Soutenue par le Gouvernement régional du Kurdistan, une initiative éducative d’envergure voit le jour en Norvège. En collaboration avec les centres kurdes d’Oslo, plusieurs écoles ouvriront prochainement leurs portes afin de permettre aux Kurdes de la diaspora de maintenir un lien vital avec leur langue et leur culture.
Une première école de langue proposera un enseignement dans les deux principaux dialectes, le sorani et le kurmanji. Porté par des enseignants bénévoles, ce projet s’inscrit dans une volonté plus large de sauvegarde du patrimoine immatériel kurde au sein des nouvelles générations.
Rezvan Warmeli, chef de la diaspora kurde en Norvège, a précisé au journal « The New Region » que l’établissement débutera ses activités avec quatre classes, chacune pouvant accueillir jusqu’à 17 élèves. Il a également souligné que cette création bénéficie de l’appui technique et institutionnel de la Confédération de la langue kurde.
Un programme entre racines et intégration
Selon les informations transmises par la Confédération au site The New Region, le ministère de l’Éducation du GRK fournira l’ensemble des manuels et fournitures scolaires. Si le programme s’appuie initialement sur le système éducatif de la région du Kurdistan, l’objectif à terme est d’adopter le modèle pédagogique norvégien (d’origine finnoise) pour favoriser une intégration harmonieuse.
Cette dynamique fait suite à la signature, en mars 2025, d’un protocole d’accord entre le Premier ministre Masrour Barzani, le ministère de l’Éducation et le Centre de la diaspora kurde. Ce partenariat vise à structurer l’enseignement du kurde à l’étranger en y intégrant l’histoire nationale et les luttes historiques du peuple kurde face à l’injustice.
« Nous prévoyons d’ouvrir davantage d’écoles de langue kurde à travers la Norvège », a déclaré Derin Mahmoud, enseignant bénévole. Bien que les inscriptions officielles ne soient pas encore closes, une cinquantaine d’élèves se sont déjà manifestés pour intégrer ce cursus.
Un enjeu de transmission face à l’exil
Au cours des dernières décennies, des milliers de Kurdes ont été contraints à l’exil vers l’Occident. Originaires du Kurdistan d’Irak, de Turquie, d’Iran ou de Syrie, ces familles ont fui des décennies de conflits politiques, de répression systématique et de violences. Dans ce contexte de déracinement, l’école devient un sanctuaire pour la transmission d’une identité souvent menacée dans les pays d’origine.
SYRIE – Depuis plus d’un an, des femmes et des filles alaouites sont régulièrement enlevées, séquestrées, violées et parfois libérées contre rançon par des gangs criminels, sans que cela suscite une réelle mobilisation de la communauté internationale.
Alors qu’on est sans nouvelles des femmes kurdes ou de combattantes des YPJ enlevées par Damas en janvier, le drame systématique touchant la minorité alaouite est également ignoré par la communauté internationale, malgré des preuves accablantes.
Une enquête approfondie du New York Times, publiée ce jour, révèle que ces enlèvements sont bien plus fréquents et brutaux que ne l’admet le gouvernement de transition syrien.
Un exemple parmi d’autres : En mai dernier, une adolescente de 16 ans a quitté son domicile dans le nord-ouest de la Syrie pour se rendre dans une boutique et a disparu. Des semaines plus tard, sa famille a reçu un appel anonyme exigeant des milliers de dollars pour sa libération. Après paiement de la rançon, la jeune fille est rentrée chez elle plus de 100 jours après son enlèvement. Elle a confié à ses proches avoir été détenue dans un sous-sol humide, droguée et violée par plusieurs hommes. Un examen médical a révélé qu’elle était rentrée enceinte.
Le New York Times a vérifié 13 cas d’enlèvements de femmes et filles alaouites (ainsi qu’un homme et un garçon). Cinq des victimes ont déclaré avoir été violées ; deux sont rentrées enceintes. Dans un autre cas documenté, une femme de 24 ans a été détenue trois semaines dans une pièce crasseuse, où elle a été violée, battue, rasée (tête et sourcils) et tailladée avec des lames de rasoir. Sa famille a payé les ravisseurs pour obtenir sa libération.
Depuis la chute de Bachar al-Assad fin 2024, de nombreuses familles alaouites alertent sur les réseaux sociaux. Elles craignent que leur communauté – à laquelle appartenait le dictateur déchu – ne soit visée en représailles par certains groupes sunnites. Les Alaouites représentent environ 10 % de la population syrienne.
