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L’Iran résiste : une guerre limitée renforce le régime au lieu de le faire tomber

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PARIS – En ce printemps 2026, alors que la guerre oppose Israël et les États-Unis à l’Iran, les prédictions d’effondrement rapide du régime des mollahs se multiplient. Pourtant, comme l’analyse l’universitaire kurde Hardy Mède, une guerre limitée à des frappes ciblées renforce paradoxalement la bureaucratie militarisée du régime.

Voici l’analyse de Hardy Mède :

Parier sur l’avenir du régime iranien paraît hasardeux : tombera-t-il ou parviendra-t-il à se maintenir ? Nul ne peut le dire. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’une guerre à distance, limitée à des frappes sur les infrastructures militaires et ciblant les élites, éloigne progressivement la perspective d’un effondrement interne. Une bureaucratie militarisée et offensive est en train de se consolider, exerçant désormais un contrôle accru sur l’État.
 
Dans ce contexte, la capacité de résistance du régime devient un levier de mobilisation. En Irak comme au Liban, les milices chiites appellent à une mobilisation générale, convaincues que le régime est plus solide qu’il n’y paraissait et qu’il est en mesure de perdurer. Cette perception alimente la dynamique du conflit et contribue à son prolongement. Dès lors, l’hypothèse d’un scénario à l’ukrainienne entre l’Iran et les États-Unis ne peut plus être écartée.
 
Par Hardy Mède
Maître de conférences à l’Institut catholique de Paris (ICP)
Chargé de cours à Sciences Po Paris & à l’École polytechnique
Rédacteur en chef de la revue Études kurdes

IRAN. Trois autres femmes arrêtées par le régime iranien

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IRAN / ROJHILAT – Le régime iranien, qui a lancé une vague brutale d’arrestations pour réprimer les voix de la contestation, a arrêté trois femmes, dont deux Kurdes.

Selon des sources locales au Kurdistan irakien et en Iran, l’artiste et graphiste Suheyl Husseini a été arrêtée avec son mari, Ahmed Rahimi, à Machhad par les forces du ministère du Renseignement sans mandat judiciaire et emmenée vers un lieu inconnu.

Efsaneh Ruzbehani et Behnoush Darvishi (une mère kurde et sa fille) ont été arrêtées à Hamedan par les forces de sécurité du régime iranien et emmenée à la prison de Nushijani à Malayer.

 

 

La guerre au Moyen-Orient redessine profondément le système régional

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La guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran bouleverse les équilibres du Moyen-Orient, rapporte l’agence kurde ANHA dans l’article suivant.

Au cœur d’un conflit qui entre dans sa quatrième semaine, la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran bouleverse les équilibres du Moyen-Orient. Les dimensions militaires, politiques et économiques s’entremêlent : affaiblissement de la dissuasion iranienne, passage des guerres par procuration à des confrontations directes entre États, multiplication des frappes et reconfiguration des règles d’engagement.

Au-delà des champs de bataille, les analystes observent une redistribution géographique des richesses qui profite largement à l’économie américaine, dans un contexte de hausse des risques régionaux.

Le sud de la Syrie, nouvel enjeu central

Selon le quotidien libanais An-Nahar, les frappes israéliennes récentes dans le sud de la Syrie (notamment le 20 mars contre des infrastructures militaires du régime syrien près de Soueïda) dépassent le cadre d’incidents locaux. Elles traduisent une redéfinition des règles du jeu régional.

Malgré l’existence d’un mécanisme de coordination conjoint syro-israélien (établi sous égide américaine début 2026 pour la déconfliction et le partage d’informations), ces opérations soulignent la fragilité de cet accord. Les messages de Tel-Aviv vont au-delà du terrain : ils expriment les limites de la confiance envers l’autorité de Damas (sous Ahmed al-Sharaa) et rappellent que toute action syrienne reste encadrée par les lignes rouges israéliennes.

La Syrie n’est plus un simple théâtre passif du conflit régional ; elle devient un acteur clé de sa gestion, exposée aux pressions directes d’Israël pour protéger les communautés druzes et empêcher toute remilitarisation du sud.

Les guerres modernes redistribuent les richesses géographiquement

Asharq Al-Awsat met en lumière la dimension économique : « Les guerres modernes ne créent pas tant de richesse qu’elles la redistribuent géographiquement ». L’escalade profite à l’économie américaine, stimulée par les politiques d’attraction d’investissements du président Donald Trump.

La hausse des risques dans les zones de conflit (Golfe, routes maritimes, énergie) augmente les coûts d’exploitation, de transport et d’assurance, détournant les flux de capitaux vers des marchés plus stables comme les États-Unis. Les entreprises américaines, notamment dans l’énergie, bénéficient de prix élevés et d’afflux massifs de capitaux fuyant l’instabilité régionale.

