Début 2026, au milieu des attaques de Damas ciblant l’autonomie des Kurdes du Rojava, la coalition internationale dirigée par les États Unis a transféré des milliers de membres de l’État islamique, dont des Turcs, de Syrie vers l’Irak, avec perspective de rapatriement en Turquie. Ces mouvements obligent les deux pays à affronter leurs failles judiciaires : procès expéditifs, accusations vagues, risques de torture et impunité persistante pour les crimes de l’EI, notamment le génocide yézidi. La Turquie et l’Irak pourront-ils enfin rendre justice ou perpétuer l’impunité ? Dans l’article suivant, la journaliste Rengin Azizoğlu soulève de nombreuses questions relatives au suite judiciaire que la Turquie et l’Irak pourront réserver aux membres de l’État islamique (EI ou DAECH / ISIS).
Le récent transfert de militants de l’EI des prisons du nord de la Syrie vers l’Irak, ainsi que les discussions sur d’éventuels rapatriements en Turquie, ont relancé des questions essentielles sur la manière et le moment où ces individus seront de nouveau traduits en justice.
D’après un reportage de la journaliste Hale Gönültaş, basé sur des observations de terrain et des sources diplomatiques, le transfert d’un nombre important de combattants de l’EI, dont des citoyens turcs, est achevé. Les opérations d’identification et d’interrogatoire seraient en cours en Irak, après quoi un rapatriement pourrait être envisagé pour ceux dont la citoyenneté est confirmée.
Les accords d’extradition existants entre la Turquie et l’Irak pourraient être invoqués, mais tout retour serait soumis à une série de vérifications et de procédures judiciaires, et non immédiat. Bien qu’Ankara, Bagdad et Washington soient parvenus à un accord de principe, les détails restent flous et des informations contradictoires laissent penser que le processus est toujours en cours de négociation.
Obligations de l’État en matière de rapatriement
En droit international, il n’existe aucune obligation explicite de rapatrier les citoyens détenus dans des zones de conflit. L’expert en droit international Güley Bor a toutefois souligné que les cadres relatifs aux droits de l’homme peuvent, dans certaines circonstances, exiger le rapatriement afin de garantir le droit à la vie ou l’interdiction de la torture.
Cet argument est particulièrement pertinent lorsque des enfants sont concernés. Si le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies a exhorté à la restitution des mineurs détenus dans les camps syriens, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a statué que les États n’ont pas d’obligation générale de rapatrier leurs citoyens.
Ces positions contradictoires, a souligné Bor, illustrent la dimension politique des questions juridiques. « Puisque ces questions litigieuses en droit international sont également influencées par la pratique des États, les décisions politiques – comme l’annonce de l’Australie de ne pas rapatrier ses citoyens transférés en Irak – auront une incidence déterminante sur la reconnaissance finale d’une telle obligation », a-t-elle déclaré.
L’option de poursuites en Irak
Poursuivre les militants de l’EI en Irak est juridiquement possible, mais extrêmement problématique. Bor souligne que le système judiciaire irakien soulève de graves préoccupations quant au droit à un procès équitable, notamment en raison d’allégations de torture, de condamnations expéditives et de recours à la peine de mort.
Bor a souligné que le génocide et les crimes contre l’humanité ne sont pas définis dans le code pénal irakien. « De ce fait, les poursuites sont engagées sous de vagues accusations de terrorisme », a-t-elle déclaré. « Le génocide yézidi, par exemple, ne serait pas reconnu. Il en résulte un système judiciaire qui ne répond pas aux exigences de la justice. »
Les listes d’identification fournies par l’Irak pourraient, en théorie, permettre à la Turquie d’engager des poursuites, mais en pratique, des blocages judiciaires persistent. Comme l’a souligné l’avocat Senem Doğanoğlu, une fois ces éléments officiellement transmis, « le système judiciaire ne pourrait plus légitimement prétendre ne pas pouvoir poursuivre ; la procédure dépendra de la capacité des autorités politiques et judiciaires à transformer ces informations en une véritable enquête criminelle. »
Doğanoğlu a évoqué des cas antérieurs où les autorités turques avaient affirmé qu’« aucun document de ce type n’avait été trouvé », malgré la présence de preuves dans les bases de données des tribunaux irakiens. « Il s’agit d’un blocage judiciaire, et cela laisse déjà présager ce qui pourrait se produire à l’avenir », a averti l’avocat.
Les limites des poursuites fondées uniquement sur l’« appartenance à une organisation terroriste »
L’une des principales préoccupations est que le renvoi des suspects d’appartenance à l’EI en Turquie risque de ne pas aboutir à une véritable responsabilisation. Dans les affaires précédentes, les poursuites se sont souvent limitées à l’accusation d’« appartenance à une organisation terroriste », une pratique systématique que les critiques qualifient d’approche de poursuite généralisée.
« La réduction des dossiers à la seule accusation d’« appartenance à une organisation terroriste armée » est devenue une pratique judiciaire prévisible », a déclaré Doğanoğlu. « Les tribunaux ne définissent ni l’EI comme une organisation commettant des crimes contre l’humanité, ni n’évaluent les massacres dans ce cadre. »
En réduisant les affaires d’atrocités complexes à une simple appartenance à une organisation plutôt qu’en poursuivant des accusations telles que crimes contre l’humanité ou génocide, le processus judiciaire risque de minimiser l’ampleur et la gravité des infractions présumées. Doğanoğlu souligne que lorsque les actes d’accusation sont formulés de manière restrictive, les détails des atrocités risquent d’être effacés des archives, ce qui réduit la responsabilité des auteurs.
Pour Doğanoğlu, le problème dépasse toutefois la simple requalification des crimes en infractions graves et relève d’une tolérance institutionnelle. « Cette tolérance systématique envers Daech se reproduit à chaque étape du processus judiciaire, de la collecte des preuves à leur évaluation », a-t-elle déclaré.
Doğanoğlu souligne un autre risque lié à la prescription. Si les crimes contre l’humanité ne sont pas soumis à un délai de prescription, les poursuites fondées sur des accusations d’appartenance à une entité juridique peuvent finir par expirer, ce qui a pour effet de « les enterrer sous le voile du silence juridique ».
Complexité des cas concernant les femmes et les enfants
Les femmes et les enfants constituent un aspect particulièrement complexe et peu étudié du processus de rapatriement. Doğanoğlu a constaté que la pratique judiciaire en Turquie tend de plus en plus à considérer les femmes comme des « victimes passives », même lorsque des preuves attestent de leur implication dans les activités de l’État islamique.
« Les récits choisis par les femmes ont révélé qu’elles étaient des auteures de ces actes. Le fait d’avoir reçu une formation à l’utilisation d’armes et de gilets explosifs, et d’avoir visionné des vidéos de massacres à des fins de propagande, témoigne d’une complicité dans ces crimes », a-t-elle déclaré.
Les enfants, en revanche, sont avant tout considérés comme des victimes. Bor souligne que les enfants élevés dans des camps sous l’influence d’adultes affiliés à l’EI ne doivent pas être traités comme des délinquants, mais comme des victimes de radicalisation. Elle insiste sur le fait que le soutien psychosocial est essentiel à leur réhabilitation et que les politiques doivent être guidées par l’intérêt supérieur de l’enfant.
La journaliste Gönültaş a partagé des exemples concrets tirés d’observations de terrain, soulignant comment de jeunes enfants radicalisés et armés, suivant un programme de réhabilitation, rencontrent des difficultés à s’adapter pleinement à la vie civile :
« En 2018, plusieurs enfants ont été amenés en Turquie avec le consentement de leurs mères. Ils avaient environ cinq à six ans. Parmi eux, certains avaient reçu un entraînement djihadiste, savaient manier les armes et avaient appris à tuer. Leur turc était rudimentaire et ils préféraient parler arabe. Ils ont suivi de longs programmes de réhabilitation, mais il est difficile d’affirmer qu’ils se soient pleinement adaptés à leur nouvelle vie. »
L’absence de politiques de réintégration systématiques demeure un défi majeur. Gönültaş observe : « La Turquie ne dispose pas d’un programme clairement structuré pour la réhabilitation des groupes radicalisés. La nature du programme de réintégration qui sera mis en œuvre reste incertaine. »
Mémoire collective et l’ombre du 10 octobre
Une éventuelle procédure de rapatriement pourrait avoir des conséquences qui dépassent le simple déclenchement de nouveaux procès. Elle met également en lumière le massacre d’Ankara du 10 octobre 2015, un double attentat-suicide perpétré lors d’un rassemblement pour la paix, qui a fait plus de 100 morts et des centaines de blessés, ce qui en fait l’attaque terroriste la plus meurtrière de l’histoire turque.
L’attentat et ses conséquences restent un moment marquant de la mémoire collective turque, soulevant des questions sur la façon dont les auteurs ont pu rester en fuite pendant des années et sur la responsabilité de l’État pour que justice soit rendue.
Doğanoğlu souligne les implications plus larges : « Le 10 octobre est le plus grand massacre de masse perpétré en un seul moment dans l’histoire récente de la Turquie. Le retour des accusés en fuite ne signifierait pas seulement la poursuite de quelques individus ; il signifierait la levée du voile sur la période sombre de 2015. »
En définitive, le débat sur le rapatriement ne saurait se réduire à une simple question de sécurité. Il permettra de déterminer si la Turquie est capable d’aborder de manière constructive ses dossiers relatifs à l’État islamique, si l’impunité persiste et quel cadre juridique et politique régira le traitement de ces crimes.
