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TURQUIE. Refus de libération pour deux prisonnières politiques kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – La libération de Melike Göksu et Emine Abiş, deux prisonnières politiques kurdes détenues à la prison pour femmes de Sincan (près d’Ankara), a été refusée pour la troisième fois.

Jeudi, le Conseil administratif et d’observation de la prison a prolongé leur détention de neuf mois supplémentaires, invoquant une « conduite inappropriée ».

Melike Göksu, élue co-maire de Qereyazî (Karayazı, Erzurum) sous l’étiquette HDP en 2019, a été arrêtée en septembre 2019 et condamnée à sept ans et demi de prison pour « appartenance à une organisation terroriste ». Sa libération conditionnelle avait déjà été reportée à deux reprises en 2025 (août et novembre).

Emine Abiş, arrêtée en mars 2023 dans le cadre des enquêtes sur la résistance pour l’autonomie démocratique à Amed-Sûr (2015-2016), a également été condamnée à sept ans et demi de prison. Sa libération a déjà été refusée à deux reprises cette année. La prochaine audience est fixée au 22 février 2026.

Ces décisions interviennent dans un contexte où, depuis la réforme pénitentiaire de 2021, les commissions administratives des prisons turques disposent de pouvoirs étendus. Elles peuvent bloquer les libérations conditionnelles pour « absence de remords » ou « comportement inapproprié », une pratique particulièrement utilisée contre les prisonniers politiques.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis des années ce mécanisme comme une forme de détention arbitraire et de coercition. Rien qu’au cours du mois dernier, cinq autres détenues de la prison de Sincan ont vu leur libération bloquée par la même commission.

SYRIE. L’idéologie islamiste à l’assaut des enfants

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SYRIE / ROJAVA – L’État islamique et d’autres groupes islamistes opérant en Syrie mènent des campagnes systématiques de recrutement et d’endoctrinement d’enfants, garçons et filles, via des écoles islamiques, alerte un activiste kurde.

 

Le militant kurde Baz Ararat a vivement critiqué le deux poids deux mesures concernant le recrutement des mineurs en Syrie. Il a écrit :

« L’État islamique et d’autres groupes opérant sous l’égide de l’État syrien ont lancé des campagnes de recrutement systématiques ciblant les enfants, garçons et filles, par le biais d’écoles islamiques, avec le soutien et le financement intégral de la fondation [İnsani Yardım Vakfı] turque. Ceux-là mêmes qui critiquaient les FDS pour le recrutement d’enfants (une accusation infondée) ferment les yeux sur l’endoctrinement des mineurs par l’État islamique. »

Ararat dénonce le silence face aux pratiques des groupes islamistes, qui continuent d’endoctriner les enfants via des madrasas radicales, souvent avec le soutien de structures turques. Il oppose cette réalité à la forte médiatisation des cas de recrutement présumés au sein des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), qu’il juge infondée et instrumentalisée.

Alors que les « Lionceaux du Califat » de Daech restent un exemple tragique de cette exploitation, les critiques contre les Kurdes sont bien plus bruyantes que celles visant les islamistes soutenus par Ankara.

Cette prise de position rappelle que, dans le conflit syrien, les droits des enfants sont trop souvent utilisés à des fins politiques plutôt que réellement protégés.

Royaume du Kurdistan : une expérience éphémère brisée par les divisions kurdes

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Le « Royaume du Kurdistan » demeure dans l’histoire kurde comme l’une des premières tentatives modernes d’établir un État indépendant. Proclamé le 23 mai 1919 à Souleimaniye par le cheikh Mahmoud Barzanji, cette expérience n’a duré que quelques années, fragilisée par les profondes divisions tribales et l’absence d’unité nationale, dans un contexte de rivalité entre l’occupation britannique et la Turquie kémaliste.

23 mai 1919 – 107 ans plus tard

Souleimaniye, 23 mai 2026 – Aujourd’hui marque le 107e anniversaire de la proclamation du Royaume du Kurdistan par le cheikh Mahmoud Barzanji, figure emblématique du nationalisme kurde au XXe siècle.

Au lendemain de l’effondrement de l’Empire ottoman et au cœur du redécoupage de la région par les puissances européennes, Barzanji a su saisir le vide politique pour tenter de bâtir une entité kurde souveraine.

Le Rocher de la Liberté

Après la disparition de l’émirat de Baban soixante-dix ans plus tôt, le cheikh Mahmoud mena une série de soulèvements contre la présence britannique. L’un des épisodes les plus symboliques reste la bataille du col de Bazian, où ses forces s’emparèrent de ce passage stratégique entre Kirkouk et Souleimaniye. Le « Rocher de la Liberté », qui domine encore la zone, reste un lieu de mémoire chargé d’émotion pour les Kurdes.