Vers un remodelage durable de l’ordre régional

La confrontation avec l’Iran n’est plus seulement militaire : elle sert de levier pour remodeler l’ordre régional. Parmi les changements majeurs :

Déclin de l’efficacité de la dissuasion iranienne et affaiblissement de son réseau de supplétifs (Hezbollah, Houthis, milices irakiennes et syriennes)
Passage des guerres par procuration à des affrontements directs entre États
Rétrécissement de l’espace pour la « diplomatie grise » et les règlements rapides
Renforcement des systèmes de défense par les États du Golfe, face à l’importance accrue de la sécurité énergétique et des routes maritimes (détroit d’Ormuz menacé)

La région entre dans une phase de transition prolongée, où la capacité d’un État à protéger ses frontières et ses intérêts devient un critère décisif. Ces transformations pourraient redessiner les règles politiques et sécuritaires pour les années à venir, au profit d’acteurs capables de projeter une force crédible et de stabiliser leurs espaces.

Ce conflit, loin d’être circonscrit, accélère une recomposition profonde du Moyen-Orient, entre affaiblissement iranien, gains américains indirects et tensions persistantes en Syrie, au Liban et dans le Golfe.

SYRIE. Jolani va-t-il intégrer les Peshmergas Roj à l’armée syrienne

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SYRIE / ROJAVA – Damas aurait proposé d’intégrer les Roj Peshmergas à l’armée nationale pour exploiter leur expérience anti-Daech, s’inscrivant ainsi dans l’accord de fusion des forces kurdes conclu début 2026. Cette proposition intégration, démentie depuis, soulève toutefois des craintes quant à leur déploiement hors des zones kurdes, risquant de raviver les tensions intercommunautaires en Syrie.

L’envoyé présidentiel syrien, Ahmed Al-Hilali (porte-parole de l’équipe présidentielle chargée de l’intégration avec les Forces démocratiques syriennes) aurait déclaré que les Roj Peshmergas, une force armée kurde syrienne entraînée dans la Région du Kurdistan irakien, devraient être invités par Damas à rejoindre les rangs de l’armée syrienne. Selon ses propos relayés par des sources kurdes et des observateurs, l’armée souhaite tirer profit de leurs compétences et de leur expérience acquise lors de la guerre contre l’État islamique (EI/Daech), où ils ont joué un rôle notable aux côtés d’autres forces kurdes.

Les Roj Peshmergas, affiliés au Conseil national kurde syrien (ENKS) et basés principalement en Irak, constituent une alternative historique aux Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les unités YPG/YPJ. Leur intégration potentielle s’inscrit dans le cadre plus large de l’accord d’intégration progressive conclu le 29-30 janvier 2026 entre Damas et les FDS, qui prévoit la fusion des forces kurdes dans les structures étatiques syriennes (ministères de la Défense et de l’Intérieur), avec la création de divisions et brigades spécifiques dans le nord-est (Hasakah et Kobanê). L’envoyé présidentiel, aurait mis en avant les compétences anti-Daech des Roj Peshmergas comme un atout pour renforcer l’armée nationale unifiée.

Cependant, cette perspective suscite des réserves au sein des communautés kurdes syriennes. Il est considéré comme absolument nécessaire que les Roj Peshmergas exigent, en cas d’intégration, d’être déployés uniquement dans les zones à majorité kurde (Rojava/nord-est syrien), afin de préserver la cohésion communautaire et d’éviter des frictions inutiles, tout en gardant à l’esprit l’injustice historique et les souffrances endurées par le peuple kurde. Damas pourrait en effet être tenté de les redéployer dans des régions sensibles et multiethniques comme Soueïda (majoritairement druze) ou les zones côtières habitées par les Alaouites, où les tensions intercommunautaires restent vives depuis la chute du régime précédent et les violences de 2025.

Un tel déploiement hors des zones kurdes risquerait d’exacerber les méfiances entre minorités : les Alaouites et Druzes craignent une marginalisation accrue sous le gouvernement de transition dirigé par Ahmed al-Sharaa, tandis que les Kurdes redoutent une dilution de leur influence sécuritaire et une instrumentalisation contre d’autres groupes. Des observateurs soulignent que l’intégration doit respecter les équilibres ethniques et religieux pour éviter une nouvelle vague de tensions, dans un contexte où l’application de l’accord de janvier reste inégale (retraits partiels, frictions locales à Kobani, incidents lors de Newroz).

Cette annonce intervient alors que les négociations sur l’intégration des FDS se poursuivent, avec des réunions récentes entre le commandant Mazloum Abdi et l’envoyé présidentiel Ziad al-Ayesh. Elle pourrait représenter une tentative de Damas de diversifier ses alliés kurdes et de contourner les blocages avec les FDS, mais elle souligne aussi les défis persistants pour une réconciliation nationale inclusive en Syrie post-conflit.

ROJAVA. Kobanê de nouveau encerclé

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SYRIE / ROJAVA – On signale aujourd’hui la mobilisation sur plusieurs axes des gangs djihadistes contre la ville kurde de Kobanê au milieu d’une série d’attaques et de menaces anti-kurdes qui balaie la région depuis 3 jours.