SYRIE / ROJAVA – Nous sommes sans nouvelles des journalistes Ahmed Polad et Eva Maria Michelmann qui se trouvaient à Raqqa lors des attaques des gangs de Damas ciblant les forces kurdes.
L’Association des journalistes Dicle Fırat (Dicle Fırat Gazeteciler Derneği-DFG) a publié un communiqué exigeant la libération immédiate des deux journalistes capturés par les gangs de Damas à Raqqa.
Voici le communiqué de DFG :
« La disparition d’Ahmed Polad, écrivain pour le journal Kurdistana Azad et présentateur pour Özgür TV, et de la journaliste internationaliste Eva Maria Michelmann (Tekoşin), qui se trouvaient à Raqqa lors de l’attaque de HTS contre la ville, suscite une vive inquiétude.
On sait qu’Ahmed Polad, membre de l’Union de la presse libre (YRA), diffusait des informations vidéo depuis un bâtiment violemment attaqué. Deux journalistes, pris pour cible en raison de leurs reportages sur le terrain, auraient été pris en otage par Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et leur sort demeure inconnu.
Toute tentative visant à réduire au silence, emprisonner ou cibler des journalistes constitue un crime manifeste. Même en temps de guerre, la sécurité des journalistes doit être protégée par le droit international.
Nous demandons que :
•Le sort d’Ahmed Polad et d’Eva Maria Michelmann soit révélé immédiatement.
• La sécurité des journalistes soit assurée et qu’ils soient être libérés immédiatement.
• La presse internationale et les organisations de défense des droits humains doivent intervenir d’urgence dans ce processus. »
Le journaliste kurde, Maxime Azadî critique les positions anti-impérialistes de la gauche, jugées irréalistes et incapables de proposer des solutions concrètes face à la brutalité des régimes oppressifs comme celui de l’Iran, soulignant l’inefficacité du droit international, qui protège davantage les États puissants que les peuples, et l’absence de réponse viable pour sauver les Iraniens, Kurdes ou Baloutches malgré leurs tentatives de libération…. sans parlé de Khamenei dépeint comme une figure quasi divine par cette même « gauche » qui était pourtant une « machine de mort » responsable d’exécutions quotidiennes contre diverses minorités et opposants à travers l’Iran mais aussi à l’étranger.
Maxime Azadî a écrit :
Même si l’opposition de la gauche à la guerre ou son « anti-impérialisme » peuvent se comprendre, ces positions paraissent déconnectées de la réalité du monde et des rapports de force actuels. Elles ne proposent pas de solution concrète. Lorsque l’on invoque le « droit international », force est de constater qu’il n’a, jusqu’à présent, pas fonctionné ; au contraire, il a souvent renforcé les appareils étatiques et laissé les peuples sans protection.
Face à des États devenus extrêmement puissants et aux intérêts globaux qui gravitent autour d’eux, les revendications de liberté et de démocratie des peuples se heurtent à un déséquilibre de forces terrifiant. L’« anti-impérialisme » au niveau du discours, ou les idéaux présentés comme des solutions, ne contiennent aucune formule magique capable de sauver ni les Iraniens, ni les Kurdes, ni les Baloutches.
Il est évident que vous n’irez pas « libérer » les Iraniens. Les Iraniens ont tenté de se libérer eux-mêmes, mais l’appareil auquel ils font face est d’une brutalité monstrueuse. Khamenei, dont certains pleurent aujourd’hui la mort, était une machine de mort qui s’est érigée en autorité quasi divine. Cette machine éliminait chaque jour, comme une moissonneuse, des Perses, des Kurdes, des Baloutches et des personnes appartenant à d’autres croyances ou opinions.
Nous savons aussi que le sort de ces populations n’a jamais réellement préoccupé Trump. Mais alors, que proposez-vous, vous ? Le statu quo ? Un droit international inopérant ? De nouvelles combinaisons d’intérêts entre puissances ? Supposons même que vous avanciez une proposition efficace : quelle serait votre formule concrète pour la mettre en œuvre ?
L’ensemble des hauts responsables tués étaient les architectes d’une machine de répression et de massacres
Le dirigeant kurde docteur Abdurrahman Qasimlo a été assassiné à Vienne en 1989 alors qu’il négociait une solution politique et pacifique avec l’Iran, peu après l’accession d’Ali Khamenei au poste de nouveau Guide suprême.
Quelques années plus tard, en 1992, Sadegh Sharafkandi a à son tour été tué par des agents iraniens dans un restaurant à Berlin.
En Iran, depuis le 28 février, l’ensemble des hauts responsables tués étaient les architectes d’une machine de répression et de massacres.
IRAN / KURDISTAN – Un groupe se faisant appeler les « Forces de libération du Zagros et déclarant défendre les Kurdes, les Lors et les Bakhtiari peuplant la région de Zagros, a publié un communiqué officialisant leur création et a appelé à la mobilisation armée.
Un groupe se faisant appeler les « Forces de libération du Zagros » (en persan : نیروهای آزادی زاگرس هازەیل ئازادیی زاگرۆ) a officiellement annoncé son existence dans un communiqué publié en persan. Dans ce communiqué, le groupe se présente comme une organisation populaire et défensive, affirmant que son principal objectif est de protéger la sécurité des populations de la région du Zagros et de s’opposer à la répression gouvernementale.
Points clés du communiqué sont :
Défense légitime :
Le groupe a insisté sur ce qu’il qualifie de droit à la « légitime défense » contre la violence organisée. Elle se présentait comme une force transcendant les idéologies et affirmait représenter tous les habitants de la région du Zagros, y compris les Kurdes, les Lors et les Bakhtiari.
Appel au recrutement :
Le communiqué invite les jeunes, hommes et femmes, à rejoindre ses rangs afin de contribuer à bâtir ce qu’il qualifiait de « nouveau destin pour l’Iran ».
Réaction aux développements politiques :
Faisant référence aux récents rapports faisant état de changements dans la structure du pouvoir et de la situation critique du pays, le groupe a décrit la période actuelle comme un nouveau chapitre de la résistance populaire. (Via Rojhelat Info)
« Comment le sacrifice des Kurdes peut-il servir les intérêts de la France et de l’Europe ? De quelle paix parle-t-on quand elle se construit sur l’abandon, la souffrance et le renoncement à nos valeurs communes ? »
Par Gulistan Sido, doctorante à l’Inalco (Plidam), lauréate du programme PAUSE (Programme d’Accueil en Urgence des Scientifiques Et artistes), représentante internationale de l’association les Tresses Vertes (en kurde : Keziyên kesk), lauréate du prix de la Fondation Danielle Mitterrand 2022.
Le 26 janvier est le jour anniversaire de la bataille de Kobanê. En 2015, 12 000 combattant.es y sont morts pour battre Daesh avec le soutien des gouvernements occidentaux. C’était alors une victoire contre l’obscurantisme pour la Syrie, mais aussi pour l’Europe et la France : en 2016, j’avais rencontré un Français sur un front proche de Kobanê. Après le massacre du Bataclan, il s’était engagé à nos côtés car pour lui le combat contre Daesh était un combat pour protéger la France contre un danger imminent.
Aujourd’hui, l’Europe et la France ont abandonné les Kurdes. Un accord incluant un cessez-le-feu a été signé dimanche entre les FDS à majorité Kurde et Damas, mais Kobanê reste assiégée, privée d’eau, d’électricité, d’internet et de nourriture. Daesh est de retour à Raqqa et la guerre a rattrapé le Rojava et le nord-est Syrien.
Je suis doctorante à l’INALCO. Depuis mon exil, j’ai souvent craint pour ma famille à ne plus pouvoir en dormir. Mais pour la première fois, je ne comprends plus. Comment le sacrifice des Kurdes peut-il servir les intérêts de la France et de l’Europe ? De quelle paix parle-t-on quand elle se construit sur l’abandon, la souffrance et le renoncement à nos valeurs communes ?
Vous avez peut-être vu ces derniers jours des femmes et hommes brandir une tresse. Celle-ci a été arrachée à une combattante Kurde, exposée telle un scalp victorieux par un soldat des forces gouvernementales syriennes. Cette tresse, c’est celle que les femmes Kurdes ont façonnée pour discipliner leurs cheveux et partir au combat. Cette tresse, c’est aussi celle que nous avons tissée, patiemment, depuis 2014 avec toutes les communautés vivant dans les territoires autogérés : Kurdes, Assyriens, Arabes, Arméniens, Chrétiens syriaques, Yézidis.
Cette tresse est le symbole de notre idéal démocratique, héritier de la Révolution française et de la Commune de Paris. Elle s’incarne dans l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (Aanes) fondée sur un contrat social démocratique, écologique, féministe, laïque, égalitaire. Cette tresse s’est renforcée. Ses mèches sont devenues de longs fils, les fils se sont multipliés. Pendant ces années, nous avons vécu en paix. Nous avons construit un espace de coexistence unique au Moyen-Orient : gouvernance plurielle, égalité femmes-hommes, éducation trilingue, écologie, santé. Était-ce parfait ? Sans doute que non, mais cela a existé, et ce, malgré la guerre.
De quelle Syrie et de quelle paix parle-t-on ? À quel coût ? Et pour combien de temps ?
Depuis le 6 janvier, ce monde s’est effondré. Les négociations entre l’AANES et le gouvernement syrien ont été rompues. Les Occidentaux ont abandonné leurs alliés. Une tresse a été coupée. Et tout cela, ce serait au nom de la « réunification de la Syrie », voire au nom de la « paix » ?
