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Narbonne : une mobilisation du 1er mai placée sous le signe de la paix, de la solidarité et du féminisme internationaliste

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NARBONNE – À l’occasion du 1er mai, Narbonne a accueilli une journée de mobilisation riche et engagée autour du thème « Paix et solidarité entre les peuples ». Dès 10h30, une manifestation unitaire a réuni de nombreuses organisations, associations et syndicats. Plusieurs communiqués y ont été lus, dont celui de l’Union des communautés du Kurdistan – Europe (KCK-E), relayé par le Centre démocratique kurde de Montpellier.

L’après-midi, de 13h à 19h, le Palais du Travail s’est transformé en un véritable village des associations, espace convivial d’échanges, de rencontres et de débats. Le Centre démocratique kurde de Montpellier y tenait un stand commun avec l’association France Kurdistan.

Une conférence sur la révolution féministe kurde

Dans ce cadre, le Centre démocratique kurde de Montpellier et France Kurdistan ont co-organisé une conférence intitulée : « De la révolution féministe du Rojava à la marche mondiale des femmes ». Celle-ci était modérée par Maud Seguier, autrice de Sul camin del feminisme, premier livre féministe contemporain écrit en langue occitane.

Gökçe Ciftci, représentante du Centre démocratique kurde de Montpellier (CDK-M), a ouvert l’intervention en replaçant la révolution féministe du Rojava dans l’histoire du mouvement de libération kurde. Elle a évoqué les figures fondatrices telles que Sakine Cansız, ainsi que les assassinats politiques de militantes kurdes à Paris et le parcours d’Evin Goyi.

L’intervenante a ensuite mis en lumière des personnalités emblématiques comme Leyla Zana et Gültan Kışanak, symboles d’un féminisme kurde ancré depuis longtemps dans la lutte et l’injustice historique subie par le peuple kurde. Elle a insisté sur le caractère concret de ce féminisme, mis en pratique au Rojava à travers des transformations sociales profondes, une éducation repensée et une organisation autonome des femmes.

L’exemple du village de Jinwar, construit par et pour les femmes, a illustré cette utopie concrète. Les combattantes des YPJ ont également été mises à l’honneur, avec des figures marquantes telles que Nesrin Abdullah, Rojda Felat, Rohilat Efrin et Arin Mirkan. Des personnalités politiques et diplomatiques comme Ilham Ahmed et Hevrîn Khalaf ont complété ce panorama, soulignant la répression systématique dont ces femmes font l’objet.

La jineolojî, science de la libération des femmes

Gökçe Ciftci a ensuite développé le concept central de jineolojî (« science des femmes »), qu’elle présente non comme une simple théorie, mais comme une pratique politique transformative. Opposée au patriarcat, au colonialisme et aux systèmes de domination étatiques, la jineolojî vise à reconstruire l’ensemble de la société en plaçant la libération des femmes au cœur du projet.

Elle s’incarne dans l’organisation autonome des femmes, la transformation des rapports sociaux et une éducation émancipatrice. Au Rojava, cette approche est devenue une réalité institutionnelle, politique et sociale. « La libération des peuples passe par la libération des femmes », a rappelé l’intervenante, citant l’exemple de Nagihan Akarsel, intellectuelle et militante assassinée pour son engagement en faveur de la jineolojî.

Un féminisme internationaliste

La conférence a enfin souligné la dimension internationaliste du féminisme kurde. Le rôle du TJK-E (Mouvement des femmes kurdes en Europe) a été mis en avant comme pont entre les luttes au Kurdistan et les mobilisations européennes.

Magali Chomette, de l’association France Kurdistan, a conclu en présentant la Marche mondiale des femmes, rendez-vous international organisé tous les cinq ans depuis 2000, comme un espace majeur de convergence des luttes féministes planétaires.

Cette journée à Narbonne a ainsi incarné, dans un esprit Jin, Jiyan, Azadî (« Femme, Vie, Liberté »), la force du lien entre féminisme, internationalisme et solidarité entre les peuples.

SYRIE. Damas ordonne l’interdiction des partis politiques kurdes

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SYRIE / ROJAVA — Le gouvernement intérimaire syrien à Damas a franchi une nouvelle étape autoritaire en exigeant la dissolution et l’interdiction de tous les partis politiques kurdes présents en Syrie.

Cette mesure vise notamment le PYD, l’ENKS, mais aussi des partis kurdes historiques qui existent depuis les années 1950. Damas affirme clairement qu’aucun parti politique kurde ne sera autorisé à exister ou à se former à l’avenir sur le territoire syrien.

Cette décision est perçue par de nombreux observateurs comme une offensive majeure d’arabisation forcée et une tentative d’effacement des Kurdes syriens de la vie politique et culturelle du pays.

