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SYRIE. Damas attaque les Druzes

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SYRIE – Le régime sanguinaire de Damas n’est pas trop occupé à massacrer les Kurdes, alors il attaque de nouveau les Druzes de Soueïda, profitant de la guerre Iran vs Israël-Etats-Unis.

Hier, jeudi 19 mars, la province de Soueïda, bastion historique de la minorité druze dans le sud de la Syrie, a été le théâtre d’une série d’attaques coordonnées attribuées aux forces du gouvernement de transition syrien. Selon plusieurs sources locales et des déclarations de milices druzes, ces opérations ont impliqué des tirs de drones armés, des missiles et des enlèvements ciblés, ravivant les craintes d’une nouvelle escalade confessionnelle dans un pays encore fragile après la chute du régime Assad fin 2024.

Une recrudescence brutale des violences

Des combattants et activistes druzes affiliés à la « Garde nationale druze » ont rapporté que des positions civiles et militaires dans l’ouest et le sud-ouest de la province ont été visées dès la matinée du 19 mars. Les attaques auraient fait au moins neuf morts parmi les civils et combattants druzes, notamment dans les zones de Najran et Baka-Burd. Au total, 19 personnes auraient été enlevées lors de barrages ou d’incursions, selon un bilan provisoire.

Les assaillants auraient utilisé des drones pour des frappes précises sur des points de contrôle et des habitations. Ces méthodes, rappelant les tactiques employées contre les Kurdes à Alep en janvier 2026, viseraient à affaiblir les structures de défense druzes sans engagement terrestre massif, illustrant une fois de plus l’injustice subie par les minorités face au nouveau pouvoir central.

Contexte : des tensions héritées de l’été 2025

Ces événements s’inscrivent dans une continuité de violences opposant le gouvernement d’Ahmad al-Sharaa à la communauté druze. Les affrontements de juillet 2025 avaient déjà été dévastateurs : plus de 500 civils druzes tués, des villages incendiés et des cas documentés de violences sexuelles et d’enlèvements. Malgré des échanges de prisonniers en février 2026, la méfiance reste totale. Les Druzes accusent Damas de vouloir briser leur autonomie et d’utiliser des supplétifs bédouins pour contrôler cette région stratégique frontalière.

Réaction israélienne immédiate

Israël, qui se pose en protecteur des Druzes syriens, a réagi dans la nuit du 19 au 20 mars. L’armée israélienne (IDF) a annoncé avoir frappé plusieurs camps militaires syriens, ciblant un centre de commandement et des dépôts d’armes, en « réponse directe » aux attaques subies par les civils druzes. Damas n’a pas commenté officiellement, mais des sources pro-gouvernementales qualifient ces accusations d’« exagérations ».

Craintes d’une extension du conflit

La communauté internationale suit ces développements avec inquiétude. L’ONU et des ONG comme Human Rights Watch ont déjà documenté des abus systématiques dans la région. Les enlèvements et l’usage de drones contre des civils rappellent les pires heures de la guerre civile.

À Soueïda, la population reste sur le qui-vive : barrages renforcés et appels à la mobilisation. Pour beaucoup, ces attaques ne sont pas un incident isolé, mais le signe que le nouveau pouvoir à Damas cherche à imposer son autorité par la force sur les minorités résistant à son centralisme. Le fragile équilibre post-Assad semble plus que jamais menacé de faire imploser la Syrie une fois de plus.

Une attaque toutes les 6 heures : l’Iran cible les Kurdes

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IRAK / KURDISTAN – Une attaque toutes les six heures ; les Gardiens de la révolution ont intensifié leurs frappes contre les groupes kurdes dans le contexte de la guerre Iran-Israël.
 
Vingt-et-un jours après le début du conflit irano-israélien, les attaques menées par les forces iraniennes et leurs groupes supplétifs contre les bases des partis kurdes iraniens au Kurdistan se sont intensifiées. Durant les vingt premiers jours de ce conflit, au moins 120 attaques de drones et de missiles ont été perpétrées contre ces centres.
 
D’après ces informations, la semaine dernière, une de ces bases a été ciblée en moyenne toutes les six heures. Ces attaques ont fait au moins cinq morts parmi les forces kurdes.
 
Cette situation survient alors que les Gardiens de la révolution iraniens ont publié hier un communiqué demandant aux habitants de la région du Kurdistan irakien de se tenir immédiatement à l’écart de plusieurs zones spécifiques. Selon eux, ces lieux seraient des fiefs de groupes d’opposition kurdes iraniens.
 
