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L’Iran pilonne l’opposition kurde au Kurdistan irakien

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IRAK / KURDISTAN — L’Iran a lancé une nouvelle attaque de drones mercredi matin contre des positions de l’opposition kurde iranienne au Kurdistan irakien, au moment même où Téhéran et Washington semblent proches d’un accord pour désamorcer les tensions.

Cette frappe intervient quelques heures seulement après une première attaque menée contre le camp de Sourdash, dirigé par le groupe Komala, dans le district de Dukan (province de Souleimaniye). Deux drones ont touché le site, causant des dégâts matériels sans faire de victimes.

Le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) a condamné une nouvelle agression du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI). Dans un communiqué, le parti indique que deux drones ont visé le camp de Girde Chal, près d’Erbil, tôt mercredi matin. Ce camp abrite principalement les familles des combattants du PDKI.

« Le CGRI, corps terroriste iranien, a mené des frappes de drone contre le camp de Girde Chal du PDKI », a déclaré le mouvement, dénonçant une campagne militaire soutenue contre des cibles non militaires : habitations civiles, dispensaires et salles de classe.

Contexte d’un accord en vue

Ces attaques surviennent alors que la Maison Blanche affirme être sur le point de conclure un mémorandum d’entente d’une page avec l’Iran, visant à mettre fin aux hostilités et à relancer les négociations sur le nucléaire, selon Axios.

Un cessez-le-feu avait été annoncé le 8 avril sous médiation pakistanaise. S’il a réduit l’intensité des combats, il n’a pas mis fin aux opérations ciblées, notamment dans la région kurde d’Irak.

Depuis le début du conflit fin février, les autorités kurdes ont recensé plus de 800 attaques de drones et de missiles iraniens jusqu’au 20 avril, faisant au moins 20 morts et plus de 120 blessés.

Kobanê : Les Kurdes dénoncent la marginalisation et l’arabisation rampante imposées par Damas

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SYRIE / ROJAVA – Les habitants du canton de Kobanê ont fermement condamné les récentes décisions administratives du gouvernement intérimaire syrien, prises sans aucune consultation de la population locale. Ils dénoncent particulièrement l’exclusion de la langue kurde et le changement des noms de lieux en arabe.

Mercredi, des dizaines d’habitants, d’étudiants et de professeurs de l’Université de Kobanê se sont rassemblés sur la place de La Femme Libre (Qada Jina Azad) pour lire une déclaration publique. Ils ont exprimé leur « profonde consternation » face à la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes et Damas, qu’ils jugent en totale contradiction avec l’esprit de partenariat promis.

Extraits de la déclaration :

« Ce que nous observons sur le terrain ne reflète ni un partenariat ni une intégration, mais plutôt l’imposition d’un fait accompli qui ignore la volonté de la population et ses droits légitimes. »

Les manifestants ont particulièrement dénoncé :

  • Le remplacement des noms kurdes par des noms arabes (Jalabiya, Serin, Sheikhlar, et le retour à « Ayn al-Arab » au lieu de Kobanê).

  • La marginalisation de la langue kurde dans l’espace public, notamment l’affichage du seul nom arabe du district de Jalabiya dans une région majoritairement kurde.

« Le nom Kobanê n’est pas une simple désignation géographique, mais une partie intégrante de notre identité culturelle et un symbole de notre résistance et de nos sacrifices. Toute tentative d’effacer ce nom constitue une attaque directe contre notre existence. »

Les habitants ont également exprimé une profonde colère concernant le maintien en détention de centaines de prisonniers de la région, près de quatre mois après l’accord, sans aucune mesure concrète de libération.

« Chaque jour, des mères attendent. Cette situation est une plaie ouverte dans le cœur de chaque foyer de Kobanê. Tant que nos fils resteront derrière les barreaux, il est vain de parler de construire une nouvelle Syrie. »

La déclaration rappelle que le respect des droits culturels, linguistiques et identitaires est un pilier de toute société pluraliste et démocratique, et constitue un droit inaliénable, non négociable.

Les habitants de Kobanê ont appelé le gouvernement intérimaire à revoir immédiatement ces mesures, à respecter l’esprit de l’accord et à associer réellement la population kurde aux décisions concernant son avenir. Ils ont également lancé un appel à la communauté internationale et à l’opinion publique syrienne pour qu’elles soutiennent leurs droits légitimes.