Face à cette situation particulièrement grave, les Kurdes de Syrie sont appelés à rejeter massivement et unanimement cette mesure dictatoriale. Les voix kurdes soulignent que si cet autoritarisme n’est pas fermement dénoncé dès maintenant, la marginalisation politique et culturelle des Kurdes syriens risque de devenir irréversible.

La situation reste extrêmement tendue et pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’avenir du pays et sur la question kurde en Syrie.

Malgré le racisme systémique, Amedspor monte en première division turque

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TURQUIE / KURDISTAN — Malgré les attaques racistes systémiques, les provocations dans les stades et des arbitrages souvent anti-kurdes, Amedspor a réalisé un exploit historique : le club kurde de Diyarbakır (Amed) est promu en Süper Lig, la première division turque.

Lors de la dernière journée de la Trendyol 1. Lig (deuxième division), Amedspor se déplaçait sur la pelouse d’Iğdırspor. Un match spectaculaire et plein de rebondissements :

Iğdırspor ouvre le score dès la 6e minute par Moryke Fofana.

Amedspor égalise à la 19e grâce à Hasan Ali Kaldırım.

Les visiteurs prennent l’avantage sur penalty par Diagne (2-1), avant que ce dernier marque contre son camp (2-2).

En seconde période, Dia Saba redonne l’avantage à Amedspor à la 49e minute (3-2).

Iğdırspor égalise à la 79e par Atakan Çankaya.

Le score final reste 3-3. Grâce à ce résultat et à la conjonction des autres matchs, Amedspor valide officiellement sa montée en Süper Lig pour la première fois de son histoire.

Un succès d’autant plus remarquable qu’il intervient dans un contexte particulièrement hostile. Depuis plusieurs saisons, Amedspor est la cible d’attaques racistes systémiques : insultes raciales, banderoles provocatrices, agressions et arbitrages fréquemment contestés. Le club incarne bien plus qu’une équipe de football : il représente un symbole de résistance et de fierté kurde en Turquie.

ROJAVA. Crimes et chaos dans le canton d’Afrin occupé par la Turquie

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SYRIE / ROJAVA — L’organisation de défense des droits de l’homme à Afrin a révélé de nouvelles violations graves commises contre les civils kurdes dans le canton d’Afrin, occupé par la Turquie depuis 2018.

Dans son rapport publié vendredi, l’organisation indique qu’au cours du seul mois écoulé, des factions pro-turques intégrées à l’« Armée nationale syrienne » (ANS / NSA) ont enlevé huit civils kurdes à Afrin et dans ses environs.

Le rapport fait également état de la mort de trois personnes : un père et son fils noyés dans la rivière Afrin à Jindires, et un jeune homme tué par l’explosion de munitions non explosées dans la campagne d’Afrin. Deux vols à main armée commis par des individus armés non identifiés ont également été recensés.

Malgré le retour organisé d’environ 1 400 familles kurdes déplacées depuis le 14 avril, les colons installés dans les maisons des Kurdes continuent de refuser de les évacuer, certains réclamant même une compensation financière pour partir. L’organisation dénonce la « faible performance » de l’administration locale, incapable de faire appliquer ses propres décisions.

Depuis l’occupation turque de mars 2018, Afrin est le théâtre récurrent d’enlèvements, meurtres, tortures, viols, pillages, changement démographique forcé et destruction du patrimoine. Des crimes souvent qualifiés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité par les organisations kurdes et plusieurs rapports internationaux.

Les Élamites étaient-ils kurdes ?

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IRAN / ROJHILAT – L’archéologue français François Desset est parvenu à déchiffrer l’écriture linéaire élamite vieille de plus de 4 000 ans et longtemps restée un mystère.

Cantonné dans la province kurde d’Ilam

Ce système d’écriture, découvert en 1903 lors de fouilles françaises à Suse, dans le sud-ouest de l’Iran, se compose de 77 signes distincts. Il est considéré comme le seul système d’écriture indigène propre à l’Iran.

Utilisée par la civilisation élamite, l’écriture linéaire élamite appartenait à une grande culture antique qui rivalisait avec la Mésopotamie voisine.

Un développement purement local

Contrairement au cunéiforme mésopotamien ou aux alphabets araméen, grec et arabe introduits plus tard, l’écriture linéaire élamite est le fruit d’un développement entièrement autochtone. « C’est le seul système d’écriture né en Iran », souligne François Desset.

Sa percée décisive est notamment liée à l’étude, en 2015, d’objets de la collection Mahboubian à Londres. Les noms propres ont joué un rôle clé dans le déchiffrement, en particulier celui du roi Šilhaha, qui régna vers 1950 avant notre ère. Cette avancée lui vaut d’être régulièrement comparé à Jean-François Champollion, le déchiffreur des hiéroglyphes égyptiens.

