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SHENGAL. Sauvetage d’une Yézidie kidnappée à l’âge de 7 ans

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SHENGAL – Une fillette yézidie kidnappée par DAECH lors du génocide yézidi commis à Shengal en août 2014 s a été sauvée et ramenée à Shengal.

La jeune Yézidie Jamila Bapir a enfin retrouvé la liberté. Enlevée en août 2014 à l’âge de 7 ans lors du génocide des Yézidis à Shengal, elle vient d’être libérée après plus de onze années de captivité.

Elle a déclaré à Rudaw : « Je suis profondément reconnaissante de cet accueil chaleureux, merci à Dieu », s’exprimant notamment en arabe plutôt qu’en kurde, sa langue maternelle.

Originaire de Tel Qasab, elle a été arrachée à sa famille par les combattants de l’EI. Après des années de souffrance, elle a pu être sauvée en Syrie par le Bureau de sauvetage des Yézidis enlevés, rattaché à la présidence de la région du Kurdistan et a retrouvé les siens à Shengal.

Cinq membres très proches de sa famille, dont sa mère et quatre frères et sœurs, ont également été libérés ces dernières années et vivent aujourd’hui à l’étranger. Son père, lui, reste porté disparu.

Plus de 2 000 Yézidis et Yézidies sont encore considérés comme disparus depuis le génocide de 2014. Certains ont été assassinés et gisent dans les charniers d’Irak ; d’autres croupissent toujours en captivité. Régulièrement, des femmes et des enfants yézidis sont encore retrouvés en Syrie, souvent dans d’anciens camps de l’EI ou chez les familles de ses partisans.

L’histoire de Jamila rappelle l’horreur absolue que l’EI et son idéologie ont infligée aux femmes et aux filles yézidies : esclavage sexuel, conversions forcées, séparation des familles et tentatives systématiques d’anéantissement d’une communauté entière.

Campagne de crowdfunding pour la sortie d’un EP kurde

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TOULOUSE – Le groupe de rock psychédélique kurde basé à Toulouse, Mîrkut a lancé un appel au financement participatif pour son premier EP « Kevok im » (Je suis la colombe).

Le groupe Mîrkut fait appel à votre soutien pour financer la sortie de son premier mini-album « Kevok im ». Avec un objectif de 5 000 €, cette campagne permettra de finaliser l’enregistrement, le mixage et le mastering des 5 morceaux restants, ainsi que le pressage des CD physiques.

Mîrkut puise son répertoire dans le collectage de chants kurdes traditionnels, riches d’histoires de résistance, d’amour et d’amitié. À cette matière première vivante, il ajoute un regard profondément personnel à travers de nouvelles compositions originales.

Inspiré par les codes des danses (govend) et des musiques traditionnelles kurdes, Mîrkut porte un regard critique et lucide sur le monde contemporain, ainsi que sur les sociétés kurde et française. Entre les héritages de Şeîd Gabarî et Sivan Perwer, la transe psychédélique d’Altın Gün et la puissance blues-rock de Bab L’Bluz, le groupe forge un univers singulier où l’esprit rock et les transes orientales deviennent le leitmotiv d’une nouvelle aventure musicale incandescente.
 

À quoi servira votre contribution ?

  • Enregistrement, mixage et mastering des titres restants

  • Pressage CD

  • Réalisation de visuels et clips

  • Salaires des musiciens

  • Graphisme, merch et droits SACEM/SDRM

Mîrkut, né dans les ruelles de Toulouse, est un projet musical engagé et hybride. Porté par une pensée révolutionnaire qui prône la paix et la liberté, le groupe puise dans le riche répertoire des chants kurdes traditionnels (Govend, Dengbêj, Sevbêrî) tout en y apportant des compositions originales. Entre tradition et modernité, Mîrkut porte un regard critique sur les sociétés kurde et française, avec une énergie rock, groove et trance orientale.

Influences : Car Newa, Se’îd Gabarî, Sivan Perwer, Altın Gün, Bab L’Bluz

Membres du groupe Mirkut :

  • Genco Selwa – Voix & Tenbûr électrique (Saz)
  • Marylou Tessier-Mikalef – Chœurs & Ney
  • Samir Laroche – Chœurs & Claviers/Synthés
  • Menad Moussaoui – Chœurs & Basse
  • Stéphane Gratteau – Chœurs & Batterie

    Lien pour participer au financement d’EP sur Hello Asso : « Kevok im »

Crédit photo : Carla Dacal

IRAN. Manifestations anti-régime : 30 condamnations à mort et 13 exécutions

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IRAN / ROJHILAT – Près de trois mois après le massacre de civils lors des manifestations du début de l’année, le pouvoir judiciaire iranien a lancé une vaste campagne de condamnations à mort et d’exécutions visant les personnes arrêtées pendant les troubles.

Selon les données compilées par le Centre de statistiques et de documentation de l’ONG kurde Hengaw, au moins 3 500 personnes ont été tuées et près de 40 000 arrêtées lors de la répression des manifestations.

Hengaw révèle qu’au moins 30 personnes arrêtées pendant les protestations ont été condamnées à mort à l’issue de procès inéquitables. Treize d’entre elles ont déjà été exécutées en secret dans les prisons de Qom, Karaj (Ghezel Hesar), Mashhad et Ispahan. Plusieurs autres détenus ont été inculpés de moharebeh (« guerre contre Dieu »), un chef d’accusation qui les expose à la peine capitale.

