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Rojava – Newroz 2026 sous le signe de la terreur

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SYRIE / ROJAVA – Depuis le 19 mars 2026, une vague d’attaques coordonnées vise les Kurdes, transformant les festivités traditionnelles de Newroz (nouvel-an kurde) en un moment de terreur. Ces violences, souvent perpétrées par des gangs turco-djihadistes, des milices tribales alliées au gouvernement de Damas, se déroulent avec la complicité des forces de sécurité affiliées au régime d’al-Sharaa (Jolani).

Principaux foyers d’attaques depuis le 19 mars

Campagne ouest de Kobanê

Les villages kurdes autour d’Ayn Issa, Sarrin (Serin) et Khirab Ayshik (également orthographié Kharab Ashk ou similaire) subissent pillages, incendies et agressions directes contre les habitations. Près de l’ancienne usine Lafarge (zone stratégique), des bandes ont profité du retrait tactique des Asayish pour ravager les biens restants. Ces exactions se sont intensifiées au fil des trois jours, avec des rapports locaux indiquant une escalade le 20-21 mars.

Manbij

Des groupes tribaux arabes, parfois renforcés par d’anciens éléments de l’État islamique, ciblent systématiquement les commerces et propriétés kurdes depuis le début de la semaine de Newroz.

Alep – Quartier de Sheikh Maqsoud

Des attaques contre des civils kurdes (incluant des passages à tabac, pillages et intimidations) ont été signalées dès le 19-20 mars, et se sont poursuivies le 21 mars en lien direct avec les célébrations.

Afrin et campagne d’Alep

Depuis trois jours, une série d’attaques ciblent les Kurdes arborant des drapeaux kurdes ou les FDS, avec des maisons pillées par des colons arabes installés par la Turquie/SNA, et des agressions physiques contre des femmes et enfants.

Contexte et réaction kurde

Ces incidents s’inscrivent dans la fragilité post-offensive de janvier 2026 (chute de nombreux territoires SDF, accords d’intégration forcée, cessez-le-feu fragile souvent violé). Le gouvernement transitoire et ses alliés semblent tolérer – ou encourager – ces groupes pour affaiblir durablement la présence kurde dans les zones mixtes.

La population kurde et l’Administration autonome (AANES) appellent à la retenue maximale pour éviter un embrasement total. Les Asayish et forces de sécurité intérieure ont opéré des retraits tactiques dans plusieurs secteurs pour prévenir des affrontements directs plus larges, mais cela laisse les villages exposés. Des manifestations de protestation ont eu lieu à Qamishlo et Hassaké le 21 mars contre ces attaques, notamment celles visant Afrin et Alep.

Newroz 2026, au lieu d’être une fête de renouveau et de résistance unitaire, devient un cri d’alarme : les Kurdes célèbrent sous menace directe, entre deuil et espoir, au cœur d’une lutte existentielle. les violences pourraient se poursuivre dans les prochains jours.

Iran : Le rempart ethnique protégeant le cœur persan

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IRAN / KURDISTAN – L’Iran est un pays d’une grande diversité ethnique et religieuse, comptant de nombreux groupes — souvent estimés à une dizaine, bien que certaines sources évoquent jusqu’à 21 en incluant des sous-groupes ou variantes locales. Les Perses (Fars), majoritaires au centre (environ 50 % selon les estimations récentes), forment le cœur démographique et culturel, avec le persan comme langue officielle et le chiisme duodécimain dominant.

Une carte ethnique d’Iran

Autour de ce centre se déploient des minorités périphériques qui constituent une sorte de « rempart naturel » :

Kurdes : environ 10 %, concentrés à l’ouest le long des Zagros, avec des communautés sunnites, chiites, yaresan/Ahl-e Haqq, et des dialectes variés comme kurmanji, sorani, etc. ; entre 2 à 3 millions vivent aussi au Khorasan du nord-est (ils sont issus de déportations safavides au XVIe siècle sous Shah Ismail et ses successeurs, pour sécuriser les frontières face aux Ottomans, Turkmènes ou Afghans).

Azéris/Azerbaïdjanais (16-24 %, au nord-ouest, majoritairement chiites mais avec des poches sunnites ou yaresan).

Lurs et Bakhtiaris (6-8 %, dans les Zagros sud-ouest).

Arabes (2-3 %, surtout dans le Khouzistan/Ahwaz, majoritairement sunnites).

Baloutches (2 %, au sud-est, sunnites).

Turkmènes, Talysh, Gilaks, Mazandaranis, Arméniens, Assyriens, Juifs, Zoroastriens, Baha’is et d’autres groupes plus petits.

Cette répartition n’est pas fortuite : elle reflète une stratégie historique, héritée notamment de l’époque safavide (1501-1736), où le pouvoir chiite-persan central a utilisé des groupes frontaliers (comme les Kurdes déportés vers le Khorasan) comme tampons contre les menaces extérieures (Ottomans à l’ouest, Ouzbeks/Mughals à l’est). Le centre (Téhéran, Ispahan, etc.) reste le siège du pouvoir, de l’administration et de la culture dominante, tandis que la périphérie absorbe les chocs géopolitiques.

Le texte souligne que, contrairement à des cas comme la Turquie (déni et assimilation forcée des Kurdes) ou la Syrie (« ceinture arabe »), l’Iran post-1979 reconnaît constitutionnellement les ethnies et leurs droits culturels limités, sans politiques massives de révisionnisme démographique ou de génocide systématique. Cependant, la domination persane-chiite persiste, et les minorités périphériques restent souvent marginalisées politiquement.