Aujourd’hui affilié à l’Université de Liège en Belgique, François Desset a doublé le nombre de textes élamites connus et ouvert la voie au déchiffrement potentiel des inscriptions proto-élamites, encore plus anciennes.

La civilisation élamite et son héritage

La civilisation élamite (3200-539 av. J.-C.) s’est développée principalement dans ce qui correspond aujourd’hui au Khuzestan et à la province d’Ilam (Elam), située dans l’est du Kurdistan. Cette région conserve encore aujourd’hui son nom antique.

Certaines sources historiques et culturelles kurdes considèrent les Élamites parmi les ancêtres des Kurdes. Bien que cette thèse reste débattue dans les milieux académiques, elle s’inscrit dans un débat plus large sur la continuité historique des peuples du plateau iranien. La langue élamite est, quant à elle, considérée par la majorité des linguistes comme une langue isolée.

Des découvertes archéologiques indiquent que l’occupation humaine de la région d’Ilam remonte à plus de 6 000 ans, faisant d’elle l’un des berceaux les plus anciens de la civilisation dans cette partie du monde.

IRAN. Les mollahs intensifient les exécutions

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IRAN / ROJHILAT – Naser Bakrzadeh, prisonnier politique kurde de 26 ans, et Yaqoub Karimpour, adepte de la foi Yarsan, ont été exécutés en secret à l’aube ce matin à la prison centrale d’Urmia. En avril dernier, le régime iranien a exécuté moins 26 prisonniers, dont 14 prisonniers politiques.

Selon l’organisation Hengaw pour les droits humains, les deux hommes ont été pendus après avoir été condamnés pour « espionnage au profit d’Israël ». L’agence officielle Mehr a confirmé ces exécutions.

Les deux prisonniers avaient été brusquement retirés de leurs quartiers de haute sécurité et placés à l’isolement sous de faux prétextes (« transfert au service de médecine légale » et « rencontre avec les agents d’exécution des peines »). Hengaw avait alerté sur le risque imminent d’exécution suite à ce transfert suspect.

Profils et simulacre de justice

Naser Bakrzadeh, 26 ans, originaire d’Urmia, a été condamné à mort par la 2e chambre du Tribunal révolutionnaire pour « espionnage au profit d’Israël ». Sa peine a été confirmée en seulement dix jours par la Cour suprême, dans une procédure expéditive, et lui a été notifiée le 25 avril 2026. Il a subi de graves tortures au centre de détention d’Al-Mahdi afin d’obtenir des aveux forcés.

Yaqoub Karimpour, diplômé en droit public originaire de Miandoab et de nationalité turque, a été arrêté pendant les douze jours de la guerre israélo-iranienne. Condamné à mort pour « corruption sur terre » et « espionnage », il a vu sa peine confirmée le mois dernier. Les autorités ont également arrêté son épouse, Saboura Lotfi, dans une claire tentative de pression psychologique.

L’organisation Hengaw qualifie ces exécutions de meurtres prémédités et de violations flagrantes du droit à un procès équitable. Les aveux ont été extorqués sous la torture, et les procédures judiciaires sont entachées de graves irrégularités.

Hengaw exprime également une vive inquiétude pour le sort de Mehrab Abdollahzadeh, transféré en même temps vers un lieu tenu secret.

Ces exécutions s’inscrivent dans une nouvelle vague de répression sanglante orchestrée par la République islamique, qui instrumentalise la peine de mort pour semer la terreur, surtout en période de tensions régionales. La communauté internationale ne peut plus rester spectatrice face à cette machine judiciaire meurtrière.

SYRIE. Silence, on massacre les Kurdes !

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SYRIE / ROJAVA – Des informations de massacres de civils kurdes continuent à nous parvenir depuis la Syrie où le régime sanguinaire d’al-Sharaa (Jolani) sème la terreur contre tous les peuples et minorités non arabo-sunnites, avec le soutien ouvert de l’Occident et de son mon maître Erdogan.

Un civil kurde a été assassiné sous la torture dans les geôles du régime syrien à Raqqa, moins de 48 heures après son arrestation. Parallèlement, les nouvelles restent coupées concernant un jeune Kurde de Kobanê enlevé dans la campagne de Homs.

Ismail al-Kurdi, la quarantaine, marchand de voitures originaire de Kobanê et résidant à Raqqa, a été arrêté jeudi 30 avril à son domicile sans aucun motif. Vendredi 1er mai à l’aube, sa famille a été appelée pour récupérer son corps à l’hôpital national de Raqqa, après qu’il a succombé aux tortures subies en détention.

Ismail al-Kurdi

Dans le même temps, un jeune Kurde de 21 ans, Jiwan Serdar Ahmad, originaire de Kobanê, a été enlevé dans la campagne de Homs. Depuis, c’est le silence complet.

