolitique fut en Syrie, où ils parvinrent à soutenir une figure djihadiste et, de ce fait, à façonner et influencer considérablement les décisions politiques du nouvel État syrien. Ils menèrent conjointement un lobbying contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, et ont largement anéanti les anciens acquis kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Pour autant, cela ne signifie pas que l’Arc sunnite soit exempt de tensions internes. L’Arabie saoudite et la Turquie, ses deux pôles les plus influents, nourrissent des ambitions distinctes et des intérêts parfois divergents. Jusqu’à récemment, elles étaient rivales. L’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et le soutien turc aux Frères musulmans ont dressé ces deux pays les uns contre les autres sur le plan diplomatique. Pourtant, leur convergence sur des questions clés – contrer l’influence iranienne, gérer les conséquences de la crise de Gaza, façonner l’avenir de la Syrie et, éventuellement, contenir Israël – témoigne d’une volonté croissante de coordination. D’autres pays, comme l’Égypte et le Pakistan, deux puissances militaires unies par leur besoin de financements saoudiens et qataris et par leur rivalité avec Israël, pourraient se rallier de plus en plus à ce cadre, renforçant ainsi son poids régional.

Malgré leurs différences, l’Arc sunnite et le Croissant chiite partagent un trait fondamental : l’ambition géopolitique, et dans les deux cas, Israël est la cible.

On observe également un changement notable de rhétorique. Les dirigeants iraniens ont longtemps instrumentalisé un discours anti-américain et anti-israélien comme ciment idéologique, alors même que leur société demeurait plus complexe et divisée. À l’inverse, les gouvernements sunnites actuels doivent gérer une colère populaire intense concernant Gaza, tolérant parfois une rhétorique plus virulente sur le plan intérieur tout en menant une diplomatie pragmatique à l’étranger. Il en résulte une région où l’opinion publique et la stratégie étatique sont de plus en plus déconnectées, une instabilité susceptible d’influencer les crises futures.

Malgré leurs divergences, l’Arc sunnite et le Croissant chiite partagent un trait fondamental : l’ambition géopolitique, et dans les deux cas, Israël est visé. De même que l’Iran cherchait à établir un corridor d’influence pour contrebalancer Israël et l’Occident, les puissances sunnites aspirent désormais à un levier collectif dans un Moyen-Orient post-7 octobre. L’attaque israélienne contre les dirigeants du Hamas au Qatar a constitué un tournant décisif. Par conséquent, elles souhaitent s’assurer que la question palestinienne demeure centrale, un argument clé pour rallier leurs populations, en arguant que la liberté d’action d’Israël est restreinte et qu’elles ont un rôle déterminant à jouer dans la définition du prochain ordre régional.

C’est dans ce contexte que la question kurde non résolue au Moyen-Orient devient impossible à ignorer. Les Kurdes habitent de vastes régions de Turquie, de Syrie, d’Irak et d’Iran, précisément les États qui se repositionnent actuellement dans ce nouveau paysage sunnite. Tout ordre régional qui continue de marginaliser les droits politiques des Kurdes restera intrinsèquement instable. Du nord de la Syrie au sud-est de la Turquie et à la région du Kurdistan irakien, les griefs kurdes ont ressurgi à maintes reprises, non pas comme des problèmes minoritaires isolés, mais comme des failles structurelles susceptibles de déstabiliser des États entiers. Cet Arc sunnite considère les Kurdes comme des pions dans les ambitions géopolitiques d’Israël, notamment contre la Turquie. Les Turcs sont très inquiets du soutien rhétorique d’Israël aux aspirations kurdes. De fait, la crainte turque du soutien israélien aux Kurdes est un facteur clé du processus de paix turco-kurde.

Les trente dernières années ont clairement démontré que la répression des aspirations kurdes n’engendre pas une stabilité durable ; elle ne fait que repousser les crises. Si l’Arc sunnite veut éviter de reproduire les erreurs du Croissant chiite – conflits interminables, fragmentation et guerres par procuration –, il doit faire face à cette réalité. Résoudre la question kurde par l’inclusion politique, la décentralisation et des cadres fondés sur les droits humains n’est pas une simple concession ; c’est une condition sine qua non de la stabilité régionale.

L’Arc sunnite émergent est plus adaptable et moins rigide idéologiquement que l’ancien axe iranien. Les Kurdes, répartis dans quatre pays, et les chiites, plus particulièrement en Irak et ailleurs, ainsi qu’Israël et les groupes minoritaires au sein de ces nations, devraient adopter une approche plus souple et pragmatique pour coopérer face à l’Arc sunnite. Ce bloc a récemment fait preuve d’une réaction agressive et violente à la question kurde en Syrie en janvier 2026. Cette réaction pourrait viser tout rival de l’Arc sunnite, s’il en a la possibilité. Cette situation devrait servir d’avertissement, un avertissement qui a été clairement entendu à Erbil et à Bagdad. 

Alors que le Moyen-Orient entre dans cette nouvelle phase, la question n’est pas seulement de savoir si le Croissant chiite est en déclin, mais aussi si l’Arc sunnite peut instaurer un ordre qui stabilise la région plutôt que de simplement réorganiser ses conflits.

Ce qui va suivre façonnera le Moyen-Orient pour toute une génération.

Par Kamal Chomani, rédacteur en chef de The Amargi et doctorant à l’Université de Leipzig

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de « Are We Entering a New Sunni-Arc Middle Eastern Era? »

« La Turquie voulait reproduire au Rojava ce qui a été fait à Gaza »

0

La chercheuse kurde, Şilan Bingöl s’est entretenue avec l’historien et écrivain Alişan Akpınar sur la situation du Rojava et la politique kurde de la Turquie dans son ensemble.

Nous partageons avec vous l’intégralité de l’article de Bingol :

 

La Turquie a-t-elle une nouvelle politique envers les Kurdes ou poursuit-elle une stratégie centenaire ?

 

L’attitude ouvertement hostile de la Turquie envers le Rojava, et même son soutien apparent aux attaques de l’armée arabe syrienne contre les zones kurdes et les régions contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), ont suscité une vive attention. Ces développements soulèvent une fois de plus des questions cruciales quant aux objectifs de la politique actuelle de la Turquie à l’égard des Kurdes et à l’avenir qu’elle envisage pour le Rojava.

 

De Lausanne à aujourd’hui : la politique turque envers les Kurdes a-t-elle changé ?

