Accueil Blog

IRAN. Les pasdarans tirent sur les détenus avant leur transfert vers les prisons

0
IRAN / ROJHILAT – Les pasdarans ont tiré dans les mains et les jambes de civils arrêtés pour avoir filmé et diffusé des images de bombardements sur des sites militaires iraniens, avant de les transférer en prison sans soins médicaux.
 
Selon l’ONG kurde KHRN, au moins sept blessés se trouvent au pénitencier central du Grand Téhéran, parmi des centaines de détenus politiques.

 

 

Les pasdarans ou les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont délibérément tiré dans les mains et les jambes de plusieurs civils détenus, avant de les transférer vers des prisons de Téhéran sans leur prodiguer les soins médicaux nécessaires, révèle le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN).

Depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les forces de renseignement du CGRI ont procédé à de nombreuses arrestations. Parmi les personnes interpellées figurent des citoyens qui avaient filmé les bombardements de sites militaires iraniens et diffusé ces images sur Telegram ou des chaînes de télévision étrangères, en exprimant leur satisfaction.

Une source bien informée à Téhéran a indiqué que ces détenus ont ensuite été blessés par balle aux extrémités dans un acte de brutalité extrême. Après quelques heures à l’hôpital, ils ont été envoyés au pénitencier central du Grand Téhéran, où ils sont détenus sans accès aux soins.

Au moins sept personnes blessées de cette manière ont été signalées dans cet établissement. Selon le KHRN, des centaines de détenus — dont des manifestants arrêtés en janvier et d’autres interpellés depuis le début du conflit — sont actuellement regroupés dans trois quartiers de la section 6 du quartier 4 du pénitencier central du Grand Téhéran.

 

La Turquie modifie une carte du XIe siècle qui mentionne les Kurdes

0

TURQUIE / KURDISTAN – La Turquie ne se contente pas de turquifier systématiquement les noms géographiques kurdes ni d’effacer les traces historiques de la présence kurde en Haute Mésopotamie. Elle censure également les documents anciens lorsqu’ils contredisent sa narration nationale.

Une carte géographique en arabe, réalisée au XIe siècle par le savant ouïghour Mahmud al-Kashgari (originaire de Kashgar, dans l’actuel Xinjiang chinois), vient ainsi d’être censurée par le ministère turc de la Défense. Cette carte, extraite de son célèbre Dīwān Lughāt al-Turk, mentionne explicitement le « pays des Kurdes » (Arḍ al-Akrād) dans une région correspondant au Kurdistan actuel. Dès 1150, les conquérants seldjoukides turcs désigneront d’ailleurs cette même entité sous le nom de « Kurdistan ».

Pour illustrer l’ancienneté des savoirs et des sciences turcs, le ministère a publié sur son site une version « corrigée » de la carte, expurgée de cette mention gênante. La manipulation n’a pas échappé aux historiens et intellectuels kurdes, qui l’ont vivement dénoncée. Le député DEM d’Ağrı (Ararat), Sırrı Sakık, a interpellé directement le ministre de la Défense, Yaşar Güler, au Parlement. Face au tollé, le ministère s’est contenté de retirer discrètement la carte de son site, sans la moindre explication.

Une ironie historique

C’est pourtant un bibliothécaire et érudit kurde de Diyarbakır, Ali Emiri Efendi, qui avait redécouvert au XIXe siècle l’unique manuscrit connu de cette œuvre, faisant la fierté des Ottomans. À l’époque, l’Empire ottoman assumait pleinement l’existence du Kurdistan : du XVIe siècle jusqu’à sa chute, la région était officiellement désignée sous ce nom. Dans sa fameuse lettre au roi de France François Ier, le sultan Soliman le Magnifique se vantait ainsi d’être le souverain « du pays de Roum, d’Égypte, du Kurdistan » et de bien d’autres contrées.

Depuis la fondation de la République en 1923-1924, le mot « Kurdistan » est devenu tabou. Son usage est interdit ou fortement réprimé. Aujourd’hui encore, les autorités et les médias turcs refusent de nommer le Kurdistan irakien autrement que « le nord de l’Irak », alors même que cette région autonome est reconnue sous le nom officiel de « Kurdistan » dans la Constitution irakienne et par la communauté internationale. Le Gouvernement régional du Kurdistan est systématiquement rabaissé à une simple « administration kurde du nord de l’Irak ».

