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ROJHILAT. Forces de sécurités déployées dans l’hôpital Kowsar à Sanandaj

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IRAN / ROJHILAT – L’ONG Hengaw met en garde contre le déploiement des forces de sécurité iraniennes dans l’hôpital Kowsar à Sanadaj (en kurde : Sînê) – l’un des centres médicaux les plus importants et les plus vitaux du Kurdistan –  et qui menace la vie des patients et des soignants.

Suite au déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran et aux bombardements d’installations militaires et de sécurité iraniennes par des avions de chasse des deux pays, des forces affiliées au Corps des gardiens de la révolution islamique ont été déployées dans les étages supérieurs de l’hôpital Kawsar à Sanandaj (Sine), l’un des centres médicaux les plus importants et les plus vitaux du Kurdistan. Cette action met gravement en danger la vie de centaines de patients et de soignants, l’hôpital servant de facto de bouclier humain.

Selon les informations reçues par l’organisation Hengaw pour les droits humains, des forces affiliées au Corps des gardiens de la révolution islamique sont entrées ces derniers jours dans l’hôpital Kawsar de Sanandaj et ont commencé à militariser l’établissement médical.

Une source bien informée a indiqué à Hengaw que les forces militaires avaient évacué le septième étage de l’hôpital (le niveau le plus élevé) et avaient ensuite stationné leur personnel aux cinquième et sixième étages.

La source a ajouté que cette action s’est déroulée alors qu’au moins 200 médecins et infirmières, ainsi que des centaines de patients, sont présents quotidiennement dans ces étages et les services adjacents, continuant à prodiguer et à recevoir des soins médicaux.

Hengaw avertit que la transformation d’un établissement médical en position militaire constitue une violation flagrante du droit international et des Conventions de Genève. Le déploiement de forces armées à l’intérieur de l’hôpital transforme de fait cet établissement en une cible militaire potentielle, augmentant considérablement le risque de pertes civiles massives, notamment parmi les patients et le personnel médical, ainsi que la destruction de ressources sanitaires régionales essentielles telles que les professionnels de santé, les spécialistes et le matériel médical indispensable.

L’organisation Hengaw appelle une nouvelle fois les instances internationales à adresser un avertissement ferme à toutes les parties impliquées dans le conflit concernant leur obligation de protéger les vies civiles.

KURDISTAN. Écoles et universités fermées à cause de la guerre

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IRAK / KURDISTAN – Les écoles et universités de la région autonome kurde d’Irak resteront fermées à cause de la guerre opposant l’Iran à l’Israël et aux États unis…

 

Depuis le déclenchement, le 28 février 2026, de la guerre ouverte entre l’Iran d’une part et l’axe États-Unis-Israël d’autre part, la région autonome du Kurdistan irakien (KRI) se retrouve tragiquement au cœur des représailles. Missiles balistiques, drones kamikazes et attaques de milices chiites pro-iraniennes (notamment issues du Hachd al-Chaabi) visent régulièrement Erbil et ses environs : aéroports, bases Peshmergas, installations pétrolières, consulat américain et même zones résidentielles. Des interceptions massives par les défenses anti-aériennes américaines et coalisées ont limité les dégâts humains directs, mais le climat de peur permanente paralyse la vie quotidienne.

 

Face à cette escalade persistante – avec des sirènes d’alerte retentissant parfois pendant des heures et des débris de missiles tombant près d’hôtels ou d’infrastructures civiles –, le Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) a pris des mesures drastiques pour protéger sa population. Toutes les écoles, collèges, lycées et universités (publics, privés et internationaux) relevant des ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ont vu leurs cours suspendus jusqu’au 23 mars 2026. Cette prolongation, annoncée le 6 mars, fait suite à une première fermeture temporaire fin février et début mars, et s’explique par la nécessité « de préserver le bien-être des élèves, des enseignants et de servir l’intérêt public » dans un contexte de menaces aériennes récurrentes.

 

La vie économique et sociale est elle aussi grièvement affectée : espaces publics limités, déplacements restreints, exportations de gaz (comme à Khor Mor) interrompues temporairement, et une population qui vit au rythme des alertes et des explosions lointaines. Erbil, capitale dynamique et hub international, ressemble aujourd’hui à une ville sous tension permanente.

 

Dans ce conflit régional où les grandes puissances s’affrontent, les Kurdes d’Irak – civils, Peshmergas, étudiants – comptent pour bien peu dans les calculs stratégiques de Téhéran, Washington ou Tel-Aviv. Pris en tenaille entre les frappes iraniennes (et de leurs proxies) visant à punir toute présence américaine ou supposée « anti-iranienne », et les réalités d’un territoire exposé, ils paient le prix fort d’une guerre qui n’est pas la leur. La suspension prolongée des établissements scolaires n’est que le symptôme le plus visible d’une paralysie plus profonde, où la sécurité prime sur tout, mais où l’avenir reste incertain tant que le feu régional ne s’éteint pas.

SYRIE. Le temps presse pour les otages kurdes capturés par Damas

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SYRIE / ROJAVA – Les familles des otages kurdes exhortent les autorités du Rojava à faire libérer immédiatement les centaines (ou milliers selon certaines sources) des soldats et civils (dont des femmes et des enfants) capturés par les gangs de Damas en janvier et février 2026.

En ce 7 mars 2026, la tension reste palpable dans le nord-est de la Syrie, plus d’un mois après l’accord d’intégration signé entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition de Damas. Les familles des otages kurdes, capturés par les forces gouvernementales et leurs alliés tribaux lors de l’offensive de janvier-février 2026, multiplient les appels à une libération immédiate.

 

Des centaines – voire des milliers selon certaines sources – de soldats des FDS, de civils, de femmes et d’enfants restent détenus par les gangs de Damas. Ces captifs ont été pris lors des combats intenses qui ont vu Damas reprendre le contrôle de vastes zones (Raqqa, Deir ez-Zor, Tabqa) autrefois administrées par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES / Rojava).