L’organisation exprime sa profonde inquiétude face aux conditions de détention et dénonce la coupure délibérée d’internet imposée par l’État, qui a gravement entravé le signalement et la documentation des violations. Dans de nombreux cas, l’identité des manifestants n’a été révélée qu’après leur exécution secrète, sans aucune information préalable sur leur arrestation ou leur sort. Ces condamnations à mort ont été prononcées et mises à exécution avec une rapidité extrême, en totale violation des garanties élémentaires d’un procès équitable. Des dizaines d’autres prisonniers restent sous la menace d’une exécution imminente.

Manifestants exécutés en secret

19 mars 2026 – Prison centrale de Qom :

  • Saleh Mohammadi (19 ans), Mehdi Ghasemi, Saeed Davoudi.

4 avril 2026 – Prison de Ghezel Hesar (Karaj) :

  • Amir Hossein Hatami (18 ans), Shahin Vahedparast Kalvar (30 ans).

5 avril 2026 – Prison de Ghezel Hesar :

  • Mohammadamin Biglari (19 ans), Ali Fahim (23 ans).

21 avril 2026 – Prison de Ghezel Hesar :

  • Amirali Mirjafari.

25 avril 2026 – Prison centrale d’Ispahan :

  • Erfan Kiani.

30 avril 2026 – Prison centrale d’Ispahan :

  • Sasan Azadvar (23 ans, Lor).

3 mai 2026 – Prison centrale de Mashhad :

  • Ebrahim Dolatabadi, Mehdi Rasouli (25 ans, originaire de Kashmar), Mohammadreza Miri (21 ans).

Manifestants condamnés à mort

Au moins 30 prisonniers ont été condamnés à mort par les chambres 15 et 26 du Tribunal révolutionnaire de Téhéran (présidées respectivement par les juges Abolghasem Salavati et Iman Afshari), ainsi que par les tribunaux révolutionnaires de Qom, Mashhad, Ispahan et Shiraz. Treize d’entre elles ont déjà été exécutées. Voici la liste des personnes condamnées à mort identifiées à ce jour :

  1. Mohammadamin Biglari (19 ans, Téhéran)

  2. Mohammad Abbasi (55 ans, Malard)

  3. Saleh Mohammadi (19 ans, Qom)

  4. Mehdi Ghasemi (Qom)

  5. Saeed Davoudi (Qom)

  6. Amir Hossein Hatami (18 ans, Téhéran)

  7. Ali Fahim (23 ans, Téhéran)

  8. Shahab Zahedi (Téhéran)

  9. Abolfazl Salehi Siavashani (Téhéran)

  10. Yaser Rajaeifar (Téhéran)

  11. Shahin Vahedparast Kalvar (30 ans, Téhéran)

  12. Mohammadreza Majidi Asl (Téhéran)

  13. Bita Hemmati (Téhéran)

  14. Behrouz Zamaninejad (Téhéran)

  15. Kourosh Zamaninejad (Téhéran)

  16. Erfan Kiani (Ispahan)

  17. Maryam Hedavand (Pakdasht)

  18. Matin Mohammadi (Pakdasht)

  19. Erfan Amiri (Pakdasht)

  20. Ehsan Hosseinipour Hesarloo (19 ans, Pakdasht)

  21. Amirali Mirjafari (Téhéran)

  22. Ebrahim Dolatabadi (Mashhad)

  23. Sasan Azadvar (23 ans, Ispahan)

  24. Mohammadreza Tabari (50 ans, Borujerd)

  25. Mehdi Rasouli (25 ans, Kashmar)

  26. Mohammadreza Miri (21 ans, Mashhad)

  27. Hamidreza Fathi (Marvdasht)

  28. Abdolreza Fathi (Marvdasht)

  29. Hamidreza Sabetray (Marvdasht)

  30. Saeed Zarei Kordshouli (31 ans, Marvdasht)

Avertissement de Hengaw

Hengaw met en garde contre le risque d’exécutions imminentes pour les personnes figurant sur cette liste et souligne que des dizaines d’autres détenus, souvent non identifiés, sont exposés au même danger. Ces prisonniers sont maintenus dans des conditions de disparition forcée, sur la base d’accusations de sécurité fabriquées, et sont jugés selon des procédures manifestement inéquitables, sans accès à une défense effective.

L’organisation tient les institutions judiciaires et sécuritaires de la République islamique d’Iran directement responsables de ces exécutions extrajudiciaires.

Hengaw appelle la communauté internationale, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et toutes les organisations de défense des droits humains à rompre le silence. Elle demande une intervention urgente, notamment des pressions diplomatiques fortes pour imposer un moratoire immédiat sur les exécutions, la libération des prisonniers politiques et l’envoi de délégations internationales d’enquête dans les prisons iraniennes.

Le rétablissement de l’accès libre à internet doit également constituer une exigence non négociable dans toute discussion avec les autorités iraniennes. Le silence face à ces crimes équivaut à une complicité avec la machine répressive du régime.

SYRIE. Menaces contre les familles d’otages kurdes qui cherchent leurs proches

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SYRIE / ROJAVA – Plusieurs familles d’otages kurdes se sont rendues à Alep dans l’espoir de revoir leurs proches ou d’obtenir des informations sur leur sort. Les autorités du gouvernement intérimaire syrien les en ont empêchées et les ont dispersé.

Des proches de prisonniers des Forces démocratiques syriennes (FDS) détenus par Damas ont indiqué que de nombreuses familles s’étaient déplacées à Alep il y a plusieurs jours, se présentant directement aux prisons où leurs proches sont incarcérés grâce aux informations obtenues en échange des pots-de-vin versés aux membres du régime syrien.

Les forces de sécurité intérieure d’Alep leur ont toutefois interdit toute rencontre, visite ou même communication avec leurs proches. Selon les témoignages, les agents les ont menacés d’arrestations s’ils ne se dispersaient pas immédiatement.