Dans le contexte actuel de tensions (menaces américaines/israéliennes, frappes, etc.), une offensive terrestre hypothétique frapperait d’abord ces zones périphériques (Kurdes à l’ouest, Baloutches au sud-est, Arabes au sud-ouest, Azéris au nord-ouest), laissant le centre relativement protégé — du moins initialement. Selon la théorie centre-périphérie, l’affaiblissement des marges pourrait ensuite déstabiliser le cœur. Historiquement, le pouvoir central iranien a maintenu sa continuité en jouant sur cette géographie ethnique, mais l’évolution des guerres modernes (drones, missiles, asymétrie) rend ce « rempart » plus vulnérable.

L’Iran n’est pas un État-nation homogène forgé autour d’une seule ethnie : son nom dérive d’« Aryan » (englobant Perses, Kurdes, etc.), et son histoire impériale (des Mèdes à aujourd’hui) privilégie un État centralisé pluriel plutôt qu’ethnique. Comme le rappelait Nizam al-Mulk dans son Siyasetname, gouverner l’Iran avec une seule ethnie est une illusion — une intuition qui résonne encore dans cette mosaïque complexe où le centre dépend inextricablement de sa périphérie.

Les Kurdes entre espoirs et peur, entre deuil et joie : Newroz 2026 au cœur de la lutte

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KURDISTAN – Le Newroz 2026, cette flamme millénaire allumée par Kawa contre la tyrannie de Dehak, brûle à nouveau sur les quatre parties du Kurdistan — Bakur (Turquie), Rojava (Syrie), Başûr (Irak) et Rojhilat (Iran) — mais dans un mélange poignant d’espoir, de peur, de deuil et de joie indomptable.

Au Kurdistan de Syrie (Rojava), les célébrations marquent un tournant symbolique : le nouveau pouvoir à Damas a déclaré le Newroz fête nationale et reconnu le kurde comme langue officielle, permettant des feux de joie massifs à Damas, Afrin (où des Kurdes exilés reviennent pour la première fois depuis des années) et Qamishlo. Pourtant, la réalité sur le terrain reste cruelle : dans les zones rurales d’Alep et d’Afrin, des milices turco-djihadistes anti-kurdes et des tribus arabes alliées attaquent les rassemblements, blessent des dizaines de fêtards, pillent des maisons kurdes. Des forces de sécurité syriennes ferment les yeux, voire escortent parfois les assaillants. À Qamishlo et Hassaké, malgré les promesses d’intégration, les tensions persistent avec des détentions arbitraires et une pression militaire au sud.

Au Kurdistan de Turquie (Bakur), des dizaines de milliers de personnes bravent la pluie et les fouilles policières à Diyarbakir, Amed, Nusaybin et Doğubeyazıt pour allumer les feux, danser et brandir les portraits d’Abdullah Öcalan et des martyrs du PKK. Les autorités tolèrent plus qu’avant les grandes foules, signe d’un possible processus de paix fragile, mais la répression reste vive : arrestations pour slogans « indépendantistes », confiscations de drapeaux kurdes. Les Turcs tentent même de « nationaliser » le Newroz en le présentant comme une fête turque, vol culturel face à une résistance qui refuse de s’éteindre.

Au Kurdistan d’Irak (Başûr), à Akre — la « capitale du Newroz » —, des milliers montent en torche vers les montagnes malgré la pluie torrentielle, les menaces de drones iraniens et la guerre voisine avec l’Iran. Les festivités sont plus sobres, marquées par le deuil des victimes des attaques iraniennes sur la région kurde irakienne, mais la joie éclate quand même : danses, feux d’artifice, vêtements traditionnels. La solidarité avec les Kurdes de Syrie y est palpable.

Au Kurdistan d’Iran (Rojhilat), le Newroz se célèbre dans l’ombre de la répression sanglante et de la guerre régionale : arrestations massives, tirs sur des rassemblements, transformation rapide des feux en protestations anti-régime. La diaspora, de Nashville à l’Europe, amplifie ces voix, rappelant que les Kurdes restent le plus grand peuple sans État, opprimé sur quatre fronts.

Au milieu de cette guerre coloniale persistante, des attaques fascistes visant explicitement l’identité kurde — interdictions, massacres, effacements culturels —, les Kurdes affirment : « Berxwedan jîyan e » (« La résistance, c’est la vie »). Chaque feu allumé, chaque danse, chaque chant est un acte de survie et de défi. Le Newroz n’est pas seulement une fête du printemps : c’est le cri éternel d’un peuple qui refuse de mourir, qui transforme le deuil en force et la peur en détermination.

La lutte continue.

Newroz pîroz be !

Jin, Jiyan, Azadî !

SYRIE. De nouvelles attaques ciblent le Rojava

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SYRIE / ROJAVA – La situation sécuritaire dans le nord-est de la Syrie, particulièrement dans la région d’Hassaké (Al-Hasakah) et autour de Qamishlo, reste extrêmement tendue en ce 21 mars 2026, jour du Newroz (le Nouvel An kurde). Les célébrations se déroulent dans un climat de peur généralisée, marqué par des attaques ciblées et une mobilisation militaire des forces turco-djihadistes.

Attaques coordonnées et systématiques contre les Kurdes pendant le Newroz

Des rapports circulant sur les réseaux sociaux et des sources locales kurdes font état d’une vague d’attaques ciblées contre les populations et les symboles kurdes en pleine période festive. Ces violences incluent :

  • Des assauts par des groupes arabes (des colons installés dans les zones kurdes, dont Afrin, ou d’éléments liés à des factions pro-gouvernementales ou jihadistes) sur des rassemblements Newroz, tirs d’armes et intimidations directes.

  • Des attaques à grande échelle dans les zones rurales et périurbaines kurdes, visant feux de joie, danses et rassemblements familiaux.

  • Une recrudescence d’actions opportunistes par des cellules dormantes de Daech / ISIS, qui profitent du chaos pour frapper checkpoints et forces des FDS/SDF.

