Accueil Blog

ROJAVA. Un gouverneur kurde arrive à Hassaké

0

SYRIE / ROJAVA – Les habitants de la ville d’Hassaké ont accueilli aujourd’hui avec un grand enthousiasme le gouverneur kurde, Nour al-Din Issa Ahmed (alias Abu Omar Khanika) suite à sa nomination officielle à ce poste.

Nour al-Din Issa Ahmed, connu sous le nom d’Abu Omar Khanika, nommé gouverneur de Hassaké, a été chaleureusement accueilli par la population à son arrivée ce soir.

À son arrivée, le gouverneur a prononcé un discours dans lequel il a remercié la population, rendu hommage aux combattants en première ligne et aux familles des martyrs, et souhaité un prompt rétablissement aux blessés. Il a affirmé que ce moment marquait une victoire historique dans la lutte du peuple kurde, qui résiste depuis 14 ans, soulignant que la prochaine étape exigeait l’unité et le renforcement de la solidarité entre les différentes composantes, ainsi qu’une collaboration pour consolider la sécurité et la stabilité et bâtir des institutions au service des aspirations des citoyens. (ANHA) 

PARIS. Meral Polat chante pour le Rojava

0

PARIS – Dans le cadre du Festival au fil de l’eau, la musicienne kurde Meral Polat sera à Paris le 10 février 2026 pour un concert dédié au Rojava. Lors de la soirée qui aura lieu au 360 Paris, il y aura des actions de solidarité pour le Rojava, dont des prises de parole, une table d’information, des militant·es kurdes des performances artistiques avec des femmes et des artistes invité·es, ainsi qu’une cagnotte destinée aux victimes du Rojava. D’autres surprises seront annoncées très prochainement.

 Pour bénéficier d’une réduction 30% du prix de billets pour le concert de Meral Polat à 360 Paris Music Factory, il vous suffit d’écrire le code « AZADI » au moment de l’achat de vos billets sur le site du Festival Au Fil des Voix : https://www.aufildesvoix.com/programmation/meral-polat/
 
Meral Polat « chante l’âme kurde avec une force qui prend racine dans l’énergie des montagnes désertes du Kurdistan et puis dans le rock de la scène underground d’Amsterdam » (FIP).
 
La famille de Meral Polat, originaire de Dersim, s’est réfugiée aux Pays-Bas où Meral est née. Après son premier album « Ez Kî Me » sorti en 2022, elle a sorti « Meydan » en septembre 2025.
 
Meral Polat déclare que sa principale source d’inspiration, « en tant qu’artiste de la diaspora, est la philosophie « jin, jîyan, azadî ». La force féminine est le battement du cœur ». Meral et son groupe joueront MEYDAN pour la première fois à Paris.
 
Blues-rock anatolien / Kurdistan
 
Actrice et dramaturge renommée aux Pays Bas, l’artiste kurde polymorphe Meral Polat, revient sur son terrain de jeu musical avec un nouvel album, Meydan, où elle élève sa voix et celles des femmes, célébrant la liberté selon la devise kurde « Jin, Jiyan, Azadi » (Femme, Vie, Liberté).
 
En tissant un dialogue entre musiques anatoliennes, rock psychédélique turc, blues malien et afrobeat nigérian, Meral Polat insuffle à l’âme kurde, l’énergie brute des musiques noires et une émotion sans filtre. Entre transe, poésie et résistance, Meral Polat signe un manifeste musical incandescent qu’elle déploie sur scène accompagnée de trois musiciens virtuoses, donnant vie à des paysages sonores hypnotiques dans un spectacle profondément émouvant et habité. (Réservation ici)
 
Groupe
 
Meral Polat – chant
Chris Doyle – guitare/claviers
Jens Bouttery – batterie
Lisa Lukaszczyk – claviers
 
Ouverture des portes 30min avant le début du spectacle
………………………………………………………………………………..
INFOS PRATIQUES :
Le 360 Paris
32, rue Myrha – 75018 ParisMÉTRO – Château Rouge (4) / Barbès-Rochechouart (4,2)
BUS – 56 / 31 / 85 

« Il n’y a pas de terroristes tant que le système n’en a pas besoin »

0

SYRIE / ROJAVA – La chercheuse kurde, Dilek Celebi dénonce la « sélectivité systématique » des institutions internationales concernant les « violations qu’elles qualifient de ‘à combattre’ et qu’elles intègrent formellement au régime de ‘réconciliation’ ». Elle donne en exemple le traitement réservé par l’ONU au nouveau régime syrien.

Voici l’article de Dilek Celebi publié par le site The Amargi :

Le fait que les Nations Unies n’aient tenu une réunion sur la Syrie qu’après plusieurs semaines de massacres de civils à grande échelle ne témoigne pas d’un manquement à la procédure ; c’est plutôt une indication claire du fonctionnement du processus politique. 

Lors de la récente réunion de l’ONU, l’élaboration du cadre d’un ordre syrien post-Assad avait déjà commencé ailleurs. L’ONU n’est pas arrivée tardivement dans la crise ; elle est intervenue précisément au bon moment pour légitimer le véritable ensemble de « solutions ».

Le gouvernement intérimaire syrien est aujourd’hui jugé non pas sur ses actions, mais sur ses réalisations. Les attentes sont claires : premièrement, apporter la « stabilité » à la région et gérer les frontières syriennes ; deuxièmement, s’intégrer à une architecture régionale compatible avec les priorités sécuritaires de la Turquie, la volonté de restructuration de la capitale du Golfe et la stratégie d’endiguement de l’Occident. Dès lors qu’un acteur s’arroge ce rôle, le coût de toute opposition s’accroît. Dans un tel contexte géopolitique, la condamnation devient une intervention « destructrice », et le silence, un outil « productif ».

Une seule délégation a explicitement qualifié les violences de « brutales ». Les autres, au lieu d’affronter les faits, ont tout simplement refusé de les aborder de manière politiquement significative.

Presque tous les participants à cette réunion, censés représenter des positions nationales diverses, ont étonnamment trouvé un terrain d’entente dans leur vocabulaire : stabilité, transition, modération, souveraineté et désescalade. Le caractère frappant de cette répétition est significatif non pas parce qu’elle était « coordonnée », mais parce qu’elle révèle une intuition partagée quant à ce qui était protégé.

Une seule délégation a qualifié explicitement les violences de « brutales ». Les autres, au lieu d’affronter les faits, ont tout simplement refusé de les aborder de manière politiquement significative. En politique internationale, le silence n’est pas toujours synonyme de neutralité ; il indique souvent que la violence est déjà devenue une composante « acceptable » du discours politique dominant.

Ce qui a véritablement trahi cette réunion, ce n’est pas une déclaration faite explicitement, mais plutôt l’acceptation, avant même son début, que des personnalités officiellement qualifiées de terroristes jusqu’à la veille soient considérées comme des interlocuteurs indispensables à la reconstruction de la Syrie. Cette requalification tacite, présentée sous couvert de « pragmatisme », est purement le fruit d’intérêts politiques personnels ; de plus, elle révèle la malléabilité des principes du droit international face à des intérêts stratégiques en constante réorientation.

De toute évidence, les individus sont qualifiés de terroristes non seulement pour les actes qu’ils commettent, mais aussi pour le moment et les personnes contre lesquelles ils les commettent.

Le droit international n’autorise pas la justification sélective de la violence politique par la seule « reconnaissance » de celle-ci. Or, dans les faits, c’est précisément ce qui s’est produit. La « promotion » de terroriste en homme d’État ne peut s’expliquer par des processus juridiques. Le fondement de cette transformation est l’utilitarisme.

Il est évident que les acteurs sont qualifiés de terroristes non seulement pour les actes qu’ils commettent, mais aussi pour le moment et les cibles de ces actes. La réaction internationale peut donc être très différente lorsque des méthodes similaires sont utilisées par différents acteurs à différents moments.