Jiwan Serdar Ahmad

Ces nouveaux crimes s’inscrivent dans une escalade plus large. En janvier dernier, des milliers de Kurdes ont été massacrés lors d’attaques ciblées à Sheikh Maqsoud, Raqqa, Tabqa et dans la campagne de Kobanê par les gangs soutenus par la Turquie et par les forces du régime de Damas.

Restes de 15 combattants kurdes mis ensemble dans du plastique 

Le même jour, les restes d’une quinzaine de combattants kurdes, massacrés et mutilés il y a deux mois à Deir ez-Zor, ont été transférés à Hassaké mis ensemble dans du plastique, en état de décomposition avancée.

De plus, une partie des milliers de combattants kurdes (femmes et hommes) pris en otage en janvier par Damas n’ont toujours pas été libérés, malgré la mobilisation continue des familles des otages kurdes…

 

Damas avoue détenir les journalistes Michelmann et Polad

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SYRIE / ROJAVA – Plus de trois mois après leur disparition, le gouvernement de transition syrien a officiellement confirmé la détention de la journaliste allemande Eva Maria Michelmann et de son collègue kurde Ahmed Polad (Mehmet Nizam Aslan).

Selon un communiqué du ministère syrien de l’Information, les deux journalistes ont été « découverts » lors d’une perquisition à Raqqa dans un bâtiment qui servait de quartier général aux Forces démocratiques syriennes (FDS). Damas affirme qu’ils avaient dissimulé leur identité et qu’ils font désormais l’objet de poursuites judiciaires, sans qu’aucune charge précise n’ait été communiquée.

Ce récit officiel est pourtant en totale contradiction avec les témoignages recueillis sur place.

Un enlèvement délibéré selon les témoins

Des témoins oculaires affirment que les deux journalistes ont été délibérément enlevés le 18 janvier 2026 par des soldats des forces gouvernementales, alors qu’ils se trouvaient dans un centre de jeunesse kurde à Raqqa. Plusieurs civils s’y étaient réfugiés face à l’intensification des combats lors de l’offensive du gouvernement de transition contre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Tous les autres civils présents auraient été évacués, tandis que Michelmann et Polad ont été séparés du groupe et emmenés de force.

Conditions de détention préoccupantes

Les deux journalistes travaillaient pour l’agence de presse ETHA, basée à Istanbul, et pour la chaîne Özgür TV. Leur sort est resté inconnu pendant des mois. Ce n’est qu’à la mi-avril que l’on a appris qu’ils étaient détenus dans une prison d’Alep. Eva Maria Michelmann a depuis été transférée dans un centre de détention à Damas.

Leur longue période d’isolement cellulaire suscite de vives inquiétudes. L’avocat allemand de Michelmann, Frank Jasenski, a dénoncé lors d’une récente conférence de presse des conditions de détention inhumaines. Il a exigé leur libération immédiate, soulignant que l’isolement prolongé pendant plusieurs mois constitue une forme de torture selon les standards internationaux.

Le frère de la journaliste, Antonius Michelmann, a rapporté que sa sœur avait été soumise à des interrogatoires « pendant des heures, voire des jours », laissant craindre une nette dégradation de son état de santé.

Version officielle jugée contradictoire

Le ministère syrien de l’Information affirme par ailleurs que les deux journalistes se seraient présentés comme des travailleurs humanitaires et auraient prétendu collaborer avec les Nations unies — des déclarations jugées fausses par Damas. Ils sont également accusés d’avoir tenté de s’évader et sont soupçonnés d’être des « combattants étrangers » en situation irrégulière.

Ces accusations, formulées plusieurs mois après les faits, apparaissent comme une justification a posteriori et contredisent fortement les témoignages directs selon lesquels les journalistes ont été enlevés alors qu’ils couvraient les événements à Raqqa.

TURQUIE. Rafles massives pendant la mobilisation du 1er mai à Istanbul

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TURQUIE – ISTANBUL – Malgré l’interdiction officielle d’accès à la place Taksim, des milliers de manifestants ont tenté de s’y rendre pour célébrer la Journée internationale des travailleurs. La police turque a déployé un important dispositif de sécurité et a violemment réprimé les cortèges, procédant à des centaines d’arrestations, rapporte l’agence kurde ANF.

Selon les informations recueillies sur place, au moins 350 à 370 personnes ont été interpellées au cours de la journée dans différents quartiers d’Istanbul.

Interventions dans plusieurs quartiers

À Mecidiyeköy, plusieurs groupes, dont des membres du Parti de la liberté sociale (TÖP), ont été bloqués par la police. Au moins sept personnes ont été arrêtées, dont la porte-parole du parti, Juliana Gözen.

