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Etudiants de l’Université de Kobanê : « Nos rêves, nos espoirs deviennent réalité »

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SYRIE / ROJAVA – Les diplômés de l’Université de Kobanê ont exprimé leur immense joie d’avoir obtenu leur diplôme dans leur langue maternelle, le kurde. « Les espoirs que nous portons depuis des années se sont enfin réalisés », ont-ils déclaré avec émotion.

Le 6 mai, l’Université de Kobanê (en kurde : Zanîngeha Kobaniyê) a célébré la remise des diplômes de sa première promotion de licence pour l’année universitaire 2025-2026. Placée sous le slogan « Le savoir est identité, et l’identité est existence », la cérémonie a réuni plus de 60 diplômés, hommes et femmes, issus des départements de langue et littérature kurdes, littérature anglaise et droit.

Les nouveaux diplômés ont confié à l’agence ANHA leur bonheur d’avoir pu étudier et obtenir leur diplôme dans leur propre langue.

Salah Muslim, 50 ans, a dédié sa réussite aux âmes des combattants de la liberté, au leader Abdullah Öcalan, aux habitants de Kobani et aux peuples des quatre parties du Kurdistan. « Cette remise de diplôme est une réponse forte aux ennemis du peuple kurde, a-t-il affirmé. Le peuple kurde étudie et obtient ses diplômes dans sa langue. Nous continuerons à apprendre dans notre langue, car elle représente notre existence, notre identité, notre volonté et notre force. »

Malgré son âge et les nombreuses difficultés rencontrées, Salah Muslim n’a jamais renoncé. « C’était un rêve que je portais depuis des années. Aujourd’hui, grâce aux sacrifices des martyrs, ce rêve est devenu réalité. »

Nurhan Mohammed, 47 ans et mère de cinq enfants, a exprimé une grande fierté : « Je suis très heureuse de recevoir mon diplôme dans ma langue maternelle à l’Université de Kobani. C’est l’enseignement en kurde qui m’a donné la force de persévérer. J’espère que chaque Kurde s’efforcera d’apprendre et de valoriser sa langue maternelle. »

Nisreen Sheikh Mohammed a également partagé son émotion : « Malgré toutes les difficultés et mes enfants encore jeunes, mon mari m’a soutenue pour que je réalise ce rêve que je chérissais depuis des années. Aujourd’hui, ce jour est enfin arrivé. Je dédie ma remise de diplôme à tous les lecteurs. »

Mohammed Jassem, 63 ans, a quant à lui souligné le rôle des sacrifices consentis : « Je dédie ce diplôme aux martyrs de la liberté et à tous les étudiants. Malgré mon âge avancé, rien ne m’a arrêté. J’ai toujours rêvé d’obtenir mon diplôme en kurde, ma langue maternelle, et aujourd’hui ce rêve est devenu réalité. Chacun doit poursuivre ses rêves et étudier dans sa langue. Celui qui ne reconnaît pas notre langue, nous ne le reconnaissons pas non plus. »

Le nouveau visage du colonialisme turc : la manipulation de la décolonisation

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TURQUIE – Un forum organisé par une puissance coloniale sous la bannière de la décolonisation et de l’anticolonialisme constitue une tentative délibérée de manipulation et de tromperie politique.

Le Forum mondial de la décolonisation se tient à Istanbul les 11 et 12 mai, sous l’égide de la Fondation NÛN pour l’éducation et la culture, dont le nom s’inspire de la lettre coranique « Nûn ». Dans le texte de présentation du forum, la présidente de la fondation, Esra Erdoğan Albayrak, fille de Recep Tayyip Erdoğan, centre sa critique du colonialisme sur le débat relatif au « fardeau de l’homme blanc », en référence à la célèbre expression de Rudyard Kipling. Articulé autour de thèmes tels que les crises mondiales, l’héritage du colonialisme, les inégalités épistémiques et la quête de justice, le forum accueillera notamment Walter Mignolo, fondateur de la théorie décoloniale, Mireille Fanon-Mendès-France, fille de Frantz Fanon, Joseph Massad et Ann Pettifor.