Ces événements surviennent à un moment où les tensions régionales s’intensifient en raison de la guerre Iran-Israël, et où l’on craint de plus en plus que le conflit ne s’étende à d’autres régions, notamment au Kurdistan irakien.
 

Newroz 2026 : L’Alliance kurde d’Iran proclame l’unité acquise et la victoire imminente

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KURDISTAN – L’Alliance des forces politiques du Kurdistan d’Iran (regroupant le PDKI, le PJAK, le PAK, Komala et d’autres) a publié une déclaration puissante pour le nouvel an kurde Newroz célébré ce 21 mars 2026, qualifiant cette fête du feu de « messager d’une grande victoire » pour le peuple kurde.

Newroz, symbole millénaire de résistance, de renouveau et de soulèvement contre l’oppression, est devenu depuis des décennies au Rojhilat (Kurdistan oriental sous l’occupation iranienne) un terrain majeur de confrontation avec la République islamique. Chaque année, le peuple kurde brise l’interdit par sa volonté collective de liberté, malgré une répression sanglante : des milliers de militants tués ou emprisonnés, et des droits nationaux et sociaux systématiquement bafoués — en particulier pour les femmes. L’injustice subie par le peuple kurde a transformé la région en un champ de bataille permanent.

La déclaration dénonce la politique raciste et terroriste d’État du régime qui, affaibli par la guerre régionale déclenchée depuis février 2026, bombarde quotidiennement avec missiles et drones les bases des partis kurdes au Kurdistan du Sud. Ces attaques, loin de démontrer une force, révèlent au contraire la faiblesse et l’agonie d’un régime moribond.

Le tournant historique de 2026 réside dans l’unité enfin acquise : les forces politiques ont fusionné leurs énergies au sein de l’Alliance, tandis que la société — portée par le courage des femmes et de la jeunesse — s’engage massivement dans la lutte. « Ni missiles, ni terreur, ni pressions ne pourront arrêter notre progression », affirme le communiqué.

En ce Newroz, l’Alliance rend hommage aux martyrs du récent soulèvement (notamment à Kirmaşan et Ilam), appelle à visiter les familles endeuillées et à renforcer la solidarité. Elle invite toutes les composantes kurdes à poursuivre le combat, à préserver les acquis d’années de sacrifice et à entamer une nouvelle phase décisive de travail organisé.

« Unis au sein de l’Alliance des forces politiques du Rojhilat, nous façonnerons notre avenir vers une victoire plus rapide et pacifique. »

Menaces existentielles sur les acquis kurdes : Shengal et le Kurdistan du Sud pris en étau dans la guerre Iran-États-Unis-Israël

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KURDISTAN / SHENGAL – Après l’anéantissement de l’autonomie kurde du Rojava, celle des Kurdes/Yézidis d’Irak est à son tour menacée à cause de la guerre Iran versus États-Unis et Israël, dont le principal champ de bataille est le Kurdistan d’Irak.

Depuis le déclenchement de la guerre États-Unis-Israël contre l’Iran le 28 février 2026, l’Irak et le Kurdistan du Sud (Başur) sont devenus un théâtre critique d’affrontements indirects. Téhéran bombarde régulièrement les bases et camps des partis kurdes iraniens exilés à Erbil et Souleimaniye, tandis que les États-Unis et Israël frappent les groupes chiites pro-iraniens, notamment les Forces de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) et leurs factions phares comme Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba, Kataib Sayyid al-Shuhada ou Asaib Ahl al-Haq.

Ces milices, intégrées aux forces irakiennes depuis 2018 mais conservant une large autonomie, forment l’« Axe de la Résistance » soutenu par l’Iran. Historiquement liées par des réseaux religieux (sanctuaires de Najaf et Karbala, exil de Khomeiny à Najaf) et politiques renforcés après 2003, elles subissent des bombardements quasi quotidiens depuis le début du conflit, accentuant le chaos sécuritaire en Irak.

Le Kurdistan du Sud paie le prix le plus lourd de cette escalade : attaques iraniennes directes sur ses infrastructures (aéroports, champs pétroliers), frappes de milices pro-iraniennes sur des sites américains et kurdes, et perturbation des échanges commerciaux vitaux avec Téhéran (produits alimentaires, textiles, investissements, zone de libre-échange de Penjwen). Cette instabilité menace l’équilibre politique entre PDK et UPK, ainsi que l’économie régionale déjà fragile.