Le gouvernement de transition nie tout ciblage systématique et affirme n’avoir confirmé qu’un seul cas. Pourtant, l’enquête du New York Times, basée sur des dizaines d’entretiens (la plupart sous anonymat par peur de représailles), des captures d’écran de demandes de rançon, des virements et des témoignages de travailleurs médicaux, contredit cette version.
Ces violences interviennent dans un climat de profonde méfiance. L’association des Alaouites au régime Assad par une partie des nouveaux dirigeants a déjà conduit à des violences sectaires meurtrières en mars 2025 (environ 1 400 morts selon l’ONU), avec la participation des forces de sécurité de Damas.
Beaucoup de victimes et de leurs familles dénoncent l’inaction ou le manque de sérieux des autorités face à ces affaires.
Ces enlèvements, motivés à la fois par l’appât du gain et la haine anti-alaouite, alimentent la terreur au sein d’une minorité déjà fragilisée.
SYRIE / ROJAVA – Les gangs de Damas ont arrêté au moins deux Kurdes pour les « célébration de Newroz » et le port du drapeau du Kurdistan.
Le 21 mars, un Kurde de 40 ans a été arrêté devant son domicile dans le village de Ta’ana (campagne d’Alep-Nord) puis transféré à la prison militaire d’Akhtarin, où il est toujours détenu sans charge officielle ni présentation devant un juge.
Le même jour, dans la ville d’Afrin, deux membres de la police militaire ont interpellé un jeune homme d’une vingtaine d’années près de la rue Al-Mazout, alors qu’il participait aux célébrations du feu de Nowruz.
Ces incidents révèlent une répression croissante contre l’expression de l’identité kurde, en totale contradiction avec les discours officiels sur la protection des libertés publiques.
ALLEMAGNE – La 3e édition du Festival du film kurde de Düsseldorf se tiendra du 17 au 19 avril 2026 dans deux salles emblématiques de la ville : l’UFA-Palast Düsseldorf (Worringer Str. 142) et le Kino Metropol.
Le festival ouvrira ses portes le vendredi 17 avril à 20h avec la projection du long-métrage « Birako Heval » (90 minutes), un hommage puissant à la résistance du Rojava. Cette édition mettra particulièrement en lumière la région du Rojava, avec notamment le court-métrage « Ye Me Rûmeta Rojava » (« Rojava est notre dignité ») et le documentaire « Hemo ».
L’emblème du festival représente la tresse d’une femme révolutionnaire face à la carte du Kurdistan. Ce symbole fort fait écho à un acte de résistance survenu pendant les combats au Rojava, où la tresse d’une combattante avait été coupée, devenant ainsi une image de dignité et de lutte.
Une programmation riche et diversifiée
Le programme comprend :
3 longs-métrages
8 documentaires
17 courts-métrages
Les films proviennent des quatre parties du Kurdistan et de la diaspora :
3 films du Rojava
11 du Kurdistan du Nord
5 du Kurdistan de l’Est
7 du Kurdistan du Sud
3 productions internationales
Les thématiques abordées reflètent les réalités kurdes contemporaines : la révolution du Rojava, la vie des kolbars (porteurs frontaliers) au Kurdistan de l’Est, l’interdiction de la langue kurde, les pressions de l’État turc sur les villes kurdes, les déplacements forcés au Kurdistan du Nord, ainsi que les restrictions sur la musique kurde. La grande majorité des œuvres mettent en scène la société kurde dans toute sa complexité, sa résilience et ses combats.
Compétition et prix
Un concours de courts-métrages récompensera quatre films, un par partie du Kurdistan. Quatre prix d’honneur seront également décernés dans la catégorie des longs-métrages. Parmi les distinctions annoncées figurent le Human Rights Film Award, le Halil Dag Resisting Film Award, le Jina Amini Honor Award et le Yılmaz Güney Film Award, ainsi que quatre prix « Aspiring Filmmakers Award » (un pour chaque partie du Kurdistan).
Un festival né dans un contexte de résistance
Serhat Holako, membre du comité préparatoire, explique que les préparatifs du festival ont coïncidé avec de nouvelles attaques contre le Rojava. Le choix du film d’ouverture rend ainsi hommage à la résistance de cette région. « Le festival est devenu l’une des plateformes les plus importantes pour promouvoir le cinéma kurde et rassembler les artistes kurdes », souligne-t-il. Il rappelle que les films des quatre parties du Kurdistan sont réalisés dans des conditions souvent marquées par la guerre, les difficultés et les persécutions.
