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TURQUIE. De nombreuses langues sont menacées d’extinction

TURQUIE / KURDISTAN – Toutes les deux semaines, une langue disparaît quelque part dans le monde. En Turquie également, de nombreuses langues, dont des dialectes kurdes, sont gravement menacées. Les obstacles constitutionnels, les réticences politiques et le manque d’accès à l’éducation accélèrent la perte de diversité linguistique.

Depuis 2000, le 21 février est célébré par l’UNESCO comme la Journée internationale de la langue maternelle. Son objectif est de promouvoir la diversité culturelle et le multilinguisme dans le monde entier. Cependant, malgré la multiplication des déclarations symboliques de soutien, la perte de diversité linguistique se poursuit.

D’après un rapport de l’UNESCO de mars 2025, on compte 8 324 langues parlées ou signées dans le monde. Environ 7 000 d’entre elles sont encore couramment utilisées, mais seulement 351 servent de langues d’enseignement. À peine 40 % des enfants dans le monde reçoivent une éducation dans leur langue maternelle. L’organisation alerte sur le fait qu’une langue disparaît toutes les deux semaines. Les programmes de protection et de revitalisation des langues sont donc plus urgents que jamais.

La base de données linguistiques internationale Ethnologue aboutit à des conclusions similaires. Sur les 7 159 langues recensées dans le monde, environ 44 % sont considérées comme menacées, nombre d’entre elles comptant moins de 1 000 locuteurs. Parallèlement, 20 langues majeures dominent, parlées comme langue maternelle par plus de 3,7 milliards de personnes – soit près de la moitié de la population mondiale.

L’éducation comme élément clé

Les linguistes et les organisations internationales attribuent la disparition de nombreuses langues à leur faible usage dans la vie publique et le système éducatif. L’enseignement en langue maternelle est considéré comme une condition essentielle à la préservation de la diversité linguistique. Si de nombreux États multilingues proposent un enseignement dans plusieurs langues, les États-nations traditionnels continuent de privilégier le monolinguisme. La Turquie en est un exemple frappant.

Réalité constitutionnelle monolingue

En Turquie, le turc est la seule langue officielle. Si l’article 42 de la Constitution garantit formellement le droit à l’éducation, il interdit explicitement l’enseignement de toute autre langue que le turc dans les établissements scolaires. Cette disposition est contraire aux conventions internationales qui interdisent toute discrimination dans l’éducation. Bien que la Turquie ait ratifié de nombreux traités internationaux, tels que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies et la Convention relative aux droits de l’enfant, ces ratifications comportent des réserves concernant l’enseignement dans la langue maternelle.

La Turquie n’a pas non plus signé la Convention de l’UNESCO sur l’élimination de toutes les formes de discrimination dans l’éducation, qui oblige les États à abolir les lois discriminatoires et à reconnaître les droits des minorités linguistiques. Une autre particularité découle du Traité de Lausanne. Ce dernier accorde aux minorités non musulmanes le droit de gérer leurs propres établissements d’enseignement dans leur langue, mais pas aux populations musulmanes. De ce fait, une grande partie de la diversité linguistique demeure sans protection institutionnelle.

Langues menacées en Turquie

Le nombre exact de langues parlées en Turquie est incertain ; les estimations varient entre 20 et 30 langues et dialectes. Selon l’Atlas des langues les plus menacées au monde de l’UNESCO, trois langues ont déjà complètement disparu : l’oubykh, le mlahsô et le grec cappadocien. D’autres langues sont considérées comme étant en danger critique d’extinction ou menacées de disparition, notamment le turoyo (également appelé surayt), le ladino, le gagaouze, le romani, l’arménien occidental, le homshetsma, le laz, le grec pontique, l’abbasique et le néo-araméen. L’adyghé, l’abkhaze, le kabarde et le kirmancki (zazakî) – un dialecte kurde – sont classés comme « en danger » ou « vulnérables ».

« Langues vivantes » comme matière à option

Ce n’est qu’en 2012, dans le cadre de réformes politiques, que l’option « Langues et dialectes vivants » a été introduite. Le kurde – dans ses variantes kurmandji (kurmancî) et kirmandjki (zazakî ou kirmanckî)– est depuis lors proposé en option du CM2 à la 5e. Cependant, sa mise en œuvre reste controversée. Les associations linguistiques et les experts déplorent leur faible implication dans son élaboration. De plus, les établissements scolaires signalent régulièrement un manque d’enseignants, des ressources pédagogiques insuffisantes et un manque de moyens.

Bien que le nombre d’étudiants choisissant le kurde comme matière optionnelle ait augmenté ces trois dernières années – passant de 23 000 (2023/24) à 59 362 (2025/26) –, le nombre d’enseignants nouvellement recrutés fluctue considérablement. Alors que 50 postes étaient à pourvoir en 2023, ce nombre est tombé à dix en 2024 et à seulement six en 2025.

Entre reconnaissance et restriction

Le décalage entre la demande croissante et le soutien institutionnel limité met en lumière les tensions structurelles. Si, à l’échelle internationale, la protection de la diversité linguistique est considérée comme un droit fondamental, sa mise en œuvre en Turquie demeure entravée par des contraintes constitutionnelles et politiques. Face aux avertissements mondiaux selon lesquels une langue disparaît toutes les deux semaines, la Turquie est elle aussi confrontée à la question de l’avenir de ses langues vivantes et de leur destin à disparaître progressivement de la vie publique. (ANF) 

« Ma ville a défendu le monde contre Daech. Pourquoi est-elle encore assiégée ? »

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SYRIE / ROJAVA – Comment la ville kurde de Kobanê a résisté à l’arabisation baasiste, aux attaques de l’EI et maintenant à un siège gouvernemental qui menace la vie des civils et les perspectives d’intégration pacifique ? L’histoire de Kobanê racontée par un journaliste local.

La région située entre le Tigre et l’Euphrate, berceau des Kurdes, a vu naître les premières civilisations humaines. De tout temps, le peuple kurde a été un peuple pacifique qui a vécu, et continue de vivre, aux côtés d’autres cultures et nations.

Malgré cela, les Kurdes ont toujours été confrontés à des massacres. Après le traité de Lausanne et la définition des frontières qui ont divisé le Kurdistan, les États qui occupaient les terres kurdes ont utilisé toute leur puissance pour assimiler ou éliminer les communautés kurdes.

Parallèlement, une autre réalité existait : les Kurdes ont toujours résisté et exigé la reconnaissance formelle de leurs droits par les États de Turquie, d’Iran, d’Irak et de Syrie. La lutte kurde pour les droits a atteint son apogée lors de la révolution du Rojava et, en particulier, grâce à la résistance de la ville kurde de Kobanê, ma ville natale.

Je parlerai ici de la résistance de Kobané, de son importance pour le peuple kurde et les puissances internationales, et des raisons pour lesquelles cette ville est aujourd’hui assiégée. Je souhaite que le monde se souvienne de ce que notre peuple a fait pour se protéger de Daech, et qu’il nous soutienne maintenant dans cette épreuve.

Nombreux sont les lecteurs qui n’ont peut-être jamais entendu parler de Kobane. Cette ville est située à la frontière syro-turque. Au nord se trouvent Pirsus (Suruç) et Riha (Sanliurfa). Au sud se situe la ville de Sirrin. L’Euphrate coule entre Kobanê et les villes de Manbij et Jarablus, à l’ouest. À l’est se trouve Gire Spi (Tel Abyad).