Cette obsession anti-kurde du régime turc ne connaît ni limites ni frontières. Alors que la Turquie venait d’être visée par des missiles iraniens, le président Erdoğan a publiquement averti Donald Trump que, en cas de soulèvement des Kurdes iraniens contre Téhéran, Ankara interviendrait militairement… aux côtés de l’Iran.

Au moins, cela a le mérite de la clarté. La rhétorique officielle sur la « fraternité turco-kurde » apparaît désormais dans toute sa vacuité. (Via l’Institut Kurde de Paris)

SYRIE. Les gangs de Damas kidnappent deux Kurdes à Raqqa

0

SYRIE / ROJAVA – Un groupe armé affilié au gouvernement dirigé par Ahmed al-Sharaa (alias Jolani) a enlevé deux jeunes Kurdes dans le quartier Al-Rumaila à Raqqa. L’incident s’est produit hier soir sur une route de la ville, sous le prétexte d’une prétendue affiliation aux Forces démocratiques syriennes (FDS).

Les ravisseurs ont également confisqué leur véhicule. Ils refusent toujours de divulguer le lieu de détention ou le sort des deux jeunes, dont on ignore s’ils sont encore en vie.

Les noms des victimes sont Sabri Aref Mohammed et Idris Hassan Hasso.

Cet enlèvement s’inscrit dans un contexte plus large de violations, d’abus et de menaces de mort ciblant les Kurdes de Raqqa de la part de milices soutenues par la Turquie, souvent considérées comme alignées sur l’autorité intérimaire liée à Jolani.

2ᵉ Séminaire d’Études Kurdes à Rouen : Langue, culture et société au cœur des débats

0

ROUEN – La Représentation du Gouvernement régional du Kurdistan-Irak en France, en collaboration avec l’UR 7474 Dylis de l’Université de Rouen et la section de kurde de l’INALCO, a organisé la 2ᵉ édition du Séminaire d’Études Kurdes, le mardi 31 mars 2026, à Mont-Saint-Aignan.

Intitulé « Langue, culture et société kurdes : Dynamiques, transmissions et enjeux contemporains », cet événement a réuni chercheurs, universitaires et passionnés autour des questions actuelles liées à la langue, à la culture et à la société kurdes.

Le séminaire s’est articulé autour de plusieurs sessions thématiques consacrées à la littérature et aux arts kurdes, aux expériences diasporiques, aux dynamiques linguistiques et au plurilinguisme, ainsi qu’aux politiques linguistiques au Kurdistan et dans la diaspora.

Les interventions ont mis en lumière la richesse du patrimoine culturel kurde, les défis de la transmission intergénérationnelle et la vitalité des pratiques artistiques et linguistiques dans un contexte marqué par la mobilité et la diversité.

Cette journée a permis de renforcer les échanges scientifiques et culturels entre spécialistes tout en soulignant l’importance de la préservation et de la valorisation du patrimoine kurde à l’international. Elle s’est achevée par une discussion générale ouverte sur les perspectives futures de la recherche et de l’enseignement du kurde.

Birkleyn Sound Festival : un voyage sonore entre traditions et créations contemporaines à La Marbrerie

0

PARIS – Fondé par le musicien, chanteur et joueur de saz Ruşan Filiztek, l’un des plus brillants ambassadeurs de la musique traditionnelle kurde, le Birkleyn Sound Festival se tiendra du 16 au 18 avril 2026 à La Marbrerie (Montreuil).

Ce festival unique célèbre la diversité des expressions musicales et le dialogue fécond entre ancrages traditionnels et écritures contemporaines. Il fait se rencontrer folk progressif kurde, afro-folk, blues, folk gaélique irlandaise, chant lyrique franco-iranien, polyphonies catalanes et fanfares balkaniques dans un voyage sonore riche en émotions.

Pendant trois soirées, La Marbrerie devient un carrefour où se croisent musiques kurdes, persanes, sénégalaises, méditerranéennes et européennes : transe, poésie, chants ancestraux, improvisation et créations hybrides se répondent dans une programmation sensible et exigeante.

