SYRIE / ROJAVA – Dans le cadre de l’accord conclu avec le gouvernement intérimaire syrien, Damas a libéré un nouveau groupe de 232 prisonniers kurdes, qui sont arrivés au Rojava.
Si ces libérations constituent une avancée concrète, le sort des Kurdes (civils et combattants) portés disparus depuis les attaques djihadistes de janvier dernier reste inconnu. Le nombre exact de personnes encore détenues demeure également imprécis.
Aux termes de l’accord signé le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire syrien, ce quatrième groupe porte à 1 032 le nombre total de prisonniers kurdes libérés.
Accueil chaleureux à Hassaké et Qamishlo
Les prisonniers libérés ont été accueillis avec enthousiasme par leurs familles, des habitants et des commandants des forces Asayish au carrefour de Sebax, à Hassaké. Ils ont ensuite été conduits à Qamishlo, où ils ont également été accueillis par une foule en liesse.
TURQUIE / KURDISTAN – De nombreuses jeunes femmes kurdes continuent d’être arrachées à la vie sous l’effet d’une politique coloniale et patriarcale menée par le régime turc au Kurdistan du Nord.
Parmi elles, les noms de Gülistan Doku, Rojin Kabaiş et Rojwelat Kızmaz restent gravés dans la mémoire collective comme autant de symboles d’une violence systémique contre les femmes kurdes.
L’agence de presse féminine kurde JINHA dénonce une nouvelle fois la gravité de la situation à l’Université de Bitlis, où de nombreuses étudiantes sont victimes de cyberharcèlement et de chantage sexuel. Plusieurs d’entre elles ont été poussées au suicide, sans que les autorités turques ne prennent les mesures nécessaires pour les protéger et sanctionner les auteurs.
Face à cette vague de violences numériques et à l’impunité persistante, les autorités restent inertes, aggravant encore le sentiment d’insécurité des étudiantes kurdes.
« Va bosser tes cours », la police renvoie chez elle une étudiante victime du cyberharcèlement
L’agence JINHA a interviewé une étudiante de 21 ans de l’université de Bitlis Eren qui y dénonce un chantage sexuel particulièrement pervers utilisant des images générées par intelligence artificielle (IA). Son témoignage révèle une fois de plus la vulnérabilité des étudiantes face à la violence numérique et l’inaction des autorités.
Zeynep (nom modifié pour sa sécurité), étudiante à l’Université Bitlis Eren, est victime de chantage depuis 2023. Tout a commencé le jour de ses 18 ans. Un compte anonyme l’a contactée en utilisant des photos issues de son ancien compte Instagram, transformées en images pornographiques grâce à l’IA.
« Cette personne a attendu que j’aie 18 ans. Le jour de mon anniversaire, j’ai reçu la première menace. Il exigeait des photos nues, sinon il diffuserait les images. J’ai eu tellement peur que j’ai fermé tous mes comptes. »
Après une période d’accalmie, les menaces ont repris en 2026, plus virulentes. Des photos à caractère sexuel générées par IA sont désormais diffusées via de faux comptes ouverts à son nom. L’individu menace de les envoyer à ses proches si elle refuse d’avoir des relations sexuelles avec lui.
Une plainte rejetée par la police
Lorsque Zeynep s’est enfin rendue à la brigade de lutte contre la cybercriminalité, elle n’a pas été prise au sérieux :
« Ils m’ont dit : “On ne peut rien faire. Même s’ils sont condamnés, ils recommenceront dans 3 ou 5 ans.” Ils m’ont déconseillé de porter plainte et m’ont renvoyée chez moi en me disant : “Vas étudier tes cours. Si tu subis des violences physiques, reviens.” »
Les policiers ont également retourné la responsabilité sur elle : « Utilises les réseaux sociaux avec précaution, ne montres pas ton visage. »
Un phénomène répandu à l’université Bitlis Eren
Zeynep affirme que de nombreuses autres étudiantes subissent le même type de chantage. Selon elle, plus de 10 étudiantes auraient été poussées au suicide ces derniers mois à cause de ce genre de harcèlement.
