ROJAVA. Les Kurdes exhortent Damas à libérer les otages
#IRANWAR. Le Kurdistan irakien attaqué malgré le cessez-le-feu
IRAK / KURDISTAN — Deux camps abritant des groupes d’opposition kurdes iraniens ont été visés par des attaques de drones mardi après-midi dans la région du Kurdistan d’Irak, faisant plusieurs blessés, selon des sources au sein des partis concernés citées par Rudaw English.
La première attaque a touché le quartier général du parti Komala dans le sous-district de Surdash, au nord-ouest de la province de Souleimaniyeh. Amjad Hossein Panahi, responsable du parti, a indiqué que deux personnes ont été blessées.
Une seconde attaque distincte a visé le camp Azadi, situé dans la ville de Koya, à environ 70 km à l’est d’Erbil et appartenant au Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI). Selon une source du PDKI s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès de Rudaw, cette frappe n’a fait aucune victime.
Il s’agit du premier incident de ce type signalé dans la région du Kurdistan depuis l’entrée en vigueur, début de semaine dernière, d’une trêve de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, négociée par le Pakistan. Bien que le cessez-le-feu soit globalement respecté, ces nouvelles frappes montrent qu’il n’a pas mis fin aux tensions locales.
Ces groupes d’opposition kurdes iraniens (Komala, PDKI et d’autres) sont basés depuis des années dans la région du Kurdistan irakien et ont été la cible répétée d’attaques de missiles et de drones iraniens ces dernières années. Ces dernières semaines, Téhéran et des groupes armés irakiens pro-iraniens ont intensifié leurs frappes contre ces dissidents.
Ce regain d’attaques coïncide avec la vaste campagne aérienne conjointe menée fin février par les États-Unis et Israël contre des milliers de sites en Iran. En riposte, Téhéran a lancé des centaines de drones et missiles dans la région, visant notamment des intérêts américains présumés dans les pays du Golfe, ainsi qu’Israël. Parallèlement, des milices irakiennes alignées sur l’Iran ont multiplié les attaques contre le Kurdistan irakien.
Selon le décompte tenu par Rudaw, la région du Kurdistan a subi, jusqu’à vendredi dernier, plus de 700 attaques de drones et de missiles, qui ont fait plus d’une douzaine de morts et plus de 90 blessés.
Le premier cycle de négociations entre Washington et Téhéran, qui s’est achevé dimanche sans accord, pourrait être suivi d’un nouveau round dans les prochains jours. Malgré le cessez-le-feu en vigueur, les attaques sporadiques contre les positions kurdes iraniennes semblent se poursuivre.
TURQUIE. 14 mois de prison pour un journaliste kurde qui critiquait Erdoğan après la mort d’un confrère
TURQUIE / KURDISTAN – Le journaliste kurde, Hakkı Boltan a été condamné aujourd’hui à 1 an, 2 mois et 17 jours de prison pour « outrage au président » à cause d’une déclaration faite il y a plus de 10 ans.
Le journaliste Hakkı Boltan a été condamné aujourd’hui à 1 an, 2 mois et 17 jours de prison pour « outrage au président » par le 12e tribunal pénal de première instance de Diyarbakır, lors de la dixième audience d’un nouveau procès.
Son avocat, Resul Temur, a plaidé la relaxe en invoquant la liberté d’expression. Il a rappelé que Boltan s’exprimait alors en tant que représentant d’une association de journalistes et en sa qualité de proche du défunt. « Ces déclarations constituent une critique légitime suite au meurtre d’un collègue, Rohat Aktaş, que le client connaissait bien », a-t-il déclaré.
Hakkı Boltan est l’ancien coprésident de l’Association des journalistes libres (ÖGC) et l’ancien directeur de l’Association des journalistes Dicle Fırat (DFG), deux organisations actives dans les régions kurdes de Turquie.
Contexte de l’affaire
La déclaration incriminée date du 11 février 2016. Prononcée en kurde, elle condamnait fermement la mort de Rohat Aktaş*, ancien rédacteur en chef du quotidien kurde Azadiya Welat, tué à Cizre pendant le siège militaire imposé par l’armée turque en hiver 2015-2016.