À première vue, cette initiative donne l’impression que la critique du colonialisme gagne du terrain à l’échelle mondiale. Pourtant, le problème ne réside plus dans les concepts eux-mêmes, mais dans qui parle et ce qui est passé sous silence. Car la réalité fondamentale demeure : il ne peut y avoir de décolonisation sans changement de statut.

Il convient de rappeler ici un épisode historique révélateur. Dans une caricature publiée par le journal Milliyet le 19 septembre 1930, une pierre tombale figurant le mont Ararat portait l’inscription : « Ici repose le Kurdistan imaginaire. » Il ne s’agissait pas d’une simple caricature, mais de l’expression condensée de la mentalité de l’État turc vis-à-vis du Kurdistan : déni, effacement et volonté d’éradication historique. Le Kurdistan fut déclaré « imaginaire » afin de l’éliminer politiquement. Près d’un siècle plus tard, le fond de cette approche n’a pas changé, seule sa forme a évolué. Ce qui était autrefois nié ouvertement est aujourd’hui rendu invisible par des méthodes plus subtiles, instrumentalisant les concepts eux-mêmes.

L’histoire contemporaine du Kurdistan révèle deux tournants décisifs. Le premier est le début de la guérilla en Turquie, le 15 août 1984, qui fait sortir la question kurde du stade du déni pour l’imposer comme une réalité politique. Le second est l’intervention de la coalition menée par les États-Unis en Irak, le 20 mars 2003, qui concrétise le débat sur le statut kurde dans une partie du Kurdistan et bouleverse profondément les équilibres régionaux.

Ces deux événements se sont nourris et renforcés mutuellement, transformant la question kurde d’un problème national en une réalité internationale.

À ce jour, l’ouvrage d’Ismail Beşikçi, La Résurrection du Kurdistan imaginaire, demeure l’une des réponses les plus puissantes à cette politique de négationnisme. Bien qu’il soit d’origine turque, Beşikçi a passé plus de vingt ans en prison pour avoir dénoncé ouvertement le statut colonial du Kurdistan. Son œuvre ne constitue pas seulement une analyse académique, mais une rupture historique qui affirme l’existence d’une réalité que l’État prétendait inexistante. Le cadre conceptuel qu’il a établi n’est donc pas une simple opinion, mais une position forgée dans le sacrifice.

Si le colonialisme devait véritablement faire l’objet d’un débat aujourd’hui, Ismail Beşikçi aurait dû en être un interlocuteur naturel. Or, le cadre de réflexion mis en place privilégie non pas une confrontation directe et concrète avec le colonialisme, mais une discussion abstraite vidée de ses acteurs concrets — une démarche qui, en définitive, contribue à légitimer le colonialisme turc.

Aujourd’hui, la mentalité de l’État turc ne se limite pas à l’organisation d’un forum : elle vise à rendre invisible son propre statut colonial au Kurdistan. Le discours politique, autrefois centré sur des revendications de leadership dans le monde islamique, se reconstruit désormais à travers un langage anticolonial. Il ne s’agissait pas d’une transformation, mais d’un déplacement stratégique. Qu’une puissance coloniale organise un forum sous la bannière de la décolonisation relève non pas d’une simple contradiction, mais d’un acte délibéré de diversion et de tromperie. Tant que le statut colonial imposé au Kurdistan perdurera, ce discours n’abolira pas le colonialisme : il le dissimulera et le reproduira sous un nouveau langage.