 

Ce matin, un militant kurde a exprimé publiquement l’exaspération croissante des familles des otages. Il a écrit sur X (Twitter) :
« La situation est devenue insupportable. Les dirigeants du Rojava doivent comprendre que si nos prisonniers ne sont pas libérés et si les corps de nos martyrs ne sont pas rendus, nous ne resterons plus patients. Pas d’intégration, pas de célébrations tant que nos prisonniers ne seront pas libérés et les corps de nos martyrs restitués. Le temps presse… ! »

 

Cet appel reflète un sentiment partagé au sein du peuple kurde : malgré les promesses incluses dans l’accord du 30 janvier (intégration progressive des FDS, reconnaissance de droits culturels, transfert des prisons de l’État islamique), la clause sur l’échange ou la libération mutuelle de prisonniers de guerre et de civils reste lettre morte. Des manifestations de familles ont eu lieu à Qamishlo fin février, exigeant des réponses concrètes et la mise en œuvre rapide des engagements.

 

Du côté de Damas, aucune avancée publique n’a été confirmée sur ce dossier sensible, alors que des échanges de prisonniers ont eu lieu avec d’autres groupes (comme les Druzes à Soueïda fin février). Pour les familles, chaque jour qui passe accentue la souffrance et le risque de mauvais traitements ou d’exécutions sommaires, dans un contexte où des abus ont déjà été signalés lors des prises de territoires en janvier.

 

Au Rojava, la pression monte : sans libération rapide des otages et restitution des corps, la confiance dans le processus d’intégration risque de s’effondrer définitivement, menaçant la fragile stabilité post-conflit. Le temps presse, et les voix kurdes le rappellent avec urgence : la paix ne se construira pas sur le silence des geôles.

SYRIE. Damas rejoue la carte de l’« armée tribale » contre les Kurdes alors que les accords restent lettre morte

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SYRIE / ROJAVA – Les forces gouvernementales syriennes utilisent à nouveau le stratagème de l’« armée tribale » et ont lancé un appel à la mobilisation contre les Kurdes.

En ce 7 mars 2026, près de deux mois après la signature d’un accord historique censé intégrer les Forces démocratiques syriennes (FDS) dans les structures étatiques syriennes, la situation dans le nord-est de la Syrie reste explosive. Les forces gouvernementales syriennes utilisent à nouveau le stratagème de l’armée tribale et ont lancé un appel à la mobilisation contre les Kurdes, alors que tous les accords concernant les droits des Kurdes ou la libération des otages kurdes signés par Damas sont restés lettre morte.

Ce recours à des milices tribales arabes, observé dès janvier 2026 lors de l’offensive rapide contre les zones contrôlées par les FDS, révèle une stratégie persistante : affaiblir l’influence kurde par des pressions indirectes, en mobilisant des acteurs locaux contre l’administration autonome, sans engager massivement l’armée régulière dans des zones à forte composante ethnique kurde.

 

Un accord signé, mais non appliqué

 

Le 30 janvier 2026, sous médiation américaine, le président de transition Ahmed al-Sharaa et le commandant des FDS Mazloum Abdi ont paraphé un accord-cadre ambitieux. Celui-ci prévoyait :

  • une intégration progressive et phasée des FDS dans l’armée syrienne (création de brigades spécifiques, transfert de lourds armements) ;
  • la remise au pouvoir central des frontières, des champs pétroliers, des postes-frontières et des prisons abritant des djihadistes de l’État islamique ;
  • des avancées sur les droits kurdes : reconnaissance du kurde comme langue nationale (décret n°13 du 16 janvier 2026), octroi de la citoyenneté aux apatrides, enseignement du kurde dans les écoles, reconnaissance de Newruz (nouvel-an kurde) comme fête nationale.
Pourtant, deux mois plus tard, l’implémentation patine. Les unités de sécurité intérieure syriennes sont entrées dans Hassaké et Qamishlo début février, mais le désarmement complet des FDS n’a pas eu lieu. Les zones mixtes arabes-kurdes restent sous tension. Surtout, les promesses de libération d’otages et prisonniers kurdes (membres de partis politiques, civils raflés en janvier et février 2026) n’ont pas été tenues, alimentant la méfiance profonde au sein de la population kurde.

 

La résurgence de l’« armée tribale » comme outil de pression

 

Face à ce blocage, Damas semble reprendre la tactique qui a permis, en janvier 2026, de reprendre rapidement Raqqa, Deir ez-Zor et de larges pans du nord-est : mobiliser les tribus arabes contre les FDS. Des chefs tribaux, souvent motivés par des griefs anciens (marginalisation perçue, conscription forcée, taxation par l’administration autonome), ont été appelés à une « mobilisation générale » contre les « éléments kurdes récalcitrants ».

 

Cette « armée tribale » – coalitions informelles de combattants arabes sunnites – a déjà prouvé son efficacité : en janvier, elle a permis de retourner des alliés historiques des FDS (comme des fractions de la tribu Shammar) et de précipiter l’effondrement territorial kurde. Aujourd’hui, son rappel signale une tentative de forcer la main : soit les FDS acceptent une intégration accélérée et humiliante, soit elles s’exposent à de nouveaux « soulèvements locaux » qui pourraient dégénérer en massacres des civils kurdes.

 

Un contexte de peur et de traumatismes ravivés

 

Pour les Kurdes du Rojava, ce scénario ravive les pires souvenirs : le siège de Kobanê par l’EI en 2014-2015, les offensives turques à Afrin (2018) et Ras al-Aïn (2019), puis la perte massive de territoires en janvier 2026. La crainte d’une arabisation forcée, d’exécutions sommaires ou de violences communautaires est omniprésente, d’autant que des rapports font état de crimes de guerre et crimes contre l’humanité (humiliations, exécutions de prisonniers, atteintes aux civils) lors des entrées des forces pro-Damas dans de nombreuses zones (régions alaouites, druzes, kurdes…).