Des sources locales et des observateurs font état de mouvements militaires accrus par des factions affiliées au gouvernement de transition syrien dans la campagne sud-est de Kobani, exacerbant les craintes d’escalade un jour après des célébrations de Newroz marquées par des provocations et des violences dans plusieurs régions kurdes.

Selon des rapports concordants, notamment du Syrian Observatory for Human Rights (SOHR) et de sources kurdes, les factions Al-Amshat (Brigade Sultan Suleiman Shah / Abu Amsha) et Al-Hamzat (Division Hamza) — intégrées à la 86e division du ministère de la Défense — sont revenues se positionner dans la ville de Jalbiya (Jalabiya) après un retrait antérieur conforme à l’accord d’intégration du 29 janvier 2026. Ces forces se seraient installées notamment dans l’école locale et auraient multiplié les actes perçus comme provocateurs envers la population kurde au rond-point de Jalbiya, dans un climat de tensions communautaires déjà élevé.

Des renforts et des mouvements de troupes ont également été signalés dans la zone de Kharab Ishk (Kharab Ashk), avec des convois de véhicules venant de directions comme Jarablus, Sirrin et Al-Shuyoukh. Les objectifs précis de ces mobilisations restent flous, mais elles interviennent dans un contexte de non-respect total des engagements de retrait des factions non étatiques des zones kurdes, malgré les progrès partiels de l’accord (retraits progressifs en février-mars, déploiement de forces de sécurité intérieure).

Contexte de l’accord et des frictions persistantes

L’accord du 29 janvier 2026, conclu après l’offensive gouvernementale de janvier contre les zones sous contrôle des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), prévoit :

  • Le retrait progressif des factions armées (dont Al-Hamzat et Al-Amshat sous commandement de la Turquie) des villages kurdes.

  • Le transfert des positions aux forces de sécurité intérieure (relevant du ministère de l’Intérieur) et à des éléments intégrés des FDS.

  • L’intégration des brigades des FDS dans les structures étatiques, y compris une brigade spécifique pour Kobanê.

Cependant, des retards et violations persistent : refus de retrait complet en février (notamment à Jalbiya et Sarin), pillages, destructions (centres de santé à Jalbiya et Sarin), enlèvements et agressions ciblant les Kurdes signalés en mars avant et après les retraits partiels du 5 mars. Ces actes ont alimenté la méfiance, malgré des avancées comme la prise de contrôle par le ministère de l’Intérieur de certains postes à Kobanê fin février.

Incidents liés à Newroz (21 mars 2026)

Les célébrations du Nouvel An kurde ont viré à la tension dans plusieurs zones :

  • À Afrin, Azaz, Alep et environs : Agressions physiques contre les Kurdes, incendies de véhicules, pillages des maisons kurdes, confiscation ou brûlage de symboles kurdes, dont les drapeaux du Kurdistan, menaces anti-kurdes.

  • À Hassakê et à Qamishlo : Les Kurdes sont descendus dans la rue pour dénoncer les attaques ciblant les Kurdes d’Afrin pendant le Newroz, imposition d’un couvre-feu partiel.

Ces incidents ont déclenché des manifestations (ex. à Qamisho contre les attaques ciblant les Kurdes) et des appels officiels à promouvoir la coexistence.

Risques d’escalade

La région reste fragile : malgré l’intégration en cours et des gestes comme des échanges de prisonniers ou des ouvertures de routes, la présence persistante de factions comme Al-Amshat et Al-Hamzat — accusées historiquement d’abus contre les Kurdes — alimente les craintes. Les incidents de Newroz (nouvel-an kurde) ont accru les divisions ethniques, dans un contexte où la ville kurde de Kobanê subit encore des restrictions (accès, services) et où la consolidation du pouvoir central reste inégale.

Des appels à une application stricte de l’accord et à la désescalade se multiplient. La situation évolue très rapidement.

KURDISTAN. Nouvelle attaque contre les peshmergas à Silêmanî

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IRAK / KURDISTAN -Ce soir, une nouvelle attaque de drone a ciblé les peshmergas dans la province kurde de Silêmanî. Depuis le début de la guerre Iran vs Israël et les États-Unis, le Kurdistan d’Irak est ciblé par l’Iran et les milices chiites iraniennes pro-Téhéran.

Le ministère des Affaires des Peshmergas (MoPA) du gouvernement régional du Kurdistan a annoncé qu’une base des forces Peshmergas située dans la région de Chamchamal (gouvernorat de Souleimaniye) avait été visée dans la nuit précédente par un drone chargé d’explosifs.

« Nous condamnons fermement cette attaque, qui vise délibérément à saper la sécurité et la stabilité de la région », a déclaré le ministère dans un communiqué officiel.

Il a ajouté : « Ces attaques répétées contre les positions des Peshmergas interviennent dans un contexte régional particulièrement sensible et complexe. » Le MoPA a une nouvelle fois appelé le commandant en chef des forces armées irakiennes, le Premier ministre Mohammed Shia’ al-Sudani, à « prendre des mesures fermes et décisives pour mettre fin à ces agressions injustifiées contre les forces Peshmergas ».