Organisé par le Si Filmkollektiv e.V. et une équipe de bénévoles culturels, le festival vise à rendre visibles les voix, les perspectives et les histoires kurdes à l’échelle internationale, tout en renforçant les liens et la conscience collective au-delà des frontières.
Le 3e Festival du film kurde de Düsseldorf s’annonce comme un événement majeur pour la diaspora kurde en Europe et tous les amoureux du cinéma engagé. Plus d’informations et le programme détaillé sont disponibles sur le site officiel : www.dkff.de.
Les craintes pour la vie des prisonniers politiques en Iran se sont considérablement aggravées depuis le début des frappes militaires américaines et israéliennes. Sur fond d’escalade régionale, l’ONG kurde Kurdistan Human Rights Network (KHRN) signale des exécutions secrètes, des mesures de sécurité renforcées dans les prisons et une répression accrue.
Des coupures généralisées d’internet, des restrictions sévères sur les appels téléphoniques, les visites familiales et l’accès aux avocats ont isolé encore davantage les détenus, rendant leur sort opaque et inquiétant.
Exécutions confirmées
Le KHRN a appris qu’au moins cinq prisonniers politiques ont été exécutés secrètement ces derniers jours :
Babak Alipour
Pouya Ghobadi
Mohammad Taghavi
Akbar Daneshvar-Kar
Amir-Hossein Hatami
D’autres prisonniers politiques, en particulier des Kurdes précédemment condamnés à mort, font face à un risque imminent d’exécution.
Prisonniers kurdes en danger de mort
Sept prisonniers politiques kurdes restent condamnés à mort à l’issue de procès inéquitables devant des tribunaux révolutionnaires islamiques (accusations de « baghi » — insurrection armée — et « moharebeh » — inimitié envers Dieu) :
Pakhshan Azizi (militante des droits des femmes, Mahabad) — peine confirmée par la Cour suprême
Nasser Bakerzadeh (Orumiyeh) — recondamné à mort en février 2026
Rauf Sheikh-Maroufi
Mohammad Faraji
Au moins quatre de ces condamnations ont été confirmées par la Cour suprême.
Nouveaux procès et incertitude
Plusieurs cas où les condamnations à mort avaient été annulées par la Cour suprême ont été renvoyés devant les tribunaux révolutionnaires :
Verisheh Moradi, membre de la Communauté des femmes du Kurdistan oriental (Civaka Jinên Rojhelatî Kurdistan-KJAR)
Ali (Soran) Ghassemi, Pezhman Soltani, Kaveh Salehi, Rezgar Beigzadeh Babamiri (et d’autres)
Ces personnes, détenues à Evin et Orumiyeh, risquent fortement une nouvelle condamnation à mort pour « baghi », « moharebeh » ou « efsad-e fel arz » (corruption sur terre), après des mois de torture et de détention à l’isolement.
Position du KHRN
Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan condamne fermement ces exécutions et exprime sa profonde inquiétude face au risque sérieux d’autres mises à mort. Il met en garde : dans le contexte actuel de guerre, la peine de mort risque d’être utilisée de manière croissante comme instrument de pression et de représailles.
Le KHRN exige :
L’arrêt immédiat de toutes les condamnations à mort et exécutions ;
L’octroi de permissions de sortie temporaires aux détenus pour réduire les risques liés au conflit ;
Que les autorités iraniennes assument pleinement leur responsabilité de protéger la vie et la santé de tous les prisonniers.
Ces développements interviennent alors que le régime renforce le contrôle des prisons, limite drastiquement l’information et semble vouloir étouffer toute contestation intérieure pendant le conflit régional.
TURUQIE / KURDISTAN – La famille de Rojin Kabaiş, étudiante kurde de 21 ans morte dans des circonstances suspectes à Van, déclare être victime de graves menaces pour qu’elle abandonne les poursuites judiciaires.
Rojin a disparu le 27 septembre 2024 après avoir quitté sa résidence universitaire. Son corps a été retrouvé 18 jours plus tard sur les rives du lac de Van. Bien que les autorités aient initialement évoqué un suicide, la famille et ses avocats contestent fermement cette thèse et sont convaincus qu’il s’agit d’un assassinat.
Le père, Nizamettin Kabaiş, déclare à l’agence ANF recevoir régulièrement des menaces via WhatsApp et par téléphone :
« Ils me disent d’abandonner l’affaire. Ils menacent de me tuer et de m’enterrer à côté de ma fille. »
Ces menaces, transmises au parquet, n’ont entraîné aucune mesure de protection concrète de la part des autorités turques, malgré les demandes répétées de la famille (caméras de surveillance, sécurité renforcée).