En juin 2021, le même tribunal avait initialement condamné Boltan à des peines distinctes pour outrage envers le président Recep Tayyip Erdoğan et l’ancien Premier ministre Ahmet Davutoğlu. La cour d’appel (2e chambre pénale du tribunal régional de Diyarbakır) avait annulé ce jugement en octobre 2022, estimant que les deux condamnations séparées constituaient une peine excessive. L’affaire avait alors été renvoyée en nouveau jugement.
L’acte d’accusation, établi par le parquet de Diyarbakır en 2019, désignait Erdoğan et Davutoğlu comme plaignants.
ROJAVA. Une statue érigée en hommage à une combattante kurde mutilée

TURQUIE. Disparition de Gülistan Doku : 12 suspects arrêtés
TURQUIE / KURDISTAN – Six ans après la disparition de Gülistan Doku, une étudiante kurde de 21 ans, les autorités turques ont procédé à l’arrestation de 12 suspects dans le cadre d’une enquête pour homicide. L’opération, menée dans sept provinces, fait suite à de nouveaux éléments de preuve et à des témoignages de témoins secrets.
Parmi les personnes interpellées figurent :
Zeinal Abakarov (ou Zainal Abakarov), l’ex-petit ami de la jeune femme et principal suspect ;
Engin Yücer, beau-père de Zeinal Abakarov, un ancien policier révoqué ;
Mustafa Türkay Sonel, fils de Tuncay Sonel, gouverneur de Tunceli (Dersim) au moment des faits.
La liste inclut également des membres du personnel universitaire chargés des caméras de sécurité, un ancien garde du corps du gouverneur, ainsi que d’autres proches et fonctionnaires liés à l’affaire.
L’avocat de la famille Doku, Ali Çimen, a salué ces détentions, affirmant qu’elles reposent sur des soupçons d’homicide. « Les arrestations vont se poursuivre. Aucun haut responsable n’a encore été interpellé, mais cela ne saurait tarder », a-t-il déclaré. Il a ajouté que l’objectif est désormais de « démanteler l’organisation criminelle qui gravite autour d’un haut fonctionnaire ».
Un mot anonyme qui relance l’enquête
L’enquête a pris un tournant décisif après la réception d’un mot anonyme désignant explicitement Mustafa Türkay Sonel, remis à l’avocat de la famille. Selon des sources policières citées par Habertürk, l’analyse des mouvements de véhicules la nuit de la disparition a révélé que les activités de Sonel étaient « incompatibles avec le cours normal des événements ».
Les investigations ont également porté sur le trafic téléphonique, les réseaux sociaux et les virements bancaires de Gülistan Doku. Les autorités ont découvert l’existence d’un « cercle invisible » mis en place autour de la famille pour surveiller et contrôler ses communications. Des incohérences ont par ailleurs été relevées concernant la carte SIM de la jeune femme, dont les registres officiels auraient été manipulés.
Contexte de l’affaire
Gülistan Doku, étudiante en deuxième année de développement de l’enfant à l’université de Munzur, a disparu le 5 janvier 2020 à Tunceli (Dersim). Elle avait quitté sa résidence universitaire et n’a plus donné signe de vie.
Les premières recherches s’étaient concentrées sur le lac du barrage d’Uzunçayır après un signal émis par son téléphone portable. Malgré la vidange du barrage, aucune trace n’a été retrouvée. L’enquête a rapidement été critiquée pour son manque de transparence.
L’affaire a été relancée en juin 2024 par la procureure en chef de Tunceli, Ebru Cansu, qui a constitué une équipe spécialisée pour réexaminer l’ensemble des images de vidéosurveillance et les enregistrements de plaques d’immatriculation.
En février dernier, la sœur de Gülistan, Aygül Doku, avait publiquement rejeté la thèse du suicide et affirmé détenir des documents prouvant qu’il s’agissait d’un meurtre impliquant des fonctionnaires.
L’enquête se poursuit. Les suspects ont été placés en garde à vue dans le cadre d’une procédure pour homicide.
TURQUIE. Attaque armée contre un lycée à Urfa
TURQUIE / KURDISTAN – Un jeune homme de 19 ans, ancien élève de l’établissement, a ouvert le feu mardi matin dans un lycée professionnel de Siverek, dans la province kurde de Şanlıurfa (Riha), blessant 16 personnes avant de se suicider lors d’une intervention de la police.
