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TURQUIE. Manifestations pro-Rojava. Fouilles à nu des adolescents kurdes détenus

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TURQUIE / KURDISTAN – Fouilles à nu, torture, cheveux coupés de force… la police turque et des gardiens de prison se sont déchainés contre des dizaines d’adolescents (filles et garçons) kurdes arrêtés lors des manifestations en soutien au Rojava. Une adolescente de 16 ans a été arrêtée uniquement pour avoir tressé ses cheveux en hommage à une combattante kurde tuée à Raqqa et dont la tresse coupée par un terroriste avait horrifié le peuple kurde.

Une députée saisi le Parlement pour qu’il enquête sur les violation des droits des mineurs détenus

Au moins 37 enfants ont été détenus dans la province kurde de Şırnak entre le 8 et le 27 janvier, lors d’opérations policières visant des manifestations contre l’offensive militaire du gouvernement intérimaire syrien dans les régions dirigées par les Kurdes du nord et de l’est du pays.

Les manifestations ont été réprimées par des descentes de police à domicile, entraînant l’arrestation de dizaines de mineurs âgés de 15 à 17 ans. Douze d’entre eux ont ensuite été envoyés à la prison fermée pour mineurs et jeunes de Hatay, située à environ 700 kilomètres de leur ville natale.

 

 

Newroz Uysal Aslan, députée de Şırnak du parti Égalité des peuples et démocratie (DEM Parti), a déposé une plainte auprès de la Commission d’enquête sur les droits de l’homme du Parlement, demandant une enquête sur place concernant les allégations de torture et de mauvais traitements au centre pour mineurs de Hatay.

Signatures forcées et traitement dégradant

D’après la plainte, certains enfants ont déclaré avoir subi des violences physiques lors de leur arrestation. Plusieurs ont également affirmé avoir été contraints de signer des documents sous la supervision d’agents en civil, sans en connaître le contenu. Les témoignages des enfants font fréquemment état de torture, de menaces, d’humiliations et d’intimidations subies en garde à vue.

Le processus de transfert a également suscité des inquiétudes. Des témoignages font état de détentions prolongées dans des véhicules mal ventilés, de privation de nourriture, de transport avec les mains menottées et d’exposition à la fumée de cigarette à l’intérieur des véhicules.

Certains enfants ont déclaré avoir été transférés sans leur consentement dans des prisons situées à des centaines de kilomètres de leurs familles. La pétition soulignait que de telles pratiques nuisaient aux liens familiaux et perturbaient la scolarité des enfants.

Fouilles à nu et coupes de cheveux

La demande comprenait également des témoignages selon lesquels certaines adolescentes avaient subi des fouilles à nu à leur arrivée en prison, avaient eu les cheveux coupés de force et avaient été agressées physiquement. Un enfant a raconté que, lors des fouilles à nu, le personnel pénitentiaire se moquait des autres détenus contraints de rester assis et debout nus à plusieurs reprises.

Les besoins fondamentaux n’auraient pas été satisfaits. Certains enfants ont déclaré n’avoir reçu ni vêtements ni effets personnels envoyés par leur famille. L’un d’eux portait les mêmes vêtements depuis son arrivée.

Concernant les conditions de vie quotidiennes à l’intérieur de la prison, la plainte dénonçait la surpopulation, certains enfants étant contraints de dormir dans les espaces communs. La ventilation était jugée insuffisante et, faute de machines à laver adéquates, le linge devait être lavé à la main. Les enfants n’auraient accès à des activités sportives que deux fois par semaine et ne bénéficieraient d’aucun programme éducatif ou social régulier.

Des inquiétudes ont également été soulevées quant au manque de soutien psychologique adéquat. D’après les témoignages, les enfants n’ont bénéficié que d’une seule et brève séance avec le psychologue de la prison, au cours de laquelle on leur a demandé s’ils avaient des tatouages ​​et on les a soumis à un interrogatoire à la chaîne, sans leur apporter un véritable soutien.

« Les allégations doivent faire l’objet d’une enquête indépendante. »

Dans la conclusion de sa plainte, Aslan a souligné que plusieurs enfants avaient décrit indépendamment des expériences similaires, suggérant que les violations alléguées pourraient être systématiques.

Elle a fait valoir que les témoignages devaient être évalués à la lumière de la Constitution turque, de la loi sur la protection de l’enfance, du code de procédure pénale et des conventions internationales auxquelles la Turquie est partie.

« L’interdiction de la torture et des mauvais traitements est absolue », stipulait la pétition, soulignant l’obligation légale de l’État de mener une enquête indépendante et impartiale sur ces allégations.

Aslan a demandé à la commission parlementaire d’enquêter en détail sur les procédures d’arrestation, de transfert et de détention, de procéder à une inspection sur place et d’engager des poursuites administratives et judiciaires contre les responsables. (Bianet)

Repenser la politique étrangère kurde à travers l’expérience américaine

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KURDISTAN. Depuis plus d’un siècle, la politique étrangère kurde est moins le fruit d’un choix stratégique que d’une vulnérabilité structurelle. Sans État, fragmentés et encerclés par des puissances hostiles, les dirigeants kurdes ont privilégié l’alliance avec des protecteurs extérieurs plutôt que l’élaboration d’une doctrine de puissance cohérente. Pendant des décennies, cette approche a paru rationnelle : l’alliance promettait protection, reconnaissance et survie. Or, les fondements de cette stratégie ne correspondent plus au système international dans lequel évoluent aujourd’hui les Kurdes.

La pression croissante exercée par Washington pour intégrer les forces kurdes aux structures étatiques centralisées ne doit pas être perçue comme une simple trahison. Il s’agit d’un signal structurel susceptible de s’intensifier, révélant à quel point les élites kurdes ont systématiquement mal interprété le contexte international dans lequel elles évoluent et les puissances dont elles dépendent.