La société kurde de Kobané demeure une société tribale. Ses habitants sont réputés pour leur courage et leur ténacité.

En 1973, lorsque le régime baasiste lança son projet de « Ceinture arabe », visant à démanteler la population kurde du nord de la Syrie, le nom de la ville fut changé de « Kobanê » à « Aïn al-Arab ». Les habitants de Kobane refusèrent ce changement et défendirent toujours le nom originel de leur ville. Ils rejetèrent également l’imposition de la Ceinture arabe dans leur région. Aujourd’hui encore, les habitants de Kobane sont les Kurdes originaires de la région.

En raison de cette résistance, Kobané a toujours été négligée et sous-développée. Pendant plusieurs années, de nombreux quartiers de la ville ont été privés d’eau courante : le réseau d’adduction d’eau était hors service et les autorités baasistes refusaient de le réparer. De nombreuses villes et villages n’avaient ni électricité ni routes goudronnées.

Durant l’été 2014, après la prise de Mossoul par l’État islamique, le lancement d’une attaque génocidaire contre la communauté yézidie de Sinjar et l’invasion d’une grande partie du territoire syrien, les armées régionales se sont trouvées impuissantes à stopper son avancée. Le groupe djihadiste a alors jeté son dévolu sur Kobané comme prochaine cible.

En attaquant Kobanê en particulier, l’État islamique espérait anéantir les acquis kurdes. C’est à Kobanê qu’en juillet 2012, les Kurdes ont annoncé l’expulsion des forces baasistes de leurs territoires et le début de la révolution du Rojava. En janvier 2014, ils ont proclamé la création du canton autonome de Kobanê, l’un des trois cantons du Rojava. Pour la première fois, les Kurdes de Syrie disposaient de leur propre administration et pouvaient gouverner eux-mêmes leurs territoires. L’État islamique voulait détruire ce projet et mettre fin à la présence kurde en Syrie.

L’EI cherchait également à contrôler l’intégralité de la frontière syro-turque, ce qui permettrait aux combattants et aux ressources de circuler facilement entre la Syrie et le continent.

La Turquie a jugé préférable la présence de l’État islamique à sa frontière à une région kurde autonome. Il est désormais établi que le gouvernement turc et d’autres puissances étrangères ont soutenu, tacitement ou activement, l’État islamique lorsqu’il a jeté son dévolu sur les régions kurdes. Depuis la fondation de la République en 1923 jusqu’à nos jours, la Turquie n’a jamais ménagé ses efforts pour empêcher les Kurdes d’obtenir quoi que ce soit et de bénéficier de droits et d’une reconnaissance légaux.

Mais il existe un proverbe kurde : « Siwar hatin, peya çûn » – « ils sont venus à cheval et ils sont repartis à pied ». Ce proverbe a pris tout son sens lors de la résistance de Kobané.

Pour la première fois, des Kurdes de tout le Kurdistan s’unirent pour défendre une ville kurde. Les guérilleros du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) descendirent des montagnes pour combattre. La région du Kurdistan irakien envoya ses peshmergas. De nombreux jeunes hommes et femmes de tout le Kurdistan rejoignirent la mobilisation générale et se dirigèrent de leur propre initiative vers Kobané. Partout dans le monde, la diaspora kurde se souleva pour protester.

Cette démonstration de force et d’unité kurde a eu un impact majeur sur la communauté internationale. Les puissances mondiales ont compris que, pour vaincre Daech, elles devaient soutenir les Kurdes. Finalement, la Coalition mondiale contre Daech est intervenue en faveur des combattants kurdes.

Dans l’après-midi du 26 janvier 2015, les Kurdes ont hissé leurs drapeaux sur Kobané. Le plan d’élimination des Kurdes de Kobané avait été déjoué, du moins pour le moment.

Cependant, la victoire de Kobané n’était pas dans l’intérêt de certaines puissances. Le 26 juin 2015, avec le soutien de l’État turc, l’État islamique a perpétré un massacre contre la population de Kobané.

J’ai été témoin de l’attaque de l’État islamique en septembre 2014 et du massacre de juin 2015. Notre quartier était un petit quartier de Kobané appelé Muxtele. Une centaine de familles y vivaient. Lors de l’attaque de juin seulement, près de 30 personnes de Muxtele ont été tuées.

Ce matin-là, nous avons été réveillés par des explosions et des coups de feu. Daech avait complètement encerclé le quartier. On entendait des enfants crier. La terre était rouge de sang.

Je n’avais que treize ans. Je n’oublierai jamais comment mes amis d’enfance, Şêrîn, Zanav, Mihemed et les autres, ont été tués, comment j’ai vu leur sang s’écouler, impuissante. Les rêves de ces enfants ont été brisés ce jour-là. Tant que je vivrai, je n’oublierai jamais comment Daech, avec le soutien de la Turquie, a attaqué et tué mes amis. En écrivant ces lignes, je suis submergée par l’émotion. Les mots me manquent.

Même après ces tragédies, notre peuple a œuvré pour redonner vie à notre ville. Tout ce que la nouvelle administration autonome avait entrepris pour remédier à la négligence de l’ère Baas dans les mois précédant l’attaque de Daech a été anéanti par la guerre. Aucune organisation internationale n’est venue à leur secours. Mais grâce au soutien des Kurdes de la diaspora et des municipalités kurdes de Turquie, les habitants de Kobané ont reconstruit eux-mêmes leurs maisons, leurs commerces et leurs institutions publiques, et ce, mieux que l’État syrien ne l’avait jamais fait.

Quatre ans plus tard, Kobanê se retrouvait à nouveau en première ligne. En 2019, lorsque la Turquie envahit Gire Spi et Serekaniye, Kobanê fut coupée du reste du Rojava et du nord-est de la Syrie. En 2020, la guerre de drones qui allait dévaster nos infrastructures et emporter nombre de nos dirigeants politiques et militaires débuta dans le village d’Helince. Trois membres de Kongra Star, une organisation féminine, furent assassinées lors d’une frappe turque contre une habitation civile le 23 juin de cette année-là. Les enfants apprirent à reconnaître et à craindre le bruit des drones. Les agriculteurs ne pouvaient plus accéder à leurs terres proches des frontières. De nombreux habitants fuirent Kobane pour d’autres villes du nord-est de la Syrie.

La chute du régime n’a pas signifié la fin de la guerre à Kobané. Le 6 janvier 2026, des groupes armés affiliés au Gouvernement de transition syrien, avec le soutien de la Turquie, du Qatar et d’autres forces, ont lancé une attaque contre les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyah à Alep. Après avoir envahi ces quartiers, ils se sont emparés des régions à majorité arabe de Raqqa, Deir Ezzor et Tabqa, qui étaient sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS). Enfin, ils ont concentré leurs efforts sur Kobané et Jazira.

Le 20 janvier, ces deux régions kurdes de Syrie étaient totalement isolées l’une de l’autre. Jazira possède un point de passage frontalier avec la région du Kurdistan irakien, ce qui permettait l’acheminement de l’aide, des organisations internationales et d’autres formes de soutien. Kobane était encerclée de toutes parts. L’eau, l’électricité et Internet étaient totalement coupés.

Douze jours plus tard, le 30 janvier, les FDS et le gouvernement de transition annonçaient un cessez-le-feu global et un accord d’intégration. Mais la ville de Kobané, qui a protégé le monde entier de Daech, reste assiégée.