Une première tentative d’État moderne

La révolte permit l’établissement d’une administration kurde à Souleimaniye. Pour la première fois, un drapeau kurde fut hissé officiellement. Le cheikh Mahmoud déclara le kurde langue officielle de l’administration, créa une armée nationale kurde, mit en place une structure civile et encouragea la publication de journaux en kurde. Ces mesures constituaient une véritable tentative d’institutionnalisation de l’identité nationale kurde.

Exil, retour et proclamation royale

Arrêté par les Britanniques en 1919 à la suite d’une campagne militaire, Barzanji fut condamné à mort, puis exilé en Inde après commutation de sa peine. De retour à Souleimaniye en 1922, accueilli en héros par une foule immense, il proclama le Royaume du Kurdistan après que les Britanniques eurent trahi leurs promesses d’autonomie.

Son autorité s’étendit alors sur une grande partie du Kurdistan du Sud et toucha même les confins du Kurdistan du Nord. Pourtant, le projet se heurta rapidement à ses limites structurelles : divisions tribales profondes, rivalités entre chefs traditionnels et campagnes militaires britanniques incessantes.

Malgré ses appels répétés à l’unité, de nombreuses tribus refusèrent de rejoindre le mouvement, affaiblissant considérablement l’expérience.

La fin de l’expérience

En 1923-1924, les Britanniques lancèrent une vaste offensive, appuyée par des bombardements aériens massifs sur Souleimaniye. Le cheikh Mahmoud dut se retirer dans les montagnes de Sharbazher et Pshdar, où il poursuivit une guerre de guérilla jusqu’en 1927.

Un héritage toujours vivant

Le cheikh Mahmoud Barzanji, poète et homme de lettres en plus d’être un chef révolutionnaire, incarne jusqu’à aujourd’hui la résistance kurde. Exilé à plusieurs reprises, il ne renonça jamais à son combat. Il s’éteignit à Bagdad le 9 octobre 1956 à l’âge de 76 ans. Sa dépouille fut ramenée à Souleimaniye où des funérailles nationales lui furent rendues.

Son nom reste synonyme de dignité, de résistance et de la quête inachevée d’un État kurde.

L’histoire se répète au Rojava

Plus d’un siècle après la proclamation du Royaume du Kurdistan, les Kurdes font face à des défis étonnamment similaires. Au Rojava comme ailleurs, les avancées obtenues au prix de lourds sacrifices restent fragiles. Les divisions partisanes, les rivalités internes et les intérêts particuliers continuent d’entraver la formation d’une véritable unité stratégique.

L’expérience de 1919 porte un message toujours actuel : sans unité réelle, tout progrès kurde reste vulnérable face aux puissances régionales et internationales.

L’histoire ne se répète pas toujours, mais elle murmure souvent les mêmes avertissements.

La liberté artistique c’est la liberté de penser

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KURDISTAN. Suite aux polémiques intenses qui entourent le différend entre le label KOM Muzik — maison de production musicale indépendante spécialisée dans la préservation, la production et la diffusion de la musique kurde — et le musicien Mem Ararat, le psychologue Jan Ilhan Kizilhan appelle au respect de la liberté artistique de chacun dans la tribune suivante.

La liberté artistique c’est la liberté de penser

L’histoire des Kurdes n’est pas seulement une histoire de déplacement, de répression et de négation identitaire. C’est aussi une histoire de survie à travers la langue, la musique, la poésie et la mémoire. Lorsque les États ont tenté d’effacer les noms, d’interdire les langues et de réduire les cultures au silence, la musique est souvent restée le dernier refuge de liberté. La voix du dengbêj [troubadour], le chant de l’exil, la poésie du deuil et les récits maternels sont devenus des formes de résistance.

Pour les Kurdes, l’art n’a jamais été un simple divertissement. Il incarnait la dignité, la mémoire et un moyen de survie psychologique.

Parmi toutes les formes d’art, la musique occupait une place à part. Les musiciens kurdes ont porté les émotions de leur peuple par-delà les frontières, les prisons, l’exil et les générations. Bien avant l’existence des institutions politiques, les chants préservaient la mémoire collective. Une mélodie a souvent survécu là où les livres, les écoles et même les villages avaient disparu.

C’est pourquoi la liberté artistique n’est pas une question secondaire pour la société kurde. C’est une question existentielle.

Un peuple contraint au silence pendant des générations ne devrait pas réduire au silence ses propres artistes et musiciens au nom d’une « vérité supérieure ».