Historiquement, la politique étrangère kurde fonctionnait moins comme une stratégie que comme une orientation.

Plus fondamentalement, elle révèle une politique étrangère encore fondée sur une conception dépassée de la puissance américaine et de l’ordre mondial, fonctionnant comme si ni le monde ni les États-Unis n’avaient fondamentalement changé.

Quelle a été la politique étrangère kurde ?

Historiquement, la politique étrangère kurde a moins fonctionné comme une stratégie que comme une orientation. L’alignement sur les États-Unis et les puissances occidentales est devenu à la fois un moyen et une fin, fondé sur la conviction que la coopération et le partage de valeurs garantiraient la protection. Même l’imposant consulat américain à Erbil (le plus grand consulat américain au monde), souvent cité comme preuve d’une relation privilégiée, témoigne de l’accès et de l’influence américains, et non d’un engagement envers l’autonomie politique ou l’autodétermination kurde.

Cette conviction a persisté malgré des avertissements répétés. En 1975, le soutien américain et iranien à la révolte kurde en Irak s’est effondré du jour au lendemain après les accords d’Alger, laissant les forces kurdes vulnérables et vaincues. En 1991, suite aux soulèvements qui ont suivi la guerre du Golfe, Washington a refusé de contester le pouvoir de Saddam Hussein, intervenant uniquement pour gérer les conséquences humanitaires plutôt que pour garantir des garanties politiques aux Kurdes. Après 2003, l’autonomie kurde en Irak s’est étendue, mais toujours dans le cadre de lignes rouges définies par la stabilité régionale et les relations américano-turques, et non par l’autodétermination kurde. En Syrie, les forces kurdes sont devenues le partenaire le plus efficace de Washington contre Daech à partir de 2014, mais la coopération sur le terrain ne s’est jamais traduite par une reconnaissance politique – aboutissant à l’acquiescement des États-Unis aux opérations militaires turques en 2019 et à la volonté actuelle de réintégration dans les structures étatiques centralisées.

En pratique, la diplomatie kurde a substitué le levier à l’alignement moral. On attendait de la loyauté qu’elle compense la vulnérabilité structurelle. Les dirigeants kurdes insistaient sur la fiabilité – accueillir les forces américaines, combattre les ennemis communs, stabiliser le territoire – comme si la cohérence pouvait à elle seule engendrer des obligations. Or, les relations internationales ne récompensent pas la vertu, mais l’utilité. Lorsque les priorités kurdes entraient en conflit avec des calculs plus larges – les relations de l’OTAN avec la Turquie, l’escalade avec l’Iran, la nécessité d’éviter un enlisement régional durable ou l’évolution des pressions internes à Washington – les revendications kurdes étaient reléguées au second plan. Ce schéma s’étend sur des décennies et des théâtres d’opérations. Il ne s’agissait ni d’un hasard, ni d’un simple échec du leadership, mais du résultat prévisible d’un alignement sans levier, d’une confiance sans prévoyance et d’attentes sans pouvoir.

L’américanisme n’a jamais été stable – ni bienveillant

Une compréhension approfondie de la politique étrangère américaine met en lumière une faiblesse majeure de la pensée kurde en la matière, qui repose sur une méconnaissance historique de l’Amérique. On ne peut appréhender la politique étrangère américaine sans comprendre l’américanisme – or, l’américanisme n’a jamais été figé, cohérent ni moralement constant.

À des moments clés, l’américanisme a été explicitement racialisé. Au début du XXe siècle, les États-Unis étaient gouvernés intérieurement par la ségrégation raciale de Jim Crow et la suprématie blanche, tandis qu’à l’étranger, ils étaient célébrés comme l’architecte de l’internationalisme libéral. Woodrow Wilson, vénéré dans le monde entier comme le père de l’internationalisme libéral, a instauré la ségrégation au sein du gouvernement fédéral, défendu la séparation raciale et présidé en partie à une époque où le Ku Klux Klan défilait ouvertement dans les rues de Washington, affichant ainsi le soutien dont il bénéficiait. L’universalisme libéral à l’étranger coexistait sans difficulté avec l’autoritarisme racial aux États-Unis.

Cette version de l’américanisme n’a pas disparu ; elle s’est adaptée.

Cette contradiction n’était pas fortuite, mais fondamentale. La politique étrangère américaine de ses débuts considérait « la race, la hiérarchie et les « stades de civilisation » comme des principes d’organisation légitimes. Les sociétés non blanches étaient perçues comme des pupilles à gérer plutôt que comme des égaux à autonomiser, ce qui déterminait qui l’ordre international était censé protéger et qui pouvait être sacrifié pour le préserver.

Cette version de l’américanisme n’a pas disparu ; elle s’est adaptée. Le New Deal en a adouci le visage sur le plan intérieur, la Guerre froide l’a redéfinie comme un universalisme anticommuniste, et l’ère post-Guerre froide l’a présentée comme la promotion de la démocratie et l’intervention humanitaire. Le discours a changé, mais la hiérarchie est restée globalement la même. Trop souvent, les dirigeants kurdes ont confondu ces transformations avec une évolution morale plutôt qu’avec un réajustement stratégique.

Le savoir comme pouvoir : ce que les États-Unis ont compris

Ce qui est resté constant malgré ces transformations, ce ne sont pas les valeurs américaines, mais les méthodes américaines. Les États-Unis ont toujours placé le savoir au cœur du pouvoir.

Dès le début du XXe siècle, les réseaux d’élite du savoir – financés par les fondations Ford, Carnegie et Rockefeller – ont façonné la manière dont le monde était étudié, catégorisé et gouverné. Les universités, les groupes de réflexion, les revues de politique publique, les programmes d’échange et les organes consultatifs n’étaient pas des espaces de recherche neutres. Ils constituaient des mécanismes de production de consensus, de légitimation des hiérarchies et d’intégration des préférences américaines dans la gouvernance mondiale.