Plusieurs d’entre eux, dont certains ont réussi à obtenir des informations en contactant leurs familles ou en versant des pots-de-vin, ont déclaré à l’agence de presse ANHA qu’il existe deux principaux centres de détention à Alep : la branche de la Sécurité militaire, située près du rond-point al-Basel, et l’ancienne branche de la Sécurité politique, dans le quartier d’Al-Suleimaniyeh.

Ils ont également fait état d’une prison secrète aménagée au sous-sol d’un bâtiment situé entre la mosquée Rahman et le stade du Bien-être de la Jeunesse, ainsi que d’autres sites clandestins, notamment dans des halls du quartier de Shaqif, au nord de Sheikh Maqsoud. L’emplacement exact de plusieurs autres prisons reste inconnu.

Des prisons supplémentaires ont été signalées à Manbij, à Homs et à al-Aqtan, où sont détenus des prisonniers civils et militaires originaires de la région.

Réactions officielles

Le vice-ministre de la Défense du gouvernement intérimaire syrien pour la région orientale, Sipan Hamo a déclaré dans une récente interview à l’agence ANHA : « Le jour où l’intégration a été annoncée, tout le monde aurait dû être libéré des prisons sans aucun versement. » Il a jugé « contraire à l’éthique » de lier la question des otages à des pressions politiques.

De son côté, Ahmed al-Hilali, porte-parole de l’équipe présidentielle chargée de la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, a affirmé dans un communiqué récent que la question des prisonniers serait « bientôt résolue ». (ANHA)

Campagne « Nous sommes toutes des YPJ ! »

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SYRIE / ROJAVA – Les organisations de femmes du Rojava ont lancé la campagne internationale « Nous sommes toutes YPJ ! » pour exiger la reconnaissance et l’intégration des Unités de protection de la femme (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ) dans l’armée syrienne, la protection de leurs structures et des acquis révolutionnaires des femmes face au Gouvernement de transition syrien.

Voici le communiqué publié par le collectif Women Defend Rojava

Depuis le 6 janvier et le début de l’agression militaire, les femmes et leurs institutions sont systématiquement prises pour cible par les forces du gouvernement de transition syrien et de l’État turc. L’accord d’intégration conclu entre le Gouvernement de transition et l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie a évité une guerre totale. Aujourd’hui, les acquis de la révolution des femmes sont défendus avant tout par des moyens diplomatiques, culturels et politiques.

Les négociations sur l’éducation, la langue kurde, le système de coprésidence, le financement et la reconnaissance constitutionnelle des droits des femmes avancent. Pourtant, le gouvernement de transition continue de rejeter l’intégration des YPJ dans l’armée syrienne, la participation politique pleine des femmes et leur droit légitime à l’autodéfense. Cette hostilité s’inscrit dans la continuité de l’injustice historique subie par le peuple kurde, dont les structures de protection et d’autonomie sont une nouvelle fois menacées.

Le 26 avril 2026, les organisations de femmes du Rojava ont lancé la campagne internationale « Nous sommes toutes YPJ ! » pour porter ces revendications à l’échelle mondiale :

  • Reconnaissance officielle des YPJ au sein du ministère syrien de la Défense

  • Maintien de la structure et de l’autonomie des YPJ dans le Rojava

  • Protection et consolidation des acquis révolutionnaires des femmes

  • Libération des femmes détenues, restitution des corps des martyres et clarification du sort des disparues

  • Soutien international à l’intégration digne des YPJ

  • Renforcement réel de la participation des femmes dans les institutions militaires et de sécurité

En tant que campagne Women Defend Rojava, nous soutenons pleinement ces demandes et appelons toutes les forces démocratiques, en particulier les mouvements de femmes du monde entier, à se joindre à nous.

L’autodéfense est notre droit naturel

Dans un monde marqué par les guerres patriarcales, les femmes paient le prix le plus lourd. Pendant plus de dix ans, les YPJ ont prouvé que les femmes peuvent se défendre elles-mêmes et défendre leur société. Face à l’État islamique et à l’idéologie misogyne, elles ont incarné le courage, la dignité et une éthique nouvelle dans la lutte armée. Elles sont devenues un symbole de libération pour les femmes du Kurdistan et du Moyen-Orient.

Aujourd’hui, nous leur devons bien plus que de la solidarité : nous avons le devoir de nous tenir à leurs côtés pour défendre nos propres droits et nos acquis partout dans le monde.

À l’occasion de l’anniversaire des YPJ, nous saluons toutes les combattantes avec fierté et rendons hommage à toutes les martyres, notamment les internationalistes Anna Campbell et Ivana Hoffmann. Suivre leur exemple est notre plus belle réponse.

Nous sommes toutes YPJ ! L’autodéfense est notre droit naturel !

Comment participer à la campagne ?

  • Envoyez une courte vidéo de soutien à : weareallypj@disroot.org

  • Rejoignez la campagne de hashtag #WeAreAllYPJ le 9 mai 2026 à 19h00 (CET)

  • Partagez massivement sur les réseaux sociaux avec le slogan et le logo Women Defend Rojava

  • Organisez des événements, actions, projections ou performances dans votre ville

  • Diffusez l’histoire et les acquis des YPJ, particulièrement sur le thème de l’autodéfense

  • Contactez les médias, élu·es et organisations de défense des droits humains

  • Formez vos propres initiatives d’autodéfense et rendez-les visibles

 

Canaux médiatiques

Women Defend Rojava:
Website: womendefendrojava.net
Instagram: Women_Defend_Rojava
Telegram: t.me/womendefend

Kongra Star
Website: kongra-star.org/eng/
X: @starrcongress
Facebook: Kongra Star Women’s movement

YPJ
Website: ypj-info.org/
X: @YPJ_info
Telegram:t.me/YPJInformation
Youtube: @YPJ_info
Instagram: YPJ.information
YPJ-Press-website: ypjrojava.net/en/

Young International Women
Instagram: younginternationalistwomen

 

Les Kurdes veulent être représentés au Parlement syrien

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SYRIE / ROJAVA – L’Assemblée du peuple syrien, qui compte 210 sièges, se constitue progressivement. Lors des premières élections organisées après la chute d’Assad en octobre dernier, 119 députés ont été élus. Cependant, plusieurs zones des gouvernorats de Hassaké, Raqqa et Soueïda avaient été exclues du scrutin, car elles échappaient alors au contrôle du gouvernement central.