Pourtant, ce phénomène se produit de plus en plus au sein même de la scène culturelle kurde. Ces dernières années, un fossé grandissant s’est creusé entre les artistes indépendants et ceux qui estiment que l’art et la musique doivent servir une organisation politique, une idéologie ou une cause nationaliste.

Bien sûr, chaque artiste a le droit d’être engagé politiquement. La musique kurde elle-même est souvent née de la souffrance, de la résistance et de l’aspiration à la liberté. Nombre de chanteurs sont devenus des symboles de la lutte collective. Il n’y a rien de mal à ce que des musiciens soutiennent des mouvements ou des organisations politiques.

Le problème survient lorsque cet engagement se transforme en pression.

Aujourd’hui, les musiciens kurdes s’attaquent publiquement de plus en plus souvent. Certains accusent d’autres de trahison parce qu’ils se produisent lors de certains événements, s’expriment dans certains médias ou refusent de prendre position politiquement. D’autres sont insultés en raison de leur richesse, de leur mode de vie, de leur famille ou de leurs choix artistiques. Les réseaux sociaux ont amplifié cette culture de l’humiliation et de la suspicion.

Mais lorsque les musiciens commencent à se détruire moralement et psychologiquement, c’est la culture elle-même qui en souffre.

L’art ne peut s’épanouir dans un climat de peur.

Aucun musicien ne devrait subir d’attaques psychologiques, d’humiliations publiques ou de condamnations morales pour avoir choisi de rester indépendant. Aucun chanteur ne devrait être traité de traître pour avoir refusé de répéter des slogans politiques. Dès lors que les artistes sont contraints à l’obéissance, l’art perd son essence. Il devient propagande.

L’art n’est pas un ordre militaire.

Ce n’est pas une directive de parti.

Et la musique n’appartient à aucune organisation politique.

Le philosophe Michel Foucault a décrit le pouvoir non seulement comme une force imposée par les États, mais aussi comme une entité qui s’insinue progressivement dans le langage, la pensée et les comportements sociaux. Ceci est particulièrement important pour les sociétés marquées par une longue histoire d’oppression. Avec le temps, la répression extérieure peut se muer en contrôle intérieur. La peur de la division engendre le conformisme. La solidarité devient discipline. L’identité politique se transforme en surveillance morale.

Mais la liberté commence là où la pensée redevient possible.

Une société qui ne tolère que ce qui est politiquement utile perd peu à peu son énergie créatrice. L’art ne recherche alors plus la vérité ; il ne fait que confirmer ce que l’on attend de lui. L’artiste n’est plus perçu comme un esprit libre, mais comme un instrument au service d’une cause.

Les Kurdes, plus que quiconque, connaissent les conséquences de la répression culturelle. Les chants kurdes ont été interdits. Des écrivains ont été emprisonnés. Des musiciens ont été criminalisés. Les États décidaient quelle langue pouvait être parlée et quelle culture était autorisée à exister.

Il serait tragique que de tels mécanismes se reproduisent aujourd’hui au sein même de la société kurde.

La véritable liberté consiste à accepter non seulement les voix avec lesquelles nous sommes d’accord, mais aussi celles que nous rejetons. On peut trouver une chanson vulgaire, commerciale, politiquement naïve ou décevante, et pourtant défendre son droit à l’existence. C’est là la maturité d’une culture démocratique.

La liberté ne commence pas lorsque nous protégeons ce que nous aimons, mais lorsqu’on tolère ce qui nous interpelle.

Hannah Arendt a averti que la pensée totalitaire s’installe lorsque les individus cessent de penser par eux-mêmes et se contentent de répéter des vérités collectives. C’est pourquoi les régimes autoritaires ont toujours craint les artistes, les écrivains, les musiciens et les intellectuels. Non pas parce que l’art est une arme, mais parce qu’il suscite le doute. L’art ouvre des espaces à la contradiction, à l’ambiguïté et à l’individualité.

La musique, en particulier, a toujours revêtu une signification particulière pour les Kurdes. Friedrich Nietzsche a écrit : « Sans musique, la via serait une erreur. » Pour les peuples apatrides, la musique est souvent plus qu’un art. Elle devient une archive collective de souffrance et d’espoir. Les chants kurdes ont porté l’exil, le deuil, l’amour, la résistance et la mémoire à travers les générations et les frontières.

C’est pourquoi la musique kurde ne peut appartenir à aucun parti politique, mouvement idéologique ou gardien autoproclamé du patriotisme.

Un chanteur devrait pouvoir chanter des chansons d’amour sans être traité de traître.