 

Après le remodelage du Moyen-Orient par le traité de Lausanne en 1923, qui ratifiait la création de la République de Turquie moderne, les Kurdes se retrouvèrent sans statut politique. L’historien et écrivain Alişan Akpınar souligne que le cœur de la politique turque à l’égard des Kurdes après 1923 était d’empêcher ces derniers d’obtenir un statut politique ou des droits dans quelque pays du Moyen-Orient que ce soit, que ce soit en Iran, en Irak ou en Syrie. Selon Akpınar, la Turquie abritant la plus grande population kurde sur son territoire, l’État turc a longtemps considéré que toute avancée kurde ailleurs dans la région aurait des répercussions directes sur lui. Cette préoccupation a façonné non seulement la politique intérieure de la Turquie, mais aussi sa stratégie étrangère et sa stratégie au Moyen-Orient, qui restèrent globalement inchangées jusqu’à la fin de la Guerre froide dans les années 1990.

Après la première guerre du Golfe, la création du gouvernement régional autonome du Kurdistan (GRK) au Kurdistan irakien en 1992 a marqué le début d’une évolution progressive. Suite à l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, la formalisation d’une région fédérale du Kurdistan a constitué la première reconnaissance internationale du statut politique kurde depuis le traité de Lausanne. Akpınar rappelle que la Turquie s’est farouchement opposée à la création de cette région fédérale, la considérant comme une menace existentielle et un acte d’agression. Cependant, il note qu’à partir de 2006-2007, la Turquie a commencé à accepter cette réalité. Il souligne qu’Ankara a par la suite ouvert des canaux de communication avec les partis et les dirigeants kurdes de la région et a développé des relations étroites avec le Kurdistan irakien.

 

« Jusque dans les années 1990, une politique absolue consistait à nier aux Kurdes tout droit et tout statut. Avec la fin de la guerre froide et la construction d’un nouvel ordre politique au Moyen-Orient, cette approche a été partiellement révisée. Mais le fond est resté le même. »

 

Dans le même temps, Akpınar souligne que la Turquie poursuit aujourd’hui une ligne de conduite conforme à son approche historique. Selon lui, si la Turquie met tout en œuvre pour empêcher les Kurdes de Syrie d’obtenir un quelconque statut politique, elle s’efforce également de prévenir l’émergence d’une structure autonome semblable à celle du Rojava en Iran, en cas de future crise ou fragmentation politique. En Irak, la Turquie vise à empêcher la région du Kurdistan d’acquérir un statut plus autonome et s’attache tout particulièrement à maintenir Mossoul et Kirkouk en dehors de ce cadre.

Akpınar résume ainsi la politique turque à l’égard des Kurdes d’un point de vue historique : « Jusqu’aux années 1990, la Turquie appliquait une politique de déni absolu de tout droit et de tout statut aux Kurdes. Avec la fin de la Guerre froide et l’avènement d’un nouvel ordre politique au Moyen-Orient, cette approche a été partiellement révisée. Mais le fond est resté le même. Idéalement, les Kurdes ne devraient avoir aucun statut ; s’ils doivent en avoir un, il doit être aussi faible, contrôlable et dépendant de la Turquie que possible. »

Le Rojava, la Turquie et l’équation régionale

Si l’on considère le Rojava et les attaques dont il fait l’objet dans un contexte régional plus large, quelle politique la Turquie poursuit-elle aujourd’hui et quels sont ses objectifs ? Selon Akpınar, l’objectif principal de la Turquie demeure d’empêcher les Kurdes d’acquérir un statut politique dans la région. Toutefois, la Turquie est également consciente que, compte tenu du contexte régional et international actuel, elle ne peut plus atteindre cet objectif aussi pleinement qu’auparavant.

Akpınar fait remonter la phase actuelle du processus à l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Il rappelle que cette attaque a été suivie d’une offensive israélienne de grande envergure contre Gaza, puis d’attaques contre le Hezbollah au Liban, et enfin du renversement du régime d’Assad en Syrie. Selon Akpınar, ces événements démontrent que les actions d’Israël ne doivent pas être perçues comme des manœuvres militaires isolées ou limitées, mais plutôt comme faisant partie d’un processus stratégique plus vaste visant à briser le « croissant chiite » que l’Iran a construit au fil des décennies.

Faisant référence aux réunions tenues à Paris le 6 janvier entre Israël, la Turquie, les États-Unis et le gouvernement intérimaire syrien, Akpınar affirme que l’escalade de l’agression de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) sur le terrain à la suite de ces discussions n’est pas fortuite. Il souligne que le contexte politique et militaire actuel en Syrie est directement lié à ce processus de restructuration régionale complexe.

Les limites de la politique turque au Rojava

Le contenu de l’accord signé le 29 janvier entre les FDS et Damas révèle que la politique turque à l’égard des Kurdes du Rojava n’est plus uniquement guidée par un objectif d’élimination. Le rejet, dans cet accord, de l’intégration individuelle des FDS au sein de l’armée syrienne et l’acceptation de leur déploiement en divisions dans les zones majoritairement kurdes indiquent que certaines exigences fondamentales de l’État turc n’ont pas été satisfaites. Selon Alişan Akpınar, cette situation ne change rien au fait que « la préférence première de la Turquie a toujours été que les Kurdes de Syrie n’obtiennent aucun statut politique », mais elle démontre que la dynamique régionale et internationale actuelle contraint la Turquie à agir dans certaines limites.

La Turquie a cherché à faire au Rojava ce qu’Israël a fait à Gaza.

 

Akpınar souligne que la stratégie des États-Unis et d’Israël, centrée sur l’Iran, les a incités à rechercher la stabilité en Syrie, ce qui a temporairement freiné les efforts de la Turquie pour éliminer complètement le Rojava. Dans ce contexte, l’accord illustre concrètement que, malgré son opposition historique à la subjectivité politique kurde, l’État turc ne peut pleinement mettre en œuvre son programme en raison de la résistance kurde sur le terrain et du contexte international actuel.

 

« Ce qui a été fait à Gaza devait être reproduit au Rojava. »

 

Akpınar compare l’approche turque au Rojava à la stratégie israélienne à Gaza. Il affirme que la Turquie a cherché à reproduire au Rojava ce qu’Israël a fait à Gaza. Cependant, une différence cruciale subsiste : tandis que le Hamas est perçu par l’Occident comme un ennemi, les forces kurdes au Rojava sont considérées comme des alliées de l’Occident sur le terrain. C’est pourquoi les espoirs de la Turquie ne se sont pas concrétisés. Néanmoins, selon Akpınar, la Turquie continue d’adresser un message clair aux Kurdes syriens : « Nous ne vous permettrons pas d’être des sujets politiques ni de vous gouverner ; vous ne pourrez exister qu’en tant que sous-culture. »

Akpınar résume ainsi la politique turque au Rojava :
« Le plan initial de la Turquie était d’éliminer militairement le Rojava dès le départ. Face à l’impossibilité de cette stratégie, elle a évolué vers un refoulement progressif du Rojava à l’est de l’Euphrate, puis son expulsion de Deir ez-Zor et de Raqqa. L’objectif, si possible, est la chute d’Hassaké et de Kobané, ne laissant aux Kurdes que la zone de Qamishlo. »

Cependant, parallèlement à ces attaques, les FDS ont poursuivi leur résistance tout en maintenant ouverts les canaux de négociation afin de prévenir un éventuel massacre. À l’échelle internationale, une forte vague de réactions contre les attaques contre le Rojava s’est manifestée. Selon Akpınar, la résistance militaire et sociale des FDS est devenue un facteur décisif, permettant à la fois d’empêcher une potentielle atrocité de masse et de renforcer la position des Kurdes à la table des négociations.