Plusieurs dizaines de civils ont été tués et des dizaines de milliers de personnes déplacées. Des corps de combattantes kurdes ont été jetés du troisième étage, des lois sur l’égalité entre hommes et femmes déchirées, des acteurs de la société civile traqués. Les hôpitaux sont détruits, les prisons de Daesh ouvertes, libérant des djihadistes prêts à reprendre un combat.
On nous parle de « réunification » de la Syrie. Mais de quelle Syrie s’agit-il ? Celle où la Turquie occupe le nord et Israël le sud ? Celle où l’on nous demande de nous fondre dans une « République arabe Syrienne », sans garantie pour nos droits culturels ni ceux des femmes ? Le régime d’Al-Charaa impose un modèle politique centralisé, islamiste radical, anti-démocratique, répressif envers les minorités et les femmes. Après des Druzes, les Alaouites, maintenant c’est notre tour. Nous ne serons sans doute pas les derniers.
On parle de « réconciliation », de « paix ». De quelle paix parle-t-on ? Est-ce une paix pour un futur commun, ou une paix pour des intérêts immédiats ? Une paix pour tous ou une paix pour certains, bâtie sur l’oppression et le déplacement forcé des autres ? Quelle sera ma place en tant que femme dans cette future société syrienne ? Comment puis-je accepter une telle paix ?
Notre combat n’est pas pour le pétrole ou les drapeaux mais pour notre droit à la vie dans une Syrie démocratique où chaque communauté aurait sa place. En 1945, votre Général De Gaulle avait très bien décrit notre mosaïque impossible à unifier sous un état centralisé. Lors de la conférence du 2 juin 1945, Charles de Gaulle affirmait : « Il est en revanche très difficile de réaliser une entité géographique et politique qui s’appelle la Syrie. La Syrie est un ensemble de régions très distinctes les unes des autres, peuplées de populations extrêmement différentes et pratiquant des religions diverses ».
Je crois en une Syrie multiple où chaque composante avec ses particularités s’unirait aux autres dans une tresse commune, souple et solide pour construire une paix durable.
L’accord en cours est une première étape mais le danger reste. Je demande à la France et à l’Europe de poursuivre leur action politique, diplomatique et humanitaire pour s’assurer du respect du processus en cours, empêcher de nouvelles exactions et garantir la sécurité des populations.
Il s’agit de préserver nos vies mais aussi vos propres valeurs. Soutenez notre combat pour une Syrie démocratique décentralisée, multiculturelle, où les femmes et les minorités auraient une place centrale. Les démocraties sont impossibles au Moyen-Orient ? Nous l’avons fait. Nous avons su prouver que l’avènement d’une démocratie soutenue par son peuple était possible.
Refusez la paix des cimetières. Tissez avec nous une nouvelle section de notre tresse, car une paix durable en Syrie est vitale pour l’avenir de ce pays, du Moyen-Orient et de l’Europe.
SYRIE / ROJAVA – Plus d’un mois après l’accord prévoyant l’échange des prisonniers de guerre signé entre les Kurdes et Damas, ce dernier n’a toujours pas libéré les milliers d’otages kurdes (civils et soldats), dont certains ont été exécutés sous la torture tandis que les autres subissent probablement des atrocités relevant d’actes de barbarie. La guerre Iran vs Israël et USA est du pain béni pour al-Sharaa (Jolani) pour écraser d’avantage les Kurdes du Rojava, sans que le monde s’y émeuve aucunement.
Les familles des otages sont dans la rue pour exiger le retour de leurs proches
Depuis plusieurs jours, les familles des otages manifestent à travers le Rojava, exigeant le retours de leurs proches.
Le 25 février, un responsable des FDS, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès de Rudaw, a déclaré que l’ampleur des disparitions était bien plus importante qu’on ne le pensait initialement.
Nombre de disparus seraient des combattants des FDS qui se seraient rendus lors d’intenses affrontements. Les autorités kurdes ont accusé à plusieurs reprises Damas de violer les accords de cessez-le-feu censés garantir un retrait sûr et ordonné des troupes.
« Les États-Unis, qui aujourd’hui manquent à leurs obligations de garant, ont pourtant été témoins de l’accord signé avec notre camarade Rohilat à Deir Hafer, qui stipulait un retrait sous 48 heures », a déclaré Yousif Kute, porte-parole des familles des personnes disparues.
Cet accord aurait été conclu à Deir Hafer, l’une des premières zones à tomber sous le contrôle de Damas après le repli des forces kurdes vers l’est de l’Euphrate.
Rohilat Afrin, commandante en chef des Unités de protection des femmes (YPJ), était signataire de cet accord. Les YPJ, branche féminine des Unités de protection du peuple (YPJ), ont joué un rôle central dans la lutte menée depuis dix ans contre l’État islamique (Daech).
« Mais le gouvernement de Damas a violé cet accord », a ajouté Kute. « La veille du départ prévu de nos enfants, ils étaient encerclés. »
Ces disparitions ont fait suite à de violents affrontements début janvier aux alentours d’Alep, après l’échec des négociations visant à intégrer les combattants kurdes aux institutions syriennes. Ces violences ont fait des milliers de morts et de déplacés, marquant la plus grave escalade depuis que Damas a intensifié ses efforts pour reprendre le contrôle du pays après la destitution de Bachar el-Assad en décembre 2024.
Dans les semaines qui ont suivi, les factions soutenues par Damas ont progressé vers l’est, s’emparant de villes stratégiques et de champs pétroliers et gaziers, et avançant vers Raqqa et Hassaké. Un cessez-le-feu négocié fin janvier a permis aux forces kurdes de se retirer et a ouvert la voie au déploiement des forces gouvernementales syriennes.
Pour les familles de Qamichli, cependant, ces manœuvres politiques n’apportent que peu de réconfort.
Lors de la manifestation de mercredi, des mères serraient contre elles des photos de leurs fils, la voix brisée par l’émotion, implorant une intervention internationale.
« Pour l’amour de Dieu, ils sont aux mains de l’ennemi. Nous mourons cent fois par jour. Venez à notre secours ! », s’est écriée une mère.
« Je vous en prie, ramenez-nous nos jeunes hommes. Nous sommes morts, nous sommes morts, et personne ne connaît notre sort. »
Parmi eux se trouvait Halima Nabi, qui a déclaré avoir entendu la voix de son fils pour la dernière fois le 17 janvier. Il était en poste à Deir Hafer.
« Il y est resté deux jours », a-t-elle dit d’une voix tremblante. « Le troisième jour, il a disparu. »
Mme Nabi a lancé un appel direct au président Massoud Barzani, l’exhortant à user de son influence pour faire éclater la vérité.
IRAK / SHENGAL – L’Irak et les milices chiites du Hashd al-Shaʿbi ont lancé un ultimatum aux combattants yézidis de Shengal : intégrer leurs combattants au Hashd d’ici le 10 mars 2026, sous peine d’une opération militaire pour les dissoudre de force. Les YBŞ ont rejeté cette demande, proposant des alternatives limitées et promettant une résistance intense en cas d’attaque, dans un contexte de forte pression turque et de tensions ethniques et confessionnelles persistantes : Les Kurdes yézidis sont menacés à la fois à cause de leur religion (non musulmane) et leur identité ethnique (non arabe). Cette crise menace gravement la stabilité et la sécurité de la communauté yazidie, déjà traumatisée par le génocide de 2014 commis par DAECH / ISIS.
Dans l’article suivant, Matthew Travis Barber* met en garde contre une intervention militaire ciblant les Yézidis à Shengal.
Le récent déclin de la puissance des FDS et la perte de leur contrôle territorial en Syrie ont accru les risques pour la région de Singal. Singal (nom plus courant donné par les Yézidis à la montagne et à la région connues sous le nom de Sinjar en arabe) est dépourvue d’administration et de cadre sécuritaire officiel depuis onze ans et demi, malgré les appels incessants des Yézidis en faveur d’une intervention internationale pour résoudre son statut. Actuellement, la sécurité est assurée par de multiples entités et milices, notamment les YBŞ, affiliées au PKK et aux FDS, des régiments yézidis et non yézidis du Hachd al-Chaabi, les forces armées irakiennes, de petites unités de Peshmergas yézidis liées au PDK et actives dans la région de Sharfeddin, ainsi que des milices locales non affiliées, encore plus petites.
La Turquie désapprouve depuis longtemps la présence des YBŞ et, pendant près de dix ans, le président Erdogan et d’autres responsables turcs ont menacé d’envahir Shengal par voie terrestre. Considérant le triomphe des forces syriennes comme une victoire simultanée pour la Turquie, les menaces d’invasion de Shengal ont repris. Plus tôt ce mois-ci, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré qu’une opération visant Makhmur, Shengal et Qandil pourrait bientôt avoir lieu, suggérant cette fois que les forces irakiennes du Hachd al-Chaabi (« Unités de mobilisation populaire » ou « Forces de mobilisation populaire », PMF) pourraient agir comme partenaire turc sur le terrain.
Les propos de Fidan ont déclenché une série d’appels et de réunions entre responsables turcs et irakiens, notamment une rencontre entre Fidan et le ministre irakien de la Défense, Thabit al-ʿAbbasi, et un entretien téléphonique entre Erdogan et le Premier ministre irakien, al-Sudani. Les Turcs ont également impliqué des figures importantes du KDP, notamment par le biais d’un appel de Fidan à Nechirvan Barzani et d’un autre entre Fidan et le ministre irakien des Affaires étrangères, Fuad Hussein.