Contexte récent :

Le mardi 17 mars 2026, le même ministère avait déjà signalé que trois Peshmergas avaient été blessés lors d’attaques de drones distinctes visant des positions dans les gouvernorats d’Erbil et de Souleimaniye. À l’époque, le MoPA avait informé le Premier ministre al-Sudani ainsi que le commandement des opérations conjointes de ces « violations graves ».

Depuis fin février 2026, la région du Kurdistan irakien fait face à une vague d’attaques répétées par drones et missiles, principalement attribuées à des groupes armés pro-iraniens opérant depuis des zones comme Mossoul, Kirkouk et d’autres localités en dehors du Kurdistan. Ces incidents s’inscrivent dans le contexte plus large du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran.

Réaction politique :

Lors de son discours à l’occasion de Newroz (le Nouvel An kurde) le 20 mars 2026, le Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan, Masrour Barzani, a remercié le peuple kurde pour sa résilience face à ces « attaques injustes et terroristes perpétrées par des forces et des milices hors-la-loi ». Il a assuré : « Nous mettons en œuvre tous les moyens disponibles pour protéger le Kurdistan et préserver la sécurité de ses citoyens. »

Ces événements soulignent la détérioration continue de la situation sécuritaire dans la région, alors que les autorités kurdes pressent Bagdad d’agir plus efficacement contre les groupes armés responsables de ces frappes.

Image d’archive

Rojava – Newroz 2026 sous le signe de la terreur

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SYRIE / ROJAVA – Depuis le 19 mars 2026, une vague d’attaques coordonnées vise les Kurdes, transformant les festivités traditionnelles de Newroz (nouvel-an kurde) en un moment de terreur. Ces violences, souvent perpétrées par des gangs turco-djihadistes, des milices tribales alliées au gouvernement de Damas, se déroulent avec la complicité des forces de sécurité affiliées au régime d’al-Sharaa (Jolani).

Principaux foyers d’attaques depuis le 19 mars

Campagne ouest de Kobanê

Les villages kurdes autour d’Ayn Issa, Sarrin (Serin) et Khirab Ayshik (également orthographié Kharab Ashk ou similaire) subissent pillages, incendies et agressions directes contre les habitations. Près de l’ancienne usine Lafarge (zone stratégique), des bandes ont profité du retrait tactique des Asayish pour ravager les biens restants. Ces exactions se sont intensifiées au fil des trois jours, avec des rapports locaux indiquant une escalade le 20-21 mars.

Manbij

Des groupes tribaux arabes, parfois renforcés par d’anciens éléments de l’État islamique, ciblent systématiquement les commerces et propriétés kurdes depuis le début de la semaine de Newroz.

Alep – Quartier de Sheikh Maqsoud

Des attaques contre des civils kurdes (incluant des passages à tabac, pillages et intimidations) ont été signalées dès le 19-20 mars, et se sont poursuivies le 21 mars en lien direct avec les célébrations.

Afrin et campagne d’Alep

Depuis trois jours, une série d’attaques ciblent les Kurdes arborant des drapeaux kurdes ou les FDS, avec des maisons pillées par des colons arabes installés par la Turquie/SNA, et des agressions physiques contre des femmes et enfants.

Contexte et réaction kurde

Ces incidents s’inscrivent dans la fragilité post-offensive de janvier 2026 (chute de nombreux territoires SDF, accords d’intégration forcée, cessez-le-feu fragile souvent violé). Le gouvernement transitoire et ses alliés semblent tolérer – ou encourager – ces groupes pour affaiblir durablement la présence kurde dans les zones mixtes.

La population kurde et l’Administration autonome (AANES) appellent à la retenue maximale pour éviter un embrasement total. Les Asayish et forces de sécurité intérieure ont opéré des retraits tactiques dans plusieurs secteurs pour prévenir des affrontements directs plus larges, mais cela laisse les villages exposés. Des manifestations de protestation ont eu lieu à Qamishlo et Hassaké le 21 mars contre ces attaques, notamment celles visant Afrin et Alep.

Newroz 2026, au lieu d’être une fête de renouveau et de résistance unitaire, devient un cri d’alarme : les Kurdes célèbrent sous menace directe, entre deuil et espoir, au cœur d’une lutte existentielle. les violences pourraient se poursuivre dans les prochains jours.

Iran : Le rempart ethnique protégeant le cœur persan

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IRAN / KURDISTAN – L’Iran est un pays d’une grande diversité ethnique et religieuse, comptant de nombreux groupes — souvent estimés à une dizaine, bien que certaines sources évoquent jusqu’à 21 en incluant des sous-groupes ou variantes locales. Les Perses (Fars), majoritaires au centre (environ 50 % selon les estimations récentes), forment le cœur démographique et culturel, avec le persan comme langue officielle et le chiisme duodécimain dominant.

