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La Palestine : l’arbre qui cache la forêt coloniale du Moyen-Orient

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La focalisation quasi exclusive de l’opinion internationale et des médias sur le conflit israélo-palestinien occulte une réalité bien plus vaste et systémique : une forêt de dominations coloniales internes et de persécutions ethniques et religieuses qui affecte des dizaines de millions de personnes au Moyen-Orient. La Palestine est l’« arbre » médiatique qui capte toute la lumière, tandis que des peuples entiers – Kurdes, Yézidis, Alévis, Baloutches, Assyro-Chaldéens, Arméniens, Chrétiens d’Orient… – voient leur identité, leur langue et leur territoire niés par des États-nations artificiels nés des accords coloniaux franco-britanniques.

L’héritage empoisonné de Sykes-Picot

Tout commence avec les accords Sykes-Picot de 1916, un partage secret entre la France et le Royaume-Uni qui découpait l’Empire ottoman défait selon des intérêts impérialistes, sans aucun égard pour les réalités socioculturelles, linguistiques et religieuses millénaires de la région.

Ces tracés arbitraires ont donné naissance à des États factices – Irak, Syrie, Turquie moderne – conçus sur le modèle européen de l’État-nation : « un peuple, une langue, un drapeau ». Ce modèle rigide s’est révélé catastrophique dans une région caractérisée par une mosaïque ethnique et confessionnelle exceptionnelle.

La tragédie kurde en est l’illustration la plus criante. Les Kurdes, promis à l’indépendance par le traité de Sèvres (1920), ont été sacrifiés au traité de Lausanne (1923) pour consolider la nouvelle République turque de Mustafa Kemal Atatürk. Ils sont ainsi devenus la plus grande nation sans État du monde, morcelée entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Chacun de ces États a tenté, par la force, de les assimiler ou de les effacer.

La stratégie de l’effacement : l’ingénierie démographique

L’oppression des Kurdes n’a pas été seulement militaire. Elle a pris la forme d’un colonialisme interne visant à les déposséder de leur ancrage territorial et culturel.

En Syrie et en Irak, les régimes baasistes ont mis en œuvre les tristement célèbres « Ceintures arabes ». Des populations arabes ont été déplacées vers les zones kurdes fertiles ou riches en pétrole pour briser la continuité territoriale kurde et modifier la démographie. En Syrie, sous Hafez al-Assad, environ 140 000 Kurdes ont été expulsés de leurs terres le long de la frontière turque, remplacés par des colons arabes dans une bande de 10 à 15 km de large.

En Turquie, la politique de turquification a été systématique : interdiction de la langue kurde pendant des décennies dans l’espace public, changement forcé des noms de milliers de villages kurdes, et déportations massives vers l’ouest du pays pour diluer l’identité kurde dans la masse turque.

En Iran, la marginalisation des Kurdes s’est brutalement accentuée dès les premiers mois suivant la révolution islamique de 1979. Le 19 août 1979, l’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique, prononça une fatwa appelant au jihad contre le peuple kurde, qu’il accusait de menacer l’unité islamique. Cette déclaration religieuse servit de justification à une répression féroce menée par les Pasdaran et les forces révolutionnaires : bombardements de villages, assauts militaires et exécutions sommaires firent plusieurs milliers de morts en quelques mois, marquant le début d’une politique systématique d’assimilation et de répression qui perdure encore aujourd’hui dans le Rojhelât (Kurdistan iranien).

Les sombres heures de la répression physique

Ces politiques d’effacement se sont accompagnées de massacres et de campagnes génocidaires souvent minimisées ou passées sous silence :

Le massacre de Dersim (1937-1938) : La Turquie kémaliste a lancé une opération militaire d’une extrême violence contre les Kurdes alévies de Dersim (rebaptisé Tunceli), au Kurdistan du Nord colonisé par la Turquie. Bombardements aériens, usage de gaz toxiques (dont du gaz moutarde acheté à l’Allemagne nazie) et massacres systématiques dans les villages et les grottes où les civils s’étaient réfugiés. Les estimations des victimes varient entre 13 000 (chiffres officiels turcs reconnus par Erdoğan en 2011) et 70 000 morts, avec des dizaines de milliers de déportés et des fillettes données aux familles d’officiers turcs.