La réunion de l’ONU a mis en lumière ce constat de façon flagrante : si la violence perpétrée par un acteur sans fondement légal est considérée comme « jamais tolérable », cette même violence, lorsqu’elle s’inscrit dans un projet de construction étatique, peut être réduite à un coût « gérable ». Les pertes civiles sont alors traitées comme une fatalité : tragiques, certes, mais un « coût » qui ne doit pas compromettre l’objectif d’instaurer l’ordre.

Une intervention en particulier lors de la réunion fut particulièrement révélatrice : l’ambassadeur syrien auprès de l’ONU déclara que les récentes opérations militaires contre les FDS à Alep avaient été menées « en tenant compte de considérations humanitaires ». Cette phrase fut prononcée sans hâte, comme s’il s’agissait d’un détail technique ; il n’y avait aucune ironie.

Le concept d’évaluation humanitaire ne s’est pas effondré sous le poids des preuves, car il n’a pas été créé à l’origine pour décrire la réalité.

Cependant, les documents publics relatifs à ces mêmes opérations révèlent une tout autre réalité. Des images montrent des combattants jetés du haut d’immeubles, la tresse d’une combattante capturée coupée, des femmes traînées par les cheveux dans les rues et marquées au fer rouge comme « porcs », des civils soumis à des châtiments collectifs ; tout cela remet en question les déclarations de l’ambassadeur. Les témoignages et les preuves concernant le manque d’eau, d’électricité et d’internet dans certains quartiers, dont Kobanê, servent un objectif similaire.  

Ce qui rendait la déclaration de l’ambassadeur véritablement frappante, c’était l’« utilité » que les délégations lui accordaient. Le concept d’évaluation humanitaire ne s’est pas effondré sous le poids des preuves, car il n’avait pas été conçu à l’origine pour décrire la réalité. Sa fonction était en fait de légitimer l’ordre politique.

Lorsque la violence est intégrée à un projet d’établissement d’un État « reconnaissable », même les excès les plus flagrants peuvent être rendus inoffensifs sur le plan rhétorique. Les abus sont réduits à un « détail regrettable ». Les châtiments collectifs sont rebaptisés « mesure de sécurité ». La déshumanisation est présentée sous le couvert de la « discipline ».

Personne dans la salle n’a pris la parole pour demander en vertu de quelle norme humanitaire le fait de jeter des prisonniers du haut des bâtiments pourrait être compatible, ni pour remettre en question le fait de couper l’accès des civils à l’eau et à l’électricité, ce qui constitue une punition collective au regard du droit international.  

La légitimité se trouve ainsi renforcée dans la pratique : non pas en niant la violence, mais en la requalifiant. Lorsqu’un acteur est considéré comme une « force stabilisatrice », la charge de la preuve s’inverse. On ne présume plus que la brutalité est inacceptable ; au contraire, il faut prouver qu’elle constitue l’exception.

Cette réunion a fait plus que simplement tolérer un mensonge. Elle a révélé comment la rhétorique humanitaire peut être instrumentalisée pour « dompter » la violence, et comment des actions qui provoqueraient normalement l’indignation peuvent être réduites à une affaire « gérable ».

Cette situation ne se résume pas à la question kurde. Les Kurdes ne font que rendre le mécanisme plus visible, plus flagrant.

Les communautés politiquement organisées mais dépourvues d’État reconnu sont condamnées à une fragilité structurelle sur la scène internationale. Lorsqu’elles sont utiles, elles sont instrumentalisées ; lorsqu’elles sont jugées superflues, elles sont rendues invisibles ; et lorsque leur existence entrave la consolidation territoriale, elles peuvent devenir des cibles de violence.

La position de l’ONU révèle également une vérité plus profonde sur la nature de la « construction étatique » actuellement en cours en Syrie. Ce qui est en train de se construire n’est pas un projet d’État-nation fondé sur le consentement social ou la participation politique, mais un projet de construction étatique dicté par des intérêts extérieurs.  

Dans ce contexte, les réalités historiques, telles que le pluralisme, les pratiques de gouvernance locale, les griefs non résolus et les exclusions profondément ancrées, ne sont pas perçues comme des fondements sur lesquels bâtir, mais comme des « difficultés à gérer ». Le langage de l’histoire est employé de manière sélective, comme si la Syrie reprenait simplement un cours « naturel » interrompu par la guerre. Or, il ne s’agit pas d’une restauration, mais d’une restructuration. Cette distinction est essentielle. Bâtir un État sans nation instaure un ordre éphémère au détriment d’une légitimité solide. Cela privilégie la limitation au détriment du compromis et la prévisibilité à la justice.  

Il est important d’éviter toute confusion : cette interprétation ne signifie pas que tous les acteurs portent la même responsabilité, et encore moins que les violations commises par une partie légitiment celles de l’autre. Le problème réside dans le fait que les institutions internationales font preuve d’une sélectivité systématique quant aux violations qu’elles qualifient de « à combattre » et qu’elles intègrent formellement au régime de « réconciliation ».

Aujourd’hui, la Syrie se reconstruit. Elle se réorganise selon une logique qui privilégie l’utilité et réprime les frictions. Dans ce système, les notions de terrorisme, de légalité et de légitimité cessent de plus en plus d’être des frontières fondées sur des principes et deviennent des instruments conditionnels, régis par des intérêts particuliers.

Une fois ce point compris, la réunion de l’ONU n’apparaît plus comme reportée ou incertaine. Elle apparaît parfaitement claire.

Article d’origine (en anglais) à lire ici : « There Are No Terrorists Until The System Needs One« 

SYRIE. A Raqqa, les femmes de nouveau sous le joug de la charia

SYRIE / ROJAVA – Dans la ville de Raqqa prise aux forces kurdes par les gangs de Damas, les femmes sont soumises à la charia. Une militante de l’association Zenobia cité par le site The Amargi déclare que les femmes de Raqqa se retrouvent de nouveau sous le règne de l’État islamique (DAECH / ISIS).

Voici l’intégralité de l’article de The Amargi :

Après la libération de Raqqa, capitale de l’État islamique, par les Forces démocratiques syriennes (FDS), Emel et ses collègues ont fondé l’organisation de femmes arabes Zenobia, avec l’espoir d’éradiquer l’idéologie misogyne de l’État islamique dans la ville. Cependant, ces espoirs se sont évanouis le 20 janvier, lorsque l’armée arabe syrienne a pris le contrôle de la ville.

Depuis la prise de contrôle de Raqqa, dans le nord de la Syrie, par les milices affiliées au Gouvernement de transition syrien (GTS), la terreur est semée par la diffusion d’images et de vidéos choquantes visant les femmes. Ces vidéos, qui circulent en ligne, ont ravivé les traumatismes des femmes qui luttent pour leur émancipation.

Raqqa, autoproclamée capitale de l’État islamique jusqu’en 2017, était un lieu où les décapitations publiques étaient monnaie courante, les femmes lapidées, vendues comme esclaves, enchaînées chez elles et soumises à une domination et une violence masculines absolues. Après la libération de Raqqa fin 2017 par les FDS, Emel et d’autres femmes ont commencé à s’organiser collectivement contre cette mentalité profondément enracinée. Daech avait laissé derrière lui non seulement un traumatisme profond, mais aussi des séquelles sociales et psychologiques durables.

« L’invasion des zones relevant de l’Administration autonome [du Nord et de l’Est de la Syrie] par les factions d’al-Amshat et de Hamzat… représente une dangereuse régression du droit des femmes à travailler, à participer et à se faire entendre. »

Emel*, qui a réussi à s’échapper à Qamishli de justesse, suit désormais avec une profonde inquiétude l’évolution de la situation à Raqqa. Pour les femmes comme elle – et pour tous ceux qui leur sont liés – le danger est immense. Par souci pour sa famille restée en ville, elle a choisi de garder l’anonymat.

Si de nombreuses femmes ont publiquement arraché et brûlé leurs niqabs et abayas noires lors de la libération, les conséquences plus profondes de ces actes ne pouvaient être ignorées aussi facilement. Ensemble, elles ont fondé l’organisation de femmes arabes Zenobia , qui milite pour l’émancipation des femmes à travers des maisons de femmes, des coopératives et des initiatives éducatives.