Après la prise de Raqqa par le Gouvernement de transition syrien (GTS) en janvier, six sièges supplémentaires y ont été pourvus. L’accord d’intégration signé le 29 janvier entre le GTS et les Forces démocratiques syriennes (FDS) a ouvert la voie à des élections à Hassaké, où dix sièges restent à pourvoir. Cette situation met une nouvelle fois en lumière l’injustice historique subie par le peuple kurde, dont la représentativité politique demeure fragile et soumise à des processus incertains.

« Nous nous préparons actuellement à organiser les élections à Hassaké », a déclaré au journal The Amargi Nawar Najma, porte-parole du Comité suprême électoral. « La formation des sous-comités est en cours ; nous prévoyons qu’elle sera achevée dans les prochains jours. »

Les partis kurdes se disent prêts à participer, tout en posant des conditions claires : un processus équitable, une inscription correcte des électeurs et une représentation adéquate de la communauté kurde. Faris Othman (Parti démocratique progressiste kurde) et Faysal Youssef (Conseil national kurde) ont tous deux exprimé des réserves sur le caractère réellement démocratique du scrutin.

Un système hybride très critiqué

Le système électoral actuel ne repose pas sur un vote populaire. Seuls 126 sièges ont été pourvus jusqu’à présent, dont une grande partie via un corps électoral très restreint. Sur les 210 sièges, 70 sont directement nommés par le président intérimaire Ahmed al-Sharaa, sans passer par le vote.

De nombreux acteurs, notamment kurdes et de la société civile, dénoncent un processus qui relève davantage de la « nomination » que de l’élection. « Il ne s’agit pas d’une élection. C’est un mélange de nominations et d’un corps électoral restreint », a déclaré Faris Othman.

Actuellement, la représentation des minorités et des femmes reste très faible : seulement 6 femmes siègent à l’Assemblée. Sur les 126 députés déjà en place, on compte 4 Kurdes, 4 Alaouites, 2 Ismaéliens et 1 chrétien. Les sunnites sont largement majoritaires.

Pas de partis politiques autorisés

Les candidats ne peuvent se présenter qu’à titre individuel. Le GTS justifie cette mesure par la nécessité de stabiliser le pays avant d’autoriser le pluralisme partisan. Une future loi sur les partis est promise à l’issue de la phase de transition.

Objectif principal : une nouvelle constitution

L’une des missions les plus importantes de cette Assemblée sera de lancer le processus d’élaboration d’une nouvelle constitution. Le président al-Sharaa dispose d’un poids considérable avec ses 70 nominations, ce qui suscite des craintes quant à la légitimité et à l’inclusivité du futur texte.

Les négociations se poursuivent avec les Kurdes sur des questions sensibles : enseignement en langue kurde, reconnaissance des diplômes, intégration des forces militaires (dont les YPJ) et statut futur des régions du Nord-Est.

SYRIE. Les autorités de transition musellent les critiques

SYRIE – Les autorités de transition syriennes recourent de manière systématique à la diffamation et aux campagnes de dénonciation pour cibler les voix critiques.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme exprime sa profonde préoccupation face à un article publié par un média proche du Gouvernement de transition, visant explicitement le rédacteur en chef d’une plateforme médiatique – un journaliste syrien d’origine palestinienne – après la publication d’une critique professionnelle du projet du mont Qasioun.

Cet article, qui incluait des photos du cheikh Hikmat al-Hijri, du cheikh Ghazal Ghazal et du directeur de l’Observatoire, Rami Abdel Rahman, s’inscrivait dans une logique claire d’incitation à la haine et d’accusations de trahison. Ces attaques, totalement déconnectées du débat public et du travail journalistique, visent à criminaliser toute critique légitime.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme souligne que ce cas n’est pas isolé, mais s’inscrit dans une stratégie délibérée et récurrente des autorités intérimaires. Depuis plusieurs mois, celles-ci mènent des campagnes organisées visant à discréditer et à faire taire les journalistes indépendants, les militants des droits humains et les organisations de défense des droits, au premier rang desquelles l’Observatoire lui-même. Ces méthodes répressives rappellent l’injustice historique subie par le peuple kurde et les autres composantes de la société syrienne, dont les aspirations à la dignité sont systématiquement étouffées.

Au lieu de répondre aux préoccupations soulevées ou d’assurer une transparence minimale, les autorités préfèrent réprimer les voix qui dénoncent le recul des libertés publiques. Plus grave encore, alors qu’elles ferment les yeux sur les discours de haine et les appels à la division prononcés depuis certaines chaires de mosquées et plateformes médiatiques, elles instrumentalisent leurs médias affiliés pour lancer des campagnes de diffamation, d’accusations de trahison et de mobilisation de l’opinion publique contre quiconque ose poser des questions légitimes sur leurs projets ou leurs politiques.

Cette approche constitue une menace directe à la liberté d’expression et risque d’alimenter de nouvelles tensions et fractures au sein de la société syrienne. Elle reproduit tristement les pratiques répressives qui ont longtemps étouffé le peuple syrien, compromettant ainsi les espoirs d’un véritable changement.