Des failles graves dans l’enquête
Un rapport médico-légal tardif (près d’un an après les faits) a révélé la présence d’ADN masculin sur la poitrine et la zone intime de Rojin, ainsi que des indices de possibles violences sexuelles. La famille dénonce des investigations bâclées, un manque de transparence et exige la mise en place d’une équipe d’enquêteurs indépendants venus d’Ankara ou d’Istanbul.
« Plus nous cherchons la vérité, plus la pression et les menaces augmentent », déclare Nizamettin Kabaiş. Malgré tout, il reste déterminé :
« Je ne reculerai pas d’un pouce tant que les responsables de la mort de ma fille ne seront pas traduits en justice. »
IRAK / KURDISTAN – Mercredi soir, un drone lancé par des milices chiites pro-iraniennes sur Erbil (en kurde Hewler), capitale du Kurdistan, a frappé un restaurant bondé de clients.
Le propriétaire du restaurant remercie les cieux car le drone n’a pas explosé. Sinon, une cinquantaine de personnes auraient été tuées.
’Irak et l’Iran continuent de terroriser la Région du Kurdistan, malgré la neutralité claire proclamée par le Gouvernement régional du Kurdistan (KRG).
Les attaques ne cessent pas. Si les Kurdes ripostent, ils les accuseront d’être entrés en guerre et justifieront leurs bombardements. S’ils ne ripostent pas, ils continueront à les frapper impunément.
Le peuple kurde est la première victime d’une guerre qui n’est pas la sienne.
SYRIE / ROJAVA – Avdan Mahmud, un Kurde originaire d’Afrin et combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS) depuis 2015, a vécu l’occupation de sa ville en 2018 par la Turquie, le déplacement forcé vers Shehba, la destruction de sa maison, l’abattage de ses oliviers et la torture entre les mains des Turcs.
Le 28 novembre 2024, alors qu’il fuyait les attaques de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et des groupes affiliés à la Turquie le long de la ligne Alep-Shehba, il a été capturé par des membres de la faction Sultan Murad. « Ils m’ont pris pour cible parce que je suis Kurde », témoigne-t-il.
Un calvaire de 1 an, 3 mois et 17 jours
Transféré à Kilis (Turquie), il a été remis aux services de renseignement turcs où il a subi tortures physiques, interrogatoires forcés, pressions psychologiques, isolement et menaces de mort : « Ils me demandaient si j’étais kurde, pourquoi j’avais rejoint les FDS, et me disaient qu’ils allaient me tuer et livrer mon corps à ma famille. »
Il a ensuite été détenu à la prison d’al-Raia, qu’il décrit comme « la pire prison de Syrie » : faim, mauvais traitements, tortures quotidiennes. Des prisonniers y croupissent depuis dix ans.
Transféré ensuite à Serêkaniyê, puis à Raqqa sous le Gouvernement intérimaire syrien, il a enduré pendant plus d’un mois des pressions pour renier les FDS et une intense torture psychologique.
Libéré finalement dans le cadre d’un échange de prisonniers, Avdan Mahmud a retrouvé sa famille. « J’ai tout subi : torture, faim, soif, manque de sommeil, intimidations… Mais je n’ai jamais perdu espoir. Aujourd’hui, je suis avec les miens. »
Son itinéraire de captivité – Afrin → Shehba → Kilis → al-Raia → Serêkaniyê → Raqqa → Qamishlo – retrace la répression systématique subie par de nombreux Kurdes après la chute du régime d’Assad.
SYRIE / ROJAVA – Ce jeudi, des habitants kurdes de Kobanê se sont rendus dans le district de Jalabiyah (Çelebi), au sud de Kobanê, pour reprendre le contrôle de la municipalité et rétablir les services publics essentiels (eau, électricité, administration locale) bloqués par les forces du Gouvernement intérimaire syrien.
À leur arrivée, les forces de sécurité liées à Damas ont ouvert le feu sur les civils non armés. Plusieurs manifestants ont été blessés et de nombreux journalistes kurdes couvrant l’action pacifique ont été arrêtés.
Alors que Damas a envoyé des renforts dans la région, les autorités kurdes de Kobanê ont publié un communiqué dénonçant le non respect des accords signés entre Damas et les autorités kurdes du Rojava.
Voici leur communiqué :
Conformément à l’accord signé le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement de transition syrien, il était prévu d’intégrer les institutions de la région, de reconnaître la volonté de la population locale et de nommer les administrateurs des institutions parmi les habitants.