Akpınar souligne également qu’au cœur de ce processus réside la conscience nationale unique que les Kurdes ont forgée au cours du siècle dernier. Malgré des défaites et des génocides répétés, les Kurdes, qui ont refusé l’assimilation, ont su construire une conscience nationale sans avoir d’État-nation, explique Akpınar. Selon lui, cette conscience ne repose pas sur un modèle replié sur lui-même, excluant et altérisant ; au contraire, elle s’appuie sur un cadre capable d’offrir au Moyen-Orient un projet social démocratique.

Par Şilan Bingöl

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de « Does Turkey Have a New Kurdish Policy or are They Continuing a Century-Old Strategy? »

Şilan Bingöl est une chercheuse indépendante qui a étudié la sociologie à l’université Galatasaray et à l’École Normale Supérieure de Lyon. Son mémoire de master porte sur la sociologie des médias.

La République islamique d’Iran : une lutte entre guerre et soumission

0

IRAN / ROJHILAT – La chercheuse kurde, Rojin Mukriyan décrypte la situation incertaine du régime iranien qui écrase sa population, tout en faisant face aux risques de confrontation militaire directe avec les États-Unis.

Voici l’article de Mukriyan :

Après des semaines de répression sanglante qui ont vidé les rues iraniennes de toute contestation, la République islamique est confrontée à l’un des choix les plus importants de ses 45 ans d’histoire : céder à la pression internationale croissante ou risquer une confrontation militaire directe avec les États-Unis. Un choix que les responsables iraniens reconnaissent en privé comme pouvant menacer la survie même du régime.

Des organisations de défense des droits humains et des réseaux d’opposition rapportent que des milliers de manifestants ont été tués ces dernières semaines, les forces de sécurité ayant réprimé avec force les manifestations qui ont éclaté dans les principales villes et centres commerciaux, notamment le bazar historique de Téhéran. Bien que le gouvernement n’ait pas publié de chiffres officiels, les estimations font état de plus de 6 000 morts, voire de chiffres bien plus élevés, soulignant l’ampleur des troubles et la violence de la répression.

Dans le même temps, les tensions entre Washington et Téhéran se sont fortement exacerbées. Les États-Unis ont déployé massivement des moyens militaires dans la région, notamment le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln, des systèmes de défense antimissile de pointe (dont les batteries THAAD et Patriot), des escadrons d’avions de combat et des renforts navals. Les responsables américains affirment que ce déploiement est défensif, mais la concentration de cette puissance de feu a considérablement élargi les options militaires du président Trump en cas d’échec de la diplomatie.

Le président Trump a de plus en plus souvent associé cette démonstration de force à des avertissements publics sans équivoque. Le 2 janvier, alors que les manifestations se propageaient à travers l’Iran, il a publié un message d’une franchise inhabituelle sur sa plateforme Truth Social, mettant en garde Téhéran contre tout recours à la force létale contre les manifestants. « Si l’Iran tire et tue violemment des manifestants pacifiques, comme c’est souvent le cas, les États-Unis d’Amérique viendront à son secours », a-t-il écrit. « Nous sommes prêts à intervenir. »

Près d’un mois plus tard, les rapports faisant état de nombreuses victimes se poursuivent, mais Washington s’est abstenu d’une intervention militaire directe. Au lieu de cela, l’administration a durci le ton. Le 28 janvier, M. Trump a déclaré qu’une « armada massive » se dirigeait vers l’Iran, la décrivant comme plus importante et mieux préparée que la force navale précédemment déployée près du Venezuela. « Le temps presse », a-t-il averti, ajoutant que toute frappe future serait « bien pire ».

Les puissances régionales se sont efforcées de désamorcer la crise. Le Qatar, l’Arabie saoudite, Oman, l’Égypte et la Turquie ont tous appelé à la retenue et à la reprise des négociations, mais jusqu’à présent, leurs efforts de médiation n’ont guère porté leurs fruits. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré à Al Jazeera que Washington devrait privilégier une approche progressive. « Il faut d’abord clore le dossier nucléaire », a-t-il affirmé. « Si tout est présenté d’un coup, cela risque d’être trop difficile à accepter pour nos amis iraniens. »

Les dirigeants iraniens ont cependant réagi avec défi. Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, a déclaré sur les réseaux sociaux que les forces armées du pays étaient prêtes à répondre « immédiatement et avec force » à toute attaque, tout en insistant sur le fait que Téhéran restait ouvert à un accord nucléaire « sur un pied d’égalité » et sans aucune coercition. Mohammad Bagher Qalibaf, président du Parlement, a déclaré à CNN que des négociations menées « sous la menace de la guerre » ne feraient qu’attiser l’instabilité régionale.

 

Le président Massoud Pezeshkian a réitéré ce message lors d’entretiens téléphoniques avec des dirigeants régionaux, affirmant que l’Iran privilégiait une « diplomatie digne » mais n’hésiterait pas à se défendre. D’autres se sont montrés plus explicites. Ali Shamkhani, conseiller principal du guide suprême iranien, a qualifié d’« illusion » les informations faisant état d’une frappe américaine limitée, prévenant que toute agression entraînerait une riposte rapide et massive, y compris contre Israël et les pays soutenant Washington.

Malgré une rhétorique enflammée, la position de négociation de l’Iran est restée globalement inchangée. Les autorités insistent sur le fait qu’elles ne suspendront pas l’enrichissement d’uranium sur leur territoire, rejettent les pourparlers dont l’issue est prédéterminée par les États-Unis et refusent de limiter leur programme de missiles balistiques. Ces lignes rouges s’opposent frontalement aux exigences américaines d’un enrichissement nul, du démantèlement des stocks d’uranium enrichi iraniens, de restrictions sur le développement des missiles et de limitations imposées aux alliés régionaux de Téhéran.

Du point de vue de Washington, le temps semble jouer en sa faveur. L’économie iranienne est soumise à de fortes pressions, son réseau régional de supplétifs s’est affaibli et sa légitimité intérieure s’est érodée dans un contexte de troubles persistants. L’Union européenne a accentué la pression le 29 janvier en désignant les Gardiens de la révolution iraniens comme organisation terroriste, ce qui a provoqué de vives protestations de la part de Téhéran.