À Shengal (Sinjar), les acquis post-génocide yézidi de 2014 — autonomie, autodéfense via les Unités de résistance Shengal (URS), Unités féminines (YJŞ) et Forces Êzîdxan — sont directement menacés. Bagdad multiplie les points de contrôle, raids et tentatives de désarmement des forces yézidies locales, tandis que la Turquie vise à occuper la zone pour encercler le Rojava et contrôler les axes Mossoul-Kirkouk, et l’Iran cherche à l’intégrer à son « corridor chiite ». Le transfert récent de milliers de djihadistes de l’EI des camps syriens vers l’Irak (Ninive, Anbar) ravive le spectre du génocide yézidi et souligne l’injustice persistante subie par ces populations.

Dans ce contexte de guerre régionale qui détourne l’attention internationale, les Kurdes et Yézidis [Êzdî] refusent l’encerclement et la négation de leurs acquis. Sans reconnaissance réelle de leur autodéfense et de leur statut politique, la stabilité reste illusoire et les risques d’une nouvelle catastrophe humanitaire augmentent.

La situation désastreuse des Kurdes du Rojava : « normalisation », guerre et réécriture de la mémoire collective

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SYRIE / ROJAVA – La « normalisation » imposée au Rojava après les attaques brutales de janvier 2026 (siège et bombardements sur Sheikh Maqsoud et Ashrafiyah, menaces existentielles) masque un gaslighting collectif par Damas et Ankara : la guerre est reformulée en quête de « sécurité », les souffrances kurdes minimisées, et les droits fondamentaux présentés comme de simples « faveurs » ou réformes, signale le journaliste Huseyin Salih Durmus.

L’atmosphère de « normalisation » instaurée après la guerre au Rojava ne peut être interprétée uniquement comme une recherche de la paix ; elle représente également la construction d’un cadre politique et psychologique.

La vague d’attaques qui a débuté au Rojava (nord de la Syrie) le 6 janvier n’était pas qu’une simple opération militaire. Ce qui s’est déroulé a constitué, pour les Kurdes, un nouvel avertissement brutal de la fragilité de leur existence. Le siège de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyah [quartiers kurdes d’Alep], le ciblage des civils et le fait que le spectre d’un génocide ait été ouvertement évoqué ont ravivé la mémoire collective de l’injustice subie par le peuple kurde.

Entre mobilisation et discours de façade

La résistance digne manifestée à Alep a déclenché une mobilisation dans les quatre régions du Kurdistan et au sein de la diaspora. Cette solidarité a prouvé que les Kurdes conservent une volonté collective capable de converger vers un consensus supra-politique lorsque leur survie est en jeu. C’est d’ailleurs ce champ de force qui a permis aux Forces démocratiques syriennes (FDS) de revenir à la table des négociations lors de l’accord du 29 janvier 2026.

Pourtant, sitôt le siège levé, un discours de « normalisation » s’est imposé en Turquie comme en Syrie, comme pour effacer le péril existentiel qui venait de traverser la région.

Le piège de la reconstruction psychologique

Ce climat de normalisation ne saurait se réduire à une quête de stabilité. Il s’agit d’une construction visant à redéfinir la mentalité étatique sous l’angle de la sécurité. Le document récent de Devlet Bahçeli, évoquant une « ligne de fracture géopolitique », illustre cette volonté de restreindre les paramètres de la solution tout en amplifiant la menace.

On assiste ici à une forme de gaslighting collectif : la réalité de la guerre est reformulée en « sécurité », et les droits fondamentaux sont présentés comme des « réformes » ou des faveurs. En atténuant la gravité des sacrifices passés, on tente d’abaisser le seuil d’attente de la société kurde.

La mémoire comme boussole politique

La mémoire n’est pas qu’une émotion ; elle est l’arme la plus puissante d’un peuple. Une société qui oublie les promesses non tenues et les projets inachevés ne peut construire une paix durable. L’héritage de cinquante ans de lutte — forgé dans les prisons, les montagnes et l’exil — refuse la soumission. Les Kurdes n’acceptent pas un système qui nie leur existence politique ou qui marchande l’égalité.