Elle dénonce une culture de l’impunité à l’université : photos volées dès l’entrée, chantage systématique, violences physiques et sexuelles, drogues…
Soutien judiciaire
Le Centre des droits des femmes de l’Association du Barreau de Bitlis a pris en charge son dossier et va porter plainte auprès du procureur pour que l’auteur (ou les auteurs) soit identifié et poursuivi.
PARIS – La cinquième édition du Festival des Films Kurdes de Paris se tiendra du 29 juin au 1er juillet 2026 au Centre Wallonie-Bruxelles, dans le 4e arrondissement de Paris.
Les organisateurs du Festival des Films Kurdes de Paris (en kurde : Festîvala Fîlmên Kurdî ya Parîsê) nous promettent une programmation riche et variée : dizaines de films (fictions, documentaires, courts et longs métrages) issus du cinéma kurde, accompagnés de nombreuses réalisatrices et réalisateurs invité·e·s pour des rencontres et des échanges privilégiés.
Un rendez-vous incontournable pour découvrir ou redécouvrir la vitalité, la créativité et la puissance narrative du 7e art kurde.
PARIS – La médiathèque James Baldwin, dans le 19e arrondissement, a accueilli une soirée émouvante alliant culture, mémoire et engagement autour de la communauté yézidie. Dans le cadre de l’exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme », une table-ronde a réuni anthropologue, photographe et militants, débutant par le chant émouvant d’un dengbêj (barde) yézidi.
Des voix pour la mémoire et la justice
Estelle Amy de la Bretèque, anthropologue au CNRS et autrice du livre Le Collier de l’ange Paon (Éditions Libel), a ouvert la discussion en revenant sur la genèse du livre et du projet photographique. Elle a souligné la longue collaboration avec la communauté yézidie de la Drôme et l’importance de donner la parole et une image digne aux survivants.
Farhad Shamo Roto, président de l’association Voice of Ezidis, a ensuite pris la parole avec force. Il a rappelé que le génocide de 2014 n’est pas terminé pour les Yézidis. Il a reproché à la communauté internationale et l’Etat irakien de ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour les survivants. Une grande partie d’entre eux croupit encore dans des camps de fortune au Kurdistan irakien, tandis que d’autres familles sont dispersées à travers le monde, souvent séparées de leurs proches.
Il a vivement dénoncé l’hypocrisie européenne qui ne reconnaît pas automatiquement les Yézidis comme une minorité à protéger et ne leur accorde pas l’asile de façon systématique. Farhad Shamo Roto a également salué le jugement historique rendu à Paris, qui a condamné par défaut le djihadiste toulousain Sabri Essid à la réclusion criminelle à perpétuité pour génocide et crimes contre l’humanité. Il a conclu par une note amère, soulignant l’ironie de la politique française : le président Emmanuel Macron a décoré Nadia Murad de la Légion d’honneur en avril dernier. Il y a un an, il recevait à l’Élysée Ahmad al-Sharaa, ancien chef djihadiste d’Al-Qaïda impliqué dans des crimes de guerre en Irak, y compris dans la région de Shengal.
Romain Rabier, photographe et réalisateur à l’agence Hans Lucas, a présenté son travail et expliqué la démarche artistique derrière l’exposition.
La soirée s’est poursuivie par des échanges entre le public et les intervenants. Et enfin, une partie du public s’est mise à danser la ronde kurde grâce aux chants plus joyeux du barde tandis que d’autres ont poursuivi les échanges autour d’une collation offerte pour l’occasion.
Une exposition intime et puissante
L’exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme » est visible jusqu’au 31 mai 2026 à la médiathèque James Baldwin.
Après le génocide perpétré par l’État islamique le 3 août 2014 à Shengal, une centaine de Yézidis (Êzdî en kurde) ont été accueillis en France, principalement dans la Drôme, entre 2017 et 2021. Dans leurs maigres bagages, ils n’ont pu emporter qu’un objet précieux : les grandes couvertures « Betanî ».
Symbole de richesse et souvent offertes en dot dans les villages de Shingal, ces couvertures servaient traditionnellement de fond pour les portraits de mariage. Aujourd’hui, elles occupent une place centrale dans chaque foyer yézidi de la Drôme, empilées avec soin ou étendues sur les lits.