Mon travail de journaliste m’a amenée à Qamishlo, mais ma famille est restée à Kobané. Leur situation est très difficile. Je leur ai parlé il y a quelques jours. Ils m’ont dit que beaucoup de gens tombent malades à cause de l’eau contaminée. Les maladies se propagent et les médicaments viennent à manquer. Faute de moyens suffisants, les hôpitaux ne parviennent pas à soigner efficacement les malades. Ils n’ont pas l’électricité. Chaque jour, les réserves de légumes et autres produits de première nécessité diminuent.

Des groupes radicaux affiliés au gouvernement continuent d’encercler Kobanê, empêchant l’acheminement de produits de première nécessité comme les médicaments et le carburant, et bloquant les fuites. Ils refusent de quitter près de 50 villages relevant administrativement de la ville, où des pillages et des destructions d’habitations civiles ont été constatés. Les habitants de ces villages ont été déplacés de force vers le centre-ville, où ils sont réfugiés dans des écoles. L’eau, l’électricité et Internet ont été rétablis, mais à des niveaux bien insuffisants.

La situation humanitaire s’aggrave de jour en jour. Malgré le début du processus d’intégration prévu par l’accord du 30 janvier, Kobanê n’a connu ni paix ni répit. Cette situation alimente la méfiance de nombreux Kurdes quant à la sincérité du gouvernement de transition quant à la mise en œuvre de ses engagements. Le siège de Kobanê vise à contraindre la population à quitter ses foyers et ses terres afin de modifier la composition démographique de la région. De cette manière, les autorités cherchent à empêcher les Kurdes d’obtenir leurs droits.

Si la situation à Kobané perdure, la région sera confrontée à une catastrophe humanitaire. Les événements pourraient rapidement échapper au contrôle de toutes les parties. Pour éviter un tel dénouement, le gouvernement doit lever le siège, retirer ses forces des villages kurdes et s’engager à respecter ses promesses et à mettre en œuvre l’accord d’intégration.

Je parle chaque jour aux habitants de Kobane. Leurs enfants meurent de froid et de maladie sous leurs yeux. Impuissants face au siège, ils sont confrontés à l’impossibilité d’agir. Une mère m’a dit : « Cette terre est la nôtre, et nous ne la céderons à aucun envahisseur. » Je veux interpeller le monde en son nom : les habitants de cette ville qui vous ont défendus contre Daech sont victimes d’un massacre. Pourquoi gardez-vous le silence ? Le silence n’est-il pas synonyme d’acceptation ?

Par Serkeft Hisen

Article d’origine (en anglais) à lire sur le site Kurdish Peace Institute in Qamishlo « My city defended the world from ISIS. Why is it still under siege? »

 

TURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Murat Yildiz

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TURQUIE – Les Mères du samedi réunies pour leur 1091e veillée sur la place Galatasaray, à Istanbul, ont réclamé justice pour Murat Yıldız, porté disparu en détention il y a 31 ans.
 
Les mères du Samedi ont tenu leur 1091e manifestation hebdomadaire sur la place Galatasaray. Brandissant des œillets et des photos des disparus, les Mères du samedi ont interrogé cette semaine les manifestants sur le sort de Murat Yıldız, disparu il y a 31 ans après son arrestation à Izmir.
 
Le communiqué de presse a été lu par Maside Ocak. Évoquant l’histoire de Murat Yıldız, qui vivait avec sa mère à Izmir, Maside Ocak a déclaré : « Murat Yıldız, âgé de 19 ans, vivait avec sa mère à Izmir. Après avoir tiré un coup de feu en l’air lors d’une dispute dans un café, Murat Yıldız a pris la fuite et a été recherché par la police. Les policiers ont emmené sa mère, Hanife Yıldız, au commissariat et lui ont dit : ‘Si Murat se rend, nous recueillerons sa déposition et il sera relâché.’ Le 23 février 1995, Murat Yıldız se rendit au commissariat d’İzmir Bornova Özkanlar, accompagné de son avocat, de son cousin et de sa mère, et se livra au commissaire Ramazan Kaya et à l’agent de police Tahir Şerbetçi. Trois jours plus tard, Murat n’étant pas rentré chez lui, sa mère, Hanife Yıldız, se présenta de nouveau au commissariat. Cependant, elle n’obtint aucune réponse claire ni cohérente à ses questions. À force d’insister, les autorités lui affirmèrent que Murat avait déclaré à la police avoir caché l’arme à Kartal, à Istanbul, et qu’il avait donc été conduit à Istanbul sous la surveillance des agents Tahir Şerbetçi et Şah İsmail Öztürk. Ils prétendirent ensuite qu’il avait été renvoyé. Selon la version officielle, Murat s’était enfui en sautant du ferry à la mer pendant la traversée et était resté introuvable malgré toutes les recherches. d’Izmir Bornova Özkanlar et s’est rendu au commissaire Ramazan Kaya et à l’officier de police Tahir Şerbetçi. »
 
Maside Ocak a déclaré que Hanife Yıldız, la mère sans nouvelles de son fils, avait saisi les parquets de Bornova et de Gebze. Elle a ajouté : « Bien qu’aucun témoin n’ait vu Murat Yıldız sauter du ferry lors du procès, le tribunal a fondé son jugement sur les déclarations des policiers accusés. Au terme de cinq ans de procès, ces derniers ont été condamnés à une amende symbolique de 1 lire et 18 kuruş (soit l’équivalent de 1 lire et 18 kuruş aujourd’hui) pour ‘négligence’. Loin de rétablir la justice, cette décision a renforcé le sentiment d’impunité. En 2015, Gülseren Yoleri, avocate de l’IHD, a demandé au parquet de Gebze l’ouverture d’une nouvelle enquête. Celle-ci a été classée sans suite deux ans plus tard. Par la suite, le recours a également été rejeté. Suite à cela, une requête individuelle a été déposée devant la Cour constitutionnelle. »
 
Soulignant que la justice n’est pas un simple jugement, mais un processus qui apaise les consciences et restaure la confiance dans l’État de droit, Maside Ocak a poursuivi : « L’enquête et les poursuites relatives à la disparition de Murat Yıldız en détention ont failli à cette mission. À l’occasion du 31e anniversaire de sa disparition, nous appelons les autorités judiciaires à mener une enquête efficace et indépendante, conformément à leurs obligations constitutionnelles et internationales, sans invoquer la prescription. Quelles que soient les années qui passent, nous continuerons d’exiger justice pour Murat Yıldız et tous nos proches disparus, et nous rappellerons à l’État son obligation d’agir conformément aux normes juridiques universelles. »

 

Depuis plus de 30 ans, les mères du samedi demandent justice pour leurs disparu.e.s
 
Le samedi 27 mai 1995, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) descendaient pour la première fois sur la place Galatasaray, à Istanbul, pour exiger la fin des disparitions forcées et demander qu’on leur rende leurs proches portés disparus.
 
Les « mères du samedi » reprochent à l’État turc de ne pas avoir enquêté sérieusement pour établir la vérité sur ceux qui ont disparu après leur mise en détention par les autorités turques.
 
Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcés et meurtres (de journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans) par l’État ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie.