Cette réalité montre que le terrain même de la lutte est en pleine mutation. La lutte pour le Kurdistan ne change pas seulement de forme ; elle se déplace de la sphère armée vers les domaines de la pensée, des concepts et du sens. Et c’est précisément sur ce terrain que le danger s’accroît. Car tout concept perdu devient une position perdue. Le langage construit autour de notions telles que « normalisation », « intégration », « résolution » et désormais « décolonisation » occulte l’essence historique de la question kurde et cherche à dissoudre la revendication d’un statut en la rendant ambiguë. Il ne s’agissant pas d’un glissement linguistique accidentel, mais d’une intervention sémantique systématique. Le débat actuel n’est donc pas seulement politique, il est aussi une bataille au niveau du sens.

Un même concept peut revêtir des significations totalement différentes selon la personne qui le porte. Comme le rappelle la tradition des samouraïs, qui incarne dans la mémoire historique du Japon non seulement une classe guerrière mais aussi une doctrine morale et sociale : « L’honneur et la honte ne résident pas dans l’épée, mais dans la main et le cœur qui la portent. »

Le concept de décolonisation n’est pas libérateur en soi ; ce qui importe, c’est quel sujet politique s’exprime à travers lui et à partir de quelle position historique.

C’est là la forme la plus raffinée du colonialisme. Pour le comprendre, il suffit de se rappeler l’avertissement de Frantz Fanon : le colonialisme n’est pas seulement un ordre militaire ou économique, c’est aussi un système construit par la production de sens. Le colonisateur cherche à contrôler non seulement la terre, mais la mentalité elle-même, déterminant ce qui est réel, ce qui est raisonnable et ce qui est possible. Le langage qui se construit aujourd’hui opère précisément à ce niveau.

Dans ce contexte, la référence à Rudyard Kipling est particulièrement éloquente. Kipling était capable d’écrire des œuvres d’une profondeur universelle et profondément humaine, comme Si, traduit en turc par Bülent Ecevit. Pourtant, Le Fardeau de l’homme blanc montre ouvertement comment le colonialisme se pare des atours d’une « mission civilisatrice ». C’est l’un des exemples les plus clairs de la manière dont le colonialisme se légitime non seulement par la force, mais par le discours de la responsabilité morale.

La réintroduction de cette référence dans le débat actuel témoigne moins d’une critique du colonialisme que d’une reconstruction de son langage.

La conclusion demeure aujourd’hui aussi claire et indiscutable qu’il y a un siècle : le Kurdistan est une colonie.

Sans la modification de ce statut, aucune solution n’est véritable. Tout discours fondé sur le déni de ce statut, quel que soit son nom, perpétue le colonialisme.

C’est pourquoi il ne faut pas rejeter le concept de décolonisation, mais le réancrer dans la réalité concrète à laquelle il se rattache. La décolonisation n’a de sens qu’à travers le démantèlement d’un statut colonial. Tout discours de décolonisation construit sans la reconnaissance du statut du Kurdistan ne sera pas une voie vers la libération, mais une manipulation qui occulte précisément ce statut.

Article de HÜSEYIN SALIH DURMUŞ, pour ANF

SYRIE. Les gangs de Damas continuent à commettre des meurtres sectaires

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SYRIE – Un Alaouite et directeur de l’école a été assassiné vendredi 8 mai 2026 dans la campagne ouest de Homs par des hommes armés. Le massacre des Alaouites se poursuit dans la Syrie d’al-Sharaa (Jolani) où les Kurdes et les Druzes sont également vus comme des ennemis de la Syrie arabe-sunnite…

Hussein Wahid al-Hussein, Alaouite et directeur de l’école al-Joubaniyah, a été assassiné vendredi 8 mai 2026 dans le village de Modan, dans la campagne ouest de Homs, alors qu’il rendait visite à sa famille.

Civil non armé, il a été abattu en pleine rue par des hommes armés. Selon plusieurs sources locales, il a fait l’objet d’un ciblage direct.

Ce meurtre intervient dans un contexte de violences récurrentes et d’assassinats ciblés visant des membres de la communauté alaouite en Syrie, particulièrement dans les régions rurales de Homs et de Hama depuis la chute du régime Assad.