Il convient de noter que Falih al-Fayyad, chef du Hachd al-Chaabi (l’institution de Bagdad qui chapeaute les différentes factions du Hachd al-Chaabi), a participé à au moins un de ces échanges : une rencontre avec l’ambassadeur turc au cours de laquelle al-Fayyad a réaffirmé son rejet de toute ingérence étrangère et insisté sur la nécessité de respecter les normes diplomatiques. L’ambassadeur a également été convoqué par l’Irak, qui protestait contre les déclarations de Fidan. Les protestations irakiennes contre la politique turque (allant de la présence de troupes turques à Ninive aux assassinats ciblés à Sinjar) sont devenues monnaie courante ces dix dernières années. Ces condamnations, généralement formulées en termes timides, sont perçues comme des tentatives de sauver la face, masquant une absence de réaction systématique. Cependant, les événements ultérieurs laissent penser que la situation actuelle pourrait constituer une occasion sans précédent de céder aux pressions turques.
Le jeudi 19 , une réunion secrète s’est tenue à Mossoul entre, d’une part, des dirigeants du Hachd al-Chaabi liés à Falih al-Fayyad et des membres haut placés des services de renseignement irakiens, et d’autre part, les YBŞ. Les représentants du Hachd al-Chaabi et du gouvernement ont informé les YBŞ que leurs membres étaient ouverts à l’intégration au sein du Hachd al-Chaabi, individuellement ou collectivement, mais ont menacé de lancer une opération contre leurs forces à Sinjar si cette intégration n’avait pas lieu avant le 10 mars.
Selon des sources proches de la direction des YBŞ, ces dernières ont rejeté catégoriquement la proposition, tout en précisant qu’elles seraient disposées à partager leurs points de contrôle avec d’autres forces, comme les bataillons yézidis du Hachd, à condition que ces forces restent exclusivement yézidies. Elles ont par ailleurs souligné (en substance) : « Si votre position est inflexible, inutile d’attendre le 10 mars ; vous pouvez lancer votre attaque dès maintenant. Mais si vous lancez une opération contre nous, sachez que nous ne sommes pas à Sinjar en 2014 et que les combats seront acharnés et prolongés. »
Les réponses écrites à mes demandes de renseignements d’un membre de la direction de YBŞ ont confirmé que les participants à la réunion du côté irakien comprenaient également : Khudayr al-Matruhi (commandant des opérations de Hashd al-Shaʿbi), ʿAli Fadil (commandant des opérations de l’armée irakienne dans l’ouest de Ninive), des responsables locaux du gouvernorat de Ninive, dont le gouverneur ʿAbd al-Qadir al-Dakhil, et plusieurs députés sunnites, dont al-ʿAbd al-Rahim Shamari et Ahmad Madlul al-Jarba.
Lors de la réunion, les commandants ʿAli Fadil et Khudayr al-Matruhi ont clairement indiqué qu’une attaque conjointe de l’armée et des Hachd al-Chaabi contre les YBŞ retranchés dans le mont Sinaï serait lancée après l’échéance du 10 mars. (L’équipe d’Amargi a également obtenu, de manière indépendante, une confirmation de la direction des YBŞ concernant la menace d’attaque irakienne après le 10 mars.)
Les YBŞ ont fait savoir aux autorités irakiennes qu’elles étaient disposées à discuter d’une intégration à l’armée irakienne, mais pas au Hachd al-Chaabi. Elles ont également proposé que, si cette intégration avait lieu et qu’elles étaient autorisées à demeurer une force entièrement yézidie, elles exigeraient le départ de tous les combattants non irakiens de Sinjar et que les noms de tout le personnel restant soient officiellement enregistrés auprès de l’armée irakienne. Cependant, une information non confirmée affirme que des responsables militaires irakiens ont déclaré lundi qu’ils rejetaient l’intégration des YBŞ à l’armée et n’autoriseraient que leur fusion avec le Hachd. Ce point est source de tensions entre les deux parties. La communication écrite des YBŞ révèle qu’aucune discussion constructive avec Bagdad n’a eu lieu depuis la réunion du 19 et que la direction des YBŞ est convaincue que Bagdad est déterminée à mener une opération militaire dans les zones yézidies.
Évolution des affiliations des milices et réaffirmation du pouvoir sunnite
Alors que les tribus arabes à l’ouest de la frontière syrienne de Sinjar, fidèles aux FDS depuis de nombreuses années, ont changé de camp, ces événements coïncident avec une campagne, probablement orchestrée par la Turquie, au cours de laquelle certains responsables irakiens font pression sur les tribus arabes des environs de Sinjar pour qu’elles se désolidarisent des YBŞ. (Ces tribus avaient été intégrées à la coalition locale des YBŞ dès 2016 et ont joué un rôle crucial, aux côtés des combattants kurdes et yézidis locaux, dans la lutte contre les forces de l’État islamique et leur expulsion des villages arabes autour de Sinjar.) ʿAbd al-Rahim al-Shamari (député sunnite irakien, également chef d’une faction du Hachd al-Chaabi et membre du conseil du gouvernorat de Ninive au début du génocide yézidi en 2014) invite les Arabes affiliés aux YBŞ à rejoindre le Hachd al-Chaabi, et nombre d’entre eux ont accepté. Cette campagne a débuté il y a douze jours et les Arabes qui ont accepté de rejoindre les milices sont en cours d’enregistrement dans une base militaire de Mossoul, dans le quartier de Shalalat. La première session d’entraînement pour ces nouvelles recrues a eu lieu hier (27 février). Abou Abbas al-Bashkani, un chiite shingali commandant un régiment du Hachd al-Chaabi shingali, a tenté une campagne similaire dans la montagne, mais le recrutement de combattants yézidis s’est avéré plus difficile. Il a approché des chefs tribaux yézidis et leur a demandé de lui fournir les noms des membres de leurs tribus affiliés au YBŞ afin de les enregistrer auprès du Hachd al-Chaabi. Les chefs tribaux ont refusé et la campagne a échoué.
Ces événements surviennent dans un contexte d’attention et de rhétorique croissantes à l’égard de Sinjar. La chaîne Fallouja Channel diffuse régulièrement des contenus anti-PKK, accusant les YBŞ d’être « le problème » qui pousse la Turquie à attaquer l’Irak ou qui entrave la reconstruction de Sinjar. L’ancien gouverneur de Ninive, Atheel al-Nujaifi, a récemment contribué à véhiculer l’image d’une Sinjar hors-la-loi en affirmant qu’elle était devenue un bastion de la « culture de drogue ». (Sinjar abrite des plantations de tabac en terrasses réputées, ce qui pourrait être à l’origine de la rumeur concernant la culture du cannabis.) Le gouverneur actuel de Ninive, ʿAbd al-Qadir al-Dakhil, a déclaré mardi que les YBŞ devaient être dissoutes. Plus frappant encore, les propos tenus le mois dernier par le président de transition syrien, Ahmed al-Charia lui-même, ont présenté les tunnels creusés par le PKK à Sinjar comme un problème.
Le ministre irakien de la Défense, Thabit al-ʿAbbasi (un Turkmène sunnite originaire de Tal ʿAfar, dont le frère a été accusé en 2021 d’appartenir à l’État islamique, une accusation également formulée en privé par des figures importantes de Tal ʿAfar), entretient des liens étroits avec la Turquie et avec Erdogan lui-même. Il dirige un important bloc politique sunnite en Irak. Il est perçu comme un instrument supplémentaire permettant à la Turquie d’exercer son influence en Irak, et certains pensent qu’il est responsable de l’alliance apparente entre des éléments de l’armée irakienne et les dirigeants du Hachd al-Chaabi, qui font pression sur les YBŞ. La position supposée de l’armée contre l’intégration des YBŞ dans une unité officielle (et son insistance à ce que le Hachd absorbe les membres des YBŞ) pourrait provenir du ministre.
Les Yézidis de Sinjar interprètent ces événements comme le signe d’une offensive majeure visant à modifier le statu quo et à contrer la présence des YBŞ. Ils y voient également une campagne largement orchestrée par les sunnites, la Turquie tirant parti de son influence sur les personnalités et factions sunnites en Irak pour imposer les changements souhaités. La plupart des figures militaires et politiques susmentionnées sont sunnites, et dans ce contexte de déclin de l’influence iranienne et de défaites importantes des groupes affiliés au PKK, un mouvement de réaffirmation du pouvoir sunnite à Ninive est en cours.
Lorsque j’ai demandé à un chef de la communauté yézidie de Sinjar pourquoi un chiite comme Falih al-Fayyad consentirait à utiliser le Hachd al-Chaabi pour faciliter une transition du pouvoir du PKK vers des éléments sunnites, il m’a répondu : « Écoutez, il y a déjà une vingtaine de régiments sunnites [afwāj] du Hachd autour de Sinjar. Je crains que Falih al-Fayyad ne soit tenté de vendre Sinjar à son propre profit. » Ces craintes quant à la sensibilité d’al-Fayyad aux pressions turques sont renforcées par le rapprochement apparent entre lui et Fidan, ce dernier affirmant avoir tenu « une vingtaine de réunions » avec al-Fayyad. Fidan a fait cette déclaration dans le même contexte où il avançait qu’une opération conjointe turco-chabaïenne pourrait éliminer le YBŞ en deux ou trois jours seulement.