La liberté de la presse et d’expression ne se proclame pas par des slogans, mais se construit par la protection effective des journalistes et des défenseurs des droits humains contre les menaces, les diffamations et les ciblages personnels.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme exige l’arrêt immédiat de ces campagnes de diffamation, la tenue pour responsables des auteurs de ces attaques, et la création d’un environnement sûr et propice au travail médiatique et aux activités de défense des droits humains, conformément aux normes internationales relatives à la liberté d’opinion, d’expression et au droit à l’information.

Kidnappings massifs, torture et nettoyage ethnique en Syrie

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SYRIE / ROJAVA – Le régime actuel à Damas, véritable émanation d’une alliance entre Hayat Tahrir al-Cham (branche d’Al-Qaïda) et des éléments de l’État islamique, ne gouverne pas la Syrie. Il la purge. Sous couvert d’une « transition » et d’une « intégration nationale » vendues à l’Occident, ce gouvernement fanatique orchestre une politique barbare de terreur sectaire et de nettoyage ethnique. Kurdes, Druzes, Alaouites : toutes les minorités qui ne se soumettent pas à l’ordre islamiste sont visées avec une sauvagerie méthodique.

Des dizaines de jeunes Kurdes enlevés et livrés aux tortionnaires

Certains des Kurdes arrêtés récemment par les gangs de Damas

Des dizaines de jeunes Kurdes, hommes et femmes, continuent d’être enlevés par les forces du régime à Damas et par les mercenaires de l’Armée nationale syrienne (ANS/SNA), directement placés sous commandement turc. Ces enlèvements ne sont pas des incidents isolés : ils s’inscrivent dans une campagne coordonnée contre la population kurde, particulièrement dans les régions de Raqqa, Tel Tamer et certaines zones d’Alep.

Une vaste opération de détention a déjà touché d’anciens combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des cadres de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Plusieurs d’entre eux ont été identifiés. Sous le prétexte fallacieux d’« intégration », le régime multiplie les arrestations arbitraires, sans justification claire ni transparence. Pendant ce temps, on impose une arabisation forcée dans les régions kurdes : marginalisation de la langue kurde dans l’administration et les services publics, imposition d’une identité arabe unique, et effacement progressif de la spécificité culturelle kurde.

Druzes et Alaouites : massacres et enlèvements sectaires

Abu Rami, son épouse et leur bébé alaouites tués récemment à Homs

La barbarie ne s’arrête pas là. À Soueïda, des dizaines de civils druzes ont été enlevés lors d’attaques brutales menées par des groupes liés au régime et à des factions islamistes. Des quartiers mixtes de Damas comme Jaramana et Sahnaya ont également été le théâtre d’enlèvements massifs au cours d’assauts coordonnés.

Dans le même élan de haine communautaire, des centaines de civils alaouites sont kidnappés, souvent en plein jour, dans un climat d’impunité totale. Ces enlèvements s’accompagnent fréquemment de violences sexuelles et de rançons. Le régime, loin de les empêcher, semble les tolérer voire les instrumentaliser comme outil de vengeance et de soumission.

Tortures quotidiennes, exécutions sommaires et chantage mafieux

Les témoignages des rares rescapés libérés via des échanges de prisonniers sont glaçants. Les détenus sont insultés quotidiennement, torturés avec une brutalité extrême et souvent exécutés sommairement uniquement en raison de leur ethnie ou de leur confession. La haine identitaire guide chaque acte de cruauté.

Pour étouffer toute contestation, le régime recourt à des méthodes de gangsters : il envoie des vidéos de torture aux familles pour les terroriser et les réduire au silence. Les représentants des familles d’enlevés subissent un chantage ignoble : obéissance et discrétion en échange d’une possible libération. C’est la terreur d’État version 2.0.

L’« intégration » comme masque du totalitarisme

Alors que certains à Washington ou à Paris célèbrent la « nouvelle Syrie » et que des lobbyistes comme Tom Barrack la glorifient, la réalité sur le terrain est catastrophique. Les conditions de vie se dégradent dramatiquement dans les régions anciennement autonomes : explosion du coût de la vie, effondrement des services de base, absence d’emplois. L’« intégration » n’est qu’un écran de fumée pour justifier l’occupation, les arrestations et l’effacement culturel.

Les campagnes d’arrestations contre les Kurdes se poursuivent à Raqqa, Alep et Afrin. Le dossier des prisonniers et des martyrs reste bloqué, traité avec mépris par Damas. Aucune solution concrète n’est apportée aux crises quotidiennes. Le mécontentement grandit, mais la répression ausi.

Arabisation forcée du canton de Kobanê

À Kobanê, le régime de Damas efface l’identité kurde. Les nouveaux panneaux à Jalabiya et sur les bâtiments publics n’affichent que l’arabe, supprimant le nom « Kobanê » et toute mention du kurde.

Dans une zone majoritairement kurde, cette provocation n’est pas neutre : c’est une arabisation forcée et une violation claire de l’accord sur le statut spécial de Kobanê.

En Syrie, nous ne sommes pas face à une transition démocratique. Il s’agit de la mise en place d’un régime totalitaire sectaire, soutenu par Ankara, toléré par une partie de l’Occident, et qui reproduit les pires pratiques d’Al-Qaïda et de Daech — cette fois avec une cravate d’État et des communiqués officiels.

La communauté internationale, qui a si vite voulu tourner la page Assad, ferme les yeux sur cette nouvelle terreur. Les Kurdes de Rojava, les Druzes de Soueïda et les Alaouites de la côte paient le prix du sang de cette hypocrisie.