Lors du festival, venez découvrir une des grandes figures de la scène kurde actuelle : Rewşan (Rewşan Çeliker), chanteuse, violoniste et compositrice reconnue pour son travail de préservation et de réinvention de la tradition kurde.

Programmation et artistes 

Jeudi 16 avril
Senny Camara
– Sïan
– Núria Salat Rovira
 
Vendredi 17 avril
Ruşan Filiztek
– François Aria & Roxane Elfasci
– Nati James
– Ariana Vafadari
– Haïdouti Orkestar
– Serqo
– Tugay Sozdaroğlu
– DJ Set
 
Samedi 18 avril
Olaïla
– Sylvain Barou
– Rewşan
– Naghib Shanbehzadeh
– Kurdish Dance Night & After Party

 

Pensé comme un espace de rencontre entre mémoires musicales, héritages culturels et nouvelles générations, le Birkleyn Sound Festival défend une approche à la fois respectueuse des sources et audacieuse dans la création contemporaine.

ROJAVA. En mars, 13 Kurdes tués à Alep et à Afrin

0

SYRIE / ROJAVA – L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a signalé que des gangs de Damas et de Turquie ont tué 13 civils kurdes à Afrin et à Alep en mars.

L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a publié des informations sur les violations et les crimes commis par le gouvernement intérimaire syrien et des groupes affiliés à l’État turc dans les régions d’Alep et d’Afrin en mars 2026. L’organisation a déclaré que 13 civils avaient été tués à Afrin et à Alep au cours de ce mois.

70 personnes enlevées

Il a également été rapporté que plus de 70 enlèvements et arrestations ont eu lieu, la plupart liés aux célébrations du Newroz (Nouvel-an kurde). Dans le quartier de Sheikh Maqsood à Alep, quatre jeunes ont également été arrêtés.

Les vols et les pillages se poursuivent

L’organisation a dénoncé les vols et pillages perpétrés en cours à Afrin par des individus armés non identifiés. Il a été constaté que, pendant les célébrations de Newroz, des des maisons des Kurdes partis célébrer le Newroz ont été cambriolées. À Cindirês, 18 moutons, de l’or et de l’argent ont été dérobés. Dans le district de Şiyê, un chauffeur et un couple ont été agressés par des individus armés.

L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a appelé le gouvernement intérimaire et l’administration régionale d’Afrin à assumer leurs responsabilités, à protéger les Kurdes retournés dans leur région, à leur restituer leurs biens et à mettre fin aux violations commises contre la population kurde.

ROJAVA. Explosion mortelle à Hassaké

0
SYRIE / ROJAVA – Une explosion survenue dans un magasin de ferraille a fait six morts et un blessé dans la ville kurde de Hassakê.
 
Une explosion, dont on ne sait pas encore l’origine, s’est produite dans un magasin de ferraille du quartier d’al-Aziziyah, dans la ville de Hassaké, tuant six personnes, dont des enfants.

1991 : La tragédie kurde qui accoucha de l’autonomie

0

IRAK / KURDISTAN – Le 31 mars 1991, suite à la violente répression de l’insurrection kurde par le régime de Saddam Hussein, près de deux millions de Kurdes irakiens furent contraints à un exode massif. Abandonnant leurs villes et leurs biens, ils fuirent à pied vers les régions montagneuses séparant le Kurdistan entre l’Irak, l’Iran et la Turquie.

Ce drame, l’un des plus grands déplacements de population de l’histoire moderne, est resté dans les mémoires sous le nom d’« Exode des millions ». Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants périrent de froid glacial, de faim, d’épuisement et de maladies au cours de cette marche forcée de centaines de kilomètres à travers des terrains escarpés.

Cet exode survenait après le génocide des Kurdes à travers la campagne d’Anfal (1988), les bombardements chimiques (notamment à Halabja) et les exécutions de masse avaient déjà décimé la population kurde. Face à la contre-offensive des forces irakiennes, la peur d’un nouveau génocide provoqua ce départ chaotique et désespéré.

Les images insoutenables diffusées par les médias internationaux choquèrent l’opinion publique mondiale et firent monter une forte pression sur les chancelleries. Le 5 avril 1991, le Conseil de sécurité de l’ONU adopta la Résolution 688, qui condamnait la répression contre la population civile irakienne, notamment kurde, et ouvrait la voie à une intervention humanitaire.