Une carte ethnique d’Iran

Autour de ce centre se déploient des minorités périphériques qui constituent une sorte de « rempart naturel » :

Kurdes : environ 10 %, concentrés à l’ouest le long des Zagros, avec des communautés sunnites, chiites, yaresan/Ahl-e Haqq, et des dialectes variés comme kurmanji, sorani, etc. ; entre 2 à 3 millions vivent aussi au Khorasan du nord-est (ils sont issus de déportations safavides au XVIe siècle sous Shah Ismail et ses successeurs, pour sécuriser les frontières face aux Ottomans, Turkmènes ou Afghans).

Azéris/Azerbaïdjanais (16-24 %, au nord-ouest, majoritairement chiites mais avec des poches sunnites ou yaresan).

Lurs et Bakhtiaris (6-8 %, dans les Zagros sud-ouest).

Arabes (2-3 %, surtout dans le Khouzistan/Ahwaz, majoritairement sunnites).

Baloutches (2 %, au sud-est, sunnites).

Turkmènes, Talysh, Gilaks, Mazandaranis, Arméniens, Assyriens, Juifs, Zoroastriens, Baha’is et d’autres groupes plus petits.

Cette répartition n’est pas fortuite : elle reflète une stratégie historique, héritée notamment de l’époque safavide (1501-1736), où le pouvoir chiite-persan central a utilisé des groupes frontaliers (comme les Kurdes déportés vers le Khorasan) comme tampons contre les menaces extérieures (Ottomans à l’ouest, Ouzbeks/Mughals à l’est). Le centre (Téhéran, Ispahan, etc.) reste le siège du pouvoir, de l’administration et de la culture dominante, tandis que la périphérie absorbe les chocs géopolitiques.

Contrairement à des cas comme la Turquie (déni et assimilation forcée des Kurdes) ou la Syrie (« ceinture arabe »), l’Iran post-1979 reconnaît constitutionnellement les ethnies et leurs droits culturels limités, sans politiques massives de révisionnisme démographique ou de génocide systématique. Cependant, la domination persane-chiite persiste, et les minorités périphériques restent marginalisées politiquement.

Dans le contexte actuel de tensions (menaces américaines/israéliennes, frappes, etc.), une offensive terrestre hypothétique frapperait d’abord ces zones périphériques (Kurdes à l’ouest, Baloutches au sud-est, Arabes au sud-ouest, Azéris au nord-ouest), laissant le centre relativement protégé — du moins initialement. Selon la théorie centre-périphérie, l’affaiblissement des marges pourrait ensuite déstabiliser le cœur. Historiquement, le pouvoir central iranien a maintenu sa continuité en jouant sur cette géographie ethnique, mais l’évolution des guerres modernes (drones, missiles, asymétrie) rend ce « rempart » plus vulnérable. (D’autant que presqu’aucun de ces peuples minorisés n’est prêt à mourir pour le pouvoir perse…)

L’Iran n’est pas un État-nation homogène forgé autour d’une seule ethnie : son nom dérive d’« Aryan » (englobant Perses, Kurdes, etc.), et son histoire impériale (des Mèdes à aujourd’hui) privilégie un État centralisé pluriel plutôt qu’ethnique. Comme le rappelait Nizam al-Mulk dans son Siyasetname, gouverner l’Iran avec une seule ethnie est une illusion — une intuition qui résonne encore dans cette mosaïque complexe où le centre dépend inextricablement de sa périphérie.

Les Kurdes entre espoirs et peur, entre deuil et joie : Newroz 2026 au cœur de la lutte

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KURDISTAN – Le Newroz 2026, cette flamme millénaire allumée par Kawa contre la tyrannie de Dehak, brûle à nouveau sur les quatre parties du Kurdistan — Bakur (Turquie), Rojava (Syrie), Başûr (Irak) et Rojhilat (Iran) — mais dans un mélange poignant d’espoir, de peur, de deuil et de joie indomptable.

Au Kurdistan de Syrie (Rojava), les célébrations marquent un tournant symbolique : le nouveau pouvoir à Damas a déclaré le Newroz fête nationale et reconnu le kurde comme langue officielle, permettant des feux de joie massifs à Damas, Afrin (où des Kurdes exilés reviennent pour la première fois depuis des années) et Qamishlo. Pourtant, la réalité sur le terrain reste cruelle : dans les zones rurales d’Alep et d’Afrin, des milices turco-djihadistes anti-kurdes et des tribus arabes alliées attaquent les rassemblements, blessent des dizaines de fêtards, pillent des maisons kurdes. Des forces de sécurité syriennes ferment les yeux, voire escortent parfois les assaillants. À Qamishlo et Hassaké, malgré les promesses d’intégration, les tensions persistent avec des détentions arbitraires et une pression militaire au sud.