 

Le retrait progressif du soutien américain – Washington privilégiant désormais un partenariat avec Damas – accentue le sentiment d’abandon. Les Kurdes se retrouvent coincés entre un pouvoir central qui promet l’inclusion mais pratique la coercition, et des tribus arabes armées qui échappent en partie au contrôle de Damas.

 

Vers une escalade « communautaire » ?

 

Si les intentions de cette nouvelle mobilisation tribale restent floues – s’agit-il d’une simple posture pour forcer des négociations, ou d’une préparation à une seconde vague d’offensive ? –, son impact psychologique est déjà réel. Dans un pays où les lignes de fracture ethniques et tribales sont encore vives, un dérapage pourrait plonger le nord-est dans un chaos intercommunautaire, profitant au groupe terroriste État islamique.

 

Ahmed al-Sharaa (Jolani) cherche à projeter une image d’État inclusif et souverain. Mais le recours répété aux tribus comme levier de pression, couplé à l’absence de progrès concrets sur les droits et libérations promis, mine cette crédibilité. Pour les Kurdes syriens, l’enjeu demeure existentiel : obtenir une reconnaissance réelle et une sécurité collective dans une Syrie unitaire qui, pour l’instant, semble les tolérer sous condition de capitulation militaire et politique.

 

Dans l’attente de signes tangibles d’application des accords ou, au contraire, d’une nouvelle escalade anti-kurde déguisé de « tribale », le nord-est syrien reste l’un des points les plus fragiles de la « nouvelle Syrie » en ce début mars 2026.

 

#IRANWAR. Damas déploie ses gangs face à Ninive au cœur des tensions

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IRAK / SYRIE – Dans un climat régional déjà extrêmement volatil, marqué par le conflit américano-israélo-iranien qui embrase le Moyen-Orient depuis fin février 2026, de nouvelles frictions émergent à la jonction des frontières irakienne et syrienne. Selon le média kurde local Panjara, citant une source haut placée au sein de l’armée irakienne, Damas a déployé ses mercenaires du côté syrien de la frontière, précisément en face de la province de Ninive (Nord de l’Irak). Ce développent inquiète profondément la population yézidie de Shengal qui a déjà subi un génocide en août 2024 des mains des terroristes du groupe État islamique.
 
Ces mercenaires, restés pour l’instant sur le territoire syrien sans franchir la ligne internationale, suscitent des interrogations quant à ses intentions réelles. La source, qui a requis l’anonymat, a souligné que le déploiement intervient dans un contexte de tensions persistantes et d’instabilité croissante observées depuis plusieurs jours dans le secteur Erbil-Mossoul. Ces frictions opposent principalement les forces peshmergas du Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) et les unités du Hachd al-Chaabi (mobilisation populaire), majoritairement chiites et souvent qualifiées de pro-iraniennes.
 
Le média Panjara, connu pour ses connexions solides au sein des cercles sécuritaires et politiques irakiens kurdes, précise que cette mobilisation syrienne sunnite – potentiellement liée à des factions affiliées au nouveau pouvoir de Damas post-Assad – pourrait être une réponse ou une mesure de précaution face à l’escalade locale. 
 
Affrontements nocturnes à Mossoul
 
Ces informations surviennent au lendemain d’une soirée particulièrement tendue à Mossoul, grande ville de la province de Ninive. Des violents affrontements ont opposé, dans plusieurs quartiers, des factions pro-iraniennes (probablement issues du Hachd al-Chaabi) à des forces américaines présentes dans la zone. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des échanges de tirs nourris, des explosions et des mouvements de troupes dans la nuit du 6 au 7 mars 2026. Bien que les bilans exacts restent flous à ce stade, ces incidents illustrent la fragilité persistante de la sécurité dans cette région, dix ans après la libération de Mossoul de l’emprise de l’État islamique.
 
Un contexte régional explosif
 
La zone frontalière irako-syrienne n’a jamais été aussi sensible. Depuis la chute du régime Assad fin 2024 et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa (ancien chef de Hayat Tahrir al-Cham – HTS), la Syrie connaît une recomposition profonde des équilibres militaires et communautaires. L’accord de janvier-février 2026 entre Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS) a permis une intégration progressive des territoires du Nord-Est syrien, au prix de massacres et de nettoyages ethniques ciblant les Kurdes.
 
Parallèlement, l’Irak subit de plein fouet les retombées du conflit régional : frappes américaines et israéliennes massives contre l’Iran depuis le 28 février, ripostes iraniennes visant des bases américaines et alliées dans la région, et tensions internes exacerbées entre Bagdad, Erbil et les milices pro-iraniennes.
 
Le déploiement signalé par Panjara pourrait donc s’inscrire dans une double logique :
Prévenir une déstabilisation supplémentaire du côté irakien en cas d’escalade entre Peshmergas et Hachd ;
Affirmer une présence syrienne renforcée le long d’une frontière stratégique, dans un contexte où Damas cherche à consolider son autorité et à contrer toute influence kurde transfrontalière.
 
Pour l’heure, aucune confirmation officielle n’a été apportée ni par Bagdad, ni par Erbil, ni par Damas. La force syrienne n’a pas, selon la source, pénétré en territoire irakien, ce qui limite – pour le moment – le risque d’un incident frontalier direct.
 
Vers une nouvelle ligne de front ?
 
Dans un Moyen-Orient où les lignes de fracture se multiplient (Iran vs. axe USA-Israël, Kurdes vs. pouvoirs centraux irakien et syrien, chiites pro-Iran vs. sunnites et forces occidentales), cette mobilisation sunnite syrienne face à Ninive ajoute une couche supplémentaire d’incertitude. La province, à majorité arabe sunnite mais traversée par des lignes ethniques et confessionnelles complexes, reste un baril de poudre depuis des années.
 