Abbas Araghchi, en route pour une réunion officielle en Turquie, a écrit sur X : « L’Europe s’emploie à attiser les tensions. Après avoir mis en œuvre le mécanisme de réactivation automatique des sanctions à la demande des États-Unis, elle commet maintenant une autre grave erreur stratégique en désignant nos forces armées nationales comme une soi-disant organisation terroriste. »

Pourtant, l’Iran est loin d’être impuissant. Selon des évaluations des services de renseignement américains et européens citées par le Wall Street Journal, Téhéran possède environ 2 000 missiles balistiques de moyenne portée capables d’atteindre Israël, ainsi que d’importants stocks de missiles de courte portée pouvant frapper les bases et les navires américains dans le golfe Persique. Le pays dispose également de missiles de croisière antinavires, de vedettes rapides et d’un arsenal croissant de drones susceptibles de perturber les flux énergétiques mondiaux transitant par le détroit d’Ormuz.

Cette menace est préoccupante pour les stratèges américains. Lors d’une audition devant le Sénat, le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que les États-Unis déploient entre 30 000 et 40 000 soldats sur huit ou neuf bases dans la région, toutes à portée des missiles et drones iraniens. Si les systèmes de défense antimissile ont été renforcés, la récente guerre israélo-iranienne de douze jours a démontré que même les systèmes les plus sophistiqués peuvent être submergés, et que les intercepteurs sont coûteux et difficiles à remplacer.

Durant le conflit, l’Iran a lancé environ 550 missiles sur Israël, dont près de 86 % ont été interceptés, tandis que 14 % ont atteint leurs cibles. Néanmoins, Israël a détruit environ 70 % des lanceurs de missiles iraniens lors des combats de juin, et il demeure incertain que le régime iranien puisse récupérer ou reconstruire des capacités de lancement supplémentaires.

Certains analystes estiment que le renforcement militaire américain viserait moins à déclencher une guerre qu’à intensifier la pression économique, à appliquer des sanctions et à étouffer les exportations de pétrole iranien, selon une stratégie qui rappelle la campagne de pression menée contre le Venezuela.

En renforçant considérablement sa présence militaire dans le Golfe, le président Trump a mis de côté les négociations sur l’intervention humanitaire et s’est recentré sur une stratégie axée sur les négociations nucléaires. L’envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, accompagné du gendre de Trump, Jared Kushner, doit reprendre les pourparlers nucléaires avec l’Iran à Istanbul vendredi . Parmi les puissances régionales invitées à participer aux discussions d’Istanbul au niveau des ministres des Affaires étrangères figurent le Pakistan, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte, Oman et les Émirats arabes unis. Le rang des participants, de l’avis de nombreux observateurs, souligne à la fois la sensibilité et l’importance stratégique de ces négociations.

Pour Téhéran, cependant, les choix apparaissent de plus en plus cruciaux. Accepter un accord qui sape les fondements idéologiques et stratégiques de la République islamique, ou s’exposer au risque d’une confrontation avec un adversaire bien plus puissant, à un moment de profonde faiblesse intérieure. La capacité de l’Iran à trouver un juste milieu entre guerre et soumission pourrait déterminer non seulement l’avenir de son programme nucléaire, mais aussi le sort du régime lui-même.

*Par Rojin Mukriyan

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de « The Islamic Republic of Iran: A Struggle Between War and Submission »

*Rojin Mukriyan est docteure du Département de science politique et de gouvernement de l’University College Cork, en Irlande. Ses principaux domaines de recherche sont la théorie politique, les études féministes et décoloniales, ainsi que la politique du Moyen-Orient, en particulier la politique kurde. Elle a publié des articles dans The Journal of International Political Theory, Philosophy and Social Criticism et Theoria. Ses recherches ont jusqu’à présent porté sur la liberté kurde, l’État kurde et l’amitié politique kurde. Elle a publié de nombreux commentaires et rapports de groupes de réflexion sur les récents développements politiques au Kurdistan oriental (Rojhelat) et dans le nord-ouest de l’Iran. Elle intervient régulièrement sur diverses chaînes d’information en kurde et en persan.

ROJAVA. 20e jour d’embargo contre Kobanê

SYRIE / ROJAVA – Depuis 20 jours, la ville kurde de Kobanê – qui abrite plus de 600 000 civils, dont de nombreuses familles ayant fui les gangs de Damas – est sous l’embargo de Damas. Les familles entières dorment dans des voitures ou dans des écoles et sont privées de tout : nourriture, chauffage, eau potable, médicaments, lait infantile…

Depuis vingt jours, le gouvernement intérimaire syrien impose un siège suffocant à la ville de Kobanê, affectant gravement la vie d’environ 600 000 civils et personnes déplacées qui y ont trouvé refuge après avoir fui les attaques lancées par les forces armées affiliées à Damas contre leurs régions d’origine.

Les habitants de la ville vivent une situation humanitaire catastrophique, souffrant d’une grave pénurie de médicaments, de fournitures médicales et de produits de première nécessité, en plus d’un manque de combustible de chauffage et d’une coupure totale d’électricité et d’internet, ce qui aggrave les souffrances de la population et paralyse le fonctionnement des services essentiels et de l’aide humanitaire.

Malgré l’accord signé le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire, qui stipulait explicitement la levée du siège de Kobani, celui-ci reste en vigueur à ce jour, sans qu’aucune de ses dispositions n’ait été réellement mise en œuvre.

Dans ce contexte, l’administration de Kobani a publié un communiqué le 7 février, expliquant que « suite à une invitation adressée à l’administration autonome de Kobani, une délégation de l’administration et des dignitaires de la ville s’est rendue à Alep le 5 février, où elle a rencontré le vice-gouverneur d’Alep et le commandant des forces de sécurité intérieure du gouvernorat. »

Le communiqué précise que la réunion a abordé plusieurs questions importantes, notamment les mesures concrètes mises en œuvre dans le district d’al-Sheokh et celles à prendre dans le district de Jalabiya pour assurer le retour des personnes déplacées dans leurs villages. Les participants ont également discuté des problèmes liés aux services, en particulier les coupures d’eau, d’électricité et d’internet.

L’administration de Kobanê a souligné dans sa déclaration que « jusqu’à présent, aucune mesure concrète n’a été prise par le gouvernement, notamment en ce qui concerne le retrait des forces militaires du district de Jalabiya et la levée du siège imposé à la ville de Kobani, malgré les promesses faites par les représentants du gouvernement lors de la réunion. »

Les habitants et l’administration de Kobani mettent en garde contre la poursuite du siège et ses graves conséquences humanitaires, exigeant le respect des accords signés, la levée immédiate du siège et la fourniture des biens de première nécessité aux habitants de la ville sans conditions préalables. (ANHA) 

SYRIE. Les gangs de Damas continuent le massacre des Kurdes à Alep et à Afrin

0
SYRIE / ROJAVA – Les régions à majorité kurde du nord de la Syrie, notamment Afrin, ainsi que les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep, sont non seulement confrontées à des problèmes de sécurité, mais aussi à des attaques systématiques visant leur identité ethnique et leur présence démographique.
 
