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Qui a tué Masoud Mesjudi ? Monarchistes ou agents du régime iranien ? Le choc et la stupeur au sein de la diaspora iranienne

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Le 14 mars 2026, la police canadienne (IHIT – Integrated Homicide Investigation Team) a annoncé l’arrestation et la mise en accusation pour meurtre au premier degré de deux personnes dans la mort de Masood Masjoody (également orthographié Masoud Mesjudi ou Masjoudi), mathématicien canado-iranien de 45 ans, ancien enseignant à l’université Simon Fraser (SFU) et critique virulent du régime islamique iranien. Son corps a été retrouvé le 6 mars à Mission, en Colombie-Britannique, après sa disparition signalée le 2 février. Les suspects, Mehdi Ahmadzadeh Razavi (48 ans, Maple Ridge) et Arezou Soltani (45 ans, North Vancouver), sont des militants monarchistes connus, membres ou proches de la Canadian Iranian Wakuppers Foundation (CIWF), un groupe soutenant Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran.

Les sources policières et judiciaires décrivent un « incident ciblé » lié à des querelles internes à l’opposition iranienne. Masjoody avait intenté plusieurs poursuites civiles, dont une contre Reza Pahlavi lui-même pour diffamation, et dénonçait publiquement des menaces de la part de partisans monarchistes. Les deux suspects entretenaient avec lui des conflits politiques et judiciaires directs. Des médias canadiens comme The Bureau, theBreaker.news et NanaimoNewsNOW confirment que les accusés étaient des activistes pro-Pahlavi, opposés au profil républicain et anti-monarchiste de la victime.

Pourtant, les premières réactions de la diaspora avaient immédiatement pointé vers Téhéran. Masjoody était un opposant farouche aux Gardiens de la Révolution (IRGC), qu’il accusait d’infiltrer le Canada. Il documentait des réseaux d’agents iraniens et avait alerté sur des menaces contre les dissidents. Des activistes iranio-canadiens, dont Nazanin Afshin-Jam, avaient déclaré qu’il était « sous menace depuis des mois » pour avoir exposé des affiliés présumés de l’IRGC. Le Guardian et Iran International rapportaient dès le 6 mars des craintes de « répression transnationale » orchestrée par le régime, dans un contexte où l’Iran est accusé de cibler ses opposants à l’étranger (plus de 120 tentatives d’assassinat ou enlèvements depuis 1979 selon divers rapports).

Le revirement est brutal : les deux suspects ne sont pas des agents officiels du régime, mais des monarchistes. Pire, Masjoody avait lui-même accusé publiquement Arezou Soltani d’avoir un oncle colonel dans l’IRGC (Alireza Soltani, commandant dans la zone de Maku) et un père ancien membre des comités révolutionnaires iraniens. Les suspects, de leur côté, avaient contre-attaqué en affirmant que la victime avait des liens familiaux avec les Moudjahidine du peuple (MEK). Cette guerre d’accusations mutuelles de « liens avec le régime » révèle les fractures profondes au sein de l’opposition en exil.

La peur et la stupeur de la diaspora iranienne

Cet assassinat a plongé la communauté iranienne au Canada – l’une des plus importantes en Occident – dans un mélange de peur et de stupeur. Des figures comme Nazanin Afshin-Jam ou des élus conservateurs (Melissa Lantsman, Pierre Paul-Hus) dénoncent depuis des années la présence massive d’agents iraniens et de réseaux d’influence du régime en Occident. Le Canada est régulièrement cité comme un terrain de jeu privilégié pour la répression transnationale : harcèlements, menaces contre les familles restées en Iran, infiltration via des associations culturelles ou des trafics de drogue. Des rapports officiels et médiatiques (The Bureau, National Post) estiment à plusieurs centaines le nombre d’individus liés à l’IRGC sur le sol canadien. Le gouvernement Trudeau est accusé d’inertie, avec seulement une poignée d’expulsions ces dernières années.

La stupeur vient précisément du fait que le meurtre n’a (pour l’instant) pas été attribué directement à Téhéran, mais à des querelles internes entre opposants. Pour beaucoup, cela prouve l’ampleur de l’infiltration : certains monarchistes seraient « utilisés » ou infiltrés par le régime comme leurre politique, selon des analyses persanes et des médias d’opposition (NCR-Iran). Le régime exploiterait les divisions (républicains vs monarchistes) pour discréditer l’ensemble de l’opposition. Sur les réseaux (X/Twitter), les débats font rage : certains parlent d’« agents IRGC se faisant passer pour monarchistes », d’autres d’une campagne de désinformation pour discréditer Reza Pahlavi, d’autres encore accusent les monarchistes d’avoir leur propre « SAVAK » (référence à la police secrète du Shah) – un réseau de renseignement et d’intimidation parallèle qui agirait parfois de concert avec des éléments du régime.