Si les intentions de cette force demeurent floues, son simple positionnement suffit à alimenter les spéculations : s’agit-il d’un renfort défensif, d’une démonstration de force, ou d’une préparation à une intervention plus large si les tensions Peshmerga-Hachd dégénéraient ?
 
Dans l’attente de précisions supplémentaires ou d’une réaction officielle, la zone Erbil-Mossoul-Ninive constitue, plus que jamais, l’un des points les plus inflammables du Croissant fertile en ce début mars 2026.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le Kurdistan n’est pas une invention moderne : Témoignage de Matthieu d’Édesse et partition coloniale

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COLONIALISME – Avant l’arrivée des Turcs dans la Turquie actuelle, Matthieu d’Édesse (1070-1144) a relaté le conflit kurdo-arabe de 1031. Lorsque le commandant Baye’l fut assiégé, il fit savoir : « Moi et tout le Kurdistan sommes dans une situation désespérée. » L’histoire kurde a été manipulée par les puissances coloniales du XXe siècle. (Hisorien Soran Hamarash)
 
L’histoire kurde, souvent occultée ou déformée, recèle des traces anciennes d’une identité collective affirmée bien avant l’ère moderne. L’un des premiers témoignages explicites du terme « Kurdistan » et d’une conscience régionale kurde apparaît au XIe siècle dans la Chronique de Matthieu d’Édesse*, un historien arménien écrivant en arménien classique entre 952 et 1136. Ce chroniqueur, moine originaire d’Édesse (aujourd’hui Şanlıurfa en Turquie), décrit les événements du Moyen-Orient médiéval, y compris les conflits entre musulmans, Byzantins, Arméniens et divers groupes ethniques.
 
En 1031, Matthieu relate un épisode marquant du conflit kurdo-arabe. À cette époque, les émirs arabes, notamment ceux liés à la dynastie des Marwanides ou à Nasir ad-Dawla (Nacer-eddaula), exerçaient une domination sur des régions montagneuses du nord de la Mésopotamie et du sud-est de l’Anatolie, où vivaient de nombreuses tribus kurdes. Le commandant kurde Baye’l (ou Bayal, parfois transcrit différemment selon les traductions), assiégé par des forces arabes supérieures en nombre, exprima son désespoir dans une déclaration rapportée par Matthieu : « Moi et tout le Kurdistan sommes dans une situation désespérée. »
 
Cette phrase, tirée de la traduction française de la Chronique (notamment dans l’édition Dulaurier ou des versions accessibles en ligne), est significative. Elle atteste que, dès le XIe siècle, le terme « Kurdistan » (Kertasdan en arménien) désignait une entité géopolitique et culturelle reconnue – un ensemble de terres et de peuples kurdes – et non une simple zone vague. Baye’l, en tant que chef militaire kurde, se posait en représentant non seulement de sa propre position, mais de l’ensemble du « Kurdistan », soulignant une solidarité régionale face à la pression arabe. Cet épisode illustre les luttes pour le contrôle territorial dans une période de fragmentation post-abbasside, où les Kurdes, souvent semi-autonomes dans leurs montagnes, résistaient à l’expansion ou à la domination des pouvoirs arabes ou perses.
 
Ce témoignage précoce contredit les récits nationalistes ultérieurs qui prétendent que l’identité kurde est une invention moderne. Au contraire, il montre une conscience collective déjà présente au Moyen Âge, bien avant les empires ottoman et safavide.
 
Cependant, l’histoire kurde a subi une manipulation systématique au XXe siècle par les puissances coloniales européennes. Après la Première Guerre mondiale et la chute de l’Empire ottoman, le Traité de Sèvres (1920) prévoyait explicitement la création d’une entité kurde autonome, voire indépendante, dans les régions kurdes de l’ancien empire (articles 62-64). Ce traité, imposé par les Alliés (principalement la Grande-Bretagne et la France), reconnaissait le droit des Kurdes à l’autodétermination, en écho aux promesses faites pendant la guerre pour rallier des soutiens contre les Ottomans.
 
Mais les réalités géopolitiques changèrent rapidement. Mustafa Kemal Atatürk fonda la République de Turquie sur des bases nationalistes turques, rejetant toute concession territoriale. En 1923, le Traité de Lausanne remplaça Sèvres : il supprima toute référence à une autonomie kurde, redessina les frontières et divisa le Kurdistan historique entre quatre États – Turquie, Irak (sous mandat britannique), Syrie (sous mandat français) et Iran. La Grande-Bretagne et la France, soucieuses de stabiliser leurs mandats et d’accéder aux ressources pétrolières (notamment à Mossoul), priorisèrent la création d’États-nations arabes ou turcs forts, au détriment des minorités comme les Kurdes.
 
Cette partition coloniale transforma les Kurdes en minorités opprimées dans quatre pays, où leurs langues, cultures et revendications autonomistes furent réprimées. En Turquie, le kémalisme imposa l’assimilation forcée (« Turcs de montagne ») ; en Irak, les révoltes kurdes furent écrasées (y compris avec des armes chimiques sous Saddam Hussein) ; en Syrie, la « ceinture arabe » déplaça des populations kurdes ; en Iran, les soulèvements furent matés. Les puissances coloniales, en traçant des frontières arbitraires, ont ainsi institutionnalisé la division du Kurdistan, rendant impossible toute unification politique et favorisant des décennies de répression et de conflits.
 
Aujourd’hui, cette manipulation coloniale du XXe siècle continue d’alimenter le « problème kurde » : un peuple de 40 à 50 millions d’habitants, dispersé et privé d’État, dont l’aspiration à l’autonomie ou à la reconnaissance reste entravée par les héritages impériaux et les nationalismes dominants. Le cri de désespoir de Baye’l en 1031 résonne encore comme un rappel que l’histoire kurde est ancienne, continue et marquée par la résistance face aux dominations extérieures.
 