SYRIE. Damas libère 232 otages kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Dans le cadre de l’accord conclu avec le gouvernement intérimaire syrien, Damas a libéré un nouveau groupe de 232 prisonniers kurdes, qui sont arrivés au Rojava.

Si ces libérations constituent une avancée concrète, le sort des Kurdes (civils et combattants) portés disparus depuis les attaques djihadistes de janvier dernier reste inconnu. Le nombre exact de personnes encore détenues demeure également imprécis.

Aux termes de l’accord signé le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire syrien, ce quatrième groupe porte à 1 032 le nombre total de prisonniers kurdes libérés.

Accueil chaleureux à Hassaké et Qamishlo

Les prisonniers libérés ont été accueillis avec enthousiasme par leurs familles, des habitants et des commandants des forces Asayish au carrefour de Sebax, à Hassaké. Ils ont ensuite été conduits à Qamishlo, où ils ont également été accueillis par une foule en liesse.

Calendrier des libérations :

  • 10 mars 2026 : 1er groupe – 100 personnes

  • 19 mars 2026 : 2e groupe – 300 personnes

  • 11 avril 2026 : 3e groupe – 400 personnes

  • Début mai 2026 : 4e groupe – 232 personnes

Total : 1 032 prisonniers libérés.

TURQUIE. Des étudiantes de l’université Eren de Bitlis victimes du cyberharcèlement

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TURQUIE / KURDISTAN – De nombreuses jeunes femmes kurdes continuent d’être arrachées à la vie sous l’effet d’une politique coloniale et patriarcale menée par le régime turc au Kurdistan du Nord.
 
Parmi elles, les noms de Gülistan Doku, Rojin Kabaiş et Rojwelat Kızmaz restent gravés dans la mémoire collective comme autant de symboles d’une violence systémique contre les femmes kurdes. 
 
L’agence de presse féminine kurde JINHA dénonce une nouvelle fois la gravité de la situation à l’Université de Bitlis, où de nombreuses étudiantes sont victimes de cyberharcèlement et de chantage sexuel. Plusieurs d’entre elles ont été poussées au suicide, sans que les autorités turques ne prennent les mesures nécessaires pour les protéger et sanctionner les auteurs.
 
Face à cette vague de violences numériques et à l’impunité persistante, les autorités restent inertes, aggravant encore le sentiment d’insécurité des étudiantes kurdes.

« Va bosser tes cours », la police renvoie chez elle une étudiante victime du cyberharcèlement

L’agence JINHA a interviewé une étudiante de 21 ans de l’université de Bitlis Eren qui y dénonce un chantage sexuel particulièrement pervers utilisant des images générées par intelligence artificielle (IA). Son témoignage révèle une fois de plus la vulnérabilité des étudiantes face à la violence numérique et l’inaction des autorités.

Zeynep (nom modifié pour sa sécurité), étudiante à l’Université Bitlis Eren, est victime de chantage depuis 2023. Tout a commencé le jour de ses 18 ans. Un compte anonyme l’a contactée en utilisant des photos issues de son ancien compte Instagram, transformées en images pornographiques grâce à l’IA.

« Cette personne a attendu que j’aie 18 ans. Le jour de mon anniversaire, j’ai reçu la première menace. Il exigeait des photos nues, sinon il diffuserait les images. J’ai eu tellement peur que j’ai fermé tous mes comptes. »

Après une période d’accalmie, les menaces ont repris en 2026, plus virulentes. Des photos à caractère sexuel générées par IA sont désormais diffusées via de faux comptes ouverts à son nom. L’individu menace de les envoyer à ses proches si elle refuse d’avoir des relations sexuelles avec lui.

