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Damas avoue détenir les journalistes Michelmann et Polad

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SYRIE / ROJAVA – Plus de trois mois après leur disparition, le gouvernement de transition syrien a officiellement confirmé la détention de la journaliste allemande Eva Maria Michelmann et de son collègue kurde Ahmed Polad (Mehmet Nizam Aslan).

Selon un communiqué du ministère syrien de l’Information, les deux journalistes ont été « découverts » lors d’une perquisition à Raqqa dans un bâtiment qui servait de quartier général aux Forces démocratiques syriennes (FDS). Damas affirme qu’ils avaient dissimulé leur identité et qu’ils font désormais l’objet de poursuites judiciaires, sans qu’aucune charge précise n’ait été communiquée.

Ce récit officiel est pourtant en totale contradiction avec les témoignages recueillis sur place.

Un enlèvement délibéré selon les témoins

Des témoins oculaires affirment que les deux journalistes ont été délibérément enlevés le 18 janvier 2026 par des soldats des forces gouvernementales, alors qu’ils se trouvaient dans un centre de jeunesse kurde à Raqqa. Plusieurs civils s’y étaient réfugiés face à l’intensification des combats lors de l’offensive du gouvernement de transition contre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Tous les autres civils présents auraient été évacués, tandis que Michelmann et Polad ont été séparés du groupe et emmenés de force.

Conditions de détention préoccupantes

Les deux journalistes travaillaient pour l’agence de presse ETHA, basée à Istanbul, et pour la chaîne Özgür TV. Leur sort est resté inconnu pendant des mois. Ce n’est qu’à la mi-avril que l’on a appris qu’ils étaient détenus dans une prison d’Alep. Eva Maria Michelmann a depuis été transférée dans un centre de détention à Damas.

Leur longue période d’isolement cellulaire suscite de vives inquiétudes. L’avocat allemand de Michelmann, Frank Jasenski, a dénoncé lors d’une récente conférence de presse des conditions de détention inhumaines. Il a exigé leur libération immédiate, soulignant que l’isolement prolongé pendant plusieurs mois constitue une forme de torture selon les standards internationaux.

Le frère de la journaliste, Antonius Michelmann, a rapporté que sa sœur avait été soumise à des interrogatoires « pendant des heures, voire des jours », laissant craindre une nette dégradation de son état de santé.

Version officielle jugée contradictoire

Le ministère syrien de l’Information affirme par ailleurs que les deux journalistes se seraient présentés comme des travailleurs humanitaires et auraient prétendu collaborer avec les Nations unies — des déclarations jugées fausses par Damas. Ils sont également accusés d’avoir tenté de s’évader et sont soupçonnés d’être des « combattants étrangers » en situation irrégulière.

Ces accusations, formulées plusieurs mois après les faits, apparaissent comme une justification a posteriori et contredisent fortement les témoignages directs selon lesquels les journalistes ont été enlevés alors qu’ils couvraient les événements à Raqqa.

TURQUIE. Rafles massives pendant la mobilisation du 1er mai à Istanbul

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TURQUIE – ISTANBUL – Malgré l’interdiction officielle d’accès à la place Taksim, des milliers de manifestants ont tenté de s’y rendre pour célébrer la Journée internationale des travailleurs. La police turque a déployé un important dispositif de sécurité et a violemment réprimé les cortèges, procédant à des centaines d’arrestations, rapporte l’agence kurde ANF.

Selon les informations recueillies sur place, au moins 350 à 370 personnes ont été interpellées au cours de la journée dans différents quartiers d’Istanbul.

Interventions dans plusieurs quartiers

À Mecidiyeköy, plusieurs groupes, dont des membres du Parti de la liberté sociale (TÖP), ont été bloqués par la police. Au moins sept personnes ont été arrêtées, dont la porte-parole du parti, Juliana Gözen.

D’autres organisations, telles que la Plateforme de solidarité socialiste, la Fédération des associations de jeunesse socialiste (SGDF) et l’Initiative de solidarité étudiante, ont également été empêchées d’avancer. Au moins 15 personnes ont été interpellées lors de ces interventions. Lorsque des membres des Maisons du peuple (Halkevleri) ont protesté contre la répression, la police est intervenue une nouvelle fois, arrêtant une vingtaine de personnes supplémentaires.

Un groupe d’environ une centaine de manifestants, emmené notamment par Erkan Baş, président du Parti des travailleurs de Turquie (TİP), a tenté de forcer un barrage policier. Les forces antiémeutes ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Les manifestants ont scandé des slogans tels que « Vive le 1er mai ! » et « Partout, c’est Taksim, partout, c’est la résistance ! ». Des députés du parti DEM, dont Kezban Konukçu et Özgül Saki, ont apporté leur soutien aux protestataires.

Dans le quartier de Beşiktaş, de nouveaux affrontements ont eu lieu. Des membres du Parti de libération du peuple (HKP) ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de marcher vers Taksim. Au moins 37 personnes ont été interpellées dans ce secteur.

Taksim, symbole historique du mouvement ouvrier

La place Taksim reste un lieu hautement symbolique pour le mouvement ouvrier en Turquie, notamment en raison du massacre du 1er mai 1977. Ce jour-là, plus de 500 000 personnes s’étaient rassemblées à l’appel de la confédération syndicale DISK. Avant même que la majorité des manifestants n’atteigne la place, des tireurs embusqués ont ouvert le feu sur la foule. La panique qui a suivi a été aggravée par l’intervention brutale de la police et de l’armée ( véhicules blindés, gaz lacrymogènes et canons à eau ) .

Selon les chiffres officiels, le bilan fait état de 34 morts et d’environ 200 blessés. Les organisations de gauche estiment quant à elles le nombre de victimes à au moins 37. Plus de 500 personnes avaient alors été arrêtées. Près de cinquante ans plus tard, les circonstances exactes du massacre n’ont jamais été pleinement élucidées. De nombreuses enquêtes et témoignages pointent régulièrement vers des structures de la « contre-guérilla » et des liens présumés avec le Gladio turc.

Jan Ilhan Kizilhan rend hommage à son père décédé récemment

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Dans son article « L’héritage de mon père », Jan Ilhan Kizilhan rend hommage à son père, dont la vie incarne les tragédies et la résilience des Kurdes yézidis (Êzdî). À travers ce récit intime marqué par l’exil et la persécution, le psychologue explore la transmission des traumatismes intergénérationnels et la force silencieuse nécessaire pour survivre. Ce témoignage devient une réflexion profonde sur la capacité de transformer la douleur en un héritage de dignité et d’endurance pour les générations futures.

Voici l’article de Jan Ilhan Kizilhan :

Mon père est né dans les années 1930, dans un lieu qui me semblait autrefois le bout du monde, et pourtant profondément ancré dans les forces qui ont façonné le XXe siècle. Sa vie n’a pas commencé dans le calme, mais au lendemain d’un bouleversement. L’effondrement de l’Empire ottoman n’a pas simplement redessiné les frontières ; il a brisé des vies et dispersé des communautés. Son propre père a fui après la destruction de sa tribu et est mort peu après, accablé par le deuil. Mon père avait deux ans. Ce qui restait, ce n’était pas la continuité, mais la fragmentation, une désintégration silencieuse où les familles se perdaient les unes les autres comme si le langage lui-même avait failli.

Son histoire est indissociable de l’histoire qui l’entoure. Elle porte la mémoire d’un peuple sans cesse repoussé, jusqu’à ce que la marginalité devienne une condition d’existence. Survivre exigeait retenue, silence et la capacité d’endurer sans reconnaissance. Et pourtant, sous cette endurance, quelque chose d’essentiel persistait : un sens de la dignité qu’on ne pouvait pas facilement lui ravir. La patrie, dans ce contexte, cessa d’être un lieu stable. C’était devenu une promesse incertaine, toujours fragile, toujours menacée.

