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IRAN. Les frappes israélo-américaines tuent 21 civils kurdes, dont des enfants

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IRAN / ROJHILAT – Le conflit opposant l’Iran à l’axe israélo-américain transforme le Kurdistan en un champ de tir où les civils paient le prix fort.  Des deux côtés des frontières divisant le Kurdistan entre l’Iran et l’Irak, les Kurdes sont devenus les premières victimes d’une guerre qu’ils n’ont ni provoquée, ni demandée.

Selon les informations recueillies par l’organisation de défense des droits humains Hengaw, au moins 21 civils kurdes, dont des enfants et une femme enceinte, ont été tués lors des dernières frappes aériennes. Pris entre les fronts de cette guerre qu’ils n’ont ni provoquée ni demandée, les Kurdes sont les premières victimes des bombardements visant les infrastructures militaires du régime de Téhéran.

Un bilan humain accablant au Rojhelat

Les frappes de la coalition ciblent les garnisons du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et les sites de sécurité stratégiquement implantés au cœur des zones résidentielles. Cette imbriquement délibérée des forces iraniennes dans le tissu civil transforme chaque foyer en cible potentielle. L’identité des victimes confirmées par Hengaw illustre la brutalité de ces « dommages collatéraux » :

  • Paveh : Asaad Mohammadi (60 ans), vendeur de fruits, tué lors du bombardement du commissariat.

  • Kamyaran : Mahan Zarei (14 ans), collégien, mort lors de l’attaque d’un poste de police.

  • Ravansar : Hasti Mohammadi (16 ans), tuée par des éclats lors de frappes sur des sites de sécurité.

  • Zones rurales : Shaho Bahrami a perdu la vie dans le village de Dezli suite à des frappes visant une base du CGRI.

Ces noms s’ajoutent aux 10 autres civils précédemment recensés à Divandarreh, Marivan et Bukan.

Le Kurdistan attaqué par l’Iran et ses proxis

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IRAK / KURDISTAN – Alors que les tensions entre l’Iran et Israël s’exportent au Moyen-Orient, le Kurdistan irakien subit une agression d’une violence inouïe. Depuis le début du mois de mars 2026, Téhéran et les milices chiites irakiennes multiplient les tirs de missiles et de drones contre Erbil et les zones frontalières, transformant le territoire kurde en un champ de bataille.

Une pluie de missiles et un sabotage des communications

Le 1er mars 2026 a marqué le début d’une offensive d’une intensité rare. Plus de 70 missiles et drones ont visé la capitale, Erbil, en seulement trois jours. Au-delà des zones résidentielles, une nouvelle stratégie d’isolement a été mise en place : l’Iran cible désormais les infrastructures vitales. Ce matin même, huit drones ont frappé les tours de télécommunications sur la montagne Zimnako, près de Darbandikhan. Ces attaques systématiques contre les sommets montagneux visent à couper le Kurdistan du reste du monde.

Le silence complice de Bagdad et de la communauté internationale

Le plus tragique reste l’absence totale de réaction concrète. Le gouvernement de Bagdad assiste à la violation systématique de sa souveraineté sans lever le petit doigt, laissant le Kurdistan seul face aux proxis irakiens de l’Iran qui opèrent pourtant sur son propre sol.

De son côté, la communauté internationale se mure dans un silence assourdissant. Entre condamnations de pure forme et passivité diplomatique, aucune mesure n’est prise pour stopper les Gardiens de la Révolution. Les Kurdes sont les victimes oubliées d’un conflit régional global, leur sécurité sacrifiée sur l’autel des intérêts géopolitiques des grandes puissances.

Un peuple sans protection

Cette impunité totale permet à l’Iran d’utiliser le Kurdistan comme un exutoire. Faute de protection internationale et de soutien de l’État irakien, le peuple kurde paie le prix fort pour des tensions coloniales dont il n’est pas l’acteur.

Afrin : Début du rapatriement pour 400 familles déplacées

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SYRIE / ROJAVA – Ce 9 mars marque une étape important pour les Kurdes d’Afrin. Environ 400 familles, réfugiées à Qamishlo et Hassaké, entament leur retour vers les districts de Shiyeh, Jindires et Mobata, dans le canton d’Afrin. Ce premier convoi massif, organisé par le Conseil des personnes déplacées d’Afrin-Shahba, mobilise des dizaines de bus et de camions pour ramener les citoyens sur leurs terres.

Cependant, ce retour s’effectue dans un climat de tension extrême. Bien que les familles aspirent à retrouver leurs foyers, la région d’Afrin reste sous le contrôle de milices affiliées à la Turquie. Ces groupes armés continuent de faire peser une menace constante sur les populations kurdes, entre arrestations arbitraires, massacres et spoliations, rappelant l’injustice persistante subie par les habitants de ce canton occupé.

IRAK. Des milices pro-iraniennes menacent le Kurdistan du Sud

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IRAK / KURDISTAN – La tension monte d’un cran en Irak. Le groupe paramilitaire « Résistance islamique en Irak », inféodé à Téhéran, a ouvertement menacé de frapper le Kurdistan d’Irak. Cette alliance de milices chiites annonce vouloir cibler des sièges de partis politiques kurdes, des bases militaires et des infrastructures économiques stratégiques.