La campagne Anfal et le massacre de Halabja (1988) : En Irak, le régime de Saddam Hussein a mène une véritable campagne génocidaire contre les Kurdes. Entre 50 000 et 182 000 morts selon les sources, des milliers de villages détruits. L’attaque chimique sur Halabja le 16 mars 1988 reste le plus grand massacre chimique contre une population civile de l’histoire : entre 3 200 et 5 000 morts immédiats et 7 000 à 10 000 blessés. Les précurseurs des armes chimiques avaient été fournis à l’Irak par des entreprises occidentales (Allemagne de l’Ouest, Pays-Bas, etc.).

La forêt des minorités persécutées

Au-delà des Kurdes, c’est toute la mosaïque humaine du Moyen-Orient qui a été visée par ces nationalismes d’État exclusifs :

Assyro-Chaldéens, Syriaques et Arméniens : Héritiers des plus anciennes civilisations de Mésopotamie, ils ont subi le Sayfo (génocide assyrien) en 1915, contemporain du génocide arménien. Les délégations assyriennes de l’époque estimaient les pertes entre 250 000 et 275 000 morts – environ la moitié de leur population d’avant-guerre. Des vagues d’exodes massifs ont suivi, menaçant aujourd’hui leur survie sur leurs terres ancestrales.

Les Yézidis : Minorité religieuse kurde, ils ont été victimes de 74 tentatives de génocide au cours de leur histoire, dont le plus récent par Daech en 2014 : environ 5 000 hommes et personnes âgées massacrés, plus de 6 800 femmes et filles réduites en esclavage sexuel, et des centaines de milliers de déplacés. L’ONU et plusieurs pays ont reconnu ces crimes comme un génocide.

Les Baloutches : Divisés par la ligne Durand (frontière coloniale entre Pakistan et Afghanistan), ils subissent une répression féroce en Iran et au Pakistan, où leurs ressources naturelles sont exploitées sans bénéfice pour les populations locales.

D’autres minorités – Chrétiens d’Orient, Alévis, etc. – ont également fait face à des politiques d’assimilation, de discrimination ou d’éradication culturelle.

Pourquoi ce silence ?

Si la Palestine capte toute l’attention, c’est en partie parce que dénoncer la colonisation israélienne est devenu un marqueur politique simple et mobilisateur dans de nombreux cercles. Dénoncer le caractère colonial des États issus de Sykes-Picot obligerait l’Occident à remettre en question l’architecture même du Moyen-Orient qu’il a contribué à bâtir – et à affronter des alliés stratégiques : la Turquie (membre de l’OTAN), les États pétroliers, ou des acteurs clés des routes commerciales et de la stabilité régionale.

Les Kurdes, Yézidis, Assyriens ou Baloutches n’ont ni lobby comparable ni image aussi polarisante. Leur souffrance est souvent réduite à des « problèmes internes » ou à des questions de « terrorisme » (PKK, etc.), tandis que les États responsables sont courtisés pour des raisons géopolitiques.

Cette perspective met en lumière une réalité amère : la lutte pour l’autodétermination au Moyen-Orient ne pourra être complète tant que l’on ignorera les dizaines de millions d’individus dont l’identité est niée par des frontières tracées à Paris et à Londres il y a plus d’un siècle. Reconnaître cette « forêt coloniale » dans toute sa complexité est un préalable à toute paix durable et honorable dans une région qui n’a jamais connu de paix depuis plus d’un siècle.

TURQUIE. Un Kurde écrit 11 livres en 30 ans captivité où il apprend à lire et écrire

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TURQUIE / KURDISTAN – Hamit Adiman est entré en prison en 1994 sans savoir ni lire ni écrire une seule lettre. Trente ans plus tard, à sa libération le 8 novembre 2024, il en est ressorti auteur de 11 livres en langue kurde.