Un musicien devrait être libre de rester apolitique.

Un artiste a le droit de réussir et de prospérer.

Un auteur-compositeur doit être libre de critiquer.

Et les intellectuels doivent avoir le courage de penser à contre-courant.

C’est au public, et non aux censeurs politiques, de décider quelle musique et quel art comptent.

La culture kurde n’appartient à personne.

Historiquement, l’identité kurde n’a jamais été homogène. La société kurde a toujours été à la fois religieuse et laïque, tribale et urbaine, traditionnelle et moderne. Les Kurdes sont sunnites, alévis, yézidis, chrétiens et non religieux. Leur force n’a jamais résidé dans l’uniformité, mais dans leur capacité à préserver la diversité malgré l’oppression.

C’est pourquoi la société kurde a un besoin urgent d’un débat intellectuel approfondi sur la liberté artistique et musicale. Un débat qui dépasse les structures partisanes, l’intimidation sur les réseaux sociaux et les réflexes idéologiques. Un débat sur le rôle des musiciens, des artistes et des intellectuels dans une future société kurde démocratique.

Jean-Paul Sartre voyait l’intellectuel comme celui qui met au jour les contradictions de la société. Foucault affirmait que les intellectuels doivent révéler les structures de pouvoir cachées. Noam Chomsky a décrit leur responsabilité plus directement : dire la vérité et dénoncer les mensonges.

C’est peut-être là le sens le plus profond de l’art pour les peuples opprimés : l’art rappelle à l’humanité que la liberté ne commence pas avec la création d’un État. Elle commence avec la liberté de penser, de douter, de parler et de créer sans crainte.

Un peuple ne survit pas uniquement par la politique.

Il survit grâce à sa capacité à se souvenir, à imaginer et à créer librement.

C’est précisément pourquoi la liberté artistique ne constitue pas une menace pour la cause kurde. Elle en est l’une des expressions les plus démocratiques et humaines.

Jan Ilhan Kizilhan est psychologue, auteur et éditeur, spécialiste en psychotraumatologie, traumatismes, terrorisme et guerre, psychiatrie transculturelle, psychothérapie et migration.

Texte original (en anglais) publié par Rudaw sous le titre de « The freedom of art is the freedom to think« 

« Flocon de neige » : Metin Aktaş retrace la vie de Seyid Rıza et le massacre de Dersim

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TURQUIE / KURDISTAN — L’auteur Metin Aktaş vient de publier Kar Tanesi (« Flocon de neige »), un roman qui retrace la vie de Seyid Rıza et le massacre de Dersim de 1937-1938. À travers cet ouvrage, le 25e publié par l’auteur, il souhaite préserver la mémoire d’une période douloureuse et lutter contre l’oubli et la propagande.

Né en 1965 à Dersim, Metin Aktaş a grandi dans un environnement marqué par les séquelles du massacre. « J’ai été témoin de tout ce qui s’est passé dans cette région après 1965, explique-t-il. J’ai vécu aux côtés de nombreuses personnes qui avaient survécu au massacre, avaient été exilées puis étaient revenues. J’ai recueilli leurs récits et leurs tragédies. Je voulais transformer ces témoignages en un livre. »

Proche du village natal de Seyid Rıza, Aktaş a grandi en écoutant les histoires de ceux qui l’avaient côtoyé. « Je ne voulais pas que ces souvenirs tombent dans l’oubli », confie-t-il. Ces dernières années, une intense propagande a cherché à discréditer Seyid Rıza et sa famille, le présentant notamment comme un homme illettré, ignorant sa langue et les réalités de son peuple.

« Affirmer que Seyid Rıza était illettré est absurde »

L’auteur réfute fermement cette image : « Seyid Rıza a appris à lire et à écrire auprès de Mehmet Ali Bey, le précepteur de son père Şeyh İbrahim. Cet enseignement a ensuite été poursuivi par Mılla İbrahim, le père de Baytar Nuri, qui a lui-même instruit de nombreux enfants de la région. »

Aktaş souligne également que les dirigeants de l’époque, à commencer par Şeyh İbrahim, n’étaient pas indifférents aux revendications nationales kurdes. Ils entretenaient des liens avec le mouvement politique kurde d’Istanbul. Ces connexions se sont renforcées avec l’arrivée d’Alişer Efendi, qui siégea au Conseil Soviet* d’Erzincan. Ensemble, ils ont ouvert des écoles où l’enseignement se faisait en kurde, favorisé l’éducation des femmes et mis en place des structures mixtes. Une version réduite de ce conseil a même fonctionné pendant deux ans dans le village de Zeranik à Dersim.