  • Des opérations de harcèlement par des gangs et factions affiliées ou tolérées par la Turquie (ex-SNA et alliés), qui continuent de viser des points kurdes, parfois en coordination tacite avec d’autres acteurs.

Ces incidents ne semblent pas isolés : plusieurs observateurs kurdes y voient une action systématique, avec un schéma clair visant à saboter les célébrations du Newroz, à intimider la population et à affaiblir l’identité kurde au moment où elle s’exprime le plus publiquement. Des vidéos et témoignages montrent des checkpoints improvisés, des attaques groupées et une volonté apparente de terroriser les civils kurdes.

Restrictions draconiennes et report des célébrations

Les entrées et sorties des villes principales — Hassaké et Qamishlo — restent interdites ou extrêmement limitées, avec des couvre-feux stricts imposés par les forces de sécurité locales (Asayish) pour prévenir infiltrations et attentats. Dans certaines villes du Cizîrê (comme Qamishlo, Hesekê, Dirbêsiyê et Tirbêspiyê), les grandes célébrations publiques du 21 mars ont été reportées au 24 mars par le Comité de préparation du Newroz, en raison des tensions sécuritaires. Les festivités se limitent donc à des zones plus sécurisées (comme Amûdê, Dêrik ou Girkê Legê) ou à des formats réduits.

Ces mesures aggravent l’isolement :

  • Difficultés d’approvisionnement et de circulation pendant les fêtes familiales.

  • Crainte permanente d’attentats-suicides, d’embuscades ou d’attaques à la roquette.

  • Sentiment d’étouffement culturel au cœur d’une fête symbolisant la résistance.

Mobilisation syrienne au sud de Qamishlo : Tal Braak comme point de pression

Les forces armées et de sécurité syriennes (relevant du ministère de l’Intérieur et, dans une moindre mesure, de l’armée régulière) se sont massivement rassemblées au sud de Qamishlo, précisément autour de Tal Braak (Tell Brak). Cette zone stratégique contrôle les axes routiers vers Qamishlo depuis le sud et a déjà servi de point d’entrée pour les convois gouvernementaux en février 2026.

Cette mobilisation, signalée comme complète ces derniers jours, s’inscrit dans le prolongement de l’accord d’intégration du 30 janvier 2026 (médié par les États-Unis) entre Damas et les FDS :

  • Entrée progressive des forces de sécurité intérieure en février (Hasakah le 2, Qamishlo le 3).

  • Retraits mutuels et prise de contrôle de points ruraux comme Tal Braak.

  • Renforcement en mars, perçu comme une pression accrue sur les zones kurdes.

Tal Braak permet de sécuriser les approches de Qamishlo, d’exercer une menace militaire visible pendant le Newroz et de prévenir toute tentative de renforcement kurde. Pour beaucoup de Kurdes, cela confirme une stratégie en étapes : affaiblir d’abord (pertes territoriales, pétrole, prisons comme Al-Hol), puis imposer une présence physique et une « normalisation » forcée sous couvert d’unité nationale.

Contexte plus large : un vide sécuritaire exploité et une recentralisation accélérée

Depuis la chute d’Assad fin 2024 et l’offensive de janvier 2026 contre les zones kurdes, la campagne d’Hassaké reste un terrain fertile pour :

  • Les restes de Daech, multipliant attaques opportunistes contre FDS.

  • Groupes pro-turcs harcelant les positions kurdes.

  • Tensions tribales et incidents intercommunautaires exacerbés par le retrait partiel américain et l’intégration fragile.

L’accord de janvier promettait stabilité, mais les faits montrent un resserrement du contrôle damascène, souvent vécu comme autoritaire. Le Newroz 2026, au lieu d’être une fête de liberté, devient un cri d’alarme : les Kurdes syriens célèbrent sous menace directe, enfermés dans leurs villes, face à des attaques coordonnées et une mobilisation militaire au sud.

La communauté internationale reste largement silencieuse malgré les appels kurdes à la vigilance. La gravité de la situation remet en cause les acquis du Rojava, conquis contre Daech il y a dix ans. Aujourd’hui, les mêmes forces (cellules islamistes, gangs pro-turcs, pressions centralisatrices) semblent converger pour les menacer à nouveau. Le Newroz, symbole de résistance millénaire, se transforme en un test existentiel pour les Kurdes syriens.

SYRIE. Les gangs turco-djihadistes attaquent les célébrations kurdes

SYRIE / ROJAVA – Civils tabassés, voitures et drapeaux du Kurdistan brûlés, maisons pillées…, une série d’attaques racistes préméditées menées par des gangs turco-djihadistes a endeuillé les célébrations de Newroz (nouvel-an kurde) à Afrin, Al-Bab, Azaz et Alep.

Le 21 mars 2026, premier jour du Newroz (Nouvel An kurde), symbole millénaire de résistance, de renaissance et de liberté, a été brutalement entaché dans plusieurs zones du nord de la Syrie. À Afrin, Al-Bab, Azaz et dans certains quartiers d’Alep, des gangs armés liés aux autorités de Damas et à l’occupation turque ont lancé une série d’attaques coordonnées contre les civils kurdes qui célébraient pacifiquement la fête.

Selon de nombreux témoignages recueillis sur place et diffusés par des médias kurdes locaux, ces violences n’ont rien d’accidentel : elles étaient orchestrées à l’avance, avec la complicité ou sous les ordres directs d’agents turcs et de milices pro-Damas opérant dans les zones occupées.

Une chasse à l’homme préméditée

Dès le début des festivités, des groupes armés – mélange de miliciens de l’Armée nationale syrienne (ANS) soutenus par Ankara et d’éléments affiliés aux services de sécurité du gouvernement de transition de Damas – ont surgi dans les rues et les villages kurdes.