Une plainte rejetée par la police

Lorsque Zeynep s’est enfin rendue à la brigade de lutte contre la cybercriminalité, elle n’a pas été prise au sérieux :

« Ils m’ont dit : “On ne peut rien faire. Même s’ils sont condamnés, ils recommenceront dans 3 ou 5 ans.” Ils m’ont déconseillé de porter plainte et m’ont renvoyée chez moi en me disant : “Vas étudier tes cours. Si tu subis des violences physiques, reviens.” »

Les policiers ont également retourné la responsabilité sur elle : « Utilises les réseaux sociaux avec précaution, ne montres pas ton visage. »

Un phénomène répandu à l’université Bitlis Eren

Zeynep affirme que de nombreuses autres étudiantes subissent le même type de chantage. Selon elle, plus de 10 étudiantes auraient été poussées au suicide ces derniers mois à cause de ce genre de harcèlement.

Elle dénonce une culture de l’impunité à l’université : photos volées dès l’entrée, chantage systématique, violences physiques et sexuelles, drogues…

Soutien judiciaire

Le Centre des droits des femmes de l’Association du Barreau de Bitlis a pris en charge son dossier et va porter plainte auprès du procureur pour que l’auteur (ou les auteurs) soit identifié et poursuivi.

Le retour du Festival des Films Kurdes de Paris

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PARIS – La cinquième édition du Festival des Films Kurdes de Paris se tiendra du 29 juin au 1er juillet 2026 au Centre Wallonie-Bruxelles, dans le 4e arrondissement de Paris.

Les organisateurs du Festival des Films Kurdes de Paris (en kurde : Festîvala Fîlmên Kurdî ya Parîsê) nous promettent une programmation riche et variée : dizaines de films (fictions, documentaires, courts et longs métrages) issus du cinéma kurde, accompagnés de nombreuses réalisatrices et réalisateurs invité·e·s pour des rencontres et des échanges privilégiés.

Un rendez-vous incontournable pour découvrir ou redécouvrir la vitalité, la créativité et la puissance narrative du 7e art kurde.

PARIS. Table-ronde et exposition autours des Yézidis de la Drôme

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PARIS – La médiathèque James Baldwin, dans le 19e arrondissement, a accueilli une soirée émouvante alliant culture, mémoire et engagement autour de la communauté yézidie. Dans le cadre de l’exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme », une table-ronde a réuni anthropologue, photographe et militants, débutant par le chant émouvant d’un dengbêj (barde) yézidi.

Des voix pour la mémoire et la justice

Estelle Amy de la Bretèque, anthropologue au CNRS et autrice du livre Le Collier de l’ange Paon (Éditions Libel), a ouvert la discussion en revenant sur la genèse du livre et du projet photographique. Elle a souligné la longue collaboration avec la communauté yézidie de la Drôme et l’importance de donner la parole et une image digne aux survivants.

Farhad Shamo Roto, président de l’association Voice of Ezidis, a ensuite pris la parole avec force. Il a rappelé que le génocide de 2014 n’est pas terminé pour les Yézidis. Il a reproché à la communauté internationale et l’Etat irakien de ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour les survivants. Une grande partie d’entre eux croupit encore dans des camps de fortune au Kurdistan irakien, tandis que d’autres familles sont dispersées à travers le monde, souvent séparées de leurs proches.

Il a vivement dénoncé l’hypocrisie européenne qui ne reconnaît pas automatiquement les Yézidis comme une minorité à protéger et ne leur accorde pas l’asile de façon systématique. Farhad Shamo Roto a également salué le jugement historique rendu à Paris, qui a condamné par défaut le djihadiste toulousain Sabri Essid à la réclusion criminelle à perpétuité pour génocide et crimes contre l’humanité. Il a conclu par une note amère, soulignant l’ironie de la politique française : le président Emmanuel Macron a décoré Nadia Murad de la Légion d’honneur en avril dernier. Il y a un an, il recevait à l’Élysée Ahmad al-Sharaa, ancien chef djihadiste d’Al-Qaïda impliqué dans des crimes de guerre en Irak, y compris dans la région de Shengal.