C’est sur cette base que le gouverneur d’Al-Hasakah et plusieurs autres administrateurs ont été nommés parmi les résidents locaux de la province. Or, ce processus n’a pas été appliqué dans la région de Kobané, où les administrateurs des institutions locales sont nommés en dehors de la zone.
À ce jour, un directeur de district et plusieurs administrateurs ont été nommés dans les sous-districts de Sirrin et d’Al-Jalabiyah sans consultation préalable de la population de Kobané.
Ces mesures prises par l’administration du gouvernorat d’Alep ne sont conformes ni aux dispositions de l’accord du 29 janvier, ni aux termes de l’accord d’intégration conclu entre le gouvernement de transition de Damas et les Forces démocratiques syriennes. Ces actions entravent la mise en œuvre du processus d’intégration.
Après la nomination par l’administration du gouvernorat d’Alep d’administrateurs pour les institutions du sous-district d’Al-Jalabiyah, les habitants de Kobani et d’Al-Jalabiyah se sont réunis pour publier une déclaration exprimant leur position sur ces mesures. Cependant, les forces de sécurité intérieure et les forces militaires (affiliées au gouvernement de transition) sont intervenues, ont empêché les habitants de publier la déclaration, ont agressé physiquement certains d’entre eux et ont tenté d’arrêter plusieurs personnes.
Nous, administration et population de Kobani, condamnons et dénonçons ces actions. Nous appelons le gouvernement de transition à respecter les dispositions de l’accord du 29 janvier et à mettre en œuvre le processus d’intégration en conséquence. Nous affirmons que nous n’accepterons aucune mesure prise en dehors de ce cadre.
TURQUIE / KURDISTAN — En Turquie, les journalistes, notamment ceux travaillant pour les médias kurdes, ne se contentent plus d’enquêter : ils passent leur temps au tribunal, sous contrôle judiciaire, avec passeport confisqué ou assignation à résidence. Les témoignages de Tuğçe Yılmaz, Mehmet Aslan et Furkan Karabay révèlent un système de répression systématique où la procédure elle-même devient la punition.
En Turquie, pour les journalistes, se battre en justice fait désormais partie intégrante du métier. Les récits de Tuğçe Yılmaz (bianet), Mehmet Aslan (agence Mezopotamya) et Furkan Karabay (Medyascope) illustrent comment la pression sur la liberté de la presse s’est muée en un régime judiciaire systématique et épuisant.
La Turquie traîne depuis des années une réputation désastreuse en matière de liberté d’expression. Arrestations, détentions provisoires, enquêtes interminables et contrôles judiciaires : l’État ne se contente plus de censurer, il use du droit comme arme de harcèlement.
Ces dernières semaines, les arrestations d’Alican Uludağ et İsmail Arı, ou l’emprisonnement de Pınar Gayıp et Elif Bayburt pour leur travail à l’agence ETHA, n’ont fait que confirmer un tableau déjà sombre. Mais le cœur du problème ne réside pas seulement dans les cellules. Il se joue dans les couloirs des tribunaux, les convocations hebdomadaires au commissariat, les passeports confisqués et les assignations à résidence.
Tuğçe Yılmaz et l’avocate de Bianet, Deniz Yazgan au palais de justice d’Istanbul
Tuğçe Yılmaz : « Ce que nous racontons, c’est votre histoire »
Depuis le début de sa carrière, Tuğçe Yılmaz cumule violences policières et menaces judiciaires. Depuis 2024, la pression est devenue méthodique.
Deux procédures distinctes pèsent sur elle : l’une pour « aide à une organisation terroriste » liée à des droits d’auteur perçus pour son travail, l’autre sous l’article 301 du Code pénal pour un article sur la jeunesse arménienne en Turquie. Pendant plus d’un an, elle a dû pointer chaque semaine au même commissariat. Son passeport a été confisqué, son interdiction de voyager à l’étranger reste en vigueur. Les conférences internationales et les voyages professionnels sont devenus impossibles sans autorisation judiciaire.