Au Kurdistan de Turquie (Bakur), des dizaines de milliers de personnes bravent la pluie et les fouilles policières à Diyarbakir, Amed, Nusaybin et Doğubeyazıt pour allumer les feux, danser et brandir les portraits d’Abdullah Öcalan et des martyrs du PKK. Les autorités tolèrent plus qu’avant les grandes foules, signe d’un possible processus de paix fragile, mais la répression reste vive : arrestations pour slogans « indépendantistes », confiscations de drapeaux kurdes. Les Turcs tentent même de « nationaliser » le Newroz en le présentant comme une fête turque, vol culturel face à une résistance qui refuse de s’éteindre.

Au Kurdistan d’Irak (Başûr), à Akre — la « capitale du Newroz » —, des milliers montent en torche vers les montagnes malgré la pluie torrentielle, les menaces de drones iraniens et la guerre voisine avec l’Iran. Les festivités sont plus sobres, marquées par le deuil des victimes des attaques iraniennes sur la région kurde irakienne, mais la joie éclate quand même : danses, feux d’artifice, vêtements traditionnels. La solidarité avec les Kurdes de Syrie y est palpable.

Au Kurdistan d’Iran (Rojhilat), le Newroz se célèbre dans l’ombre de la répression sanglante et de la guerre régionale : arrestations massives, tirs sur des rassemblements, transformation rapide des feux en protestations anti-régime. La diaspora, de Nashville à l’Europe, amplifie ces voix, rappelant que les Kurdes restent le plus grand peuple sans État, opprimé sur quatre fronts.

Au milieu de cette guerre coloniale persistante, des attaques fascistes visant explicitement l’identité kurde — interdictions, massacres, effacements culturels —, les Kurdes affirment : « Berxwedan jîyan e » (« La résistance, c’est la vie »). Chaque feu allumé, chaque danse, chaque chant est un acte de survie et de défi. Le Newroz n’est pas seulement une fête du printemps : c’est le cri éternel d’un peuple qui refuse de mourir, qui transforme le deuil en force et la peur en détermination.

La lutte continue.

Newroz pîroz be !

Jin, Jiyan, Azadî !

SYRIE. De nouvelles attaques ciblent le Rojava

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SYRIE / ROJAVA – La situation sécuritaire dans le nord-est de la Syrie, particulièrement dans la région d’Hassaké (Al-Hasakah) et autour de Qamishlo, reste extrêmement tendue en ce 21 mars 2026, jour du Newroz (le Nouvel An kurde). Les célébrations se déroulent dans un climat de peur généralisée, marqué par des attaques ciblées et une mobilisation militaire des forces turco-djihadistes.

Attaques coordonnées et systématiques contre les Kurdes pendant le Newroz

Des rapports circulant sur les réseaux sociaux et des sources locales kurdes font état d’une vague d’attaques ciblées contre les populations et les symboles kurdes en pleine période festive. Ces violences incluent :

  • Des assauts par des groupes arabes (des colons installés dans les zones kurdes, dont Afrin, ou d’éléments liés à des factions pro-gouvernementales ou jihadistes) sur des rassemblements Newroz, tirs d’armes et intimidations directes.

  • Des attaques à grande échelle dans les zones rurales et périurbaines kurdes, visant feux de joie, danses et rassemblements familiaux.

  • Une recrudescence d’actions opportunistes par des cellules dormantes de Daech / ISIS, qui profitent du chaos pour frapper checkpoints et forces des FDS/SDF.

  • Des opérations de harcèlement par des gangs et factions affiliées ou tolérées par la Turquie (ex-SNA et alliés), qui continuent de viser des points kurdes, parfois en coordination tacite avec d’autres acteurs.

Ces incidents ne semblent pas isolés : plusieurs observateurs kurdes y voient une action systématique, avec un schéma clair visant à saboter les célébrations du Newroz, à intimider la population et à affaiblir l’identité kurde au moment où elle s’exprime le plus publiquement. Des vidéos et témoignages montrent des checkpoints improvisés, des attaques groupées et une volonté apparente de terroriser les civils kurdes.

Restrictions draconiennes et report des célébrations

Les entrées et sorties des villes principales — Hassaké et Qamishlo — restent interdites ou extrêmement limitées, avec des couvre-feux stricts imposés par les forces de sécurité locales (Asayish) pour prévenir infiltrations et attentats. Dans certaines villes du Cizîrê (comme Qamishlo, Hesekê, Dirbêsiyê et Tirbêspiyê), les grandes célébrations publiques du 21 mars ont été reportées au 24 mars par le Comité de préparation du Newroz, en raison des tensions sécuritaires. Les festivités se limitent donc à des zones plus sécurisées (comme Amûdê, Dêrik ou Girkê Legê) ou à des formats réduits.

Ces mesures aggravent l’isolement :

  • Difficultés d’approvisionnement et de circulation pendant les fêtes familiales.

  • Crainte permanente d’attentats-suicides, d’embuscades ou d’attaques à la roquette.

  • Sentiment d’étouffement culturel au cœur d’une fête symbolisant la résistance.