La diaspora, déjà traumatisée par la répression en Iran (massacres de manifestants, exécutions), voit dans ce drame la confirmation de ses pires craintes : même en Occident, la sécurité n’existe pas. Les opposants s’entre-tuent ou sont manipulés, pendant que les vrais agents du régime opèrent en toute impunité. Des appels se multiplient pour une enquête élargie sur les réseaux IRGC au Canada, au-delà du simple meurtre.

En conclusion, les faits judiciaires pointent vers deux monarchistes radicaux pour ce meurtre. Mais le contexte – accusations croisées de liens avec l’IRGC, historique de menaces contre Masjoody pour ses enquêtes sur les agents iraniens, et divisions exacerbées – alimente un climat de paranoïa justifiée. La diaspora iranienne, unie dans la dénonciation de la présence massive d’agents du régime en Occident, est aujourd’hui stupéfaite par ces fractures internes. Elle exige vérité et protection : car derrière les querelles de personnes se cache peut-être une stratégie plus insidieuse du régime pour semer le chaos parmi ses ennemis. L’affaire Masoud Mesjudi n’est pas seulement un homicide ; elle est le symptôme d’une peur profonde qui traverse toute l’opposition iranienne en exil.

Halabja : Un massacre qui pourrait se reproduire

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KURDISTAN – Le 16 mars 1988 demeure l’un des jours les plus sombres de l’histoire kurde moderne. Ce jour-là, le nom d’Halabja (Helebce) fut à jamais associé à la mort et au silence du monde. À cette époque, le régime baasiste irakien de Saddam Hussein était engagé dans une guerre longue et épuisante contre l’Iran, un conflit qui s’éternisait bien au-delà des prévisions de Bagdad et qui, peu à peu, se retournait contre l’Irak.

Lorsque Saddam Hussein a lancé la guerre, il pensait pouvoir vaincre rapidement le gouvernement iranien nouvellement établi. L’une de ses principales préoccupations était la propagation de la révolution islamique iranienne en Irak. L’Irak comptait une majorité chiite, tandis que le pouvoir politique était détenu par une minorité sunnite au sein du régime baasiste. Bagdad craignait que l’influence de la révolution chiite iranienne n’incite la population chiite irakienne à se soulever contre le gouvernement. Saddam recherchait donc une victoire rapide pour contrer cette influence et consolider son pouvoir.

Mais à mesure que la guerre se prolongeait et que les capacités militaires de l’Iran se renforçaient, les forces irakiennes furent contraintes de se replier dans plusieurs zones. Sous la pression croissante, Saddam choisit une voie empruntée par de nombreux dictateurs en temps de crise : la vengeance contre des civils sans défense.

La ville kurde d’Halabja, dans la province de Souleimaniye, a été victime de cette décision. Le régime irakien a utilisé des armes chimiques contre une ville peuplée de civils. Cette attaque visait non seulement à intimider les forces iraniennes, mais aussi à semer la terreur parmi les groupes politiques kurdes du Kurdistan irakien, notamment l’Union patriotique du Kurdistan.

Au petit matin du 16 mars, quelques jours avant Newroz, le Nouvel An kurde, la mort s’est abattue sur Halabja. Les habitants s’apprêtaient à accueillir le printemps lorsque l’odeur de pommes a envahi les rues, signe annonciateur d’une attaque chimique mortelle. En quelques minutes, des milliers de personnes ont péri. Plus de 5 000 civils ont été tués, et beaucoup d’autres ont souffert de séquelles à long terme. Halabja est devenue l’un des exemples les plus choquants de l’utilisation d’armes de destruction massive contre des civils.

Cette tragédie n’était pas seulement un crime ; elle est aussi devenue le symbole du silence du monde. Malgré l’ampleur du désastre, la communauté internationale n’a pas réagi avec la gravité qu’exigeait ce crime. Ce silence demeure depuis lors l’une des plus sombres taches sur la conscience du monde.

Pour le peuple kurde, Halabja fut une douloureuse leçon historique : dans les moments décisifs, les puissances régionales et mondiales peuvent faire passer leurs intérêts politiques avant la vie d’un peuple. Au cours des années suivantes – de la guerre du Golfe en 1991 aux événements en Syrie et au Rojava – l’expérience kurde a souvent démontré avec quelle facilité leur sort peut être négligé dans les calculs des États puissants.

C’est pourquoi beaucoup estiment qu’au Moyen-Orient actuel, sur fond de tensions régionales croissantes – notamment face à la confrontation de plus en plus vive entre l’Iran et Israël – le risque de tragédies similaires ne doit pas être négligé. L’histoire a montré que des gouvernements sous pression peuvent recourir à une répression féroce pour semer la terreur ou adresser un message à leurs ennemis. Dans ce contexte, on craint que le Kurdistan iranien (Rojhelat) ne redevienne un foyer de tensions, exposant les civils kurdes à des risques de violence et de répression. Parallèlement, les puissances mondiales ne font pas nécessairement de la sécurité ou des intérêts du peuple kurde une priorité.