Romain Rabier, photographe et réalisateur à l’agence Hans Lucas, a présenté son travail et expliqué la démarche artistique derrière l’exposition.

La soirée s’est poursuivie par des échanges entre le public et les intervenants. Et enfin, une partie du public s’est mise à danser la ronde kurde grâce aux chants plus joyeux du barde tandis que d’autres ont poursuivi les échanges autour d’une collation offerte pour l’occasion.

Une exposition intime et puissante

L’exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme » est visible jusqu’au 31 mai 2026 à la médiathèque James Baldwin.

Après le génocide perpétré par l’État islamique le 3 août 2014 à Shengal, une centaine de Yézidis (Êzdî en kurde) ont été accueillis en France, principalement dans la Drôme, entre 2017 et 2021. Dans leurs maigres bagages, ils n’ont pu emporter qu’un objet précieux : les grandes couvertures « Betanî ».

Symbole de richesse et souvent offertes en dot dans les villages de Shingal, ces couvertures servaient traditionnellement de fond pour les portraits de mariage. Aujourd’hui, elles occupent une place centrale dans chaque foyer yézidi de la Drôme, empilées avec soin ou étendues sur les lits.

Romain Rabier et Estelle Amy de la Bretèque ont choisi ces « Betanî » comme fil conducteur de l’exposition. Chaque membre de la communauté a été photographié à son domicile, dans un studio mobile. Libre de choisir sa couverture, sa tenue, sa pose et son attitude, chaque personne s’est représentée comme elle le souhaitait. À travers ces portraits intimes et d’autres images, l’exposition explore l’exil, la reconstruction, le rapport à la terre, la langue, le travail et la transmission des traditions.

Ce projet photographique constitue le prolongement d’un ouvrage antérieur des deux auteurs.

« La prison de Nugra Salman était l’Auschwitz des Kurdes »

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IRAK / KURDISTAN – « Pour ceux qui ne le savent pas : La prison de Nugra Salman était un véritable Auschwitz pour les Kurdes. La brutalité qui y régnait était inimaginable. Sur les portes, on pouvait lire : « Bienvenue en enfer ». On y donnait les corps des prisonniers encore vivants en pâture aux chiens, on les faisait exploser pour le plaisir, etc. (…). », déclare le militant Polla Garmiany, alors qu’un des principaux bourreaux de ce camp de la mort irakien est actuellement jugé à Bagdad.

Des souvenirs cauchemardesques ont refait surface jeudi lors de l’audience du tribunal de Rusafa contre Ajaj Ahmed Hardan al-Tikriti, ancien responsable de la prison de Nugra Salman*, accusé de crimes contre l’humanité commis durant la campagne d’Anfal, le génocide kurde ordonné par Saddam Hussein en 1988.

Invité au bulletin d’information de midi de Kurdistan24, le présentateur et journaliste Ammar Najmaddin a livré un témoignage poignant sur les horreurs qu’il a vécues enfant dans ce camp situé en plein désert de Samawah.

Ammar Najmaddin

« J’avais seulement 11 ans lorsque les forces du régime baasiste nous ont déportés, ma mère, mes frères, mes sœurs et moi, après l’attaque chimique sur Halabja », a-t-il raconté. « Mon père avait disparu avant notre arrivée au camp. Nous n’avons jamais su ce qu’il était devenu. »

Najmaddin a décrit des conditions de détention dignes de l’enfer : les détenus ne recevaient qu’un peu d’eau salée et deux morceaux de pain par jour. La faim, la soif et le choléra tuaient chaque jour des enfants et des personnes âgées.

L’une des scènes les plus insoutenables reste celle du meurtre de « Mam Alla Karim », un prisonnier âgé battu à mort devant son fils et des centaines de détenus pour avoir craché en direction d’al-Tikriti. Son corps a ensuite été jeté en pâture à des chiens affamés.