Arrêté à Mersin et condamné à la réclusion à perpétuité par un tribunal de sûreté de l’État (aujourd’hui dissous), Adiman a passé trois décennies dans les prisons de Mersin, Konya, Gaziantep et Şakran. Il décrit cette longue période non pas comme un simple enfermement, mais comme « un domaine de connaissances et d’expérience ».

Dans un entretien accordé à l’agence Mezopotamya (MA), il raconte :

« Au début, je ne savais même pas écrire mon propre nom. Aujourd’hui, je me suis entièrement engagé pour la langue kurde. Pour moi, chaque paragraphe en kurde est un acte de résistance ».

Il ajoute : « Une paix honorable est possible grâce à la langue, à l’histoire et à une vie libre. »

Parmi ses ouvrages figurent notamment Xeyalên Rîsandî, Kervana Hesretê, Rêwiyê Evînê et Awzemka Xemên Min. Certains de ses livres ont été interdits par les autorités turques sous prétexte de « propagande terroriste ».

Hamit Adiman transforme ainsi sa détention en un puissant témoignage : l’apprentissage de sa langue maternelle est devenu, sous ses yeux, l’ultime forme de résistance. Cela souligne une fois de plus l’injustice subie par le peuple kurde, dont la culture et l’expression restent entravées.

TURQUIE. Un journaliste poursuivi pour avoir enquêté sur les sociétés écrans de l’EI

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TURQUIE / KURDISTAN – La liberté d’informer est plus que menacée en Turquie, notamment en ce qui concerne la presse kurde et celle qui enquête sur le régime islamiste turc en place. Pas un jour, sans que des journalistes ou des médias soient poursuivis en justice pour avoir accompli leur devoir d’informer.

Le journaliste d’investigation Bahadır Özgür, chroniqueur pour le site de la chaîne pro-opposition Halk TV et collaborateur du quotidien BirGün, fait l’objet d’une enquête du parquet d’Istanbul pour « divulgation de secrets d’État ».

L’enquête a été ouverte suite à une plainte pénale déposée par le Conseil d’enquête sur les crimes financiers (MASAK). Elle porte sur un article publié en 2022 dans BirGün, intitulé « Exportations d’un million de dollars de Mersin vers l’EI » (Mersin’den IŞİD’e milyon dolarlık ihracat).

Dans cet article, Bahadır Özgür révélait que des pièces de drones importées de Chine avaient été vendues, via des sociétés de commerce extérieur basées à Mersin, à des individus liés à l’État islamique (EI) et responsables d’attaques de drones. Selon le reportage, les fondateurs de ces sociétés avaient obtenu la nationalité turque et étaient en relation avec des cadres supérieurs de l’EI en Syrie, tués par la suite lors de frappes aériennes américaines.

L’article s’appuyait sur un rapport confidentiel du MASAK et des services de renseignement turcs, qui détaillait les noms et activités en Turquie de personnes liées à l’EI, notamment dans ce trafic illégal. Ce document avait été transmis au tribunal dans le cadre du procès des attentats d’Ankara du 10 octobre 2015 — le plus meurtrier commis par l’EI en Turquie, qui avait fait plus de 100 morts et des centaines de blessés — à la demande des avocats de la défense.

Bahadır Özgür a été entendu le 9 avril par le Bureau d’enquête sur les crimes terroristes du parquet général d’Istanbul. Il a déclaré que les informations provenaient d’un document versé au dossier d’un procès public, sans aucune ordonnance de confidentialité. Il a ajouté n’avoir révélé aucun « secret d’État » et avoir souligné dans son article que les autorités turques avaient elles-mêmes imposé des sanctions aux personnes concernées.

Bimus – L’appli gratuite pour apprendre le kurde

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LANGUE. La toute jeune application BIMUS est utilisée dans 108 pays par plus de 120 000 personnes désireuses d’apprendre un des trois dialectes kurdes (kurmanji, zazaki, sorani).