Se souvenir d’Halabja, ce n’est donc pas seulement commémorer une tragédie passée ; c’est aussi un avertissement pour le présent et l’avenir. Une nation qui a subi une telle catastrophe ne peut se permettre d’ignorer le risque qu’elle se reproduise.

Dans ce contexte, le Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) a déclaré dans un communiqué marquant l’anniversaire de la tragédie :

« Le 16 mars marque le génocide perpétré contre le peuple kurde à Halabja en 1988, lorsque le régime baasiste irakien a tué près de cinq mille civils à l’aide d’armes chimiques. Le PJAK condamne ce crime contre l’humanité, honore la mémoire des victimes et souligne que le peuple kurde n’oubliera jamais cette tragédie. »

Halabja rappelle au monde que le silence face à l’injustice peut engendrer sa répétition. C’est pourquoi la conscience historique et la vigilance politique demeurent essentielles pour éviter que des tragédies comme celle d’Halabja ne se reproduisent. (Rojhilat Info)

Les Kurdes pourraient faire confiance même au diable… mais pas à la Turquie

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KURDISTAN – « Les Kurdes n’ont pas d’amis sauf les montagnes. » Ce proverbe kurde, répété depuis des générations, résume une histoire tragique : un peuple mobilisé, armé, sacrifié au nom d’alliances temporaires, puis abandonné – ou pire, écrasé – dès que les intérêts des puissants changent. Parmi tous les acteurs qui ont trahi les Kurdes, un pays se distingue par la constance et la systématicité de sa politique hostile : la Turquie.

Les Kurdes pourraient faire confiance même au diable… mais pas à la Turquie

Le titre provocateur de cet article n’est pas une simple formule rhétorique. Il reflète une conviction forgée dans le sang, les bombardements, les villages rasés et les promesses brisées depuis plus d’un siècle. Même le diable, dans sa franchise cynique, inspire plus de prévisibilité que la Turquie quand il s’agit des droits kurdes.

1920-1923 : La trahison originelle – de Sèvres à Lausanne

Tout commence avec la fin de l’Empire ottoman. Le Traité de Sèvres (1920) promettait explicitement un Kurdistan autonome, voire indépendant, dans les zones kurdes de l’Anatolie orientale. Les Kurdes y ont cru ; certains ont même combattu aux côtés des Alliés ou attendu en silence.

Mustafa Kemal Atatürk et les nationalistes turcs ont rejeté ce traité. Trois ans plus tard, le Traité de Lausanne (1923) efface toute mention du Kurdistan. Les Kurdes deviennent officiellement des « Turcs de montagne », une minorité invisible condamnée à l’assimilation forcée. La promesse d’autodétermination est sacrifiée sur l’autel de la création d’un État-nation turc homogène. Première grande trahison moderne.

2013-2015 : Le « processus de paix » qui n’en était pas un

En 2013, Recep Tayyip Erdoğan lance un dialogue historique avec Abdullah Öcalan, leader emprisonné du PKK. Un cessez-le-feu tient. Des réformes timides voient le jour (enseignement du kurde limité, médias). Les espoirs sont immenses.

En juillet 2015, tout s’effondre. Pourquoi ? Parce que le HDP (parti pro-kurde) obtient un score électoral historique en juin 2015, menaçant la majorité absolue de l’AKP. Parce que la guerre en Syrie renforce les Kurdes du Rojava, perçus comme une menace existentielle par Ankara. Parce qu’Erdoğan choisit la surenchère nationaliste pour regagner du pouvoir.

Le cessez-le-feu est rompu. Les villes kurdes du sud-est (Cizre, Sur, Nusaybin…) sont bombardées, des milliers de civils tués, des centaines de milliers déplacés. Le « processus de paix » n’était qu’une pause tactique.

2019 : Afrin, Serê Kanîyê, Girê Spî – la récompense pour avoir vaincu Daesh

Les YPG/Forces démocratiques syriennes (FDS) ont payé le prix du sang pour détruire l’État islamique. Kobanê, Raqqa, Deir ez-Zor : les Kurdes ont été l’épine dorsale terrestre de la coalition anti-Daesh.

Récompense ? Donald Trump donne feu vert à l’opération turque « Source de Paix » (octobre 2019). Afrin est occupée depuis 2018. Ras al-Aïn (Serê Kanîyê) et Tel Abyad (Girê Spî)  passent sous contrôle turc et de factions pro-Ankara. Des dizaines de milliers de Kurdes fuient. Des démographiques sont modifiées par l’installation d’Arabes sunnites et de Turkmènes. Ankara appelle cela « zone de sécurité ».

2024-2026 : La nouvelle donne… et les vieilles méthodes

En 2025, Öcalan appelle à déposer les armes. Le PKK annonce sa dissolution et son retrait du territoire turc vers le nord de l’Irak. Une commission parlementaire discute de réformes. Erdoğan parle de « nouvelle ère de fraternité ».

Mais sur le terrain :

  • La Turquie continue des opérations aériennes et terrestres dans le sud du Kurdistan irakien (Qandil, Sinjar) même après ces annonces.