Enregistrement des armes contre désarmement
Au cours du mois, la situation a évolué et une rumeur s’est répandue au sein de la communauté yézidie : un plan gouvernemental de désarmement des Yézidis serait sur le point d’être mis en œuvre. Cette rumeur a provoqué une vague de publications sur les réseaux sociaux appelant à ce que les moyens d’autodéfense yézidis soient respectés.
Lors d’un entretien téléphonique réalisé jeudi soir, Khal ʿAli, commandant des forces yézidies du Hachd al-Chaabi à Sinjar, m’a expliqué qu’une certaine confusion régnait autour de ces informations. Une ordonnance irakienne antérieure (loi n° 51 de 2017) oblige tous les civils irakiens à enregistrer leurs armes à feu, mais cette loi n’a pas été appliquée. Des responsables militaires avaient évoqué le lancement d’une campagne d’enregistrement à Sinjar, ce qui avait alimenté les rumeurs de désarmement.
Toutefois, le calendrier de cette initiative visant à imposer l’obligation d’enregistrement des armes dès 2017, parallèlement aux autres développements décrits ci-dessus, suscite de vives inquiétudes. La question du désarmement de la population civile est extrêmement sensible, car les Yézidis (en particulier ceux qui avaient été soldats irakiens) et les Assyriens (y compris la population en général) avaient été désarmés par les Peshmergas et la police secrète du KDP en 2014, juste avant l’offensive de l’EI.
Il semblerait que les rumeurs soient au moins partiellement fondées, puisque des responsables militaires irakiens de la région ont publiquement évoqué le lancement de perquisitions domiciliaires pour rechercher des armes non déclarées. Khalid Saydo, député irakien représentant la communauté yézidie, a rencontré lundi Athir Hamza Rubayʿi, commandant de la 20e division de l’armée irakienne, afin de clarifier la situation. Le commandant a affirmé plaider pour l’annulation de l’ordre (comprenez qu’il s’agissait du plan de perquisition des domiciles), mais la déclaration du député indique que la question reste « non résolue ». Khal ʿAli a émis l’avis que l’annonce initiale des perquisitions domiciliaires ne provenait pas de la hiérarchie, mais était une initiative personnelle d’al-Rubayʿi. D’autres Yézidis contestent cette version et estiment qu’une telle action ne serait pas entreprise de manière autonome. Hier (27 février), l’opération de contrôle des enregistrements d’armes était en cours, et une publication sur les réseaux sociaux montrait des soldats la menant à Gohbal.
Par ailleurs, la question de l’application équitable de l’obligation d’enregistrement des armes à l’ensemble de la population se pose. Les Yézidis craignent qu’en cette période de tensions contre les YBŞ, la Turquie n’incite les tribus arabes locales – celles-là mêmes qui ont participé aux massacres et à la réduction en esclavage perpétrés avec Daech en 2014 – à attaquer Sinjar. Ces craintes sont justifiées, d’autant plus que des milliers de membres de Daech se sont échappés ou ont été libérés des prisons syriennes voisines.
Le désarmement ou le renforcement des contrôles sur les armes civiles doivent être abordés avec prudence. La persistance de structures de pouvoir tribales, où s’accumulent des civils armés, est l’une des principales raisons pour lesquelles Daech n’a pas réussi à conquérir le mont Sinaï. Il serait donc désastreux de désarmer une population minoritaire vulnérable sans garantir le désarmement des communautés ayant participé au génocide. Ces enregistrements inquiètent les Yézidis, qui craignent qu’ils ne constituent un premier pas vers un désarmement définitif. Une manifestation a eu lieu aujourd’hui à Tal ʿAzayr contre toute action gouvernementale concernant les armes yézidies.
Réponses yézidies
Depuis le génocide de 2014, la grande majorité des Yézidis de Shingali aspirent à un nouveau cadre pour la sécurité et l’administration locales. Ils rejettent un large consensus le modèle, instauré après 2003, de domination de partis politiques kurdes armés extérieurs. Les Yézidis souhaitent donc la dissolution progressive des YBŞ, mais seulement au moment opportun et par le biais d’une transition négociée et non violente vers un nouveau cadre administratif officiel. Après des années de telles revendications, il est consternant de voir Bagdad recourir à la force sans avoir jamais tenté de dialogue public ni d’initiative pour élaborer une solution administrative et sécuritaire pérenne.
Les Yézidis ont toujours rejeté la perspective de violences entre eux. Lorsque Massoud Barzani a fait pression sur les Peshmergas yézidis en 2016 pour qu’ils attaquent les YBŞ, ils ont refusé. Toute tentative actuelle visant à obtenir la participation des forces yézidies du Hachd al-Chaabi à une campagne contre les YBŞ est également vouée à l’échec. Voici la réponse détaillée que m’a donnée Khal ʿAli lorsque je lui ai demandé si ses forces défendraient les YBŞ en cas d’attaque :
« Je ne défendrais pas [simplement] les YBŞ, je défendrais la justice ! Quand l’armée irakienne et les Hachd al-Chaabi n’étaient pas présents, quand les Peshmergas nous ont abandonnés et livrés à Daech, ce sont ces jeunes Yézidis qui ont formé les YBŞ, combattu Daech et empêché l’anéantissement de notre peuple et de nos montagnes. Nous sommes les fondateurs de ces forces de jeunesse. C’est pourquoi nous pensons que la force extérieure, la violence et les agendas cachés ne résoudront pas cette situation. Nous demandons que le problème soit résolu par le dialogue… Nous ne faisons pas que demander. Nous voulons l’aborder de cette manière, et [cette approche peut fonctionner] car j’ai parlé avec les deux parties et il n’y avait pas d’exigences importantes, ni de problèmes majeurs insolubles. Le problème n’est certainement pas plus complexe que la nomination d’al-Julani, recherché par les États-Unis avec une récompense de 10 millions de dollars, à la présidence de la République arabe syrienne. Et comment le ministre [syrien] de l’Intérieur, le ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères ont-ils été nommés par ces mêmes États-Unis ? Tout cela était lié au terrorisme avec Julani. Puis les États-Unis leur ont confié ces postes. Intégrer quelques milliers de jeunes Yézidis du YBŞ dans les forces irakiennes, formellement et dans un cadre légal, n’est certainement pas plus difficile que cela ! … Je suis un officier irakien et je possède une carte d’identité qui fait de moi un membre légal du Hachd al-Chaabi. Je n’ai pas formé mes troupes à Sinjar ; j’étais commandant au mont al-Makhul, à Bayji, sous le commandement de Salah al-Din. Onze de mes soldats sont tombés au champ d’honneur et trente ont été blessés en défendant le territoire irakien – pas spécifiquement Sinjar. Alors, quand on me demande de défendre le YBŞ si l’armée irakienne ou le Hachd l’attaquent, je réponds : il ne s’agit pas de prendre parti. Je défendrai les Yézidis et j’entretiens des relations et un dialogue avec les deux camps. … Lorsque la décision de dissoudre le YBŞ a été prise, sous la pression des ministères turcs de la Défense et des Affaires étrangères, le gouvernement irakien m’a invité – j’étais alors commandant des opérations de l’Ouest. Ninive et Hashd al-Shaʿbi m’ont appelé et m’ont dit d’aller négocier avec les YBŞ… Je m’y suis donc rendu en tant que négociateur.
Je leur ai donc demandé [aux responsables militaires irakiens] : « Sur quoi dois-je négocier exactement avec eux ? » Ils ont répondu : « Ils doivent venir et peuvent s’engager individuellement dans la police, l’armée ou le Hachd al-Chaabi. Quant aux étrangers [membres kurdes non irakiens des YBŞ], nous pouvons les envoyer à Souleimaniye. Ou toute personne munie d’un passeport et dont la présence est indésirable recevra un billet pour retourner dans son pays. Les étrangers doivent donc partir, et ceux qui sont déjà sur place doivent venir se faire enregistrer dans l’une de ces formations. » En clair, cela signifie que le commandement des opérations souhaite que l’armée irakienne et le Hachd al-Chaabi pénètrent dans la montagne. Or, la montagne est un lieu sensible pour les Yézidis, car elle abrite, par exemple, nos sanctuaires et nos cimetières. Je suis allé leur parler de tout cela, et nous en avons discuté, mais nous avons constaté que ce n’est pas une solution. … Ceux qui sont dans la montagne se demandent : « Comment pouvons-nous nous protéger et faire respecter nos droits ? » Nous leur répondons : En intégrant les jin havals [les YJŞ] dans une force de police communautaire pour protéger leurs droits. Il y a environ 400 martyrs, ils doivent donc être considérés comme tels et leurs droits doivent être respectés [par leurs familles]. Certains sont recherchés pour avoir prétendument combattu l’armée irakienne, mais ils n’ont tué personne ; ces accusations doivent donc être abandonnées. Combien de combattants avons-nous sur le mont Sinaï ? Environ six mille. Nous pouvons en envoyer trois mille [au commandement des opérations] pour qu’ils fournissent des informations et des témoignages et soient enregistrés. Ils reviendront ensuite ici et seront [à nouveau] déployés à tous ces points de contrôle. On pourra faire de même avec les trois mille autres, plus tard. [C’est-à-dire par étapes, afin que la montagne ne soit jamais sans protection majoritairement yézidie.] Ils pourront ensuite être rattachés aux opérations conjointes, aux opérations de Ninive-Ouest, et venir contrôler tous nos points de contrôle ; nous leur fournirons tous les noms. Quant aux étrangers, ils retourneront dans leurs pays et ne resteront pas ici. Nous disons donc au gouvernement que s’il nous considère comme citoyens de ce pays, nous n’accepterons aucun combat entre Yézidis, car nous pouvons tout résoudre par le dialogue.