D’autres organisations, telles que la Plateforme de solidarité socialiste, la Fédération des associations de jeunesse socialiste (SGDF) et l’Initiative de solidarité étudiante, ont également été empêchées d’avancer. Au moins 15 personnes ont été interpellées lors de ces interventions. Lorsque des membres des Maisons du peuple (Halkevleri) ont protesté contre la répression, la police est intervenue une nouvelle fois, arrêtant une vingtaine de personnes supplémentaires.

Un groupe d’environ une centaine de manifestants, emmené notamment par Erkan Baş, président du Parti des travailleurs de Turquie (TİP), a tenté de forcer un barrage policier. Les forces antiémeutes ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Les manifestants ont scandé des slogans tels que « Vive le 1er mai ! » et « Partout, c’est Taksim, partout, c’est la résistance ! ». Des députés du parti DEM, dont Kezban Konukçu et Özgül Saki, ont apporté leur soutien aux protestataires.

Dans le quartier de Beşiktaş, de nouveaux affrontements ont eu lieu. Des membres du Parti de libération du peuple (HKP) ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de marcher vers Taksim. Au moins 37 personnes ont été interpellées dans ce secteur.

Taksim, symbole historique du mouvement ouvrier

La place Taksim reste un lieu hautement symbolique pour le mouvement ouvrier en Turquie, notamment en raison du massacre du 1er mai 1977. Ce jour-là, plus de 500 000 personnes s’étaient rassemblées à l’appel de la confédération syndicale DISK. Avant même que la majorité des manifestants n’atteigne la place, des tireurs embusqués ont ouvert le feu sur la foule. La panique qui a suivi a été aggravée par l’intervention brutale de la police et de l’armée ( véhicules blindés, gaz lacrymogènes et canons à eau ) .

Selon les chiffres officiels, le bilan fait état de 34 morts et d’environ 200 blessés. Les organisations de gauche estiment quant à elles le nombre de victimes à au moins 37. Plus de 500 personnes avaient alors été arrêtées. Près de cinquante ans plus tard, les circonstances exactes du massacre n’ont jamais été pleinement élucidées. De nombreuses enquêtes et témoignages pointent régulièrement vers des structures de la « contre-guérilla » et des liens présumés avec le Gladio turc.

Jan Ilhan Kizilhan rend hommage à son père décédé récemment

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Dans son article « L’héritage de mon père », Jan Ilhan Kizilhan rend hommage à son père, dont la vie incarne les tragédies et la résilience des Kurdes yézidis (Êzdî). À travers ce récit intime marqué par l’exil et la persécution, le psychologue explore la transmission des traumatismes intergénérationnels et la force silencieuse nécessaire pour survivre. Ce témoignage devient une réflexion profonde sur la capacité de transformer la douleur en un héritage de dignité et d’endurance pour les générations futures.

Voici l’article de Jan Ilhan Kizilhan :

Mon père est né dans les années 1930, dans un lieu qui me semblait autrefois le bout du monde, et pourtant profondément ancré dans les forces qui ont façonné le XXe siècle. Sa vie n’a pas commencé dans le calme, mais au lendemain d’un bouleversement. L’effondrement de l’Empire ottoman n’a pas simplement redessiné les frontières ; il a brisé des vies et dispersé des communautés. Son propre père a fui après la destruction de sa tribu et est mort peu après, accablé par le deuil. Mon père avait deux ans. Ce qui restait, ce n’était pas la continuité, mais la fragmentation, une désintégration silencieuse où les familles se perdaient les unes les autres comme si le langage lui-même avait failli.

Son histoire est indissociable de l’histoire qui l’entoure. Elle porte la mémoire d’un peuple sans cesse repoussé, jusqu’à ce que la marginalité devienne une condition d’existence. Survivre exigeait retenue, silence et la capacité d’endurer sans reconnaissance. Et pourtant, sous cette endurance, quelque chose d’essentiel persistait : un sens de la dignité qu’on ne pouvait pas facilement lui ravir. La patrie, dans ce contexte, cessa d’être un lieu stable. C’était devenu une promesse incertaine, toujours fragile, toujours menacée.

Il a grandi dans un monde où la violence n’était pas l’exception, mais une possibilité constante. Le village [basé dans le Kurdistan de Turquie] semblait vivre sous une tension permanente et tacite. La peur n’était pas évoquée ; elle était simplement présente, absorbée par le quotidien. L’enfance n’offrait pas de protection, mais plutôt une initiation précoce à la nécessité. À dix ans, il a commencé à travailler, non par devoir, mais par nécessité. Une mère malade, un beau-père aveugle, un petit frère : autant de réalités à assumer sans hésiter. La responsabilité n’était pas une notion abstraite, mais un fardeau physique.