La France joua un rôle déterminant dans cette mobilisation. Danielle Mitterrand, épouse du président François Mitterrand et présidente de France Libertés, s’imposa comme une voix puissante en faveur de la cause kurde. Soutenus par des efforts diplomatiques impliquant notamment le secrétaire d’État américain James Baker, ces initiatives aboutirent à la création d’une zone de sécurité et d’une exclusion aérienne au nord du 36e parallèle. Cette mesure protégea les civils et permit le retour progressif des réfugiés, malgré le pillage et la destruction de leurs villes.

Au-delà de son aspect militaire, cette zone de protection constitua un tournant historique. Elle offrit aux Kurdes un espace pour s’organiser librement, à l’abri des menaces du régime baasiste. Elle ouvrit la voie aux premières élections parlementaires du 19 mai 1992 et à la formation du premier gouvernement de la Région du Kurdistan.

Trente-cinq ans plus tard, l’Exode de deux millions de Kurdes reste un symbole puissant de sacrifice, de souffrance et de résilience. D’une tragédie humaine, il s’est transformé en levier politique décisif : il a contribué à la reconnaissance internationale des droits du peuple kurde et posé les fondations de la Région du Kurdistan en tant qu’entité constitutionnelle et autonome au sein de l’Irak d’aujourd’hui.

Pour les Kurdes de Syrie, l’école en langue maternelle est un droit non négociable

0

SYRIE / ROJAVA – Partout dans le monde, chaque nation vit, parle, écrit, s’instruit et s’exprime dans sa propre langue. Le droit d’utiliser et d’apprendre dans sa propre langue est un droit légitime et naturel de tous les peuples, garanti par les conventions internationales relatives aux droits de l’homme. Il ne devrait jamais faire l’objet de discussions.

Au Kurdistan, malheureusement, la situation est bien différente. Le peuple kurde a subi l’assimilation et l’extermination pendant des siècles. Après la division du Kurdistan en quatre parties, l’assimilation s’est intensifiée. L’arabe, le turc et le persan ont été imposés aux Kurdes. Une des langues et cultures ancestrales de cette terre a ainsi été menacée d’extinction.

Parallèlement, les Kurdes des quatre régions du Kurdistan et de la diaspora ont lutté pour défendre la langue kurde. Ils sont parvenus à protéger la langue et la culture kurdes par divers moyens.

Le Rojava, ou Kurdistan occidental, a été la région la plus touchée par ces politiques d’assimilation. La langue et la culture kurdes y furent interdites dès les débuts du régime baasiste.

Dans un premier temps, le régime a interdit les publications kurdes et l’enseignement du kurde dans les écoles et les universités. Puis, avec la politique de la « ceinture arabe », il a commencé à changer les noms des régions, districts et villages kurdes et à les remplacer par des noms arabes.

Cette politique n’était pas un simple changement. À y regarder de plus près, elle visait également à couper les Kurdes de leur histoire et à normaliser la culture de l’arabisation dans la psyché kurde.

Bien entendu, parler kurde dans les écoles et les institutions gouvernementales était totalement interdit. Quiconque parlait kurde était arrêté. Les travailleurs kurdes étaient licenciés et se retrouvaient sans emploi. Les exemples sont nombreux et beaucoup de témoins de cette politique sont encore vivants aujourd’hui.

J’ai moi-même étudié pendant trois ans dans les écoles du régime baasiste déchu. Je me souviendrai toujours de la façon dont on nous empêchait de parler notre propre langue. Pour les enfants d’autres nations, l’école était peut-être un lieu de savoir. Mais pour nous, ce fut un choc : dans ce lieu, la langue que nous parlions avec nos mères à la maison était interdite. J’étais épuisée en voyant cela. À un moment donné, j’ai dit à ma mère que je ne voulais plus aller à l’école, car je ne savais pas parler cette langue étrangère qu’on nous forçait à utiliser et qu’on attendait de nous.

En revanche, nos professeurs nous disaient que ceux qui parlaient bien arabe pouvaient gagner des prix et se voir offrir des opportunités. Par ces méthodes, ils voulaient nous éloigner de notre langue kurde et nous inciter à privilégier l’arabe.