L’ombre de Téhéran

Ces menaces font suite aux accusations portées par les milices contre les autorités kurdes, soupçonnées de soutenir les groupes d’opposition du Kurdistan oriental (Rojhilat). Selon le communiqué des paramilitaires, ces opposants bénéficieraient d’un appui logistique pour mener des opérations en territoire iranien, une allégation fermement rejetée par Erbil.

Une escalade régionale

Ce nouveau palier dans l’agression contre le peuple kurde s’inscrit dans un contexte de guerre régionale impliquant l’Iran et ses relais. Depuis février, Erbil et Souleimaniye subissent déjà des frappes régulières de drones. En visant désormais l’économie et les structures civiles, la « Résistance islamique » cherche à asphyxier une région déjà éprouvée par l’instabilité, illustrant une fois de plus l’injustice systémique dont souffre le Kurdistan face aux puissances régionales.

ISTANBUL. Marche féministe contre le patriarcat et la guerre

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ISTANBUL – Hier soir, des milliers de femmes ont défilé à Istanbul pour la 24e Marche nocturne féministe, organisée par les collectifs turcs et kurdes. Le soir du 8 mars 2026, les rues de Beyoğlu ont vibré au cri de « Jin, Jiyan, Azadî » (femme, vie, liberté), liant la lutte pour les droits des femmes à la résistance contre la guerre et le patriarcat.

Un cri de ralliement transfrontalier

Au rythme des sifflets et des chants, le slogan « Jin, Jiyan, Azadî » a résonné aux côtés de « Le féminicide est politique ». Le cortège a manifesté une solidarité active avec la révolution des femmes au Rojava, liant le sort des femmes turques à celui de leurs sœurs kurdes et dénonçant l’injustice de la guerre qui ravage la région.

Contre l’instrumentalisation des droits des femmes

Lors du rassemblement à Cihangir, une déclaration trilingue (kurde, turc, arabe) a fermement condamné les politiques géopolitiques actuelles :

  • Refus du « fémonationalisme » : Les militantes ont rejeté la légitimation des interventions militaires, que ce soit en Iran ou par Israël, lorsqu’elles sont menées au nom de la « libération des femmes ».

  • Solidarité régionale : Un hommage a été rendu aux femmes palestiniennes et syriennes subissant les violences de guerre.

« Ce système va changer »

Le manifeste final a ciblé l’impunité des auteurs de violences patriarcales et la remise en question constante des droits fondamentaux (divorce, avortement, pensions). En proclamant « Notre libération réside dans le féminisme », les participantes ont rappelé que seule la solidarité internationale permettra de construire un monde fondé sur l’égalité et la paix. (ANF)

IRAN. Le massacre des femmes en chiffres

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IRAN / ROJHILAT – Lors des manifestations de janvier 2026, au moins 250 femmes ont été tuées à travers le pays, y compris dans les régions kurdes (Rojhilat ou Kurdistan de l’Est). Par ailleurs, en 2025, 55 femmes ont été exécutées, 182 femmes ont été arrêtées et 80 autres ont été condamnées à des peines de prison, de flagellation ou de mort. À ces chiffres s’ajoutent 207 cas de féminicides enregistrés à travers le pays sur la même période.

Rapport Hengaw 2026 : Un bilan tragique pour les femmes en Iran

À l’occasion du 8 mars 2026, l’organisation de défense des droits humains Hengaw a publié un bilan statistique alarmant. Le rapport documente une répression d’État sans précédent et une persistance critique des violences de genre à travers tout l’Iran.

Un début d’année 2026 marqué par le sang

Les manifestations de janvier 2026 ont été violemment réprimées. Hengaw rapporte qu’au moins 250 femmes ont été tuées par balles, dont 25 adolescentes. À ce jour, l’identité de 204 victimes a été formellement vérifiée. Les provinces de Téhéran (61 tuées) et d’Ispahan (29 tuées) sont les plus endeuillées. Parmi les cibles identifiées figurent de nombreuses étudiantes, des enseignantes et du personnel médical.

2025 : Année record pour les exécutions

L’année 2025 a marqué un sombre record avec l’exécution de 55 femmes dans les prisons iraniennes, le chiffre le plus élevé de ces 25 dernières années.

  • Opacité judiciaire : Seules 7 % de ces exécutions ont été annoncées par les médias officiels, et plusieurs ont eu lieu en secret.

  • Minorités ciblées : Les femmes issues des minorités ethniques (Kurdes, Turques, Lors et Gilaks) sont particulièrement représentées parmi les condamnées.

Judiciarisation de l’activisme et féminicides

Le système judiciaire continue d’être utilisé comme un outil de pression politique. En 2025, 80 militantes ont été condamnées à des peines d’emprisonnement (totalisant plus de 354 ans), de flagellation ou à la peine de mort (notamment pour Nasimeh Eslamzehi et Zahra Shahbaztabari). Parallèlement, 182 arrestations arbitraires ont été recensées, touchant majoritairement des femmes baha’ies et kurdes.