Les dirigeants kurdes et les revendications nationales

Metin Aktaş souligne que les principaux dirigeants kurdes de l’époque, à commencer par Sey İbrahim, n’étaient pas indifférents aux revendications nationales : « Ces personnes étaient en contact avec les acteurs du mouvement politique kurde à Istanbul. Ces liens se sont maintenus, et plus tard, Alişer Efendi les a rejoints. »

Il poursuit : « Alişer Efendi a siégé au Conseil Soviet d’Erzincan. Là, ils ont ouvert des écoles où l’enseignement était dispensé en kurde, des écoles mixtes, ainsi que des structures permettant aux femmes de participer à la production et à l’éducation dans tous les domaines. Ils ont également établi une version réduite de ce conseil dans le village de Zeranik, à Dêrsim, et l’ont gérée pendant deux ans. »

« Lorsque les armées ottomanes les ont dispersés, Alişer Efendi s’est rendu à Koçgiri pour poursuivre son action. Face à l’échec de cette tentative, il s’est réfugié à Dêrsim and s’est caché sur le mont Tüzik avec l’aide de Seyid Rıza jusqu’à sa mort. »

Un humanisme profond

Aktaş met en avant la personnalité de Seyid Rıza : « Dêrsim compte de nombreux chefs spirituels et anciens, mais Seyid Rıza se distingue par son profond humanisme. Il n’était pas indifférent aux revendications nationales, à la langue et aux croyances de son peuple. »

L’auteur dénonce la déformation historique : « La vérité sur cette période est déformée. On présente le massacre comme si “ils avaient apporté la civilisation à ces terres, alors que la société était barbare”. En réalité, ils n’ont apporté que des soldats, des commissariats et l’oppression. »

Le devoir de mémoire

Ce livre revêt une importance particulière pour Metin Aktaş : « Je voulais raconter l’histoire des gens avec qui j’ai vécu. Dans mon village, pendant le massacre, ils ont ligoté les hommes, les ont emmenés dans la forêt et les ont brûlés vifs. Seules quelques femmes ont échappé. Il y avait près de quarante veuves dans notre village. Nous avons grandi au milieu des souffrances et des lamentations de ces survivants. J’ai écrit ce livre pour que ces choses ne soient pas oubliées. »

« Il faut ouvrir les archives »

Metin Aktaş conclut avec un appel clair : « Notre plus grand espoir est que ces massacres soient enfin reconnus. Tant que l’État ne les reconnaîtra pas, ces tragédies se répéteront sans cesse. Le devoir premier de l’État devrait être d’assumer son passé politique. Le peuple kurde est présent dans cette région depuis des millénaires. On ne peut rien résoudre en niant son existence. »

Il ajoute : « Ils ont massacré les frères de ma mère, qui a alors refait sa vie dans un autre village. En 1994, ils ont de nouveau incendié ce village. Alors, quel intérêt l’État a-t-il à persister dans cette politique ? Les archives relatives à ces massacres doivent être ouvertes. »

*Le Conseil d’Erzincan, également appelé Soviet d’Erzincan, était un gouvernement soviétique local établi en 1917 dans la région d’Erzincan, alors sous contrôle russe après la bataille d’Erzincan durant la Première Guerre mondiale. Formé par des forces locales à la suite de la Révolution d’Octobre et du retrait de l’armée russe, il fut dissous en 1921 après l’intervention des Forces nationales turques. Certaines sources indiquent qu’il fut détruit par l’armée ottomane.

Erdogan a-t-il permis le retour du réseau terroriste islamique kurde ?

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TURQUIE / KURDISTAN – Selon un article d’Abdullah Bozkurt publié par Nordic Monitor le 18 mai 2026, le gouvernement turc a discrètement facilité la résurgence du Mouvement révolutionnaire islamique du Kurdistan (en kurde : Tevgera Şoreja İslamiya Kurdistan ; en turc : Kürdistan İslami Devrim Hareketi, KİDH), un groupe islamiste radical qui prône la création d’un État kurde indépendant régi par la charia sur les quatre parties du Kurdistan (occupées par la Turquie, Syrie, Irak et Iran).

Alors que le groupe avait été lourdement condamné dans les années 2000-2010 pour terrorisme, braquages, extorsions et projet de renversement de l’ordre constitutionnel, les tribunaux turcs — influencés par le pouvoir d’Erdogan — ont récemment cassé ces condamnations.

Le 13 mai 2026, un tribunal de Diyarbakır a acquitté sept membres du KİDH, requalifiant un braquage de banque armé (2009) en simple crime de droit commun, effaçant ainsi la dimension terroriste et idéologique de l’organisation.