SYRIE. Les Druzes manifestent pour les disparus et les blessés de guerre

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SYRIE – Dans la ville druze de Soueïda, les familles des personnes disparues de force et les blessés de guerre lors des attaques sectaires menées par les gangs de Damas en 2025 ont manifesté mercredi sur la place al-Karama pour exiger la révélation du sort des disparus et une prise en charge digne des blessés (soins médicaux, médicaments et soutien financier).

Organisée par les proches des victimes et l’association « Frères de sang », cette veillée intervient dans le cadre d’un mouvement de protestation qui se poursuit depuis la fin de l’année dernière. Les manifestants ont brandi des banderoles réclamant la libération des détenus et la clarification du sort des disparus, tout en exposant des photos des victimes.

Les participants ont insisté sur le caractère purement humanitaire de leurs revendications, indépendamment de tout agenda politique. Ils ont appelé le gouvernement intérimaire syrien et les organisations internationales à fournir des réponses concrètes aux familles.

Thaer Azzam, l’un des blessés présents, a déclaré exiger la garantie des droits fondamentaux des blessés, notamment l’accès aux médicaments, aux soins et à un soutien financier. Il a averti que les manifestations se poursuivraient jusqu’à l’obtention de résultats tangibles.

Bahij Salam, l’un des orateurs de la veillée, a quant à lui souligné que « soutenir les blessés et révéler le sort des disparus constitue un devoir moral et humanitaire ».

Contexte

Ces actions s’inscrivent dans un mouvement plus large à Soueïda, marqué par des sit-in et des manifestations régulières exigeant la vérité sur les disparus et une prise en charge réelle des blessés, notamment depuis les attaques sectaires perpétrées en juillet dernier par des groupes islamistes liés à Damas contre la communauté druze.

Parallèlement, les familles des prisonniers kurdes capturés par les forces de Damas en janvier dernier organisent des manifestations quotidiennes dans plusieurs régions du nord et de l’est de la Syrie, réclamant leur libération immédiate.

PARIS. Exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme »

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PARIS – Depuis ce mardi, la médiathèque James Baldwin dans le 19e arrondissement accueille l’exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme », signée par le photographe Romain Rabier en collaboration avec l’anthropologue Estelle Amy de la Bretèque.

Un symbole de mémoire et de résilience

Jusqu’à l’offensive de l’État islamique le 3 août 2014 contre le mont Shengal en Irak, de nombreuses familles yézidies vivaient dans cette région. Après avoir fui dans la montagne puis trouvé refuge dans les camps du Kurdistan irakien, une centaine d’entre elles ont été accueillies en France, principalement dans la Drôme, entre 2017 et 2021.

Dans leurs maigres bagages, ils n’ont pu emporter que quelques objets chargés de sens. Parmi eux, les précieuses couvertures « Betanî » occupent une place particulière. Symbole de richesse et souvent offertes en dot dans les villages de Shingal, elles servaient traditionnellement de fond pour les portraits de mariage. Aujourd’hui, ces grandes couvertures polaires trônent dans chaque foyer yézidi de la Drôme, empilées soigneusement ou étendues sur les lits.

Un dispositif photographique intime

L’exposition « Betanî » prend ces couvertures comme fil conducteur. Chaque membre de la communauté yézidie (en kurde : Êzdî) a été photographié à son domicile, dans un studio mobile installé par les artistes. Libre de choisir sa couverture et sa mise en scène (vêtements, pose, attitude), chaque personne a pu se représenter comme elle le souhaitait.

À travers ces portraits et d’autres images, l’exposition explore les réalités de l’exil : le rapport à la terre, la mémoire, le travail, la langue et la transmission des traditions. Ce travail photographique s’inscrit dans le prolongement d’un ouvrage antérieur des deux auteurs.

Table ronde ce jeudi

Dans le cadre de l’exposition, une table ronde est organisée ce jeudi 7 mai à 19h à la médiathèque James Baldwin pour échanger autour des portraits et de la culture yézidie.