Le succès de BIMUS a été salué par l’UNESCO, qui a déclaré :

« Nous apprécions la contribution de Bimus à la préservation et à l’enseignement de la langue kurde, ainsi que l’impact qu’il a particulièrement auprès des jeunes et des communautés de la diaspora. »

Apprenez le kurde facilement et en vous amusant ! (Kurmanji, Sorani, Zazaki – avec traductions, anglais, allemand, arabe, turc…)

Maîtrisez le kurde grâce à des leçons interactives courtes, des jeux addictifs et des conversations authentiques du quotidien.

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SYRIE. Échange de prisonniers entre Damas et les Kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Hier, Damas et les autorités kurdes ont procédé au troisième échange de prisonniers. La partie kurde en a libéré au total 800 personnes tandis que Damas en a libéré 491. Des sources kurdes parlent de milliers d’otages (civils et combattants) toujours détenus par Damas, dont on ignore quand ils seront libérés.

Certains prisonniers capturés lors de l’invasion turque d’Afrin en 2018 et des attaques contre la région de Shehba en 2024 ont été libérés par Damas dans le cadre des échanges de prisonniers. D’autres combattants, précédemment déclarés morts par les Forces démocratiques syriennes (FDS), ont également été retrouvés vivants et libérés. Ces cas rendent particulièrement difficile l’estimation précise du nombre de personnes qui pourraient encore être libérées à l’avenir.

Dans le cadre de la mise en œuvre progressive de l’accord du 29 janvier 2026, environ 800 personnes affiliées au gouvernement intérimaire syrien sont rentrées chez elles en échange de 491 personnes détenues par les FDS.

Les trois phases d’échanges réalisées

Les échanges se poursuivent entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire syrien dans le cadre de l’accord du 29 janvier 2026, qui prévoit un échange progressif et par phases de détenus entre les deux parties.

Selon l’agence ANHA, trois opérations majeures ont eu lieu depuis l’entrée en vigueur de l’accord :

  • Première phase (10 mars 2026) : libération de 100 personnes détenues par le gouvernement intérimaire en échange de 100 personnes détenues par les FDS. Les libérés sont arrivés à Hassaké.

  • Deuxième phase (19 mars 2026) : libération de 300 personnes détenues par le gouvernement intérimaire en échange de 300 personnes détenues par les FDS.

  • Troisième phase (11 avril 2026) : libération de 400 personnes supplémentaires détenues par le gouvernement intérimaire en échange de 91 personnes détenues par les FDS.

Au total, ces trois phases ont permis la libération de 800 personnes des prisons du gouvernement intérimaire syrien, contre 491 personnes libérées par les FDS.

Contexte et perspectives

Le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, avait déclaré auparavant que le gouvernement intérimaire détient encore environ 1 070 personnes, parmi lesquelles des combattants des FDS ainsi que des civils arabes et kurdes, capturés lors de l’escalade militaire récente autour de Sheikh Maqsoud et Achrafieh (Alep).

Ces échanges constituent une étape humanitaire importante dans la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, même si de nombreuses familles continuent d’attendre le retour de proches toujours portés disparus ou détenus.

IRAN. Une blogueuse kurde torturée en détention

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IRAN / ROJHILAT – Hadis Haghighi, blogueuse kurde de 21 ans originaire d’Orumiyeh (Urmia), est détenue et soumise à de sévères tortures depuis plus d’un mois, selon l’ONG Hengaw.

Les forces de sécurité ont perquisitionné de nuit le domicile de son père sans mandat judiciaire, les ont arrêtés tous les deux, confisqué tous ses biens et bloqué son compte Instagram. Aucune accusation officielle n’a été communiquée et la famille reste sans nouvelles.