  • En Syrie, Ankara soutient activement le nouveau pouvoir islamiste de Damas dans sa campagne pour démanteler les structures kurdes (FDS, AANES). Alep, Manbij, Kobané : les pressions et les combats se multiplient pour forcer l’intégration forcée sans autonomie réelle.

  • Les demandes turques restent maximalistes : dissolution totale, départ des « éléments étrangers », fin de toute structure militaire kurde en Syrie – sans contrepartie crédible sur les droits culturels, politiques ou la décentralisation.

Même quand le PKK lâche du lest, la Turquie maintient la pression militaire et refuse toute tutelle partagée ou reconnaissance d’autonomie.

Pourquoi « même au diable » ?

Le diable ne nie pas votre existence. Il ne vous traite pas de « terroriste » pour justifier ton anéantissement culturel. Il ne bombarde pas tes villes après t’avoir utilisé contre un ennemi commun. Il ne change pas de discours tous les six mois selon ses calculs électoraux.

La Turquie, elle, alterne entre dialogue opportuniste et répression totale depuis un siècle. Elle tolère une autonomie kurde en Irak du Nord tant qu’elle reste faible et dépendante économiquement (via le pétrole via Ceyhan). Dès qu’elle devient forte ou qu’elle inspire les Kurdes de Turquie/Syrie, elle frappe.

Les Kurdes ont survécu à des trahisons par les Britanniques (Sèvres/Lausanne), les Américains (1975, 2019), les Iraniens (Mahabad 1946), les Irakiens (Anfal), les Russes/Soviétiques… Mais avec la Turquie, c’est différent : c’est une hostilité structurelle, inscrite dans l’ADN de l’État kemaliste puis erdoganiste. L’autonomie kurde n’est acceptable que si elle est contrôlée, affaiblie, turquifiée.

Et la moralité de cette histoire ?

Les Kurdes n’ont pas besoin de tutelle turque pour exister. Ils ont besoin d’unité interne, d’alliances pragmatiques (et non serviles) et surtout de ne jamais miser sur Ankara pour leur avenir.

Faire confiance au diable ? Peut-être, au moins on sait à quoi s’attendre. Faire confiance à la Turquie pour garantir une autonomie kurde ? Historiquement, stratégiquement, politiquement : non.

Les montagnes restent les seuls amis fiables. Et tant que la Turquie n’acceptera pas les Kurdes comme égaux – et non comme menace permanente –, ce proverbe ne risque pas de disparaître.

ROJAVA. Obsèques de Saleh Muslim, figure historique du PYD

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SYRIE / ROJAVA – Le cercueil de Saleh Muslim est arrivé au sanctuaire du martyr Dijla, à Kobanê, en présence de délégations kurdes venues d’autres parties du Kurdistan et d’une foule immense.

Le cortège funèbre de Saleh Muslim, membre du Conseil présidentiel du Parti de l’Union démocratique (PYD) et l’une des figures les plus emblématiques du mouvement kurde en Syrie, a parcouru la région de Jazira le 13 mars 2026, avant son transfert à Kobanê où Muslim va être inhumé aux côtés de son fils Şervan Muslim, tombé martyr face à DAECH / ISIS à Til Ebyad (Girê Spî) en octobre 2013.

Des milliers de personnes, Kurdes, Arabes et Syriaques, se sont massées dans les rues de Qamishlo pour rendre un dernier hommage au défunt. De nombreuses délégations venues du Kurdistan de Turquie (Kurdistan du Nord), du Kurdistan d’Irak (Kurdistan du Sud), ainsi que le commandement général des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des représentants de nombreux partis, forces politiques et organisations sociales de la région de Jazira participent à la cérémonie.

Le cercueil, drapé du drapeau du PYD et recouvert de couronnes de fleurs, a été porté sur les épaules de ses camarades et compagnons de lutte.

Saleh Muslim, né en 1951 près de Kobanê, s’est éteint le 11 mars 2026 à l’âge de 75 ans dans un hôpital d’Erbil (Kurdistan irakien), après une longue lutte contre une insuffisance rénale et des problèmes cardiaques. Ingénieur de formation, cofondateur du PYD en 2003 et ancien co-président du parti, il a joué un rôle central dans la défense des droits du peuple kurde et la construction de l’autonomie en Rojava (nord-est de la Syrie) au cours des dernières décennies.

Son corps, rapatrié depuis Erbil via le poste-frontière de Semalka, a d’abord été accueilli à Qamishlo pour une grande cérémonie d’adieu, avant d’être transféré vers Kobanê, sa ville natale, pour y être inhumé auprès de son fils Shervan, tombé en martyr en 2013 lors des combats contre l’État islamique (EI).

Cette disparition constitue une grande perte pour le mouvement kurde syrien. De nombreuses voix, y compris au sein des FDS et des partis kurdes de la région, ont salué la mémoire d’un homme qui a consacré sa vie à la cause de la liberté, de la justice et de la coexistence des peuples en Syrie du Nord-Est.