L’accent actuel mis sur « l’unité » par la pensée étatique turque semble davantage dicté par les contraintes régionales et internationales que par une réelle prise de conscience historique. Or, une ouverture née de la nécessité ne peut aboutir si elle n’est pas institutionnalisée sur la base d’une égalité réelle.

Le choix de la liberté

La valeur du processus actuel doit se mesurer à sa capacité à élargir l’espace politique kurde, et non à sa propension à invisibiliser les souffrances du Rojava. Comme le soulignait André Malraux : « La liberté n’a pas toujours les mains propres, mais il faut choisir la liberté. »

Ce résumé de l’analyse de Huseyin Salih Durmus rappelle que la situation au Rojava est existentielle. Les Kurdes refusent que leur résistance soit réduite à un chapitre oublié. La mémoire reste leur boussole vers une paix véritable, née d’une volonté sociale forte et souveraine.

L’histoire kurde est-elle inscrite dans les étoiles ?

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KURDISTAN – Newroz, la fête du Nouvel An printanier célébrée par les Kurdes et d’autres peuples iraniens autour du 21 mars, n’est pas seulement une tradition folklorique ou un rituel de renaissance saisonnière. Elle est profondément ancrée dans l’identité kurde, comme en témoigne un fragment rare d’un texte médiéval qui relie explicitement Newroz au savoir astrologique et à la culture kurde depuis au moins le XIIIe siècle.

Texte et commentaire partagés par Soran Hamarash

Ce témoignage précieux provient d’un traité d’astrologie du XIIIe siècle intitulé ʾAshǧār va ʾathmār (« Arbres et fruits »), attribué au savant Alīshāh al-Khwārazmī. Ce dernier a préservé un extrait d’un ouvrage aujourd’hui perdu : l’Ahkām-e Nowrūznāmeh-ye Kurdī, que l’on peut traduire par « Les règles (ou présages) du Livre de Newroz kurde ».

Un savoir savant et écrit

Ce Nowrūznāmeh-ye Kurdī appartient à un genre littéraire très répandu dans le monde iranien médiéval : les traités dédiés au jour de l’équinoxe vernal, combinant astronomie, astrologie, rituels et poésie. L’existence d’une version explicitement qualifiée de « kurde » est remarquable. Elle indique que Newroz occupait une place centrale non seulement dans les pratiques collectives, mais aussi dans le savoir écrit des Kurdes.

Le fragment conservé porte sur les présages célestes associés à Newroz — des interprétations des positions des astres pour prédire les événements de l’année à venir. Sa mention dans un manuscrit du XIIIe siècle prouve que, il y a plus de 700 ans, un texte astrologique kurde circulait et était jugé digne d’être cité par les plus grands érudits.

Une identité distincte et millénaire

Des recherches récentes, notamment le travail de l’érudit kurde Hemdad M. Arwandi publié en 2026 par le Kurdistan Center for Iranian Studies, remettent en lumière l’importance de ce texte. Cette découverte renforce l’idée que Newroz n’était pas une simple importation, mais un pilier distinct de l’identité kurde au Moyen Âge, avec ses propres interprétations cosmiques.

Le lien avec les étoiles n’est pas métaphorique : Newroz coïncide précisément avec l’équinoxe de printemps, un événement astronomique majeur qui structurait les calendriers solaires kurdes anciens.

Résistance et renaissance

Aujourd’hui, Newroz reste au cœur de la culture kurde. Associé au mythe de Kawa le forgeron, qui vainquit le tyran Zahhak pour libérer son peuple, il symbolise l’injustice combattue et la liberté retrouvée. Les feux de Newroz qui illuminent les montagnes chaque 21 mars rappellent que cette fête transcende les frontières imposées.

Le fragment de l’Ahkām-e Nowrūznāmeh-ye Kurdī nous enseigne que l’histoire kurde ne se limite pas aux récits des conquérants. Elle est gravée dans les cieux et transmise par des générations de gardiens de la culture. En cette veille de Newroz 2026, ce legs médiéval nous rappelle que la flamme kurde est inextinguible, guidée par les astres depuis des siècles.

L’Iran menace six zones kurdes d’Irak

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IRAK / KURDISTAN – Le régime iranien exhorte les Kurdes de six zones dansement peuplées du Kurdistan irakien à partir avant des opérations imminentes à la veille du nouvel-an kurde Newroz.