Les idées étaient aussi importantes que les armées, et le consentement aussi précieux que la coercition. La puissance américaine a perduré non seulement parce qu’elle pouvait imposer des résultats, mais aussi parce qu’elle pouvait définir ce qui était considéré comme expertise, réalisme et fatalité. C’est ainsi que fonctionne l’hégémonie.

À l’inverse, la politique étrangère kurde a rarement investi sérieusement dans la production de connaissances non partisanes. Elle a privilégié l’analyse externe au détriment d’une réflexion stratégique interne, s’est appuyée sur les relations personnelles plutôt que sur l’expertise institutionnelle et, ces dernières années, a discrédité et affaibli ses propres institutions pour préserver le pouvoir partisan, réagissant aux discours dominants plutôt que de les façonner. Dans un système où le pouvoir s’exerce autant par les idées que par la force, cette asymétrie est déterminante.

L’intégration sans action n’est pas synonyme de sécurité.

La volonté actuelle d’ intégrer les forces kurdes en Syrie à des structures étatiques centralisées découle directement de cette logique. Elle reflète une préférence américaine de longue date pour un ordre étatique plutôt que pour l’autonomie des acteurs non étatiques, notamment dans la gestion des relations avec de puissants alliés régionaux.

L’intégration est présentée comme une mesure pragmatique. En réalité, elle dilue les structures de commandement kurdes, affaiblit leur autonomie politique et expose les populations kurdes aux États mêmes auprès desquels elles avaient initialement sollicité leur protection. Une sécurité sans autorité est fragile. Une identité sans pouvoir institutionnel n’est que symbolique. Accepter de tels arrangements peut préserver un calme passager, mais au détriment des capacités à long terme.

L’ordre international libéral (OIL) s’est déjà effondré.

L’erreur d’appréciation la plus dommageable est peut-être d’ordre temporel. La politique étrangère kurde continue de fonctionner comme si l’Organisation pour la liberté de l’information (OLI) était toujours intacte – comme si le droit international, les normes relatives aux droits de l’homme et les garanties institutionnelles contenaient réellement les grandes puissances. Or, ce n’est pas le cas.

Le système libéral international (SLI) se dégrade depuis plus d’une décennie . Le droit international est appliqué de manière sélective. La souveraineté est conditionnelle. L’exceptionnalisme est normalisé. La guerre en Irak n’était pas une déviation par rapport aux normes libérales, mais un signe avant-coureur de leur effondrement. Pourtant, la diplomatie kurde continue de parler le langage d’une autre époque, invoquant des règles et des garanties qui ne permettent plus d’obtenir des résultats concrets. De ce fait, la politique kurde reste constamment réactive , s’adaptant aux décisions prises ailleurs au lieu d’influencer la situation par l’anticipation et l’exercice d’une influence.

Un rare moment d’unité – et d’opportunité

Sans cohérence interne, la politique étrangère se réduit à la dépendance. L’unité rend le changement possible.

Ce moment n’est pas seulement synonyme de danger. Les récentes manifestations au Kurdistan irakien ont engendré une unité kurde sans précédent depuis des années , peut-être même depuis la mobilisation collective contre Daech. Au-delà des clivages partisans et générationnels, on constate une prise de conscience croissante : les dispositifs politiques actuels, tant nationaux qu’internationaux, n’ont pas permis de garantir la dignité, la sécurité ni la transparence.

Cette unité est fragile, mais essentielle. Elle offre ce qui a longtemps fait défaut à la politique étrangère kurde : un fondement interne permettant un réajustement stratégique plutôt qu’une dépendance réactive. Sans cohérence interne, la politique étrangère se réduit à la dépendance. L’unité rend le changement possible.

Le savoir comme stratégie dans un monde post-libéral

Pour que la politique étrangère kurde survive – et a fortiori réussisse –, elle doit être reconstruite sur la base du savoir, et non de slogans, de sentiments ou d’alliances aveugles. Cela exige d’investir dans l’analyse stratégique indépendante, la connaissance historique, la formation des élites et la mémoire institutionnelle ; et de comprendre les partenaires non comme des amis, mais comme des systèmes façonnés par des intérêts, une idéologie et des contradictions internes. Compter sur l’américanisme comme boussole morale stable a toujours été une erreur stratégique.

La tragédie kurde n’a jamais résidé dans un manque de courage ou de légitimité, mais dans la croyance que l’alignement moral pouvait se substituer à la force au sein d’un système qui n’a jamais fonctionné ainsi. Face à la désintégration de l’ordre international libéral, une seule voie offre une réelle possibilité d’agir : une stratégie fondée sur la connaissance, un réalisme sans illusions et une unité traduite en force institutionnelle. Toute autre voie, c’est s’attendre à une nouvelle déconvenue.

Par Bamo Nouri, maître de conférences en relations internationales à l’Université de West London, lauréat de plusieurs prix, chercheur associé honoraire à City St George’s (Université de Londres) et ambassadeur de One Young World.

Article original ‘en anglais) à lire sur le site The Amargi « Rethinking Kurdish Foreign Policy Through the American Experience »

« La volonté du Rojava est plus forte que les attaques »

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SYRIE / ROJAVA – Un cadre du Parti démocratique progressiste du Kurdistan syrien a déclaré que les attaques visant le Rojava avaient pour but de briser la volonté du peuple kurde et d’imposer des agendas extérieurs. Il a ajouté que l’unité kurde et les soulèvements populaires, tant au Rojava qu’à l’étranger, avaient déjoué ces plans.