Les déclarations initiales de Hakan Fidan et les échanges qui ont suivi entre les responsables ont suscité une vive inquiétude à Sinjar, où, comme l’ont souligné Khal Ali, les Yézidis de toutes les factions considèrent toute attaque contre une faction comme une ligne rouge. Le 16 février, une réunion de crise a rassemblé les chefs tribaux, les autorités locales, les dirigeants des partis politiques et l’Alliance de la cause yézidie. Un communiqué a été publié, insistant sur la gravité de la situation et les déplacements de population que tout recours à la force engendrerait. Ce communiqué condamnait les tentatives de déstabilisation et appelait le gouvernement irakien à assumer ses responsabilités pour le maintien de la paix. (Trois jours plus tard, lors de la réunion du 19, les dirigeants ont envenimé la situation en lançant un ultimatum . )
Murad Sharo, le plus haut gradé yézidi du Hachd al-Chaabi (commandant de la 74e brigade), a publié une déclarationlaissant fortement entendre qu’il se joindrait lui aussi au YBŞ en cas d’attaque. Ce fait est significatif compte tenu de ses liens étroits avec les dirigeants du Hachd al-Chaabi.
Les protestations de la communauté yézidie n’ont pas permis d’apaiser cette situation extrêmement tendue. Jeudi matin, des renforts de l’armée irakienne ont été déployés au camp de Domiz, au sud du mont Sinaï.
Solutions
Bien que tous les regards soient actuellement tournés vers le conflit entre les États-Unis/Israël et l’Iran, il est crucial, à ce stade, que l’Occident contribue à contenir les ambitions de la Turquie qui, si elles ne sont pas freinées, risquent d’entraîner des violences et le déplacement forcé de nouveaux survivants du génocide. Des éléments irakiens, encouragés par la Turquie, s’empressent d’agir contre les YBŞ sans plan tenant compte des problématiques sécuritaires spécifiques et du contexte post-génocide de Sinjar.
1) Les puissances occidentales impliquées doivent immédiatement mettre un terme à l’interventionnisme turc à Sinjar. Forcer la dissolution prématurée des YBŞ sans transition vers un nouveau cadre de sécurité et de gouvernance risque de replonger Sinjar dans la situation d’avant 2014, qui avait rendu les Yézidis vulnérables à la violence et au génocide perpétrés par les djihadistes salafistes. Cette situation est d’autant plus critique que des milliers de prisonniers de l’EI se sont évadés ou ont été libérés en Syrie.
Les combattants des YBŞ ont servi pendant de nombreuses années dans la lutte contre Daech, la défense de la région de Sinjar et la protection du peuple yézidi. Ils méritent un véritable processus de négociation permettant un transfert honorable de leurs appartenances à une nouvelle force de sécurité officielle et reconnue, placée sous l’autorité de l’État – et non une conversion forcée à une entité du Hachd al-Chaabi dont la structure d’autorité est floue et qui pourrait être dissoute ultérieurement.
2) Une solution stable pour remédier à l’absence d’administration et de sécurité officielle à Shengal doit être recherchée, par le biais d’un engagement direct avec l’ensemble de la communauté yézidie de Singal.
Au cours de l’année écoulée, des Yézidis de Sinjar et d’Europe ont lancé une pétition (à laquelle j’ai également contribué) demandant la création d’une commission internationale chargée de répondre aux besoins de Sinjar en matière de sécurité et d’administration locales et impartiales. La pétition appelle à un accord entre Bagdad et un partenaire occidental pour établir cette commission. Celle-ci aurait alors pour mission d’apporter son soutien à Bagdad afin de résoudre la situation à Sinjar, un problème que Bagdad n’a pas été en mesure ou n’a pas souhaité résoudre seule. La commission œuvrerait à l’élaboration d’un cadre d’administration locale, dont plusieurs modèles potentiels sont déjà en vigueur en Irak.
Cette pétition a été signée par des milliers de Yézidis de Shingali, dont des centaines de chefs tribaux ; des personnalités religieuses ; des commandants de toutes les milices défensives locales ; des chefs de tous les partis politiques locaux ; des responsables administratifs actuels et anciens ; des survivants du génocide et les familles des victimes ; des responsables d’ONG locales ; des policiers, des soldats et des officiers militaires ; les mères des combattants morts en défendant contre Daech ; des traducteurs ayant servi dans les forces de la Coalition ; des universitaires, des médecins et d’autres professionnels ; et des agriculteurs.
Cette expression d’unanimité écrasante, qui traverse tout l’échiquier politique de Sinjar et la classe dirigeante yézidie, démontre que la grande majorité des Yézidis de Sinjar partagent une vision commune de l’avenir de leur région. Il est essentiel que les gouvernements occidentaux écoutent cette majorité jusqu’ici ignorée et collaborent directement avec la communauté pour trouver des solutions.
Je présenterai plus en détail le contexte et les justifications de cette pétition et de sa proposition de création d’une commission internationale dans un prochain article. Pour l’heure, une action diplomatique immédiate doit mettre un terme à toute tentative d’agression ou de dissolution prématurée des groupes armés qui assurent la sécurité de Sinjar face au terrorisme et au génocide depuis plus d’une décennie.
*Matthew Barber est un spécialiste de l’histoire et des religions du Moyen-Orient, et plus particulièrement de la communauté yézidie. Ces onze dernières années, il a œuvré activement pour la défense des droits et l’aide humanitaire aux victime
MOYEN-ORIENT – Dans l’article suivant, la chercheuse kurde, Rojin Mukriyan explique pourquoi les États-Unis et Israël ont lancé des frappes coordonnées contre l’Iran le 28 février 2026, marquant une escalade majeure dans une rivalité qui dure depuis 1979.
Les forces américaines et israéliennes ont lancé aujourd’hui des frappes coordonnées contre l’Iran, constituant l’assaut conjoint le plus direct contre la République islamique depuis des décennies. Ces attaques mettent un terme à près d’un demi-siècle d’escalade des tensions, marquée par l’idéologie révolutionnaire, les guerres par procuration et la course au nucléaire, qui dégénère désormais en confrontation ouverte.
La première phase du conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis n’a pas débuté par une guerre de missiles, mais par un conflit idéologique. En 1979, la révolution islamique iranienne a renversé le Shah et remplacé une monarchie pro-occidentale par une république théocratique dirigée par l’ayatollah Rouhollah Khomeiny. Le nouveau régime n’a pas simplement modifié la gouvernance intérieure ; il a redéfini la position de l’Iran sur la scène internationale. La République islamique s’est érigée en fer de lance de la résistance contre la domination impériale, et notamment contre l’influence américaine au Moyen-Orient. Le principe « Ni Orient ni Occident » est devenu une doctrine, un rejet du capitalisme occidental et du communisme soviétique, et une affirmation d’une exception idéologique.
Révolution et rupture (1979–1981)
La prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en novembre 1979 a transformé la rhétorique révolutionnaire en fracture géopolitique. Pendant 444 jours, des diplomates américains ont été retenus en otages. Washington a réagi par des sanctions et le gel des avoirs. Téhéran a ancré l’antiaméricanisme dans l’identité d’État. Ce qui aurait pu être une transition révolutionnaire s’est mué en un affrontement générationnel.
Israël, autrefois discrètement allié à l’Iran du Shah, fut rebaptisé par la République islamique d’Iran comme symbole de l’ingérence occidentale. La théologie révolutionnaire de Téhéran a fusionné les récits du martyre chiite avec le discours anticolonial, faisant de la résistance non seulement une politique, mais aussi une obligation sacrée.
La guerre comme doctrine (1980-1988)
L’invasion de l’Iran par l’Irak en 1980 a consolidé la révolution assiégée. Téhéran a présenté la guerre comme une agression soutenue par l’Occident visant à étouffer la République islamique. Le rapprochement diplomatique des États-Unis avec Bagdad a renforcé le sentiment d’encerclement.
Coupé des systèmes d’armement sophistiqués, l’Iran s’est tourné vers une stratégie asymétrique. Il a investi dans les missiles balistiques, les réseaux paramilitaires et la mobilisation idéologique. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) s’est imposé à la fois comme institution militaire et garant de la légitimité révolutionnaire. Sa capacité à résister aux sanctions est devenue une preuve de sa résilience.
Liban et le plan de substitution (1982)
L’invasion du Liban par Israël en 1982 a offert à Téhéran une opportunité stratégique. Les conseillers des Gardiens de la révolution ont contribué à l’essor du Hezbollah, le transformant en son allié régional le plus redoutable. Le Hezbollah était plus qu’une simple milice : il servait de modèle. L’Iran a ainsi démontré sa capacité à projeter son influence sans confrontation directe, en instaurant une dissuasion le long de la frontière nord d’Israël.
Dès lors, la guerre par procuration devint un élément structurel de la stratégie iranienne. La résistance s’exporta. L’influence s’enracina.
La contradiction Iran-Contra (milieu des années 1980)
Dans un paradoxe frappant de la Guerre froide, l’administration Reagan a vendu secrètement des armes à l’Iran malgré ses condamnations publiques. Les recettes ont servi à financer les Contras au Nicaragua, contournant ainsi les restrictions du Congrès. L’affaire Iran-Contra a révélé la souplesse du pragmatisme géopolitique : Washington dénonçait le militantisme iranien tout en collaborant discrètement avec ce pays lorsque cela servait ses intérêts.