 
Au cours des deux dernières semaines, les forces de sécurité affiliées au gouvernement intérimaire de Damas ont lancé des campagnes d’arrestation et de détention à grande échelle dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh, ciblant 293 jeunes — dont des femmes — sous prétexte de « travailler ou collaborer avec les FDS ».
 
Seuls 21 des détenus ont été libérés jusqu’à présent ; cependant, au moment de la rédaction de ce rapport, le sort de 272 jeunes reste inconnu.
 
Selon les informations obtenues par le centre de recherches Lekolin, le nombre de civils détenus et enlevés depuis le début des attaques a dépassé les 793.
 
Dans le seul quartier de Sheikh Maqsoud, 17 personnes qui travaillaient ou étaient liées aux « bureaux de services financiers, aux archives, aux institutions administratives et militaires » de l’Asayish ont été tuées sous la torture.
 
Lors des affrontements, des centaines de familles kurdes ont été contraintes de fuir Sheikh Maqsoud et Achrafieh pour se réfugier à Afrin. En réalité, le gouvernement de Damas, en coordination avec l’ENKS et son collaborateur Mesud Bettal, a délibérément orienté la population vers Afrin. Cependant, cette migration n’était pas sans danger ; des arrestations ont commencé dès les points de contrôle à l’entrée d’Afrin.
 
Dès le premier jour, sept jeunes ont été arrêtés et emmenés vers des lieux inconnus par les forces de sécurité générale affiliées au gouvernement intérimaire de Damas. Il s’agit d’une violation flagrante des droits des civils et d’un ciblage direct des migrants fuyant la guerre.
 
*******
 
D’autres sources d’Afrin ont également signalé que les gangs djihadistes commettent des crimes de guerre et crimes contre l’humanité en tuant sous la torture de nombreux civils, surtout des jeunes hommes kurdes.

SYRIE. « Même la mort n’a pas réussi à faire de nous des frères »

0

Mojgan Kavousi, écrivaine kurde du Kurdistan d’Iran, déclare à propos des tombes kurdes du Rojava détruites par les gangs de Damas : « Même la mort n’a pas réussi à faire de nous des frères. »

Kavousi* a publié la photo de la destruction d’un cimetière militaire de Raqqa où étaient enterrés des combattants kurdes et arabes ayant perdu la vie lors de la lutte contre le groupe État islamique (DAECH / ISIS). Les gangs de Damas ont menacé les familles des martyrs à Raqqa et dans d’autres villes, forçant les familles exhumer les corps du cimetière des martyrs et les inhumer dans un cimetière civil.

Mojgan Kavousi est une chercheuse, auteure, traductrice et une ancienne prisonnière politique kurde. Adepte de la religion yarsan, elle a consacré son travail à l’identité et à l’histoire kurdes, notamment en réalisant le documentaire Hiwa sur la langue kurde à Kelardasht et en traduisant l’ouvrage Anfal et l’histoire de Teymour, qui relate la conservation des charniers durant la campagne d’Anfal.

Son activisme lui a valu des arrestations répétées : elle a été détenue une première fois en novembre 2019 suite aux manifestations nationales (Kurdistan) et a purgé une peine jusqu’en janvier 2022. Elle a été arrêtée à nouveau le 22 septembre 2022, lors des manifestations « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadî).

À la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, sous la dynastie Qajar, de nombreuses communautés kurdes, notamment les Khvajavand, furent déplacées de force de régions comme Kirmaşan (Kermanshah) et d’autres parties du Kurdistan vers Kelardasht, dans le nord de l’Iran. Si le gouvernement central utilisait officiellement ces communautés kurdes comme « tampon » militaire contre les incursions russes, cette mesure servait également une politique d’assimilation systématique.

En isolant ces lignées de leur berceau géographique et en les entourant d’influences persanes et mazandraniennes, l’État a cherché à éroder leurs liens linguistiques et culturels distincts avec le Kurdistan. Malgré des siècles de pression à l’assimilation à la culture dominante, ces communautés ont résisté à la pression et ont préservé leur identité. Elles continuent aujourd’hui encore de parler leur langue maternelle, même sous la pression politique.

ALLEMAGNE. Le « Der Spiegel » accusé de faire de la propagande anti-kurde

0

ALLEMAGNE – Le mouvement féministe kurde accuse le magasine allemand « Der Spiegel » de minimiser les crimes des groupes djihadistes de Damas et de mener une guerre psychologique contre les femmes. Il appelle les femmes du monde entier à s’opposer fermement à cette diffamation orchestrée par les médias.

Le Mouvement des femmes kurdes en Europe (TJK-E) a vivement critiqué les reportages du magazine allemand « Der Spiegel ». Dans un communiqué détaillé, il accuse le magazine de relativiser l’idéologie violente du groupe État islamique (EI) et d’autres groupes terroristes dans sa description de la situation au Rojava, tout en promouvant des discours misogynes.

« Der Spiegel » exonère les auteurs des faits et criminalise les victimes

Le TJK-E fait référence à une série d’articles parus dans « Der Spiegel » depuis le début de l’offensive du régime de transition syrien contre l’administration kurde du nord-est de la Syrie, le 6 janvier. L’association qualifie ces publications de « partiales, biaisées et dangereuses », notamment en raison de leur silence sur les graves violences perpétrées contre les femmes kurdes et les combattantes des Unités de protection des femmes (YPJ). « Au lieu de dénoncer les meurtres, enlèvements, viols et actes de torture systématiques commis par les milices djihadistes, « Der Spiegel » utilise un langage qui exonère les auteurs de ces crimes et criminalise les victimes », indique le communiqué.

« Une tresse n’est pas tout ce qui reste – c’est un symbole de résilience. »

Le TJK-E a été particulièrement indigné par le traitement réservé à une combattante des YPJ tuée au combat, dont la tresse tranchée a été exhibée sur les réseaux sociaux par un ancien mercenaire de l’EI, aujourd’hui membre de l’armée arabe syrienne, accompagnée de la phrase : « Voilà tout ce qui reste d’elle ! ». Pour le mouvement féministe, il s’agit d’un acte de guerre psychologique et d’un symbole du profond mépris dont sont victimes les combattantes.

«Nettoyage» du terrorisme islamiste

 Le TJK-E ajoute que le fait qu’un média établi ignore ce contexte et reprenne le point de vue des auteurs de l’attentat est non seulement journalistiquement discutable, mais aussi politiquement extrêmement dangereux : « Der Spiegel se livre à une désinformation ciblée. Le journal ne s’entretient pas avec les représentants du SSD, n’établit aucun lien, mais construit un tableau qui délégitime l’autonomie kurde et blanchit le terrorisme islamiste. »

«Votre propagande ne brisera pas notre détermination.»