Lors d’un entretien avec l’agence ANHA, l’écrivain Fares Othman, membre du bureau politique du Parti démocratique progressiste kurde en Syrie, a qualifié de « regrettables les attaques qui ont ciblé le Rojava », notant qu’elles sont survenues après l’échec des efforts visant à parvenir à un accord final avec le gouvernement intérimaire syrien.

L’objectif était de briser la volonté du peuple kurde

Othman a expliqué que ces attaques avaient eu lieu « entre (les enfants d’une même patrie) » et visaient à briser la volonté du peuple kurde et à lui imposer une vision ou un programme extérieur. Il a toutefois souligné qu’elles n’avaient pas atteint leurs objectifs.

Il a ajouté : « Le peuple kurde s’est d’abord soulevé au Rojava, puis dans tout le Kurdistan. Nos compatriotes de la diaspora se sont également mobilisés aux côtés des peuples libres du monde, ce qui a conduit à l’échec de ce plan et a empêché les forces qui le soutenaient d’imposer leur volonté. »

Othman a souligné que les attaques avaient finalement renforcé l’unité kurde et que la réaction populaire était appropriée, unissant le destin du peuple kurde du Rojava, du reste du Kurdistan et de la diaspora.

Il a également noté que la mobilisation publique et les manifestations, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, ont permis de faire entendre la voix du peuple kurde au monde entier et ont mis en lumière l’injustice et l’oppression dont il est victime au Kurdistan de Rojava.

Le rôle du mouvement politique

Concernant le rôle des hommes politiques à ce stade, Othman a déclaré :
« Les hommes politiques sont les fils et filles du peuple kurde, chacun à sa place. Le Parti démocratique progressiste du Kurdistan syrien a condamné les attaques dès le premier jour et s’est dit prêt à se tenir aux côtés du peuple. »

Il a expliqué que les cadres du parti contribuaient au maintien de la sécurité et de la stabilité dans leurs zones en organisant des patrouilles nocturnes. Les forces politiques ont également publié des déclarations condamnant les attaques, adopté une position ferme face à l’agression et se sont tenues aux côtés des combattants et combattantes en première ligne.

Il a ajouté que « le mouvement politique kurde en Syrie avait une longueur d’avance sur les autres pour comprendre la stratégie employée par certains États de la région. Il a communiqué avec les forces politiques syriennes et kurdes au sens large, à l’extérieur de la Syrie, afin de préserver l’unité kurde et de renforcer une position commune. »

Il a affirmé que le parti était prêt à soutenir toute mesure contribuant à consolider l’unité kurde et une position politique commune représentant tous les segments du peuple kurde, ainsi qu’à œuvrer pour faire entendre leurs revendications et les satisfaire sur le terrain. (ANHA)

LINGUICIDE. L’Iran doit cesser de criminaliser la langue kurde

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IRAN / ROJHILAT – Les enseignants du Kurdistan de l’Est ont condamné les tentatives du régime iranien d’éradiquer la langue kurde, soulignant que le peuple kurde lutte depuis un siècle pour préserver sa langue.

Le syndicat des enseignants du Kurdistan d’Iran a publié un communiqué à l’occasion du 21 février, Journée internationale de la langue maternelle.

Le communiqué souligne que le peuple du Rojhilat Kurdistan résiste à l’Iran depuis un siècle afin de protéger sa langue et son identité nationales, et déclare : « Les enseignants et les militants des droits de l’homme sont des acteurs essentiels de la lutte de libération du Kurdistan et sont confrontés à un régime occupant qui impose une culture et une langue uniques à la société. »

Le communiqué condamne également toutes les tentatives des autorités iraniennes d’éliminer la langue kurde, déclarant : « Nous condamnons toutes les actions inhumaines des autorités iraniennes visant à restreindre et à éradiquer la langue kurde, et nous réaffirmons notre attachement à l’enseignement dans la langue maternelle. Nous enseignerons le kurde dans toutes les villes du Rojhilat Kurdistan. Nous sommes également fiers de nos jeunes qui se sentent responsables de la langue et de l’identité de leur peuple. » (ANF)

KURDISTAN. Un drone cible une voiture à Slemani

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IRAK / KURDISTAN – Ce soir, un drone a ciblé une voiture dans la province kurde de Slemani. On signale des victimes.
 
Ce soir, un drone a ciblé une voiture près du point de contrôle de Kelewan, entre Pîremegrûn et Sulaymaniyah.
 
Identité des cibles et des victimes
 
Selon des informations préliminaires confirmées par des sources au sein du Parti Komala du Kurdistan iranien (un groupe d’opposition kurde iranien), le véhicule appartenait à des membres importants de l’organisation. 
 
Victimes
 
D’après les informations disponibles, au moins deux personnes ont été tuées et entre une et trois autres blessées, dont certaines dans un état critique.
 
L’identité officielle des personnes décédées n’a pas encore été communiquée par les autorités de sécurité de la région du Kurdistan.
 
Implications sécuritaires et hypothèses
 
Bien qu’aucune revendication officielle n’ait été faite, les analystes politiques soulignent que la localisation géographique et la précision de la frappe sont caractéristiques d’une « opération transfrontalière ciblée ».
 
Hypothèse principale
 
Des sources locales suggèrent que la frappe pourrait avoir été menée par des drones iraniens. Si cela se confirme, il s’agirait d’une escalade significative, témoignant d’une opération de drone de haute précision menée en profondeur dans la province de Souleimaniye ces derniers mois.
 
Réactions officielles
 
Pour l’instant, les autorités de Bagdad et d’Erbil n’ont fait aucune déclaration officielle. Les forces de sécurité de la région du Kurdistan (Asayish) ont bouclé le secteur et ouvert une enquête sur l’incident.

Les femmes kurdes exhortent l’ONU à octroyer un statut politique au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – L’Union nationale des femmes kurdes a adressé une lettre de campagne sur le Rojava aux instances de l’ONU, avec le soutien des partis politiques kurdes.