Il a grandi dans un monde où la violence n’était pas l’exception, mais une possibilité constante. Le village [basé dans le Kurdistan de Turquie] semblait vivre sous une tension permanente et tacite. La peur n’était pas évoquée ; elle était simplement présente, absorbée par le quotidien. L’enfance n’offrait pas de protection, mais plutôt une initiation précoce à la nécessité. À dix ans, il a commencé à travailler, non par devoir, mais par nécessité. Une mère malade, un beau-père aveugle, un petit frère : autant de réalités à assumer sans hésiter. La responsabilité n’était pas une notion abstraite, mais un fardeau physique.

Gelhok, notre village, pouvait paraître presque idyllique de loin. Ses maisons couleur terre se dressaient sur une colline verdoyante, entourées de champs de lentilles et de blé, de fleurs sauvages et d’eau calme. Enfant, je percevais ce paysage comme une forme de beauté. Pour les adultes, c’était un lieu d’endurance plutôt qu’un lieu d’appartenance. L’ouverture et l’enfermement coexistaient, intimement liés, façonnant une vie à la fois vaste et restreinte.

Le quotidien était rythmé par le labeur et la répétition. Il n’y avait ni électricité, ni infrastructures goudronnées, et peu de choses séparaient les jours les uns des autres, si ce n’est le degré d’épuisement. Les soirées étaient synonymes de calme plutôt que de repos. Les conversations étaient rares, souvent interrompues par la fatigue. Sous cette routine, une conscience constante de la vulnérabilité planait. En tant que Yézidis, ils vivaient avec la conscience que leur différence, à elle seule, pouvait les mettre en danger.

Mon père avait développé une manière bien à lui de maintenir l’ordre. Pour lui, l’ordre n’était pas une question de préférence, mais de nécessité. Sa rigueur ne découlait pas de la distance, mais de la crainte que, sans structure, tout ne s’effondre. Il portait le poids des responsabilités sans posséder les mots pour exprimer sa vie intérieure. La force qu’il incarnait ne laissait transparaître aucune douceur, peut-être parce que la douceur lui avait toujours été inaccessible. Son lien avec sa mère et sa foi lui offraient un ancrage, pourtant une tristesse persistante l’habitait, une tristesse indicible. Le passé ne s’estompait pas ; il restait actif en lui, façonnant sa présence de manières souvent silencieuses.

Ma mère, en revanche, évoluait dans le même environnement avec une conscience différente. Sa capacité à lire et à écrire la distinguait, et on se tournait vers elle lorsqu’on avait besoin de clarté ou de conseils. Elle vivait avec les mêmes contraintes, mais elle ne s’y laissait pas définir. Ses actions étaient empreintes d’une autonomie tranquille, d’un refus d’être entièrement prisonnière des circonstances.

La relation entre mes parents ne suivait pas le schéma classique de l’amour. Elle s’est tissée progressivement, façonnée par des responsabilités partagées et par la conviction que la survie dépendait de la coopération. Ce qui s’est développé entre eux n’était ni expressif ni démonstratif, mais stable et fiable, enraciné moins dans l’émotion que dans une endurance mutuelle.

Pourtant, le passé restait omniprésent. Les histoires familiales revenaient sans cesse, non comme une histoire lointaine, mais comme une blessure irrésolue. Le nom d’Ibrahim Pasha Milli [Ibrahim Pacha Milli était le chef de la fédération tribale kurde de Milan en Haute Mésopotamie] revêtait une importance particulière. La tribu de mon père, y compris mon grand-père, s’était ralliée à lui dans la résistance contre l’Empire ottoman, animée par le désir d’améliorer leur sort. Ce moment de rébellion, cependant, n’a pas mené à la libération. Il a engendré la perte.

Des terres ont été confisquées. Des familles ont été séparées. Des vies ont été fauchées. Ce qui a suivi n’a pas été l’apaisement, mais une absence persistante qui s’est étendue sur plusieurs générations. Cette histoire persistait dans les gestes, dans les silences, dans les non-dits. Mon père la portait comme une part indissociable de lui-même.

La violence du passé demeurait présente de manière insidieuse. Elle se manifestait dans les décisions prudentes, dans les hésitations, dans la conscience que la sécurité n’était jamais acquise. Quand ces souvenirs furent évoqués, l’atmosphère changea, comme si le poids des événements était encore palpable. Mon père parla de persécution, de la fragilité de la coexistence et de la complexité du sentiment d’appartenance. Il insistait souvent sur le fait que les gens étaient liés, qu’ils appartenaient à une même communauté malgré leurs divisions, et pourtant, il était profondément affecté par les conflits au sein de sa propre communauté culturelle et linguistique.

Parallèlement à ces souvenirs, il y avait d’autres formes de récits. Le soir, au coin du feu, des histoires de lumière, d’anges et de rythmes sacrés offraient une perspective différente. Le soleil était perçu comme bien plus qu’une simple présence physique, et la terre elle-même était imaginée comme vivante, reposante et se renouvelant sans cesse. Ces histoires n’effaçaient pas la peur, mais elles proposaient une autre façon d’appréhender le monde, une façon qui suggérait une continuité au-delà de la souffrance.

La décision de ma mère de partir pour l’Allemagne marqua un tournant. Elle partit seule, pénétrant dans un monde qui lui était totalement étranger. Pour mon père, accepter ce départ exigeait un courage difficile à exprimer. Son consentement eut des conséquences, et la punition physique qui suivit reflétait la tension entre décision individuelle et attentes collectives.

Lorsqu’il la rejoignit finalement, nous restâmes en arrière, enfants séparés de nos parents et de tout repère rassurant. À partir de ce moment, mes propres souvenirs se transforment, devenant moins structurés, plus immédiats. Je me souviens du départ non comme d’une suite d’événements, mais comme d’une image : leurs silhouettes s’éloignant, se fondant peu à peu dans le lointain. Je me souviens avoir couru, crié, tenté de retenir quelque chose d’inatteignable. Ils ne se sont pas retournés, et leur disparition a marqué une rupture difficile à comprendre sur le moment.

Ce n’est que plus tard qu’il m’a été possible d’interpréter cet instant autrement. Leur départ n’était pas un abandon, mais une tentative de construire un avenir. Il était guidé par la volonté de revenir, de reconstruire, de nous offrir une vie différente. Pour eux, il représentait l’espoir. Pour moi, il est resté une perte.

En Allemagne, leur vie était rythmée par le travail et la persévérance. Ils ont bâti quelque chose de nouveau dans des conditions exigeant un effort constant. Mon père a continué d’assumer ses responsabilités, mais il nous a aussi ouvert d’autres perspectives. Il insistait sur l’éducation, non comme une valeur abstraite, mais comme un moyen de préserver la dignité et d’acquérir l’autonomie. Son encouragement à lire, à apprendre et à réfléchir a marqué un tournant qui dépassait sa propre expérience.

Sa fierté s’exprimait discrètement, sans emphase. Elle transparaissait dans la façon dont il parlait de nous, comme si notre développement confirmait que le passé ne déterminait pas tout ce qui allait suivre. Il y avait, dans son attitude, le sentiment que la transformation était possible, même si elle exigeait de la persévérance.

Aujourd’hui, en tant que père moi-même, je constate la pérennité de cette dynamique. Mes enfants le perçoivent non seulement comme un grand-parent, mais aussi comme une figure d’origine, une source de stabilité qu’ils portent en eux. L’idée de patrie, en ce sens, se réduit moins à une question de géographie et davantage à une présence, à ce qui se transmet de génération en génération.