« En Turquie, presque aucun journaliste n’échappe aujourd’hui au contrôle judiciaire », constate-t-elle. « Certains de mes collègues sont en prison, d’autres assignés à résidence. C’est une peine lourde, même sans condamnation finale. »
Pour elle, les discours officiels sur la paix et la démocratie sonnent creux tant que les pressions sur la presse persistent. « Nous ne pouvons pas mener ce combat seuls. Lecteurs, sources, partis politiques et défenseurs des droits humains doivent nous soutenir. Lisez-nous, partagez nos articles, suivez nos audiences, ne laissez pas nos collègues seuls en prison. Car ce que nous racontons, c’est votre histoire. »
Mehmet Aslan : L’organisation [terroriste] n’existe plus, mais les dossiers, si
Mehmet Aslan
Le parcours de Mehmet Aslan, reporter à l’agence Mezopotamya, incarne le sort des journalistes kurdes. Dès 20 ans, en 2015, l’État l’a plongé dans le système répressif : détention, torture, arrestations répétées.
En 2021, il passe cinq mois en prison pour des articles sur Abdullah Öcalan et les prisonniers politiques, accusé d’appartenance au PKK. Acquitté. En 2024, nouvelle arrestation sur les mêmes faits. Libéré, puis une nouvelle enquête pour les mêmes accusations. Les dossiers sont fusionnés et toujours en cours.
« Le PKK s’est dissous, mais les poursuites continuent », ironise-t-il. « Rapporter des faits ne signifie pas appartenir à une organisation. L’État sait que je ne suis pas membre du PKK. Ce qu’il veut contrôler, c’est ce qui peut être vu, dit et mémorisé, surtout sur la question kurde. »
Même les acquittements ne protègent pas. La machine judiciaire redémarre, avec les mêmes chefs d’accusation, à une autre date.
Furkan Karabay : Le pouvoir judiciaire au service du pouvoir politique
Furkan Karabay
Furkan Karabay, journaliste judiciaire à Medyascope, est l’un des reporters les plus poursuivis de Turquie. Détenu cinq fois, arrêté formellement trois fois, il a passé environ huit mois en détention provisoire ces dernières années. Il totalise une cinquantaine de plaintes et a récemment été placé sous assignation à résidence avec interdiction de voyager.
Dans chaque affaire, son travail journalistique est criminalisé : « diffusion de fausses informations », « outrage au président », ou encore « mise en danger de personnes luttant contre le terrorisme ».
« Le système judiciaire n’obéit plus à la loi, mais aux ambitions politiques », dénonce-t-il. « Les juges ne sont plus loyaux envers la Constitution, mais envers le pouvoir. » (Via Bianet)
Un système où la procédure est la sanction
Pris ensemble, ces trois témoignages dessinent un mécanisme implacable. En Turquie, la vraie punition n’est souvent pas la condamnation finale, mais le processus lui-même : années perdues en audiences, énergie consacrée à sa défense plutôt qu’à l’enquête, mobilité entravée, revenus affectés, vie personnelle disloquée.
La détention envoie un message. L’assignation à résidence étouffe le quotidien. Le contrôle judiciaire use psychologiquement. Même acquitté, le journaliste sort épuisé, parfois ruiné professionnellement.
Ce régime ne vise pas seulement à punir des articles isolés. Il cherche à décourager toute investigation gênante et à effacer une mémoire collective que le pouvoir préfère voir disparaître.
Tant que les journalistes turcs devront passer plus de temps au tribunal que sur le terrain, la liberté de la presse restera une illusion. Leur combat n’est pas seulement le leur : il est celui de toute une société qui aspire à savoir.
MOYEN – ORIENT – « Les colonisateurs, c’est les autres. » C’est la logique commode des impérialistes du Moyen-Orient (Turcs, Perses, Arabes…) : ils dénoncent avec virulence le colonialisme occidental tout en colonisant, opprimant et massacrant eux-mêmes les peuples de la région — Kurdes, Baloutches, Assyriens, Yézidis, Baha’is et autres minorités religieuses non musulmanes.
L’activiste kurde, Jino Victoria Doabi dénonce le discours victimaire de Masoud Pezeshkian, Président de la République islamique d’Iran, qui utilise le post-colonialisme et le constructivisme pour présenter l’Iran comme victime de l’Occident impérialiste qui fabrique des menaces et « l’Autre ». Pourtant, en retournant ces mêmes outils contre le régime, l’Iran apparaît comme un acteur puissant qui construit lui-même « l’Autre radical » : son propre peuple, les Kurdes, Baloutches, minorités et la région entière, via oppression, exécutions et milices proxies. Son discours est hypocrite et stratégique : il victimise le régime pour blanchir son sang et délégitimer toute critique, tout en reproduisant l’impérialisme qu’il dénonce.