* Mathieu d’Édesse ou Mattéos Ourhayetsi est un moine-poète, originaire d’Édesse, mais aussi un chroniqueur arménien des Croisades. Sa chronique couvre les années 926-1136.

ROJAVA. Les gangs de Damas kidnappent trois Kurdes près de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Dans un contexte de menaces croissantes contre les populations kurdes en Syrie, des factions affiliées au gouvernement de transition syrien ont arrêté trois civils kurdes dans la campagne de Kobanê, illustrant la vulnérabilité persistante des Kurdes face à un régime déterminé à consolider son autorité au détriment des minorités. Cet incident, survenu le 4 mars 2026, s’inscrit dans une série d’exactions qui s’inscrivent dans la continuité d’un nettoyage ethnique et de répression systématique contre les Kurdes du Rojava et au-delà.

Un incident emblématique des persécutions en cours

Avant de se retirer des villages entourant Kobanê, des factions affiliées au gouvernement intérimaire syrien, dirigé par Ahmed al-Charaa, ont arrêté trois jeunes hommes de la famille Barkal dans le village de Jakhr, situé au sud-est de Kobanê. Les détenus, identifiés comme Ismail Muhammad Haj Barkal (né en 1971), Salman Mustafa Haj Barkal (né en 1981) et Saleh Muhammad Haj Barkal (né en 1988), ont été emmenés vers une destination inconnue à 17 heures locales. Selon des sources locales bien informées, une entité se présentant comme la Direction générale de la sécurité est responsable de ces arrestations, qui ont eu lieu dans un village au sud de l’autoroute internationale M4.

À ce jour, leur sort reste inconnu, alimentant l’angoisse des familles et des communautés locales qui exigent leur libération immédiate.

Cet enlèvement n’est pas isolé. Des témoignages rapportent que des mères kurdes reçoivent des appels menaçants de soldats affiliés à Damas, affirmant avoir exécuté leurs fils et jeté leurs corps aux chiens, comme dans un cas récent où une femme a été contactée via le téléphone de son enfant capturé.

Ces actes s’ajoutent à une vague de saisies de biens, d’arrestations arbitraires et d’exactions documentées contre les Kurdes, particulièrement dans les zones autrefois autonomes comme Afrîn, occupée par des forces pro-turques.

Les menaces globales pesant sur les Kurdes au Rojava et en Syrie

Le Rojava, région autonome kurde du nord-est syrien établie pendant la guerre civile, fait face à une offensive multiforme qui menace son existence même. Depuis janvier 2026, le gouvernement de transition syrien a lancé une campagne militaire qui a abouti à la reprise des provinces de Raqqa et Deir ez-Zor, forçant les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, à se replier vers des bastions comme Kobanê et Hassaké.

Cet accord du 30 janvier 2026, imposé sous la pression, acte la fin du rêve d’autonomie kurde en intégrant les FDS à l’armée syrienne et en restaurant l’autorité centrale de Damas sur le Nord-Est, y compris sur les ressources pétrolières vitales.

Les menaces sont multiples :

Offensives militaires et sièges : Kobanê, symbole de la résistance kurde contre l’État islamique (EI), est assiégée par des gangs affiliés à Damas et à la Turquie, privant les civils d’eau potable, de nourriture, de médicaments et transformant les écoles en abris pour réfugiés.

Des centaines de milliers de Kurdes ont été déplacés, blessés ou tués lors d’attaques ciblant civils et infrastructures.

Soutien turc et nettoyage ethnique : La Turquie, percevant l’autonomie kurde au Rojava comme une menace existentielle, soutient , voire dirige, ces opérations pour affaiblir les Kurdes. Des rapports indiquent un risque de génocide, avec des exactions par des milices pro-turques, incluant la libération potentielle de milliers de djihadistes détenus par les Kurdes.

Abandon international : Les Kurdes, autrefois alliés des Occidentaux contre l’EI, sont lâchés par les États-Unis, la France et d’autres, qui priorisent la stabilité régionale au détriment des minorités. Cet abandon ravive les craintes de massacres, similaires à ceux contre les Alaouites et Druzes en 2025.

Violences sectaires et humanitaires : En Syrie en général, les Kurdes font face à une répression accrue, avec des arrestations massives et des disparitions forcées. Des familles manifestent pour la libération d’otages capturés en janvier et février 2026, soulignant une crise humanitaire où des milliers sont en danger de mort imminente.

Ces événements marquent une défaite majeure pour le mouvement kurde, qui a sacrifié des milliers de vies contre l’EI, seulement pour voir son projet pluraliste et féministe écrasé par un régime soutenu par des puissances régionales et internationales.

Face à ces menaces, des appels internationaux et locaux se multiplient pour défendre le Rojava et protéger les Kurdes. Des manifestations de familles kurdes exigent la libération des otages, tandis que des observateurs avertissent d’un risque de violence sectaire effroyable si la transition syrienne ne garantit pas les droits de tous les peuples qui ne sont pas arabe et sunnites (hormis les mercenaires djihadistes ramenés d’autres régions du monde).

KURDISTAN. L’Iran a ciblé un hôtel à Erbil

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IRAK / KURDISTAN – Le régime iranien – très probablement par l’intermédiaire de ses forces supplétives en Irak – a lancé une frappe de drone contre l’hôtel Rotana (également connu sous le nom d’Arjaan Rotana) dans la ville kurde d’Hawler (Erbil).

Cette attaque représente un tournant majeur et particulièrement alarmant dans les agressions répétées visant la Région autonome du Kurdistan (KRG). Pour la première fois de manière aussi directe, une infrastructure civile en plein cœur d’Erbil a été visée.

Le prétexte invoqué – la présence supposée de forces américaines ou de personnels liés aux États-Unis – ne peut en aucun cas excuser le ciblage délibéré de sites civils au sein du KRG. Cette frappe ne saurait être justifiée par le conflit en cours entre l’Iran et les États-Unis/Israël.