L’article dénonce une politisation du système judiciaire qui normalise désormais ce mouvement extrémiste, autrefois considéré comme une menace majeure pour la sécurité nationale.

IRAN. L’otage kurde Pakhshan Azizi peut être exécutée à tout moment

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IRAN / ROJHILAT – La prisonnière politique kurde Pakhshan Azizi risque une exécution imminente selon plusieurs ONG de défense des droits humains.

— Les exécutions en Iran connaissent une hausse dramatique depuis plusieurs mois. Les autorités visent particulièrement les prisonniers politiques et les personnes accusées d’« atteinte à la sécurité nationale ». Malgré les appels répétés des organisations de défense des droits humains, les procès restent inéquitables, les aveux sont souvent extorqués sous la torture, et le droit à une défense digne est systématiquement bafoué.

Entre le 17 mars et le 21 mai 2026, au moins 34 prisonniers politiques ont été exécutés en Iran.

Dans ce contexte d’intensification des condamnations à mort, l’inquiétude grandit autour du sort de Pakhshan Azizi, militante kurde iranienne condamnée à la peine capitale.

Selon Rojhilat Info, la Cour suprême iranienne a confirmé sa sentence, faisant craindre que son exécution puisse intervenir à tout moment.

Qui est Pakhshan Azizi ?

Militante kurde et défenseure des droits humains, Pakhshan Azizi a été arrêtée le 4 août 2023 à Téhéran par des agents du ministère du Renseignement. Elle a été immédiatement transférée à la prison d’Evin, où elle a passé cinq mois à l’isolement total, période durant laquelle elle aurait subi des actes de torture et des mauvais traitements.

En juillet 2024, elle a été condamnée à mort pour « rébellion armée contre l’État » (baghy). Les « preuves » retenues contre elle par le tribunal sont particulièrement révélatrices du caractère politique de son procès :

Sa participation à une manifestation en 2009 contre l’exécution d’un étudiant kurde ;

Son soutien aux familles des manifestants tués lors des soulèvements de 2022 ;

Son travail humanitaire auprès de femmes et d’enfants kurdes ayant fui les exactions de l’État islamique en Syrie (2014-2022).

Amnesty International a qualifié son cas de « politiquement motivé », dénonçant l’utilisation de la peine de mort par le régime iranien comme une arme pour réduire au silence les voix dissidentes et les militant·es.

Suicide d’un réfugié kurde en Allemagne

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BERLIN – Le réfugié kurde Serkan Durmuş s’est donné la mort dans un centre d’hébergement à Lychen, dans le Brandebourg. Ce père de deux enfants vivait en Allemagne avec sa famille depuis le séisme dévastateur de février 2023 qui a frappé le Kurdistan de « Turquie » et le Rojava. Ses proches décrivent des mois de souffrance psychologique intense, marqués par l’isolement, la précarité et la peur constante d’une expulsion.

Serkan Durmuş a été retrouvé mort le 12 mai dans le centre d’accueil. Son épouse, Türkan Durmuş, déclare que le rejet de leur demande d’asile a considérablement aggravé son état. Il souffrait déjà de graves crises de panique, de troubles du sommeil sévères et d’anxiété chronique.

Une nouvelle vie brisée par le traumatisme et l’abandon

La famille, d’origine kurde alévie, avait fui la Turquie après la destruction complète de leur maison lors du tremblement de terre. « Après la catastrophe, nous avons essayé de reprendre goût à la vie, confie Türkan Durmuş. Nous voulions offrir un avenir à nos enfants. Mais ici aussi, nous nous sommes retrouvés seuls. »

Selon elle, Serkan a multiplié les demandes d’aide auprès d’hôpitaux et de services psychiatriques, sans jamais recevoir de véritable soutien. Le principal obstacle était l’absence de prise en charge psychologique dans leur langue maternelle. « Mon mari était une personne joyeuse, mais il ne pouvait pas s’exprimer. Nous non plus, nous n’arrivions pas à expliquer correctement nos problèmes », témoigne-t-elle.

Türkan Durmuş décrit une vie rythmée par l’incertitude administrative, la barrière de la langue et l’isolement au sein du camp. La peur permanente d’être expulsés hantait son mari. « Il vivait dans une crainte constante. Nous avons appelé des ambulances, nous sommes allés à l’hôpital, nous avons cherché des psychologues… Mais personne ne nous écoutait vraiment. Les gens ne veulent pas seulement être considérés comme des réfugiés, mais comme des êtres humains. »

Des conditions d’accueil mises en cause

L’Initiative Alan Kurdi, qui a rencontré la famille après le drame, estime que ce cas est loin d’être isolé. « L’isolement dans les camps, la pression liée aux procédures d’expulsion et le manque criant de soutien psychologique ont des conséquences dramatiques », déclare Hran Kasparyan, membre de l’initiative.