LINGUICIDE. A la recherche d’une langue interdite

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LINGUICIDE. A l’occasion de la journée internationale de la langue maternelle célébrée le 21 février, nous republions cet article concernant la langue kurde daté de mars 2020 mais qui reste d’actualité tant que la plus grande partie du Kurdistan sera colonisée.

« Qui peut dire que dérober sa langue à un peuple est moins violent que la guerre ? »  Ray Gwyn Smith

De nos jours, la probabilité d’entendre un Kurde vous dire « Je suis kurde mais je ne parle pas le kurde. » est très élevé. En effet, depuis la division du Kurdistan au début du XXe siècle, les États occupants du Kurdistan ont voulu mettre fin à l’existence du peuple kurde en mettant en place des politiques de génocide linguistique car il était très difficile d’exterminer physiquement des millions d’individus, malgré les nombreux massacres perpétrés, comme à Dersim, Zilan, Halabja… Alors, ces Etats (Turquie, Iran, Irak*, Syrie) ont interdit sévèrement la pratique du kurde dès la deuxième moitiés du XXe siècle.

Les Kurdes ne peuvent recevoir un enseignement en langue kurde, ne peuvent faire leur défense devant la justice, etc. ni même prétendre qu’ils ont une langue qui s’appelle le kurde car la Turquie nie l’existence de cette langue millénaire et la fait passer dans ses registres comme « langue X » (X pour dire « inconnue ») ! Retour sur un génocide linguistique à travers le regard d’une rescapée.

Ma famille vivait dans une ferme isolée dans la montagne, au Kurdistan du Nord (Bakur) sous occupation turque. Pendant l’hiver, le seul lien qu’on avait avec le monde extérieur était le poste de radio que mon père s’était achetée et de rares invités qui venaient des villages alentour quand il n’y avait pas trop de neige qui bloquait les sentiers menant à la montagne. Un jour, alors que j’étais encore bébé, mon père a déclaré à ma mère que dorénavant tous les enfants devaient parler que le turc, car l’État turc avait interdit formellement notre langue, sous peine d’amande et ou de la prison etc.

Cette interdiction de parler notre langue maternelle allait causer des traumatismes insoupçonnés chez les nouvelles générations. Il m’a fallu des années pour que je m’en rende compte de sa gravité. De nombreux flash-backs me rappelle cette lente destruction d’un peuple à travers sa langue bannie.

Notre village, où il y avait une école primaire récente, était à plusieurs km de notre ferme et les mois d’hiver enneigés empêchaient mes frères et sœurs de s’y rendre. Alors, mon père a dû les envoyer dans un internat.

Pour « couper » la langue kurde à la racine, dès les années 1980, l’État turc avait décidé de créer des internats** pour les enfants kurdes. Dès l’âge de 7 ans, les Kurdes passaient leur année scolaire en internat à la merci des enseignants et des surveillants dont la mission était d’inculquer la langue turque à des enfants qui n’en connaissaient pas un mot et de les turquifier en les coupant de leur familles, leur culture, leur langue. Je ne veux même pas m’attarder sur les sévisses psychiques, physiques et sexuels dont étaient victimes de nombreux enfants kurdes dans ces internats de l’horreur…

Quelques années après, on a dû abandonner notre ferme et nous nous sommes rapprochés de la petite ville où mes frères et sœurs étaient internés. Ainsi, ils ont pu quitter l’internat et revenus à la maison. Mais, on parlait tous le turc entre nous et notre père. Le kurde était réservé à notre mère qui parlait très mal le turc.

 

Le fait que les enseignants nous disent à langueur de jour qu’il n’y avaient pas de Kurdes en « Turquie » (car pour la Turquie il n’y avait ni Kurdes, ni Kurdistan), moi, petite fille, je me sentais coupable. Coupable d’exister alors qu’en toute logique, je le devais pas puisque c’est ce que nos enseignants disaient. Coupable aussi de parler, en cachette, une langue qui n’existait pas. Alors, un jour que notre maître a demandé s’il y avait des enfants qui ne savaient pas parler le kurde et qu’il fallait qu’ils lèvent le doigt, je me suis exécutée aussitôt. J’étais la seule et j’étais pas trop fière de moi…

Avec l’école, la télé et la radio turques, on n’avait plus besoin de faire d’effort pour oublier cette langue clandestine. L’État turc avait tout prévu pour nous. On n’avait qu’à se laisser faire. Notre vocabulaire du kurde diminuait de jour en jour, remplacé par le turc, jusque dans nos rêves, et ceci sans « aucun » regret. De toute façon, on n’aimait pas cette langue illégale. Qui aime l’illégalité, surtout quand vous êtes un enfant qui veut tout bien faire ?

Moi, la petite fille « sage » et « intelligente », j’étais la chouchoute de mes enseignants et j’avais même eu droit au surnom « la Turque » dans le voisinage pour avoir commencé à parler le turc avant le kurde tandis que les autres enfants avaient plus de difficultés à devenir de parfaits petits Turcs du jour au lendemain. Et que dire de la honte que je ressentais devant ma mère qui ne maîtrisait pas le turc ? Honte d’appartenir à un peuple qui ne devait pas exister, un peuple « arriéré », selon la définition de l’État colonialiste qui voulait en finir avec nous en nous turquisant bien comme il faut.

Une fois adulte et devenue exilée dans un pays occidental (France), dont je ne connaissais pas la langue, j’ai tout de suite voulu apprendre le français pour me défaire du turc car cet exil physique a été le déclic pour un retour mental à mes origines. Soudain, j’ai commencé à avoir les fameux flash-backs qui me rappelaient toutes les humiliations qu’on avait subi en tant que Kurdes et enfants et l’interdiction de parler notre langue sur notre propre terre.

Je passais mes journées à écouter des cassettes d’apprentissage du français, je lisais, je discutais avec des non-kurdes pour apprendre vite le français. La nuit, j’avais le dictionnaire « Le Petit Robert » dans mon lit (je dis toujours que Petit Robert fut mon premier amant français !)  En quelques mois, j’ai réussi a me débrouiller bien et au bout de quelques années, le français est devenue ma première langue. Mais je ne parlais toujours pas correctement ma langue maternelle et mon entourage m’avait surnommée cette fois-ci « la Française » !

Il y a quelques mois, je discutais avec un ami kurde qui m’avait demandé si j’étais née en France car mon français était « très bien ». Je lui ai dit que non, que j’étais venue à l’âge adulte, sans passer par la case école. Il me croyait à peine ! Je lui ai parlé de mes deux surnoms liés aux langues, avant d’ajouter que j’avais réussi à être turque et française et que maintenant, il était temps que je (re)devienne kurde et qu’on m’appelle enfin « Kurdê » (la Kurde) !

Aujourd’hui, je lis et écris le kurde, avec difficulté, sauf quand ce sont des poèmes orphelins qui viennent frapper à ma porte pour m’emmener au pays. Mais, je ne désespère pas, je vais réussir à devenir une « vraie Kurde » qui parle sa langue, même si ça va être difficile, qu’il me faudra trébucher sur les mots, tomber à terre, après tant d’années passées dans une paralysie linguistique imposée et vive la revanche des « vaincus » ! (Keça Bênav)

*Dans les autres parties du Kurdistan, en Irak, Iran et Syrie, on avait à peu près les mêmes interdictions. Aujourd’hui, au Kurdistan autonome d’Irak et au Rojava, on enseigne en langue kurde tandis qu’en Iran, le kurde continue à être criminalisé… C’est pourquoi, aujourd’hui beaucoup de Kurdes, ceux en Turquie essentiellement, ne parlent plus leur langue mais ils sont nombreux à lutter pour avoir le droit de la réapprendre et de la parler; de s’approprier de nouveau leur musique, leurs us et coutumes, pillés et interdits par leurs colonisateurs. Le prix à payer pour les Kurdes, afin d’obtenir ce qu’ils veulent, reste très élevé. Cela coûte souvent des vies mais ils restent déterminés.