Mobilisation syrienne au sud de Qamishlo : Tal Braak comme point de pression

Les forces armées et de sécurité syriennes (relevant du ministère de l’Intérieur et, dans une moindre mesure, de l’armée régulière) se sont massivement rassemblées au sud de Qamishlo, précisément autour de Tal Braak (Tell Brak). Cette zone stratégique contrôle les axes routiers vers Qamishlo depuis le sud et a déjà servi de point d’entrée pour les convois gouvernementaux en février 2026.

Cette mobilisation, signalée comme complète ces derniers jours, s’inscrit dans le prolongement de l’accord d’intégration du 30 janvier 2026 (médié par les États-Unis) entre Damas et les FDS :

  • Entrée progressive des forces de sécurité intérieure en février (Hasakah le 2, Qamishlo le 3).

  • Retraits mutuels et prise de contrôle de points ruraux comme Tal Braak.

  • Renforcement en mars, perçu comme une pression accrue sur les zones kurdes.

Tal Braak permet de sécuriser les approches de Qamishlo, d’exercer une menace militaire visible pendant le Newroz et de prévenir toute tentative de renforcement kurde. Pour beaucoup de Kurdes, cela confirme une stratégie en étapes : affaiblir d’abord (pertes territoriales, pétrole, prisons comme Al-Hol), puis imposer une présence physique et une « normalisation » forcée sous couvert d’unité nationale.

Contexte plus large : un vide sécuritaire exploité et une recentralisation accélérée

Depuis la chute d’Assad fin 2024 et l’offensive de janvier 2026 contre les zones kurdes, la campagne d’Hassaké reste un terrain fertile pour :

  • Les restes de Daech, multipliant attaques opportunistes contre FDS.

  • Groupes pro-turcs harcelant les positions kurdes.

  • Tensions tribales et incidents intercommunautaires exacerbés par le retrait partiel américain et l’intégration fragile.

L’accord de janvier promettait stabilité, mais les faits montrent un resserrement du contrôle damascène, souvent vécu comme autoritaire. Le Newroz 2026, au lieu d’être une fête de liberté, devient un cri d’alarme : les Kurdes syriens célèbrent sous menace directe, enfermés dans leurs villes, face à des attaques coordonnées et une mobilisation militaire au sud.

La communauté internationale reste largement silencieuse malgré les appels kurdes à la vigilance. La gravité de la situation remet en cause les acquis du Rojava, conquis contre Daech il y a dix ans. Aujourd’hui, les mêmes forces (cellules islamistes, gangs pro-turcs, pressions centralisatrices) semblent converger pour les menacer à nouveau. Le Newroz, symbole de résistance millénaire, se transforme en un test existentiel pour les Kurdes syriens.

SYRIE. Les gangs turco-djihadistes attaquent les célébrations kurdes

SYRIE / ROJAVA – Civils tabassés, voitures et drapeaux du Kurdistan brûlés, maisons pillées…, une série d’attaques racistes préméditées menées par des gangs turco-djihadistes a endeuillé les célébrations de Newroz (nouvel-an kurde) à Afrin, Al-Bab, Azaz et Alep.

Le 21 mars 2026, premier jour du Newroz (Nouvel An kurde), symbole millénaire de résistance, de renaissance et de liberté, a été brutalement entaché dans plusieurs zones du nord de la Syrie. À Afrin, Al-Bab, Azaz et dans certains quartiers d’Alep, des gangs armés liés aux autorités de Damas et à l’occupation turque ont lancé une série d’attaques coordonnées contre les civils kurdes qui célébraient pacifiquement la fête.

Selon de nombreux témoignages recueillis sur place et diffusés par des médias kurdes locaux, ces violences n’ont rien d’accidentel : elles étaient orchestrées à l’avance, avec la complicité ou sous les ordres directs d’agents turcs et de milices pro-Damas opérant dans les zones occupées.

Une chasse à l’homme préméditée

Dès le début des festivités, des groupes armés – mélange de miliciens de l’Armée nationale syrienne (ANS) soutenus par Ankara et d’éléments affiliés aux services de sécurité du gouvernement de transition de Damas – ont surgi dans les rues et les villages kurdes.

Ils ont brûlé des dizaines de véhicules appartenant à des familles kurdes. Ils ont déchiré et brûlé des drapeaux du Kurdistan et des portraits de figures symboliques de la résistance kurde. Ils ont lancé une véritable chasse à l’homme contre les jeunes et les familles qui dansaient le govend (ronde kurde) ou allumaient les feux de joie traditionnels. Des dizaines de civils kurdes ont été tabassés à coups de bâtons, de crosses de kalachnikov et de pierres, sous les cris racistes « Arabes seulement ! » ou « Dehors les traîtres kurdes ! ».

Des vidéos et photos circulant sur les réseaux montrent des scènes d’une violence extrême : hommes et femmes traînés au sol, femmes insultées, enfants terrorisés. Plusieurs blessés graves ont été signalés, dont certains transportés clandestinement vers des hôpitaux de Rojava pour éviter les représailles.