Ils ont brûlé des dizaines de véhicules appartenant à des familles kurdes. Ils ont déchiré et brûlé des drapeaux du Kurdistan et des portraits de figures symboliques de la résistance kurde. Ils ont lancé une véritable chasse à l’homme contre les jeunes et les familles qui dansaient le govend (ronde kurde) ou allumaient les feux de joie traditionnels. Des dizaines de civils kurdes ont été tabassés à coups de bâtons, de crosses de kalachnikov et de pierres, sous les cris racistes « Arabes seulement ! » ou « Dehors les traîtres kurdes ! ».

Des vidéos et photos circulant sur les réseaux montrent des scènes d’une violence extrême : hommes et femmes traînés au sol, femmes insultées, enfants terrorisés. Plusieurs blessés graves ont été signalés, dont certains transportés clandestinement vers des hôpitaux de Rojava pour éviter les représailles.

Pillage systématique des maisons vides

Profitant du fait que de nombreuses familles kurdes étaient sorties célébrer Newroz sur les places ou dans les champs, les mêmes gangs ont pillé méthodiquement les domiciles. Meubles, électroménager, argent liquide, bijoux, documents d’identité : tout a été emporté. Dans certains quartiers d’Afrin et d’Al-Bab, les portes ont été défoncées et les maisons marquées de croix ou de tags menaçants.

Cette double stratégie – attaque publique des célébrations + pillage des maisons vides – révèle une volonté claire d’humiliation et de dépossession : frapper les Kurdes dans leur identité culturelle tout en les appauvrissant économiquement.

Contexte : l’occupation turque et la main de Damas

Ces zones (Afrin depuis l’opération « Rameau d’Olivier » en 2018, Al-Bab et Azaz sous contrôle turc via l’ANS) sont depuis des années le théâtre d’une politique systématique de nettoyage ethnique lent et de changement démographique. La Turquie et ses proxies arabes ont déjà chassé des centaines de milliers de Kurdes, installé des colons, changé les noms de rues et interdit les symboles kurdes.

Le nouveau gouvernement de transition à Damas, malgré des discours de « réconciliation », semble tolérer ou même encourager ces exactions pour consolider son contrôle sur le nord et satisfaire Ankara, son nouvel allié de facto.

Les attaques de ce 21 mars 2026 s’inscrivent dans une continuité : chaque Newroz devient une cible parce que la fête incarne précisément ce que ces forces veulent détruire – l’unité kurde, la mémoire de Kawa le forgeron et la volonté de liberté.

Réactions et indignation

Sur les réseaux sociaux et dans la diaspora, l’indignation est massive. Les militants dénoncent « les crimes racistes commis en toute impunité avec le feu vert turc et damasquin ».

Des appels à une enquête internationale et à la protection des civils kurdes ont été lancés. Pour l’instant, aucune condamnation officielle n’est venue ni de Damas ni d’Ankara.

Newroz pîroz be… malgré tout

Malgré la violence, les Kurdes de Rojava et des zones occupées ont refusé de baisser la tête. Dans de nombreux villages, les feux ont continué à brûler toute la nuit. Les chants patriotiques kurdes ont résonné plus fort encore.

Ces attaques racistes ne font que rappeler pourquoi Newroz n’est pas une simple fête du printemps : c’est un acte de résistance politique. Chaque drapeau brûlé, chaque voiture incendiée, chaque Kurde tabassé ne fait que raviver la flamme de Kawa. La fête continue. La lutte aussi.

 

KURDISTAN. La tombe de Pîremêrd vandalisé le jour de Newroz

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KURDISTAN – Le 21 mars 2026, premier jour du Newroz (Nouvel An kurde), la tombe de l’intellectuel et poète kurde Pîremêrd (de son vrai nom Muhammad Qadir Hama Jan, 1867-1950) a été vandalisée à Sulaymaniyah, au Kurdistan irakien.

Pîremêrd est une figure majeure de la littérature et de la culture kurde moderne. Journaliste, éditeur du journal Jîyan (La Vie), poète et nationaliste, il est surtout connu pour avoir écrit les paroles de l’hymne emblématique du Newroz kurde, souvent chanté lors des célébrations :

« Ew roja yekem a sala nû ye, newrûz e, vegeriya ye » (« C’est le premier jour de la nouvelle année, c’est Newroz, il est de retour »).

Ce poème, composé au début du XXe siècle, a été adopté comme chant officiel et symbolique du Newroz kurde, célébrant non seulement le renouveau du printemps mais surtout la résistance, la renaissance nationale et la victoire sur l’oppression (en lien avec le mythe de Kawa le forgeron). Il est entonné massivement lors des feux de joie, des danses collectives et des rassemblements politiques à travers le Kurdistan (Turquie, Irak, Iran, Syrie) et la diaspora.

La profanation de sa tombe, précisément le jour du Newroz, est perçue par beaucoup comme un acte délibéré et symbolique visant à attaquer l’identité kurde et ses figures culturelles. Pîremêrd repose au cimetière de Mala Omer Agha (ou cimetière des intellectuels) à Sulaymaniyah, un lieu chargé de mémoire nationale kurde.

Aucun détail officiel n’a encore été publié sur les auteurs ou les motivations exactes de ce vandalisme (tags, bris de pierre tombale, etc.), mais l’incident survient dans un contexte de tensions persistantes autour des célébrations de Newroz : répressions en Turquie, menaces sécuritaires en Irak (liées aux conflits régionaux Iran-USA-Israël), et instrumentalisation politique de la fête dans différentes parties du Kurdistan.

Cet acte a provoqué une vive indignation sur les réseaux sociaux et parmi les intellectuels kurdes, qui y voient une tentative d’effacer ou de salir la mémoire d’un poète qui a contribué à forger l’imaginaire collectif du Newroz comme symbole de liberté et d’unité kurde.