 

** Cette décision mise en oeuvre a plutôt réussi, avec des effets dévastateurs qu’on peut facilement deviner sur le plan psychique et/ou socio-culturel chez les enfants kurdes et les adultes qu’ils sont devenus.

Pour finir avec les droits ou interdits concernant les langues, voici une histoire écrite par un écrivain kurde qui relate l’interdiction du kurde et ce qui nous attendait si on la bravait.

« Un pain en turc » ou comment interdire aux Kurdes de parler leur langue maternelle

Nous sommes dans les années 1980, dans une région kurde sous occupation turque. Un paysan court à la boulangerie de son village au retour de son champ et voudrait acheter un pain avant le coucher du soleil qui est proche, car dans cette région kurde, l’Etat turc a décrété un état d’urgence avec couvre-feu au couché du soleil. Le paysan lance à la hâte « ka nanakî, bi tirkî.** » en kurde, qu’on pourrait traduire en « un pain, en turc. » Ce pauvre paysan ne sait pas parler le turc mais il faut bien qu’il achète son pain d’une façon ou d’une autre.

Maintenant, imaginons un instant que cette scène ait lieu en France, pendant l’occupation nazi : Un paysan corrézien de retour de son champ, court à la boulangerie de son village. Le soleil va bientôt se coucher, or, il y a le couvre-feu à la tombée de nuit. Les Nazis ont interdit de parler le français et ont imposé la langue allemande dans tout le pays mais notre paysans corrézien ne parle pas un mot d’allemand. Alors, il dirait, vraisemblablement : « Un pain, en allemand. »

En effet, l’État turc avait interdit le kurde dans tout le pays, y compris dans les régions kurdes et ce, depuis la création de la Turquie en 1923. Même au sein de leurs foyers, les Kurdes ne pouvaient parler leur langue sous peine d’être arrêtés et/ou torturés, en plus de payer une amende. (L’Ėtat turc avait dépêché des fonctionnaires à cet effet dans tout le Kurdistan.)

Encore aujourd’hui, en Turquie, la langue kurde reste interdite, même si dans le cadre de la vie privée on peut la parler…

** « Ka nanakî bi tirkî / Bana türkçe bir ekmek ver » est le nom d’une nouvelle de Cezmi Ersöz, écrivain et journaliste kurde.

 

 

ROJAVA. Kobanê est dans le viseur de la Turquie

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SYRIE / ROJAVA – Cela fait 32 jours que la ville kurde de Kobanê – abritant 600 000 civils – est assiégée par les gangs turco-djihadistes qui empêchent l’arrivée de l’aide humanitaire et se livrent aux kidnappings, meurtres, viols et pillages dans les villages kurdes des alentours, en attendant de donner l’assaut contre Kobanê. La Turquie est la plus grande menace pour les Kurdes du Rojava.
 
D’après les informations recueillies auprès des sources locales, la situation dans la région de l’Euphrate semble aujourd’hui globalement sous contrôle turc. Le siège actuel imposé à la zone est directement lié à la Turquie : des instructions turques sont à l’œuvre.
 
Les factions de la Division al-Hamza (Emşat) et de la Division Sultan Mourad sont positionnées en première ligne, tandis que les gangs de l’Armée nationale syrienne (ANS) encercle Kobanê par tous les moyens, se livrant à des pillages, des massacres, des déplacements de population et recourant à toutes sortes de tactiques brutales.
 
L’ANS sous commandement de la Turquie se positionne et déploie des armes lourdes en vue d’une attaque sur Kobanê. Elle souhaite appliquer la même tactique qu’à Sheikh Maqsoud : attendre un moment avant de lancer l’assaut. Elle renforce les fronts autour de Kobanê. Parallèlement, l’État turc creuse des tranchées tout le long de sa frontière et effectue des préparatifs militaires. 

PARIS. Colloque « Les Kurdes dans la tourmente »

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PARIS – Le 2 mars 2026, l’Institut kurde de Paris organise un colloque international sur la situation politique au Rojava, dans le Nord de la Syrie, et au Rojhilat, Kurdistan sous l’occupation iranienne.

Universitaires, personnalités politiques, défenseurs des droits humains… de nombreux intervenants participeront au colloque qui aura lieu au Palais du Luxembourg.

Voici le programme du colloque :

13h30 – 14h00 — Accueil des invités

14h00 – 14h10 — Mots de bienvenue

14h10 – 15h00 — 1er Table ronde

Les bouleversements en Iran

Modératrice : Hamdan MOSTAFAVIJournaliste à Libération

Intervenants :

  • Mahmoud AMIRY-MOGHADDAMIran Human Rights Watch,
    « Le bilan de la répression en Iran »
  • Asso HASSAN ZADEHmaitre de conférence en Droit à l’Université Catholique de Lyon,
    « Les aspirations Kurdes en Iran »
  • Azadeh KIANprofesseure émérite de sociologie à l’Université Paris Cité,
    « Quelles perspectives pour l’Iran »
  • Awyar SHEKHYHengaw Human Rights Organisation,
    « La répression au Kurdistan iranien »

15h00 – 16h30 — 2e Table ronde

Rojava face aux retournements d’alliance

Modératrice : Nazand BEGIKHANIprofesseure invitée à Sciences Po Paris

Intervenants :

  • Rami ABDULRAHMAN (invité)directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme,
    « Le bilan humanitaire des récents affrontements entre l’armée syrienne et les FDS »
  • Naif BEZWANprofesseur invité à l’Université de Vienne,
    « Le ‘processus de paix’ en Turquie et la question de l’autonomie kurde : conséquences pour le Rojava »
  • Janroj KELESmaître de conférences à l’Université de Middlesex,
    « Les répercussions dans la diaspora kurde »
  • Michiel LEEZENBERGprofesseur à l’Université d’Amsterdam,
    « Ce que représente le Rojava pour la gauche européenne »

16h30 – 18h00 — 3e Table ronde

Que peuvent faire la France et l’Europe pour les Kurdes ?

Modérateur : Kendal NEZANprésident de l’Institut kurde de Paris

Intervenants :

  • Ilham AHMEDCo-présidente du Département des relations extérieures de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES),
    « La situation au Rojava et perspectives »
  • Rémi FÉRAUDsénateur de Paris
  • Paul MOLLAC (invité), député, France
  • Anna PIC (invitée), députée, France
  • Représentant(e) du KRG

18h00 – 18h15 — Mot de clôture

Hamit BOZARSLANdirecteur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

 

 

Pour assister au colloque, il est nécessaire de se s’inscrire avant le 26 février 2026 à 16h.

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8 MARS. Les femmes kurdes mobilisées à travers l’Europe

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EUROPE – Le mouvement des femmes kurdes en Europe appelle à des manifestations et des événements dans de nombreuses villes du 1er au 10 mars. L’accent est mis sur la défense du Rojava, la libération des femmes et l’établissement de structures démocratiques.