Au fil des années, la population kurde s’était habituée à des attaques visant principalement :

  • les infrastructures énergétiques (champs pétroliers et gaziers),
  • les bases des forces américaines stationnées dans la région,
  • ou encore certaines factions kurdes.

Ces incidents, bien que condamnables, étaient perçus comme entrant dans une logique de tensions régionales. En revanche, frapper des infrastructures purement civiles constitue une escalade claire et inacceptable : il s’agit d’une agression directe contre le peuple kurde et contre la stabilité de la Région autonome du Kurdistan.

Cette frappe sur un hôtel fréquenté par des civils, des expatriés et potentiellement des visiteurs étrangers marque un franchissement de ligne rouge. Elle expose davantage la population kurde aux conséquences d’un conflit dont elle n’est pas partie prenante, et risque d’aggraver la crise humanitaire et sécuritaire dans la région.

La communauté internationale doit condamner fermement ces attaques indiscriminées et exiger que les civils kurdes cessent d’être pris pour cible dans cette escalade régionale.

ROJAVA. Les familles kurdes exigent la libération des otages

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SYRIE / ROJAVA – Dans le sillage de l’offensive militaire lancée par le gouvernement syrien de transition en janvier 2026 contre les régions autonomes du Rojava (Nord-Est syrien), des milliers de familles kurdes vivent un calvaire silencieux. Depuis les attaques menées par les forces gouvernementales, alliées à l’Armée nationale syrienne (ANS/SNA) et à des groupes affiliés à Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dans les zones de Deir Hafer, Maskana, Raqqa, Tabqa et les quartiers kurdes d’Alep (Cheikh Maqsoud et Achrafieh), des centaines (voire des milliers selon certaines sources) de civils et de combattants kurdes ont disparu.

 

Beaucoup de familles ignorent encore si leurs proches – fils, filles, frères, sœurs – ont été tués lors des combats, exécutés sommairement, ou capturés et transférés dans les prisons contrôlées par Damas, l’ANS ou HTS. Les communications sont coupées, les corps non restitués, et les demandes d’information systématiquement ignorées ou réprimées.

 

En ce début mars 2026, la colère et le désespoir ont poussé des centaines de personnes à descendre dans les rues de Kobanê, Qamishlo, Hesekê (Hassaké) et Amûda. Brandissant des photos de disparus, scandant des slogans pour la dignité et la justice, les manifestants exigent la libération immédiate des prisonniers kurdes détenus dans les geôles d’Alep, Raqqa et ailleurs.

 

Les témoignages recueillis font état de tortures systématiques : humiliations, passages à tabac, privations, interrogatoires violents par les services de renseignement turcs (MIT) et leurs proxies. Des prisonniers kurdes auraient été soumis aux pires formes de mauvais traitements dans les centres de détention de l’ANS et de HTS, en violation flagrante des conventions de Genève.

 

Ces protestations interviennent dans un contexte de silence assourdissant international. Malgré les accords de cessez-le-feu fragiles signés en janvier (puis rompus), aucune enquête indépendante n’a été autorisée sur le sort des disparus. Les Nations Unies, les organisations humanitaires et les puissances occidentales restent largement muettes face à cette crise humanitaire qui touche des milliers de familles.

 

Les principales revendications des manifestants sont claires et urgentes :

 

  • La libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers civils et combattants kurdes détenus arbitrairement ;
  • L’application effective des conventions internationales sur les droits humains et les prisonniers de guerre ;
  • L’ouverture d’enquêtes indépendantes par des commissions internationales (ONU, Croix-Rouge) sur les conditions de détention, les tortures et les exécutions extrajudiciaires ;
  • L’élucidation du sort des disparus et la restitution des corps aux familles pour des funérailles dignes.
Ces familles ne demandent pas la charité, mais la justice. Elles rappellent que le Rojava a payé un prix immense pour vaincre Daech et protéger des millions de civils – y compris arabes, assyriens et turkmènes – contre le terrorisme. Aujourd’hui, ce sont elles qui sont abandonnées.

 

Le silence complice face à ces disparitions forcées et ces tortures risque de transformer la « nouvelle Syrie » en un nouveau cauchemar pour les Kurdes et toutes les minorités. Il est temps que la communauté internationale impose des garanties concrètes : visites sans entrave aux prisons, listes exhaustives des détenus, et sanctions contre les responsables de violations graves.

 

Les voix de Kobanê, Qamishlo, Hassaké et Amûda ne s’éteindront pas tant que leurs proches ne seront pas libérés ou honorés. La lutte pour la vérité et la dignité continue.

Revendiquer l’unification du Kurdistan n’est pas du « séparatisme » !

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COLONIALISME. Les Kurdes qui revendiquent l’unification du Kurdistan ne sont pas des « séparatistes ». Les vrais séparatistes sont les États turc, perse et arabes car ce sont eux qui ont divisé le Kurdistan en quatre avec des frontières coloniales qui ont défiguré le pays des Kurdes. 

Le Kurdistan : une entité historique fragmentée par les empires et les traités modernes

 

Le Kurdistan n’est pas une invention récente. Depuis des siècles, les régions majoritairement kurdes – couvrant des montagnes du Taurus et du Zagros – formaient un espace culturel, linguistique et parfois politique cohérent, connu sous le nom de « Kurdistan » dès l’époque médiévale (notamment sous les Seljoukides et les Ottomans, où le terme désignait une province administrative). Les Kurdes, peuple indo-européen distinct des Turcs, Perses et Arabes, y vivaient en majorité, avec leurs dialectes (kurmanji, sorani, zazakî, etc.), leurs traditions et une identité forgée par des principautés semi-autonomes (comme celles de Botan, Soran ou Baban).