Gelhok, notre village, pouvait paraître presque idyllique de loin. Ses maisons couleur terre se dressaient sur une colline verdoyante, entourées de champs de lentilles et de blé, de fleurs sauvages et d’eau calme. Enfant, je percevais ce paysage comme une forme de beauté. Pour les adultes, c’était un lieu d’endurance plutôt qu’un lieu d’appartenance. L’ouverture et l’enfermement coexistaient, intimement liés, façonnant une vie à la fois vaste et restreinte.

Le quotidien était rythmé par le labeur et la répétition. Il n’y avait ni électricité, ni infrastructures goudronnées, et peu de choses séparaient les jours les uns des autres, si ce n’est le degré d’épuisement. Les soirées étaient synonymes de calme plutôt que de repos. Les conversations étaient rares, souvent interrompues par la fatigue. Sous cette routine, une conscience constante de la vulnérabilité planait. En tant que Yézidis, ils vivaient avec la conscience que leur différence, à elle seule, pouvait les mettre en danger.

Mon père avait développé une manière bien à lui de maintenir l’ordre. Pour lui, l’ordre n’était pas une question de préférence, mais de nécessité. Sa rigueur ne découlait pas de la distance, mais de la crainte que, sans structure, tout ne s’effondre. Il portait le poids des responsabilités sans posséder les mots pour exprimer sa vie intérieure. La force qu’il incarnait ne laissait transparaître aucune douceur, peut-être parce que la douceur lui avait toujours été inaccessible. Son lien avec sa mère et sa foi lui offraient un ancrage, pourtant une tristesse persistante l’habitait, une tristesse indicible. Le passé ne s’estompait pas ; il restait actif en lui, façonnant sa présence de manières souvent silencieuses.

Ma mère, en revanche, évoluait dans le même environnement avec une conscience différente. Sa capacité à lire et à écrire la distinguait, et on se tournait vers elle lorsqu’on avait besoin de clarté ou de conseils. Elle vivait avec les mêmes contraintes, mais elle ne s’y laissait pas définir. Ses actions étaient empreintes d’une autonomie tranquille, d’un refus d’être entièrement prisonnière des circonstances.

La relation entre mes parents ne suivait pas le schéma classique de l’amour. Elle s’est tissée progressivement, façonnée par des responsabilités partagées et par la conviction que la survie dépendait de la coopération. Ce qui s’est développé entre eux n’était ni expressif ni démonstratif, mais stable et fiable, enraciné moins dans l’émotion que dans une endurance mutuelle.

Pourtant, le passé restait omniprésent. Les histoires familiales revenaient sans cesse, non comme une histoire lointaine, mais comme une blessure irrésolue. Le nom d’Ibrahim Pasha Milli [Ibrahim Pacha Milli était le chef de la fédération tribale kurde de Milan en Haute Mésopotamie] revêtait une importance particulière. La tribu de mon père, y compris mon grand-père, s’était ralliée à lui dans la résistance contre l’Empire ottoman, animée par le désir d’améliorer leur sort. Ce moment de rébellion, cependant, n’a pas mené à la libération. Il a engendré la perte.

Des terres ont été confisquées. Des familles ont été séparées. Des vies ont été fauchées. Ce qui a suivi n’a pas été l’apaisement, mais une absence persistante qui s’est étendue sur plusieurs générations. Cette histoire persistait dans les gestes, dans les silences, dans les non-dits. Mon père la portait comme une part indissociable de lui-même.

La violence du passé demeurait présente de manière insidieuse. Elle se manifestait dans les décisions prudentes, dans les hésitations, dans la conscience que la sécurité n’était jamais acquise. Quand ces souvenirs furent évoqués, l’atmosphère changea, comme si le poids des événements était encore palpable. Mon père parla de persécution, de la fragilité de la coexistence et de la complexité du sentiment d’appartenance. Il insistait souvent sur le fait que les gens étaient liés, qu’ils appartenaient à une même communauté malgré leurs divisions, et pourtant, il était profondément affecté par les conflits au sein de sa propre communauté culturelle et linguistique.

Parallèlement à ces souvenirs, il y avait d’autres formes de récits. Le soir, au coin du feu, des histoires de lumière, d’anges et de rythmes sacrés offraient une perspective différente. Le soleil était perçu comme bien plus qu’une simple présence physique, et la terre elle-même était imaginée comme vivante, reposante et se renouvelant sans cesse. Ces histoires n’effaçaient pas la peur, mais elles proposaient une autre façon d’appréhender le monde, une façon qui suggérait une continuité au-delà de la souffrance.

La décision de ma mère de partir pour l’Allemagne marqua un tournant. Elle partit seule, pénétrant dans un monde qui lui était totalement étranger. Pour mon père, accepter ce départ exigeait un courage difficile à exprimer. Son consentement eut des conséquences, et la punition physique qui suivit reflétait la tension entre décision individuelle et attentes collectives.