Dans le cadre de cette campagne, qui a permis de recueillir environ 3 500 signatures, 150 d’entre elles, provenant principalement de partis politiques influents, ont été soumises aux Nations Unies. La lettre demandait l’octroi d’un statut politique à Rojava, la levée du blocus imposé à Kobanê et la protection des acquis des femmes en Syrie.

La lettre a été remise aux plus hauts organes et responsables des Nations Unies, notamment au Secrétaire général António Guterres. Parmi les destinataires figuraient le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, le Directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève, le bureau genevois de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes) et le bureau des Nations Unies pour la Syrie.

Dans son communiqué, le syndicat des femmes a souligné que la lettre n’était pas simplement une initiative de la société civile, mais qu’elle avait également été préparée avec le soutien des partis politiques kurdes et de nombreuses institutions.

La lettre affirmait que, dans le cadre des processus de résolution politique en cours en Syrie, les droits nationaux et politiques du peuple kurde devaient être garantis constitutionnellement. Elle soulignait que, pour un règlement durable, le statut politique du Rojava devait être reconnu au niveau international.

La lettre exigeait également la levée immédiate du blocus imposé à Kobanê et à ses environs. Elle précisait que les civils devaient être protégés, que des couloirs humanitaires devaient être ouverts et que les Nations Unies devaient agir d’urgence dans le cadre du droit international humanitaire.

En outre, la lettre appelait à prévenir toute tentative de modification de la structure démographique dans les régions kurdes et à protéger les droits de l’homme.

L’Union nationale des femmes kurdes a déclaré que garantir les droits politiques, culturels et nationaux du peuple kurde sous protection constitutionnelle est une condition fondamentale à une paix durable. (ANF) 

IRAN. Plus de 300 prisonniers exécutés en un mois

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IRAN / ROJHILAT – Plus de 300 prisonniers, dont trois femmes, ont été exécutés en Iran, y compris dans les régions kurdes du pays en un mois, signale l’initiatif « Non aux exécutions du mardi ».

La campagne « Tuesdays Against Executions » (« Non aux exécutions du mardi ») a été lancée le 9 janvier 2023 pour protester contre les exécutions au Rojhilat Kurdistan et en Iran. Dans le cadre de cette campagne, les prisonniers continuent d’entamer des grèves de la faim tous les mardis pour exprimer leur opposition à la peine de mort.

Lors de la 108e semaine de leurs manifestations, les membres du mouvement ont entamé une grève de la faim dans 56 prisons différentes à travers le pays pour réaffirmer leur ferme opposition à la machine à tuer et à exécuter.

Tout en honorant le 40e jour des martyrs du récent soulèvement et en condamnant l’exécution de plus de 300 personnes, dont trois femmes, depuis le début de Bahman (fin janvier), les prisonniers ont mis en garde contre la répétition des crimes des années 1980 et le prononcé de lourdes peines contre les manifestants.

Selon le communiqué marquant la 108e semaine, des dizaines de milliers de détenus arrêtés lors des récentes manifestations subissent des pressions et des actes de torture, et des projets sont en cours pour prononcer des condamnations à mort et de lourdes peines de prison à leur encontre.

Exprimant leur profonde inquiétude quant aux conditions de détention et au risque d’exécution pour des manifestants comme Saleh Mohammadi – un lutteur de 18 ans arrêté lors des manifestations de Dey et condamné à mort à la prison de Qom – les participants à la campagne ont appelé la population et les instances internationales à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à ces crimes et sauver la vie des prisonniers.

Les centres de détention où participent les détenus à la campagne « Non aux exécutions le mardi » sont les suivants :

Prison d’Evin (quartiers des femmes et des hommes), prison de Ghezel Hesar (unités 2, 3 et 4), prison centrale de Karaj, prison de Fardis Karaj, prison du Grand Téhéran, prison de Qarchak, prison de Khorin Varamin, prison de Chubindar Qazvin, prison d’Ahar, prison d’Arak, prison de Langeroud Qom, prison de Khorramabad, prison de Borujerd, prison de Yasuj, prison d’Asadabad Ispahan, prison de Dastgerd Ispahan, prison de Sheiban Ahvaz, prison de Sepidar Ahvaz (quartiers des femmes et des hommes), prison de Nezam Shiraz, prison d’Adelabad Shiraz (quartiers des femmes et des hommes), prison de Firuzabad Fars, prison de Dehdasht, prison de Zahedan (quartiers des femmes et des hommes), prison de Borazjan, prison de Ramhormoz, prison de Behbahan, prison de Bam, prison de Yazd (quartiers des femmes et des hommes). Prison de Kahnuj, prison de Tabas, prison centrale de Birjand, prison de Vakilabad Mashhad, prison de Gorgan, prison de Sabzevar, prison de Gonbad-e Kavus, prison de Qaem Shahr, prison de Rasht (quartier des hommes et des femmes), prison de Rudsar, prison de Haviq Talesh, prison d’Azbaram Lahijan, prison de Dieselabad Kermanshah, prison d’Ardabil, prison de Tabriz, prison d’Urmia, prison de Salmas, prison de Khoy, Naqadeh Prison, prison de Miandoab, prison de Mahabad, prison de Bukan, prison de Saqqez, prison de Baneh, prison de Marivan, prison de Sanandaj, prison de Kamyaran et prison d’Ilam. (ANF)

ROJAVA. Les gangs turco-djihadistes pillent les villages de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Les gangs turco-djihadistes pillent et détruisent les villages kurdes de Kobanê.
 
Les mercenaires des groupes terroristes de Damas, HTC et de la Turquie continuent à piller et détruire les maisons des Kurdes de Jalabiyah (Kharab Ashk), qu’ils considèrent comme un butin de guerre.
 