FRANCE. Sabri Essid condamné à la perpétuité pour génocide contre les Yézidis

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PARIS – Le procès historique de Sabri Essid, djihadiste français présumé mort, s’est conclu le 20 mars 2026 par une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité devant la cour d’assises de Paris. Pour la première fois en France, un ressortissant français a été reconnu coupable de génocide et de crimes contre l’humanité commis contre les Kurdes yézidis (Êzdî), la communauté religieuse victime d’un génocide commis par l’État islamique (EI/Daech) entre en août 2014 à Shengal.

Qui était Sabri Essid ?

Né en 1984 à Toulouse, Sabri Essid (alias Abou Dojanah al-Faransi) était une figure du djihadisme français. Demi-frère de Mohamed Merah (auteur des tueries de Toulouse et Montauban en 2012), il avait déjà été condamné en 2009 en France pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Parti en Syrie en 2014, il intégra rapidement l’EI, où il occupa des postes clés au sein de l’Amni (service de renseignement et de sécurité interne).

Présumé mort en 2018 lors d’un bombardement en Syrie (sans preuve formelle de décès), il a été jugé par défaut (in absentia). La cour a pu prononcer un verdict symbolique fort, ouvrant la voie à un nouveau mandat d’arrêt international.

Les faits reprochés

Entre août 2014 et 2016, Sabri Essid a participé activement à la politique d’extermination et d’asservissement des Yézidis orchestrée par l’EI. Il a été reconnu coupable de :

Génocide : Atteintes graves à l’intégrité physique et mentale visant à détruire en tout ou en partie le groupe yézidi (considéré comme « hérétique » par l’EI).

Crimes contre l’humanité : Esclavage sexuel, viols répétés et systématiques, privation d’eau et de nourriture, torture, emprisonnement, persécutions et transferts forcés.

Complicité de ces crimes : Il a notamment participé au transfert d’une femme yézidie et de ses enfants d’un lieu d’esclavage à un autre.

La cour a décrit Essid comme un « maillon incontournable de la chaîne criminelle » qui achetait des captives yézidies sur des marchés aux esclaves, les soumettait à des viols répétés, et les revendait ou les transférait. Le président Marc Sommerer a souligné que ces actes s’inscrivaient dans un projet génocidaire de « purification religieuse » extrême de l’idéologie de l’EI.

Un procès symbolique et historique

Ouvert le 16 mars 2026, le procès a duré cinq jours. Trois survivantes yézidies (dont une a témoigné longuement de son calvaire : vendue comme esclave sexuelle, passée de geôlier en geôlier, retenue 40 jours chez Essid) se sont constituées parties civiles, aux côtés d’associations comme Yazda, FIDH, Free Yezidi Foundation, Kinyat et LDH. Leurs récits glaçants ont décrit des femmes et fillettes réduites en esclavage, violées, battues et traitées comme des « animaux ».

C’est la première reconnaissance judiciaire française du génocide des Yézidis (estimé à plusieurs milliers de morts, des milliers d’enlèvements et un système d’esclavage sexuel organisé). La France suit ainsi l’exemple de l’Allemagne (plusieurs condamnations), de la Suède et de la Belgique.

Signification pour les victimes et la justice

Cette condamnation, bien que symbolique (Essid présumé mort), marque une avancée majeure pour les survivants yézidis. Elle affirme que les crimes commis contre cette minorité ne seront pas oubliés et que les États européens assument leur responsabilité face aux atrocités perpétrées par leurs ressortissants au sein de l’EI. Des organisations comme Yazda et la FIDH ont salué un « moment historique » pour la justice et la mémoire des victimes.

Le verdict renforce aussi la lutte contre l’impunité pour les crimes internationaux, en particulier le génocide yézidi reconnu par l’ONU depuis 2016.

Newroz vs Nowruz : Plus qu’une nuance, une identité de résistance

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KURDISTAN – Le Newroz kurde est bien plus qu’une simple fête du printemps : il incarne une identité nationale profonde, un symbole de résistance et d’unité pour un peuple historiquement divisé et opprimé. Trop souvent, certains discours tentent de le réduire à une variante régionale du Nowruz iranien (ou persan), comme s’il s’agissait d’une simple tradition parmi d’autres au sein de l’espace culturel iranien. Cette assimilation est non seulement inexacte, mais elle participe d’une dynamique plus large d’occultation de l’identité kurde.

Des racines communes, des significations divergentes

Newroz (ou Nawroz, Navroz selon les dialectes) et Nowruz partagent effectivement une origine ancienne liée à l’équinoxe de printemps et à des traditions pré-islamiques iraniennes anciennes. Les deux marquent le « nouveau jour » et célèbrent le renouveau de la nature. Cependant, les mythes fondateurs, les symboles et surtout la charge politique diffèrent radicalement.

Pour les Perses/Iraniens, Nowruz est avant tout une fête culturelle :

  • Elle met en avant le Haft-Sin (table des sept objets commençant par S), le Chaharshanbe Suri (mercredi rouge, sauts par-dessus les feux la veille), le nettoyage de printemps (khane tekani), les visites familiales.

  • C’est une célébration familiale ou de petits groupes, axée sur le renouveau personnel, la poésie, la nature et l’héritage zoroastrien ancien.

  • Elle n’a pas de dimension politique explicite dans son expression contemporaine dominante.

Pour les Kurdes, Newroz est indissociable du mythe de Kawa le forgeron :

  • Kawa mène une révolte contre le tyran Zahhak (ou Dehak), roi assyrien ou étranger qui sacrifiait des jeunes pour nourrir les serpents sur ses épaules.

  • Après la victoire, Kawa allume un grand feu sur la montagne pour annoncer la liberté retrouvée.

  • Ce récit fait de Newroz le symbole de la victoire de l’opprimé contre le tyran, de la lumière sur les ténèbres, mais surtout de la résistance kurde face aux empires et États qui ont dominé le Kurdistan.