Aujourd’hui, tout ce que ces femmes ont construit risque à nouveau d’être anéanti.
« L’invasion des zones relevant de l’Administration autonome [du Nord et de l’Est de la Syrie] par les factions d’al-Amshat et de Hamzat, et la privation des droits des femmes qui en découle, ne constituent pas un simple changement militaire ou administratif », explique Emel. « Il s’agit d’une dangereuse régression du droit des femmes à travailler, à participer à la vie politique et à faire entendre leur voix. »

Au sein de Zenobia, Emel travaillait à la coordination régionale et aux efforts diplomatiques. Lorsque des factions armées alignées sur le gouvernement de Damas sont entrées à Raqqa, elle a été contrainte de fuir.
« Nous avons quitté Raqqa après avoir été attaqués par des milices tribales. La situation est extrêmement grave, des milices arabes attaquent les Kurdes », raconte-t-elle. « Nous avons fui avec le dernier convoi et, en chemin, nous avons été attaqués à trois reprises. »

Elle raconte que des civils ont été pris pour cible au dernier point de contrôle de Raqqa. À Sabah al-Khair, des voitures ont été attaquées, provoquant un massacre et de graves blessures parmi la population civile. Dans le village d’Umm Madfa, des civils ont de nouveau été attaqués depuis le sud. « La situation était catastrophique : il y avait des morts et des blessés. Une famille entière a été touchée, et trois ambulances du Croissant-Rouge kurde ont été prises pour cible. Une autre famille a été visée à un point de contrôle situé à 20 kilomètres de Khirbet al-Tamr. »

Emel rapporte qu’à Tabqa et Raqqa, la distribution de vêtements « modestes » aux femmes a déjà commencé : « À Tabqa, les habitants ont commencé à porter des vêtements religieux conformes à la charia. » Elle ajoute qu’après le retrait des forces kurdes, « la région est passée sous le contrôle de l’État islamique. »

La restriction des droits des femmes s’accompagne d’une augmentation des signalements d’attaques ciblées contre la population kurde et les personnes travaillant avec l’Administration autonome.

« Des familles sont menacées et sommées de remettre leurs voitures et leurs armes personnelles », explique Emel. « Les gens disent qu’ils ne se sentent plus en sécurité. Ils gardent leurs portes verrouillées et n’osent plus les ouvrir. » Pour ne rien arranger, la situation est déjà critique et la nourriture vient s’ajouter aux pénuries, selon Emel. D’autres, qui ont collaboré avec l’Administration autonome, craignent des représailles et beaucoup cherchent désormais à fuir à Damas, « craignant des attaques contre leurs domiciles ou d’être dénoncés par des informateurs ».

Parmi ses connaissances, une de ses collègues a récemment été contrainte de quitter son domicile à Tabqa et « a cherché refuge chez son oncle à Raqqa, où personne ne la connaît ». Elle rapporte également que des groupes mercenaires ont détruit et pillé des centres de Zenobia.

Emel craint que les femmes ne soient à nouveau confinées exclusivement à leur domicile.

Malgré la relative sécurité qu’elle vit à Qamishli, Emel n’échappe pas à la peur, car sa famille est restée à Raqqa et certains de ses membres ont été menacés : « Hier, ils sont allés chez mon frère et lui ont ordonné de partir. Ils ont également menacé ma nièce et son mari. »

Si l’impact concret sur les droits des femmes à Raqqa, Tabqa, Deir ez-Zor et Manbij – où Zenobia était auparavant active – reste incertain, Emel craint que les femmes ne soient à nouveau confinées exclusivement à leur domicile.

Selon le nouveau gouverneur de Raqqa, Abdul Rahman Salama, le gouvernement syrien souhaite rétablir la stabilité et la sécurité dans la région et reconstruire les infrastructures de la ville. Cependant, les nouvelles autorités n’ont toujours pas abordé la question des attaques documentées contre des civils dans cette région, perpétrées par des forces islamistes. Au lieu de cela, elles accusent les FDS de crimes similaires.

Pour l’instant, les activités de l’organisation féminine Zenobia sont suspendues dans la région. Pour Emel, cependant, ce n’est pas une raison de baisser les bras. Elle lance un appel à la communauté internationale afin qu’elle considère les femmes non seulement comme des victimes, mais aussi comme des partenaires pour la paix et la stabilité.

« Nous ne demandons pas de privilèges, mais des droits fondamentaux : le droit d’être présentes, actives et en sécurité dans nos communautés. Exclure les femmes, c’est revenir à la logique de la violence plutôt qu’à celle de la justice, et au silence plutôt qu’à celle de la parole. » *Les noms ont été modifiés pour préserver la sécurité des personnes interviewées.

Écrit par Isabel Krokat

Article d’origine (en anglais) à lire ici : « No More Women’s Rights in Raqqa« 

Photo d’archive

Les limites de la solidarité : Le Rojava, les Kurdes et le Kurdistan

La solidarité, telle qu’on l’entend généralement au Moyen-Orient, a rarement atteint son objectif initial : unir les colonisés, les opprimés et les exploités par-delà les frontières et les identités. Au contraire, elle a souvent été instrumentalisée comme un appareil idéologique, consolidant les nationalismes arabe, turc et persan, ainsi que le supranationalisme islamiste, tout en réduisant au silence les peuples apatrides.

Pour les Kurdes, la solidarité a donc souvent signifié exiger l’abandon de la lutte anticoloniale et le ralliement aux ambitions géopolitiques de ceux qui ont colonisé le Kurdistan pendant un siècle.

Le concept de solidarité, tel qu’il est mobilisé par les États régionaux et les élites intellectuelles, a engendré un phénomène plus insidieux, plus structurel et plus violent. Il a reproduit une hiérarchie de la souffrance où la lutte kurde est, au mieux, un désagrément, au pire, une trahison ; une hiérarchie où l’on demande sans cesse aux Kurdes de faire preuve de loyauté envers leurs colonisateurs ; une hiérarchie où les revendications kurdes d’autodétermination sont qualifiées de « complots étrangers », tandis que les fondements coloniaux de la Turquie, de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie demeurent tabous.

Pour les Kurdes, la solidarité s’est donc souvent traduite par l’exigence d’abandonner la lutte anticoloniale et de se rallier aux ambitions géopolitiques de ceux qui ont colonisé le Kurdistan pendant un siècle. Il en résulte non seulement une hypocrisie politique, mais aussi un régime épistémique qui normalise la marginalisation des Kurdes. Cette marginalisation se manifeste à nouveau au Rojava, au Kurdistan occidental, où la République arabe syrienne appelle au djihad contre les Kurdes, et où ces derniers sont confrontés à un nouveau massacre.

La solidarité comme revendication d’auto-effacement kurde

Il convient de partir d’un constat dérangeant : les États du Moyen-Orient qui clament le plus haut leur « solidarité » sont aussi, structurellement, les puissances coloniales de la région sur le Kurdistan : la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Pourtant, on demande régulièrement aux Kurdes – moralement et politiquement – ​​d’être les plus fervents défenseurs de la Palestine dans les rues, de manifester l’unité islamique, de scander les slogans du nationalisme arabe et de subordonner leurs aspirations à la « cause centrale ».

Il ne s’agit pas de solidarité. Il s’agit d’exiger des colonisés qu’ils prouvent leur valeur aux yeux de l’univers moral du colonisateur.

Les États de la région adoptent publiquement une position hostile à Israël tout en maintenant des formes de coopération, d’échanges commerciaux et d’alliances sécuritaires, parfois ouvertement, souvent de manière clandestine. Pourtant, ils détournent la colère de leurs populations vers leurs ennemis intérieurs. En Turquie, la question palestinienne est depuis longtemps instrumentalisée comme un théâtre politique intérieur : un discours de rectitude morale servant à consolider la légitimité de l’État tout en intensifiant la répression des Kurdes et des mouvements politiques kurdes. Le message est implicite mais clair : vous pouvez être Kurde, mais pour être légitime, vous devez vous comporter en sujet loyal de la nation turco-islamique ; votre identité kurde ne doit pas donner lieu à des revendications politiques. C’est pourquoi les Kurdes peuvent être salués comme des « frères » lors des manifestations à Gaza, puis traités de « terroristes » le lendemain matin.