Avec :

  • Estelle Amy de la Bretèque, anthropologue au CNRS et autrice du livre « Le Collier de l’ange Paon » (Éditions Libel)

  • Farhad Shamo Roto, président de l’association Voice of Ezidis

  • Romain Rabier, photographe et réalisateur à l’agence Hans Lucas

ROJAVA. Les Kurdes exigent la libération des otages

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SYRIE / ROJAVA — Ce matin, les familles de détenus kurdes ont bloqué l’autoroute internationale M-4 à Til Temir (Tell Tamer) pour exiger la libération immédiate de leurs proches, dont la libération aurait été suspendue sur ordre de la Turquie.

Cette action intervient après que Damas a suspendu une partie des libérations prévues dans le cadre de l’accord d’intégration signé le 29 janvier 2026 avec les Forces démocratiques syriennes (FDS). Malgré plusieurs vagues de libérations (environ 200 en mars et près de 800 mi-avril), plusieurs centaines de détenus kurdes restent toujours aux mains du gouvernement intérimaire.

Les familles et les autorités kurdes accusent la Turquie d’exercer une forte pression sur Damas pour bloquer le processus. Des manifestations similaires ont eu lieu à travers le Rojava.

La question des prisonniers reste un point de tension majeur dans les négociations entre l’administration kurde et Damas.

IRAN. 16 ans après leur exécution, ils restent des symboles de la résistance kurde

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IRAN / ROJHILAT – Les commémorations des prisonniers politiques kurdes Farzad Kamangar, Shirin Alam-Houli, Farhad Vakili et Ali Heydarian exécutés le 9 mai 2010 interviennent dans un contexte particulièrement sombre pour l’Iran. Répression accrue, climat sécuritaire tendu et vagues d’arrestations massives marquent une nouvelle fois la réalité politique du pays.

Ces dernières années, des milliers de personnes ont été arrêtées et condamnées, souvent sous les chefs d’accusation de « moharebeh » (inimitié envers Dieu), « rébellion » ou « collaboration avec l’ennemi ». Selon les organisations de défense des droits humains, ces procès manquent cruellement d’équité et de preuves. La peine de mort, loin de reculer, est utilisée comme instrument de terreur et de contrôle social. En moins de deux mois, au moins 28 prisonniers politiques ou accusés d’atteintes à la sûreté de l’État ont été exécutés.

Le 9 mai 2010 : une exécution secrète

Ce jour-là, les quatre militants kurdes ont été pendus en secret à la prison d’Evin, sans que leurs familles ni leurs avocats n’en soient informés. Condamnés à mort à l’issue de procès jugés iniques par leurs défenseurs et les ONG internationales, ils étaient principalement accusés de « moharebeh » et de liens présumés avec l’opposition, accusations qu’ils ont toujours réfutées.

Farzad Kamangar, enseignant à Kamyaran, a proclamé son innocence jusqu’à la fin. Dans ses lettres émouvantes, il parlait d’éducation, d’espoir et d’égalité. Shirin Alam-Houli a dénoncé les tortures subies pour lui arracher des aveux. Des témoignages similaires existent pour Farhad Vakili et Ali Heydarian.

Les familles n’ont été ni prévenues ni autorisées à voir les corps. Les dépouilles n’ont jamais été restituées et les lieux d’inhumation restent inconnus à ce jour, infligeant une douleur supplémentaire et permanente.

Un symbole de résistance

Seize ans plus tard, ces exécutions restent l’une des violations les plus choquantes des droits humains en Iran. Elles avaient provoqué à l’époque une vague inédite de manifestations et de grèves au Kurdistan iranien, ainsi que de vives condamnations internationales d’Amnesty International et Human Rights Watch.

Aujourd’hui, plusieurs prisonniers politiques kurdes sont toujours menacés d’exécution, parmi lesquels Pakhshan Azizi, Hatem Ozdemir, Yousef Ahmadi, Raouf Sheikh-Maroufi et Mohammad Faraji. Le cas de Warisha Moradi et celui de Zeinab Jalalian, dont la peine de mort a été commuée en perpétuité, rappellent que le danger persiste.

Pakhshan Azizi, Hatem Ozdemir, Yousef Ahmadi, Raouf Sheikh-Maroufi et Mohammad Faraji

Les lettres et écrits de Farzad Kamangar et Shirin Alam-Houli continuent d’être lus et de porter des messages d’espoir, de dignité et d’égalité. Ils inspirent toujours celles et ceux qui luttent contre l’oppression.