L’histoire plus large de sa vie reflète des expériences qui dépassent le cadre d’une seule communauté. La perte, le déracinement et le silence ne sont pas des phénomènes isolés. Le traumatisme ne se limite pas à la mémoire ; il perdure à travers le non-dit, à travers des schémas qui persistent sans reconnaissance explicite.

Dans mon travail, j’ai rencontré de nombreuses histoires de ce genre. Invariablement, j’y reconnais des traits de mon père : une forme d’endurance inexprimable, une capacité à continuer malgré la fragmentation, et une intensité discrète qui ne recherche pas l’attention.
L’image qui me reste n’est pas celle d’une expression dramatique, mais celle d’une présence subtile et persistante. Il y avait en lui une qualité que l’on pourrait décrire comme une lumière intérieure, non pas quelque chose qui exigeait d’être reconnu, mais quelque chose qui perdurait.

Cette présence a façonné sa vie et continue de façonner la suite.

Sa mort fut presque imperceptible, comme si la tension qui avait marqué une grande partie de son existence s’était peu à peu dissipée. Il ne restait que le sentiment d’une vie marquée par les difficultés, mais aussi par la continuité, par un engagement qui ne dépendait pas de la reconnaissance.

Il n’était pas du genre à s’exprimer en termes grandiloquents, pourtant sa manière de rester, de ne pas se retirer malgré tout, peut être perçue comme une forme d’amour qui se passe de déclarations.

Son héritage ne se limite pas à la mémoire. Il se manifeste dans nos actes, dans notre compréhension de nous-mêmes et dans nos relations aux autres. Il est présent chez nos enfants, dans nos décisions et dans la persistance discrète de certaines valeurs.

Vivre avec cet héritage, ce n’est pas le répéter, mais le faire perdurer transformé. Cela implique d’en reconnaître les failles tout en reconnaissant sa force.

S’il existe un espace au-delà de cette vie, on peut l’imaginer là, libéré du poids qu’il portait, mais dans un état de délivrance, peut-être connecté à cette même force tranquille qui l’a accompagné tout au long de son existence.

Jan Ilhan Kizilhan est psychologue, auteur et éditeur, spécialiste en psychotraumatologie, traumatismes, terrorisme et guerre, psychiatrie transculturelle, psychothérapie et migrations.

Article original publié par Rudaw sous le titre de « My Father’s Legacy« 

« Les travailleurs, pilier essentiel du redressement de la Syrie et de la justice sociale »

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SYRIE / ROJAVA — Le Conseil démocratique syrien (CDS/MSD) a adressé ses chaleureuses félicitations à tous les travailleurs et travailleuses de Syrie et du monde entier à l’occasion du 1er mai, Journée internationale des travailleurs. Il les a qualifiés de pilier fondamental dans la construction des sociétés et la préservation de leur dignité.

Dans un communiqué publié aujourd’hui, le Conseil démocratique syrien (en kurde : Meclîsa Sûriya Demokratîk, MSD) exprime sa profonde reconnaissance envers les ouvriers et travailleuses qui, par leur labeur, incarnent la volonté humaine, l’appartenance collective et la responsabilité partagée.

Le CDS souligne que la classe ouvrière syrienne porte un double fardeau : celui des années de crise, de destruction économique et de dévastation sociale, mais aussi celui d’avoir été le principal moteur de la survie et de la cohésion du tissu social du pays.

« Face à la dégradation continue des conditions de vie des citoyens syriens, garantir une existence digne et un environnement économique équitable constitue une responsabilité nationale impérative, » affirme le communiqué. « Soutenir les travailleurs, protéger leurs droits et leur assurer des emplois décents ne sont pas des revendications sectorielles, mais une condition sine qua non de toute reconstruction authentique, de la stabilité et du redressement de la Syrie. »

Le MSD ajoute : « Il ne saurait y avoir de progrès sans travailleurs dignes, ni de société cohésive sans une véritable justice sociale qui garantisse à chaque citoyen le droit au travail, à un salaire équitable et à une protection juridique effective. »

En conclusion, le Conseil démocratique syrien réaffirme son engagement indéfectible à défendre les droits des travailleurs et à œuvrer pour l’édification d’une Syrie fondée sur l’égalité, la dignité et la justice. Il exprime sa pleine solidarité avec chaque travailleuse et chaque travailleur qui contribuent au progrès de la nation et portent la responsabilité de son avenir.

IRAN. Craintes d’exécution imminente de trois prisonniers politiques

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IRAN / ROJHILAT – Le transfert soudain et séparé de trois prisonniers politiques condamnés à mort de la prison centrale d’Urmia vers des lieux inconnus a fait craindre que leurs exécutions soient imminentes, signale l’ONG kurde Hengaw.

Selon l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, les trois hommes — Naser Bakrzadeh, Yaghoub Karimpour et Mehrab Abdollahzadeh — ont été extraits de la prison dans la matinée et en début d’après-midi du 30 avril, sous des prétextes différents.

Naser Bakrzadeh a été convoqué au bureau d’exécution des peines avant d’être transféré vers un lieu tenu secret.

Yaghoub Karimpour a été sorti de prison sous le prétexte d’un transfert vers le bureau de médecine légale.

Mehrab Abdollahzadeh, qui était maintenu à l’isolement depuis deux jours, a lui aussi été emmené vers une destination inconnue.

Hengaw exprime une « vive inquiétude » face à ces transferts effectués dans des véhicules banalisés et met en garde contre un risque élevé d’exécution imminente. L’organisation rappelle que les trois hommes ont été condamnés à mort à l’issue de procédures judiciaires opaques, marquées par des actes de torture et de graves violations du droit à un procès équitable.

Condamnations pour « espionnage au profit d’Israël » ou « rébellion »

Naser Bakrzadeh, 26 ans, Kurde originaire d’Urmia, a été condamné à mort par la 2e chambre du Tribunal révolutionnaire pour « espionnage au profit d’Israël ». Sa peine a été confirmée pour la troisième fois par la 39e chambre de la Cour suprême dans une procédure accélérée de seulement 10 jours. La sentence lui a été officiellement notifiée le 25 avril 2026. Il a subi de violentes tortures au centre de détention d’al-Mahdi afin d’obtenir des aveux forcés et a récemment été battu à l’intérieur de la prison.

Yaghoub Karimpour, diplômé en droit public et originaire de Miandoab, adepte de la religion Yarsan, a été condamné à mort par la 1re chambre du Tribunal révolutionnaire d’Urmia pour « corruption sur terre par espionnage au profit d’Israël ». Arrêté pendant les douze jours de la guerre israélo-iranienne, il a été torturé pendant sa détention. Sa femme, Saboura Lotfi, a également été arrêtée pour faire pression sur lui. Sa condamnation à mort a été confirmée le mois dernier par la 9e chambre de la Cour suprême.

Mehrab Abdollahzadeh, 27 ans, Kurde originaire d’Urmia et militant du mouvement « Femme, Vie, Liberté », a été condamné à mort pour « rébellion (baghi) » par la 1re chambre du Tribunal révolutionnaire. Sa récente demande de réexamen judiciaire a été rejetée par la 39e chambre de la Cour suprême. Peu avant son transfert, il avait été placé à l’isolement après une altercation avec des responsables de la prison.

Qu’est-il advenu de la justice pour les Yézidis ?