L’attaque s’est produite vers 9h30 locales au lycée professionnel et technique Ahmet Koyuncu. Selon les autorités, l’individu est entré dans l’établissement et a tiré de manière indiscriminée sur les personnes présentes, principalement des élèves et des enseignants.
Parmi les 16 blessés figurent dix élèves, quatre enseignants, un policier et un employé de la cantine. Douze d’entre eux recevaient encore des soins à l’hôpital d’État de Siverek, selon le gouverneur de Şanlıurfa, Hasan Şıldak. Leur pronostic vital n’a pas été précisé dans l’immédiat.
Durant l’attaque, le tireur aurait pris plusieurs étudiants en otage à l’intérieur du bâtiment. Les forces de police, dont des équipes d’intervention spéciales, sont rapidement intervenues. Elles ont tenté de négocier sa reddition pendant plusieurs minutes. C’est au cours de cette opération que le jeune homme a retourné son arme contre lui et s’est suicidé.
Le gouverneur a indiqué que l’auteur des faits, né en 2007, était un ancien élève du lycée. Il suivait actuellement des cours à distance. L’arme utilisée serait un fusil de chasse.
Le ministère de l’Intérieur et les forces de l’ordre ont ouvert une enquête pour déterminer les motivations de cet acte, qui constitue un incident rare dans les établissements scolaires turcs.
ROJAVA. Jour férié officiel à Jazira pour le Nouvel An yézidi (Çarşema Sor)
SYRIE / ROJAVA — Les autorités kurdes du Rojava ont déclaré le mercredi 15 avril 2026 jour férié officiel dans tous les établissements et services de la région de Jazira, à l’occasion du Çarşema Sor, le Nouvel An yézidi.
Également appelé Çarşema Serê Nîsanê (« Mercredi rouge » ou « Mercredi du début d’avril »), ce jour sacré marque pour les Yézidis (Êzdî) la renaissance de la nature, le renouveau de la vie et le début d’une année placée sous le signe de la paix, de la fraternité et de l’harmonie avec la création.
Selon le calendrier yézidi, nous entrons cette année dans l’an 6776.
Une fête ancestrale de création et de renouveau
Le Çarşema Sor est célébré le premier mercredi d’avril selon le calendrier oriental (julien et séleucide), soit le premier mercredi suivant le 14 avril du calendrier grégorien. Il commémore la création de l’univers et célèbre le retour du printemps, la fertilité de la terre et la victoire de la lumière sur les ténèbres.
Ce jour est profondément lié à la mythologie yézidie : l’univers était autrefois sombre et recouvert de glace. Dieu envoya Melek Tawûs (l’Ange-Paon, Roi Tawûs) sur Terre sous la forme d’un oiseau. Celui-ci se posa sur l’arbre sacré Hiro, et par la chaleur du soleil, la glace fondit, révélant une terre parée de fleurs multicolores — rouges, jaunes et vertes. C’est pourquoi ce mercredi est considéré comme le véritable début du printemps et le Nouvel An yézidi.
Rituels et traditions
Les célébrations sont marquées par des rites colorés et symboliques :
Les Yézidis se lèvent tôt, revêtent leurs plus beaux habits et décorent les portes de leurs maisons avec des fleurs sauvages, notamment des roses rouges.
Un animal est sacrifié selon les moyens de chacun (mouton, veau…).
Les femmes préparent des plats traditionnels tandis que les jeunes peignent douze œufs durs, colorés selon les saisons. L’œuf symbolise la Terre sphérique et la coquille brisée évoque la fonte de la glace originelle et l’éclosion de la vie.
La veille, les familles visitent les tombes de leurs proches pour y déposer des œufs, des sucreries et des fruits, partagés ensuite avec les pauvres.
Des interdits traditionnels persistent : on évite de labourer la terre en avril et les mariages sont déconseillés, car « avril est la mariée de l’année ».
Au cœur des célébrations figure le pèlerinage au temple de Laleş (Lalish), sanctuaire sacré abritant la tombe de Cheikh Adi (mort en 1162), où des centaines de bougies sont allumées.
Un héritage vivant malgré les épreuves
Les Yézidis, estimés à environ un million de personnes dans le monde (principalement au Kurdistan du Sud, en Syrie, en Turquie, en Arménie, en Géorgie, en Russie et en Europe), puisent leur spiritualité dans des traditions orales ancestrales, leur patrimoine écrit ayant été largement détruit au fil des invasions et persécutions.