Romain Rabier et Estelle Amy de la Bretèque ont choisi ces « Betanî » comme fil conducteur de l’exposition. Chaque membre de la communauté a été photographié à son domicile, dans un studio mobile. Libre de choisir sa couverture, sa tenue, sa pose et son attitude, chaque personne s’est représentée comme elle le souhaitait. À travers ces portraits intimes et d’autres images, l’exposition explore l’exil, la reconstruction, le rapport à la terre, la langue, le travail et la transmission des traditions.
Ce projet photographique constitue le prolongement d’un ouvrage antérieur des deux auteurs.
IRAK / KURDISTAN – « Pour ceux qui ne le savent pas : La prison de Nugra Salman était un véritable Auschwitz pour les Kurdes. La brutalité qui y régnait était inimaginable. Sur les portes, on pouvait lire : « Bienvenue en enfer ». On y donnait les corps des prisonniers encore vivants en pâture aux chiens, on les faisait exploser pour le plaisir, etc. (…). », déclare le militant Polla Garmiany, alors qu’un des principaux bourreaux de ce camp de la mort irakien est actuellement jugé à Bagdad.
Des souvenirs cauchemardesques ont refait surface jeudi lors de l’audience du tribunal de Rusafa contre Ajaj Ahmed Hardan al-Tikriti, ancien responsable de la prison de Nugra Salman*, accusé de crimes contre l’humanité commis durant la campagne d’Anfal, le génocide kurde ordonné par Saddam Hussein en 1988.
Invité au bulletin d’information de midi de Kurdistan24, le présentateur et journaliste Ammar Najmaddin a livré un témoignage poignant sur les horreurs qu’il a vécues enfant dans ce camp situé en plein désert de Samawah.
Ammar Najmaddin
« J’avais seulement 11 ans lorsque les forces du régime baasiste nous ont déportés, ma mère, mes frères, mes sœurs et moi, après l’attaque chimique sur Halabja », a-t-il raconté. « Mon père avait disparu avant notre arrivée au camp. Nous n’avons jamais su ce qu’il était devenu. »
Najmaddin a décrit des conditions de détention dignes de l’enfer : les détenus ne recevaient qu’un peu d’eau salée et deux morceaux de pain par jour. La faim, la soif et le choléra tuaient chaque jour des enfants et des personnes âgées.
L’une des scènes les plus insoutenables reste celle du meurtre de « Mam Alla Karim », un prisonnier âgé battu à mort devant son fils et des centaines de détenus pour avoir craché en direction d’al-Tikriti. Son corps a ensuite été jeté en pâture à des chiens affamés.
« L’une des images les plus terrifiantes que je garde est celle de ces chiens noirs dressés pour dévorer les cadavres des prisonniers kurdes morts sous la torture », a-t-il confié, la voix encore marquée par le trauma.
Une responsabilité historique et judiciaire
Pour Najmaddin, recueillir et diffuser ces témoignages va bien au-delà du devoir de mémoire : il s’agit d’une responsabilité à la fois historique et juridique pour que le monde prenne pleinement conscience de l’ampleur du génocide kurde et que de telles atrocités ne se reproduisent jamais.
L’audience de jeudi, qui devait initialement aboutir à un verdict, a été reportée au 14 mai. Le tribunal a souhaité approfondir l’enquête après qu’al-Tikriti a nié une partie des accusations, selon Dilan Barzan, correspondante de Kurdistan24 à Bagdad.
Plus de 221 proches de victimes originaires de Garmian, Khurmatu, Sulaimani et Erbil (Hewler) ont assisté à l’audience, à l’intérieur comme à l’extérieur de la salle, dans l’espoir de voir enfin jugé l’un des hommes les plus brutaux du régime baasiste, surnommé par les survivants le « Boucher de Nugra Salman ».
Al-Tikriti est notamment accusé de torture systématique, meurtres, enterrements vivants et agressions sexuelles sur des prisonnières. Le camp qu’il dirigeait était tristement célèbre pour ses méthodes barbares, dont l’exposition prolongée des détenus à la chaleur extrême du désert.
Arrêté en juillet 2025 (annoncé en août) à l’issue d’une opération de renseignement de six mois, al-Tikriti avait fui l’Irak après la chute de Saddam Hussein en 2003 et s’était réfugié en Syrie, près de Damas.