Dans sa déclaration, le TJK-E souligne le contexte historique : le mouvement des femmes kurdes a été l’une des premières forces à combattre Daech militairement, idéologiquement et socialement – ​​« en défense directe des valeurs que l’Europe revendique également : l’égalité, la liberté, la dignité humaine ». Le fait que ce mouvement soit aujourd’hui dénigré par les médias, alors que les crimes de Daech et de ses alliés idéologiques restent invisibles, constitue une forme de complicité médiatique.

« La résilience des femmes ne sera pas brisée. »

« Nous n’appelons pas des médias comme Der Spiegel à rendre justice. Nous les appelons à changer leur mentalité malsaine, qui déforme la vérité. Leur langage sert la haine, non la lumière. Ils se rendent complices de crimes contre l’humanité. » La déclaration se conclut par un appel urgent aux femmes du monde entier : « Ne restons pas silencieuses. Levons-nous par des moyens démocratiques, par nos paroles, nos actions et notre mobilisation – contre la violence médiatique, contre l’incitation à la haine, contre le mépris de nos morts. La résilience des femmes ne sera pas brisée. » (ANF)

Le projet kurde du Rojava peut-il survivre au fascisme du Moyen-Orient ?

0

Le recul territorial de l’administration kurde dans le nord-est de la Syrie en janvier 2026 a été largement perçu comme un revers militaire. Cette vision est toutefois réductrice. Il s’agit en réalité d’un calcul politique qui soulève une question plus fondamentale : un projet conçu explicitement pour prévenir le fascisme peut-il survivre dans une région dont les États dominants se sont construits grâce à lui ?

Depuis le 6 janvier, les forces gouvernementales syriennes ont progressé dans des zones longtemps administrées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), notamment dans des régions à majorité arabe, jadis présentées comme la preuve que l’autonomie kurde pouvait transcender les clivages ethniques. L’effondrement des camps de détention et des prisons où étaient détenus les membres de l’EI, suivi d’une reprise des activités militantes, a assombri la situation. Le projet kurde, fondé sur l’autonomie démocratique et le principe de fraternité entre les peuples, se retrouve désormais territorialement réduit, politiquement contraint et stratégiquement vulnérable.

Nombre d’observateurs se sont empressés de déclarer l’expérience comme un échec ; ce verdict témoigne d’une mauvaise compréhension tant de l’intention que du contexte.

Le projet politique kurde en Syrie n’a jamais été conçu comme une entreprise nationaliste. Au contraire, il est né d’un refus historique de l’État-nation lui-même. La théorie du confédéralisme démocratique d’Abdullah Öcalan et sa pratique de l’autonomie démocratique au Rojava rejetaient la forme de souveraineté, la suprématie ethnique et l’autorité centralisée qui ont été des causes structurelles de la violence au Moyen-Orient. Elles proposaient plutôt l’autonomie locale, l’égalité des sexes et la coexistence entre Kurdes, Arabes, Assyriens, Arméniens et autres. Il ne s’agissait pas d’un cosmopolitisme rhétorique, mais d’une réponse à l’histoire vécue.

Pour les Kurdes, le nationalisme n’a pas été une idéologie abstraite, mais un instrument d’effacement. Le projet de turquification mené pendant un siècle par la République turque a criminalisé la langue et l’identité kurdes au nom de l’unité. Le nationalisme d’État iranien a subordonné la pluralité kurde à un ordre politique persanocentré, imposé par la militarisation et la surveillance. Ces deux systèmes ont suivi un schéma familier : l’homogénéisation présentée comme un gage de sécurité, la répression justifiée par la cohésion. Le confédéralisme démocratique est apparu comme un refus délibéré de ce schéma.

La fraternité comme stratégie politique

L’insistance des Kurdes sur la fraternité entre les nations n’était pas un idéalisme sentimental. Elle constituait un rempart politique contre le fascisme. Le mouvement comprenait que dès lors que la politique s’organise autour de la suprématie ethnique, la violence se légitime d’elle-même. Le pluralisme n’était donc pas une concession à autrui, mais une ligne rouge tracée pour éviter de sombrer dans ce que la région avait déjà trop souvent subi.

Ce choix comportait toutefois des risques structurels. En rejetant l’État-nation, l’administration kurde rejetait également la seule forme d’organisation politique pleinement reconnue par le système international. Le Rojava gouvernait le territoire, appliquait la loi, percevait des impôts, recrutait des combattants et gérait des prisons, mais sans souveraineté, sans reconnaissance ni garanties contraignantes.

Cette contradiction fut temporairement masquée par la guerre contre Daech. À l’instar des anarchistes espagnols en 1936, les forces kurdes bâtirent des institutions révolutionnaires en partant du principe que leur légitimité acquise pendant la guerre se traduirait par une protection après le conflit. L’histoire leur offrit peu de raisons d’espérer.

Les régions arabes et les limites de l’inclusion

L’expansion des FDS dans les régions à majorité arabe était souvent citée comme preuve que le concept d’autonomie démocratique du Rojava pouvait transcender les clivages ethniques. Les Arabes participaient aux conseils et aux unités militaires ; les structures de gouvernance locale fonctionnaient de manière inégale, mais de façon visible. Cependant, cette participation ne se traduisait pas toujours par une réelle appropriation.

Le pouvoir de décision restait concentré entre les mains d’une direction kurde disciplinée et idéologiquement formée. Les plaintes concernant la terre, la conscription, les revenus pétroliers et les pratiques sécuritaires étaient prises en compte, mais rarement autorisées à modifier en profondeur la structure même du mouvement. Dans les faits, la fraternité s’avérait plus fragile que sur le principe.

Lorsque les forces de l’État syrien sont revenues en janvier 2026, de nombreuses régions à majorité arabe sont tombées sans rencontrer de résistance significative. Ce résultat ne constituait pas nécessairement un soutien à Damas, mais plutôt un constat des limites de la gouvernance kurde dans un contexte de déséquilibre démographique et d’insécurité persistante. Le pluralisme ne peut se fonder uniquement sur des déclarations ; il doit être constamment renégocié au gré des changements de pouvoir.

L’EI et le fardeau de l’abandon

L’effondrement des infrastructures de détention de l’EI est devenu l’accusation la plus accablante portée contre l’autonomie kurde. Or, cette accusation, elle aussi, occulte la véritable cause de l’échec.

Pendant des années, l’administration kurde a gardé des dizaines de milliers de combattants de l’EI et leurs familles pour le compte d’une coalition internationale refusant d’assumer ses responsabilités. Les gouvernements occidentaux louaient la stabilité kurde tout en refusant de rapatrier les membres de l’EI, de financer les camps de détention ou d’élaborer des cadres juridiques susceptibles de régler définitivement le problème des détenus de l’EI. Ainsi, lorsque le contrôle territorial s’est affaibli, le système a subi un certain effondrement, comme tout système dans de telles conditions.