Depuis le génocide perpétré par Daech à Shengal en août 2014, ces fêtes revêtent une importance encore plus grande : elles deviennent un acte de résistance, de résilience et d’affirmation identitaire.
KURDISTAN. l’Anfal doit être reconnu comme génocide au niveau international
KURDISTAN – Le président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a commémoré mardi le 38e anniversaire de la campagne d’Anfal (génocide kurde ordonné par Saddam Hussein) à Garmian. Dans un communiqué officiel, il a réitéré leur volonté de poursuivre ses efforts pour obtenir la reconnaissance internationale de l’Anfal comme génocide, tout en s’engageant à intensifier le soutien aux familles des victimes et la recherche des restes des martyrs.
« Au niveau international, nous poursuivrons nos efforts pour que le massacre d’Anfal soit reconnu comme un génocide », a déclaré Nechirvan Barzani. Il a ajouté que, par devoir humanitaire et national, les autorités kurdes ne ménageront aucun effort pour localiser et rapatrier les dépouilles des victimes, et pour apporter tout le soutien possible à leurs familles.
Le président a qualifié la campagne d’Anfal de 1988 de « l’un des crimes les plus graves commis contre le peuple kurde par l’ancien régime irakien ». Plus de 182 000 civils kurdes – hommes, femmes, enfants et jeunes – ont été tués au cours de cette opération systématique.
« L’Anfal n’était pas seulement un crime, mais une tentative délibérée d’éradiquer tout un peuple pacifique. Ses conséquences restent visibles jusqu’à aujourd’hui sur le corps de la patrie », a-t-il souligné.
Nechirvan Barzani a rendu hommage aux victimes en s’inclinant « devant les âmes pures des martyrs » et en adressant ses salutations les plus sincères à leurs familles et proches. Il a rappelé que le souvenir des victimes occupe une place centrale dans les commémorations annuelles et que le soutien à leurs familles constitue une responsabilité permanente.
Concernant les indemnisations, le président a réaffirmé que cette obligation incombe au gouvernement fédéral irakien, conformément à la décision de la Haute Cour pénale irakienne. « Nous réaffirmons qu’il incombe au gouvernement fédéral d’indemniser matériellement et moralement les familles des victimes », a-t-1 déclaré.
Enfin, Nechirvan Barzani a insisté sur l’importance de l’unité politique au sein du Kurdistan, estimant qu’elle est essentielle pour préserver le statut constitutionnel de la Région et honorer la mémoire des victimes d’Anfal.
La campagne d’Anfal, menée en 1988 par le régime de Saddam Hussein, reste l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire kurde. Chaque année, les autorités et la population du Kurdistan commémorent cet épisode avec des cérémonies officielles, des moments de recueillement et des appels renouvelés à la justice et à la reconnaissance internationale.
KURDISTAN. Kirkouk sacrifié : l’UPK cède la ville pour la présidence irakienne
IRAK / KURDISTAN – L’Union patriotique du Kurdistan (UPK) aurait cédé le gouvernorat de Kirkouk au Front turkmène pour obtenir la présidence irakienne. L’accord très critiqué par le PDK, qui parle d’un grave échec pour les intérêts kurdes.
L’Union patriotique du Kurdistan (UPK) a accepté de céder le gouvernorat de Kirkouk à des factions turkmènes et arabes sunnites dans le cadre d’un accord politique négocié à Bagdad. En échange, elle a obtenu le soutien législatif nécessaire à l’élection de Nizar Amedi à la présidence de la République d’Irak.
Selon des sources bien informées, cet accord multipartite, impliquant Bafel Talabani, Mohammed al-Halbousi, Qais al-Khazali et Rayan al-Kildani, prévoit une rotation du poste de gouverneur : les Turkmènes l’occuperont pendant sept mois à compter de juin, avant qu’il ne passe aux Arabes sunnites jusqu’aux prochaines élections provinciales.
En contrepartie, l’UPK a réclamé plusieurs postes compensatoires, dont le vice-gouvernorat, le commandement de la police de Kirkouk et les mairies des districts de Dibis et Daquq.