La campagne d’Anfal a causé la mort ou la disparition d’environs 200 000 Kurdes. Près de quarante ans plus tard, la quête de justice se poursuit pour les survivants et les familles des victimes.
*La prison de Nugra Salman, également connue sous le nom de Nugrat al-Salman ou Nigrat Salman, est un ancien établissement situé dans le district d’Al-Salman, dans le désert de Muthanna, en Irak.
TURQUIE / KURDISTAN – Le 11e Festival international de théâtre d’Amed (Diyarbakır), organisé par la municipalité métropolitaine sur le thème « Dialogue pour la paix », s’est achevé le 2 mai après 10 jours de spectacles, conférences et événements réunissant des artistes de 19 pays.
Organisé par la municipalité métropolitaine d’Amed (Diyarbakır) sur le thème « Dialogue pour la paix », le 11e Festival international de théâtre d’Amed (en kurde : Festîvala Şanoyê ya Navneteweyî ya Amedê) s’est conclu le 2 mai. Pendant 10 jours, le festival a accueilli des invités venus de 19 pays à travers des spectacles, conférences, tables rondes et événements de rue.
Tahir Baykuşak, directeur du département théâtre de la municipalité métropolitaine d’Amed, a déclaré : « Nous avons transmis notre message au monde entier. »
Il a souligné que la forte participation était liée au thème du festival : « Les troupes ont choisi leurs pièces en accord avec le thème et ont offert des représentations qui le reflétaient pleinement. Malgré nos différences linguistiques, l’art a permis à de nombreuses personnes à travers le monde de se dresser contre la guerre. »
Les stigmates de dix ans de tutelle
Baykuşak a regretté les limites imposées par l’état du Centre des congrès ÇandAmed, marqué par dix années de tutelle : « Nous n’avons pu utiliser que ce lieu, car les autres salles de la ville portent encore les traces de cette période. Si ces espaces avaient été disponibles, nous aurions pu accueillir davantage d’invités et prolonger le festival. »
Il a toutefois salué la réussite de l’événement : « Des personnes de tous horizons se sont réunies autour de la paix et du dialogue. Des artistes et participants sont venus de régions en guerre comme l’Arménie, la Palestine et l’Ukraine. Dans ces zones de conflit, la paix est aussi vitale que le pain et l’eau. Pendant ces dix jours, ce message de paix a été au cœur de toutes les préoccupations. » (ANF)
SYRIE – Des étudiants alaouites de la résidence universitaire de la Faculté de génie mécanique et électrique de Damas ont été agressés par des individus masqués. Depuis l’arrivée au pouvoir d’al-Sharaa (Jolani), en Syrie, on assiste à des attaques sectaires menées par les groupes islamistes visant principalement les Alaouites, les Druzes et les Kurdes.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des hommes armés d’armes blanches ont fait irruption après minuit dans les chambres des unités 9 et 17, ciblant spécifiquement des étudiants alaouites.
Les assaillants seraient eux-mêmes des étudiants résidant dans le dortoir, originaires de la campagne damascène. Certains auraient été identifiés par des témoins, sans qu’aucune mesure ne soit prise à leur encontre pour le moment.
L’incident s’inscrit dans un climat de tensions sectaires croissantes à Damas depuis la prise de la ville par les groupes islamistes, avec des attaques visant principalement les Alaouites, les Druzes et les Kurdes.
Un « Cheikh du dortoir » serait par ailleurs mentionné comme exerçant une forte influence sur certains étudiants. Des plaintes ont été déposées auprès des autorités du foyer, mais sans réponse concrète à ce jour.
Cet événement relance les appels à un renforcement de la sécurité dans les résidences universitaires.
SYRIE / ROJAVA – Au Rojava, dans le Nord-Est de la Syrie, les élèves kurdes étudient depuis plus de dix ans dans leur langue maternelle. Un changement historique après des décennies d’interdiction totale sous le régime baasiste.
Nasrin, élève en seconde, a commencé sa scolarité en kurde à l’âge de sept ans. « Étudier en arabe serait mon dernier choix. Si on m’y oblige, j’irai au Kurdistan du Sud pour continuer mes études en kurde », confie-t-elle à Rudaw.