Lorsqu’il la rejoignit finalement, nous restâmes en arrière, enfants séparés de nos parents et de tout repère rassurant. À partir de ce moment, mes propres souvenirs se transforment, devenant moins structurés, plus immédiats. Je me souviens du départ non comme d’une suite d’événements, mais comme d’une image : leurs silhouettes s’éloignant, se fondant peu à peu dans le lointain. Je me souviens avoir couru, crié, tenté de retenir quelque chose d’inatteignable. Ils ne se sont pas retournés, et leur disparition a marqué une rupture difficile à comprendre sur le moment.

Ce n’est que plus tard qu’il m’a été possible d’interpréter cet instant autrement. Leur départ n’était pas un abandon, mais une tentative de construire un avenir. Il était guidé par la volonté de revenir, de reconstruire, de nous offrir une vie différente. Pour eux, il représentait l’espoir. Pour moi, il est resté une perte.

En Allemagne, leur vie était rythmée par le travail et la persévérance. Ils ont bâti quelque chose de nouveau dans des conditions exigeant un effort constant. Mon père a continué d’assumer ses responsabilités, mais il nous a aussi ouvert d’autres perspectives. Il insistait sur l’éducation, non comme une valeur abstraite, mais comme un moyen de préserver la dignité et d’acquérir l’autonomie. Son encouragement à lire, à apprendre et à réfléchir a marqué un tournant qui dépassait sa propre expérience.

Sa fierté s’exprimait discrètement, sans emphase. Elle transparaissait dans la façon dont il parlait de nous, comme si notre développement confirmait que le passé ne déterminait pas tout ce qui allait suivre. Il y avait, dans son attitude, le sentiment que la transformation était possible, même si elle exigeait de la persévérance.

Aujourd’hui, en tant que père moi-même, je constate la pérennité de cette dynamique. Mes enfants le perçoivent non seulement comme un grand-parent, mais aussi comme une figure d’origine, une source de stabilité qu’ils portent en eux. L’idée de patrie, en ce sens, se réduit moins à une question de géographie et davantage à une présence, à ce qui se transmet de génération en génération.

L’histoire plus large de sa vie reflète des expériences qui dépassent le cadre d’une seule communauté. La perte, le déracinement et le silence ne sont pas des phénomènes isolés. Le traumatisme ne se limite pas à la mémoire ; il perdure à travers le non-dit, à travers des schémas qui persistent sans reconnaissance explicite.

Dans mon travail, j’ai rencontré de nombreuses histoires de ce genre. Invariablement, j’y reconnais des traits de mon père : une forme d’endurance inexprimable, une capacité à continuer malgré la fragmentation, et une intensité discrète qui ne recherche pas l’attention.
L’image qui me reste n’est pas celle d’une expression dramatique, mais celle d’une présence subtile et persistante. Il y avait en lui une qualité que l’on pourrait décrire comme une lumière intérieure, non pas quelque chose qui exigeait d’être reconnu, mais quelque chose qui perdurait.

Cette présence a façonné sa vie et continue de façonner la suite.

Sa mort fut presque imperceptible, comme si la tension qui avait marqué une grande partie de son existence s’était peu à peu dissipée. Il ne restait que le sentiment d’une vie marquée par les difficultés, mais aussi par la continuité, par un engagement qui ne dépendait pas de la reconnaissance.

Il n’était pas du genre à s’exprimer en termes grandiloquents, pourtant sa manière de rester, de ne pas se retirer malgré tout, peut être perçue comme une forme d’amour qui se passe de déclarations.

Son héritage ne se limite pas à la mémoire. Il se manifeste dans nos actes, dans notre compréhension de nous-mêmes et dans nos relations aux autres. Il est présent chez nos enfants, dans nos décisions et dans la persistance discrète de certaines valeurs.

Vivre avec cet héritage, ce n’est pas le répéter, mais le faire perdurer transformé. Cela implique d’en reconnaître les failles tout en reconnaissant sa force.

S’il existe un espace au-delà de cette vie, on peut l’imaginer là, libéré du poids qu’il portait, mais dans un état de délivrance, peut-être connecté à cette même force tranquille qui l’a accompagné tout au long de son existence.

Jan Ilhan Kizilhan est psychologue, auteur et éditeur, spécialiste en psychotraumatologie, traumatismes, terrorisme et guerre, psychiatrie transculturelle, psychothérapie et migrations.

Article original publié par Rudaw sous le titre de « My Father’s Legacy« 

« Les travailleurs, pilier essentiel du redressement de la Syrie et de la justice sociale »

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SYRIE / ROJAVA — Le Conseil démocratique syrien (CDS/MSD) a adressé ses chaleureuses félicitations à tous les travailleurs et travailleuses de Syrie et du monde entier à l’occasion du 1er mai, Journée internationale des travailleurs. Il les a qualifiés de pilier fondamental dans la construction des sociétés et la préservation de leur dignité.