Plus pernicieuse encore est l’accusation, répétée par les États et reprise par les intellectuels, selon laquelle les Kurdes seraient des « instruments d’Israël et des États-Unis ». Cette affirmation relève moins d’un constat empirique que d’un mythe disciplinaire : elle délégitime l’autonomie kurde en la présentant comme une contamination étrangère. Or, cette accusation perdure précisément parce qu’elle ne nécessite aucune preuve ; elle se fonde uniquement sur une conception régionale communément admise selon laquelle toute action kurde est inconcevable sans le soutien d’un empire. Dans cette optique, les Kurdes ne sont jamais des sujets politiques ; ils sont des instruments. Cette croyance à leur sujet se maintient en grande partie parce que les gouvernements centraux des quatre États concernés déshumanisent les Kurdes depuis un siècle ; et un objet déshumanisé ne peut posséder la capacité d’agir d’un sujet humain.  

Solidarité sur les campus et colonialité du savoir

Lorsque les Kurdes insistent pour prendre la parole, lorsque nous leur demandons ce que signifie la solidarité si elle exclut la colonisation du Kurdistan, l’atmosphère change souvent.

Le problème ne se limite pas à l’hypocrisie d’État. Il réside aussi dans le système de production du savoir de la région – la manière dont le « Moyen-Orient » est raconté, enseigné et théorisé, même dans des espaces censés être critiques.

Après le 7 octobre, de nombreuses universités américaines ont organisé des panels, des cycles de séminaires et des ateliers d’information axés sur la Palestine. Ces espaces ont souvent proposé une critique radicale de l’impérialisme occidental et du sionisme, tout en reproduisant un déni colonial régional : l’histoire kurde n’apparaissait que comme une simple réflexion après coup, voire pas du tout. L’intervention américaine en Irak et en Syrie était fréquemment évoquée ; le génocide perpétré par Saddam Hussein contre les Kurdes à Anfal ne l’était pas. La manipulation démographique du régime baasiste en Syrie – comme le projet de la Ceinture arabe – était rarement mentionnée dans les archives coloniales de la région, tandis que les souffrances des Arabes palestiniens dominaient le débat.

Lorsque les Kurdes insistent pour prendre la parole, lorsque nous leur demandons ce que signifie la solidarité si elle exclut la colonisation du Kurdistan, l’atmosphère se dégrade souvent. La réponse n’est pas le dialogue, mais un silence glacial, une irritation défensive, l’insinuation subtile que soulever l’oppression kurde détourne l’attention du « vrai problème », à savoir la Palestine. Ici, le silence est une stratégie. Il impose ce qui peut être dit et ce qui doit rester impensable.

Lors d’une discussion de ce type, interrogé sur l’importance centrale de la Palestine au Moyen-Orient, un intellectuel arabe répondit : « La Palestine est à l’origine du nationalisme arabe. » Cette affirmation, peut-être conçue comme une analyse, révéla involontairement la structure du problème. Si la Palestine sert de mythe fondateur au nationalisme arabe, alors la « solidarité avec la Palestine » se transforme aisément en une exigence de reléguer les peuples non arabes au second plan dans le récit nationaliste arabe. La question kurde devient alors inintelligible, non pas par manque de poids éthique, mais parce qu’elle menace le monopole idéologique de l’arabité en tant que sujet politique de la région.

La liberté kurde est perçue non comme une décolonisation, mais comme une menace pour la cohésion politique arabe. On demande aux Kurdes de sacrifier leur libération pour que d’autres puissent préserver leur hégémonie.

Quand une autre personne a demandé pourquoi les Kurdes ne bénéficient pas d’une attention comparable à celle des Palestiniens, la réponse que j’ai entendue était non seulement méprisante, mais aussi ouvertement raciste : « Les Palestiniens sont des génies, ils ont une langue, de la poésie, de la musique », sous-entendant que les Kurdes n’en ont pas. C’est un raisonnement colonial, la même logique utilisée historiquement pour nier la nation kurde : votre langue n’est pas une langue ; votre culture n’est pas une culture ; par conséquent, vos revendications ne sont pas politiques. Voilà ce qui arrive quand on peut s’opposer à la violence à Gaza tout en restant confortablement installé dans le système de suprématie nationaliste arabe. Et c’est précisément là que la « solidarité » atteint ses limites : elle devient une performance morale qui refuse toute autocritique.

Ce refus n’est pas abstrait. Il influence la politique. Prenons l’exemple de la déclaration désormais célèbre attribuée à Saeb Erekat, conseiller de Mahmoud Abbas, qui aurait affirmé que l’indépendance kurde serait « une épée empoisonnée contre les Arabes ». Que l’on partage ou non son calcul stratégique, cette affirmation révèle la logique régionale : la liberté kurde est perçue non comme une décolonisation, mais comme une menace pour la cohésion politique arabe. On demande aux Kurdes de sacrifier leur libération pour que d’autres puissent préserver leur hégémonie.

Alors, qu’est-ce que la solidarité dans ce contexte ?

Dans son acception régionale dominante, la solidarité fonctionne souvent comme un instrument de gouvernance idéologique. Elle signifie : soutenez notre cause, mais ne dénoncez pas nos crimes ; scandez nos slogans, mais n’exigez pas de réciprocité ; soyez visibles pour la Palestine, mais invisibles pour le Kurdistan.

C’est pourquoi la participation kurde aux manifestations de Gaza n’est souvent tolérée qu’à condition que leurs revendications restent tues. Dès que les Kurdes déclarent : « Nous sommes solidaires des Palestiniens et nous exigeons également la reconnaissance de la colonisation du Kurdistan ; nous refusons d’être sacrifiés », la solidarité se mue en accusation. Les Kurdes deviennent des traîtres. Les Kurdes deviennent des « agents ». Les Kurdes deviennent le problème.

Mais la solidarité qui exige l’effacement de soi n’est pas de la solidarité. C’est une soumission.

Contre la mise à l’écart des Kurdes

Pour que la solidarité soit plus qu’un simple slogan, elle doit cesser de considérer les Kurdes comme des êtres sacrifiables – sacrifiables au nom du nationalisme arabe, de la géopolitique turque, de l’idéologie d’État iranienne, ou encore du fantasme d’une oumma islamique. Elle doit rejeter cette conception coloniale qui place certaines nations au centre de l’attention tout en reléguant les autres au second plan.

Une politique qui ne laisse aucune place à la liberté kurde n’est pas une politique de libération. C’est simplement une redistribution du pouvoir entre les mains des colonisateurs.

Et aujourd’hui, au Rojava, cette distinction n’est pas théorique. C’est la différence entre la survie et l’anéantissement.

Par Mahsun Oti, doctorante en anthropologie à l’université Rutgers aux États-Unis

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi à lire sous le titre de « Limits of Solidarity: Rojava, Kurds, and Kurdistan »

 

Pourquoi le sort du Rojava pourrait-il façonner l’avenir du Kurdistan ?

0

SYRIE / ROJAVA – Le Rojava, ou Kurdistan occidental, a captivé l’attention du monde entier pour des raisons qui dépassent largement le cadre des champs de bataille. Pour certains, il s’agit du territoire kurde qui a résisté à Daech, un front dans la lutte contre l’extrémisme. Pour d’autres, c’est une expérience de gouvernance radicale : un système décentralisé, fondé sur des conseils et ancré dans la démocratie directe, l’émancipation des femmes et la conscience écologique. Pourtant, pour les Kurdes, la signification du Rojava transcende toute idéologie ou réussite militaire.