Le Mouvement des femmes kurdes en Europe (TJK-E) a publié son programme d’actions pour la Journée internationale des femmes. Du 1er au 10 mars, des manifestations, des tables rondes, des événements culturels et des projections de films sont prévus dans de nombreuses villes européennes.

Dans un communiqué publié vendredi, le TJK-E a souligné que la paix ne se limite pas à l’absence de guerre, mais implique la mise en place de mécanismes sociaux qui consacrent institutionnellement l’égalité, la justice et la liberté. Les activités annoncées ne sont donc pas de simples manifestations, mais constituent également une contribution politique au renforcement de l’espace public démocratique.

Les attaques contre le Rojava au centre de l’attention

Le mouvement féministe qualifie les événements survenus depuis le début de l’année de nouvelle phase d’attaques structurelles contre les acquis kurdes, et notamment contre l’autonomie du Rojava. « Ces attaques ne sauraient être considérées comme de simples développements militaires. Il s’agit plutôt de l’expression d’un ordre étatique et patriarcal qui s’oppose à l’expérience d’une société démocratique », affirment-elles.

Concernant le débat politique, le TJK-E se réfère également aux analyses d’Abdullah Öcalan, qui a mis en garde à plusieurs reprises contre les attaques visant l’autonomie du nord et de l’est de la Syrie. « L’objectif n’est pas seulement un territoire, mais un modèle de coexistence égalitaire qui place la libération des femmes et l’auto-organisation démocratique au cœur de ses préoccupations. »

La révolution des femmes née au Rojava est présentée dans la déclaration comme un contre-modèle aux structures hiérarchiques, militarisées et étatiques. La lutte des femmes n’est donc pas seulement une question d’égalité, mais fait partie intégrante d’un modèle de société démocratique global.

« Le 8 mars est un mandat politique »

Le 8 mars revêt une importance historique particulière dans ce contexte, selon le TJK-E. « Défendre l’avenir commun de tous les peuples est indissociable de la défense de la liberté des femmes », souligne le mouvement féministe kurde. Les actions menées à l’échelle européenne du 1er au 10 mars se veulent donc non seulement des manifestations, mais aussi un appel à la mobilisation collective des forces démocratiques. Outre les manifestations, des ateliers, des représentations théâtrales, des projections de films et des débats sont prévus.

La mobilisation se concentre principalement en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en Scandinavie et en Grande-Bretagne. En Allemagne, d’importantes manifestations sont prévues notamment à Düsseldorf, Hambourg et Hanovre. En Suisse, plusieurs rassemblements et tables rondes sont programmés à Berne, Bâle, Zurich et Saint-Gall, entre autres.

Le TJK-E invite les femmes, les jeunes et les organisations démocratiques à participer activement. La liste publiée comprend les dates déjà confirmées ; d’autres événements sont prévus dans d’autres villes.

1er mars 2026

  • Dortmund (DE) – Atelier « Révolution des femmes et famille démocratique », Komel, Bornstr. 166
  • Francfort (DE) – Panel, Saalbau Oberrad, 12h00
  • Hambourg (DE) – Panel, Centro Sociale, 15h00
  • Soleure (CH) – Réunion des femmes, 13h00
  • Zurich (CH) – Réunion de femmes et projection de film, Komel, 13h00

2 mars 2026

  • Hanovre (DE) – Représentation théâtrale sur Şehit Emine Erciyes, Kornstraße 17, 17h00

3 mars 2026

  • Langenthal (CH) – Réunion des femmes, 13h00

4 mars 2026

  • Bruxelles (BE) – Panel, Centre Jineoloji, 16h30

5 mars 2026

  • Hanovre (Allemagne) – Projection d’un film sur la révolution du Rojava, Komel
  • Aarau (Suisse) – Panel, 18h30

6 mars 2026

  • Hildesheim (DE) – Théâtre des femmes du Rojava, Steuerwalderstraße 64, 16h00
  • Winsen (Luhe) (DE) – Épreuve féminine, 19h00
  • Lucerne (Suisse) – Projection de film, 18h00
  • Genève (CH) – Projection de films, Centre Société démocratique Kurde
  • Londres (Royaume-Uni) – Projection de film, DTM, 11 Portland Gardens, Haringey, 18h00

7 mars 2026

  • Hanovre (Allemagne) – Table ronde sur la perspective politique du mouvement kurde, Kornstraße 17, 17h00
  • Düsseldorf (DE) – Manifestation du centre de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Immermannhof/HBF, 15h00
  • Wiesbaden (DE) – Épreuve féminine, Georg-Buck-Haus, 16h00
  • Berne (Suisse) – Événement féminin, 18h00
  • Winterthour (CH) – Manifestation, Paradeplatz, 13h30
  • Sion (CH) – Stand Rojava, Place de la Planta, 14h30
  • Helsingborg (SE) – Épreuve féminine, Komel, 16h00
  • Copenhague (DK) – Rallye, Vesterbro Torv/Rådhuspladsen, 13h00
  • Londres (Royaume-Uni) – Manifestation « One Billion Rise »

8 mars 2026

  • Hanovre (Allemagne) – Réunion de femmes (Kornstraße 17), suivie d’une manifestation à partir de 13h00, Opernplatz
  • Hambourg (DE) – Manifestation centrale, Landungsbrücken, 13h00
  • Darmstadt (DE) – Manifestation, Georg-Büchner-Platz, 13h30
  • Tessin (CH) – Manifestation, 14h30 ; suivie d’un événement pour les femmes à Komel, 16h30.
  • Berne (Suisse) – Manifestation, gare, 15h00
  • Saint-Gall (CH) – Manifestation, Kornhausplatz, 16h00
  • Winterthur (Suisse) – Projection de film, Komel, 14h00
  • Bâle (Suisse) – Manifestation, Place du Marché, 14h00
  • Bruxelles (BE) – Manifestation centrale, Gare Centrale, 11h00
  • Stockholm (SE) – Rallye, Medborgarplatsen, 14h00
  • Malmö (SE) – Rallye, Möllevångstorget, 15h00
  • Londres (Royaume-Uni) – Épreuve féminine, DTM, Haringey, 13h00

14 mars 2026

  • Bâle (Suisse) – Table ronde, Maison des syndicats, Rebgasse 1, 17h00

IRAN. Risque imminent d’exécution d’un otage kurde

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IRAN / ROJHILAT – Le prisonnier politique kurde Mehrab Abdollahzadeh a été arrêté lors des manifestations nationales de 2022 et condamné plus tard à mort pour « propagation de la corruption sur terre ».

Les inquiétudes se sont intensifiées face au risque imminent d’exécution du prisonnier politique kurde Mehrab Abdollahzadeh, après que la 39e chambre de la Cour suprême a rejeté sa demande de nouveau procès et a refusé de suspendre l’exécution de sa peine de mort, a rapporté l’ONG Kurdistan Human Rights Network (KHRN).

Malgré une demande de nouveau procès soumise ultérieurement par ses avocats, le tribunal a refusé de prononcer une ordonnance suspendant l’exécution.