Cet arrangement, perçu comme un rapprochement avec Ankara, a provoqué une vive colère au sein des factions kurdes, y compris au sein même de l’UPK. Le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) y voit un échec stratégique majeur et un dangereux précédent qui fragilise l’unité kurde à Bagdad.
Ali Hussein, membre du bureau politique du PDK, a fermement critiqué l’initiative : « Notre problème n’est ni avec Nizar Amedi ni avec l’UPK en tant que parti. Il s’agit d’un principe politique fondamental depuis 2003 : chaque composante désigne elle-même son représentant par consensus. Les Kurdes doivent présenter un front uni pour la présidence. »
Il a rappelé que Kirkouk est le « cœur du Kurdistan » et que le PDK n’a jamais cédé ce poste, même face au régime baasiste. Selon lui, la division kurde à Bagdad affaiblit la position du Kurdistan, facilite les agressions extérieures et compromet l’application de l’article 140 de la Constitution.
L’activiste kurde, Scharo Bajalan vient de réagir à cette décision qualifiée d’« honteuse » :
« Décision honteuse. Le front turkmène organise ouvertement des rassemblements qui appellent au déplacement des Kurdes à Kirkouk – des rassemblements qui revendiquent Kirkouk comme une ville turque tout en rejetant catégoriquement toute revendication kurde sur la ville. Par le passé, nous avons également vu des attaques régulières du front turkmène contre les résidents kurdes.
Ērānšar : symbole du pillage de l’héritage kurde
Voici un énième exemple qui illustre parfaitement l’appropriation systématique de l’héritage kurde par les États coloniaux qui occupent le Kurdistan.
L’Iran porte le nom d’un empire sasanide dont le terme Ērānšar n’a de sens qu’en kurde hawrami (« Terre de Feu »), pourtant les nationalistes persans le revendiquent comme « Terre des Aryens ».
Un vol linguistique et historique qui symbolise le pillage plus large : tout ce qui est kurde — nom, histoire, culture — est systématiquement approprié, renommé ou effacé. Cet effacement constitue une injustice profonde envers le peuple kurde, dont l’identité et les racines sont ici niées au profit d’un récit nationaliste construit.
L’Iran moderne tire son nom de l’empire sasanide Ērānšar. Pourtant, ce terme n’a aucun sens cohérent en persan moderne. Il n’en prend un que dans la langue kurde, et particulièrement en hawrami.
Les nationalistes persans répètent à l’envi que « Ērān » viendrait de « Arya » et signifierait « terre des Aryens ». Ce n’est pas une vérité historique : c’est une reconstruction tardive qui efface les significations anciennes et indigènes, encore vivantes dans la langue et la culture kurdes.
En kurde comme en persan, « aryen » se dit arya, et non « Ēr » ou « Ir ».
En hawrami (dialecte kurde), l’étymologie est limpide et ancrée dans un système linguistique vivant :
Ēr = feu
-ān = suffixe territorial kurde, que l’on retrouve dans des noms de régions comme Botan, Ardalan, Badinan, Mukriyan, Soran, Baban, Germiyan, Mariwan, Kermashan ou Hawraman.
Ainsi, Ērān signifie littéralement « terre de feu » – et cette signification reste pleinement intelligible aujourd’hui en hawrami.
Cette lecture s’accorde parfaitement avec les fondements spirituels profonds de la culture kurde : le feu y a toujours été sacré, bien avant l’islam, dans le zoroastrisme, l’ézidisme, le yarsanisme (kakeyi) et les traditions originelles kurdes.
L’origine dite « aryenne » repose sur une reconstruction académique et une appropriation culturelle de l’histoire kurde. La lecture kurde, elle, est directe, linguistique et culturellement enracinée. Il ne s’agit pas seulement d’étymologie morte : c’est une signification qui vit encore dans la bouche des Hawramis.
Soyons clairs une bonne fois pour toutes :
Il n’existe en persan aucun composé « Ērān » ou « Iran » qui signifie « terre des Aryens ». Ni « Ēr », ni « Ir » ne portent ce sens.
Ērānšar n’a qu’une seule signification véritable, et elle est ancrée dans la langue kurde.
Ērānšar était un empire créé par les Sasanides d’origine kurde – un héritage que l’on tente aujourd’hui de nous voler.