Voici le pamphlet de Jino Victoria Doabi :
Puisque Pezeshkian utilise le post-colonialisme et le constructivisme dans son argumentation envers le peuple américain, tout en ignorant comment ces mêmes cadres théoriques le frappent en retour directement à la tête, il faut le dire clairement. Son discours présente l’Iran comme une victime de la domination occidentale et des « menaces fabriquées » où le constructivisme soutient que les menaces sont créées par des récits et ne sont pas objectives, tandis que la critique post-coloniale argue que les acteurs puissants construisent « l’Autre » ou « l’Autre radical ». En d’autres termes, des acteurs puissants comme les États-Unis construisent des images de l’ennemi pour légitimer les interventions, les sanctions et le contrôle géopolitique. Un signe classique de la représentation de l’Occident comme impérialiste et définisseur de normes, ce qui, en soi, est vrai, et en tant que Kurde, dont les frontières ont été tracées à travers les montagnes, je reconnais la logique selon laquelle l’Occident en porte la responsabilité.
Mais là où la chaîne se brise, c’est dans le récit propagandiste et révisionniste de soi qui tente de se laver les mains du sang de millions de vies en Iran, dans la région, et même en Occident. Si nous inversons cette logique, cette critique post-coloniale et constructiviste, contre le régime iranien et l’Iran en tant qu’État, alors il n’a vécu que de « menaces fabriquées » précisément et a été L’acteur puissant qui construit « l’Autre radical », non seulement vis-à-vis de sa propre population, mais aussi des Kurdes, des Baloutches, des Afghans, de toute la région, et de l’Occident. Cela a officiellement commencé avec le discours de Khomeini il y a exactement 47 ans, le 1er avril 1979, où il a encadré TOUT LE MONDE comme l’ennemi de lui-même, de l’idéologie chiite-islamiste et de l’Iran (lien vers le discours dans les commentaires).
Alors que Pezeshkian critique l’impérialisme occidental, il représente lui-même un régime qui opprime systématiquement et brutalement ses propres citoyens et minorités. Les Kurdes, les Baloutches, les Azéris, et même les dissidents perses sont soumis à la discrimination, à la violence, à la torture, aux exécutions et à la persécution politique. Pendant des décennies, le régime a été responsable de violations massives des droits humains et du meurtre de ses propres citoyens et de ceux des autres.
De plus, il présente un Iran et un régime anti-coloniaux et anti-impérialistes, alors que le fait est qu’il s’agit d’une puissance régionale aux géopolitiques impérialistes et coloniales qui pèsent plus lourd que la plupart ne sont prêts à l’admettre – il suffit de regarder l’Irak qui fonctionne essentiellement comme une zone tampon de l’Iran. Par le soutien et la construction de milices proxies dans la région, ainsi que des opérations militaires et coloniales, y compris contre le Kurdistan et le peuple kurde, l’Iran en tant qu’État et régime exerce une influence et une agression actives à la fois à l’intérieur et au-delà de ses propres frontières, et les centaines d’attaques au cours du mois passé contre la région du Kurdistan devraient témoigner de cela.
Alors pourquoi Pezeshkian utilise-t-il cette forme d’argumentation si elle le frappe directement en retour à la tête ? Parce que c’est un acte stratégique et délibéré. Les concepts post-coloniaux et constructivistes sont utilisés par le régime iranien pour délégitimer la critique externe et gagner un soutien interne, tandis que les actions du régime lui-même sont exemptées de la même lentille analytique. Par conséquent, j’argue que l’utilisation des mêmes cadres pour critiquer le régime est la seule façon de démanteler une fondation construite sur le sang des gens.
Parce que la République islamique est précisément un produit de décennies d’ingérences étrangères en Iran, qui ont plus tard détourné la révolution du peuple contre le Shah. Le retour de Khomeini de l’exil en 1979 a été propulsé et façonné par un paysage géopolitique marqué par l’influence occidentale et des interventions antérieures. Par conséquent, les arguments de Pezeshkian deviennent doublement hypocrites. D’un côté, il critique l’impérialisme occidental et met en lumière comment les puissances externes ont façonné l’Iran, tandis que de l’autre, il représente un régime tyrannique qui n’est non seulement un produit de cette histoire mais qui reproduit activement la même oppression, violence et politique de puissance régionale qu’il prétend s’opposer.
Par conséquent, cette déclaration de Pezeshkian fonctionne à elle seule comme une victimisation de soi, et un blanchiment des meurtres de dizaines de milliers de personnes, de ses proxies régionaux et pour gagner la sympathie externe et interne.