Son enseignante, Fadiya Omar, qui a accompagné près de 900 élèves en neuf ans, témoigne avec fierté : « Le kurde est une langue très ancienne, riche et belle. Nous en sommes profondément fiers. »
Pendant plus de cinquante ans, sous le régime de la famille Assad (1971-2024), l’usage du kurde était strictement prohibé : à l’école, dans les publications, les chants, et même pour les prénoms des nouveau-nés.
La situation a basculé en 2012, lorsque les forces d’Assad se sont retirées du Rojava. Une administration kurde autonome a alors pris le contrôle de la région et fait de l’enseignement en kurde l’une de ses priorités.
Amina Khalil, la mère de Nasrin, se souvient de cette époque où le kurde ne survivait que dans l’intimité des foyers. « Au début de la révolution [le retrait des forces d’Assad en 2012], beaucoup disaient qu’ils n’enverraient pas leurs enfants dans ces écoles kurdes. Moi, j’ai dit à ma fille que toute éducation était bonne, mais que le kurde était notre langue. »
L’institutionnalisation de l’enseignement en kurde reste une revendication centrale de l’Administration autonome démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (DAANES). Dans le cadre des négociations d’intégration avec le nouveau pouvoir syrien, après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, cette question est au cœur des discussions.
Depuis 2011-2012, les autorités du Rojava ont mis en place un programme scolaire distinct, dispensé majoritairement en kurde. Un accord historique signé le 29 janvier entre Damas et les autorités kurdes a ouvert la voie à une reconnaissance progressive : les élèves du Rojava peuvent désormais passer les examens nationaux et obtenir des diplômes officiels.
Ahmad Hilal, représentant de la présidence syrienne chargé de suivre cet accord, a déclaré à Rudaw en avril que deux options étaient à l’étude. La première consisterait à introduire le kurde comme matière optionnelle hebdomadaire ; la seconde, plus ambitieuse, à traduire le programme national en kurde pour en faire une filière à part entière dans les zones à majorité kurde (Hassaké, Afrin, Kobané et quartiers kurdes d’Alep-Est).
SYRIE / ROJAVA – À Hassaké, des manifestants ont arraché la nouvelle enseigne du palais de justice, fraîchement installée par le gouvernement intérimaire syrien. Celle-ci excluait totalement la langue kurde, ne conservant que l’arabe et l’anglais.
Ce geste reflète un profond mécontentement populaire face à la suppression délibérée du kurde sur les panneaux officiels. Le gouvernement avait retiré l’ancienne enseigne bilingue (kurde-arabe) pour la remplacer par une version excluant la langue majoritaire dans la région.
Ce n’est pas un cas isolé. Il y a quelques jours, une action similaire avait eu lieu à Jalabia, dans le canton de Kobanê. Face à la colère des habitants, les autorités avaient finalement été contraintes de réinstaller une enseigne bilingue kurde-arabe.
SYRIE / ROJAVA — Dix civils kurdes de la tribu Sheikhan ont été enlevés près de Raqqa par des factions armées soutenues par la Turquie et affiliées au ministère de la Défense du gouvernement intérimaire syrien.
Selon l’agence de presse ANHA, l’opération s’est déroulée mercredi dans le village de Gneif, situé à proximité de Tarwaziya, le long de l’autoroute M4 dans la campagne de Raqqa.
Les assaillants, déployés avec une colonne de 16 véhicules militaires, ont fait irruption dans le village et enlevé dix jeunes hommes de la tribu kurde Sheikhan. Les victimes, accusées de collaboration avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), ont été emmenées vers des destinations inconnues.
Les enlèvements ont eu lieu alors que les habitants se trouvaient dans leurs champs, en pleine préparation de la saison des récoltes.
Parallèlement, les terres agricoles ont été saisies sous prétexte de « propriété de l’État », malgré la présence de documents officiels attestant des droits de propriété et d’usufruit des familles concernées.
Des témoins rapportent que les personnes enlevées ont été insultées et frappées lors de l’opération. La violence de l’intervention a provoqué une telle panique que de nombreux habitants ont fui le village pour se réfugier dans d’autres régions, dont la localisation reste pour l’heure inconnue.