Ces photos proviennent de maisons du village d’Halabiyah, dans la campagne de Kobanê.

 

ROJAVA. Violée par les gangs de la Turquie, elle se donne la mort

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SYRIE / ROJAVA – Alors que le sort d’innombrables civils et soldats kurdes capturés à partir de janvier 2026 par les gangs djihadistes demeure inconnu, une jeune femme kidnappée et violée par des terroristes sous commandement de la Turquie s’est suicidée à cause des horreurs qu’on lui a fait subir.
 
 
La jeune femme Halima Ali Muslim Khidr, originaire du village de Gortounak dans la campagne sud de la ville de Kobanê, s’est suicidée quelques jours après son enlèvement et sa détention par des hommes armés appartenant aux mercenaires terroristes de la faction de la Division Sultan Souleymane Chah (Al-Amshat).
 
Selon des sources locales, la jeune femme, fille d’Ali Sour, a été enlevée dans son village situé au sud de la route internationale M4, et est restée détenue pendant trois jours. Les mêmes sources indiquent que les hommes armés l’ont ramenée chez sa famille la veille, avant qu’elle ne mette fin à ses jours par la suite, profondément affectée par les conditions et les violences qu’elle aurait subies durant sa détention.
 
Les villages situés au sud de la route internationale M4, dans la campagne sud de Kobanê, connaissent des tensions sécuritaires récurrentes. Les habitants réclament l’ouverture urgente d’une enquête afin d’élucider les circonstances de ce drame et de traduire les responsables en justice.

L’institut kurde appelle à la protection de la langue maternelle

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LINGUICIDE – L’Institut kurde de recherche et de sciences a appelé chacun à transmettre le kurde aux nouvelles générations.

L’Institut kurde de recherche et de sciences, basé en Allemagne, a publié un communiqué à l’occasion du 21 février, Journée internationale de la langue maternelle.

Dans sa déclaration, il est rappelé que l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a proclamé le 21 février Journée internationale de la langue maternelle depuis 2000. « Cette journée trouve son origine dans le soulèvement des étudiants bengalis à Dacca en 1952, qui ont sacrifié leur vie pour défendre leur langue maternelle contre l’imposition d’une langue étrangère. Aujourd’hui, ce combat est devenu un symbole de la lutte mondiale contre le déclin et la disparition des langues.

La langue maternelle n’est pas qu’un simple moyen de communication ; elle est le fondement de la personnalité, de la mémoire culturelle et de l’existence d’une nation. La conscience nationale se forge au contact de la langue maternelle. Aujourd’hui, on compte plus de 6 000 langues dans le monde, et malheureusement, environ 2 500 d’entre elles sont menacées d’extinction. Selon les rapports de l’UNESCO, 18 langues en Turquie sont en danger, dont le kirmancki [ou zazakî], un dialecte kurde. »

La langue kurde a survécu jusqu’à nos jours malgré des siècles de négation, d’assimilation et de politiques d’interdiction, grâce aux récits transmis par les mères, au travail des dengbêjs (troubadour kurdes) et à l’engagement de notre peuple. Cependant, pour qu’une langue survive véritablement, elle doit dépasser les limites du foyer et trouver sa place dans la vie quotidienne, dans l’écriture, dans la culture et dans la science. La disparition d’une langue signifie la disparition de la culture et de l’identité d’une nation. Protéger une langue, c’est protéger la dignité humaine.

L’Institut kurde a appelé chacun et toutes les institutions à assumer leurs responsabilités nationales, déclarant : « Afin de transmettre l’héritage de nos ancêtres aux nouvelles générations, nous devons utiliser le kurde dans tous les aspects de la vie (à la maison, sur les marchés, dans les institutions). L’éducation dans la langue maternelle est un droit humain fondamental et la protection des langues est une responsabilité universelle. 

C’est avec cette pensée et cette conviction que nous célébrons la Journée de la langue maternelle pour tous les peuples opprimés, et surtout pour le peuple kurde.

Pensez en kurde ! Parlez kurde ! Lisez en kurde ! Écrivez en kurde !

Vive la langue maternelle ! Vive la langue kurde ! » (ANF)

La Grèce veut expulser un opposant turc pro-kurde

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GRÈCE – Les autorités grecques chargées de l’immigration ont rejeté la demande d’asile du militant Yannis Vasilis Yaylalı et ordonné son renvoi en Turquie. Elles justifient ce rejet par des crimes de guerre commis par l’armée turque dans les régions kurdes pendant les années 1990.

Les autorités grecques chargées des migrations ont rejeté la demande d’asile de Yannis Vasilis Yaylalı, militant des droits humains résidant en Grèce, et ont ordonné son renvoi en Turquie. La procédure, entamée en 2021, a été portée devant deux instances ; la décision écrite, motivée, a finalement été rendue après une longue attente.

Au cœur de cette décision se trouve le service militaire de Yaylalı au Kurdistan du Nord dans les années 1990. La justification qualifie de crimes de guerre les crimes graves commis durant cette période, notamment l’incendie de villages kurdes, la torture et la profanation de sépultures. Bien que Yaylalı ait affirmé ne pas avoir participé à ces crimes qu’il déclare seulement observés, les autorités grecs ont finalement utilisé son témoignage contre lui et lui ont refusé la protection, invoquant l’exclusion des crimes de guerre.