Les personnes ayant survécu à la guerre, à des déplacements forcés ou à des catastrophes naturelles se retrouvent souvent seules face à leurs traumatismes dans les structures d’hébergement. L’absence de suivi dans leur langue et les années passées dans des camps collectifs aggravent profondément leur détresse.

Selon une étude de l’Initiative Alan Kurdi, au moins 19 réfugiés kurdes sont morts par suicide ou dans des circonstances troubles en Allemagne entre 2022 et 2026. L’organisation établit un lien direct entre ces décès et les conditions de vie dans les centres d’accueil.

La dépouille de Serkan Durmuş doit être rapatriée demain, vendredi, à Malatya (Meletî), au Kurdistan du Nord, après une cérémonie d’adieu au lieu de culte alévi (Cemevi) de Berlin. L’Initiative Alan Kurdi a annoncé la publication prochaine d’un rapport détaillé sur les circonstances de son décès.

Ouverture d’une école kurde au Canada

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LANGUE. La première école kurde du Canada a ouvert ses portes à Vancouver.

Destinée aux enfants de la diaspora, cette école propose un enseignement en langue kurde. Nommée Pepulekani KurdistanPapillons du Kurdistan »), elle accueille actuellement 20 élèves et dispense des cours dans les trois principaux dialectes : sorani, kurmanci et behdini.

Porté par le Centre de la diaspora kurde et soutenu par de nombreux enseignants et intellectuels kurdes, ce projet vise à préserver et à transmettre la langue et l’identité kurdes aux nouvelles générations.

Membre de la Fédération de la langue kurde, l’école travaille en étroite coordination avec le ministère de l’Éducation de la Région du Kurdistan. Au-delà des cours de langue, elle propose de nombreuses activités culturelles et pédagogiques conçues pour rendre l’apprentissage du kurde plus vivant, ludique et efficace.

La revue Études kurdes devient Studia Kurdica

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PARIS — Le numéro 18 de Studia Kurdica, revue semestrielle de référence sur les études kurdes, anciennement intitulée Études kurdes, paraîtra la semaine prochaine.

Une revue fondée en 1999

La revue Études kurdes a été fondée en 1999 à Paris par un groupe de chercheurs. Elle s’inscrit dans l’essor des publications académiques consacrées à la culture et à la société kurdes observé ces dernières décennies. Publiée en lien étroit avec l’Institut kurde de Paris, elle s’est rapidement imposée comme un outil scientifique de premier plan dans le champ des études kurdes. Depuis sa création, Études kurdes (désormais Studia Kurdica) propose une publication semestrielle bilingue (français et anglais). Elle vise à informer les spécialistes et le public intéressé sur tous les aspects de la société kurde : langue, littérature, sociologie, anthropologie, histoire, politique et relations internationales.

La revue remplit plusieurs missions :

Publier des dossiers thématiques approfondis
Accueillir des articles varia
Proposer des comptes-rendus d’ouvrages
Mettre à disposition des documents d’archives ou contemporains
Offrir un forum aux jeunes chercheurs

Une évolution de nom, une continuité scientifique

Le passage d’Études kurdes à Studia Kurdica marque une nouvelle étape dans l’histoire de la revue, tout en conservant la même ligne éditoriale et la même exigence scientifique.

Pour plus d’informations sur les numéros précédents, les sommaires et les archives, vous pouvez consulter le site officiel : www.etudeskurdes.org

SYRIE. Les étudiants kurdes exigent la reconnaissance de leurs diplômes

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SYRIE / ROJAVA — Des étudiants de l’École pétrochimique de l’Université de Rojava, située à Qamishlo dans la région d’al-Jazira, exigent la reconnaissance officielle par Damas de leurs diplômes et la validation de leurs années d’études. Ils appellent également à l’inscription de la langue kurde dans la nouvelle constitution syrienne.

Pour ces étudiants, l’éducation dans leur langue maternelle constitue un droit légitime et fondamental. Ils soulignent que la reconnaissance de la langue kurde représente bien plus qu’un enjeu linguistique : il s’agit d’une question d’identité, de culture et d’existence du peuple kurde en Syrie.