SYRIE. 4 800 tombes anonymes des Kurdes d’Alep

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SYRIE / ROJAVA – Les Kurdes des quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyah, à Alep, gardent en mémoire les déplacements forcés et les milliers de victimes anonymes tuées lors des attaques génocidaires des gangs djihadistes ciblant leurs quartiers en janvier dernier.

Au milieu de milliers de tombes numérotées, sans statistiques officielles, les habitants de ces deux quartiers kurdes d’Alep portent le souvenir des attaques brutales de janvier 2026 et des milliers de disparus. Des blessures qui ne cicatrisent pas dans la mémoire collective.

Dilyar (pseudonyme), habitante de Sheikh Maqsoud, n’oubliera jamais le chiffre 4 800. C’est le nombre de tombes anonymes qu’elle a fouillées au cimetière d’Al-Neqarin, à l’est d’Alep, à la recherche du corps de son frère, tué lors des assauts menés par des groupes affiliés au gouvernement intérimaire syrien.

Victimes des bombardements et du siège

Entre le 6 et le 10 janvier 2026, plus de 250 000 personnes ont été déplacées de force par les bombardements, le siège et les attaques sur Sheikh Maqsoud et Achrafiyah, quartiers qui abritaient environ 450 000 habitants, dont de nombreux déplacés d’Afrin chassés par l’offensive turque de 2018. De la technologie militaire turque a été utilisée lors des combats.

Dilyar a perdu tout contact avec son frère. Elle a appris plus tard qu’il avait été tué par les assaillants.

Une recherche humiliante

Dirigée d’un point de contrôle à la morgue, puis vers le cimetière d’Al-Neqarin, elle a découvert une section spéciale réservée aux victimes des événements récents : plus de 4 800 tombes peu profondes, contenant des civils et des membres des Asayish. Les corps, placés dans des sacs plastiques, ne pouvaient pas être ouverts pour identification. Ils étaient transférés dans des cercueils scellés.

Dilyar a pu transporter le corps de son frère vers une zone d’Afrin occupée, mais les groupes armés lui ont interdit l’inhumation au cimetière du village, sous prétexte qu’il s’agissait d’une « victime de Sheikh Maqsoud ». La famille a dû enterrer le défunt hors du village, sans tente de deuil ni funérailles collectives. Le deuil était interdit.

Corps dans les rues : un message de terreur

Ibrahim, un autre habitant de Sheikh Maqsoud resté anonyme, raconte que le 14 janvier, à leur retour autorisé, les résidents ont découvert des dizaines de corps abandonnés dans les rues près de la mosquée Maarouf Al-Karkhi. Parmi eux : son voisin Iwesh, 70 ans, et Basil, 32 ans, civil propriétaire d’une boutique de téléphonie. Ces cadavres non ramassés constituaient, selon lui, un avertissement clair : toute opposition serait punie par un massacre.

Les témoins insistent : la résistance de Sheikh Maqsoud et Achrafiyah montre que l’avenir de la Syrie ne pourra se construire que sur le dialogue, la justice et l’égalité pour tous les Syriens. (ANHAANF)

SYRIE. Un enfant kurde parmi les otages libérés par Damas aujourd’hui

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SYRIE / ROJAVA – Damas et les autorités kurdes ont procédé aujourd’hui à un dernier échange de prisonniers comprenant 400 personnes. Parmi les otages kurdes libérés par Damas, il y avait un enfant, des otages arrêtés à Afrin par la Turquie en mars 2018 et d’autres combattants kurdes déclarés morts précédemment.

L’arrestation et la détention d’enfants kurdes ne sont pas un incident isolé. Des centaines de Kurdes, dont de nombreux civils, femmes, vieillards et combattants, restent détenus par le régime de Damas depuis des mois, souvent comme otages politiques. Derrière chaque libération partielle, des familles entières continuent de souffrir dans l’incertitude et la séparation forcée.

Les cris des enfants kurdes qui réclament leurs parents disparus sont insoutenables.

Que font les organisations internationales ?

Où sont l’ONU, Amnesty International, Human Rights Watch et les grandes puissances face à ces détentions arbitraires et à cette instrumentalisation des civils ?