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Douze ans après le génocide yézidi perpétré par l’État islamique en 2014 à Sinjar, environ 200 000 Yézidis restent déplacés et plus de 2 500 sont toujours portés disparus. Alors que des milliers de djihadistes de l’EI sont transférés d’Irak vers les prisons irakiennes, l’article s’interroge sur la nature de la justice rendue : les crimes seront-ils jugés comme un génocide ciblant spécifiquement les Yézidis, ou réduits à de simples actes de terrorisme ?
 
Entre reconnaissance historique en Europe et risque d’impunité ou de minimisation en Irak, le psychologue Jan Ilhan Kizilhan souligne que sans une qualification exacte des faits, les victimes risquent un second déni de leur souffrance dans l’interview suivante publiée par The Amargi.
 

Le 10 juin 2014, l’État islamique s’empare de Mossoul, puis progresse vers le nord et fait de Sinjar et de sa population yézidie (Êzdî) une cible existentielle. Il ordonne à ses combattants de « convertir » ou d’« éliminer » cette communauté. Les Yézidis sont sans défense.

Les Yézidis et leur foi vieille de plus de 4 000 ans ont subi, tout au long de leur histoire, des persécutions, des discriminations et des menaces existentielles répétées. L’assaut mené par l’État islamique contre Sinjar en 2014 s’inscrivait dans une campagne d’extermination systématique.

La vulnérabilité des Yézidis ne tenait pas uniquement au déséquilibre militaire. La région souffrait d’institutions étatiques fragiles, d’une coordination sécuritaire locale fragmentée et de fortes rivalités politiques et militaires. Lors de l’attaque, le déplacement forcé est devenu la seule issue pour la plupart d’entre eux. Douze ans plus tard, environ 200 000 Yézidis demeurent déplacés, et leurs perspectives de retour à Sinjar restent extrêmement précaires. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et l’UNITAD ont tous deux établi sans équivoque que ces actes constituaient un génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre.

Réduire le génocide yézidi, également connu sous le nom de 74e Ferman, au seul crime de guerre occulte bien des aspects. La destruction a anéanti les fondements mêmes de cette communauté, brisé tout espoir en l’avenir, et ses répercussions se font encore cruellement sentir aujourd’hui. L’État islamique avait explicitement classé les Yézidis comme une communauté à « convertir » ou à « éliminer ».

Comment la catastrophe a-t-elle commencé pour les Yézidis ?

Violence systématique

Durant la spirale de violence du génocide yézidi, les hommes et les personnes âgées étaient exécutés sur place, tandis que les jeunes femmes et les enfants étaient systématiquement séparés de leurs familles et enlevés. La brutalité de l’État islamique s’est poursuivie tout au long de la période où il contrôlait des régions du nord-est de la Syrie. Ses membres ont soumis les femmes et les filles yézidies à l’esclavage, à la torture, à des traitements inhumains, au meurtre, au viol et à l’esclavage sexuel, dans le cadre d’une campagne délibérée de génocide.

Les documents de l’ONU ont établi que les violences sexuelles perpétrées contre les jeunes femmes et les filles n’étaient pas une conséquence collatérale de la guerre, mais un élément central et délibéré d’une stratégie de destruction. Le rapport de l’ONU de 2016 soulignait que l’EI avait classé les Yézidis comme une communauté à « convertir » ou à « éliminer », faisant de l’attaque un plan d’extermination idéologique et prémédité, et non une simple opération militaire. Cette qualification a ensuite servi de base à des enquêtes nationales et à des procédures judiciaires.

Justice ou impunité ?

Le 21 janvier 2026, alors que les combats s’intensifiaient en Syrie, un nouveau chapitre s’est ouvert dans la région : l’armée arabe syrienne a lancé des attaques contre les zones contrôlées par les Forces démocratiques syriennes ( FDS ), dominées par les Kurdes. Face à l’escalade du conflit, les États-Unis ont transféré en Irak 5 704 individus liés à l’État islamique, détenus dans des camps gardés par les FDS.

Ces individus, dont seulement 467 étaient de nationalité irakienne, ont été répartis entre les prisons de Nassiriya et de Karkh. Peu après, le Conseil supérieur de la magistrature irakien a annoncé que des poursuites judiciaires seraient immédiatement engagées contre les accusés, conformément à la loi irakienne.

Ces événements ont ravivé des années de souffrance et de traumatismes non résolus liés au génocide yézidi. De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer une nouvelle fois l’injustice persistante dont bénéficient les auteurs de ces crimes, qui ne sont toujours pas traduits en justice de manière adéquate.

« Les catégories juridiques ne sont pas neutres ; elles façonnent la mémoire. Lorsqu’une personne est condamnée uniquement en tant que membre d’une organisation terroriste, les crimes concrets — viol, esclavage, destruction d’une identité religieuse — disparaissent derrière une étiquette abstraite. »

Jan Ilhan Kizilhan, psychologue et psychothérapeute kurde-yézidi, a qualifié le transfert de milliers de membres de l’EI vers l’Irak non pas d’une simple mesure administrative, mais d’un moment de vérité historique :

« La question fondamentale est la suivante : ce qui s’est passé entre 2014 et 2019 sera-t-il examiné pour ce qu’il était réellement ? Un génocide, des crimes contre l’humanité et un processus systématique de déshumanisation ? Ou bien ces actes seront-ils une fois de plus réduits à la catégorie juridique étroite d’appartenance à une organisation terroriste et discrètement passés sous silence ? »

Né en 1966 à Batman, au Kurdistan du Nord occupé par la Turquie, Jan Ilhan Kizilhan a émigré en Allemagne avec sa famille. Il y a étudié la psychologie et la sociologie, puis a poursuivi sa formation à l’université de Georgetown aux États-Unis. Spécialiste des traumatismes transculturels, il dirige aujourd’hui l’Institut für Transkulturelle Gesundheitsforschung (Institut de recherche sur la santé transculturelle).

En 2015, il a travaillé comme psychologue en chef dans un programme spécial du Land de Bade-Wurtemberg, où il a évalué environ 1 400 femmes et enfants yézidis survivants des attaques de l’EI. Il a personnellement identifié ceux qui nécessitaient un traitement spécialisé et organisé leur transfert en Allemagne pour y être soignés.

Concernant les procès en Irak menés principalement sous l’angle de la lutte antiterroriste, il a été particulièrement direct :

« Les catégories juridiques ne sont pas neutres ; elles façonnent la mémoire. Lorsqu’une personne est condamnée uniquement en tant que membre d’une organisation terroriste, les crimes concrets — viol, réduction en esclavage, destruction de l’identité religieuse — disparaissent derrière une étiquette abstraite. Pour les victimes, cela équivaut à un déni de leurs souffrances. »

Il a insisté sur le fait que cette catégorisation n’est pas seulement un problème juridique, mais aussi moral. Selon la manière dont les poursuites sont menées et qualifiées, elles permettent soit de reconnaître pleinement la souffrance des victimes, soit de la minimiser en la présentant comme une simple conséquence du contexte. « Il y a une différence fondamentale entre un État qui dit : “Vous êtes victimes du terrorisme”, et un État qui dit : “Vous avez été pris pour cible parce que vous êtes Yézidis”. Seule cette dernière formulation leur rend leur dignité. »

« Le concept de terrorisme décrit la violence, mais il ne rend pas compte de ce qui a été fait aux Yézidis. Les crimes commis avaient une intention sans équivoque : la destruction totale d’une communauté en tant que telle. »

La quête de justice en Europe

L’Europe est devenue l’un des principaux lieux de recherche de justice pour le génocide yézidi. Cela s’explique à la fois par la possibilité, pour de nombreux pays européens, d’invoquer la compétence universelle ou des mécanismes juridiques comparables pour les crimes internationaux, et par la présence de suspects sur leur territoire.