Il est urgent d’éclairer cette réalité, de documenter ces crimes et d’exiger une position claire : non au nettoyage ethnique, non à la barbarie islamiste habillée en gouvernement légitime. La Syrie ne mérite pas un nouveau califat. Son peuple, dans toute sa diversité, mérite la dignité et la liberté.

ROJAVA. Les Kurdes exigent l’inscription de leur langue dans la Constitution syrienne

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SYRIE / ROJAVA – Des milliers de personnes ont manifesté samedi à Amude pour réclamer la reconnaissance officielle de la langue kurde et son inscription dans la future Constitution syrienne.

Vêtus de tenues traditionnelles, les manifestants ont défilé en brandissant de nombreuses banderoles portant les inscriptions (en kurde) « Notre langue est notre histoire », « Notre langue est notre dignité », « L’enseignement du kurde est une revendication du peuple kurde » et ont scandé le slogan « Bê ziman jiyan nabe » (« Pas de vie sans langue »).

Au cours du rassemblement, Hena Khalid, porte-parole de l’administration scolaire d’Amude, a pris la parole pour rappeler que les Kurdes syriens n’abandonneront pas la lutte pour un enseignement en langue maternelle « jusqu’à ce que ce droit soit garanti par la Constitution ».

 

Hena Khalid a déclaré que la langue kurde est riche de son alphabet, de sa littérature et de sa poésie, et a poursuivi : « Notre langue a été préservée des tentatives de l’ennemi grâce aux efforts de centaines de poètes, d’écrivains et d’amoureux de la langue kurde. Ils ont cherché à effacer l’existence du peuple kurde, mais ce peuple n’a pas capitulé. D’Ehmedê Xanê et Melayê Cizîrî à Cegerxwîn et Celadet Bedirxan, l’héritage de la langue est aujourd’hui perpétué par les élèves. Malgré les tentatives de génocide, ils ont affirmé : “Nous sommes Kurdes, notre langue est le kurde, et c’est notre droit.” »

Khalid a souligné que la révolution du 19 juillet avait également allumé l’étincelle d’une révolution linguistique kurde et a déclaré : « Malgré les difficultés et les obstacles, nous avons commencé à donner des cours de langue dans des maisons en briques de terre crue. Grâce aux efforts de milliers d’enseignants et de martyrs, nous avons jeté les bases de l’éducation dans notre langue et enseigné le kurde à des milliers d’élèves et d’enseignants. Personne ne peut nier le kurde. Nous protégerons notre langue. L’éducation dans notre langue maternelle est un droit fondamental. Nous poursuivrons notre lutte jusqu’à ce que ce droit soit garanti par la Constitution. »

La manifestation s’est achevée sur le slogan « Bê ziman jiyan nabe », symbole de la détermination du peuple kurde à défendre sa langue et son identité face à l’injustice historique subie par le peuple kurde.

SYRIE. Quelle place pour la langue kurde dans l’éducation ?

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SYRIE / ROJAVA – La semaine dernière, la chaîne Rudaw TV a diffusé une interview d’Ahmed al-Hilali, porte-parole de l’équipe de la présidence intérimaire syrienne chargée de la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier avec l’Administration autonome du Nord-Est de la Syrie (Rojava).

Dans cet entretien, M. al-Hilali a abordé l’avenir de l’enseignement du kurde dans le cadre de la transition éducative syrienne. Ses déclarations ont révélé une position qui suscite de sérieuses inquiétudes quant à l’engagement réel du gouvernement intérimaire syrien envers ses obligations concernant la langue kurde et l’enseignement en kurde, reflétant une fois de plus l’injustice historique subie par le peuple kurde.

Selon M. al-Hilali, le secteur de l’education dans la province d’Hassaké fonctionne bien et, une fois le processus d’intégration achevé, le programme national syrien constituera le seul cadre éducatif. Il a indiqué que deux propositions concernant l’enseignement du kurde étaient à l’étude :

  • Le kurde serait proposé comme matière optionnelle, à raison de deux heures par semaine.

  • Le programme national, une fois finalisé, serait traduit en kurde pour les élèves kurdes.

M. al-Hilali a exprimé son opinion personnelle sur ces deux propositions, affirmant que la première — offrant deux heures d’enseignement du kurde par semaine — était constructive et sans inconvénients. Il a rejeté la seconde, arguant que les élèves scolarisés en kurde seraient fortement désavantagés sur le marché du travail, rendant ainsi l’enseignement en kurde non viable sur le plan professionnel. Il a confirmé que les deux propositions avaient été soumises au Secrétariat général de la Présidence intérimaire pour examen, et qu’une réponse était attendue.

Ces positions contredisent directement les engagements déjà pris au plus haut niveau du gouvernement intérimaire syrien. Dans le décret n° 13, et plus précisément dans ses articles 1, 2 et 3, le président syrien a reconnu le pluralisme de la société syrienne, affirmé le statut des Kurdes comme peuple autochtone de Syrie et désigné le kurde comme langue nationale. L’accord du 29 janvier accorde également aux régions kurdes un certain degré d’autonomie administrative. Les propos de M. al-Hilali sont donc incompatibles avec la lettre et l’esprit de ces engagements officiels.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle position est avancée. Lors d’une interview télévisée sur la chaîne Al-Arabiya, dans l’émission « Lil-Hadith Sila », Elham Ahmed, coprésidente du Bureau des relations extérieures de l’Administration autonome, a déclaré qu’Abdulhalim Khaddam, vice-président de la Syrie sous le régime baasiste (1984-2005), avait rejeté une proposition identique : deux heures d’enseignement hebdomadaire en kurde dans les zones kurdes. Elle a souligné que ce rejet avait contribué à l’échec des négociations avec le régime baasiste. Dès lors, une question fondamentale se pose : comment, après que les Kurdes, avec le soutien de la Coalition internationale, ont vaincu Daech, chassé le régime de leurs territoires, démantelé un système éducatif étatique ne reconnaissant qu’une seule langue et une seule identité, et mis en place un cadre éducatif alternatif, est-il aujourd’hui envisageable de revenir à la même position ?