Dans un communiqué publié aujourd’hui, le Conseil démocratique syrien (en kurde : Meclîsa Sûriya Demokratîk, MSD) exprime sa profonde reconnaissance envers les ouvriers et travailleuses qui, par leur labeur, incarnent la volonté humaine, l’appartenance collective et la responsabilité partagée.

Le CDS souligne que la classe ouvrière syrienne porte un double fardeau : celui des années de crise, de destruction économique et de dévastation sociale, mais aussi celui d’avoir été le principal moteur de la survie et de la cohésion du tissu social du pays.

« Face à la dégradation continue des conditions de vie des citoyens syriens, garantir une existence digne et un environnement économique équitable constitue une responsabilité nationale impérative, » affirme le communiqué. « Soutenir les travailleurs, protéger leurs droits et leur assurer des emplois décents ne sont pas des revendications sectorielles, mais une condition sine qua non de toute reconstruction authentique, de la stabilité et du redressement de la Syrie. »

Le MSD ajoute : « Il ne saurait y avoir de progrès sans travailleurs dignes, ni de société cohésive sans une véritable justice sociale qui garantisse à chaque citoyen le droit au travail, à un salaire équitable et à une protection juridique effective. »

En conclusion, le Conseil démocratique syrien réaffirme son engagement indéfectible à défendre les droits des travailleurs et à œuvrer pour l’édification d’une Syrie fondée sur l’égalité, la dignité et la justice. Il exprime sa pleine solidarité avec chaque travailleuse et chaque travailleur qui contribuent au progrès de la nation et portent la responsabilité de son avenir.

IRAN. Craintes d’exécution imminente de trois prisonniers politiques

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IRAN / ROJHILAT – Le transfert soudain et séparé de trois prisonniers politiques condamnés à mort de la prison centrale d’Urmia vers des lieux inconnus a fait craindre que leurs exécutions soient imminentes, signale l’ONG kurde Hengaw.

Selon l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, les trois hommes — Naser Bakrzadeh, Yaghoub Karimpour et Mehrab Abdollahzadeh — ont été extraits de la prison dans la matinée et en début d’après-midi du 30 avril, sous des prétextes différents.

Naser Bakrzadeh a été convoqué au bureau d’exécution des peines avant d’être transféré vers un lieu tenu secret.

Yaghoub Karimpour a été sorti de prison sous le prétexte d’un transfert vers le bureau de médecine légale.

Mehrab Abdollahzadeh, qui était maintenu à l’isolement depuis deux jours, a lui aussi été emmené vers une destination inconnue.

Hengaw exprime une « vive inquiétude » face à ces transferts effectués dans des véhicules banalisés et met en garde contre un risque élevé d’exécution imminente. L’organisation rappelle que les trois hommes ont été condamnés à mort à l’issue de procédures judiciaires opaques, marquées par des actes de torture et de graves violations du droit à un procès équitable.

Condamnations pour « espionnage au profit d’Israël » ou « rébellion »

Naser Bakrzadeh, 26 ans, Kurde originaire d’Urmia, a été condamné à mort par la 2e chambre du Tribunal révolutionnaire pour « espionnage au profit d’Israël ». Sa peine a été confirmée pour la troisième fois par la 39e chambre de la Cour suprême dans une procédure accélérée de seulement 10 jours. La sentence lui a été officiellement notifiée le 25 avril 2026. Il a subi de violentes tortures au centre de détention d’al-Mahdi afin d’obtenir des aveux forcés et a récemment été battu à l’intérieur de la prison.

Yaghoub Karimpour, diplômé en droit public et originaire de Miandoab, adepte de la religion Yarsan, a été condamné à mort par la 1re chambre du Tribunal révolutionnaire d’Urmia pour « corruption sur terre par espionnage au profit d’Israël ». Arrêté pendant les douze jours de la guerre israélo-iranienne, il a été torturé pendant sa détention. Sa femme, Saboura Lotfi, a également été arrêtée pour faire pression sur lui. Sa condamnation à mort a été confirmée le mois dernier par la 9e chambre de la Cour suprême.

Mehrab Abdollahzadeh, 27 ans, Kurde originaire d’Urmia et militant du mouvement « Femme, Vie, Liberté », a été condamné à mort pour « rébellion (baghi) » par la 1re chambre du Tribunal révolutionnaire. Sa récente demande de réexamen judiciaire a été rejetée par la 39e chambre de la Cour suprême. Peu avant son transfert, il avait été placé à l’isolement après une altercation avec des responsables de la prison.