ROJAVA. Mazloum Abdi promet de faire libérer 300 otages kurdes prochainement

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SYRIE / ROJAVA – Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a déclaré samedi qu’ils s’efforçaient d’obtenir le retour dans les prochains jours d’environ 300 de ses combattants kurdes détenus par le gouvernement syrien.
 
Abdi a tenu ces propos lors des funérailles de dix combattants des FDS qui se sont déroulées au cimetière des martyrs de la ville kurde de Kobanê, dans le nord de la Syrie.
 
La cérémonie s’est déroulée en présence du vice-ministre syrien de la Défense, Sipan Hamo, et du commandant des FDS, Mahmoud Barkhodan.
 
Abdi a déclaré que les FDS s’efforcent également de récupérer les corps des combattants qui ont perdu la vie ces derniers mois.
 
« Nous espérons que les prisonniers rentreront au plus vite afin qu’ils puissent célébrer Norouz avec leurs familles », a-t-il déclaré.
 
Abdi a également souligné l’importance de renforcer l’unité sociale et de parvenir à une cohésion politique kurde durant la période actuelle, notant que l’unité contribuerait à garantir que la région puisse vivre en liberté et gérer ses propres affaires.

Le DEM Parti engage des poursuites disciplinaires contre la députée Saliha Aydeniz

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TURQUIE / KURDISTAN – Le Parti DEM a engagé une procédure disciplinaire contre la députée Saliha Aydeniz (Mardin), suite au décès de la journaliste kurde Dilan Karaman, qui était son employée et conseillère.

Dilan Karaman est décédée le 27 novembre 2025 à Diyarbakır, après une tentative de suicide le 11 novembre (elle a passé 10-16 jours en soins intensifs). Son décès, initialement présenté comme un « infarctus », a rapidement été qualifié de suspect par des organisations, avec des allégations de mobbing systématique au travail, de violences physiques et psychologiques de la part de son ex-compagnon Mazlum Toprak, et d’un manque de soutien institutionnel.

Le Conseil des femmes du parti DEM a publié un communiqué détaillé reconnaissant des lacunes graves :

  • Faiblesse dans la camaraderie féministe et la solidarité envers Karaman.

  • Incapacité à mobiliser un soutien rapide et efficace.

  • Persistance de structures patriarcales dans les institutions politiques, malgré la lutte historique du mouvement des femmes kurdes pour l’égalité et la liberté.

  • Connaissance tardive (ou insuffisante) des violences subies, empêchant une protection adéquate.

Le parti affirme que les violences de l’ex-compagnon ont aggravé le processus menant au suicide et promet d’utiliser tous les recours légaux pour qu’il réponde de ses actes, sans impunité.

Saliha Aydeniz, dont Karaman faisait partie de l’équipe, a annoncé sa démission de son poste d’administratrice du groupe parlementaire (TBMM İdare Amirliği). Elle a déclaré accepter pleinement les conclusions de l’enquête interne et les décisions du Conseil des femmes.

Le communiqué insiste sur l’urgence de transformer les relations quotidiennes pour bâtir une société libre : « Construire une vie libre commence par transformer nos relations, ici et maintenant. »

Cette procédure disciplinaire s’inscrit dans un contexte plus large de critiques (rapports d’ONG, TJA, etc.) accusant mobbing et négligence, et vise à renforcer les mécanismes de protection des femmes au sein du parti face aux violences de genre. (ANF)

TURQUIE. Une cinéaste kurde poursuivie à cause d’un film d’animation sur le génocide arménien

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TURQUIE / KURDISTAN – La cinéaste kurde Rojhilat Aksoy, dont l’organisation a projeté le film d’animation « La Naissance d’Aurore », a été inculpée en vertu de l’article 301 du Code pénal turc pour « insulte publique à la nation turque, à la République de Turquie et aux institutions et organes de l’État ».

 

 

Le parquet de Diyarbakır a rédigé l’acte d’accusation, citant des scènes et des dialogues du film « L’Aurore du matin » ou « La Naissance d’Aurore », projeté le 17 décembre 2024. L’affaire est instruite devant le 22e tribunal pénal de première instance de Diyarbakır.

L’acte d’accusation citait comme preuves la représentation des événements de 1915 dans le dessin animé comme un génocide, sa description de la résistance arménienne comme une « lutte légitime de combattants pour la liberté » et des scènes montrant des Arméniens forcés de changer de nom et de religion.

Il était également allégué que les références à des hommes arméniens enrôlés de force dans l’armée ottomane et qui ne sont jamais revenus, ainsi que les scènes montrant des corps flottant dans une rivière et des soldats ottomans séparant des enfants de leurs mères, contredisaient les faits historiques.

Lors de l’audience, Aksoy a nie les accusations, affirmant que le film relevait de la liberté d’expression.

Le tribunal a ajourné l’audience et fixé la prochaine session au 6 avril.

Le documentaire animé, réalisé par la cinéaste arménienne Inna Sahakyan, raconte l’histoire à travers les yeux d’Aurora (Arshaluys) Mardiganyan, qui a été témoin des événements à l’adolescence avant de finalement s’installer aux États-Unis.