Le Réseau de poursuites pour génocide, coordonné par Eurojust, a mis en place un cadre de partage d’informations, de constitution d’équipes d’enquête conjointes et d’utilisation des preuves entre les États membres. En novembre 2024, le réseau a lancé une base de données consultable de jurisprudence sélectionnée.

S’appuyant sur son expérience de témoin expert devant les tribunaux européens, le professeur Kizilhan a insisté sur le fait que « les poursuites ne doivent pas se limiter à établir la culpabilité ; elles doivent mettre au jour toute l’architecture du crime », notamment en répondant aux questions : qui sont les auteurs, les organisateurs et les planificateurs ? Qui a fourni la justification idéologique ? Quelles structures la sous-tendaient ? Quels crimes spécifiques ont été commis contre quels groupes ?

Parmi les juridictions européennes, l’Allemagne s’est rapidement imposée comme un centre majeur. Le 10 avril 2024, le parquet fédéral allemand a annoncé l’arrestation de deux ressortissants irakiens soupçonnés de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

Trois ans auparavant, la justice allemande avait déjà rendu des décisions historiques. En 2021, à Francfort, Taha Al-J., membre de l’État islamique, a été condamné à la réclusion à perpétuité le 30 novembre, devenant ainsi la première personne au monde reconnue coupable de génocide contre les Yézidis. L’année suivante, une cour d’appel a confirmé ce verdict. Le 19 janvier 2023, le Bundestag allemand a adopté à l’unanimité une résolution reconnaissant les crimes commis par l’État islamique contre les Yézidis comme un génocide — un acte fort de reconnaissance juridique et politique.

Kizilhan a souligné que, plutôt que de se limiter à juger des actes individuels, les tribunaux européens ont également examiné le système, l’idéologie et l’intention d’anéantir un peuple dans son ensemble. « Le verdict de Francfort de 2021 a clairement démontré la portée de cette approche. Il ne s’agissait pas d’une simple condamnation, mais d’un document historique qui a permis de faire la lumière sur les événements. » Il a ajouté que le parquet fédéral allemand a proposé son assistance à l’Irak pour les procès des 5 704 détenus de l’EI transférés. Bagdad n’a toutefois pas encore répondu à cette offre.

2 500 Yézidis toujours portés disparus

Compte tenu des données parfois contradictoires et incomplètes, il est difficile d’établir un bilan définitif du génocide yézidi. Néanmoins, le constat général qui ressort des différentes enquêtes est alarmant : des milliers de personnes ont été tuées, des milliers d’autres enlevées, et des dizaines de milliers se sont retrouvées sans abri. Dans leurs mises à jour de 2024-2025, les mécanismes des Nations Unies indiquent qu’environ 2 500 Yézidis restent portés disparus.

Un rapport de 2016 de la MANUI et du HCDH indiquait que 308 315 personnes, majoritairement yézidies, avaient été contraintes de fuir la région à la suite de l’attaque de Sinjar, et qu’environ 360 000 Yézidis continuaient de vivre en situation de déplacement.

Dans ce contexte, la justice devient un impératif à plusieurs niveaux. Concernant la tendance des procédures irakiennes à qualifier les crimes d’actes de terrorisme, le professeur Kizilhan, qui y voit un nouveau déni des souffrances des victimes, a déclaré :

« Le concept de terrorisme décrit la violence, mais il ne rend pas compte de ce qui a été fait aux Yézidis. Les crimes commis visaient un objectif clair : la destruction totale d’une communauté. Lorsque le viol, l’esclavage, la conversion forcée, l’enlèvement d’enfants et les massacres sont considérés comme de simples effets secondaires du terrorisme, la signification profonde de ces crimes est effacée. Les victimes deviennent invisibles. Pour de nombreux survivants, c’est une source de profonde souffrance. »

L’UNITAD a mené un travail de terrain approfondi, constituant une archive de 52 téraoctets de preuves. Pourtant, à de rares exceptions près, ces preuves n’ont jamais été utilisées par les tribunaux.

La qualification des attaques contre les Yézidis comme génocide a été déterminante, tant pour la mémoire collective que pour l’évolution du droit international. Dans son rapport de 2024, la Commission d’enquête sur la Syrie du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et réaffirmé que l’attaque du 3 août 2014 marquait le début du génocide contre les Yézidis.

Créée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 21 septembre 2017, l’UNITAD avait pour mandat de recueillir, préserver et stocker des preuves de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide commis par l’EI en Irak, afin qu’elles puissent servir dans des procédures judiciaires. L’UNITAD a mis fin à ses opérations le 17 septembre 2024. Cette fin de mandat a coïncidé avec l’adoption par l’Irak d’une loi d’amnistie générale, qui devrait bénéficier à plus de 90 000 personnes, dont certaines condamnées pour appartenance à l’État islamique. Cette situation a fortement accentué les craintes d’impunité.

« Avec la fin de son mandat en 2024, un corpus important de preuves confirmant le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre existe désormais. Si ce travail n’est pas préservé et rendu accessible, un schéma familier risque de se reproduire : d’abord le crime, puis le silence, puis le déni », a averti Kizilhan.

Pour lui, le silence et le déni constituent bien plus qu’une injustice : ils risquent de perpétuer les effets du génocide. « La lutte pour la reconnaissance est toujours, simultanément, une lutte contre l’oubli. Dans ce contexte, un principe fondamental doit être clairement énoncé : le déni est le début du génocide ; le déni de soi peut en être l’étape finale. »

« La justice ne se limite pas aux verdicts des tribunaux »

Le génocide yézidi ne peut plus être nié ni considéré comme un incident isolé. Les mécanismes des Nations Unies, l’UNITAD, les verdicts des juridictions européennes, les institutions politiques et les organisations de défense des droits humains confirment tous qu’il s’agissait bien d’un génocide, commis de manière systématique et avec l’intention d’anéantir une communauté.

Malgré ces conclusions largement partagées, le transfert des procédures vers les tribunaux irakiens et leur réduction au cadre étroit du « terrorisme » rendent la question de la justice plus urgente que jamais.

Kizilhan a réaffirmé que, pour les Yézidis, l’essentiel est que la loi traduise les auteurs en justice, mais il a insisté : « La justice ne se limite pas aux verdicts des tribunaux. Elle exige une approche globale, qui englobe les dimensions juridiques, sociales et psychologiques. La justice requiert également la participation : les victimes, en particulier les femmes, les enfants et les familles des disparus, doivent être pleinement intégrées à chaque étape du processus. Leur voix doit être entendue. »

Pour les Yézidis, cette exigence n’est pas un débat philosophique, mais une nécessité vitale. Elle seule leur permettra de dire : « Notre histoire a été reconnue, notre souffrance a été nommée, et notre avenir est désormais possible. »

Tant que les crimes resteront impunis, que les disparus ne seront pas retrouvés, que le traumatisme des survivants ne sera pas pris en charge, que les conditions d’une vie en sécurité ne seront pas réunies et que les poursuites en Europe manqueront de soutien, ce chapitre ne pourra être considéré comme clos.

Article écrit (en anglais) par Mahir Fırat Fidan à lire ici : What happened to justice for Yazidis?

 

ROJAVA. Mobilisation massive pour la reconnaissance constitutionnelle de la langue kurde

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SYRIE / ROJAVA – À l’approche de la Journée de la langue kurde (célébrée le 15 mai), des milliers d’étudiants, d’enseignants et d’habitants ont défilé dans les rues de Qamishlo. Ils ont exigé la reconnaissance officielle et l’inclusion de la langue kurde dans la future Constitution syrienne.

