Qualifier l’Iran d’anti-impérialiste sape le mouvement pacifiste et légitime l’hégémonie régionale.
L’actualité internationale est actuellement dominée par la guerre au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique vital pour le transport mondial du pétrole, est devenu l’épicentre du conflit, attirant une attention internationale encore plus forte.
Cette guerre ne sert les intérêts ni des peuples du Moyen-Orient, ni de ceux du reste du monde. Elle oppose les États-Unis, qui cherchent à préserver leur hégémonie mondiale, à l’Iran, un pays qui aspire à devenir une puissance hégémonique régionale. S’opposer à cette guerre constitue la position politique, morale et humaine la plus juste. À juste titre, la grande majorité des populations à travers le monde rejettent ce conflit.
Il est crucial de s’opposer à la politique des États-Unis qui vise à imposer sa domination sur le monde et le Moyen-Orient par la guerre et la coercition, tout en plaidant pour une résolution pacifique du conflit. Les politiques américaines créent les conditions qui légitiment et normalisent les actions des régimes despotiques partout dans le monde. C’est aujourd’hui l’un des aspects les plus dangereux de la stratégie américaine pour l’humanité. Dans ce contexte, s’opposer à la guerre et lutter contre toutes les formes d’oppression est devenu une responsabilité fondamentale.
Présenter l’Iran comme anti-impérialiste sous prétexte qu’il s’oppose aux États-Unis reviendrait à saper et à discréditer la position pacifiste elle-même. La lutte pour la paix est sacrée. On ne peut pas, tout en combattant une puissance hégémonique, légitimer ou normaliser une autre puissance hégémonique régionale qui a massacré des dizaines de milliers de manifestants civils désarmés et qui continue d’ériger quotidiennement des potences pour ses opposants politiques.
Rien qu’en décembre 2025 et janvier 2026, l’Iran aurait tué environ 30 000 manifestants. Ces civils étaient descendus dans la rue pour exiger la fin du régime oppressif, des massacres et des exécutions. Rien n’est plus brutal que le meurtre de masse de populations désarmées. Aucun État ne peut revendiquer de tels actes comme un droit légitime, ni les réduire à de simples « affaires intérieures ». Au XXIe siècle, alors que l’humanité a accompli des progrès considérables grâce à la lutte pour les valeurs universelles, de tels crimes ne sauraient être considérés comme légitimes ou normaux. L’opposition des forces démocratiques du monde entier à la politique iranienne ne doit pas être interprétée comme une ingérence dans ses affaires intérieures.
Le régime iranien ne peut être considéré comme anti-impérialiste. Durant la Guerre froide, les pays qui luttaient contre les États-Unis et leurs alliés étaient souvent qualifiés d’anti-impérialistes. Dans ce contexte bipolaire, la résistance à Washington s’inscrivait dans une lutte plus large contre l’impérialisme, avec le soutien direct ou indirect du bloc socialiste mené par l’Union soviétique. Les interventions militaires américaines étaient alors largement perçues comme des guerres contre les forces socialistes et démocratiques.
Dans le contexte actuel, l’anti-impérialisme n’est possible qu’à travers l’adhésion aux principes démocratiques et anticapitalistes. Un véritable soutien populaire ne peut être obtenu que par la voie démocratique. Aucun pays dépourvu de légitimité démocratique ou incapable de puiser sa force dans son peuple ne peut mener une lutte efficace contre l’impérialisme. Un régime qui impose une répression féroce à sa population, massacre des dizaines de milliers de manifestants civils et exécute des milliers de personnes a perdu tout soutien populaire. On estime que la République islamique d’Iran ne bénéficie plus que d’environ 20 % de soutien au sein de sa population, ce que reflètent les très faibles taux de participation électorale, rarement supérieurs à 50 %.
Considérer comme anti-impérialiste un État qui inflige une oppression aussi sévère à son propre peuple – notamment par la répression systématique des femmes – revient à normaliser et à cautionner cette oppression.
La lutte contre l’impérialisme à l’époque contemporaine ne peut être menée qu’avec le soutien du peuple, et ce soutien ne s’obtient que par la démocratie. Les centres capitalistes comme la Chine et la Russie ne peuvent pas non plus être considérés comme anti-impérialistes. Si le capitalisme est la force motrice de l’impérialisme, alors la Chine, avec son système fondé sur la répression et l’exploitation du travail, est aujourd’hui la première puissance capitaliste mondiale en devenir. D’ici quelques décennies, elle pourrait même atteindre la suprématie technologique. Quant à la Russie, elle incarne un capitalisme de connivence oligarchique. Dans cette perspective, la guerre menée par l’Iran avec le soutien de Moscou et Pékin ne peut être qualifiée d’anti-impérialiste.
Tout en s’opposant fermement aux politiques de guerre des États-Unis et d’Israël, il est essentiel de ne pas attribuer à l’Iran un caractère anti-impérialiste. Mieux encore : tenter de présenter favorablement un régime qui massacre et exécute ceux qui réclament la démocratie reviendrait à se rendre complice d’un crime contre l’humanité.
En Iran, les communautés kurdes et baloutches subissent une oppression considérable. Bien que le régime ne mène pas une politique de négationnisme et de génocide aussi radicale que celle attribuée à la Turquie, il refuse de reconnaître à ces peuples le droit à l’autonomie, à leurs identités, langues et cultures. Sur ce plan, l’approche iranienne de l’État-nation représente même une régression par rapport à certaines de ses propres traditions politiques historiques.
S’opposer aux attaques américaines et israéliennes, tout en résistant à la politique du régime iranien et en plaidant pour un Iran démocratique – qualifié de « troisième voie » des peuples – revêt une importance cruciale. Si les socialistes et les forces démocratiques adoptent cette position, ils démontreront une cohérence réelle avec leurs principes idéologiques et politiques.
Par Hayri Hazargöl pour Yeni Yasam