Confinement et rhétorique stratégique (années 1990)
L’Irak étant affaibli après la guerre du Golfe et l’Union soviétique dissoute, les États-Unis ont officialisé leur politique d’endiguement de l’Iran. Les sanctions se sont renforcées et Téhéran a été désigné comme État soutenant le terrorisme. L’objectif était de contenir l’Iran, non de l’affaiblir.
Israël a revu sa perception des menaces. Les armées arabes conventionnelles ont reculé ; le développement de missiles et les ambitions nucléaires de l’Iran ont pris de l’importance. L’Iran, de son côté, a adopté une rhétorique anti-impérialiste, présentant l’isolement comme une validation de son indépendance. Les années 1990 ont enraciné l’hostilité sans déclencher de guerre ouverte. La rivalité est devenue structurelle.
L’effondrement de l’Irak et l’expansion de l’Iran (2003)
L’invasion américaine de l’Irak en 2003 a renversé Saddam Hussein, le plus farouche rival de l’Iran, et a bouleversé l’équilibre régional. Les factions politiques et les milices chiites liées à Téhéran ont gagné en influence à Bagdad. Ce que Washington envisageait comme un changement de régime en Irak s’est transformé, d’un point de vue stratégique, en une aubaine pour l’Iran. Téhéran a étendu son influence au sein des institutions sécuritaires irakiennes. Pour Israël, l’émergence d’une présence iranienne dans les capitales arabes était alarmante. L’axe d’influence s’est élargi.
Cette période a marqué le début de la mise en place de ce que l’Iran appelait « l’Axe de la Résistance », ou ce que l’on connaît sous le nom de Croissant chiite.
La dissuasion du Hezbollah et la guerre de l’ombre (2006-2010)
La guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah a mis en évidence la maturité de la doctrine iranienne de recours aux forces par procuration. Les tirs de roquettes soutenus du Hezbollah ont révélé l’étendue de la dissuasion iranienne. Israël a pris conscience de la menace d’une guerre sur plusieurs fronts.
Parallèlement, une guerre de l’ombre contre le programme nucléaire iranien s’intensifiait. Cyberattaques, opérations de sabotage et assassinats visaient les capacités d’enrichissement de l’Iran. Ce conflit larvé reflétait une stratégie de temporisation, visant à ralentir le programme sans déclencher une guerre ouverte. Téhéran qualifiait ces opérations d’agression impériale.
La Syrie et le corridor (2011)
La guerre civile syrienne a bouleversé la carte stratégique. L’Iran est intervenu de manière décisive pour préserver le régime de Bachar el-Assad, en déployant des conseillers des Gardiens de la révolution et en coordonnant les milices alliées. En stabilisant Damas, l’Iran s’est assuré un corridor continu de Téhéran à Beyrouth. Par ailleurs, le retrait des États-Unis d’Irak en 2011, sous la présidence d’Obama, a également joué en sa faveur, favorisant l’expansion de l’influence iranienne.
Israël a riposté par des centaines de frappes aériennes pour empêcher l’enracinement iranien. La Syrie est devenue le théâtre d’opérations le plus actif de la guerre de l’ombre israélo-iranienne. Ce corridor a modifié l’équilibre régional ; les lignes de dissuasion se sont rapprochées du territoire israélien.
Diplomatie nucléaire et effondrement (2015-2018)
L’accord de Vienne de 2015 (JCPOA) a temporairement limité le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions. Téhéran l’a salué comme une victoire diplomatique. Israël, quant à lui, y a vu un simple report, et non une mesure préventive.
En 2018, sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont retiré leurs troupes et lancé une campagne de « pression maximale ». L’Iran a repris l’enrichissement d’uranium à des niveaux plus élevés. La pression économique s’est intensifiée ; le discours s’est durci. Le compte à rebours nucléaire a repris.
Tuer le général de la Force Qods et l’escalade calibrée (2020)
L’assassinat par les États-Unis du commandant de la Force Qods des Gardiens de la révolution iraniens, Qassem Soleimani, en janvier 2020, a constitué une rare frappe directe contre un haut responsable iranien. L’Iran a riposté par des tirs de missiles balistiques sur des bases américaines en Irak. Les deux camps ont affiché leur détermination tout en évitant une guerre ouverte, une tendance émergente à l’escalade progressive.
La diplomatie piétine, la dissuasion se renforce (2021-2022)
Les efforts pour relancer l’accord sur le nucléaire iranien ont échoué. L’Iran a accéléré son enrichissement d’uranium, se rapprochant du seuil critique. Israël a intensifié ses préparatifs en vue d’une action unilatérale et a poursuivi son offensive en Syrie. L’arsenal du Hezbollah s’est renforcé, alimentant la perspective d’un conflit sur plusieurs fronts, un élément central de la planification de la défense israélienne.
Gaza et l’escalade (2023-2024)
L’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023 a déclenché une réaction en chaîne régionale. Le Hezbollah a intensifié ses actions le long de la frontière nord d’Israël. Les milices pro-iraniennes ont multiplié les attaques contre les forces américaines. Téhéran a justifié sa position par sa solidarité avec la résistance palestinienne.
En avril 2024, l’Iran a lancé une offensive sans précédent de drones et de missiles contre Israël après que des frappes israéliennes ont tué de hauts responsables iraniens en Syrie.
En juillet 2024, le chef politique du Hamas, Ismail Haniyeh, fut assassiné à Téhéran durant la période d’investiture du président Massoud Pezeshkian. En septembre, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, fut tué lors d’une frappe israélienne massive à Beyrouth. En octobre 2024, l’Iran lança une seconde vague de frappes aériennes directes contre Israël. Le tabou de la confrontation entre États fut brisé.
La guerre des 12 jours (juin 2025)
Cinq cycles de négociations indirectes sur le nucléaire américano-iranien, début 2025, ont échoué. En juin, Israël a lancé des frappes d’envergure contre des responsables militaires iraniens, des infrastructures de missiles et des scientifiques nucléaires. L’Iran a riposté par des attaques soutenues de missiles et de drones contre des villes israéliennes.
Pendant douze jours, la région fut le théâtre d’intenses échanges de tirs. La guerre demeura géographiquement circonscrite, mais ses conséquences stratégiques furent déterminantes.
Opération Marteau de Minuit
Au cours de cette escalade, les États-Unis ont lancé l’opération Midnight Hammer, frappant les infrastructures nucléaires souterraines iraniennes de Fordow, Natanz et Ispahan à l’aide de munitions anti-bunker. Il s’agissait de l’attaque cinétique américaine la plus directe jamais menée contre des installations nucléaires iraniennes.
L’Iran a riposté par des frappes de missiles limitées sur la base aérienne d’Al Udeid au Qatar. Un cessez-le-feu a ensuite été décrété. L’escalade a été évitée de justesse.
Après Assad
La chute d’Assad en décembre 2024 a fragmenté le corridor terrestre iranien. Téhéran s’est alors davantage appuyé sur ses forces de missiles et ses réseaux supplétifs, au détriment de la continuité territoriale. Israël s’est retrouvé face à un théâtre d’opérations nord plus fragmenté mais instable. Les États-Unis ont dû faire face à un paysage stratégique profondément remanié.
2026 : Discussions et fureur épique
Trois cycles de négociations menées sous l’égide d’Oman début 2026 ont échoué en raison de désaccords fondamentaux : les plafonds d’enrichissement, les restrictions sur les missiles et les réseaux de mandataires de l’Iran – des lignes rouges pour Téhéran.
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes coordonnées sur l’Iran dans le cadre de l’« Opération Fureur Épique ». Des explosions ont secoué Téhéran. Le président Donald Trump a ouvertement appelé à un changement de régime. L’Iran a riposté par des tirs de missiles et de drones et a restreint l’accès à Internet.
La confrontation a désormais dégénéré en conflit armé ouvert. Ce qui avait commencé comme une contestation idéologique en 1979 s’est mué en une rivalité structurée et explosive, alimentée par les missiles, les forces par procuration et la question nucléaire non résolue.
KURDISTAN – La Turquie va-t-elle occuper les régions kurdes d’Irak et de d’Iran, après avoir participé à l’anéantissement de l’autonomie des Kurdes du Rojava ? De nombreux militants kurdes déclarent que la Turquie impérial met en œuvre ses plans colonialistes à travers le Kurdistan, en Irak et bientôt en Iran.
Un de ces militants met en garde contre le projet de la « route du développement » (en turc : Kalkınma Yolu Projesi), également surnommée « le canal sec », (pour lequel la Turquie a obtenu l’implication de l’Irak, des Émirats arabes unis et du Qatar) sensé concurrencer les « routes de la soie » chinoise et indienne au Moyen-Orient et dont les premières victimes sont encore et toujours les Kurdes…
« Le monde est préoccupé par les conflits et les changements au Moyen-Orient. Pendant ce temps, l’État turc met en œuvre discrètement et systématiquement un projet géopolitique dangereux. Comme le décrivent les observateurs et les sources bien informées :
« Ce mouvement n’est pas simplement une offensive militaire temporaire, mais une guerre pour l’existence même ou l’annihilation des Kurdes dans le Kurdistan du Sud (Bashur) et le Kurdistan occidental (Rojava). »
De plus, ils ont l’intention d’occuper les régions de Hawler [Erbil] et de Ninive.
Le plan inclut la fermeture du point de passage frontalier d’Ibrahim Khalil et l’attaque de Sinjar ; ils élimineront l’autonomie kurde. Quelles que soient les circonstances, ils avanceront vers Hawler.