Bien sûr, ces politiques d’assimilation n’ont pas donné de résultats probants. Au Rojava, nos mères ont toujours protégé la langue et la culture kurdes en nous les éduquant à la maison. La langue kurde a toujours été défendue par des mères kurdes travailleuses et dévouées. Des linguistes, des écrivains et des défenseurs des droits linguistiques dispensaient clandestinement des cours de kurde à de petits groupes. Certains imams et érudits religieux ont également joué un rôle important dans la préservation du kurde.

En 2007, dans un petit village reculé, un groupe de militants a fondé l’Institut de la langue kurde (SZK). Dans des conditions extrêmement difficiles et dans le plus grand secret, ils ont commencé à enseigner la langue kurde aux enfants. Ils travaillaient avec de petits groupes dans des maisons privées. Parfois, il était même trop dangereux de permettre à leurs élèves de posséder des manuels scolaires.

Leurs efforts se sont poursuivis ainsi jusqu’à la révolution du Rojava. En 2012, au début de la révolution, la langue kurde a fait son entrée dans la vie publique.

Pour la première fois, des écoles de langue kurde ont ouvert leurs portes. Dans ces établissements, les enfants kurdes pouvaient étudier dans la langue qu’ils parlaient à la maison. Les premières écoles et la première université où le kurde était la langue d’enseignement ont été inaugurées à Afrin. Dès que le programme scolaire correspondant a été élaboré, les élèves ont pu suivre un enseignement en kurde du primaire au secondaire. Par la suite, l’Université de Rojava et l’Université de Kobané ont été fondées. Dans ces universités, la plupart des cours sont dispensés en kurde, bien que certains utilisent également l’arabe et l’anglais.

Aujourd’hui au Rojava, il existe une génération qui a été éduquée non seulement pour connaître sa langue, mais aussi pour en être fière.

Lorsqu’une personne est éduquée dans sa propre langue, elle peut s’épanouir pleinement et progresser à tous les niveaux. En tant que journaliste, lorsque je m’entretiens avec des étudiants, ils me disent être très satisfaits de l’enseignement en langue kurde et y trouver un écho à leur existence et à leur identité. Aujourd’hui, certains étudiants kurdes ont même commencé à écrire leurs propres livres, à repérer les erreurs dans les ouvrages anciens et à les signaler directement aux autorités compétentes.

Après la chute du régime Baas et l’arrivée du gouvernement de transition syrien, les Kurdes espéraient que le nouvel État reconnaîtrait le kurde comme langue officielle et que toutes les communautés de Syrie pourraient étudier et vivre avec leurs propres langues, cultures, littératures et histoires.

Il est désormais clair que la lutte se poursuivra et qu’un chemin difficile attend le peuple kurde vers la reconnaissance constitutionnelle et la garantie de la langue kurde. L’accord d’intégration du 29 janvier 2026 entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition comprend deux articles relatifs à l’éducation kurde. Depuis son annonce, une délégation du ministère syrien de l’Éducation a rencontré les autorités éducatives du Rojava. Le gouvernement a également annoncé son intention d’élaborer un programme scolaire en kurde.

Mais la position du gouvernement sur l’éducation kurde et les revendications de la plupart des Kurdes syriens divergent fortement. Un programme scolaire kurde existe déjà. Au Rojava, les Kurdes fréquentent des écoles où le kurde est la langue d’enseignement depuis plus de dix ans.

Le gouvernement, quant à lui, souhaite proposer seulement deux heures par semaine de cours facultatifs de kurde dans certaines régions. Tous les autres supports pédagogiques, pour toutes les autres matières, resteront en arabe, comme auparavant. Autrement dit, il s’agit d’un retour à l’assimilation forcée, où les enfants devaient se débrouiller pour comprendre la langue d’enseignement avant même de pouvoir aborder les matières scolaires.

Le peuple kurde rejette massivement cette position. J’ai discuté avec de nombreux étudiants kurdes et leurs familles qui affirment qu’un retour à un enseignement exclusivement en arabe est hors de question. Les Kurdes ne sont pas prêts à revenir au statu quo d’avant 2011. Ils sont profondément attachés à leur histoire, leur littérature, leur culture et leur langue, et c’est dans cette perspective qu’ils abordent cette question politique. Ils savent que s’ils renoncent à leur droit à l’éducation dans leur langue maternelle, ils perdront leur statut : un peuple qui perd sa langue se retrouvera bientôt sans nation.