Justifications contradictoires

Dans le même temps, la décision reconnaît que Yaylalı a été victime de violations des droits de l’homme, de persécution politique et de répression en Turquie, et qu’il a subi par le passé des emprisonnements et des actes de torture. Néanmoins, les autorités concluent qu’un retour est possible, notamment à Bafra, sa ville natale sur la côte de la mer Noire, dans le nord de la Turquie, où il ne serait pas en danger immédiat. Cette évaluation contredit les risques documentés dans la même procédure : selon le dossier, plusieurs procédures judiciaires sont en cours contre Yaylalı en Turquie, notamment pour « espionnage », et au moins un mandat d’arrêt a été émis à son encontre. Yaylalı lui-même affirme avoir déjà été emprisonné à Bafra et avoir subi des menaces, des pressions policières et une stigmatisation publique. Il soutient qu’il n’existe aucune autre possibilité de fuite intérieure sûre pour lui.

La critique au sein de la politique et de la société civile

Cette décision a suscité l’indignation au sein de la société civile et politique grecque. Partis politiques, personnalités politiques et militants des droits humains exigent la suspension de l’arrêté d’expulsion et la réouverture du dossier. Ils soulignent le risque réel de poursuites à motivation politique et le danger encouru par une figure emblématique de l’antimilitarisme. Yaylalı qualifie cette évaluation de politiquement motivée et insiste sur le fait que la décision a été prise la veille d’une rencontre entre le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et le président turc Erdoğan à Ankara, le 11 février. Il appelle les organisations de défense des droits humains et les initiatives pacifistes à exercer une pression publique. Il est confronté à la fois à la répression d’État et aux menaces de réseaux ultranationalistes en raison de son militantisme en faveur des droits des Kurdes et de l’histoire des Grecs pontiques.

De nationaliste turc à militant pacifiste pro-kurde

Yannis Vasilis Yaylalı, anciennement connu sous le nom d’Ibrahim Yaylalı, a servi comme officier dans l’armée turque durant la guerre des années 1990 contre la population kurde. Blessé au combat en 1994 et emprisonné par la suite par les guérilleros du PKK, il affirme avoir rompu avec le militarisme et le nationalisme. Il est ensuite devenu militant pour la paix et les droits humains, a vécu un temps au Kurdistan, puis a fui en Grèce pour échapper à la répression du régime AKP/MHP. (ANF) 

ROJAVA. YPJ : Notre indépendance est non négociable

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SYRIE / ROJAVA – Les forces de défense féminines kurdes YPJ participeront à la réorganisation militaire en Syrie, mais ne renonceront pas à leur structure de commandement autonome, à leur idéologie ni à leur organisation. L’existence de cette force de défense féminine est non négociable, affirme la commandante Newroz Ehmed.

Dans un entretien accordé à Erkan Gülbahçe du quotidien Yeni Özgür Politika, la commandante des YPJ, Newroz Ehmed, a clairement indiqué la position du gouvernement syrien concernant la réorganisation militaire dans le nord et l’est de la Syrie : les Unités de protection des femmes (YPJ) participeront aux nouvelles structures, mais ne renonceront pas à leur autonomie organisationnelle et politique. Cela concerne aussi bien la hiérarchie, la discipline interne, la formation que l’orientation idéologique. Ehmed a qualifié la position antérieure du gouvernement de transition syrien à l’égard des YPJ de politique de déni. « La reconnaissance des YPJ a longtemps été bloquée car leur rôle dépasse la simple fonction militaire ; elles défendent la liberté des femmes et l’auto-organisation sociale », a-t-il déclaré. Cependant, cette réalité ne pouvait être ignorée : « Les YPJ ne sont pas nées de négociations, mais se sont développées et ancrées socialement pendant la guerre contre l’État islamique (EI). »

Bataillons féminins indépendants au sein des brigades FDS

L’entretien porte sur l’intégration des YPJ au sein du futur système de brigades des Forces démocratiques syriennes (FDS), dans le cadre du processus d’intégration en cours. Ehmed a souligné que cette nouvelle structure ne devait pas être perçue comme un mécanisme de démantèlement des structures féminines autonomes. Même au sein des nouvelles unités, les YPJ conserveront leurs propres cadres, leurs propres commandants et leur propre organisation interne. De plus, la création de bataillons féminins indépendants au sein des brigades est prévue. Le commandement général des YPJ a ainsi formulé un double objectif : d’une part, participer à la coordination et à l’intégration, et d’autre part, préserver leur autonomie décisionnelle. Selon Ehmed, la réforme vise à améliorer la coordination opérationnelle et à stabiliser les positions de défense, et non à remettre en cause les acquis politiques obtenus par les structures féminines ces dernières années, suite à la révolution du Rojava.

Aucune coopération avec les troupes gouvernementales

Ehmed n’a pas précisé la taille des futurs contingents des YPJ au sein des brigades. Elle a évoqué une présence « proportionnée », en adéquation avec leurs caractéristiques organisationnelles. Parallèlement, la coopération avec les FDS au sein des structures conjointes se poursuivra, notamment avec la participation de commandos féminins à des postes de commandement élevés. Cependant, Ehmed a clairement indiqué la position de Damas concernant les points de contrôle conjoints : « Il n’existe pas de modèle formellement convenu pour les points de contrôle militaires conjoints avec les forces gouvernementales. Partout où des structures des FDS sont présentes, les YPJ seront également représentées, tant au niveau des combattants qu’au niveau du commandement. » Les discussions sur l’étendue et les modalités de cette coopération sont en cours ; des représentants et des commissions désignés en sont responsables.