De nombreux Kurdes estiment que leur survie politique est indissociable du sort du Kurdistan tout entier. Situé au nord-est de la Syrie, à la frontière du Bakur (sud-est de la Turquie) et du Başûr (nord de l’Irak), le Rojava abrite environ 6% de la population kurde mondiale, soit environ 2,5 millions de personnes. Les combattants kurdes ont sacrifié plus de 12 000 vies dans la lutte contre Daech.

La vulnérabilité du Rojava – qui demeure dépourvu de reconnaissance juridique internationale – est apparue au grand jour après le sommet trilatéral du 6 janvier à Paris, auquel ont participé les États-Unis, Israël et le gouvernement de transition syrien. Cette réunion a abouti à la création d’une « cellule de fusion » supervisée par les États-Unis, chargée du renseignement et de la désescalade militaire, et a également semblé approuver tacitement une offensive limitée des forces du Hayat Tahrir al-Shaara contre les positions kurdes.

Les forces kurdes furent contraintes de se retirer des quartiers kurdes d’Alep, provoquant le déplacement d’environ 134 000 personnes, dont beaucoup étaient déplacées de force pour la troisième fois après celles d’Afrin et de Manbij. L’offensive s’étendit au-delà d’Alep, ciblant les FDS et assiégeant Kobanê, tandis que des combattants tribaux arabes désertaient les rangs des FDS pour rejoindre les attaques de l’armée arabe syrienne.  

Face à cette pression multiforme – soutenue par la Turquie, les États-Unis, l’Arabie saoudite et le Qatar – les Kurdes ont décrété une « mobilisation publique ». Fawza Yusuf, membre du conseil exécutif du Parti de l’union démocratique (PYD) du Rojava, a déclaré à The Amargi qu’ils refusaient toute forme de reddition ou d’abandon de leurs droits, qui leur avaient été refusés sous le précédent régime syrien.  

Le Rojava, la plus petite partie du Kurdistan, était devenu le point névralgique de la résistance kurde.

La réaction des Kurdes des quatre régions du Kurdistan et de la diaspora fut immédiate et unie. Des volontaires de Bakur et de Başûr entrèrent au Rojava, prêts à défendre les acquis politiques et territoriaux de la région. Même des rivaux politiques kurdes, comme le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, exprimèrent leur soutien. Le Rojava, la plus petite partie du Kurdistan, était devenu le foyer de la résistance kurde.

Depuis 2012, le modèle de gouvernance du Rojava, fondé sur des conseils, la participation et l’émancipation des femmes, a suscité un intérêt international et alimenté des débats universitaires et militants sur les systèmes politiques alternatifs. Au-delà de son impact idéologique, le Rojava a des conséquences politiques concrètes pour l’ensemble du Kurdistan.

Si le Rojava obtient son autonomie, cela prouvera que l’existence politique kurde est possible dans au moins deux régions du Kurdistan. Mais une telle reconnaissance suppose une certaine tolérance de la part de la Turquie, qui s’oppose depuis longtemps à l’autonomie kurde en Syrie. En 2012, le Premier ministre turc de l’époque, Recep Tayyip Erdoğan, avait averti les dirigeants kurdes irakiens que la Turquie n’autoriserait jamais une structure autonome similaire en Syrie. Deuxième puissance militaire de l’OTAN, la Turquie exerce une influence considérable sur les options politiques kurdes, utilisant une combinaison d’alliances, de leviers économiques et d’interventions militaires pour façonner l’avenir de la région. Compte tenu du rôle géopolitique croissant de la Turquie et du statut d’apatride des Kurdes, ces derniers demeurent un enjeu dans les jeux politiques plutôt qu’un véritable partenaire politique sur la scène internationale.

Le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) en Irak a subi des pressions similaires, notamment après le référendum d’indépendance de 2017. Suite à la perte de Kirkouk et aux différends relatifs aux revenus pétroliers, Bagdad a eu recours à des mécanismes juridiques, économiques et politiques pour restreindre l’autonomie du Kurdistan. La Turquie, de son côté, a mené une politique à deux vitesses : opérations antiterroristes, maintien de bases militaires au Kurdistan et, simultanément, développement d’une dépendance économique par le biais du commerce et de la coopération énergétique. Ces leviers ont contraint le GRK à s’aligner sur les intérêts d’Ankara, dans une mesure qui s’apparente à une tendance néocoloniale, soulignant les contraintes géopolitiques plus larges pesant sur l’autonomie kurde. Un Rojava politiquement autonome pourrait atténuer ces pressions et ouvrir la voie à une normalisation des relations entre la Turquie et les acteurs kurdes en Irak.

Le Rojhelat, ou Kurdistan oriental iranien, complexifie encore la situation. La Turquie et l’Iran partagent plus de 500 kilomètres de frontière, traversant en grande partie des régions à majorité kurde. Ankara soutient également les Azéris turcs en Iran, ce qui complique davantage les revendications territoriales et politiques kurdes. La reconnaissance politique du Rojava pourrait ouvrir des voies diplomatiques et renforcer les efforts kurdes pour l’autonomie du Rojhelat en établissant un précédent de tolérance de la part de la Turquie.

En définitive, l’avenir du Rojava repose à la fois sur l’unité intra-kurde et sur un levier stratégique auprès des puissances mondiales.

Les enjeux sont tout aussi importants pour Bakur, la région du Kurdistan située dans le sud-est de la Turquie. La campagne menée par la Turquie pour éliminer les groupes liés au PKK et s’opposer à toute forme d’autonomie kurde en Syrie affecte directement les perspectives des Kurdes dans le sud-est de la Turquie. Toute amélioration des relations entre Ankara et le Rojava pourrait modifier la politique turque à l’égard de Bakur ; à l’inverse, une nouvelle escalade au Rojava risque d’intensifier le conflit transfrontalier.

La question demeure : comment la Turquie fera-t-elle preuve de tolérance envers l’autonomie politique des Kurdes du Rojava ? En définitive, l’avenir du Rojava repose à la fois sur l’unité kurde et sur une influence stratégique auprès des puissances mondiales. L’autonomie politique des Kurdes suppose avant tout une unité interne, notamment entre les partis politiques kurdes. Cette unité peut exercer une pression sur les puissances occidentales, en particulier sur l’administration Trump, par le biais du Congrès et du Sénat américains.

Le retrait américain du nord-est de la Syrie en 2019 a illustré comment la solidarité kurde peut influencer les acteurs internationaux. Suite à la décision de Trump de retirer les troupes américaines du nord-est de la Syrie en octobre 2019, la Turquie a lancé une nouvelle offensive contre les zones à majorité kurde, occupant Serê Kaniyê (Ras al-Ayn) et Girê Spî (Tell Abyad). En réponse, la Chambre des représentants américaine a adopté à une large majorité (354 voix contre 60) une résolution bipartite condamnant le retrait des troupes ordonné par Trump. Cette résolution s’opposait explicitement à la fin des efforts américains visant à empêcher les opérations militaires turques dans le nord-est de la Syrie et appelait à la retenue, contraignant ainsi Trump à reconsidérer sa position. Par la suite, Trump et son administration ont menacé la Turquie de sanctions et de mesures économiques si elle poursuivait son offensive, exerçant ainsi une pression directe sur Ankara pour qu’elle mette un terme à ses opérations contre les zones kurdes.

Bien que le Kurdistan soit divisé en quatre parties, le destin politique de chacune est profondément lié : en assurant une certaine autonomie au Rojava, les Kurdes ouvrent, de fait, la voie à un avenir politique plus solide pour les autres régions du Kurdistan.

Par Rojin Mukriyan*

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de «  Why the Fate of Rojava Could Shape the Future of Kurdistan? »

*Rojin Mukriyan est docteure du Département de science politique et de gouvernement de l’University College Cork, en Irlande. Ses principaux domaines de recherche sont la théorie politique, les études féministes et décoloniales, ainsi que la politique du Moyen-Orient, en particulier la politique kurde. Elle a publié des articles dans The Journal of International Political Theory, Philosophy and Social Criticism et Theoria. Ses recherches ont jusqu’à présent porté sur la liberté kurde, l’État kurde et l’amitié politique kurde. Elle a publié de nombreux commentaires et rapports de groupes de réflexion sur les récents développements politiques au Kurdistan oriental (Rojhelat) et dans le nord-ouest de l’Iran. Elle intervient régulièrement sur diverses chaînes d’information en kurde et en persan.