Le dessin animé intègre également des fragments subsistants du film de 1919 « Auction of Souls », dans lequel Mardiganyan jouait son propre rôle peu après son arrivée aux États-Unis.

Le documentaire s’appuie également sur des images d’archives des années 1910 et 1920 ainsi que sur le témoignage enregistré de Mardiganyan dans les années 1980.

Le film a été présenté en avant-première à Londres en novembre 2023 et a été proposé par l’Arménie comme son candidat officiel pour l’Oscar du meilleur film international de 2023. Depuis, il a reçu de nombreuses récompenses dans des festivals à travers l’Europe et les États-Unis.

Les tribunaux turcs ont déjà statué que l’utilisation du terme « génocide arménien » relevait de la liberté d’expression. Le 2 juillet 2024, les journalistes Haluk Kalafat et Elif Akgül ont été acquittés d’accusations similaires d’« outrage public à la nation turque » concernant six articles publiés sur le site d’information Bianet entre 2015 et 2019.

Les Arméniens, soutenus par une majorité d’historiens et d’universitaires, affirment qu’1,5 million des leurs ont péri lors d’un génocide perpétré par le gouvernement Union et Progrès de l’Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. La Turquie reconnaît que de nombreux Arméniens et Turcs ont trouvé la mort durant ce conflit, mais rejette catégoriquement la qualification de génocide. (The California Courier)

Catastrophe humanitaire au Rojava : Les camps de Serê Kaniyê et Washokani inondés

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SYRIE / ROJAVA – Les camps des Kurdes de Serê Kaniyê chassés par la Turquie en 2019 ont été inondés par les pluies torrentielles qui se sont abattues samedi. La plupart des tentes sont détruites en plein hiver alors que les familles manquent de tout : nourritures, couvertures, chauffage, médicaments…

Les réfugiés kurdes des camps de Serê Kaniyê et Washokani, situés dans la campagne d’Al-Hasakah (nord-est de la Syrie), subissent une crise humanitaire grave due à des pluies torrentielles qui frappent la région depuis samedi (14 mars 2026).

Ces intempéries ont provoqué des inondations massives : l’eau s’infiltre dans la plupart des tentes, en submergeant beaucoup et en en faisant s’effondrer des dizaines. Le mobilier (matelas, couvertures, vêtements) est emporté ou détruit par les eaux boueuses, aggravant la vulnérabilité des familles face au froid et à l’humidité, avec un risque élevé de maladies. Les équipes locales et municipales tentent de pomper l’eau, dégager les caniveaux, déplacer les biens et réparer ou remonter les tentes, mais leurs moyens sont très limités.

L’aide humanitaire est dramatiquement insuffisante : selon l’administration du camp (relayée par ANHA), elle ne couvre plus que 15% des besoins minimaux. Les tentes, installées en urgence fin 2019 après l’occupation de Serê Kaniyê (Ras al-Aïn) par la Turquie et l’« Armée nationale syrienne », n’ont jamais été remplacées en six ans : elles sont usées, déchirées et ne sont plus imperméables.

Chiffres clés :

  • Camp de Serê Kaniyê : environ 2 574 familles (plus de 15 700 personnes).

  • Camp de Washokani : environ 2 500 familles (près de 17 000 personnes).

  • Au total, ces deux camps abritent près de 33 000 déplacés, presque tous originaires de Serê Kaniyê et empêchés de rentrer par l’occupation et l’insécurité persistante.

Le Comité pour les personnes déplacées de Serê Kaniyê a lancé un appel urgent hier pour une intervention immédiate : tentes neuves, kits d’urgence (chauffage, hygiène, nourriture), pompes et drainage. Des photos et vidéos publiées par ANHA, Ronahi TV et des activistes montrent des scènes dramatiques de tentes englouties et de familles en détresse sous la pluie battante.

Cette catastrophe hivernale s’inscrit dans des années de négligence : ces déplacés kurdes, victimes de l’offensive turque de 2019, survivent dans des conditions indignes sans perspective de retour sûr. Sans aide internationale renforcée (ONU, ONG), la situation risque de virer à une urgence sanitaire majeure.

IRAN. Les Kurdes lancent un appel historique à l’unité des « nations opprimées »

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IRAN / ROJHILAT – L’Alliance des partis kurdes d’Iran exhorte les « nations opprimées d’Iran » et les forces prodémocratie à faire preuve de solidarité active et plaide pour une transition démocratique qui repose sur trois piliers essentiels : les droits nationaux de chaque peuple, l’égalité réelle entre les citoyens et la garantie des libertés fondamentales (expression, association, culte, etc.).

L’Alliance des partis politiques du Kurdistan iranien a publié une déclaration importante le 14 mars 2026, appelant à une unité renforcée face à la crise persistante en Iran.