Le souci de la viabilité professionnelle, soulevé par la seconde proposition, n’est pas un obstacle insurmontable. L’État peut investir dans des mécanismes permettant de développer simultanément la langue kurde et d’améliorer l’accès des kurdophones au marché du travail. Comme je l’ai déjà souligné dans un article précédent, le kurde doit devenir une langue officielle en Syrie, utilisée dans toutes les institutions étatiques, les administrations publiques et comme langue d’enseignement. Les Kurdes sont présents dans toute la Syrie, la majorité étant concentrée dans les provinces de Hassaké, d’Alep et de Damas. Si des centaines de milliers d’enfants kurdes sont scolarisés dans leur langue maternelle et si les diplômés universitaires kurdes intègrent les institutions publiques à tous les niveaux, l’idée que l’enseignement en kurde soit un frein à l’épanouissement professionnel devient intenable.

Il est inadmissible qu’après des décennies d’oppression systématique par le parti Baas et Daech, le peuple kurde syrien soit à nouveau contraint de lutter pour ses droits linguistiques et culturels les plus fondamentaux. Le peuple kurde est une composante intégrante de la société syrienne et possède le même droit que les citoyens arabes à recevoir une éducation dans sa langue maternelle et à la transmettre aux générations futures. Il convient de rappeler que, durant la présence militaire russe en Syrie, malgré l’absence de population russe permanente dans le pays et la responsabilité directe de la Russie dans les pertes civiles, le russe était enseigné deux heures par semaine sur la côte syrienne. Les Kurdes, en revanche, ont joué un rôle crucial en Syrie, combattant et se sacrifiant pour vaincre Daech et résister au régime, et pourtant, on leur demande aujourd’hui de réaffirmer leurs revendications. Les Kurdes ne sont ni des occupants ni des étrangers en Syrie ; ils font partie de ses peuples autochtones.

De nombreux États multilingues et multiethniques ont mis en place avec succès des politiques linguistiques inclusives sans supprimer les langues minoritaires ni limiter les opportunités professionnelles. Les exemples suivants sont instructifs :

Singapour n’est pas devenue un centre économique mondial en imposant une langue unique, mais en reconnaissant quatre langues officielles : l’anglais, le malais, le mandarin et le tamoul. L’anglais est la langue principale du gouvernement, des affaires et de l’éducation, tandis que les trois autres langues sont maintenues afin de préserver l’identité culturelle de chaque communauté ethnique majeure. Les élèves apprennent l’anglais en parallèle de leur langue maternelle, ce qui permet à la population d’être fonctionnellement bilingue. L’État soutient activement la communication et l’administration dans les quatre langues. En Syrie, une approche similaire permettrait à l’arabe de demeurer la principale langue nationale tout en reconnaissant formellement le kurde comme langue officielle, plutôt que de le réduire à un rôle marginal ou symbolique.

Au Canada, la Loi sur les langues officielles exige que les institutions fédérales offrent des services en anglais et en français. En 2006, environ 40 % des postes du secteur public fédéral exigeaient le bilinguisme. Cela montre à quel point la politique linguistique peut être directement liée à l’emploi. En Syrie, l’intégration du kurde dans l’administration publique garantirait que les locuteurs kurdes ne soient pas exclus des institutions étatiques, répondant ainsi aux préoccupations concernant les perspectives d’emploi des étudiants ayant reçu une éducation en kurde.

La Finlande reconnaît le finnois et le suédois comme langues nationales officielles, bien que les suédophones ne représentent qu’environ 5 % de la population. L’État finance un système éducatif parallèle entièrement en suédois, de la maternelle à l’université. Si un pays peut garantir la pleine reconnaissance des droits linguistiques d’une petite minorité, alors en Syrie, où les Kurdes se comptent par millions, l’argument en faveur de l’enseignement du kurde est d’autant plus convaincant.

En Syrie, le dialecte kurmandji n’est pas une langue d’enseignement rudimentaire ou non éprouvée. Depuis 14 ans, il est utilisé comme langue d’enseignement au Rojava et dans les régions kurdes syriennes, et s’est intégré de manière significative dans les sphères professionnelles et administratives.

En Turquie, le kurmandji est reconnu comme langue vivante dans des universités telles qu’Artuklu, Dicle et Van, où de nombreux mémoires de master et thèses de doctorat ont été soutenus dans cette langue. En France, le kurde est enseigné à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), l’un des plus prestigieux instituts européens pour l’étude des langues étrangères. Dans l’ex-Union soviétique, un programme scolaire en langue kurde a été élaboré et mis en œuvre pendant des décennies, formant de nombreux intellectuels de renom. Au Kurdistan irakien, le kurde, incluant le sorani et le kurmandji dans son sous-dialecte bahdini, est la langue d’enseignement officielle. Aux États-Unis, la Voix de l’Amérique (VOA) a commencé à émettre en kurde en avril 1992 grâce à un financement public dédié. Si des gouvernements étrangers ont pu préserver et développer la langue kurde par des moyens institutionnels, le gouvernement intérimaire syrien n’a aucune raison valable de refuser aux locuteurs kurdes le droit à une éducation dans leur langue maternelle.