  • Newroz est donc devenu, surtout au XXe siècle, une affirmation politique de l’existence kurde face à la répression en Turquie, en Iran, en Syrie et en Irak.

Des célébrations aux antipodes

Les différences se voient clairement dans la pratique :

Kurdes : grands feux de joie collectifs allumés sur les hauteurs, danses en cercle (govend) mêlant hommes et femmes, tenues traditionnelles aux couleurs vives (rouge, vert, jaune – couleurs du drapeau kurde), rassemblements publics massifs souvent politisés, slogans, drapeaux, portraits de figures de résistance. Les femmes y occupent une place très visible et active. C’est une fête de l’unité nationale et de la force collective.

Persans : célébrations plus intimistes ou familiales, Haft-Sin, plats spécifiques, parfois Haji Firuz* (personnage au visage noirci, habillé de rouge, qui chante et joue du tambourin). Ce dernier élément pose d’ailleurs problème : perçu par beaucoup (notamment dans les communautés afro-iraniennes et par des chercheurs) comme une forme de blackface raciste héritée de l’histoire de l’esclavage et des pratiques de siyah-bazi (jeu noir), il reste défendu par d’autres comme une figure folklorique liée au charbon ou au retour des morts. Cette controverse existe surtout dans les débats iraniens contemporains et diasporiques.

Ces contrastes montrent que, même si le feu est présent des deux côtés, son sens est tout autre : purification et joie printanière chez les uns, résistance et renaissance nationale chez les autres.

L’assimilation comme forme d’effacement

Présenter le Newroz kurde comme « une fête iranienne parmi d’autres » ou comme une simple déclinaison locale du Nowruz persan revient à nier sa dimension politique et identitaire spécifique. Cela s’inscrit dans une longue histoire de politiques d’assimilation menées par les États qui contrôlent des parties du Kurdistan.

Cette tentative de dilution culturelle rappelle les mécanismes classiques du fascisme culturel : nier les différences, imposer un récit unique dominant, faire passer toute affirmation d’identité distincte pour une menace ou une hérésie. Comme l’a écrit Umberto Eco dans son célèbre texte sur l’Ur-Fascisme, le fascisme se nourrit du rejet de la vérité complexe au profit d’une simplification autoritaire, et de la volonté de faire taire les voix dissidentes en les qualifiant d’anti-nationales ou de séparatistes.

Les Kurdes ne revendiquent pas l’exclusivité de Newroz – ils reconnaissent ses racines partagées avec d’autres peuples iranophones. Mais ils refusent que leur version, chargée de leur histoire de lutte, soit effacée au profit d’un récit homogénéisant.

Newroz kurde reste donc ce qu’il est : un cri de liberté, une danse d’unité, un feu qui ne s’éteint pas. Les foules plus nombreuses que jamais affluant sur les places de Newroz dans les quatre parties du Kurdistan montrent que la flamme allumée par Kawa brûle toujours, plus vive que jamais.

*La figure de Haji Firuz

Haji Firuz (ou Hajji Firuz, Haji Firooz) est un personnage folklorique emblématique du Nowruz (Nouvel An iranien/persan). Il apparaît dans les rues avant et pendant les fêtes du printemps : visage noirci (souvent au charbon ou à la suie), vêtements rouges vifs, chapeau pointu, tambourin (dayereh), il chante des airs joyeux, danse et annonce l’arrivée du renouveau printanier. Il est souvent comparé à un « Père Noël persan » annonçant le bonheur et la bonne fortune.

Origines et théories principales

Les origines exactes restent incertaines et font l’objet de multiples hypothèses, souvent spéculatives et sans preuves documentaires solides anciennes :

Théories anciennes/mythologiques (pré-islamiques ou zoroastriennes) :

  • Lien avec des figures de renaissance cyclique comme Tammuz/Dumuzi (dieu sumérien mésopotamien de la fertilité, mort et ressuscité) ou le héros perse Siavash (Siyâvash), symbolisant le retour des morts, la résurrection et le renouveau.

  • Visage noirci = retour du monde des morts, suie des feux sacrés (feux de Chaharshanbe Suri ou gardiens du feu zoroastrien), ou masques rituels anciens.

  • Gardien de joie (Farvashi), prêtre du feu, ou messager printanier (Mir Nowruzi).

Théorie contemporaine/populaire nationaliste :

  • Représentation codée de Piruz Nahavandi (Firuzan, Abu Lu’lu’a), esclave sassanide originaire de Nahavand (Iran central-ouest, région persanophone) qui assassina le calife Omar en 644 en vengeance de la conquête arabe, des massacres (bataille de Nahavand) et de l’esclavage.

  • Arguments folkloriques : « Piruz » → « Firuz » (arabe sans « P »), « Haji » pour son séjour en Arabie, noirci pour l’esclavage/charbon, rouge pour la guerre/victoire, chansons moqueuses envers « son maître » comme revanche cachée.

  • Cette version est très répandue dans les milieux nationalistes iraniens (et parfois kurdes, en raison de la proximité géographique), mais non prouvée historiquement comme origine directe du personnage folklorique.

Théorie historique critique (plus récente et académique) :

  • Émergence relativement moderne (surtout XXe siècle, après l’abolition de l’esclavage en Iran en 1929), liée à la tradition du siyah-bazi (« jeu noir », théâtre de minstrel avec blackface).

  • Représentation stylisée d’un esclave africain ou afro-iranien (origines dans le commerce d’esclaves du golfe Persique et de l’océan Indien), servant un maître iranien (chansons où il s’adresse à « son maître » pour le faire rire).

  • Popularité accrue dans les années 1920-1930 à Téhéran.