Une identité portée par la jeunesse et la tradition

Vêtus de leurs tenues traditionnelles, les manifestants ont traversé le centre-ville derrière des banderoles proclamant : « La langue kurde est notre identité politique et notre droit constitutionnel » ou encore « Notre langue est notre identité ».

Le cortège s’est élancé depuis le rond-point Soni au rythme du chant patriotique « Şîrîn û Xweş e Zimanê Kurdî » (La langue kurde est douce et belle), interprété par l’artiste Mizgin Tahir et des enfants, tandis que la foule scandait en chœur : « Bê ziman jiyan nabe » (Il n’y a pas de vie sans langue).

De l’enseignement à la loi fondamentale

Le rassemblement a culminé sur la place des Martyrs (al-Shuhadaa). Samira Haj Ali, coprésidente de l’Autorité de l’éducation de l’Administration autonome, a pris la parole pour saluer le chemin parcouru :

« Nos martyrs ont inscrit les lettres de la langue kurde de leur sang. Grâce à leurs sacrifices, nos enfants étudient désormais dans leur langue maternelle, de l’école primaire à l’université. C’est une réussite historique. »

Cependant, elle a martelé que l’étape suivante devait être juridique et nationale : « Nous œuvrerons pour que notre langue soit inscrite dans la Constitution du pays. Nous n’accepterons pas un statut symbolique limité à deux heures de cours par semaine. »

Un combat lié à la justice sociale

Shero Sherro, membre du Syndicat des travailleurs, a profité de la proximité du 1er mai (Journée internationale des travailleurs) pour lier les droits linguistiques aux luttes sociales : « En tant que travailleurs, nous continuerons à réclamer nos droits légitimes jusqu’au bout. La langue est un droit fondamental pour chaque travailleur et chaque citoyen. »

La manifestation s’est conclue par l’hymne national kurde « Ey Reqib », réaffirmant la détermination de la population à faire de sa langue maternelle un pilier inaliénable de son avenir politique en Syrie.

Conférence kurde à l’Assemblée nationale : les Kurdes, acteur décisif de la reconstruction du Moyen-Orient

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PARIS – À l’heure où le Moyen-Orient traverse une profonde recomposition, une conférence organisée hier à l’Assemblée nationale française a mis en lumière le rôle central du peuple kurde. Des représentants kurdes et des parlementaires français ont martelé un message commun : aucune solution durable et démocratique ne pourra être trouvée dans la région sans la pleine participation des Kurdes.

Organisée par le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) en partenariat avec le Groupe d’études sur la question kurde à l’Assemblée nationale, cette conférence intitulée « Les Kurdes au cœur de la recomposition du Moyen-Orient : enjeux et perspectives » a réuni personnalités politiques, universitaires, représentants kurdes et élus français.

Une première session consacrée à la voix kurde

La conférence s’est déroulée en deux temps. La première session, modérée par Engin Sustam (maître de conférences à l’Université Paris 8, chercheur associé au CETOBAC-EHESS) et intitulée « Le rôle des Kurdes dans le Moyen-Orient restructuré : quatre parties, quatre fronts, un peuple », a donné la parole à quatre représentants kurdes issus des chaque partie du Kurdistan :

  • Tuncer Bakırhan, coprésident du parti DEM, a dénoncé un siècle de politiques de négationnisme et d’oppression, héritage direct des accords Sykes-Picot. Malgré cette répression historique, il a souligné que les Kurdes avaient su préserver leur existence grâce à leur résistance et s’imposent aujourd’hui comme une force incontournable au Moyen-Orient. « Aucune solution durable ne pourra être envisagée sans une négociation démocratique incluant le peuple kurde », a-t-il affirmé.

  • Siyamend Mûinî, représentant du Rojhilat (Kurdistan d’Iran), a alerté sur la poursuite de la répression dans l’est du Kurdistan, marquée par une multiplication des exécutions et arrestations. Il a salué le soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » (« Femme, Vie, Liberté ») comme un puissant éveil politique qui a renforcé l’organisation et la conscience du peuple kurde.

  • Blesa Jabar Farman (Bashur – Kurdistan d’Irak) a présenté la structure fédérale du Kurdistan irakien, qui fonctionne de facto comme un État. Elle a toutefois mis en garde contre les attaques répétées dont la région fait l’objet, malgré sa volonté de stabilité et de non-agression envers ses voisins.

  • Fuad Omer, représentant du Rojava (nord-est de la Syrie), a mis en avant le modèle d’autogouvernance développé dans la région, fondé sur les principes féministes, écologiques et libertaires. Il a critiqué la tolérance des pays occidentaux face aux menaces de groupes comme Hayat Tahrir al-Sham contre les acquis kurdes, tout en réaffirmant la détermination des Kurdes à construire un avenir démocratique partagé avec les autres peuples de Syrie.

La France face à ses responsabilités

La seconde session, « La France face à la question kurde : responsabilités et perspectives », modérée par Caroline Lejeune, directrice de France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand, a été consacrée au rôle et à la responsabilité de la France dans la question kurde. Les parlementaires Thomas Portes, Danielle Simonnet, Anna Pic et Jean-Paul Lecoq sont intervenus, avant une intervention de clôture de l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer.

Les échanges, organisés notamment sous l’égide de la Fondation Danielle Mitterrand, ont révélé un décalage entre la longue tradition de solidarité française avec le peuple kurde – rappelée depuis 1986 à travers de nombreuses initiatives concrètes (projets de développement, « Réseau Jasmin », visites de délégations au Rojava, au Bakur et au Bashur) – et la timidité de la diplomatie française actuelle.

  • Thomas Portes a insisté sur les responsabilités de la France à deux niveaux : intérieur et international. Il a appelé à protéger les Kurdes vivant en France, à cesser les expulsions vers la Turquie et à faire la lumière sur les assassinats passés. Sur le plan diplomatique, il a regretté une posture trop souvent limitée à des déclarations de principe et plaidé pour une diplomatie plus active, fondée sur les droits de l’homme et moins dépendante de l’OTAN.

  • Danielle Simonnet a estimé que la France n’avait pas suffisamment œuvré pour inclure les Kurdes dans les processus de négociation. Elle a souligné que la question kurde n’était pas un problème, mais bien « une clé de la solution » pour la région, notamment pour préserver les avancées en matière d’égalité des sexes et de démocratie.

  • Anna Pic a plaidé pour l’octroi d’un statut de protection internationale au Rojava, s’inspirant de précédents existants, et a critiqué le manque de transparence et de cohérence de la politique étrangère française.

  • Jean-Paul Lecoq a, quant à lui, rappelé le décalage entre la politique officielle de l’État et les valeurs portées par la société française. Il a qualifié la lutte kurde de « combat pour la dignité et l’existence » et appelé la France à défendre plus fermement les droits de l’homme sur la scène internationale, notamment en portant la question kurde aux Nations Unies.

Un message unanime

Au-delà des interventions, un consensus clair s’est dégagé de cette conférence : malgré un siècle de politiques de négation, les Kurdes sont devenus un acteur politique majeur et incontournable du Moyen-Orient. Aucune recomposition stable et démocratique de la région ne sera possible sans leur implication.