Le silence complice ne peut plus durer. La pression doit être réelle et immédiate pour la libération des milliers d’otages kurdes.

SYRIE. Attaques de janvier contre les Kurdes d’Alep: torture et disparitions forcées de civils

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SYRIE / ROJAVA – L’organisation Syrians for Truth and Justice (STJ) a documenté de graves violations des droits humains lors de l’escalade militaire dans les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Achrafieh à Alep, entre le 6 et le 12 janvier 2026.

Dans le cadre d’une opération militaire déclarée par le gouvernement syrien de transition, des forces gouvernementales et des factions armées, dont plusieurs soutenues directement par la Turquie, ont pris d’assaut ces quartiers densément peuplés (plus de 250 000 habitants, dont une majorité kurde). L’offensive a entraîné le déplacement forcé d’environ 148 000 personnes, des bombardements sur des zones résidentielles et des infrastructures civiles (écoles, hôpitaux), ainsi que des restrictions sévères de mouvement.

Les gangs de Damas et de Turquie ont commis des crimes contre l’humanité

Les témoignages recueillis par STJ auprès de neuf victimes et témoins, en collaboration avec l’Union des avocats kurdes, révèlent un schéma systématique de violations :

  • Arrestations arbitraires aux points de contrôle et dans les « couloirs humanitaires » (notamment à al-Awarid), souvent accompagnées de la séparation forcée des hommes et des femmes.

  • Traitement dégradant et humiliations : coups, insultes (« porcs des FDS »), confiscation d’argent et d’effets personnels, fouilles humiliantes.

  • Détentions au secret dans des lieux non divulgués, sans motif légal ni possibilité de contestation.

  • Disparitions forcées : de nombreuses familles ont perdu tout contact avec des proches (hommes, femmes, mineurs) après leur passage aux points de contrôle ou pendant l’évacuation.

Des témoins décrivent des scènes choquantes : hommes plaqués au sol et battus, personnes âgées humiliées malgré leur état de santé, et même un civil décédé d’une crise cardiaque consécutive à un stress extrême causé par ces traitements. Des combattants étrangers et des membres de tribus arabes (dont la tribu Mawali) ont participé aux opérations aux côtés des forces de sécurité intérieure.

Ces pratiques ne relèvent pas de simples mesures de sécurité. Elles s’inscrivent dans une attaque généralisée et systématique contre la population civile kurde, en violation flagrante du droit international humanitaire et du droit pénal international. Elles peuvent être qualifiées de crimes contre l’humanité, notamment en raison des disparitions forcées, des traitements cruels et inhumains et de la privation arbitraire de liberté.

Rôle central de la Turquie

Ankara a joué un rôle direct dans cette escalade : soutien logistique et aérien (drones de reconnaissance et de frappe), participation de factions turques (anciennement ANS/SNA) et pression politique sur Damas pour éliminer toute présence kurde organisée près de sa frontière. L’objectif semble clair : briser définitivement l’autonomie kurde à Alep et empêcher toute forme de visibilité kurde dans la nouvelle Syrie.

Malgré le cessez-le-feu et l’accord d’intégration signé le 18 janvier 2026, les habitants qui sont retournés dans les quartiers vivent toujours dans la peur, sans services essentiels et sous une répression persistante.

STJ appelle les autorités syriennes à divulguer immédiatement le sort des disparus, à libérer les détenus arbitrairement arrêtés et à ouvrir des enquêtes indépendantes. Sans justice et sans protection internationale, l’avenir des Kurdes de Syrie reste gravement menacé.

SYRIE. Des étudiants menacés de mort à cause des symboles kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Des menaces de mort ciblent ouvertement les Kurdes à Alep, marquant une nouvelle escalade dans la répression des symboles et de l’identité kurde. Plusieurs étudiants universitaires kurdes ont rapporté à l’agence de presse ANHA avoir été agressés par un homme armé en civil dans le quartier de Sheikh Maqsoud.