« L’une des images les plus terrifiantes que je garde est celle de ces chiens noirs dressés pour dévorer les cadavres des prisonniers kurdes morts sous la torture », a-t-il confié, la voix encore marquée par le trauma.

Une responsabilité historique et judiciaire

Pour Najmaddin, recueillir et diffuser ces témoignages va bien au-delà du devoir de mémoire : il s’agit d’une responsabilité à la fois historique et juridique pour que le monde prenne pleinement conscience de l’ampleur du génocide kurde et que de telles atrocités ne se reproduisent jamais.

L’audience de jeudi, qui devait initialement aboutir à un verdict, a été reportée au 14 mai. Le tribunal a souhaité approfondir l’enquête après qu’al-Tikriti a nié une partie des accusations, selon Dilan Barzan, correspondante de Kurdistan24 à Bagdad.

Plus de 221 proches de victimes originaires de Garmian, Khurmatu, Sulaimani et Erbil (Hewler) ont assisté à l’audience, à l’intérieur comme à l’extérieur de la salle, dans l’espoir de voir enfin jugé l’un des hommes les plus brutaux du régime baasiste, surnommé par les survivants le « Boucher de Nugra Salman ».

Al-Tikriti est notamment accusé de torture systématique, meurtres, enterrements vivants et agressions sexuelles sur des prisonnières. Le camp qu’il dirigeait était tristement célèbre pour ses méthodes barbares, dont l’exposition prolongée des détenus à la chaleur extrême du désert.

Arrêté en juillet 2025 (annoncé en août) à l’issue d’une opération de renseignement de six mois, al-Tikriti avait fui l’Irak après la chute de Saddam Hussein en 2003 et s’était réfugié en Syrie, près de Damas.

La campagne d’Anfal a causé la mort ou la disparition d’environs 200 000 Kurdes. Près de quarante ans plus tard, la quête de justice se poursuit pour les survivants et les familles des victimes.

*La prison de Nugra Salman, également connue sous le nom de Nugrat al-Salman ou Nigrat Salman, est un ancien établissement situé dans le district d’Al-Salman, dans le désert de Muthanna, en Irak.

KURDISTAN. Message de paix du 11e Festival international de théâtre d’Amed

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TURQUIE / KURDISTAN – Le 11e Festival international de théâtre d’Amed (Diyarbakır), organisé par la municipalité métropolitaine sur le thème « Dialogue pour la paix », s’est achevé le 2 mai après 10 jours de spectacles, conférences et événements réunissant des artistes de 19 pays.

Organisé par la municipalité métropolitaine d’Amed (Diyarbakır) sur le thème « Dialogue pour la paix », le 11e Festival international de théâtre d’Amed (en kurde : Festîvala Şanoyê ya Navneteweyî ya Amedê) s’est conclu le 2 mai. Pendant 10 jours, le festival a accueilli des invités venus de 19 pays à travers des spectacles, conférences, tables rondes et événements de rue.

Tahir Baykuşak, directeur du département théâtre de la municipalité métropolitaine d’Amed, a déclaré : « Nous avons transmis notre message au monde entier. »

Il a souligné que la forte participation était liée au thème du festival : « Les troupes ont choisi leurs pièces en accord avec le thème et ont offert des représentations qui le reflétaient pleinement. Malgré nos différences linguistiques, l’art a permis à de nombreuses personnes à travers le monde de se dresser contre la guerre. »

Les stigmates de dix ans de tutelle

Baykuşak a regretté les limites imposées par l’état du Centre des congrès ÇandAmed, marqué par dix années de tutelle : « Nous n’avons pu utiliser que ce lieu, car les autres salles de la ville portent encore les traces de cette période. Si ces espaces avaient été disponibles, nous aurions pu accueillir davantage d’invités et prolonger le festival. »