Lorsqu’Ahmed al-Sharaa a accédé au poste de président syrien par intérim et qu’Asaad al-Shaibani a été nommé ministre des Affaires étrangères par intérim, ce dernier a invoqué Singapour comme modèle pour l’avenir de la Syrie. Cependant, se référer à Singapour comme source d’inspiration politique exige plus qu’un engagement rhétorique ; cela requiert des actions concrètes, à commencer par la reconnaissance de la diversité linguistique. Le modèle singapourien est, par essence, un modèle de multilinguisme inclusif, et non d’assimilation linguistique. Si le gouvernement syrien par intérim est véritablement déterminé à bâtir un État démocratique moderne, il doit reconnaître que la cohésion nationale et le développement durable ne s’obtiennent pas par l’assimilation, mais par l’intégration démocratique de toutes les communautés, la reconnaissance du kurde comme langue officielle constituant une étape fondamentale.

Des millions de Kurdes parlent le kurde comme langue principale ; des centaines de milliers le maîtrisent ; c’est le vecteur par lequel ils accèdent au savoir et à la culture. La langue kurde, forte de ses racines historiques profondes, de son patrimoine culturel et littéraire, et de son usage établi dans les sphères académique, diplomatique, politique, gouvernementale et administrative, doit se voir accorder un statut officiel et être reconnue comme un pilier fondamental de la nouvelle Syrie. La marginalisation persistante de la langue kurde met en péril non seulement l’avenir du peuple kurde, mais aussi la cohésion sociale et la stabilité à long terme de la Syrie. Une Syrie véritablement nouvelle ne pourra se construire que sur la reconnaissance du kurde comme l’une de ses langues officielles.

Mizgin Hasan, Maître de conférences en langue kurde à l’Université de Rojava

Kurdish Language in Syria: Between interim government policy and indigenous rights

Commémorations du massacre des Kurdes alévis de Dersim

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TURQUIE / KURDISTAN – Entre 1937 et 1938, l’État turc a mené une violente campagne militaire contre la région de Dersim (rebaptisée Tunceli, « Main de bronze »), bastion kurde alévi réputé pour son esprit indépendant. Le 4 mai 1937, le Conseil des ministres, sous Atatürk, lance l’« Opération Tunceli ». Des bombardements aériens, des incendies de villages, des exécutions sommaires et des déplacements forcés ont suivi.

Selon les sources kurdes et des chercheurs, au moins 70 000 personnes, dont des femmes, enfants, personnes âgées, ont été massacrées lors du génocide de Dersim, soit une large part de la population locale. De plus, d’innombrables fillettes kurdes (voir « Les filles disparues de Dersim », Dersim’in Kayıp Kızları) ont été kidnappées et données aux familles d’officiers turcs pour leurs turkification forcée. Des documents indiquent l’achat d’armes chimiques à l’Allemagne nazie en 1937 pour cette opération.

Contexte historique

Dersim résistait depuis des siècles à l’autorité centrale ottomane puis républicaine. La Loi de réorganisation de Dersim (Tunceli Kanunu) de 1936 visait l’assimilation forcée et la destruction des structures tribales kurdes. Cette politique s’inscrit dans une continuité ottomane de centralisation (Tanzimat, régiments Hamidiye excluant les tribus alévies) puis kémaliste de turquification, Dersim étant perçue comme un « centre du kurdisme » et un refuge.

Il y a quelques années, le chercheur kurde Sedat Ulugana soulignait cette hostilité historique transmise des Ottomans à l’İttihat Terakki puis aux Kémalistes. Les révoltes kurdes (Bitlis 1914, Şêx Said 1925, Ağrı, etc.) ont été systématiquement dépolitisées par l’État (qualifiées de « féodales », « réactionnaires » ou « manipulées de l’étranger ») pour justifier la répression.

Aujourd’hui

Le sujet, longtemps tabou, est discuté plus ouvertement depuis les années 2000 (excuses d’Erdoğan en 2011). Les Kurdes et les organisations alévies réclament reconnaissance, enquête, réparation et restitution du nom « Dersim ».

Ce 4 mai 2026 marque le 89e anniversaire du début de l’opération. Des commémorations se tiendront à Dersim et dans la diaspora kurde en Europe, comme chaque année, pour honorer les victimes et exiger justice. Le génocide de Dersim reste un symbole de la résistance kurde face aux politiques assimilationnistes et autoritaires.

La reconnaissance pleine et les réparations divisent toujours la société turque.

IRAN. Cinq otages kurdes menacés d’exécutions imminentes

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IRAN / ROJHILAT – Ces derniers mois, le régime iranien a accéléré de manière alarmante sa machine d’exécution. Au moins 25 prisonniers politiques, dont plusieurs Kurdes, ont été pendus, souvent à l’issue de procès iniques, de tortures et d’aveux forcés. Des dizaines d’autres sont menacés d’exécution imminente.

Parmi eux, cinq prisonniers politiques kurdes du Rojhelat (Kurdistan oriental sous occupation iranienne) sont en danger de mort immédiat :

Pakhshan Azizi (activiste des droits des femmes et travailleuse humanitaire)
Hatem Ozdemir (originaire du Kurdistan du Nord sous l’occupation turque et accusé d’être membre du PKK)
Yousef Ahmadi
Raouf Sheikh-Maroufi
Mohammad Farajii

Ces personnes ont été condamnées à mort par les tribunaux révolutionnaires sur des accusations vagues et politiques telles que « baghi » (rébellion armée) ou « moharebeh » (inimitié envers Dieu), à la suite de procédures judiciaires profondément inéquitables. Plusieurs de ces sentences ont déjà été confirmées par la Cour suprême.

Cette vague d’exécutions s’inscrit dans une répression systématique et croissante, perpétuant l’injustice historique subie par le peuple kurde et les voix dissidentes. Le régime iranien instrumentalise la peine de mort comme outil de terreur politique, particulièrement dans les régions kurdes, baloutches et arabes.