L’incident s’est produit samedi dans la partie orientale du quartier, là même où, la veille, des membres des factions du gouvernement intérimaire syrien avaient retiré de force le drapeau du Kurdistan. Alors que les jeunes marchaient, un individu armé leur a barré la route, a arraché et piétiné le collier orné d’un symbole kurde de l’un d’eux, tout en proférant des insultes et des menaces de mort explicites s’ils osaient à nouveau afficher de tels signes.

Parallèlement, les forces du gouvernement intérimaire ont procédé à l’arrestation de quatre jeunes hommes et d’une femme du même quartier pour avoir accroché le drapeau du Kurdistan après qu’il a eu arraché par des partisans de Damas. Le président de L’Observatoire syrien des droits humains (OSDH / SOHR) demande pourquoi en Syrie « hisse-t-on les drapeaux noirs et blancs [de l’État islamique], le drapeau du Parti islamique du Turkestan transfrontalier, celui des Ouzbeks et d’autres, sans que personne n’essaie de les abaisser ? » 

Cet événement n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large où l’avenir des Kurdes en Syrie apparaît gravement menacé. Après l’accord du 29 janvier entre Damas et les autorités kurdes du Rojava, la répression s’intensifie dans les quartiers kurdes d’Alep (Sheikh Maqsoud et Ashrafieh), avec des attaques, des déplacements forcés et une chasse aux symboles identitaires.

L’implication directe de la Turquie est déterminante. Ankara, qui considère toute présence kurde organisée comme une menace existentielle, exerce une pression constante sur le gouvernement intérimaire syrien. Des factions contrôlées par la Turquie (anciennement ANS/SNA) participent activement à ces opérations. Des sources kurdes ont même signalé que des drones turcs Bayraktar ont appuyé les offensives contre les quartiers kurdes d’Alep. Pour la Turquie, l’objectif est clair : éliminer toute forme d’autonomie ou de visibilité kurde près de sa frontière, quitte à encourager une « arabisation » forcée et une répression culturelle systématique.

Alors que Damas cherche à consolider son pouvoir central, les Kurdes paient le prix d’un accord de « réconciliation » qui, en pratique, se traduit par des concessions unilatérales. Menaces de mort, arrestations arbitraires, destruction de symboles et déplacements massifs : le peuple kurde, qui a pourtant joué un rôle clé dans la lutte contre Daech, voit son espace politique, culturel et sécuritaire se réduire dangereusement.

Sans protection internationale réelle et face à l’alliance de fait entre Damas et Ankara, les Kurdes de Syrie risquent une marginalisation durable, voire une forme d’éradication progressive de leur identité dans le nouveau paysage syrien post-Assad.

Cet incident à Alep n’est pas un fait divers : il est le symptôme alarmant d’une politique qui pourrait sceller le sort de millions de Kurdes en Syrie.

Damas et les Kurdes procèdent à un dernier échange de prisonniers

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SYRIE / ROJAVA – Un dernier échange de prisonniers doit avoir lieu ce samedi entre le gouvernement syrien de Damas et les autorités kurdes du nord-est de la Syrie (Rojava), dans le cadre de l’accord signé le 29 janvier 2026. Les familles kurdes sont inquiètes du faite que le sort de milliers de Kurdes (civils et soldats, dont 35 combattantes femmes des YPJ) reste non résolu par cet échange de prisonniers qui ne concerne que 400 personnes.

Selon Mahmoud Khalil Ali, commandant général adjoint des Forces de sécurité intérieure (Asayish) de Hassaké, environ 400 prisonniers seront libérés aujourd’hui. Il s’agit principalement de membres des Asayish et des Forces démocratiques syriennes (FDS) détenus par Damas, en échange de détenus détenus par les forces kurdes.

Dans une déclaration publiée sur la plateforme X, Mahmoud Khalil Ali a annoncé que cet échange mutuel s’inscrit dans la mise en œuvre concrète de l’accord du 29 janvier. Il a souligné que cette opération vise à renforcer la sécurité sociale et à démontrer la volonté des deux parties d’appliquer pleinement les termes de l’accord.