L’enseignement du kurde, de la maternelle à l’université, est donc [primordial]. Le statut officiel et égalitaire du kurde doit être garanti dans la nouvelle Constitution syrienne. L’enseignement en langue kurde et les diplômes délivrés par l’Administration autonome doivent être reconnus. Le nouveau programme scolaire doit aborder les questions kurdes dans une perspective d’égalité, afin que les enfants kurdes – comme tous les enfants de toutes les communautés de Syrie – puissent découvrir leur culture, leur littérature, leur art et leur histoire.

Il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas de demandes particulières, mais de droits garantis par les conventions internationales et ancrés dans la réalité de la société kurde syrienne. Les droits des Kurdes sont la pierre angulaire de la démocratisation dans la nouvelle Syrie. Sans leur participation, la paix et la cohésion sociale seront impossibles.

Si le gouvernement persiste dans sa politique actuelle, une chose est sûre : les Kurdes ne renonceront pas à leur droit à la langue. Aujourd’hui, au Rojava, les enfants kurdes commencent leur journée d’école par les mots « Be ziman jiyan nabe » , c’est-à-dire « sans notre langue, il n’y a pas de vie ». Notre peuple n’acceptera pas une vie sans la langue kurde ni une vie où elle serait reléguée au second plan. C’est un droit humain fondamental et notre ligne rouge.

Par Serkeft Hisen, journaliste kurde basé au Rojava

Article ‘en anglais) publié sur le site Kurdish Peace Institut « For Syrian Kurds, Mother-Tongue Education is a Red Line« 

TURQUIE. Un journaliste kurde lauréat du Prix Metin Göktepe

0

TURQUIE / KURDISTAN – Le prix Metin Göktepe pour la meilleure photographie a été décerné au journaliste kurde Adnan Bilen, de l’agence de presse Mezopotamya (MA), pour son cliché intitulé « Témoignage sous les bottes ».

Prise fin janvier 2026 à Van lors d’une manifestation contre l’offensive du gouvernement de transition syrien au Rojava, cette image puissante montre Emrah Kertiş, représentant de la Fondation turque des droits de l’homme (TIHV), plaqué au sol et maîtrisé par des policiers turcs.

Le prix Metin Göktepe, créé en hommage au journaliste kurde assassiné en 1996, récompense chaque année le journalisme d’investigation, le courage et le professionnalisme, particulièrement chez les jeunes reporters. Le jury, composé de journalistes renommés, a sélectionné les lauréats parmi un grand nombre de candidatures de qualité.

Autres prix notables :

En catégorie Texte : Hazar Dost (Aposto) et Cengiz Anıl Bölükbaş (T24), avec plusieurs prix spéciaux pour des enquêtes sur les violences policières, les conditions de détention et les dégradations environnementales.

En catégorie Vidéo : Emre Şimşek (T24) pour son enquête sur la mort du journaliste Hakan Tosun à Istanbul, avec un prix spécial pour un reportage sur les conditions de vie à Şilivri.

En journalisme local : Akın Bodur pour un reportage sur les barrières linguistiques dans le système de santé de Hatay après le séisme de 2023.

Un prix spécial « Journalistes emprisonnés et journalisme menacé » a également été décerné, soulignant la répression croissante contre la presse en Turquie. Il a été remis à Fadime Göktepe, mère de Metin Göktepe, qui a déclaré avec émotion : « Vous êtes tous Metin. »

La cérémonie de remise des prix se tiendra le 10 avril 2026, jour anniversaire de la naissance de Metin Göktepe.

Qui était Metin Göktepe ?

Metin Göktepe était un jeune journaliste kurde alévi originaire de Sivas. En seulement trois ans de carrière, il couvrait les sujets les plus sensibles : la résistance dans les prisons, la misère des bidonvilles d’Istanbul et les veillées des Mères du samedi à Galatasaray.

Le 8 janvier 1996, alors qu’il filmait les funérailles de prisonniers politiques tués lors d’une mutinerie à la prison d’Ümraniye, il a été arrêté avec plus d’un millier de personnes. Entassé dans un gymnase à Eyüp, il a été battu à mort par des policiers. Son corps a été retrouvé peu après.