 

La division moderne du Kurdistan s’est opérée en plusieurs étapes :

 

  • Au XVIIe siècle, le traité de Qasr-e Shirin (1639) entre l’Empire ottoman et l’Empire safavide (persan) trace une première ligne de partage approximative, coupant le Kurdistan en deux zones d’influence ottomane et persane.
  • Après la Première Guerre mondiale, l’effondrement de l’Empire ottoman ouvre une fenêtre historique. Le traité de Sèvres (1920) prévoit explicitement un Kurdistan indépendant ou autonome (articles 62-64). Mais Mustafa Kemal Atatürk, à la tête du mouvement national turc, rejette ce traité. Le traité de Lausanne (1923) l’annule purement et simplement : aucune mention du Kurdistan, et les territoires kurdes ottomans sont intégrés à la nouvelle République de Turquie.
  • Parallèlement, les accords secrets Sykes-Picot (1916) entre la France et le Royaume-Uni découpent les territoires arabes ottomans (Syrie, Irak, Liban, Palestine), intégrant les régions kurdes du sud (actuel Kurdistan irakien et syrien) dans des mandats britanniques et français. Ces frontières artificielles, dictées par les intérêts coloniaux (pétrole de Mossoul, contrôle stratégique), ignorent totalement les réalités ethniques.
Ainsi, en quelques années, le Kurdistan historique se retrouve morcelé en quatre parties principales :
  • Kurdistan du Nord (sous l’occupation de la Turquie) : environ 15-20 millions de Kurdes, assimilés de force sous le label « Turcs des montagnes ».
  • Kurdistan du Sud (sous l’occupation d’Irak) : région autonome depuis 1991, avec un gouvernement régional (KRG) et un référendum d’indépendance en 2017 (92 % pour le « oui », mais bloqué internationalement).
  • Kurdistan de l’Est (ou Rojhilat, sous l’occupation iranienne) : réprimé sous la République islamique, avec des soulèvements récurrents (comme après la mort de Jina Mahsa Amini en 2022).
  • Kurdistan de l’Ouest (ou Rojava, sous l’occupation syrienne) : administration autonome depuis 2012, modèle démocratique confédéral, mais menacée par les invasions turques.
Séparatisme ou irrédentisme ? L’inversion du terme

 

Dans le langage de ces quatre États coloniaux, toute revendication kurde d’autonomie ou d’unification est qualifiée de « séparatisme » : le PKK en Turquie, le PJAK en Iran, etc. Pourtant, ce sont ces États même qui ont séparé les Kurdes les uns des autres par ces frontières coloniales défigurant le Kurdistan :

 

  • Les Kurdes ne cherchent pas à se séparer d’une entité homogène qu’ils auraient quittée ; ils demandent la réunification d’un peuple et d’un territoire artificiellement divisé par des puissances extérieures et par les nationalismes étatiques post-ottomans.
  • C’est une forme classique d’irrédentisme (revendication de territoires « non-rédemptés » ou « perdus »), comparable à d’autres cas historiques (comme l’Alsace-Lorraine pour la France après 1871, ou certaines revendications pan-arabes ou pan-iraniennes).
  • Les États turc, persan et arabe (dans leurs versions nationalistes) ont intégré des territoires kurdes majoritaires par la force ou par des traités coloniaux, puis imposé une assimilation culturelle (interdiction de la langue kurde à certaines époques, déportations, etc.). Ils sont donc les « séparatistes » au sens où ils ont séparé une nation préexistante.
Cette perspective est largement partagée dans les milieux kurdes et sur les réseaux. Elle inverse le stigmate : au lieu d’être accusés de vouloir « briser » des États, les Kurdes accusent ces États d’avoir brisé le leur.

 

Conséquences et actualité

 

Aujourd’hui, les Kurdes restent la plus grande nation sans État au monde (environ 35-45 millions de personnes). Leurs luttes varient : autonomie réelle en Irak, confédéralisme démocratique en Syrie, résistance armée en Turquie et Iran. Mais la revendication d’un Kurdistan unifié reste symbolique et lointaine, bloquée par :

 

  • La géopolitique régionale (opposition farouche de la Turquie, l’Iran et souvent l’Irak).
  • Le manque d’unité kurde interne (divisions entre partis comme KDP, PKK, PYD).
  • L’absence de soutien international fort (les puissances occidentales préfèrent des alliés kurdes tactiques contre Daech ou l’Iran, sans reconnaître un État indépendant).
Pourtant, l’argument reste puissant : qualifier les Kurdes de « séparatistes » occulte l’histoire coloniale et impériale qui a tracé ces frontières. Demander l’unification, c’est revendiquer le droit à l’autodétermination d’un peuple fragmenté, non pas détruire des États, mais corriger une injustice héritée du XXe siècle.

 

En somme, ce n’est pas le rêve kurde d’unité qui fragmente le Moyen-Orient : c’est la division imposée il y a un siècle qui continue de générer conflits, répressions et instabilités. Les Kurdes ne séparent pas ; ils tentent de recoller ce qui a été brisé.

Qui sont les Kurdes ? demandent les Américains

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Voici la réponse cinglante de Hawzhin Azeez à la présentatrice de CNN qui s’interrogeait : « Qui sont les Kurdes ? » lors d’une émission ayant pour sujet la guerre Iran vs Israël et Etats-Unis. 
 
« Qui sommes-nous ? Laissez-moi vous le dire, Amérique.
 
Nous sommes les Kurdes que vous avez trahis au Rojava, dans le nord-est de la Syrie, vos partenaires de la coalition anti-Daech. Vous nous avez vendus à la Turquie en 2018, qui a annexé notre ville kurde d’Afrin pour des factions djihadistes alliées. Puis, en 2019, vous avez de nouveau cédé nos villes de Sere Kaniye et Gire Spi à la Turquie pour des « raisons de sécurité », alors même qu’aucune balle n’avait été tirée du Rojava vers la Turquie. Et une fois encore en 2026, vous nous avez livrés à l’ancien régime syrien de Daech et d’Al-Qaïda, dirigé par l’extrémiste al-Jolani. Des milliers d’entre nous ont été massacrés, victimes de nettoyage ethnique, traqués rue par rue. Nos combattantes ont été décapitées, leurs tresses coupées comme trophées de guerre par des djihadistes.
 