(…) Depuis plus d’une décennie, ce projet a été planifié pour séparer le Kurdistan du Sud, de l’Ouest et du Nord les uns des autres et pour donner le Kurdistan oriental à l’Azerbaïdjan. Pourtant, certains Kurdes soutiennent encore qu’Israël est un ami des Kurdes.
Certains Kurdes croient qu’ils [Israël] sont nos amis, mais ils ne réalisent pas que tout est orchestré par eux [les dirigeants/politiques]. S’ils étaient vraiment des amis, ils auraient soutenu le référendum et persuadé les autres de nous soutenir également.
La tragédie de ce projet est que la direction du Sud [Kurdistan Bashuri] elle-même sera divisée en trois parties : Sulaimaniyah, Hawler et Sinjar, et sera séparée les unes des autres. Ensuite, nous serons forcés de dire qu’il y a huit parties du Kurdistan [au lieu de quatre]. »
KURDISTAN – Le Premier ministre kurde, Masrour Barzani, a signé jeudi un décret plaçant le commandement, le budget et la responsabilité juridique des forces régionales Peshmergas sous l’autorité du ministère des Peshmergas, marquant ainsi une étape importante vers l’unification de cette force longtemps divisée sur des bases politiques.
« Dans le cadre des efforts de réforme des forces peshmergas du Kurdistan — qui figuraient à l’ordre du jour du neuvième cabinet —, le Premier ministre Masrour Barzani a signé l’autorisation (administrative, financière, juridique et de communication) des commandements régionaux du ministère des Peshmergas », a déclaré le porte-parole du gouvernement régional du Kurdistan (GRK), Peshawa Hawramani, dans un communiqué.
Cette décision va désormais placer les forces armées sous une seule institution, avec un commandement, un budget et une responsabilité juridique partagés.
Le Premier ministre « a toujours soutenu l’idée d’une force peshmerga unifiée dans la région du Kurdistan. À cet égard, des efforts et un soutien constants sont déployés », a-t-il ajouté.
Les Peshmergas sont depuis longtemps divisés par les affiliations politiques de leurs différentes unités, ce qui a engendré des pressions internationales pour placer les unités combattantes kurdes sous un commandement central.
Bakhtiyar Mohammed, secrétaire général du ministère des Peshmergas, a déclaré à The New Region à la mi-février qu’« il y a une très bonne compréhension et des progrès de toutes parts concernant l’unification des forces Peshmergas, et tous les efforts sont orientés vers l’achèvement du processus d’unification des forces Peshmergas d’ici le 1er mars de cette année. »
Le processus, supervisé par la coalition mondiale contre l’État islamique (EI), vise à intégrer les forces de l’Unité 80, contrôlées par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), et les forces de l’Unité 70, affiliées à l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), au sein du ministère des Peshmergas sous forme de deux brigades.
Ces deux formations constituent la majorité des forces kurdes peshmergas, soit plus de 150 000 hommes.
L’un des objectifs clés du neuvième cabinet du KRG a été le processus de réforme des Peshmergas, avec un certain nombre de brigades contrôlées par les deux partis déjà intégrées au ministère.
SYRIE / ROJAVA – Dans les régions attaquées par les gangs de Damas en janvier et février, les familles kurdes sont sans nouvelles de leurs proches (civils et combattants). Souvent, elles ignorent même si leurs enfants ont été tués ou capturés.
Les familles sont descendues dans les rues mercredi et jeudi alors que l’on craint de plus en plus que près de 2 000 personnes – civils et combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) – soient portées disparues. (chiffres avancés par Rudaw)
Au Rojava, des familles protestent contre le silence qui entoure leur demande de libération des prisonniers. Des centaines de personnes originaires des districts d’Alep de Şêxmeqsûd et d’Eşrefiyê, de Deir Hafir, ainsi que des régions de Raqqa et de Tabqa ont été tuées ou capturées pendant la guerre. On ignore toujours où elles se trouvent. Leurs proches tentent depuis des semaines de se faire entendre.
Les familles des combattants et des civils capturés par les groupes opposés lors des affrontements de janvier et février derniers ont manifesté mercredi devant le bureau des Nations Unies à Qamishli. Elles ont exigé : « Rendez-nous nos enfants, rendez-nous les corps de nos morts. » Jusqu’à présent, leurs manifestations sont restées vaines et aucune mesure n’a été prise pour répondre à leurs revendications.
Un père participant à la manifestation, brandissant une banderole où l’on pouvait lire « Je veux la liberté de nos enfants », a exigé la libération de son fils : « Je veux que mon fils Zinar Zagros et tous nos enfants soient libérés de ces sombres prisons. Nous voulons une vie digne et libre. Qu’avons-nous fait ? Quel crime avons-nous commis ? Nous avons combattu pour l’humanité et la fraternité. Je veux la liberté de mon enfant. »
Une mère a expliqué qu’elle était sans nouvelles de l’un de ses fils depuis trois mois et qu’elle n’avait plus de nouvelles de l’autre depuis le début de la guerre. Elle a déclaré : « Nous n’avons plus de nouvelles de lui depuis le début de la guerre. A-t-il été tué ? Est-il porté disparu ? Nous ne savons pas. Il ne faut pas laisser ce peuple seul. Nous vivons des temps très difficiles. Nous sommes à bout de patience. En ce mois sacré, nous voulons que nos enfants retrouvent leurs mères. »
«Que puis-je faire en tant que mère ?»
Behiye Ferhan Elî, la mère de Murad Eşqer, a également déclaré que son fils avait été capturé et que deux autres membres de sa famille étaient portés disparus. Brandissant une photo de son fils, elle a dit : « Voici mon fils, capturé à Deir Hafir. Nous ignorons tout de son sort. L’un de mes enfants est tombé au combat, un autre est prisonnier, et mon gendre est lui aussi mort. Que puis-je faire, en tant que mère ? Nous voulons que nos voix soient entendues dans le monde entier. Libérez nos enfants ! »
La principale revendication des familles est que les Nations Unies garantissent l’application des conventions internationales relatives aux droits de l’homme. Elles exigent également que la situation des prisonniers fasse l’objet d’enquêtes menées par des commissions indépendantes, que le sort des disparus soit élucidé et que les corps des victimes soient restitués à leurs familles. (ANF)
SUISSE – Au regard de la diversité syrienne, une organisation sur le modèle de notre pays mériterait d’être sérieusement envisagée. Utopique?
Le nouveau leader syrien Ahmad Al-Charaa, soutenu par la Turquie, cherche à transformer l’espoir kurde, une autonomie acquise depuis quatorze ans, en cauchemar. Appuyé par plusieurs organisations paramilitaires d’Ankara, il entend imposer un État unitaire inspiré du centralisme turc, en totale contradiction avec la réalité ethnique, confessionnelle et linguistique de la Syrie.
Lors de violents affrontements entre les forces kurdes et l’armée syrienne contrôlée par HTS (Hayat Tahrir al-Cham), dirigée par Ahmad Al-Charaa (alias Mohammed al-Joulani, ancien cadre de Daech), une combattante kurde a été tuée puis jetée du troisième étage d’un immeuble. Le 15 janvier, le ministère syrien des Affaires religieuses a diffusé une circulaire appelant les mosquées à soutenir l’armée de Damas contre les Kurdes, en se référant à la sourate coranique Al-Anfal. Saddam Hussein s’y était déjà référé lors de la «campagne Anfal» d’extermination des Kurdes irakiens (1987-1988), qui fit plus de 180’000 morts. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le nouveau régime se rendrait coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Des images largement diffusées illustrent l’ampleur des fractures et la difficulté du vivre-ensemble entre Arabes, Kurdes, Chrétiens, Druzes et Alaouites…
La chute de Bachar al-Assad, le régime bassiste (pan arabisme) en décembre 2024, après une offensive menée notamment par HTS, avec le soutien du leader turc Tayyip Erdogan et une politique américaine de «laisser-faire», a mis fin à cinquante-quatre ans de pouvoir familial. Après quatorze ans de guerre civile, le pays traverse une transition instable, marquée par des conflits interethniques et des violences massives sous un pouvoir qualifié de «djihadiste modéré».
Alternative crédible
Un siècle plus tôt, les puissances occidentales avaient déjà façonné la région sur le modèle de l’État-nation unitaire. Aujourd’hui encore, elle est redessinée sans réelle prise en compte des minorités. Or, au regard de la diversité syrienne et de la défiance envers le nouveau régime islamiste , un État fédéral apparaît comme la seule alternative crédible. Inspiré en partie du modèle helvétique, un système de cantons et de communes permettrait la coexistence de populations imbriquées, tout en corrigeant les fortes inégalités entre régions riches en ressources et zones marginalisées. Autonomie locale, péréquation financière, reconnaissance de la diversité religieuse et forces de sécurité locales constituent des principes adaptables à la Syrie.
Les accords du 10 mars 2025 entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement de transition prévoyaient pourtant un État décentralisé et la reconnaissance des droits des minorités. Mais sous la pression des monarchies du Golfe et de la Turquie, les Kurdes ont été abandonnés. Un siècle plus tard, imposer à nouveau un État-nation centralisé à une société aussi fragmentée relève du mariage forcé. Or, le fédéralisme syrien pourrait offrir une base plus réaliste pour la paix, la démocratie.
Par Ihsan Kurt, président d’AFKIV (Association pour la promotion du Fonds kurde Ismet Chérif Vanly), www.vanly.ch