Les demandes des étudiantes

Helen Ibrahim, étudiante en quatrième année, a déclaré : « Tous les Kurdes doivent exiger l’inscription de la langue kurde dans la nouvelle constitution syrienne, ainsi que la reconnaissance des diplômes de l’Université de Rojava. Si nous étudions aujourd’hui en kurde, c’est grâce au sang des martyrs. Nous devons défendre notre langue, car elle est une question d’existence et d’identité. »

Miraf Issa, également en quatrième année, a insisté : « L’apprentissage en kurde est un droit légitime. La langue représente notre culture et notre existence. L’université et l’éducation en kurde ont été rendues possibles grâce aux sacrifices de milliers de martyrs. Nous devons préserver cet acquis. »

De son côté, Lavin Batal a ajouté : « Nous étudions en kurde depuis l’école primaire. Le gouvernement intérimaire doit reconnaître nos diplômes universitaires et inscrire la langue kurde dans la constitution. La langue kurde doit être présente dans les écoles, les universités, ainsi que dans les institutions culturelles et médiatiques de la nouvelle Syrie. »

Les étudiants de l’Université de Rojava considèrent que la reconnaissance de leurs diplômes et de leur langue n’est pas seulement une revendication académique, mais un acte de justice et de respect envers des années de lutte et de sacrifices.

IRAN. Deux prisonniers politiques kurdes exécutés à Naqadeh

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IRAN / ROJHILAT – Ramin Zaleh et Karim Maroufpour, deux otages kurdes, ont été exécutés aujourd’hui par le régime iranien. Ils avaient été condamnés à mort à l’issue d’un simulacre de procès sans avocat ni garanties judiciaires, sur la base d’aveux extorqués sous la torture.

Les autorités iraniennes ont exécuté en secret deux prisonniers politiques kurdes, Ramin Zaleh et Karim Maroufpour, tous deux originaires de Naqadeh, qui avaient été condamnés à mort dans une affaire commune pour appartenance au Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI).

Selon les informations obtenues par l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, les condamnations à mort de Ramin Zaleh et Karim Maroufpour ont été exécutées en secret à l’aube du mercredi 21 mai 2026 à la prison centrale de Naqadeh, sans préavis à leurs familles ni possibilité de visite finale.

Simultanément aux exécutions, le centre médiatique du pouvoir judiciaire (agence de presse Mizan) a publié un communiqué confirmant les exécutions et accusant les deux prisonniers kurdes d’« appartenance à des groupes terroristes séparatistes », de « rébellion armée » et de « tentative d’assassinat ».

Hengaw souligne que de telles accusations répétées sont systématiquement portées contre des militants politiques au Kurdistan sur la base d’aveux forcés obtenus sous la torture.

Contexte de l’affaire Ramin Zaleh

Ramin Zaleh, un habitant de Naqadeh, a été arrêté le 22 juillet 2024 par les forces du ministère du Renseignement et transféré à la prison centrale de Naqadeh.

Après avoir enduré 507 jours de détention et de limbes juridiques, il a finalement été condamné à mort par la 1ère chambre du tribunal révolutionnaire de Mahabad, présidée par le juge Siyami, pour « baghi ​​(rébellion armée) par appartenance au Parti démocratique du Kurdistan iranien ».

Après des mois d’isolement, son procès n’a duré que quelques minutes et s’est déroulé dans une opacité totale, sans qu’il puisse choisir son avocat. Sa condamnation à mort lui a été officiellement notifiée en prison le 6 décembre 2025.

Contexte de l’affaire Karim Maroufpour

Karim Maroufpour, un homme de 29 ans originaire de Naqadeh, avait déjà été arrêté le 23 mars 2021 par les forces gouvernementales iraniennes à Sardasht.

Hengaw avait précédemment rapporté que Maroufpour avait été sévèrement battu lors de son arrestation.

Il a été arrêté pour avoir prétendument collaboré avec le Parti démocratique du Kurdistan iranien et a subi une disparition forcée prolongée sans aucun contact avec sa famille avant d’être finalement condamné à mort aux côtés de Ramin Zaleh par le tribunal révolutionnaire de Mahabad à l’issue d’un processus judiciaire inéquitable, pour « baghi ​​(rébellion armée) en raison de son appartenance au Parti démocratique du Kurdistan iranien ».

L’organisation Hengaw pour les droits de l’homme condamne fermement les exécutions secrètes de Ramin Zaleh et Karim Maroufpour, les qualifiant de continuation des crimes systématiques du gouvernement iranien contre les militants politiques kurdes et de cas flagrant d’assassinat d’État.

Hengaw appelle une fois de plus à l’isolement diplomatique de la République islamique d’Iran et à une action internationale ferme contre la machinerie d’exécutions et de violence d’État que l’Iran perpétue.