Par Kurdeki Neteweyi
La Palestine : l’arbre qui cache la forêt coloniale du Moyen-Orient
La focalisation quasi exclusive de l’opinion internationale et des médias sur le conflit israélo-palestinien occulte une réalité bien plus vaste et systémique : une forêt de dominations coloniales internes et de persécutions ethniques et religieuses qui affecte des dizaines de millions de personnes au Moyen-Orient. La Palestine est l’« arbre » médiatique qui capte toute la lumière, tandis que des peuples entiers – Kurdes, Yézidis, Alévis, Baloutches, Assyro-Chaldéens, Arméniens, Chrétiens d’Orient… – voient leur identité, leur langue et leur territoire niés par des États-nations artificiels nés des accords coloniaux franco-britanniques.
L’héritage empoisonné de Sykes-Picot
Tout commence avec les accords Sykes-Picot de 1916, un partage secret entre la France et le Royaume-Uni qui découpait l’Empire ottoman défait selon des intérêts impérialistes, sans aucun égard pour les réalités socioculturelles, linguistiques et religieuses millénaires de la région.
Ces tracés arbitraires ont donné naissance à des États factices – Irak, Syrie, Turquie moderne – conçus sur le modèle européen de l’État-nation : « un peuple, une langue, un drapeau ». Ce modèle rigide s’est révélé catastrophique dans une région caractérisée par une mosaïque ethnique et confessionnelle exceptionnelle.
La tragédie kurde en est l’illustration la plus criante. Les Kurdes, promis à l’indépendance par le traité de Sèvres (1920), ont été sacrifiés au traité de Lausanne (1923) pour consolider la nouvelle République turque de Mustafa Kemal Atatürk. Ils sont ainsi devenus la plus grande nation sans État du monde, morcelée entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Chacun de ces États a tenté, par la force, de les assimiler ou de les effacer.
La stratégie de l’effacement : l’ingénierie démographique
L’oppression des Kurdes n’a pas été seulement militaire. Elle a pris la forme d’un colonialisme interne visant à les déposséder de leur ancrage territorial et culturel.
En Syrie et en Irak, les régimes baasistes ont mis en œuvre les tristement célèbres « Ceintures arabes ». Des populations arabes ont été déplacées vers les zones kurdes fertiles ou riches en pétrole pour briser la continuité territoriale kurde et modifier la démographie. En Syrie, sous Hafez al-Assad, environ 140 000 Kurdes ont été expulsés de leurs terres le long de la frontière turque, remplacés par des colons arabes dans une bande de 10 à 15 km de large.
En Turquie, la politique de turquification a été systématique : interdiction de la langue kurde pendant des décennies dans l’espace public, changement forcé des noms de milliers de villages kurdes, et déportations massives vers l’ouest du pays pour diluer l’identité kurde dans la masse turque.
Les sombres heures de la répression physique
Ces politiques d’effacement se sont accompagnées de massacres et de campagnes génocidaires souvent minimisées ou passées sous silence :
Le massacre de Dersim (1937-1938) : La Turquie kémaliste a lancé une opération militaire d’une extrême violence contre les Kurdes alévies de Dersim (rebaptisé Tunceli), au Kurdistan du Nord colonisé par la Turquie. Bombardements aériens, usage de gaz toxiques (dont du gaz moutarde acheté à l’Allemagne nazie) et massacres systématiques dans les villages et les grottes où les civils s’étaient réfugiés. Les estimations des victimes varient entre 13 000 (chiffres officiels turcs reconnus par Erdoğan en 2011) et 70 000 morts, avec des dizaines de milliers de déportés et des fillettes données aux familles d’officiers turcs.
La campagne Anfal et le massacre de Halabja (1988) : En Irak, le régime de Saddam Hussein a mène une véritable campagne génocidaire contre les Kurdes. Entre 50 000 et 182 000 morts selon les sources, des milliers de villages détruits. L’attaque chimique sur Halabja le 16 mars 1988 reste le plus grand massacre chimique contre une population civile de l’histoire : entre 3 200 et 5 000 morts immédiats et 7 000 à 10 000 blessés. Les précurseurs des armes chimiques avaient été fournis à l’Irak par des entreprises occidentales (Allemagne de l’Ouest, Pays-Bas, etc.).