La controverse racisme/blackface

Le visage noirci est perçu par beaucoup (surtout dans la diaspora, chez les jeunes Iraniens, les communautés afro-iraniennes et les chercheurs contemporains) comme une forme de blackface raciste, héritée de l’histoire de l’esclavage et des stéréotypes anti-noirs (similaire à Zwarte Piet aux Pays-Bas ou à certaines caricatures occidentales). Critiques soulignent qu’il perpétue une caricature d’esclave africain joyeux et servile.

Débats intenses depuis les années 2010-2020, y compris en Iran (ex. : décisions municipales à Téhéran pour éviter le noirci en 2021).

Défenseurs arguent que c’est innocent : suie printanière, symbole ancien non lié à la race, folklore culturel pur.

Aucune preuve que le noirci ait une intention raciste originelle, mais l’effet contemporain est problématique pour beaucoup.

En résumé, Haji Firuz est une figure joyeuse et multiforme du Nowruz, aux racines probablement modernes (liées au siyah-bazi et à l’esclavage historique) malgré les mythes anciens invoqués. La théorie Piruz Nahavandi offre une lecture vengeresse anti-arabe populaire mais spéculative. Le débat sur son caractère raciste ou non divise toujours la société iranienne et la diaspora.

KURDISTAN. Newroz historique à Diyarbakir

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TURQUIE / KURDISTAN – Ce samedi 21 mars 2026, Diyarbakır (Amed), capitale du Kurdistan de Turquie, vibre au rythme du Newroz en cours. Plusieurs centaines de milliers de Kurdes ont afflué vers le Parc Newroz dans le quartier de Rezan (Bağlar), malgré une pluie persistante qui n’entame pas l’enthousiasme.

Les célébrations ont débuté tôt ce matin avec l’entrée par plusieurs portes sécurisées, des groupes de violons, des danses traditionnelles kurdes (govend) et des chants kurdes. L’ambiance reste électrique et festive : le message d’Abdullah Öcalan a été lu publiquement, soulignant l’unité, la paix et la démocratisation ; le co-président du DEM Parti Tuncer Bakırhan a pris la parole pour réaffirmer les demandes kurdes en faveur de la liberté et de la démocratie ; un message de soutien de Neçirvan Barzani (président du Kurdistan irakien) a été partagé, appelant à la paix et à la coopération entre Kurdes et Turcs.

Le thème dominant cette année : « Newroza Azadî û Yekîtiya Demokratîk » (Newroz de la Liberté et de l’Unité Démocratique). Le feu traditionnel symbolise la résistance et le renouveau, tandis que drapeaux, portraits et tenues traditionnelles colorent la foule. La sécurité est renforcée (plus de 650 agents), mais l’événement demeure pacifique et massif, incarnation joyeuse et politique de la lutte pour l’identité kurde.

ROJAVA. A Kobanê, le feu du Newroz allumé par Eyşe Efendî

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SYRIE / ROJAVA – Kobanê : le feu du Newroz a été allumé par Eyşe Efendî, militante kurde et veuve de Salih Müslim, en hommage à un symbole de la résistance kurde.

Des milliers de Kurdes se sont rassemblés ce 21 mars 2026 sur la colline emblématique de Miştenûr à Kobanê pour célébrer le Newroz, fête ancestrale du Nouvel An kurde, symbole de renaissance, de liberté et de résistance face à l’oppression.

Le feu traditionnel a été allumé par Eyşe Efendî, l’épouse et camarade de lutte de Salih Müslim, figure historique du mouvement kurde en Rojava. Salih Müslim, cofondateur et ancien coprésident du PYD (Parti de l’union démocratique), est décédé le 11 mars 2026 à Hewlêr (Erbil) des suites d’une longue maladie rénale, à l’âge de 75 ans. Né à Kobanê en 1951, il avait consacré sa vie à la lutte pour une Syrie démocratique et plurielle, et reste gravé dans la mémoire collective comme l’un des architectes de la Révolution de Rojava.

Dans ce moment chargé d’émotion, Eyşe Efendî a allumé les flammes, transformant le rituel en un puissant hommage : un geste qui unit la mémoire d’un leader défunt à l’espoir renouvelé du peuple kurde. La colline de Miştenûr, théâtre historique de résistance (notamment contre Daech en 2014-2015), a ainsi vibré d’une symbolique redoublée : le feu du Newroz, allumé par la une militante et veuve d’un pionnier, illumine la continuité de la lutte pour la dignité et l’autodétermination.

Newroz Pîroz Be ! Que cette flamme porte la promesse d’un avenir libre pour le Rojava et l’ensemble du Kurdistan.

IRAK. Attaque de drone contre les services de renseignement irakiens

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IRAK / KURDISTAN – Ce samedi 21 mars 2026, vers 10h du matin, un drone a frappé le siège du Service national de renseignement irakien (INS) dans le quartier de Mansour à Bagdad. L’attaque a ciblé spécifiquement un bâtiment de télécommunications lié à ce service, qui collabore étroitement avec les conseillers américains dans le cadre de la coalition anti-djihadiste. Un officier a été tué et des dégâts matériels ont été signalés, selon le porte-parole des services de sécurité irakiens, le général Saad Maan. Aucune revendication n’a encore été publiée, mais le mode opératoire – drone isolé en plein jour – correspond aux attaques répétées menées par les groupes de la « Résistance islamique en Irak », factions chiites pro-iraniennes.

Cette frappe intervient dans un contexte d’escalade régionale qui frappe de plein fouet le Kurdistan irakien depuis plusieurs semaines. Alors que Bagdad est visé pour ses liens avec Washington, le nord du pays – bastion kurde – subit un déluge de drones et de missiles iraniens ou pro-iraniens. Depuis le début du conflit élargi au Moyen-Orient, Erbil et ses environs ont essuyé plus de 200 attaques : bases américaines, aéroport international, positions des peshmergas et surtout camps des groupes d’opposition kurdes iraniens (PDKI, Komala, Parti de la liberté du Kurdistan) implantés en Irak.