 

prisonnières kurdes Warisha Moradi et Pakhshan Azizi

Le 9 mai n’est pas seulement une date commémorative. C’est le rappel d’un cycle de répression qui se poursuit et un cri exigeant l’abolition de la peine de mort, des procès équitables et le respect des droits fondamentaux en Iran.

prisonnière politique kurde, Zeinab Jalalian

 

Le Royaume-Uni relance la stratégie Sykes-Picot au Moyen-Orient

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Le Royaume-Uni renforce sa présence militaire et stratégique au Moyen-Orient afin de protéger ses intérêts énergétiques.

Le discours du roi Charles III devant le Congrès américain, prononcé lors de sa visite d’État du 27 au 30 avril, a été l’un des événements les plus suivis depuis le début de la guerre contre l’Iran. Il s’agissait du premier discours royal de ce type depuis celui de la reine Élisabeth II en 1991. Face à « une période de grande incertitude », Charles III a déclaré : « Alors que les conflits s’étendent de l’Europe au Moyen-Orient, la communauté internationale est confrontée à d’immenses défis. Nous vivons dans une nouvelle ère, plus instable et plus dangereuse que celle dont parlait ma défunte mère dans cette même enceinte en 1991. Les défis sont trop importants pour qu’une seule nation puisse les relever seule. » Cette « ère nouvelle et dangereuse » s’accompagne d’une politique britannique de « diviser pour mieux régner » au Moyen-Orient, particulièrement visible dans le contexte de la guerre contre l’Iran.

Le plan de « participation limitée » de Keir Starmer

Après le déclenchement de la guerre le 28 février par les États-Unis et Israël, le conflit s’est rapidement étendu aux pays du Golfe, à l’Irak, au Kurdistan du Sud et au Liban. Le 1er mars, le Premier ministre Keir Starmer a autorisé l’utilisation des bases britanniques de Fairford et de Diego Garcia pour des opérations « défensives ». Pourtant, le lendemain, il a affirmé devant le Parlement que le Royaume-Uni ne participerait pas au conflit et rejetait l’idée d’un « changement de régime par les airs ». Tout en maintenant l’alliance avec Washington, Starmer a multiplié les actions : déclaration commune avec la France et l’Allemagne condamnant les attaques iraniennes, interception de drones et missiles iraniens par l’aviation britannique au-dessus du Qatar, de la Jordanie, de l’Irak et de Chypre, déploiement de quatre avions de chasse supplémentaires au Qatar, d’hélicoptères Wildcat à Chypre et du destroyer Type 45 HMS Dragon. Ces déploiements s’ajoutent à la présence déjà renforcée depuis janvier-février. Pour Londres, l’enjeu est clair : sécuriser ses intérêts énergétiques, ses exportations d’armement et ses flux financiers dans le Golfe, tout en maintenant des bases stratégiques à Chypre (Akrotiri et Dhekelia) en Méditerranée orientale.

Hormuz : une diplomatie active sans les États-Unis

Face à la crise du détroit d’Ormuz, le Royaume-Uni a pris la tête d’une initiative européenne et internationale. Le 19 mars, une déclaration commune de 36 pays dont le Royaume-Uni s’est engagée pour la sécurité maritime. Le 2 avril, Londres et Paris ont co-organisé un sommet réunissant plus de 40 pays. Malgré des tensions avec l’administration Trump, notamment sur le blocus des ports iraniens, Starmer a maintenu sa ligne : « Ce n’est pas notre guerre. » Le Royaume-Uni a parallèlement travaillé à une mission de défense multinationale post-cessez-le-feu, tout en poussant les pays du Golfe à développer des alternatives au détroit d’Ormuz.

Tournée éclair dans le Golfe

Du 8 au 10 avril, Keir Starmer a effectué une visite express dans le Golfe : Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn et Qatar. Au programme : maintien du cessez-le-feu, coopération en matière de défense et nouveaux accords économiques. Durant le conflit, le Royaume-Uni a livré des systèmes de défense aérienne (Sky Sabre en Arabie saoudite, Rapid Sentry et ORCUS au Koweït), des missiles au Bahreïn et renforcé la flotte de Typhoon du Qatar.