Cependant, de nombreuses familles kurdes expriment leur inquiétude et leur déception. Elles craignent que ce dernier échange ne laisse sans solution le sort de plusieurs milliers de Kurdes encore détenus par Damas, parmi lesquels figurent des civils, des combattants et au moins 35 femmes combattantes des YPJ (Unités de protection des femmes). Malgré plusieurs rounds d’échanges précédents, le dossier des détenus reste incomplet et suscite une forte émotion dans la région.

Cet échange intervient dans un contexte de tensions persistantes, alors que l’accord du 29 janvier prévoit un processus d’ « intégration » (pour ne pas dire la liquidation du Rojava) progressive entre les institutions kurdes et l’État syrien, mais que de nombreux points, dont le sort des prisonniers et des déplacés, demeurent en suspens.

L’Irak s’apprête à élire son président : un poste réservé à un Kurde

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IRAK / KURDISTAN – Le Parlement irakien se réunit aujourd’hui, samedi 11 avril 2026, pour tenter d’élire le nouveau président de la République. Selon le système de partage du pouvoir établi après 2003, le poste de président (largement cérémoniel) est traditionnellement réservé à un Kurde, tandis que le Premier ministre est chiite et le président du Parlement sunnite.

Cette répartition ethnique et confessionnelle vise à préserver l’équilibre fragile entre les communautés irakiennes. Depuis 2005, tous les présidents irakiens ont été kurdes, généralement issus de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), bien que le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) conteste parfois cette répartition.

Contexte et enjeux

Après les élections législatives de novembre 2025, la formation du gouvernement est bloquée depuis plusieurs mois. L’élection du président est une étape obligatoire : une fois élu, il charge le candidat du plus grand bloc parlementaire de former le gouvernement. Le scrutin est marqué par de profondes divisions au sein même des partis kurdes. Le PDK et l’UPK n’ont pas réussi à s’entendre sur un candidat unique, ce qui a déjà provoqué plusieurs reports du vote.

Les principaux candidats sont :

  • Fuad Hussein (PDK) : Ministre des Affaires étrangères depuis 2020 et candidat officiel du PDK. Expérimenté sur la scène internationale, il est considéré comme l’un des favoris.

  • Nizar Amedi (ou Nizar Amidi, UPK) : Ancien ministre de l’Environnement et candidat officiel de l’UPK. Il représente la ligne de Souleimaniye.

  • Abdul Latif Rashid (indépendant) : Président en exercice depuis octobre 2022 (UPK). Il s’est présenté à sa propre succession.

  • Muthanna Amin : Député et candidat du Parti islamique du Kurdistan (KIU), soutenu par l’opposition kurde. Il incarne la contestation contre la domination des deux grands partis (PDK et UPK).

  • Aso Faraidun (ou Aso Faridun) : Figure politique kurde, souvent citée parmi les candidats sérieux, proche de l’UPK ou indépendante.

D’autres noms figurent sur la liste finale (environ 15 à 19 candidats retenus), dont d’anciens gouverneurs ou députés kurdes, mais l’attention se concentre sur les représentants des grands partis.

Un scrutin sous tension

Pour être élu au premier tour, un candidat doit obtenir les deux tiers des voix des députés présents (environ 220 sur 329). En cas d’échec, un second tour se tient à la majorité simple.

Le PDK a menacé de boycotter la séance de samedi en raison du manque de consensus kurde. Les observateurs estiment que le résultat dépendra non seulement de l’accord interne kurde, mais aussi du soutien des blocs chiites et sunnites.

L’enjeu dépasse la personne du futur président : il s’agit de débloquer la formation du gouvernement et d’éviter une nouvelle crise politique prolongée dans un pays déjà confronté à des défis économiques, sécuritaires et régionaux. Le vote du 11 avril 2026 sera donc décisif pour l’avenir immédiat de l’Irak.