Dans un contexte de guerre régionale élargie opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël, les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) ont diffusé un communiqué en langue kurde appelant les habitants de plusieurs zones du Kurdistan irakien à s’éloigner immédiatement de sites qualifiés de « fiefs de groupes séparatistes kurdes iraniens ».

Un message de l’IRGC publié en kurde exhorte les civils à quitter les six zones citées plus haut

Les localités explicitement visées sont : Jezhnikan, Sordash, la base aérienne de Harir, Koya (Koysinjaq), Pakshar (Degala/Degle) et le district de Khabat. Ces zones abritent des populations civiles importantes ainsi que des infrastructures stratégiques, notamment la base de Harir, déjà ciblée par le passé.

Un ultimatum sous haute tension

Le message en kurde de l’IRGC, relayé via des canaux Telegram affiliés, prévient que des opérations militaires seront lancées « dans les prochaines heures ». Il insiste sur le risque « grave » pour toute personne se trouvant à proximité, sans toutefois préciser de plan de coordination ou de corridors sécurisés pour les civils.

Ce type d’avertissement est perçu par de nombreux observateurs comme une menace voilée. L’absence de mesures concrètes d’évacuation renforce les craintes de frappes indiscriminées, une tragédie déjà documentée lors des précédentes attaques de drones et de missiles menées par Téhéran en 2026.

Une souveraineté bafouée et un risque humanitaire majeur

Ces annonces interviennent après une multiplication des attaques transfrontalières de l’IRGC contre les bases kurdes iraniennes en exil et les positions américaines. Elles soulèvent une nouvelle fois la question du respect de la souveraineté irakienne et du droit international humanitaire.

Les analystes mettent en garde contre une escalade qui pourrait :

  • Exacerber les tensions ethniques dans la région.

  • Provoquer de nouveaux déplacements forcés de populations kurdes.

  • Déstabiliser durablement le nord de l’Irak, déjà fragilisé par le conflit régional.

Les organisations de défense des droits humains appellent à une vigilance accrue pour protéger les civils pris en étau entre les belligérants et dénoncent l’injustice flagrante subie par le peuple kurde, une nouvelle fois cible de puissances régionales.

TURQUIE. On s’attaque aux médecins qui parlent, pas aux cancers qui tuent

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TURQUIE / KURDISTAN – Un médecin a été suspendu pour avoir dénoncé les graves dysfonctionnements du système de santé dans la province kurde d’Agri. La Confédération des syndicats KESK s’est mobilisée en soutien au médecin sanctionné.

La plateforme de KESK (Kamu Emekçileri Sendikaları Konfederasyonu, KESK) d’Ağrî a organisé une conférence de presse rue Cumhuriyet pour protester contre la suspension de trois mois infligée au médecin Emrullah Akyüz. Ce gynécologue-obstétricien a été sanctionné pour avoir publiquement dénoncé les graves dysfonctionnements du système de santé dans la province. Des représentants d’organisations démocratiques, des responsables politiques et de nombreux citoyens ont rejoint le rassemblement.

Une banderole déployée résumait l’indignation collective :

« On ne fera pas taire les médecins qui luttent pour la santé du peuple »

Les slogans contre les atteintes au droit à la santé ont rythmé toute la mobilisation : « Les cancers explosent, on suspend les médecins ».

Dans la déclaration lue au nom de la plateforme KESK, İlhan Levent (responsable Eğitim-Sen Ağrı) a pointé du doigt la situation dramatique : « Ağrı détient le triste record national du taux de mortalité par cancer. Au lieu d’ouvrir une enquête sérieuse sur les causes de cette hécatombe — pollution, négligences, manque d’infrastructures —, le pouvoir préfère museler les médecins qui osent alerter et proposer des solutions. »

Il a dénoncé une politique délibérée de marchandisation de la santé : « Le gouvernement transforme un droit fondamental en source de profit, au mépris du droit à la vie. Pendant ce temps, nos concitoyens attendent des mois pour des examens de base, et certains meurent sur la route vers Erzurum faute d’équipements et de personnel suffisants. »

Une sanction qui met des vies en danger

Levent a insisté sur le caractère politique de la mesure : « Suspendre le Dr Emrullah Akyüz n’est pas une simple sanction administrative : c’est une attaque directe contre le droit à la santé de toute la population d’Ağrı. Annuler des milliers de rendez-vous et bloquer des interventions chirurgicales vitales pendant trois mois constitue une mise en danger flagrante de la santé publique. »

Il a conclu avec fermeté : « Nous ne nous laisserons ni intimider ni faire taire par les pressions, les harcèlements et les expulsions. Nous exigeons la réintégration immédiate de notre collègue et la fin des souffrances infligées par ce système de santé défaillant. »

À l’issue de la déclaration, les participants ont marché jusqu’au siège de KESK pour réaffirmer leur détermination.