Partenariat stratégique avec la Turquie

Le 23 avril, la Turquie et le Royaume-Uni ont signé à Londres un « Document-cadre de partenariat stratégique ». Signé par Hakan Fidan et Yvette Cooper, ce texte renforce la coopération en matière de défense, d’industrie, d’opérations conjointes et de renseignement. Cet accord, perçu comme une alliance contre les aspirations kurdes, intervient après la vente de 20 Eurofighter à la Turquie (avec un rôle britannique dans l’approbation allemande). Ankara souhaite également acquérir 24 appareils d’occasion supplémentaires.

Le retour de la politique coloniale

En déployant massivement ses forces dans le Golfe et en se rapprochant de la Turquie, le Royaume-Uni réactive la logique qui a présidé à l’accord Sykes-Picot de 1916 et au traité de Lausanne : morceler la région, diviser le Kurdistan et empêcher l’autodétermination des peuples, notamment kurde, au nom de la « stabilité » et de la « sécurité énergétique ».

Par Gurbet Sarya, pour ANF

 

 

TURQUIE. La misère des Kurdes du quartier d’Oglakli à Diyarbakır

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TURQUIE / KURDISTAN – Le nouveau quartier d’Oglakli, dans la province kurde de Diyarbakır (Amed), se transforme rapidement en zone de relégation sociale. Drogue, prostitution et influence des groupes islamistes radicaux y progressent dans un contexte de marginalisation accélérée.

Suite aux séismes dévastateurs de février 2023 centrés sur Maraş (Mereş), Diyarbakır a été durement touchée, particulièrement les quartiers de Bağlar, Huzurevleri et Sur (Sûr). Plus de 400 personnes y ont perdu la vie et des milliers de bâtiments ont été démolis. Pour reloger les sinistrés, l’Administration du logement public (TOKİ) a construit en urgence, à partir de 2023, de vastes complexes résidentiels le long de la route de Siverek (Sêwêreg). Livrés environ un an plus tard, ces ensembles sont en passe de devenir un nouveau quartier, voire un futur district.

Une transformation démographique massive et incontrôlée

Ces complexes portent sur un total de 14 000 logements. Dans les phases déjà occupées, environ 42 000 personnes y résident déjà ; ce chiffre devrait atteindre 70 000 une fois tous les bâtiments livrés. La moitié des habitants sont propriétaires, l’autre locataires. Situé en périphérie de la ville, le quartier connaît une mutation sociale brutale qui inquiète ses résidents.

Selon de multiples témoignages recueillis sur place, la drogue et la prostitution se sont fortement développées. Plusieurs sources locales pointent également la mainmise politique du Parti de la justice et du développement au pouvoir (AKP) sur la gestion des sites.

Gestion AKP et clientélisme

Les habitants décrivent un système de gestion interne dominé par l’AKP : « Ce complexe compte 55 immeubles et environ 1 900 appartements. La direction est assurée par un directeur et un comptable proches du parti [AKP fondé par l’actuel président turc Erdogan]. Pour travailler ici, à n’importe quel poste, l’adhésion à l’AKP est obligatoire. Les non-membres sont exclus. La famille Ensarioğlu semble également jouer un rôle central dans les nominations et la gestion. Pourtant, les problèmes quotidiens des résidents restent largement ignorés. »

Prostitution, drogue et montée des groupes islamistes radicaux

Le quartier attire une importante population conservatrice et voit s’implanter des groupes islamistes radicaux. « Ils organisent des réunions dans les maisons et mènent des actions très structurées. Certains habitants accrochent même des drapeaux de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) à leurs balcons », témoignent des résidents.

Beaucoup de jeunes proviennent de quartiers autrefois politiquement mobilisés. Ils se dépolitisent rapidement sous l’effet combiné de la drogue, de la précarité et de l’absence d’espaces sociaux ou culturels. Les loyers, moins élevés qu’en centre-ville, attirent également des réseaux de prostitution qui opèrent notamment dans les caves et les espaces abandonnés.

Un quartier à l’abandon

Les infrastructures restent insuffisantes et l’entretien minimal : « On dirait une zone délaissée. La municipalité passe juste ramasser les ordures et repart. Il y a très peu d’espaces sécurisés malgré la forte densité. Ni la municipalité ni les administrations locales ne semblent prendre la mesure du problème. Ce quartier ne peut pas être laissé à l’abandon. » (ANF)

SHENGAL. Sauvetage d’une Yézidie kidnappée à l’âge de 7 ans

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SHENGAL – Une fillette yézidie kidnappée par DAECH lors du génocide yézidi commis à Shengal en août 2014 s a été sauvée et ramenée à Shengal.