Il a toutefois salué la réussite de l’événement : « Des personnes de tous horizons se sont réunies autour de la paix et du dialogue. Des artistes et participants sont venus de régions en guerre comme l’Arménie, la Palestine et l’Ukraine. Dans ces zones de conflit, la paix est aussi vitale que le pain et l’eau. Pendant ces dix jours, ce message de paix a été au cœur de toutes les préoccupations. » (ANF)

SYRIE. Attaque contre des étudiants alaouites à Damas

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Le Rojava célèbre les 10 ans d’enseignement en langue kurde après des décennies d’interdiction

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SYRIE / ROJAVA – Au Rojava, dans le Nord-Est de la Syrie, les élèves kurdes étudient depuis plus de dix ans dans leur langue maternelle. Un changement historique après des décennies d’interdiction totale sous le régime baasiste.

Nasrin, élève en seconde, a commencé sa scolarité en kurde à l’âge de sept ans. « Étudier en arabe serait mon dernier choix. Si on m’y oblige, j’irai au Kurdistan du Sud pour continuer mes études en kurde », confie-t-elle à Rudaw.

Son enseignante, Fadiya Omar, qui a accompagné près de 900 élèves en neuf ans, témoigne avec fierté : « Le kurde est une langue très ancienne, riche et belle. Nous en sommes profondément fiers. »

Pendant plus de cinquante ans, sous le régime de la famille Assad (1971-2024), l’usage du kurde était strictement prohibé : à l’école, dans les publications, les chants, et même pour les prénoms des nouveau-nés.

La situation a basculé en 2012, lorsque les forces d’Assad se sont retirées du Rojava. Une administration kurde autonome a alors pris le contrôle de la région et fait de l’enseignement en kurde l’une de ses priorités.

Amina Khalil, la mère de Nasrin, se souvient de cette époque où le kurde ne survivait que dans l’intimité des foyers. « Au début de la révolution [le retrait des forces d’Assad en 2012], beaucoup disaient qu’ils n’enverraient pas leurs enfants dans ces écoles kurdes. Moi, j’ai dit à ma fille que toute éducation était bonne, mais que le kurde était notre langue. »

L’institutionnalisation de l’enseignement en kurde reste une revendication centrale de l’Administration autonome démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (DAANES). Dans le cadre des négociations d’intégration avec le nouveau pouvoir syrien, après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, cette question est au cœur des discussions.

Depuis 2011-2012, les autorités du Rojava ont mis en place un programme scolaire distinct, dispensé majoritairement en kurde. Un accord historique signé le 29 janvier entre Damas et les autorités kurdes a ouvert la voie à une reconnaissance progressive : les élèves du Rojava peuvent désormais passer les examens nationaux et obtenir des diplômes officiels.

Ahmad Hilal, représentant de la présidence syrienne chargé de suivre cet accord, a déclaré à Rudaw en avril que deux options étaient à l’étude. La première consisterait à introduire le kurde comme matière optionnelle hebdomadaire ; la seconde, plus ambitieuse, à traduire le programme national en kurde pour en faire une filière à part entière dans les zones à majorité kurde (Hassaké, Afrin, Kobané et quartiers kurdes d’Alep-Est).

ROJAVA. A Hassaké, des Kurdes arrachent l’enseigne qui efface leur langue

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SYRIE / ROJAVA – À Hassaké, des manifestants ont arraché la nouvelle enseigne du palais de justice, fraîchement installée par le gouvernement intérimaire syrien. Celle-ci excluait totalement la langue kurde, ne conservant que l’arabe et l’anglais.

Ce geste reflète un profond mécontentement populaire face à la suppression délibérée du kurde sur les panneaux officiels. Le gouvernement avait retiré l’ancienne enseigne bilingue (kurde-arabe) pour la remplacer par une version excluant la langue majoritaire dans la région.

Ce n’est pas un cas isolé. Il y a quelques jours, une action similaire avait eu lieu à Jalabia, dans le canton de Kobanê. Face à la colère des habitants, les autorités avaient finalement été contraintes de réinstaller une enseigne bilingue kurde-arabe.