Ces derniers jours seulement :

  • Un drone a tué un combattant kurde iranien et blessé plusieurs autres sur une base kurde près d’Erbil.

  • Des missiles balistiques iraniens ont visé des quartiers généraux kurdes, faisant un mort et des blessés.

  • Une base kurdo-française à Mala Qara a été touchée, causant la mort d’un adjudant-chef français et six blessés.

Le Kurdistan irakien paie ainsi un lourd tribut : il héberge à la fois des troupes américaines et des rebelles kurdes iraniens opposés au régime de Téhéran. Pour l’Iran, frapper ces cibles revient à punir à la fois Washington et les Kurdes qui refusent de se taire. Les autorités d’Erbil dénoncent une « guerre par procuration » qui menace la stabilité de la région autonome, tandis que Bagdad peine à protéger ses partenaires kurdes sans s’aliéner totalement Téhéran.

L’attaque de ce matin contre le renseignement irakien n’est donc pas isolée : elle s’inscrit dans la même stratégie d’usure que celle qui pilonne quotidiennement le Kurdistan. Tant que la confrontation américano-iranienne se prolongera, les Kurdes d’Irak resteront une cible privilégiée – collatéraux gênants pour les uns, alliés gênants pour les autres. Le gouvernement régional kurde a appelé à une « protection internationale urgente » avant que l’escalade ne dégénère en conflit ouvert sur son territoire.

Tensions et insécurité à Afrin : agressions contre les célébrations du Newroz kurde

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SYRIE / ROJAVA – Dans le canton d’Afrin, berceau historique kurde du Rojava, les festivités du Newroz – le nouvel an kurde, symbole de renouveau et de résistance – se déroulent une fois de plus dans un climat de peur et de violence. Ce 21 mars 2026, tandis que de nombreuses familles kurdes se rassemblent pour allumer les feux traditionnels, danser et hisser leurs drapeaux, des témoignages concordants font état d’agressions ciblées par des colons arabes installés dans la région depuis l’occupation turque de 2018.

Selon des sources locales et des publications sur les réseaux sociaux, des groupes de colons arabes – souvent originaires d’autres régions de Syrie et implantés dans le cadre de changements démographiques encouragés sous contrôle turc et des factions de l’Armée nationale syrienne (ANS) – ont profité de l’absence des habitants partis célébrer pour piller des maisons kurdes. Des drapeaux kurdes ont été arrachés, des slogans anti-kurdes proférés (« dehors les Kurdes », « Afrin est arabe »), et des véhicules ornés de symboles kurdes ont été pris pour cible. Des vidéos et récits circulant en temps réel montrent des scènes de provocations, de jets de pierres et même de passages à tabac dans les rues du centre d’Afrin.

Ces incidents ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans un schéma de longue date. Depuis l’opération turque « Rameau d’olivier » en 2018, qui a chassé les forces kurdes locales (YPG), des milliers de familles arabes ont été installées dans les villages et quartiers kurdes vidés de leurs habitants originels. Des rapports d’organisations de défense des droits humains ont régulièrement documenté des expropriations, des pillages systématiques et des violences ethniques. Même après le changement de contrôle intervenu en 2025 – lorsque les forces du gouvernement transitoire syrien (issu de la chute du régime Assad) ont pris pied à Afrin –, les colons restent nombreux et les tensions persistent.

Les autorités actuelles, liées à Damas, n’ont pas échappé aux critiques. À peine deux jours avant le Newroz, le 19 mars 2026, des responsables sécuritaires du ministère de l’Intérieur du gouvernement transitoire ont notifié verbalement aux mukhtars (chefs de village) de ne pas hisser le drapeau kurde, sans circulaire officielle. Des jeunes ont été interpellés pour avoir simplement préparé des feux ou des drapeaux. Si des célébrations officielles sont autorisées cette année pour la première fois depuis longtemps (torches allumées sur l’autoroute ouest d’Afrin, rassemblements à Ain Dara), l’absence de protection réelle face aux agressions de colons est dénoncée comme une forme de complicité passive.

Un double héritage hostile

Les Kurdes d’Afrin se retrouvent ainsi pris en tenaille entre deux politiques perçues comme hostiles :

L’héritage turc : Ankara, qui maintient une influence via des factions proxy, a encouragé le repeuplement arabe pour diluer la présence kurde. Des milliers de familles kurdes restent déplacées, leurs maisons occupées ou vendues illégalement.

La politique de Damas : le nouveau pouvoir syrien, tout en proclamant l’unité nationale et en organisant des fêtes du Newroz, n’a pas démantelé les structures de colonisation ni garanti la sécurité des Kurdes. Les interdictions de drapeaux et le silence face aux pillages alimentent le sentiment d’une continuité de marginalisation.

« Nous ne sommes pas en sécurité chez nous », résument de nombreux habitants kurdes contactés par des médias locaux. Pendant que les feux du Newroz illuminent les collines, des maisons vides sont fouillées, des biens volés et des symboles identitaires profanés. Cette insécurité n’est pas seulement matérielle : elle est existentielle. Elle menace la survie même d’une communauté qui, depuis des siècles, considère Afrin comme son foyer.

Face à ces événements, les appels à la communauté internationale se multiplient. Les organisations kurdes et syriennes des droits humains exigent une enquête indépendante, le retour des déplacés et la fin de l’impunité pour les colons et les factions armées. Tant que Damas et Ankara ne s’attaqueront pas frontalement à ces dynamiques de colonisation et de répression culturelle, le Newroz à Afrin restera, pour beaucoup, une fête amère – un rappel annuel que la liberté kurde reste fragile dans cette enclave martyrisée.