La jeune Yézidie Jamila Bapir a enfin retrouvé la liberté. Enlevée en août 2014 à l’âge de 7 ans lors du génocide des Yézidis à Shengal, elle vient d’être libérée après plus de onze années de captivité.

Elle a déclaré à Rudaw : « Je suis profondément reconnaissante de cet accueil chaleureux, merci à Dieu », s’exprimant notamment en arabe plutôt qu’en kurde, sa langue maternelle.

Originaire de Tel Qasab, elle a été arrachée à sa famille par les combattants de l’EI. Après des années de souffrance, elle a pu être sauvée en Syrie par le Bureau de sauvetage des Yézidis enlevés, rattaché à la présidence de la région du Kurdistan et a retrouvé les siens à Shengal.

Cinq membres très proches de sa famille, dont sa mère et quatre frères et sœurs, ont également été libérés ces dernières années et vivent aujourd’hui à l’étranger. Son père, lui, reste porté disparu.

Plus de 2 000 Yézidis et Yézidies sont encore considérés comme disparus depuis le génocide de 2014. Certains ont été assassinés et gisent dans les charniers d’Irak ; d’autres croupissent toujours en captivité. Régulièrement, des femmes et des enfants yézidis sont encore retrouvés en Syrie, souvent dans d’anciens camps de l’EI ou chez les familles de ses partisans.

L’histoire de Jamila rappelle l’horreur absolue que l’EI et son idéologie ont infligée aux femmes et aux filles yézidies : esclavage sexuel, conversions forcées, séparation des familles et tentatives systématiques d’anéantissement d’une communauté entière.

Campagne de crowdfunding pour la sortie d’un EP kurde

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TOULOUSE – Le groupe de rock psychédélique kurde basé à Toulouse, Mîrkut a lancé un appel au financement participatif pour son premier EP « Kevok im » (Je suis la colombe).

Le groupe Mîrkut fait appel à votre soutien pour financer la sortie de son premier mini-album « Kevok im ». Avec un objectif de 5 000 €, cette campagne permettra de finaliser l’enregistrement, le mixage et le mastering des 5 morceaux restants, ainsi que le pressage des CD physiques.

Mîrkut puise son répertoire dans le collectage de chants kurdes traditionnels, riches d’histoires de résistance, d’amour et d’amitié. À cette matière première vivante, il ajoute un regard profondément personnel à travers de nouvelles compositions originales.

Inspiré par les codes des danses (govend) et des musiques traditionnelles kurdes, Mîrkut porte un regard critique et lucide sur le monde contemporain, ainsi que sur les sociétés kurde et française. Entre les héritages de Şeîd Gabarî et Sivan Perwer, la transe psychédélique d’Altın Gün et la puissance blues-rock de Bab L’Bluz, le groupe forge un univers singulier où l’esprit rock et les transes orientales deviennent le leitmotiv d’une nouvelle aventure musicale incandescente.
 

À quoi servira votre contribution ?

  • Enregistrement, mixage et mastering des titres restants

  • Pressage CD

  • Réalisation de visuels et clips

  • Salaires des musiciens

  • Graphisme, merch et droits SACEM/SDRM

Mîrkut, né dans les ruelles de Toulouse, est un projet musical engagé et hybride. Porté par une pensée révolutionnaire qui prône la paix et la liberté, le groupe puise dans le riche répertoire des chants kurdes traditionnels (Govend, Dengbêj, Sevbêrî) tout en y apportant des compositions originales. Entre tradition et modernité, Mîrkut porte un regard critique sur les sociétés kurde et française, avec une énergie rock, groove et trance orientale.