IRAK / KURDISTAN — L’Iran a lancé une nouvelle attaque de drones mercredi matin contre des positions de l’opposition kurde iranienne au Kurdistan irakien, au moment même où Téhéran et Washington semblent proches d’un accord pour désamorcer les tensions.
Cette frappe intervient quelques heures seulement après une première attaque menée contre le camp de Sourdash, dirigé par le groupe Komala, dans le district de Dukan (province de Souleimaniye). Deux drones ont touché le site, causant des dégâts matériels sans faire de victimes.
Le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) a condamné une nouvelle agression du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI). Dans un communiqué, le parti indique que deux drones ont visé le camp de Girde Chal, près d’Erbil, tôt mercredi matin. Ce camp abrite principalement les familles des combattants du PDKI.
« Le CGRI, corps terroriste iranien, a mené des frappes de drone contre le camp de Girde Chal du PDKI », a déclaré le mouvement, dénonçant une campagne militaire soutenue contre des cibles non militaires : habitations civiles, dispensaires et salles de classe.
Contexte d’un accord en vue
Ces attaques surviennent alors que la Maison Blanche affirme être sur le point de conclure un mémorandum d’entente d’une page avec l’Iran, visant à mettre fin aux hostilités et à relancer les négociations sur le nucléaire, selon Axios.
Un cessez-le-feu avait été annoncé le 8 avril sous médiation pakistanaise. S’il a réduit l’intensité des combats, il n’a pas mis fin aux opérations ciblées, notamment dans la région kurde d’Irak.
Depuis le début du conflit fin février, les autorités kurdes ont recensé plus de 800 attaques de drones et de missiles iraniens jusqu’au 20 avril, faisant au moins 20 morts et plus de 120 blessés.
SYRIE / ROJAVA – Les habitants du canton de Kobanê ont fermement condamné les récentes décisions administratives du gouvernement intérimaire syrien, prises sans aucune consultation de la population locale. Ils dénoncent particulièrement l’exclusion de la langue kurde et le changement des noms de lieux en arabe.
Mercredi, des dizaines d’habitants, d’étudiants et de professeurs de l’Université de Kobanê se sont rassemblés sur la place de LaFemme Libre (Qada Jina Azad) pour lire une déclaration publique. Ils ont exprimé leur « profonde consternation » face à la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes et Damas, qu’ils jugent en totale contradiction avec l’esprit de partenariat promis.
Extraits de la déclaration :
« Ce que nous observons sur le terrain ne reflète ni un partenariat ni une intégration, mais plutôt l’imposition d’un fait accompli qui ignore la volonté de la population et ses droits légitimes. »
Les manifestants ont particulièrement dénoncé :
Le remplacement des noms kurdes par des noms arabes (Jalabiya, Serin, Sheikhlar, et le retour à « Ayn al-Arab » au lieu de Kobanê).
La marginalisation de la langue kurde dans l’espace public, notamment l’affichage du seul nom arabe du district de Jalabiya dans une région majoritairement kurde.
« Le nom Kobanê n’est pas une simple désignation géographique, mais une partie intégrante de notre identité culturelle et un symbole de notre résistance et de nos sacrifices. Toute tentative d’effacer ce nom constitue une attaque directe contre notre existence. »
Les habitants ont également exprimé une profonde colère concernant le maintien en détention de centaines de prisonniers de la région, près de quatre mois après l’accord, sans aucune mesure concrète de libération.
« Chaque jour, des mères attendent. Cette situation est une plaie ouverte dans le cœur de chaque foyer de Kobanê. Tant que nos fils resteront derrière les barreaux, il est vain de parler de construire une nouvelle Syrie. »
La déclaration rappelle que le respect des droits culturels, linguistiques et identitaires est un pilier de toute société pluraliste et démocratique, et constitue un droit inaliénable, non négociable.
Les habitants de Kobanê ont appelé le gouvernement intérimaire à revoir immédiatement ces mesures, à respecter l’esprit de l’accord et à associer réellement la population kurde aux décisions concernant son avenir. Ils ont également lancé un appel à la communauté internationale et à l’opinion publique syrienne pour qu’elles soutiennent leurs droits légitimes.