Dans ce texte, l’Alliance exhorte les « nations opprimées d’Iran » – incluant les Kurdes, les Azéris (Turcs azerbaïdjanais), les Baloutches, les Arabes d’Ahwaz et d’autres groupes ethniques marginalisés – ainsi que toutes les forces pro-démocratie à travers le pays, à faire preuve de solidarité active. Elle plaide pour une transition démocratique qui repose sur trois piliers essentiels : les droits nationaux de chaque peuple, l’égalité réelle entre les citoyens et la garantie des libertés fondamentales (expression, association, culte, etc.).

Un appel spécifique aux Turcs azerbaïdjanais

Un passage clé de la déclaration s’adresse directement à la nation turque azerbaïdjanaise (Azerbaïdjanais iraniens). L’Alliance rappelle la longue histoire de coexistence pacifique entre Kurdes et Azéris dans les régions mixtes (notamment en Azerbaïdjan iranien et au Kurdistan oriental). Elle propose d’instaurer une gouvernance démocratique conjointe dans ces zones partagées, fondée sur :

  • Le respect mutuel et l’égalité des droits pour toutes les communautés.

  • Une administration locale partagée et inclusive.

  • Le dialogue politique permanent entre les forces kurdes et azéries.

Pour étayer cette proposition, l’Alliance fait référence au Pacte d’amitié historique signé en 1946 entre la République du Kurdistan (dirigée par Qazi Muhammad) et le Gouvernement national d’Azerbaïdjan (dirigé par Seyid Jafar Pishevari). Ce document, issu de la brève période d’autonomie post-Seconde Guerre mondiale, est présenté comme un modèle et un cadre de référence pour les relations futures entre les deux peuples.

Contexte et position globale de l’Alliance

Cette déclaration intervient dans un moment critique : l’Iran traverse une phase d’instabilité marquée par des protestations massives, une guerre ouverte depuis fin février 2026 (impliquant des frappes américaines et israéliennes), et des attaques répétées du régime contre les bases kurdes en Irak (missiles et drones visant des camps civils et militaires des partis membres). L’Alliance, formée officiellement le 22 février 2026 (avec des adhésions ultérieures comme celle de Komala début mars), regroupe les principaux partis kurdes iraniens exilés ou actifs : PDKI (Parti démocrate du Kurdistan iranien), PAK (Parti de la liberté du Kurdistan), PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan), Khabat, Komala des travailleurs du Kurdistan, et d’autres.

L’Alliance réaffirme explicitement qu’elle ne cherche pas la désintégration de l’Iran, mais la reconnaissance des droits des peuples dans un cadre décentralisé et démocratique. Elle s’engage aussi pour une coexistence pacifique avec les États voisins (Turquie, Irak, etc.), conditionnée au dialogue et au respect mutuel, loin de toute aventure militaire ou séparatiste unilatérale.

Signification et écho

Cette déclaration vise à consolider les alliances internes à l’opposition iranienne élargie. Elle répond à la faiblesse croissante du régime de Téhéran, perçu comme incapable de réprimer durablement les soulèvements multiethniques. En tendant la main aux Azéris – le plus grand groupe minoritaire après les Perses –, l’Alliance espère créer un front uni capable d’accélérer une transition post-régime.

Cette initiative pourrait marquer un tournant dans la dynamique de l’opposition iranienne, en transformant les luttes ethniques isolées en un mouvement national inclusif pour la démocratie et les droits collectifs. Reste à voir si cet appel trouvera un écho concret parmi les forces azéries et les autres composantes de l’opposition.

IRAN. Une famille kurde décimée lors d’une frappe aérienne à Ilam

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IRAN / ROJHILAT – Une famille kurde a été décimée lors du bombardement d’un immeuble d’habitation dans la province d’Ilam. 

Six membres d’une famille kurde, dont deux femmes et deux enfants âgés de six mois et cinq ans, ont été tués lors du bombardement d’un immeuble d’habitation à Ivan, dans la province d’Ilam. Les victimes ont été identifiées comme étant Ali Nazar Mahmoudi, Maryam Mohammadi, Elham Mahmoudi, Afshar Khosravi, Nila Khosravi et Rayan Khosravi.

Selon les informations reçues par l’organisation Hengaw pour les droits humains, les victimes ont été tuées vers 5h30 le samedi 7 mars 2026, lors de frappes aériennes menées par des avions de guerre israéliens et américains ciblant des sites dans la région.

Parmi les personnes tuées figurent Maryam (Mahtab) Mohammadi, son mari Ali Nazar Mahmoudi et leur enfant Elham Mahmoudi, ainsi que le Afshar Khosravi, le gendre de la famille, et ses deux enfants — Nila Khosravi, 5 ans, et Rayan Khosravi, un nourrisson de six mois.

Un membre de la famille a déclaré à Hengaw qu’Ali Nazar Mahmoudi était le propriétaire d’une pharmacie à Ivan.