L’existence du YPJ ne saurait être négociée

Ehmed a insisté sur la dimension idéologique : « Les YPJ ne sont pas qu’une simple formation armée, mais l’expression politique et sociale du mouvement de libération des femmes. Par conséquent, l’existence des YPJ est inaliénable ; notre ligne idéologique n’est jamais reléguée au second plan. Au sein des YPJ, les femmes ne se contentent pas de porter des armes, elles prennent des décisions, commandent, entraînent et supervisent. À chaque poste, lors de chaque patrouille et à chaque étape de l’organisation, le mouvement de libération des femmes prime. Ce mouvement est insensible aux fluctuations politiques passagères et aux restructurations militaires. Il existe des raisons concrètes qui garantissent la pérennité de la ligne idéologique des YPJ et des acquis des femmes. Les YPJ possèdent leur propre chaîne de commandement, leur discipline interne et leurs mécanismes de décision. Les restructurations et les processus d’intégration ne remettent pas en cause ce fait. Le commandement, l’entraînement et l’organisation des combattantes sont sous le contrôle des YPJ. Aucune structure extérieure ne peut interférer dans leurs opérations internes. La force des YPJ réside dans leur autonomie. Elle n’est pas seulement de nature militaire, mais repose sur une conscience idéologique. »

Les YPJ sont exposés à des attaques diverses

Se projetant dans les années à venir, Ehmed a dressé un tableau conflictuel : « Bien sûr, ce processus est loin d’être simple. Les YPJ font face à des attaques multiformes, planifiées et de longue haleine. Ces attaques ne proviennent pas uniquement des forces étatiques existantes ; elles représentent un encerclement global aux dimensions techniques, politiques, diplomatiques et psychologiques. C’est précisément pour cette raison que la résistance des YPJ n’est pas une simple résistance militaire, mais la défense de leur existence et de leur volonté. L’objectif est de dresser les populations les unes contre les autres, d’attiser le nationalisme et le chauvinisme, et de plonger la région dans une guerre sans fin en instrumentalisant des figures ennemies artificiellement créées, comme un conflit kurdo-arabe. Ce plan a échoué. »

Non seulement une lutte défensive, mais aussi une lutte pour la reconstruction

Les YPJ n’ont jamais été une simple structure militaire. Elles incarnent la libération des femmes, la revendication d’une société démocratique et la volonté populaire de se défendre. Si l’actualité crée une incertitude sur le terrain, elle témoigne d’un processus qui, loin d’affaiblir les YPJ, les réorganise face à de nouvelles conditions et les transforme en une force plus profonde et plus durable. Ces événements n’indiquent pas un affaiblissement des YPJ, mais plutôt un processus qui clarifie leur position historique et politique.  Deniz, Ziyad, Sîdar et bien d’autres ont démontré que ce combat n’est pas seulement un combat défensif, mais aussi un combat pour la reconstruction. Ce processus peut modifier la forme même des YPJ : leurs méthodes, leurs ressources et leurs tactiques peuvent évoluer. Mais au fond, il ne s’agit pas d’un affaiblissement, mais d’un approfondissement, d’une prise de conscience accrue, d’un rayonnement plus large – et donc, d’un renforcement.

Nous avons le potentiel de tirer profit de chaque nouveau processus.

« Les YPJ sont devenues un point de repère commun, non seulement pour les femmes kurdes, mais aussi pour toutes les femmes de la région qui revendiquent la liberté, l’égalité et une vie digne. Les YPJ réaffirment leur détermination à défendre la population et ses valeurs avec une conscience accrue. Les femmes resteront actrices des processus décisionnels à tous les niveaux. Il s’agit d’une ligne rouge non négociable pour les YPJ. La véritable force des YPJ réside, avant même leur armement, dans leur légitimité sociale. Leur lien avec la population, ainsi que la prise de conscience et la confiance forgées par la lutte pour la liberté des femmes, distinguent les YPJ d’une force militaire classique. La visibilité des femmes dans la défense, le commandement et la vie sociale est un aspect de ce processus que les YPJ continueront de consolider. Ce processus ne restreint pas le champ d’action des YPJ, mais au contraire élargit leur sphère de responsabilité et renforce leur influence politique et sociale. Les femmes continueront de jouer un rôle crucial, non seulement dans la défense, mais aussi dans la construction de l’avenir. Bien sûr, des risques existent ; c’est indéniable. Cependant, l’expérience des YPJ, leur culture du sacrifice et leur ancrage populaire leur permettent de gérer ces risques. Les YPJ ont prouvé à maintes reprises qu’elles ne cèdent pas face aux crises, mais en ressortent plus fortes. Une chose est sûre : les YPJ ne seront pas affaiblies à long terme. Au contraire, grâce à leur commandement féminin, leur clarté idéologique, leur profond ancrage social et leur détermination, elles ont le potentiel de faire basculer toute nouvelle situation à leur avantage. »

Un combat contre une logique qui érige la barbarie en système.

Le message final d’Ehmed s’adressait explicitement aux femmes du Rojava et d’autres régions du Kurdistan : « Le combat que vous menez aujourd’hui n’est pas seulement une résistance militaire ; c’est l’une des résistances les plus honorables, les plus profondément enracinées et les plus justes de l’histoire de l’humanité. L’histoire n’oubliera jamais votre résistance. Au contraire : lorsqu’elle dressera le portrait des héroïnes de cette époque, elle inscrira les femmes des YPJ en lettres d’or. Les messages de solidarité des mouvements féministes nous ont une fois de plus démontré que la lutte contre la mentalité qui légitime le meurtre des femmes n’est pas seulement le combat des femmes kurdes, mais le combat commun de toutes les femmes du monde. Les attaques actuelles ne visent pas seulement une zone géographique spécifique, mais la liberté des femmes elle-même. C’est pourquoi nous lutterons jusqu’au bout contre cette logique agressive qui érige le meurtre, le pillage, le réactionnisme et la barbarie en système. La résistance des femmes combattant au sein des YPJ a prouvé une chose à toutes les femmes : la liberté se gagne par la lutte organisée, par une volonté prête à payer le prix. » C’est pourquoi la résistance des femmes est invincible. La libération des femmes est la plus grande révolution de notre époque. Et les pionnières de cette révolution aujourd’hui sont les femmes qui résistent au Rojava et dans les quatre régions du Kurdistan. (ANF)