Les participants ont appelé la France à passer de la rhétorique aux actes concrets, en assumant un rôle diplomatique plus volontariste, cohérent et ancré dans les principes de démocratie, de droits humains et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

En Iran : le facteur kurde, un atout stratégique imprévisible

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IRAN / ROJHILAT – Dans le cadre du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les Kurdes d’Iran (Rojhelat) pourraient devenir un acteur stratégique décisif. Longtemps marginalisés, ils disposent d’une expérience militaire, d’une connaissance du terrain et d’une légitimité locale qui en font un levier potentiel pour affaiblir ou renverser le régime iranien. Selon Asso Hassan Zadeh, leur rôle dépendra autant du soutien des puissances extérieures que de leur capacité à s’unir et à saisir cette opportunité historique.

Dans un article publié sur le site de la Fondation Rosa Luxemburg basée en Allemagne, l’universitaire kurde Asso Hassan Zadeh explique le facteur kurde Iran.

Nous partageons avec vous un résumé de l’article d’Asso Hassan Zadeh : 

Dans le contexte du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, les Kurdes d’Iran ( Rojhelat ) pourraient jouer un rôle déterminant. Longtemps marginalisés, ils apparaissent aujourd’hui comme une variable stratégique potentiellement décisive dans l’éventualité d’un changement de régime à Téhéran.

Bien que le Kurdistan iranien soit la deuxième région kurde par sa superficie et sa population, il est resté largement à l’écart des évolutions politiques qui ont touché les Kurdes d’Irak, de Turquie et de Syrie ces dernières décennies. Pourtant, son importance historique est majeure : c’est là que le nationalisme kurde moderne s’est structuré avec la création du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran ( PDKI ) en 1945, et que fut proclamée en 1946 la République de Mahabad – la première et unique expérience étatique kurde moderne, bien que de courte durée.

Pourquoi les Kurdes d’Iran sont-ils restés marginalisés ? Asso Hassan Zadeh identifie plusieurs facteurs explicatifs :

L’histoire du partage kurde

Contrairement aux Kurdes d’Irak, de Turquie et de Syrie, issus de l’ancien Empire ottoman et concernés par le traité de Sèvres puis de Lausanne, les Kurdes d’Iran n’ont pas été intégrés à ce processus d’internationalisation après la Première Guerre mondiale. La nature centralisatrice de l’État iranien : Tant sous la monarchie Pahlavi que sous la République islamique, l’Iran a imposé une identité nationale perse dominante, accompagnée d’une exclusion systématique de la langue kurde, d’un sous-développement économique délibéré des régions kurdes et d’une forte militarisation. La complexité démographique : Dans un pays multiethnique (Azéris, Baloutches, Arabes, etc.), les Kurdes, qui représentent environ 10 % de la population, ont exercé une influence politique nationale plus limitée. Après une période de lutte armée intense dans les années 1980, les partis kurdes iraniens (PDKI, Komala, PJAK…) ont adopté une stratégie de repli, déplaçant leurs bases vers le Kurdistan irakien tout en maintenant un soutien aux mouvements civils en Iran, notamment lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté ».

Un acteur stratégique émergent Avec la guerre actuelle, la donne change. Les frappes aériennes et les manifestations internes semblent insuffisantes pour provoquer un effondrement du régime. Dans ce contexte, le Kurdistan iranien émerge comme un levier potentiel : forces expérimentées, connaissance du terrain montagneux, proximité avec les bases américaines au Kurdistan irakien, et légitimité sociale relative. Des informations ont fait état de contacts entre responsables américains et partis kurdes iraniens, ainsi que de l’intérêt de Donald Trump pour une possible offensive terrestre kurde. Même si ces scénarios restent hypothétiques, ils signalent un changement de perception : les Kurdes d’Iran ne sont plus vus comme un acteur marginal, mais comme un atout stratégique. Cependant, de nombreuses contraintes persistent : méfiance profonde liée aux abandons passés, dépendance à un soutien extérieur (notamment une zone d’exclusion aérienne), divisions internes et pression militaire constante de Téhéran sur les bases kurdes en Irak.

Une vision démocratique et fédérale

Sur le plan politique, la plupart des partis kurdes iraniens ne prônent pas la sécession immédiate, mais défendent une transformation démocratique et pluraliste de l’Iran, fondée sur la reconnaissance des droits collectifs des peuples et un modèle fédéral. Ils participent activement aux coalitions d’opposition, tout en refusant de s’allier aux monarchistes en exil.

 

Le rôle futur du Kurdistan iranien dépendra autant des calculs des puissances extérieures (États-Unis et Israël) que de la capacité des acteurs kurdes à saisir cette rare opportunité historique. Sans cela, le Rojhelat risque une nouvelle marginalisation, alors même que l’Iran pourrait connaître une transformation profonde, écrit en conclusion .

 

Asso Hassan Zadeh est un universitaire kurde d’Iran. Docteur en droit international de l’Institut de hautes études internationales et du développement et de l’Université de Genève, il est actuellement maître de conférences à l’Université catholique de Lyon.

Article (en anglais) d’Asso Hassan Zadeh peut être lu ici : Iran: The Kurdish Factor

La classe ouvrière turque n’est pas prête pour la paix – Partie II

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TURQUIE / KURDISTAN – Iskender Bayhan a affirmé que la classe ouvrière turque est une classe multinationale, composée principalement de travailleurs turcs et kurdes.

Le député EMEP d’Istanbul est revenu sur la position des socialistes turcs face au processus de paix et à la question kurde. Il a tenu à répondre au nom de son parti : « Je ne peux pas parler au nom des autres, mais je peux m’exprimer au nom de l’EMEP. Même au plus fort des opérations militaires et des affrontements, alors que le PKK n’avait pas encore pris la décision de déposer les armes, nous nous sommes efforcés d’expliquer aux travailleurs turcs que le règlement démocratique et pacifique de la question kurde était également dans leur intérêt. Nous avons toujours défendu l’idée que les relations entre travailleurs turcs et kurdes devaient reposer sur la fraternité et l’internationalisme. »

Bayhan a reconnu que ces efforts se sont souvent heurtés à de fortes résistances, mais il estime que la période actuelle offre de meilleures conditions : « Aujourd’hui, nous avons davantage d’opportunités pour discuter de cette question avec les ouvriers. Le processus d’Imralı nous a permis de mener le plus grand nombre de discussions, notamment avec les travailleurs turcs. Nous organisons régulièrement des tables rondes avec le parti DEM et le CHP, et nous insistons sur le lien indissociable entre paix et conditions de vie : paix et faim, paix et pain quotidien. »

Une classe ouvrière multinationale

« La classe ouvrière turque est, par nature, une classe multinationale, composée fondamentalement de travailleurs turcs et kurdes. Cette réalité existe depuis la fondation de la République », a souligné Iskender Bayhan.

Il a cependant admis que les socialistes avancent avec beaucoup de difficultés sur cette question : « Nous progressons lentement et rencontrons parfois des reculs là où nous pensions avoir avancé. Pourtant, nous n’avons pas le choix. Si nous ne parvenons pas à faire comprendre aux travailleurs turcs l’existence nationale du peuple kurde, ses droits démocratiques et ses revendications légitimes, nous ne pourrons pas avancer en tant que parti socialiste. La bourgeoisie n’hésitera pas à nous diviser sur ce terrain. »

Bayhan a relaté que, lors de presque toutes les grèves et actions ouvrières auxquelles participe l’EMEP, la première accusation portée contre eux est d’être « séparatistes » ou « membres du PKK ». Cette étiquette vient aussi bien de la bureaucratie syndicale, des employeurs que des autorités. Malgré cela, le parti persiste dans son travail.

« Nous devons rester modestes : nous n’avons pas encore réussi à libérer une partie importante de la classe ouvrière turque de l’emprise du chauvinisme et du racisme. C’est une tâche qui nous attend encore », a-t-il ajouté.