Influences : Car Newa, Se’îd Gabarî, Sivan Perwer, Altın Gün, Bab L’Bluz

Membres du groupe Mirkut :

  • Genco Selwa – Voix & Tenbûr électrique (Saz)
  • Marylou Tessier-Mikalef – Chœurs & Ney
  • Samir Laroche – Chœurs & Claviers/Synthés
  • Menad Moussaoui – Chœurs & Basse
  • Stéphane Gratteau – Chœurs & Batterie

    Lien pour participer au financement d’EP sur Hello Asso : « Kevok im »

Crédit photo : Carla Dacal

IRAN. Manifestations anti-régime : 30 condamnations à mort et 13 exécutions

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IRAN / ROJHILAT – Près de trois mois après le massacre de civils lors des manifestations du début de l’année, le pouvoir judiciaire iranien a lancé une vaste campagne de condamnations à mort et d’exécutions visant les personnes arrêtées pendant les troubles.

Selon les données compilées par le Centre de statistiques et de documentation de l’ONG kurde Hengaw, au moins 3 500 personnes ont été tuées et près de 40 000 arrêtées lors de la répression des manifestations.

Hengaw révèle qu’au moins 30 personnes arrêtées pendant les protestations ont été condamnées à mort à l’issue de procès inéquitables. Treize d’entre elles ont déjà été exécutées en secret dans les prisons de Qom, Karaj (Ghezel Hesar), Mashhad et Ispahan. Plusieurs autres détenus ont été inculpés de moharebeh (« guerre contre Dieu »), un chef d’accusation qui les expose à la peine capitale.

L’organisation exprime sa profonde inquiétude face aux conditions de détention et dénonce la coupure délibérée d’internet imposée par l’État, qui a gravement entravé le signalement et la documentation des violations. Dans de nombreux cas, l’identité des manifestants n’a été révélée qu’après leur exécution secrète, sans aucune information préalable sur leur arrestation ou leur sort. Ces condamnations à mort ont été prononcées et mises à exécution avec une rapidité extrême, en totale violation des garanties élémentaires d’un procès équitable. Des dizaines d’autres prisonniers restent sous la menace d’une exécution imminente.

Manifestants exécutés en secret

19 mars 2026 – Prison centrale de Qom :

  • Saleh Mohammadi (19 ans), Mehdi Ghasemi, Saeed Davoudi.

4 avril 2026 – Prison de Ghezel Hesar (Karaj) :

  • Amir Hossein Hatami (18 ans), Shahin Vahedparast Kalvar (30 ans).

5 avril 2026 – Prison de Ghezel Hesar :

  • Mohammadamin Biglari (19 ans), Ali Fahim (23 ans).

21 avril 2026 – Prison de Ghezel Hesar :

  • Amirali Mirjafari.

25 avril 2026 – Prison centrale d’Ispahan :

  • Erfan Kiani.

30 avril 2026 – Prison centrale d’Ispahan :

  • Sasan Azadvar (23 ans, Lor).

3 mai 2026 – Prison centrale de Mashhad :

  • Ebrahim Dolatabadi, Mehdi Rasouli (25 ans, originaire de Kashmar), Mohammadreza Miri (21 ans).

Manifestants condamnés à mort

Au moins 30 prisonniers ont été condamnés à mort par les chambres 15 et 26 du Tribunal révolutionnaire de Téhéran (présidées respectivement par les juges Abolghasem Salavati et Iman Afshari), ainsi que par les tribunaux révolutionnaires de Qom, Mashhad, Ispahan et Shiraz. Treize d’entre elles ont déjà été exécutées. Voici la liste des personnes condamnées à mort identifiées à ce jour :