L’ONU prolonge son enquête sur les crimes de guerre en Syrie

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SYRIE / ROJAVA – La Turquie s’était initialement opposée à cette prolongation, mais a depuis retiré son objection. Un rapport de l’ONU met en garde contre des attaques ciblant les Kurdes syriens.

Le mécanisme d’enquête des Nations Unies sur la Syrie, connu sous le nom de Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne, va voir son mandat officiellement prolongé.

Selon les informations de Geneva Solutions datées du 18 mars 2026, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU finalise le renouvellement de cette mission pour une année supplémentaire. Alors que le mandat actuel expire le 31 mars, cette décision assure la continuité des investigations dans un paysage politique syrien en pleine mutation.

Le recul diplomatique de la Turquie

Ankara avait initialement manifesté une opposition farouche à ce renouvellement, jugeant le mécanisme « obsolète » après la chute de Bachar el-Assad fin 2024. La diplomatie turque a tenté de substituer à l’enquête indépendante un simple dispositif de « coopération technique ». Toutefois, faute de soutien international et après d’intenses consultations, la Turquie a retiré son objection en échange d’un ajustement mineur du texte intégrant davantage le volet technique.

Un rempart contre l’impunité au Rojava et ailleurs

Cette prolongation est jugée cruciale par des organisations comme Human Rights Watch. La Commission demeure l’unique outil international capable de documenter les violations commises par l’ensemble des acteurs, dans un contexte sécuritaire qui reste alarmant pour les minorités :

  • Offensive contre le Rojava : Depuis le début de l’année 2026, une offensive gouvernementale soutenue par des milices pro-turques a contraint les Forces démocratiques syriennes (FDS) à d’importants retraits, provoquant le déplacement de dizaines de milliers de civils kurdes.

  • Violences confessionnelles : Des rapports inquiétants font état de massacres ciblés sur des bases ethniques et religieuses, touchant les Alaouites sur la côte (Lattaquié, Tartous), ainsi que les Druzes et les Chrétiens, notamment dans la région de Soueïda.

  • Crimes de guerre : L’ONU continue d’identifier des schémas de violence pouvant être qualifiés de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.

L’enjeu de la justice de transition

Plus d’un an après le changement de régime à Damas, la coopération avec les nouvelles autorités reste limitée et aucun haut responsable n’a encore répondu des crimes de masse documentés depuis 2011. Pour les ONG, maintenir une enquête indépendante est le seul moyen d’éviter que le sort des groupes vulnérables, et particulièrement celui des Kurdes, ne soit sacrifié sur l’autel d’une stabilité politique précaire.

Bien que certains diplomates prônent une fusion progressive avec les institutions syriennes de transition, la documentation onusienne reste le socle indispensable pour garantir une future reddition de comptes et une transition véritablement inclusive.

HÜDA PAR : l’arme islamiste de l’État turc pour saper les revendications kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – Dans un contexte de désarroi politique kurde en Turquie – répression massive du DEM Parti, impasse du processus de paix post-2025 et la fin de la lutte armée -, le régime turc veut imposer aux Kurdes le parti islamiste HÜDA PAR qui gagne du terrain. Pour de nombreux observateurs kurdes, cette ascension n’est pas une coïncidence. Ce parti agit comme l’instrument privilégié de l’État turc et de l’AKP pour diviser le peuple kurde, diluer ses revendications légitimes et enterrer la question nationale sous le voile de la « fraternité islamique ».

Les Kurdes exigent le socle fondamental d’un peuple : reconnaissance constitutionnelle, enseignement en langue maternelle, décriminalisation culturelle et auto-gouvernance réelle. En face, le HÜDA PAR propose une rhétorique islamiste où l’on se contente d’être des « frères musulmans », occultant le fait que le Kurdistan reste fragmenté et colonisé par quatre États musulmans (Turquie, Iran, Irak, Syrie).