Nous sommes les Kurdes que vous avez trahis au Basur (Kurdistan d’Irak), dans le nord de l’Irak, qui avons organisé un référendum populaire en 2017, remporté à 92 % par la décision de nous séparer de l’Irak, un pays qui nous a persécutés et assassinés pendant des années, pour finalement nous refuser notre liberté. Le gouvernement central irakien, encouragé par votre condamnation de notre référendum, nous a attaqués et a pris le contrôle de notre ville kurde de Kirkouk. Nos forces peshmergas ont été écrasées par les chars irakiens. Aujourd’hui encore, les forces irakiennes continuent de chasser les Kurdes de leurs foyers, comme elles le font depuis les années 1960, car la ville est riche en pétrole.
 
Nous sommes ces mêmes Kurdes du nord de l’Irak que vous aviez exhortés à se soulever contre le régime de Saddam en 1991, avant de nous abandonner lorsque nous nous sommes soulevés. Nous avons été massacrés et deux millions d’entre nous ont été déplacés. Vous avez été contraint, par honte, de lancer l’opération « Fournir du réconfort », mais seulement après que des milliers d’entre nous aient déjà été tués suite à votre appel à la révolte.
 
Nous sommes les mêmes Kurdes du Bashur (Kurdistan d’Irak) que vous avez trahis lors des accords d’Alger de 1975. Le soulèvement kurde s’est effondré du jour au lendemain ; des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées. Les forces irakiennes ont lancé de terribles représailles ; ceux qui ont été témoins du sort réservé à nos frères kurdes au Basur et au Rojava refusent désormais d’être vos soldats.
 
Nous savons qui vous êtes, l’Amérique.
 
Mais il n’est pas étonnant, malgré cette longue et douloureuse histoire de trahison, que vous ne sachiez toujours pas qui nous sommes. Les opprimés gardent le souvenir de chaque blessure, mais l’oppresseur oublie les cicatrices qu’il a infligées.
 

#IRANWAR. Le Kurdistan agressé de toute part

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KURDISTAN – Le Kurdistan agressé de toute part incarne une nouvelle tragédie dans une histoire déjà trop longue de promesses trahies et de pressions écrasantes.

 

En ce début mars 2026, alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fait rage depuis plusieurs jours, la Région autonome du Kurdistan irakien se retrouve une fois de plus au cœur d’un étau mortel. D’un côté, l’Iran – via ses Gardiens de la Révolution et ses proxies – multiplie les frappes de missiles et de drones sur Erbil et ses environs, ciblant explicitement les bases et quartiers généraux de groupes kurdes iraniens exilés (Komala, PDKI, PAK et autres). Téhéran justifie ces attaques en accusant ces mouvements d’être des « séparatistes terroristes » soutenus par les « ennemis américain et sioniste », et en affirmant vouloir empêcher toute incursion transfrontalière. Des dizaines de ces bombardements ont déjà eu lieu depuis fin février, touchant parfois des zones civiles et semant la peur dans une population qui n’a rien demandé.

 

De l’autre côté, les États-Unis – sous la présidence Trump – exercent une pression croissante sur les autorités kurdes irakiennes (KRG) pour qu’elles s’alignent plus activement dans le conflit contre l’Iran. Des appels directs ont été rapportés entre Donald Trump et des leaders comme Masoud Barzani ou Bafel Talabani. Washington et la CIA explorent ouvertement l’idée d’armer et de soutenir des groupes kurdes iraniens basés en Irak pour ouvrir un nouveau front terrestre, étirer les forces iraniennes et peut-être déclencher une révolte interne. Certains rapports évoquent même un possible soutien logistique ou aérien américain à une telle opération.

 

Le résultat ? Les Kurdes d’Irak se retrouvent coincés entre deux feux : les représailles iraniennes qui les bombardent pour les punir d’abriter (ou de tolérer) des opposants iraniens, et les demandes américaines qui les somment de choisir un camp – au risque de perdre leur fragile autonomie, leur stabilité relative et les acquis arrachés depuis 1991. Les autorités kurdes irakiennes, par la voix de Masrour Barzani notamment, ont tenté de proclamer une neutralité, mais dans ce genre de guerre régionale, la neutralité n’existe presque plus.

On empêche les Kurdes d’avoir leur libre arbitre, comme toujours…

Cette situation n’est pas nouvelle. Elle répète un schéma tragique : les Kurdes sont courtisés quand ils peuvent servir d’alliés tactiques contre un ennemi commun (Saddam hier, Daech plus récemment, Téhéran aujourd’hui), puis abandonnés ou punis quand les priorités géopolitiques changent. Leur aspiration à l’autodétermination – ou même simplement à la sécurité – est systématiquement instrumentalisée, jamais réellement respectée.

Aujourd’hui, le Kurdistan irakien paie le prix de sa position géographique stratégique, de ses ressources pétrolières et de son rôle de refuge pour les opposants kurdes iraniens. Mais au fond, ce sont les civils kurdes – à Erbil, Sulaymaniyah ou ailleurs – qui subissent les conséquences : sirènes, explosions, infrastructures touchées, avenir incertain.

Le hashtag #IranWar résume une escalade où les grandes puissances jouent aux échecs avec des peuples entiers. Pour les Kurdes, c’est une énième démonstration que leur sort dépend rarement d’eux-mêmes, mais presque toujours des calculs et des rivalités des autres.

 

Espérons que cette fois, la voix kurde – trop souvent réduite au rôle de pion – parviendra à s’imposer comme sujet et non comme simple objet de la géopolitique régionale.