Son avocat, Sidad Shirzad, a qualifié de grave le risque d’exécution dans une publication sur la plateforme de médias sociaux X, et a déclaré : « La demande de réexamen déposée le 20 décembre 2025 a été rejetée par la 39e chambre de la Cour suprême le 27 janvier, et malgré le dépôt d’une nouvelle demande de réexamen le 17 février, la 39e chambre a refusé d’ordonner la suspension de l’exécution du verdict. Ce refus intervient en dépit du libellé explicite de la note relative à l’article 478 du Code de procédure pénale concernant la délivrance d’une ordonnance de suspension de l’exécution du verdict dès réception d’une demande de réexamen, ce qui ne laisse place à aucune contestation ni interprétation alternative. »

Shirzad a déclaré qu’Abdollahzadeh avait été arrêté lors des manifestations nationales de 2022 et condamné plus tard à mort pour « propagation de la corruption sur terre » (efsad-e fel-arz), prétendument en lien avec le meurtre du membre du Basij Abbas Fatemiyeh à Orumiyeh.

Il a ajouté que l’affaire comportait de nombreux vices de procédure et de fond, et que l’accusation de meurtre ainsi que la plainte de la famille de la victime n’avaient jamais été examinées par un tribunal compétent.

L’avocat a également déclaré que la peine de mort avait été prononcée pour « corruption sur terre » plutôt que pour meurtre, et que malgré des objections répétées quant à la compétence, l’affaire n’avait pas été renvoyée devant le tribunal correctionnel pour mineurs n° 1.

Shirzad a évoqué d’autres points, notamment le fait que les accusations aient été portées sans représentation légale, que le corps ait été enterré sans autopsie et avant la publication du rapport médico-légal, et qu’il n’y ait eu aucun aveu valable aux autorités judiciaires. Il a également relevé l’absence de mention explicite du nom de son client dans les déclarations du commandant du défunt, de ses collègues et des témoins présents sur les lieux.

Il a décrit ces problèmes comme faisant partie des graves lacunes du dossier en sept volumes d’Abdollahzadeh.

Arrière-plan

Abdollazadeh, née le 15 mars 1998 à Orumiyeh, a été arrêtée par les forces de sécurité le 22 octobre 2022 lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadi).

Il a été arrêté sur son lieu de travail, un salon de coiffure, par l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et transféré au centre de détention de l’agence, où il a subi 38 jours de torture physique et psychologique dans le but de le forcer à avouer sa participation à des manifestations et le meurtre d’un membre du Basij.

Cependant, les images de l’incident en possession des forces de sécurité ne montrent pas Abdollahzadeh sur les lieux, et il a toujours nié toute implication dans le meurtre.

Ce n’est que sous la pression exercée par l’arrestation de sa petite amie et les menaces de détention d’autres membres de sa famille qu’il a été contraint d’accepter la version des interrogateurs et de déclarer qu’il avait frappé et donné des coups de pied au membre du Basij lors de l’incident.

Selon la source, « Mehrab a nié toutes les accusations lors des interrogatoires et devant le tribunal, allant jusqu’à demander l’examen des données de géolocalisation de son téléphone portable afin de prouver son absence sur les lieux du meurtre. Durant les 38 premiers jours de sa détention, malgré les demandes répétées de sa famille auprès des autorités sécuritaires et judiciaires d’Orumiyeh, aucune information concernant son sort n’a été reçue. Pendant toute cette période, il a été privé de visites familiales et de l’accès à un avocat. »

Concernant la procédure judiciaire, la source a déclaré : « Après la fin des interrogatoires, il a été transféré à la prison centrale d’Orumiyeh. Son dossier a d’abord été renvoyé devant la septième chambre du Bureau d’enquête du Parquet populaire et révolutionnaire d’Orumiyeh, présidée par le juge Soltanzadeh. Après la mise en accusation, il a été transmis à la première chambre du Tribunal révolutionnaire islamique d’Orumiyeh pour son procès. À l’issue de trois audiences, dont deux par visioconférence et une en personne, il a été condamné à mort en quelques minutes, sans avoir pu se défendre. Le verdict a été prononcé le 19 septembre 2024 et lui a été notifié en prison un mois plus tard, le 21 octobre 2024. »

Après le dépôt d’un appel par ses avocats, l’affaire a été renvoyée devant la Cour suprême, qui l’a transmise à sa neuvième chambre en février 2025. (ANF)

SYRIE. Documentation des crimes de guerre visant les Kurdes d’Alep

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SYRIE / ROJAVA – Des corps ensevelis sous des décombres et exécutions sommaires… L’Observatoire syrien des droits de l’homme a documenté certaines des atrocités commises par les gangs de Damas contre des civils du quartier kurde de Sheikh Maqsoud, à Alep, en janvier 2026.
 
L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH ou SOHR) a recueilli des témoignages choquants et accablants en provenance du quartier de Sheikh Maqsoud à Alep. Ces témoignages relatent les violations atroces subies par les civils lors des violents affrontements qui ont eu lieu en janvier dernier entre les forces du Gouvernement de transition et les Forces de sécurité intérieure (en kurde : Asayish), avant que les premières ne prennent le contrôle du quartier.
 
Un témoignage documenté indique que des hommes armés ont démoli un mur sur les corps de 17 civils, les ensevelissant complètement sous les décombres devant les maisons des habitants. Le mur a ensuite été reconstruit, masquant les lieux et dissimulant à nouveau les corps sous les décombres.
 
Par ailleurs, d’autres témoignages sur le terrain confirment que des individus armés ont lancé une grenade directement sur une voiture où des civils s’étaient réfugiés pour fuir les tirs nourris. Ces tirs ont entraîné leur mort et l’incendie du véhicule. Ces événements ont coïncidé avec des représailles généralisées, notamment des incendies et des actes de vandalisme visant des propriétés privées et des voitures appartenant aux habitants du quartier. Des bulldozers et des camions-bennes ont été utilisés pour ramasser un grand nombre de corps de civils et de militaires et les transporter de manière humiliante et inhumaine jusqu’au prétendu « Bureau de la charia », des pratiques que des sources décrivent comme des représailles contre la composante kurde de la région.
 
Concernant les violations individuelles, l’Observatoire syrien des droits de l’homme a recueilli un témoignage détaillant le cas d’un jeune homme abattu de sept balles près de l’école Yassin Yassin. Laissé pour mort, il a été conduit à l’hôpital au péril de sa vie par sa mère. Par la suite, une force affiliée au gouvernement intérimaire a pris d’assaut l’hôpital, l’a enlevé et emmené vers une destination inconnue. Son sort demeure inconnu à ce jour, suscitant de vives inquiétudes quant à sa vie et à celle de dizaines d’autres détenus et personnes disparues de force, arrêtés pendant et après les opérations militaires dans la région.
 
L’Observatoire syrien des droits de l’homme, en publiant ces atrocités et en les portant à l’attention de la communauté internationale et des organisations de défense des droits humains, exige une enquête immédiate et impartiale afin d’identifier les responsables de ce massacre et de la dissimulation des corps. Il appelle également à exercer des pressions sur les forces au pouvoir pour qu’elles révèlent le sort des disparus et cessent les violations visant les civils en raison de leur appartenance ethnique ou religieuse.

TURQUIE. Une adolescente kurde victime de mauvais traitements en prison

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TURQUIE – Une adolescente kurde de 16 ans arrêtée récemment pour avoir tressé ses cheveux en réaction à la profanation du corps d’une combattante kurde en Syrie a été soumise à une fouille à nu et jetée dans une cellule avec des enfants emprisonnées pour des délits graves qui l’ont agressée à leur tour. Ses avocats ont porté plainte contre les mauvais traitements subis par la jeune fille.