Pillage systématique des maisons vides

Profitant du fait que de nombreuses familles kurdes étaient sorties célébrer Newroz sur les places ou dans les champs, les mêmes gangs ont pillé méthodiquement les domiciles. Meubles, électroménager, argent liquide, bijoux, documents d’identité : tout a été emporté. Dans certains quartiers d’Afrin et d’Al-Bab, les portes ont été défoncées et les maisons marquées de croix ou de tags menaçants.

Cette double stratégie – attaque publique des célébrations + pillage des maisons vides – révèle une volonté claire d’humiliation et de dépossession : frapper les Kurdes dans leur identité culturelle tout en les appauvrissant économiquement.

Contexte : l’occupation turque et la main de Damas

Ces zones (Afrin depuis l’opération « Rameau d’Olivier » en 2018, Al-Bab et Azaz sous contrôle turc via l’ANS) sont depuis des années le théâtre d’une politique systématique de nettoyage ethnique lent et de changement démographique. La Turquie et ses proxies arabes ont déjà chassé des centaines de milliers de Kurdes, installé des colons, changé les noms de rues et interdit les symboles kurdes.

Le nouveau gouvernement de transition à Damas, malgré des discours de « réconciliation », semble tolérer ou même encourager ces exactions pour consolider son contrôle sur le nord et satisfaire Ankara, son nouvel allié de facto.

Les attaques de ce 21 mars 2026 s’inscrivent dans une continuité : chaque Newroz devient une cible parce que la fête incarne précisément ce que ces forces veulent détruire – l’unité kurde, la mémoire de Kawa le forgeron et la volonté de liberté.

Réactions et indignation

Sur les réseaux sociaux et dans la diaspora, l’indignation est massive. Les militants dénoncent « les crimes racistes commis en toute impunité avec le feu vert turc et damasquin ».

Des appels à une enquête internationale et à la protection des civils kurdes ont été lancés. Pour l’instant, aucune condamnation officielle n’est venue ni de Damas ni d’Ankara.

Newroz pîroz be… malgré tout

Malgré la violence, les Kurdes de Rojava et des zones occupées ont refusé de baisser la tête. Dans de nombreux villages, les feux ont continué à brûler toute la nuit. Les chants patriotiques kurdes ont résonné plus fort encore.

Ces attaques racistes ne font que rappeler pourquoi Newroz n’est pas une simple fête du printemps : c’est un acte de résistance politique. Chaque drapeau brûlé, chaque voiture incendiée, chaque Kurde tabassé ne fait que raviver la flamme de Kawa. La fête continue. La lutte aussi.

 

KURDISTAN. La tombe de Pîremêrd vandalisé le jour de Newroz

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KURDISTAN – Le 21 mars 2026, premier jour du Newroz (Nouvel An kurde), la tombe de l’intellectuel et poète kurde Pîremêrd (de son vrai nom Muhammad Qadir Hama Jan, 1867-1950) a été vandalisée à Sulaymaniyah, au Kurdistan irakien.

Pîremêrd est une figure majeure de la littérature et de la culture kurde moderne. Journaliste, éditeur du journal Jîyan (La Vie), poète et nationaliste, il est surtout connu pour avoir écrit les paroles de l’hymne emblématique du Newroz kurde, souvent chanté lors des célébrations :

« Ew roja yekem a sala nû ye, newrûz e, vegeriya ye » (« C’est le premier jour de la nouvelle année, c’est Newroz, il est de retour »).

Ce poème, composé au début du XXe siècle, a été adopté comme chant officiel et symbolique du Newroz kurde, célébrant non seulement le renouveau du printemps mais surtout la résistance, la renaissance nationale et la victoire sur l’oppression (en lien avec le mythe de Kawa le forgeron). Il est entonné massivement lors des feux de joie, des danses collectives et des rassemblements politiques à travers le Kurdistan (Turquie, Irak, Iran, Syrie) et la diaspora.

La profanation de sa tombe, précisément le jour du Newroz, est perçue par beaucoup comme un acte délibéré et symbolique visant à attaquer l’identité kurde et ses figures culturelles. Pîremêrd repose au cimetière de Mala Omer Agha (ou cimetière des intellectuels) à Sulaymaniyah, un lieu chargé de mémoire nationale kurde.

Aucun détail officiel n’a encore été publié sur les auteurs ou les motivations exactes de ce vandalisme (tags, bris de pierre tombale, etc.), mais l’incident survient dans un contexte de tensions persistantes autour des célébrations de Newroz : répressions en Turquie, menaces sécuritaires en Irak (liées aux conflits régionaux Iran-USA-Israël), et instrumentalisation politique de la fête dans différentes parties du Kurdistan.

Cet acte a provoqué une vive indignation sur les réseaux sociaux et parmi les intellectuels kurdes, qui y voient une tentative d’effacer ou de salir la mémoire d’un poète qui a contribué à forger l’imaginaire collectif du Newroz comme symbole de liberté et d’unité kurde.