L’État islamique n’est pas revenu parce que l’administration autonome du Rojava était naïve. Il est revenu parce que le confinement sans accord politique n’est pas une stratégie viable. Les Kurdes ont géré un problème de sécurité mondiale sans soutien international et ont été tenus responsables lorsque leur abandon a engendré le chaos .

Le pouvoir régional et la peur de l’exemple

La Turquie et l’Iran ne s’opposaient pas au projet kurde simplement parce qu’il était kurde. Ils s’y opposaient parce qu’il menaçait les fondements idéologiques de leurs États.

Ces deux régimes sont issus de la consolidation nationaliste du XXe siècle. Tous deux assimilent décentralisation et désintégration. Tous deux ont perçu le pluralisme non comme une force, mais comme une menace pour la sécurité. L’insistance kurde sur la coexistence, notamment celle qui a permis aux femmes, aux minorités et aux conseils locaux de s’émanciper, a constitué un défi discret mais profond.

Ce qui s’est produit en 2026 n’était pas une simple reconquête syrienne, mais une modification régionale. Un consensus s’est dégagé : cette expérience avait atteint ses limites. Le recul de l’autonomie kurde en Syrie reflète une correction régionale plus large. Damas a regagné du territoire ; Ankara et Téhéran ont accepté le résultat. Ces trois acteurs ont un intérêt commun à empêcher la normalisation de la décentralisation. Cette convergence révèle moins une faiblesse kurde qu’une insécurité régionale.

Calcul interne sans abandon

Parallèlement, le mouvement kurde porte aussi la responsabilité de ses erreurs stratégiques : l’autonomie démocratique s’est érigée en doctrine, la dissidence interne a été réprimée et des alternatives telles que le fédéralisme, la tutelle et le regroupement territorial n’ont pas été suffisamment explorées. La clarté morale a été confondue avec une protection politique.

Un fait demeure pourtant frappant. Malgré les revers, les reculs et les trahisons, le mouvement kurde ne s’est pas tourné vers la vengeance ethnique, l’exclusion religieuse ou l’ultranationalisme. Il n’a pas embrassé les fascismes qui l’entourent. Cette retenue n’est pas le fruit du hasard ; elle constitue la principale réussite de son action.

L’expérience kurde en Syrie risque de ne pas survivre sous sa forme institutionnelle initiale. Son autonomie est amoindrie ; son avenir incertain. Mais son principal argument, à savoir que le Moyen-Orient n’a pas à choisir entre répression d’État et effondrement sectaire, demeure intact.

Dans une région où le nationalisme a maintes fois engendré des catastrophes, l’insistance des Kurdes sur la fraternité entre les nations n’est pas naïve. Elle repose sur une connaissance historique. L’enjeu aujourd’hui n’est pas seulement l’autonomie kurde, mais aussi la possibilité même pour le pluralisme d’exister au sein de l’espace politique.

Si la réponse est non, alors la tragédie du Rojava ne réside pas dans l’échec des Kurdes, mais dans la fidélité persistante de la région à des systèmes qui ont déjà échoué bien trop souvent.

Par Seevan Saeed, maître de conférences en études régionales à l’Université normale du Shaanxi (Chine) et chargé de cours à l’Université de Rojava (Syrie).

Article d’origine (en anglais) à lire sur le site The Amargi : « Can Rojava’s Kurdish Project Survive Middle Eastern Fascism?« 

SYRIE. « Dans nos villages, Kurdes et Yézidis vivent aux côtés d’Arabes »

0

SYRIE / ROJAVA – Dans un entretien accordé à RIC, un cheikh de la tribu Jabour déclare que depuis des siècles, Kurdes et Yézidis vivent aux côtés d’Arabes et que ces liens les obligent à rester unis.

Voici l’intégralité de l’entretien réalisé par le Centre d’information du Rojava (Rojava Information Center, RIC)

« Après tous ces martyrs, ces sacrifices et cette coexistence, comment pourrions-nous soudainement changer de camp et nous allier à des partis dont nous ne partageons pas la mentalité ? » Cheikh Akram Mashoush

Q : Quelle est l’histoire de votre tribu dans cette région ? Comment cela s’est-il passé sous le gouvernement d’Assad ?

Les liens tribaux entre les différentes tribus et communautés remontent à plusieurs décennies, non seulement à l’ère Assad, mais aussi à l’Empire ottoman. En particulier, les liens entre les communautés arabes et kurdes remontent à l’époque ottomane, se sont poursuivis sous le mandat français et ont perduré tout au long du régime Assad. Ces liens ont traversé les époques sans jamais être rompus. Après la création de l’Administration autonome du Nord-Est de la Syrie (AANES), ces liens n’ont pas disparu. Pour ceux d’entre nous qui ont une conscience, ils sont indissociables. Nous avons des liens familiaux, des liens de voisinage et une vie villageoise partagée. Dans nos villages, Kurdes et Yézidis vivent aux côtés d’Arabes. Ces liens ne peuvent être oubliés ni niés. Ils n’ont pas été créés par nous, mais par nos aïeux. Ils ont soudé nos communautés et, avec le temps, ils n’ont fait que se renforcer. Aujourd’hui, lorsque nous voyons nos frères kurdes souffrir et être attaqués, pouvons-nous les abandonner ? Nous voyons nos frères kurdes attaqués par Daech et par différentes forces qui ont pris le contrôle de certaines parties de la Syrie. Non, nous ne pouvons pas rompre ces liens humanitaires, sociaux et éthiques. Ces liens nous obligent à rester unis, non seulement au sein d’AANES, mais dans tous les aspects de la vie. Même si AANES venait à disparaître, nous ne romprions pas ces liens. Ce sont des liens sociaux fondés sur la coexistence. Ces liens sont si profonds qu’ils se manifestent même à travers la tradition du lait maternel, où un enfant allaité par une femme qui n’est pas sa mère devient son fils de lait ou son frère de lait. De tels liens ne s’oublient jamais, quoi qu’il arrive. Nous poursuivrons sur cette voie, quelles que soient les épreuves.

À Hassaké, on compte environ un million de personnes appartenant à la tribu Jabour. Cette tribu entretient une relation particulière avec les Kurdes, différente de celle des autres tribus. Les Jabour ont une longue histoire de liens avec les communautés de la région, et le fait de vivre côte à côte avec les Kurdes dans des zones mixtes a renforcé ces liens. Mon propre nom, Akram Hajo Mashoush, me vient d’un Kurde de Tirbespiye. Ces liens ne datent pas d’hier. Nous avons appris le kurde en vivant ensemble. Il nous est impossible d’abandonner tout cela simplement à cause de circonstances militaires.