  1. Mohammadamin Biglari (19 ans, Téhéran)

  2. Mohammad Abbasi (55 ans, Malard)

  3. Saleh Mohammadi (19 ans, Qom)

  4. Mehdi Ghasemi (Qom)

  5. Saeed Davoudi (Qom)

  6. Amir Hossein Hatami (18 ans, Téhéran)

  7. Ali Fahim (23 ans, Téhéran)

  8. Shahab Zahedi (Téhéran)

  9. Abolfazl Salehi Siavashani (Téhéran)

  10. Yaser Rajaeifar (Téhéran)

  11. Shahin Vahedparast Kalvar (30 ans, Téhéran)

  12. Mohammadreza Majidi Asl (Téhéran)

  13. Bita Hemmati (Téhéran)

  14. Behrouz Zamaninejad (Téhéran)

  15. Kourosh Zamaninejad (Téhéran)

  16. Erfan Kiani (Ispahan)

  17. Maryam Hedavand (Pakdasht)

  18. Matin Mohammadi (Pakdasht)

  19. Erfan Amiri (Pakdasht)

  20. Ehsan Hosseinipour Hesarloo (19 ans, Pakdasht)

  21. Amirali Mirjafari (Téhéran)

  22. Ebrahim Dolatabadi (Mashhad)

  23. Sasan Azadvar (23 ans, Ispahan)

  24. Mohammadreza Tabari (50 ans, Borujerd)

  25. Mehdi Rasouli (25 ans, Kashmar)

  26. Mohammadreza Miri (21 ans, Mashhad)

  27. Hamidreza Fathi (Marvdasht)

  28. Abdolreza Fathi (Marvdasht)

  29. Hamidreza Sabetray (Marvdasht)

  30. Saeed Zarei Kordshouli (31 ans, Marvdasht)

Avertissement de Hengaw

Hengaw met en garde contre le risque d’exécutions imminentes pour les personnes figurant sur cette liste et souligne que des dizaines d’autres détenus, souvent non identifiés, sont exposés au même danger. Ces prisonniers sont maintenus dans des conditions de disparition forcée, sur la base d’accusations de sécurité fabriquées, et sont jugés selon des procédures manifestement inéquitables, sans accès à une défense effective.

L’organisation tient les institutions judiciaires et sécuritaires de la République islamique d’Iran directement responsables de ces exécutions extrajudiciaires.

Hengaw appelle la communauté internationale, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et toutes les organisations de défense des droits humains à rompre le silence. Elle demande une intervention urgente, notamment des pressions diplomatiques fortes pour imposer un moratoire immédiat sur les exécutions, la libération des prisonniers politiques et l’envoi de délégations internationales d’enquête dans les prisons iraniennes.

Le rétablissement de l’accès libre à internet doit également constituer une exigence non négociable dans toute discussion avec les autorités iraniennes. Le silence face à ces crimes équivaut à une complicité avec la machine répressive du régime.

SYRIE. Menaces contre les familles d’otages kurdes qui cherchent leurs proches

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SYRIE / ROJAVA – Plusieurs familles d’otages kurdes se sont rendues à Alep dans l’espoir de revoir leurs proches ou d’obtenir des informations sur leur sort. Les autorités du gouvernement intérimaire syrien les en ont empêchées et les ont dispersé.

Des proches de prisonniers des Forces démocratiques syriennes (FDS) détenus par Damas ont indiqué que de nombreuses familles s’étaient déplacées à Alep il y a plusieurs jours, se présentant directement aux prisons où leurs proches sont incarcérés grâce aux informations obtenues en échange des pots-de-vin versés aux membres du régime syrien.

Les forces de sécurité intérieure d’Alep leur ont toutefois interdit toute rencontre, visite ou même communication avec leurs proches. Selon les témoignages, les agents les ont menacés d’arrestations s’ils ne se dispersaient pas immédiatement.

Plusieurs d’entre eux, dont certains ont réussi à obtenir des informations en contactant leurs familles ou en versant des pots-de-vin, ont déclaré à l’agence de presse ANHA qu’il existe deux principaux centres de détention à Alep : la branche de la Sécurité militaire, située près du rond-point al-Basel, et l’ancienne branche de la Sécurité politique, dans le quartier d’Al-Suleimaniyeh.

Ils ont également fait état d’une prison secrète aménagée au sous-sol d’un bâtiment situé entre la mosquée Rahman et le stade du Bien-être de la Jeunesse, ainsi que d’autres sites clandestins, notamment dans des halls du quartier de Shaqif, au nord de Sheikh Maqsoud. L’emplacement exact de plusieurs autres prisons reste inconnu.

Des prisons supplémentaires ont été signalées à Manbij, à Homs et à al-Aqtan, où sont détenus des prisonniers civils et militaires originaires de la région.

Réactions officielles

Le vice-ministre de la Défense du gouvernement intérimaire syrien pour la région orientale, Sipan Hamo a déclaré dans une récente interview à l’agence ANHA : « Le jour où l’intégration a été annoncée, tout le monde aurait dû être libéré des prisons sans aucun versement. » Il a jugé « contraire à l’éthique » de lier la question des otages à des pressions politiques.

De son côté, Ahmed al-Hilali, porte-parole de l’équipe présidentielle chargée de la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, a affirmé dans un communiqué récent que la question des prisonniers serait « bientôt résolue ». (ANHA)