Des origines empoisonnées : l’ombre du Hizbullah kurde

Le HÜDA PAR ne s’est pas créé ex nihilo en 2012. Il est l’héritier du Hizbullah kurde (à ne pas confondre avec son homonyme libanais), un groupe armé sunnite des années 1990 responsable de l’assassinat de centaines de militants de la gauche kurde. L’histoire révèle que l’État turc, via ses services de sécurité, a souvent utilisé ce groupe pour affaiblir le mouvement national kurde séculier (PKK) selon la logique de « l’ennemi de mon ennemi ».

Cette filiation se retrouve jusque dans le nom du parti (« Hüda » signifiant Dieu en kurde/persan) et sa structure. L’objectif initial était clair : concurrencer les partis patriotiques (BDP, puis HDP/DEM) en captant l’électorat kurde conservateur.

L’alliance avec l’AKP : une opération « diviser pour régner »

Depuis 2018, le HÜDA PAR s’est imposé comme un allié fidèle de Recep Tayyip Erdoğan, intégrant l’Alliance du Peuple. Pour le mouvement national kurde, c’est le « cheval de Troie » idéal pour Ankara. En fragmentant le vote kurde et en opposant une identité religieuse loyale à l’État face à une identité nationale séculière, l’AKP tente de marginaliser les revendications d’autonomie.

Les propositions de 2025 : des miettes contre la souveraineté

En décembre 2025, le HÜDA PAR a soumis un rapport suggérant des réformes : kurde comme langue d’enseignement, changement de la définition de la citoyenneté et excuses officielles pour les massacres historiques ayant ciblé les Kurdes (Dersim, Şeyh Said).

Cependant, ces propositions sont conditionnées à un abandon du « nationalisme kurde » au profit de l’oumma sunnite à la turque. Le piège est là : offrir quelques concessions culturelles et religieuses cosmétiques pour que le peuple kurde renonce à une véritable auto-détermination politique et à son statut de nation distincte.

La double norme : Palestine vs Kurdistan

Le cynisme du HÜDA PAR et de l’AKP éclate sur la scène internationale. Alors qu’ils dénoncent avec véhémence l’occupation en Palestine, ils restent complices ou silencieux face à l’oppression subie par les Kurdes dans la région. La « fraternité islamique » semble s’arrêter dès que l’oppresseur est un État musulman voisin.

Refuser le piège

Le mouvement kurde séculier reste le seul garant des revendications nationales intégrales. Le HÜDA PAR n’est pas une alternative, mais une voie de garage conçue pour que les Kurdes acceptent un statut de citoyens de seconde zone sous couvert de religion.

Tant que la « fraternité » sera utilisée comme substitut à la justice nationale, le Kurdistan restera sous tutelle. Le rejet de cette instrumentalisation est aujourd’hui une nécessité pour quiconque aspire à voir les Kurdes vivre comme un peuple libre et souverain sur sa terre ancestrale.

IRAN. Trois manifestants exécutés dans le secret

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IRAN – Le régime iranien a exécuté dans le secret Saleh Mohammadi (19 ans), Mehdi Ghasemi et Saeed Davoudi, trois civils arrêtés lors des protestations anti-régime qui ont secoué le pays à partir de fin 2025, signale l’ONG kurde Hengaw.

À l’aube du jeudi 19 mars 2026, les autorités iraniennes ont procédé à l’exécution secrète de trois détenus arrêtés dans le cadre des manifestations nationales qui secouent le pays depuis fin 2025. Les victimes, identifiées comme Saleh Mohammadi (19 ans), Mehdi Ghasemi et Saeed Davoudi, ont été pendus à la prison centrale de Qom, selon des informations exclusives transmises à l’organisation Hengaw pour les droits humains.

Les trois hommes avaient été condamnés à mort pour « moharebeh » (« inimitié envers Dieu »), un chef d’accusation fréquemment utilisé contre les opposants politiques, ainsi que pour le meurtre présumé de deux officiers des forces de l’ordre (Faraja) : Mohammad Ghasemi Hamapour et Abbas Asadi. Ces décès seraient survenus lors d’incidents distincts le 8 janvier 2026, au carrefour de Nokouei et sur la place Nobovat à Qom, en marge des protestations.