La forêt des minorités persécutées
Au-delà des Kurdes, c’est toute la mosaïque humaine du Moyen-Orient qui a été visée par ces nationalismes d’État exclusifs :
Assyro-Chaldéens, Syriaques et Arméniens : Héritiers des plus anciennes civilisations de Mésopotamie, ils ont subi le Sayfo (génocide assyrien) en 1915, contemporain du génocide arménien. Les délégations assyriennes de l’époque estimaient les pertes entre 250 000 et 275 000 morts – environ la moitié de leur population d’avant-guerre. Des vagues d’exodes massifs ont suivi, menaçant aujourd’hui leur survie sur leurs terres ancestrales.
Les Yézidis : Minorité religieuse kurde, ils ont été victimes de 74 tentatives de génocide au cours de leur histoire, dont le plus récent par Daech en 2014 : environ 5 000 hommes et personnes âgées massacrés, plus de 6 800 femmes et filles réduites en esclavage sexuel, et des centaines de milliers de déplacés. L’ONU et plusieurs pays ont reconnu ces crimes comme un génocide.
Les Baloutches : Divisés par la ligne Durand (frontière coloniale entre Pakistan et Afghanistan), ils subissent une répression féroce en Iran et au Pakistan, où leurs ressources naturelles sont exploitées sans bénéfice pour les populations locales.
D’autres minorités – Chrétiens d’Orient, Alévis, etc. – ont également fait face à des politiques d’assimilation, de discrimination ou d’éradication culturelle.
Pourquoi ce silence ?
Si la Palestine capte toute l’attention, c’est en partie parce que dénoncer la colonisation israélienne est devenu un marqueur politique simple et mobilisateur dans de nombreux cercles. Dénoncer le caractère colonial des États issus de Sykes-Picot obligerait l’Occident à remettre en question l’architecture même du Moyen-Orient qu’il a contribué à bâtir – et à affronter des alliés stratégiques : la Turquie (membre de l’OTAN), les États pétroliers, ou des acteurs clés des routes commerciales et de la stabilité régionale.
Les Kurdes, Yézidis, Assyriens ou Baloutches n’ont ni lobby comparable ni image aussi polarisante. Leur souffrance est souvent réduite à des « problèmes internes » ou à des questions de « terrorisme » (PKK, etc.), tandis que les États responsables sont courtisés pour des raisons géopolitiques.
Cette perspective met en lumière une réalité amère : la lutte pour l’autodétermination au Moyen-Orient ne pourra être complète tant que l’on ignorera les dizaines de millions d’individus dont l’identité est niée par des frontières tracées à Paris et à Londres il y a plus d’un siècle. Reconnaître cette « forêt coloniale » dans toute sa complexité est un préalable à toute paix durable et honorable dans une région qui n’a jamais connu de paix depuis plus d’un siècle.
TURQUIE. Un Kurde écrit 11 livres en 30 ans captivité où il apprend à lire et écrire
TURQUIE / KURDISTAN – Hamit Adiman est entré en prison en 1994 sans savoir ni lire ni écrire une seule lettre. Trente ans plus tard, à sa libération le 8 novembre 2024, il en est ressorti auteur de 11 livres en langue kurde.
Arrêté à Mersin et condamné à la réclusion à perpétuité par un tribunal de sûreté de l’État (aujourd’hui dissous), Adiman a passé trois décennies dans les prisons de Mersin, Konya, Gaziantep et Şakran. Il décrit cette longue période non pas comme un simple enfermement, mais comme « un domaine de connaissances et d’expérience ».
Dans un entretien accordé à l’agence Mezopotamya (MA), il raconte :
« Au début, je ne savais même pas écrire mon propre nom. Aujourd’hui, je me suis entièrement engagé pour la langue kurde. Pour moi, chaque paragraphe en kurde est un acte de résistance ».
Il ajoute : « Une paix honorable est possible grâce à la langue, à l’histoire et à une vie libre. »
Parmi ses ouvrages figurent notamment Xeyalên Rîsandî, Kervana Hesretê, Rêwiyê Evînê et Awzemka Xemên Min. Certains de ses livres ont été interdits par les autorités turques sous prétexte de « propagande terroriste ».
Hamit Adiman transforme ainsi sa détention en un puissant témoignage : l’apprentissage de sa langue maternelle est devenu, sous ses yeux, l’ultime forme de résistance. Cela souligne une fois de plus l’injustice subie par le peuple kurde, dont la culture et l’expression restent entravées.