TURQUIE / KURDISTAN — Les autorités turques abandonnent les poursuites concernant des restes humains découverts dans la province kurde de Diyarbakir (Amed). Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large d’impunité systématique pour les crimes commis contre les Kurdes dans les années 1990. Des milliers de disparitions forcées restent non élucidées, et les autorités turques continuent de classer les affaires sans identifier ni poursuivre les responsables, qu’ils soient militaires, paramilitaires ou membres du JITEM.
En mai 2025, un berger a découvert des restes humains dissimulés sous deux pierres dans le hameau d’Işıktan, quartier rural de Dêrqam (Duru), à Lice, dans la province kurde de Diyarbakır (Amed). Les autorités médico-légales ont daté ces ossements des années 1990, une période marquée par un conflit intense et par des milliers de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires de civils kurdes dans les régions kurdes de Turquie.
Malgré les preuves médico-légales confirmant que les restes appartiennent à au moins deux personnes, dont un enfant, les autorités locales ont décidé de ne pas engager de poursuites. Les ossements, retrouvés à environ 300 mètres d’un lit de rivière asséché, ont été envoyés à l’Institut de médecine légale (ATK) d’Istanbul. Le rapport du service d’examen osseux et dentaire conclut qu’il s’agit bien de restes humains et que les modifications morphologiques des os (liées aux méthodes d’inhumation, à l’intervention d’animaux et aux conditions environnementales) indiquent des décès remontant à environ 30 ans ou plus.
Cette datation coïncide précisément avec les années 1990, au cours desquelles des milliers de civils kurdes ont été kidnappés, exécutés et enterrés clandestinement par des paramilitaires turcs, notamment par le JITEM (Jandarma İstihbarat ve Terörle Mücadele), un organisme de la gendarmerie turque dont l’existence n’est pas reconnue officiellement par l’État turc et qui a été impliqué dans de nombreuses affaires de disparitions forcées et d’exécutions sommaires dans le Kurdistan de Turquie.
Allégations de violations de procédure et non-lieu controversé
Des avocats du barreau de Diyarbakır, de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD) et de l’Association des droits de l’homme (İHD) ont immédiatement demandé l’ouverture d’une enquête approfondie. Le parquet de Lice a pourtant prononcé un non-lieu, arguant qu’aucun suspect n’avait pu être identifié. Dans une déclaration qui contredit directement le rapport médico-légal, les autorités ont même affirmé qu’il n’avait « pas été établi que les ossements étaient humains ».
Berfin Elçi, responsable de l’İHD à Diyarbakır, a vivement critiqué cette décision, la qualifiant de nouvelle tentative d’éviter d’affronter l’histoire des meurtres non résolus dans la région kurde. Elle a également dénoncé de graves irrégularités lors de la récupération des restes :
« Malgré nos objections, les fouilles ont été menées avec des engins lourds, endommageant gravement les vestiges. Nous avons vu un crâne écrasé par une pelleteuse. Face à ces irrégularités, nous avons demandé des méthodes de travail plus respectueuses des preuves, mais les autorités ont au contraire interrompu les travaux et recouvert les ossements restants de terre. »
Un site potentiel de fosse commune
Les enquêtes locales menées par des militants des droits humains indiquent que la zone n’a jamais été un cimetière officiel. « Nous avons interrogé les habitants les plus âgés du village : il n’existe aucune trace d’un ancien cimetière à cet endroit », a expliqué Berfin Elçi.
« Il s’agit très probablement d’une fosse commune où ont été jetés des civils kurdes exécutés. Nous n’avons pour l’instant retrouvé que les ossements de deux personnes, mais toute la zone doit être fouillée avec soin et examinée selon les standards internationaux. Les familles des disparus ont déjà demandé des tests ADN pour identifier les victimes. »
Appel devant la cour
Les trois organisations ont interjeté appel auprès du tribunal correctionnel de Diyarbakır contre la révocation du procureur. L’appel expose plusieurs griefs :
Les fouilles du 17 mai 2025 ont été menées sans la présence d’un procureur ni d’un expert médico-légal.
L’utilisation d’engins lourds a entraîné la destruction d’un crâne et la perte de fragments d’os.
L’affirmation du procureur selon laquelle les ossements n’étaient pas humains contredit directement le rapport médico-légal d’ATK.
« La question se pose : y a-t-il quelque chose à dissimuler ? » a demandé Elçi, annonçant que l’affaire serait portée devant la Cour constitutionnelle. « L’identité de ces personnes pourrait être révélée grâce à une enquête efficace. Pourquoi les preuves ne sont-elles pas recueillies ? » (Bianet)