Un procès entaché de violations graves

Saleh Mohammadi, membre de l’équipe nationale iranienne de lutte et médaillé lors de compétitions juniors, a toujours nié les faits lors de son procès. Il a affirmé à plusieurs reprises que ses aveux avaient été extorqués sous la torture. Selon Hengaw et d’autres sources, aucune preuve matérielle solide ne le plaçait sur les lieux des faits : les images de vidéosurveillance ne le montraient pas, et les témoignages de sa famille ont été écartés par le tribunal.

Les trois condamnations ont été prononcées à l’issue de procès manifestement inéquitables, caractérisés par :

  • Le refus d’accès à un avocat indépendant ;

  • Le recours systématique à des aveux obtenus sous la torture ;

  • L’absence totale de respect des garanties d’un procès équitable.

Un recours accéléré à la peine de mort

Hengaw dénonce ces exécutions comme une illustration supplémentaire de l’intensification de la répression par les autorités iraniennes face à la montée des protestations et aux tensions régionales. L’organisation note que le régime multiplie les exécutions sommaires contre les manifestants, souvent dans le secret le plus total, pour briser la contestation.

Ces pratiques s’inscrivent dans une vague plus large de répression observée depuis fin 2025, marquée par des arrestations massives, des disparitions forcées et des simulacres d’exécution destinés à arracher des confessions.

Appel international urgent

Hengaw condamne fermement ces actes et exhorte les organisations internationales, les États et les mécanismes onusiens (notamment le Conseil des droits de l’homme et le Rapporteur spécial sur l’Iran) à agir immédiatement pour :

  1. Exiger l’arrêt de toutes les exécutions liées aux protestations ;

  2. Mettre en place des enquêtes indépendantes sur ces violations systématiques ;

  3. Faire pression pour l’abolition effective de la peine de mort en Iran.

Ces exécutions secrètes, intervenant au mépris de la dignité humaine, risquent d’aggraver encore la crise des droits humains en Iran alors que le régime fait face à une condamnation internationale croissante.

Lausanne : le Conseil communal adopte trois résolutions en soutien au Rojava

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LAUSANNE – Mercredi, le Conseil communal de Lausanne a franchi une étape symbolique forte en adoptant trois résolutions appelant à la reconnaissance et à la protection de l’Administration autonome du Rojava / Nord et de l’Est de la Syrie dirigée par les Kurdes.

Portées par l’alliance de gauche Ensemble à Gauche (EaG), ces motions ont recueilli une large majorité grâce au soutien conjoint des Verts (qui ont voté à l’unanimité) et d’une partie significative du Parti socialiste (PS). Sevgi Koyuncu, conseillère communale et porte-parole du groupe EaG, a défendu avec conviction ces propositions lors des débats, insistant sur l’urgence de prendre position politiquement face à l’injustice subie dans la région.

Les trois motions adoptées portent sur :

  • Le respect du droit international humanitaire et la protection immédiate des populations civiles face aux attaques menées par le Gouvernement fédéral de transition syrien contre le Rojava.

  • La reconnaissance politique du statut d’autonomie de la région et la demande d’une protection internationale renforcée.

  • Une invite adressée au gouvernement suisse pour qu’il reconnaisse officiellement l’administration autonome du Rojava. Le texte fait explicitement référence au rôle historique de Lausanne comme ville-hôte de grandes conférences diplomatiques internationales.

Ces résolutions interviennent dans un contexte régional tendu, marqué par des menaces militaires persistantes contre le Rojava et une absence de reconnaissance internationale formelle de son administration démocratique.

Un engagement renforcé par la présence kurde au conseil

Cette prise de position n’est pas anodine à Lausanne, où la communauté kurde est particulièrement active. Les élections communales du 8 mars ont permis l’entrée au conseil de deux femmes kurdes : Sevgi Koyuncu (déjà élue auparavant sous l’étiquette POP et très impliquée dans les luttes kurdes) et Tanya Nihal Isik, qui fait son entrée pour la première fois. Leur présence a incontestablement contribué à porter haut et fort la voix de la solidarité avec le Rojava au sein de l’assemblée lausannoise.

Ensemble à Gauche, qui regroupe notamment le Parti ouvrier populaire (POP), SolidaritéS et des indépendant·e·s, se félicite de ce vote qui, bien que symbolique, envoie un signal politique clair depuis une grande ville suisse.

Avec cette décision, Lausanne s’inscrit dans une tradition de municipalités engagées sur les questions internationales et de droits humains, tout en rappelant que la diplomatie locale peut parfois précéder – ou influencer – les positions nationales.