ONU : Un rapport accablant dénonce l’impunité du régime de Damas

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SYRIE. La Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie de l’ONU, qui enquête actuellement sur les crimes de guerre ciblant les Kurdes, dont des exécutions extrajudiciaires, arrestations arbitraires, des violences sexuelles et des atteintes aux droits au logement, à la terre et à la propriété, dénonce l’impunité dont jouissent les auteurs des mêmes crimes ayant ciblé les Alaouites et les Druzes en 2025.

Dans son rapport présenté le 14 mars 2026 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie, présidée par Paulo Sérgio Pinheiro, dénonce l’impunité persistante du régime djihadiste de Damas, responsable de massacres massifs contre des minorités. Pinheiro appelle à l’action : « La communauté internationale ne doit pas rester les bras croisés » et insiste sur un « soutien soutenu » pour une transition respectueuse des droits humains.

Le document expose des violations graves, dont :

  • En mars 2025, plus de 1 400 civils alaouites tués dans les gouvernorats de Lattaquié, Tartous, Homs et Hama, avec des ciblages ethniques et religieux potentiellement constitutifs de crimes contre l’humanité.

  • En juillet 2025, plus de 1 500 civils druzes et bédouins massacrés à Soueïda par les forces gouvernementales et groupes armés.

  • Dans le nord-est (Rojava), des exécutions extrajudiciaires, arrestations arbitraires et violences sexuelles contre les Kurdes et les Forces démocratiques syriennes (FDS), suite à des hostilités récentes.

Malgré des enquêtes nationales limitées (seulement 14 arrestations), l’absence de poursuites contre les hauts responsables et les lacunes dans la réforme sécuritaire perpétuent l’impunité. La Commission recommande une justice transitionnelle, un désarmement rigoureux et un dialogue intercommunautaire pour restaurer la confiance et briser le cycle de violence. Des préoccupations persistent sur les opérations israéliennes et le retour de djihadistes de Daech, soulignant l’urgence d’une intervention internationale.

Kawa le Forgeron ou l’origine du Newroz kurde

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Voici la légende kurde du forgeron Kawa (ou Kawayê Hesinkar / کاوه‌ی ئاسنگەر), telle qu’elle est racontée dans la tradition populaire kurde et liée à la fête de Newroz (le Nouvel An kurde, célébré le 21 mars) :

Il y a très longtemps, en Mésopotamie, dans les terres entre le Tigre et l’Euphrate, régnait un tyran cruel nommé Dehak (ou Zuhak / Zahhak / ده‌هاک). Ce roi maléfique avait deux serpents qui sortaient de ses épaules. Pour apaiser ces serpents et soulager sa douleur, il fallait chaque jour leur nourrir deux cerveaux humains (souvent ceux de deux jeunes gens). Les soldats de Dehak sillonnaient donc villes et villages pour enlever les jeunes et les sacrifier.

Le peuple vivait dans la peur, la misère et le désespoir. Le printemps lui-même semblait avoir disparu, les fleurs ne poussaient plus et la nature restait froide et sombre.

Dans un village au pied du palais vivait un forgeron nommé Kawa. C’était un homme fort, honnête et habile, qui fabriquait des outils, des fers à cheval et des armes. Mais même lui n’avait pas été épargné : Dehak avait déjà pris 16 de ses 17 enfants pour nourrir les serpents. Il ne restait plus que son dernier enfant (souvent une fille dans la version kurde, ou parfois un fils selon les variantes).

Un jour, les soldats arrivèrent chez Kawa pour emmener son dernier enfant. Cette fois, le forgeron refusa. La coupe était pleine. Au lieu de livrer son enfant, il décida de se révolter.

Kawa rassembla les habitants opprimés, les paysans, les bergers, les artisans. Il leur parla de liberté, de dignité, de la fin de la terreur. Dans sa forge, il fabriqua des armes : des épées, des lances, des haches. Il transforma son tablier de cuir en étendard, le fixa sur un bâton et en fit le premier drapeau de la révolte.

Le jour venu (veille du 21 mars), Kawa et son armée populaire marchèrent sur le palais. Ils prirent d’assaut la forteresse. Kawa, armé de son lourd marteau de forgeron, affronta Dehak en personne. D’un coup puissant, il tua le tyran et détruisit les serpents maudits.

La victoire fut totale. Pour annoncer la bonne nouvelle aux montagnes et aux vallées, Kawa alluma un grand feu sur la plus haute colline. Les gens des villages voisins virent la flamme et comprirent : la tyrannie était finie. Partout, d’autres feux furent allumés en réponse, de sommet en sommet, illuminant tout le pays.

Le lendemain matin, le 21 mars, le soleil se leva plus chaud, les arbres reverdirent, les fleurs sortirent : c’était le retour du printemps. Le peuple dansa autour des feux, chanta et célébra la liberté retrouvée.

Depuis ce jour, les Kurdes célèbrent Newroz chaque 21 mars. Allumer des feux sur les collines, sauter par-dessus les flammes, danser, chanter et porter du nouveau sont des façons de commémorer la victoire de Kawa, la fin de l’oppression et le renouveau de la vie.

Newroz est devenu le symbole de la résistance contre la tyrannie, de l’espoir et de la renaissance.