Sur le plan militaire, la situation des Jabour était différente. Même sous Assad, nous étions marginalisés. Contrairement à la tribu Shammar, originaire de régions plus vastes et qui a formé les Forces Sanadid pour protéger les frontières, nous n’avons pas constitué d’entité militaire distincte. Nous avons préservé notre structure tribale et privilégié la cohésion sociale et les liens familiaux par le biais d’alliances matrimoniales avec différentes communautés. Malgré tout le respect que nous portons aux autres tribus, ces facteurs ont conféré aux Jabour une relation unique avec les Kurdes. Des Jabour de Sheddadi sont mariés à des Kurdes de Darbasiye, et il en va de même entre Tel Brak, Qamishlo et Derik. Ces liens ne sont ni artificiels ni récents ; les circonstances ont simplement fait que la tribu Jabour est plus proche des Kurdes que toute autre. Que sont les FDS ? Ce sont des forces issues de tribus. Le clan Mahasin compte plus de 5 000 combattants au sein des FDS. On dénombre plus de 800 martyrs de la tribu Jabour parmi les membres des FDS. Nous ne recherchions pas une entité ou une structure autonome ; nous voulions simplement nous protéger. Nous avons rejoint la lutte contre Daech en raison de sa brutalité : meurtres, massacres, oppression et mauvais traitements infligés aux femmes. Ces conditions n’ont fait que renforcer notre cohésion et notre unité.

Le cheikh Akram Mashoush s’entretient avec un soldat des FDS à Hassaké.

Q : Quel est votre avis sur le dernier accord conclu entre les FDS/AANES et le Gouvernement de transition syrien (GTS) ?

Le principe fondamental de l’accord actuel est le cessez-le-feu. Partout dans le monde, de tels accords sont salués, et nous, habitants de la région, les soutenons et les bénissons pleinement. Les forces gouvernementales ne sont qu’à quelques kilomètres, et nous sommes encerclés. Des délais ont été fixés pour l’évacuation des zones concernées. Par conséquent, tout cessez-le-feu ou accord est une mesure que nous soutenons sincèrement. Toutes les personnalités importantes de la tribu Jabour s’en félicitent. Nous avons toujours œuvré pour un cessez-le-feu entre le gouvernement de Damas et les FDS. Cet accord doit aboutir à des résultats positifs au service du peuple syrien. Les combats ne font qu’engendrer effusion de sang, déplacements de population et divisions plus profondes entre les communautés. Nous voulons que les garants assument leurs responsabilités et veillent à la mise en œuvre et au respect de l’accord. Nous soutenons les délégations des FDS et de l’AANES dans leurs accords relatifs aux dispositifs de sécurité, à l’intégration et à la formation de brigades au sein de l’armée syrienne. En fin de compte, nous sommes Syriens. Nous ne voulons pas que le sang syrien soit versé. Tous ceux qui sont tués sont Syriens. Aucun État étranger n’a perdu de citoyens ; seuls les Syriens en paient le prix. Cet accord vise à préserver le sang syrien, et son pilier le plus important est le cessez-le-feu, qui peut relancer la coexistence.

Q : Pouvez-vous nous expliquer les récentes défections tribales d’AANES vers le STG ?

La Turquie s’est employée à diviser les tribus afin de détruire le tissu social. Celles-ci ne perçoivent pas les FDS comme représentant les Syriens, mais uniquement les Kurdes, et les considèrent comme un ennemi, malgré leurs plus de 15 000 martyrs et plus de 50 000 blessés. Certaines tribus ont été influencées par cette mentalité, adoptant même des idées similaires à celles de Daech. Les services de renseignement turcs (MIT) ont également joué un rôle, persuadant certaines tribus – pas toutes – que leur situation s’améliorerait en l’absence des FDS. Même certains membres de l’AANES, comme Muhbash, chef du comité de négociation, l’ont reconnu. Les tribus ne sont pas des organisations politiques et manquent d’expérience politique. Elles ont été soumises à des pressions, des menaces et des promesses de soutien financier. Cela explique pourquoi certaines ont changé de camp. Lorsque des villes comme Tabqa, Raqqa et certains quartiers de Deir ez-Zor sont tombés, des soulèvements ont éclaté avant même l’arrivée de l’armée syrienne, prouvant l’existence de plans préétablis. Les lacunes de l’AANES en matière de sécurité ont empêché la détection précoce de ces brèches. Dans le même temps, les FDS et l’AANES ne souhaitaient pas s’enliser dans un cycle de violence. Elles ne voulaient ni destruction ni tuer leurs propres frères et sœurs qui se soulevaient contre elles. C’est pourquoi ces régions sont tombées rapidement. Nombre de mes proches et cousins ​​vivent à Damas. Ils m’ont proposé de faire défection, des postes et des avantages. J’ai catégoriquement refusé. Cela va à l’encontre de mes principes et de ma conscience. Après tous ces martyrs, ces sacrifices et cette coexistence, comment pourrions-nous soudainement changer de camp et nous allier à des partis dont nous ne partageons pas les idées ? Ceci s’adresse à ceux qui sont à Damas. Malheureusement, certains membres de notre tribu, ici dans la région, ont tenu des propos extrêmement injurieux à mon égard. Ils m’ont menacé, envoyé des messages et des vidéos insultants et ont tenté de m’intimider.

Le cheikh Akram Mashoush montre les menaces qu’il a reçues via WhatsApp de la part de personnes à Hassaké.

Une fois l’accord mis en œuvre, nous espérons que les effusions de sang cesseront et que la situation se stabilisera. Nous sommes tous Syriens et nul ne devrait être privé de ses droits. Le peuple kurde jouit d’une situation particulière et de droits légitimes qui doivent être reconnus. Il a été parmi les premiers à combattre et à donner des martyrs lors de la révolution, avant même la création des FDS, au sein des YPG et des YPJ. Il a protégé tous les citoyens, y compris les communautés arabes, avant même la création des FDS et de l’AANES.

Q : Avez-vous des critiques à formuler concernant l’AANES ?

Nous reconnaissons les lacunes de nos services et de notre administration. Il ne s’agissait pas d’échecs militaires ou politiques, mais d’échecs administratifs. Malgré la présence de terres agricoles, de pétrole et d’autres ressources, nous n’avons pas su répondre aux besoins de la population. L’eau manquait, l’accès à l’électricité était insuffisant, le pain était rare malgré l’abondance du blé et les crises énergétiques persistaient malgré les ressources pétrolières.

Ces défaillances sont bien réelles. Cependant, elles ne justifient pas un changement de camp simplement parce qu’AANES s’affaiblit. Des problèmes administratifs et de services existent, mais tout abandonner pour cette raison n’est pas justifié.