TURQUIE. Les Kurdes priés de capituler face à l’État turc

0

TURQUIE / KURDISTAN – Le texte de Mehmet Uçum, conseiller principal du président turc, intitulé « Une Turquie sans terrorisme », et les récentes déclarations de Devlet Bahçeli, dirigeant du MHP (Parti d’action nationaliste), ne témoignent pas d’une nouvelle ouverture démocratique sur la question kurde ; ils s’inscrivent plutôt dans une stratégie globale de manipulation, de tromperie et de répression des revendications nationales [kurdes]. Cette stratégie se déploie non seulement sur le plan rhétorique, mais aussi par des violences sur le terrain, des techniques de guerre spéciales et la mainmise sur la sphère politique.

Dans ce contexte, les Kurdes sont simultanément confrontés à une rhétorique de « fraternité », d’« unité », d’« intégration » et de « garantie », tout en subissant violence, coercition et politiques d’élimination, notamment dans le nord et le nord-est de la Syrie. Cette double approche est une méthode classique de gouvernance : d’abord, disperser par la force, puis présenter la capitulation comme une paix.

Le discours de Mehmet Uçum : un projet d’intégration coloniale

Le texte de Mehmet Uçum ne propose aucune approche reconnaissant les Kurdes comme sujets politiques. Au contraire, il lie inconditionnellement leur avenir au paradigme « une nation, un État » présenté par l’État turc comme une « réalité objective ». La volonté politique indépendante des Kurdes, leurs revendications collectives et leur droit à l’autodétermination sont d’emblée niés. L’affirmation « La Turquie est la garante des Kurdes » reflète une conception en apparence protectrice, mais fondamentalement paternaliste et coloniale. Dans cette perspective, les Kurdes ne sont pas considérés comme un peuple suffisamment mature pour décider de son propre avenir ; ils sont plutôt perçus comme un élément à gouverner, à diriger et à discipliner. La « libération » des Kurdes est conditionnée par leur obéissance aux frontières tracées par l’État [turc ou les puissance hégémoniques du XXe siècle ?].

 

 

Le rôle de « bon flic » de Bahçeli et l’imposition de la capitulation

Les récentes déclarations de l’État Bahçeli [qui affirmait que la question kurde était résolue et qu’il fallait libérer Ocalan et Demirtas etc.] illustrent parfaitement cette stratégie. Jusqu’à il y a quelques semaines, Bahçeli prônait ouvertement la reddition, la liquidation et la suppression du statut du Rojava. De fait, après le 6 janvier 2026, les zones sous contrôle kurde du nord et du nord-est de la Syrie ont été la cible d’une violence extrême et d’un usage intensif de la force armée ; des milliers de Kurdes ont été tués, des centaines de milliers déplacés, et les acquis politiques et sociaux des Kurdes ont été anéantis. L’apparition de Bahçeli sur la scène politique, avec une rhétorique d’« espoir », de « paix » et de « retour au pays », précisément après la fin de ce processus de liquidation, est un exemple flagrant de la tactique du bon et du mauvais flic. Ces déclarations ne sont pas un appel à la paix ; elles normalisent la reddition et exigent l’oubli. Ces appels, lancés comme si ce qui s’est passé au Rojava n’avait jamais eu lieu, constituent une opération de manipulation de l’opinion publique visant à tromper les Kurdes.

La voie d’Öcalan après février 2025 et l’harmonie avec l’État

L’accent mis par Abdullah Öcalan sur « l’intégration », la « société démocratique » et la « solution non violente », qui a pris de l’importance à partir de février 2025, a été réinterprété et instrumentalisé par l’État. Le discours d’Öcalan est devenu un point de référence légitime pour discipliner et limiter la sphère politique kurde. Le problème n’est plus la recherche d’une solution, mais l’imposition d’une solution dans le cadre unilatéral défini par l’État. Le droit des Kurdes de contester ce cadre, de développer des voies politiques alternatives ou de poursuivre leurs revendications nationales est réprimé sous prétexte de « perturbation du processus ».

La ligne de collaboration au sein du DEM : l’empoisonnement de la sphère politique

Au sein même du parti DEM, certaines figures jouent un rôle crucial dans cette stratégie. Elles défendent une ligne qui présente le respect des frontières définies par l’État comme du « réalisme » et la soumission comme une « politique responsable ». Cette position affaiblit la conscience nationale kurde, érode leurs réflexes de résistance et corrompt la sphère politique kurde de l’intérieur. Au lieu de représenter la volonté du peuple kurde, cette approche privilégie la transmission des attentes de l’État à la société kurde. Ainsi, les Kurdes sont soumis à un mécanisme de médiation issu de leurs propres rangs.

 

 

Conséquences de la violence : éveil et renforcement de la conscience nationale

Cependant, la réalité sur le terrain a déjoué les calculs de l’État. Les attaques contre le nord et le nord-est de la Syrie n’ont pas intimidé les Kurdes ; au contraire, elles ont galvanisé les Kurdes du monde entier, renforcé leur conscience nationale et révélé plus clairement qui sont amis et qui sont ennemis. Ce processus a démontré à l’opinion publique que les Kurdes sont ciblés non seulement militairement, mais aussi politiquement, socialement et intellectuellement. Par conséquent, les dernières tentatives de les soumettre doivent être analysées avec soin et clarté par les Kurdes. Le problème n’est ni la paix ni une solution ; il s’agit d’une tentative de les dépouiller de leur identité et de les subjuguer. L’autoritarisme structurel et la stagnation démocratique de l’État turc. Pour comprendre ce processus, il est nécessaire d’examiner la situation structurelle de l’État turc. En Turquie, tous les sous-systèmes sont concentrés dans la sphère d’influence du président ; le législatif, le judiciaire et la bureaucratie sont largement sous le contrôle de l’exécutif. Cette structure n’est pas démocratique ; il s’agit d’un appareil d’État de plus en plus autoritaire. Il est irréaliste d’attendre d’une telle structure une solution égalitaire, libertarienne et juste pour les Kurdes.

Une issue pour les Kurdes : volonté nationale et stratégie de la diaspora

Dans ces conditions, l’avenir des Kurdes ne repose pas sur les frontières tracées par d’autres, mais sur leur volonté de forger leur propre destin. La voie à suivre se concrétise autour de quelques points clés :

• Renforcer l’unité nationale kurde et surmonter la fragmentation de la structure politique ;

• Mettre en place des structures solides, professionnelles et institutionnelles au sein de la diaspora ;

• Créer des groupes de réflexion, des écoles de diplomatie et des centres d’élaboration des politiques ;

• Développer des alliances stratégiques avec des communautés organisées, telles que la diaspora juive, afin de mener une lutte commune contre les politiques antisémites et antikurdes ;

• Renforcer l’indépendance politique par la création de coentreprises économiques et la mise en commun des ressources ;

• S’engager dans une lutte politique efficace, non seulement avec les cercles marginaux de gauche au sein de la diaspora, mais aussi au sein des partis de centre-droit et libéraux.

Les écrits de Mehmet Uçum, les déclarations de Devlet Bahçeli et la ligne collaborationniste du DEM visent non pas à assurer l’avenir des Kurdes, mais à les dépouiller de leur identité, à les contraindre à abandonner leurs revendications nationales et à les soumettre à un contrôle total.