Les autorités ont d’abord nié son arrestation, puis affirmé qu’il était « tombé d’un mur ». Après une autopsie prouvant un décès par traumatisme crânien et multiples coups, flics policiers ont été condamnés – une première en Turquie pour le meurtre d’un journaliste. Ils ont toutefois bénéficié d’une amnistie après seulement un an et huit mois de détention.

Aujourd’hui, le prix qui porte son nom continue de symboliser la lutte pour une presse libre face à l’impunité et à la répression.

ROJAVA. Célébrations d’Akitu à l’ombre des gangs de Damas

0

SYRIE / ROJAVA – Les Syriaques et les Assyriens célèbrent le festival d’Akitu sur la place de Qamishlo, dans le nord-est de la Syrie (Rojava). Ce rituel millénaire, héritier direct des traditions sumériennes, babyloniennes et assyriennes, est considéré comme le plus ancien festival connu de l’humanité. Chaque 1er avril, il marque le Nouvel An assyro-babylonien et symbolise le renouveau de la nature et de la vie.

Dans les zones contrôlées par les groupes djihadistes ou par le nouveau pouvoir de Damas, les minorités ethniques et religieuses — chrétiens, yézidis, alaouites ou autres — font face à des massacres et des pressions pour se conformer à une interprétation rigoriste de l’islam. À l’inverse, les régions administrées par les Kurdes et leurs alliés (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie) restent, pour l’instant, un espace de liberté religieuse réelle, où Assyriens, Syriacs, Arabes, Kurdes et autres communautés peuvent pratiquer leur foi et célébrer leurs traditions en public sans crainte immédiate.

Pourtant, cet îlot de pluralisme est fragile. Les zones de Qamishlo, Hassaké et Kobanê sont aujourd’hui encerclées ou sous forte pression : d’un côté, les forces et milices liées à Damas ; de l’autre, les groupes soutenus par la Turquie. Les accords de cessez-le-feu et les déploiements récents de troupes gouvernementales syriennes dans ces villes laissent planer une incertitude lourde. Jusqu’à quand cette coexistence pacifique et cette liberté de culte pourront-elles résister aux vents contraires de l’extrémisme et des ambitions régionales ?

La célébration d’Akitu à Qamishlo n’est pas seulement une fête culturelle : elle est le symbole vivant d’une Syrie plurielle qui lutte pour survivre.

SYRIE. Trois cadres des YPJ à Damas pour sauver les unités féminines

0
 
SYRIE / ROJAVA – Trois des Unités de protection des femmes (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ) se trouvent actuellement à Damas pour des discussions de haut niveau avec des responsables du gouvernement syrien. 
 
La délégation est composée d des deux commandantes Suzdar Haji et Rohlat Afrin, ainsi que la commandante du bataillon féminin de la brigade de Qamishlo, Khalisa Ayed, et la porte-parole des YPJ, Roken Jamal.

Ces négociations portent sur l’avenir des YPJ, force emblématique entièrement féminine qui a joué un rôle décisif dans la défaite de Daech et dans la défense du projet démocratique et pluraliste du Rojava. Parmi les sujets centraux : l’intégration éventuelle des combattantes kurdes au sein des forces armées syriennes, le maintien de leur autonomie organisationnelle, le respect du modèle d’égalité femmes-hommes porté par les YPJ, ainsi que la protection des acquis révolutionnaires en matière de droits des femmes dans le nord-est de la Syrie.
 
Ces pourparlers interviennent dans un contexte extrêmement tendu. Après l’accord de janvier 2026 entre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) et Damas prévoyant l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS/SDF), les discussions sur le sort spécifique des YPJ restent bloquées ou très difficiles. Damas semble réticent à accepter l’intégration des unités féminines telles qu’elles existent, avec leur structure autonome et leur idéologie féministe.
 
Pour les YPJ, qui incarnent à la fois la résistance militaire et la révolution des femmes au Moyen-Orient, l’enjeu est majeur : préserver leur identité, leur rôle de première ligne et surtout éviter que les combattantes ne soient dissoutes ou marginalisées dans une armée nationale traditionnelle.
 
La présence de ces deux figures historiques à Damas symbolise à la fois la volonté kurde de dialogue et la détermination à ne pas renoncer aux conquêtes arrachées de haute lutte.