Changer de méthode pour convaincre

Selon Bayhan, la manière d’aborder les travailleurs est déterminante. Dire « vos problèmes ne seront pas résolus tant que ceux du peuple kurde ne le seront pas » se révèle peu efficace. En revanche, il est plus pertinent de montrer que le même système et la même mentalité oppriment à la fois le peuple kurde et les travailleurs turcs :

« Il faut expliquer que l’autorité qui refuse au peuple kurde le droit à sa langue maternelle est la même qui met en danger la vie et les conditions de travail des ouvriers. Plutôt que d’opposer les souffrances, il faut montrer qu’elles ont des causes communes et qu’elles exigent des solutions communes. »

Le parti DEM n’est pas encore pleinement prêt

Iskender Bayhan a estimé que le parti DEM n’est pas encore suffisamment préparé pour expliquer le processus de paix à la classe ouvrière turque et répondre à ses préoccupations concrètes.

« Nos camarades du DEM ont une grande expérience et ont beaucoup travaillé pour devenir un parti de toute la Turquie. Cependant, lors de tables rondes communes, j’ai pu observer que peu d’entre eux avaient lu le manifeste d’Abdullah Öcalan sur le processus. Les attentes populaires sont très élevées : beaucoup pensent que si le PKK dépose les armes, des mesures concrètes doivent suivre rapidement. Or, sur le terrain, le parti n’est pas encore tout à fait prêt à expliquer concrètement ce processus aux travailleurs turcs. »

Il a toutefois ajouté que cet écart sera progressivement comblé grâce à des rencontres plus fréquentes, des échanges concrets et l’expérience accumulée sur le terrain.

La première partie de l’interview peut être lue ici

« La classe ouvrière turque n’est pas prête pour la paix » Partie I

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TURQUIE / KURDISTAN – Iskender Bayhan a déclaré que la classe ouvrière en Turquie n’a pas encore atteint un niveau de conscience et d’organisation suffisant pour surmonter le chauvinisme et le racisme et soutenir pleinement la lutte pour la paix.

Ces derniers jours, onze partis politiques, dont le Parti du Travail (EMEP) et le Mouvement du Travail (EHP), ont publié une déclaration commune appelant le gouvernement à abandonner sa stratégie dilatoire et à prendre des mesures concrètes en faveur de la paix.

Iskender Bayhan, député EMEP d’Istanbul et signataire de la déclaration, a analysé pour l’ANF les enjeux de cette initiative et la question de la préparation de la classe ouvrière et des socialistes turcs face aux défis de la nouvelle période.

Une déclaration issue d’un long processus

Bayhan a expliqué que cette déclaration commune est le résultat d’un long travail collectif. Initialement signée par six partis et organisations, elle compte désormais onze signataires, dont des partis et organisations membres du Parti pour l’égalité des peuples et la démocratie (DEM Parti) et du Congrès démocratique des peuples (HDK).

« Nous, partis de l’Alliance du Travail et de la Liberté, avons estimé qu’il fallait approfondir et renforcer ce processus, même après la défaite électorale. Face aux manœuvres dilatoires incessantes du régime palatial, qui suscite des espoirs sans jamais produire de résultats concrets, notamment dans le processus d’Imralı, nous avons jugé nécessaire d’adopter une position commune », a-t-il déclaré.

La déclaration appelle à des mesures concrètes tant pour la paix intérieure que pour la paix régionale, dans un contexte marqué par les développements au Moyen-Orient, notamment la guerre impliquant l’Iran et les liens avec l’OTAN. Elle insiste sur la démocratisation et la nécessité d’une large plateforme de lutte commune.

Bayhan a souligné que cette plateforme reste pertinente et devrait être ouverte à la signature de toutes les forces syndicales, pacifistes et démocratiques de Turquie.

Lier les luttes économiques, démocratiques et anti-impérialistes

Selon lui, en Turquie, il est indispensable de mener de manière unifiée la lutte pour les revendications économiques ( salaire minimum, conditions de vie décentes ) avec celle pour les droits démocratiques, la paix et une position anti-impérialiste et anti-OTAN. « Le régime ne conduit pas des politiques séparées en matière économique, intérieure et étrangère : il applique un programme intégré. C’est pourquoi une réponse globale est nécessaire », a-t-il ajouté. L’expérience de l’Alliance du Travail et de la Liberté constitue, selon lui, une base précieuse à développer.

Le 1er Mai s’annonce massif

Bayhan a également salué le soutien massif du peuple kurde, visible lors des célébrations de Newroz, et prévoit une forte participation au 1er Mai. Il a rappelé que la période allant du 8 mars à Newroz et au 1er Mai constitue traditionnellement un baromètre important de la lutte sociale en Turquie.

« Cette année, le 8 mars et Newroz ont connu une forte mobilisation. Les préparatifs du 1er Mai laissent penser que la manifestation sera largement suivie, notamment à Ankara, Izmir et Gebze, où les travailleurs célébreront pour la première fois depuis 23 ans sur leur site historique », a-t-il indiqué.

La classe ouvrière turque n’est pas prête pour la paix

Interrogé sur la capacité de la classe ouvrière turque à soutenir la paix, Iskender Bayhan a répondu sans détour : « Il serait trompeur et inexact d’affirmer qu’elle est prête. »

Il a expliqué que cette question doit être abordée sous deux angles : la paix face aux opérations impérialistes dans la région et le règlement pacifique de la question kurde en Turquie.

Après des échanges avec des milliers de travailleurs durant son mandat de député, Bayhan constate que la classe ouvrière reste fortement influencée par des années de propagande chauvine et raciste sur la question kurde. Les organisations syndicales ont souvent contribué à cette diabolisation.

Deux tendances principales émergent depuis l’annonce du PKK de déposer les armes et de se dissoudre : une méfiance envers Erdoğan, accusé d’instrumentaliser le processus à des fins politiques, et un scepticisme quant à la volonté réelle du PKK d’emprunter une voie pleinement pacifique.

« Pourtant, lors de nombreuses discussions sur les lieux de travail ou pendant les grèves, les travailleurs disent clairement qu’ils ne veulent plus que les armes parlent, ni que des jeunes Turcs et Kurdes meurent. Leur principal obstacle reste le manque de confiance : “Nous ne leur faisons pas confiance, ils n’iront pas jusqu’au bout” », a conclu Bayhan. (Deuxième partie de l’interview à lire ici)

TURQUIE. Un autre maire kurde condamné pour « terrorisme »

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TURQUIE / KURDISTAN – Le maire kurde de Hakkari (Colemêrg), Mehmet Sıddık Akış, a été condamné à 19 ans et 6 mois de prison pour « terrorisme ».

Destitué de son mandat le 3 juin par le ministère de l’Intérieur et remplacé par un administrateur nommé par l’État, Akış a assisté à l’audience par visioconférence depuis la prison de haute sécurité de Van.

Devant le tribunal correctionnel de Hakkari, il a dénoncé un procès inéquitable, reposant uniquement sur les déclarations d’un témoin anonyme et des rapports de police, sans aucune preuve matérielle. « Ils bafouent la volonté du peuple exprimée dans les urnes », a-t-il déclaré, qualifiant sa condamnation d’« attaque ouverte contre la démocratie ».

Il a également réclamé une nouvelle expertise des écoutes téléphoniques par l’Université Artuklu de Mardin, demande restée sans réponse selon lui.

Ses avocats ont plaidé l’acquittement et sa libération immédiate. Le tribunal a cependant confirmé la peine de 19 ans et 6 mois de prison. Six autres prévenus ont été condamnés à 8 ans et 9 mois de prison pour « appartenance à une organisation », et trois autres à 6 ans et 3 mois.