À l’inverse, une nouvelle conscience, un nouvel éveil et une nouvelle responsabilité historique attendent les Kurdes. L’avenir d’un peuple ne peut se construire que par sa propre volonté et sa force organisée. Aujourd’hui, la tâche fondamentale qui incombe aux Kurdes est de dénoncer la tromperie, de rejeter les discours de capitulation et de tracer une nouvelle voie fondée sur la dignité nationale, l’égalité et la liberté. (article publié sous le titre de « Amed Mardin : L’avenir des Kurdes face à la désidentification, à la domestication et à l’imposition de la soumission » par le site Nupel TV)

SYRIE. Les Kurdes victimes de la machine à propagande de Damas

0
SYRIE / ROJAVA – En général : bien que les Kurdes soient les seuls à avoir accès à l’information sur le terrain dans les zones kurdes de Syrie, tout ce que nous disons est qualifié de « propagande kurde ».
 
Les médias affiliés au gouvernement syrien élaborent ensuite leur propre récit, qui contredit les informations recueillies sur le terrain, mais sert à discréditer les voix et les témoignages kurdes.
 
Ces informations sont ensuite confirmées, souvent par le gouvernement syrien lui-même ; pourtant, les médias syriens ne corrigent pas leurs affirmations. Ils passent tout simplement à autre chose et inventent un nouveau récit pour discréditer les Kurdes.
 
Hier, le gouvernement syrien a affirmé que les médias syriens n’étaient pas autorisés à entrer à Hassaké [lors de l’arrivée des forces gouvernementales syriennes], avant de faire des déclarations visant à attiser les tensions entre Arabes et Kurdes. Peu après, le ministère syrien de l’Intérieur a confirmé qu’il n’avait effectivement pas autorisé les médias syriens à entrer à Hassaké. Malgré cela, la sphère médiatique syrienne ne s’est pas corrigée.
 
Il existe des dizaines d’exemples – CPT-IK a récemment confirmé les informations concernant 3 Kurdes (2 adolescents) qui ont été tués par les forces gouvernementales syriennes à Raqqa – l’un des 3 Kurdes a été décapité.
Les médias syriens ont d’abord nié ces affirmations, prétendant qu’il s’agissait de simple propagande. Ces informations étant désormais confirmées, ils n’ont publié aucune correction ni même fait mention du rapport.
 
Par exemple :
Images d’une maison kurde à Raqqa pillée par le gouvernement syrien. Portes, fenêtres, câbles et tous les meubles ont été volés. Ce crime a été commis par les forces du gouvernement syrien – un gouvernement qui prétend protéger et garantir les droits du peuple kurde ; or, nous constatons que ce sont ses propres forces qui commettent des crimes contre le peuple kurde.
Tout cela ressort clairement des témoignages locaux. (Scharoo Maroof) 

SYRIE. Pillage des maisons des Kurdes à Raqqa

0

SYRIE / ROJAVA – À Raqqa et dans ses environs, les maisons des Kurdes ont été pillées et vandalisées dans le sillage des attaques des gangs de Damas. Les maisons et les biens (nourriture, meubles, électroménager, portes et fenêtres, véhicules…) des Kurdes de Raqqa et de ses environs ont été volés et vandalisés alors que les Kurdes ont fui les massacres ethniques.

Les maisons des Kurdes à Raqqa et dans ses environs ont été la cible de pillages et d’actes de vandalisme généralisés suite aux attaques lancées par les factions du gouvernement intérimaire syrien contre le Rojava et le nord et l’est de la Syrie.

Des vidéos ont documenté les pillages massifs de biens ménagers, notamment de meubles, d’effets personnels et de véhicules que les résidents n’ont pas pu emporter lors de leur déplacement. (ANHA) 

TURQUIE. Persécution des journalistes ayant couvert les manifestations pour le Rojava

0

TURQUIE / KURDISTAN – Les violences contre les professionnels des médias ont fortement augmenté en janvier, notamment en lien avec les manifestations kurdes pro-Rojava. Selon l’association de journalistes DFG, 14 journalistes ont été arrêtés, d’autres blessés et des centaines d’articles de presse censurés.

L’association des journalistes kurdes Dicle-Firat (DFG) a constaté une forte augmentation des atteintes à la liberté de la presse au Kurdistan du Nord et en Turquie dans son dernier rapport mensuel de janvier. Ce rapport fait état de 14 arrestations, une détention, plusieurs agressions physiques et une censure numérique généralisée.

Les critiques portent sur des attaques ciblées contre des professionnels des médias en lien avec leurs reportages sur les manifestations contre les attaques perpétrées dans l’Administration démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (DAANES). La Société germano-syrienne (DFG) établit un lien direct entre l’escalade du conflit au Rojava et l’intensification de la répression en Syrie. « Les professionnels des médias qui ont couvert les manifestations ont été spécifiquement visés », indique le rapport.

Le cas de Nedim Oruç, reporter pour l’agence kurde Ajansa Welat, est cité en exemple. Il a été arrêté le 14 janvier alors qu’il travaillait à Cizîr, dans la province de Şirnex (Şırnak), et placé en détention quelques jours plus tard. Des journalistes des agences de presse Mezopotamya (MA) et Jin News ont été empêchés à plusieurs reprises de travailler à cause de la violence policière.

Agressions lors des opérations à Nisêbîn, Pirsûs et Wan

À Nusaybin, ville frontalière, la Fondation germano-russe pour la recherche (DFG) a notamment signalé des agressions massives : les correspondants Kesira Önel, Ferhat Akıncı, Pelşin Çetinkaya, Heval Önkol et d’autres auraient été battus alors qu’ils couvraient des manifestations ; leurs caméras ont été endommagées et leur matériel confisqué. La DFG a également documenté de graves incidents à Suruç et Van. Le journaliste d’ANKA, Ahmet Ün, a été blessé par une grenade lacrymogène, tout comme le journaliste Metin Yoksu, touché à la tête par une grenade lacrymogène. Bekir Şeyhanlı a été renversé par un véhicule blindé de la police et Kadir Cesur a été touché par des balles en caoutchouc.

Censure numérique : 458 contenus bloqués

Outre les violences physiques, la Fondation allemande pour la recherche (DFG) constate également une recrudescence de la censure numérique. Selon la DFG, au moins 458 contenus numériques ont été bloqués en janvier, dont 39 comptes de réseaux sociaux ayant relayé des informations sur les attaques contre le Rojava. Vingt-trois de ces comptes appartiennent à des journalistes, les autres à des agences de presse, des journaux et des chaînes de télévision. D’après la plateforme de journalisme de données indépendant, les comptes concernés cumulent plus de 640 000 abonnés et ont généré environ 232 millions de vues. Par ailleurs, les sites web de MA et de Jin News ont de nouveau été bloqués ; chacune de ces deux agences a subi trois blocages en janvier. Trois autres sites d’information ont été totalement fermés. Des mesures de blocage judiciaires ont été prononcées à l’encontre de 23 articles.

Pression du système judiciaire et nombre de prisonniers

Selon la Fondation allemande pour la recherche (DFG), au moins 26 journalistes sont actuellement emprisonnés en Turquie. En janvier, au moins une nouvelle enquête, une nouvelle mise en examen et trois condamnations, assorties d’une peine totale de trois ans et neuf mois, ont été prononcées à l’encontre de journalistes. À l’heure actuelle, 61 professionnels des médias sont poursuivis dans 29 affaires en cours.

DFG : « Le journalisme est systématiquement criminalisé »

La Fondation allemande pour la recherche (DFG) critique la Turquie pour la répression systématique des reportages critiques, qui restreint considérablement le droit du public à l’information. Cette répression s’étend des violences physiques et des poursuites pénales à la suppression algorithmique de contenus journalistiques. « La censure est devenue la norme. Il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre les journalistes, mais contre toute forme de débat public démocratique. Le journalisme n’est pas un crime. Nous continuerons à défendre la vérité. » (ANF)

Le Rojava restera un symbole de la résistance historique kurde

0

SYRIE / ROJAVA – La révolution du Rojava est devenue un exemple visible et significatif de la résistance kurde grâce à ses réalisations et à son organisation populaire.