Un tribunal d’Izmir a rejeté l’appel d’une jeune fille de 16 ans arrêtée le 6 février pour des publications sur les réseaux sociaux soutenant les manifestations pour le port de tresses. Son avocat avait demandé sa libération après son inculpation pour « propagande en faveur d’une organisation terroriste [YPJ] ».

Selon son avocat, la jeune fille, lycéenne, a subi une fouille à nu après son placement au centre de détention pour mineurs de Şakran suite à son arrestation. Elle demeure en détention après que le deuxième tribunal correctionnel pour mineurs d’Izmir a statué le 17 février que de forts soupçons persistent sur la base des éléments de preuve recueillis lors de l’enquête.

Les accusations découlent de ses publications sur les réseaux sociaux, notamment une vidéo soutenant les manifestations de tressage de cheveux (en kurde : kezî), ​​qui ont émergé le mois dernier après qu’un membre armé du gouvernement intérimaire syrien ait été vu dans une vidéo exhibant la tresse d’une combattante kurde tuée à Raqqa et avec des propos moqueurs.

fouille à nu

S’adressant à bianet le 12 février, l’avocat Edhem Kuruş a déclaré que l’adolescente avait été soumise à des mauvais traitements, notamment à une fouille à nu.

« Elle vit dans un environnement extrêmement stressant, marqué par de fréquentes disputes et bagarres entre les enfants. Elle nous a raconté qu’on lui avait cogné la tête contre une surface en marbre et qu’elle avait subi une fouille à nu », a déclaré Kuruş. « Une enfant en pleine croissance ne devrait pas être exposée à un tel environnement. »

Il a ajouté que l’enfant avait été placé dans la même unité que d’autres personnes détenues pour des infractions liées à la drogue, au vol et aux agressions.

Le tribunal cite des « preuves concrètes »

Une fois l’acte d’accusation définitif, la défense a demandé la levée de la détention provisoire. Cependant, le tribunal d’Izmir a estimé que la présence de preuves concrètes et le risque de destruction de preuves ou de fuite de l’enfant justifiaient son maintien en détention.

Le procès devrait débuter le 3 mars.

La Cour constitutionnelle avait déjà statué en 2020 que le pouvoir accordé à la police de mener des « patrouilles virtuelles » en ligne était inconstitutionnel. Ce pouvoir, conféré en 2017 par un amendement à la loi sur les devoirs et pouvoirs de la police, autorisait les forces de l’ordre à obtenir des informations d’identité sur les internautes et à effectuer une surveillance en ligne dans le cadre d’enquêtes criminelles.

La Cour a déclaré la loi inconstitutionnelle, affirmant que les données personnelles sont protégées par la Constitution et que la police ne peut enquêter sur des individus qu’avec un mandat du procureur. Elle a conclu que la mesure n’était pas conforme aux normes d’une société démocratique.

TURQUIE. Un journaliste détenu pour avoir couvert une affaire liée à DAECH

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TURQUIE – Alican Uludağ, journaliste turc de Deutsche Welle (DW), a été arrêté pour ses publications liées aux décisions de justice concernant les suspects de l’attentat commis par DAECH à Istanbul en 2016. Il est accusé de « diffusion de fausses informations » et d’« insulte au président ». Depuis plusieurs années, le régime turc criminalise et ou étouffe toute voix critique et viole la liberté d’informer des journalistes, essentiellement ceux des médias kurdes.

Alican Uludağ, journaliste pour le service turc de la chaîne de télévision publique allemande Deutsche Welle (DW), a été arrêté hier soir pour avoir prétendument « diffusé de la désinformation » et « insulté le président » en raison de ses reportages et de ses publications sur les réseaux sociaux concernant l’affaire criminelle relative à l’attentat à la bombe perpétré par l’EI à l’aéroport Atatürk d’Istanbul en 2016, a annoncé le bureau du procureur général d’Istanbul.

Transféré à Istanbul hier, Alican Uludağ a été déféré aujourd’hui devant le tribunal d’instance avec une demande d’arrestation suite à son interrogatoire par le parquet.

Les reportages sur les verdicts des tribunaux sont considérés comme de la désinformation.

Uludağ, dans un reportage de décembre 2024 pour Now TV, a révélé que la Cour de cassation avait cassé les condamnations de six accusés condamnés à la réclusion à perpétuité aggravée à 46 reprises chacun, ainsi qu’à 2 604 années de prison.

Le 13e tribunal pénal d’Istanbul a condamné six individus pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel » et « meurtre avec préméditation », tandis qu’une septième personne a été condamnée à 12 ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste ».

La Cour de cassation a jugé les peines prononcées excessives. Elle a estimé que trois accusés auraient dû être reconnus coupables d’« appartenance à une organisation terroriste », un de financement du terrorisme et un autre de complicité d’attentat. Suite à cet arrêt, six des sept accusés ont été libérés le 12 décembre 2024.

Après la diffusion du reportage d’Uludağ, le Centre de lutte contre la désinformation de la Direction des communications a reconnu les diffusions, mais a affirmé que la décision ne s’appliquait pas aux principaux auteurs de l’attaque, considérant donc le reportage d’Uludağ qualifié de « désinformation ».

Condamnation de la RSF

Le représentant turc de Reporters sans frontières (RSF), Erol Öncerdoğlu, a condamné la détention d’Uludağ. « À l’heure où le pouvoir judiciaire cède aux pressions politiques, la détention du journaliste Alican Uludağ montre que la liberté de la presse en Turquie est confrontée à un avenir encore plus sombre », a-t-il déclaré. « Il a été arrêté simplement parce que ses enquêtes et ses critiques étaient dérangeantes. C’est tout. »

Au cours d’une carrière journalistique s’étalant sur près de deux décennies, Uludağ a principalement travaillé comme journaliste judiciaire, se concentrant sur les violations des droits de l’homme, les affaires de corruption et les procès très médiatisés.

Son travail a été récompensé par plusieurs prix, dont le prix Uğur Mumcu de journalisme d’investigation décerné par l’ Association des journalistes contemporains en 2019, le prix du reportage politique décerné par l’Association des journalistes turcs en 2020 et le prix Raif Badawi pour le journalisme courageux décerné par la Fondation Friedrich Naumann en 2021. (Bianet)

TURQUIE. Fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux ?

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TURQUIE / KURDISTAN – Le gouvernement turc va rendre obligatoire la vérification d’identité pour tout utilisateur des réseaux sociaux. Jusqu’à présent, le régime turc se contentait de censurer les comptes des utilisateurs kurdes ou ceux critiquant le gouvernement turc.

La Turquie se prépare à introduire une vérification d’identité obligatoire pour tous les utilisateurs des réseaux sociaux, a annoncé le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek.

« La vérification d’identité sera essentielle sur les réseaux sociaux. Si une personne publie un commentaire ou un message, son identité sera forcément connue. Elle ne le fera pas avec un faux compte ou un faux compte étranger sans vérification d’identité », a déclaré Gürlek dans une interview accordée au quotidien progouvernemental Yeni Şafak et publiée hier.

« Projet d’isolement numérique »

L’Association pour la liberté d’expression (İFÖD) a décrit le règlement proposé comme « un projet d’isolement numérique qui englobe toute la société ».

L’association a averti que cette réglementation détruirait l’anonymat sur Internet et pousserait les individus à l’autocensure par crainte d’être fichés.