L’expérience du Rojava est apparue comme l’aboutissement de la longue lutte du peuple kurde. Ce processus a propulsé les Kurdes sur la scène du nouveau siècle, leur permettant d’affirmer leur présence dans tous les domaines de la vie, de donner sens à leur identité et d’offrir à la région une nouvelle conception de la révolution sociale. Parallèlement, il est devenu le symbole de la marche historique d’un leadership qui a mobilisé les femmes à travers le Moyen-Orient pour la lutte, l’organisation et la conquête d’une vie libre.

Cette marche historique, marquée par les conflits, la résistance et la lutte pour la survie, a engendré un processus qui a bouleversé les équilibres au Rojava et dans tout le Moyen-Orient. La résistance kurde, qui dure depuis plus d’un demi-siècle, demeure aujourd’hui une force déterminante pour le tissu social et politique de la région.

Des marches de grande ampleur sont organisées le 1er février dans de nombreuses villes du Rojava à l’occasion de la « Journée mondiale du Rojava, 1er février ». À Qamishlo notamment, des milliers de personnes devraient descendre dans la rue pour faire entendre des messages forts concernant les récentes attaques contre le Rojava, ainsi que les accords et ententes conclus à la suite de ces attaques.

Suite aux attaques qui ont débuté à Alep le 6 janvier, des millions de Kurdes, à travers les quatre régions du Kurdistan et dans de nombreux pays du monde, se sont rassemblés sur les places publiques, déclarant : « Nous sommes solidaires de la résistance du Rojava. » Les rues sont envahies par les foules qui manifestent leur solidarité et saluer la résistance du Rojava.

Cette période historique a une fois de plus mis en lumière la tradition de résistance kurde. Cette mobilisation collective, forte et rarement observée, a valu au 1er février d’être inscrit dans l’histoire comme la « Journée mondiale du Rojava ».

Accord FDS-Damas

De nombreuses questions restent en suspens, allant des droits constitutionnels des Kurdes aux programmes scolaires. La structure politique et administrative du Rojava devrait être clarifiée prochainement dans un cadre défini, à l’issue des pourparlers diplomatiques à venir.

Le statut des institutions affiliées à l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie, la protection des régions kurdes et l’étendue des pouvoirs des comités à créer en vertu d’un accord à conclure avec Damas figurent parmi les questions qui devraient se concrétiser par des mesures pratiques dans un avenir proche.

Les modalités militaires et administratives, telles que les pouvoirs du gouverneur de Hasakah (Hesekê) et le nombre de divisions et de brigades qu’il est prévu de créer, sont également encore en cours de négociation entre les parties.

Un nouveau départ

Bien que la question du Moyen-Orient et de la Syrie ait déjà été abordée, notamment lors des négociations de Paris, comme un projet de génocide, les Kurdes ont refusé d’être réduits à un rôle passif dans les manœuvres internationales et ont, au contraire, infléchi le cours de la guerre. Cette position a non seulement modifié l’équilibre des forces dans la région, mais a également constitué un accomplissement historique, fondé sur l’unité nationale et la résistance.

Au Kurdistan du Nord (Bakur) et dans de nombreuses régions du monde, le peuple kurde et ses alliés se sont mobilisés pour défendre la révolution du Rojava. Cette prise de position collective sans précédent a véhiculé un message fort d’unité nationale parmi les Kurdes. La révolution du Rojava, qui a concrétisé un rêve séculaire partagé par les Kurdes de sept à soixante-dix ans, prend aujourd’hui davantage de sens et de visibilité grâce à ses réalisations.

La lutte des femmes a pris une dimension universelle

Depuis 2011, les femmes kurdes sont en première ligne de la guerre, préservant et perpétuant leur culture, leur art et leur identité sociale et politique. Elles ont également été la force motrice de la révolution au Rojava jusqu’à son état actuel. Les Unités de protection des femmes (YPJ) sont entrées dans l’histoire comme l’incarnation la plus visible et concrète de ce combat.

Ce sont les femmes qui ont affirmé leur volonté de résistance dans tous les domaines de la vie et qui ont tissé la révolution du Rojava, point par point, par leur action politique, diplomatique et sociale. La lutte de longue haleine menée par les femmes kurdes du Rojava restera gravée dans l’histoire comme un puissant témoignage.

En combattant et en résistant, les membres des YPJ ont défendu les acquis du peuple kurde et la cause de la liberté des femmes. Leur détermination est devenue un élément fondamental de l’esprit de la révolution du Rojava.

Quel que soit l’accord conclu avec Damas, ce qui a défini la révolution du Rojava et lui a donné sa couleur et son sens, c’est la résistance des femmes et des combattants kurdes qui luttent sur ces terres depuis des années.

L’expérience du Rojava s’est avérée influente dans toute la région.

Ces quinze dernières années ont été une période extrêmement instructive et transformatrice, non seulement pour les peuples de la région, mais aussi pour les Kurdes.

À partir de 2014, le Rojava a connu un paysage marqué par un conflit armé, une instabilité politique chronique et des équilibres en constante évolution. Des milliers de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers, tandis que la Syrie elle-même s’est transformée en un pays qui a bouleversé les dynamiques régionales, aggravé les crises internationales et connu des changements de régime successifs.

Au milieu de ces processus complexes au Rojava, les Kurdes ont préservé leur volonté d’autodétermination, tant à la table des négociations diplomatiques que sur les champs de bataille. Face aux changements de régime, aux pressions internationales et aux menaces militaires, ils ont poursuivi leur chemin sans reculer et sans renoncer à leur propre expérience et à leur résistance.

Cette longue et ardue période a permis aux Kurdes de s’affirmer non seulement comme une communauté régionale, mais aussi comme un acteur politique et militaire efficace. Malgré tous les risques, l’expérience du Rojava est devenue un exemple significatif démontrant qu’une personne peut survivre grâce à son organisation et à sa résistance.

Enes Yildiz pour ANF

ROJAVA. Le blocus imposé à Kobanê aggrave la crise humanitaire

0

SYRIE / ROJAVA – Depuis 15 jours, la ville kurde de Kobanê subit un siège suffocant imposé par Damas, laissant environ 600 000 habitants confrontés à de graves pénuries de médicaments et de produits de première nécessité. La crise humanitaire continue de s’aggraver en raison des coupures d’électricité, de l’épuisement des réserves de carburant et du manque de denrées alimentaires.

Depuis le 20 janvier, Kobani est soumise à un blocus strict imposé par des factions liées au gouvernement intérimaire syrien, ce qui entraîne une détérioration constante de la situation humanitaire. Depuis quinze jours consécutifs, les habitants souffrent de graves pénuries de produits de première nécessité, ainsi que d’une dégradation de leurs conditions de vie et de santé.

La ville connaît une pénurie quasi totale de médicaments, notamment ceux nécessaires au traitement des maladies chroniques comme l’hypertension et le diabète. Les patients atteints de cancer sont privés de la continuité de leurs soins, contraints de se faire soigner hors de la ville.

La pénurie de lait infantile a encore aggravé la crise humanitaire, tandis que les marchés restent largement vides de légumes et de produits alimentaires de base. Les coupures de courant ont paralysé des services essentiels dans les hôpitaux, et l’épuisement des réserves de carburant a accentué les difficultés quotidiennes des quelque 600 000 habitants de la ville.

Malgré ces conditions difficiles, les habitants de Kobani continuent de faire preuve de résilience et de résistance.

Le siège devait être levé en vertu de l’accord conclu le 30 janvier entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement intérimaire syrien, sa mise en œuvre étant prévue pour le 2 février. Cependant, le blocus reste en place à ce jour, malgré les réunions tenues entre les Forces de sécurité intérieure à Kobani et les forces de sécurité affiliées au gouvernement intérimaire syrien visant à mettre en œuvre les termes de l’accord.

Par ailleurs, depuis trois jours, l’État turc empêche l’entrée à Kobani de l’aide collectée par les habitants du Kurdistan du Nord, aggravant ainsi la crise humanitaire et accentuant les souffrances de la population assiégée. (ANHA)