Enfin, la violence domestique et sociale reste endémique avec 207 féminicides enregistrés en 2025. Le rapport souligne que 14,5 % de ces meurtres sont liés à des crimes dits « d’honneur », souvent perpétrés par des proches (époux, pères, frères) dans un contexte législatif qui peine à protéger les victimes.

Focus sur le Kurdistan

Au Kurdistan, la répression est double : au moins 24 femmes kurdes ont été tuées lors des manifestations de janvier (dont 3 mineures) et 50 autres ont été arrêtées. En 2025, 30 cas de féminicides ont également été documentés dans les provinces kurdes, témoignant d’une insécurité persistante tant politique que civile.

PARIS. Cortège féministe kurde lors du défilé du 8 mars

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PARIS — À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le mouvement des femmes kurdes a pris une place centrale dans la manifestation parisienne, reliant les revendications sociales hexagonales aux luttes de libération au Moyen-Orient.

Le Rojhilat en tête de cortège

Le défilé a été marqué par la présence massive des femmes originaires du Kurdistan d’Iran (Rojhilat), terre natale de Jina Mahsa Amini. En tête du cortège du Mouvement des femmes kurdes, elles ont défilé derrière une banderole affirmant une position politique claire :

« Rojhelat, le bastion de la révolution Femmes, Vie, Liberté »

 

Ce message fort rappelle que les soulèvements nés au Rojhilat ne sont pas de simples protestations, mais le socle d’une transformation philosophique et sociale mondiale.

Une chorégraphie contre l’obscurantisme

Le défilé a été rythmé par des chants de résistance et une performance artistique majeure. Les femmes kurdes ont réalisé une chorégraphie dénonçant l’obscurantisme djihadiste et les politiques militaires de Damas et de Turquie. Elles portaient des tissus (burqa) couvrant tout leurs corps dont elles s’en débarrassent à la fin et tressent leurs cheveux en criant « Jin, jiyan, Azadî ! »

En guise de conclusion symbolique, les participantes ont tressé leurs cheveux en public. Ce geste visait à honorer la mémoire des femmes kurdes assassinées par des gangs affiliés au régime syrien et à dénoncer l’injustice des massacres perpétrés à Alep, Raqqa et Kobanê depuis le début de l’année 2026.

Solidarité et revendications 

Aux côtés des organisations syndicales (CGT, FSU, Solidaires) et féministes, le cortège kurde, arborant les drapeaux des Unités de défense des femmes (YPJ) et les portraits des militantes assassinées à Paris et celle de Pakhshan Azizi condamnée à mort en Iran.

La mobilisation a dénoncé l’injustice d’un système précarisant les femmes et maintenant un écart salarial de 20 %, tout en alertant sur la menace conjointe de l’extrême droite européenne et des politiques militaristes au Moyen-Orient.

La marche, qui a rassemblé près de 70 000 personnes de Stalingrad à la place de la République, s’est achevée par des chants de résistance, réaffirmant que la lutte des femmes kurdes est indissociable du combat féministe universel.

La députée Danielle Simonnet était également présente aux côtés des femmes kurdes 

ALEP : Une famille kurde exécutée à son domicile

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SYRIE / ROJAVA – Le dimanche 8 mars 2026, une tragédie a frappé le quartier d’Al-Sabil, à Alep. Quatre membres d’une même famille kurde, dont deux enfants, ont été retrouvés assassinés dans leur appartement. Cet acte s’inscrit dans une vague de violences qui cible systématiquement les populations kurdes en Syrie.

Khaldoun Murad, sa femme et leur deux enfants, Elin et Ahmed 

L’alerte a été donnée par des proches de l’avocat Khaldoun Murad, originaire d’Afrîn. Inquiets par son silence prolongé, ils se sont rendus à son domicile situé au quatrième étage d’un immeuble résidentiel. Après avoir forcé l’entrée, ils ont découvert les corps sans vie de l’avocat, de son épouse et de leurs deux enfants.

Bien que les circonstances exactes de l’intrusion restent à éclaircir, la nature de l’exécution ne laisse que peu de doute sur le caractère ciblé de l’attaque.

Un contexte de nettoyage ethnique

Ce quadruple meurtre n’est pas un incident isolé. Il survient deux mois jour pour jour après le déclenchement, le 9 janvier 2026, d’une vaste offensive menée par des groupes armés et des milices soutenues par Damas et la Turquie.

Depuis le début de l’année, les rapports de terrain font état de :

  • Massacres de civils : Plusieurs milliers de Kurdes ont été tués dans les zones de combat ou lors d’exécutions sommaires.

  • Déplacements forcés : Des centaines de milliers de personnes ont dû fuir les régions d’Alep, de Raqqa et la campagne de Kobanê pour échapper aux persécutions.

  • Instabilité chronique : L’insécurité est devenue une réalité quotidienne pour les Kurdes vivant dans les zones sous contrôle des milices djihadistes ou des forces du régime.

L’impunité comme règle

L’assassinat de la famille de Khalil Abdo illustre l’absence totale de protection pour les civils kurdes. En s’attaquant à un avocat, symbole du droit et de la justice, les assaillants envoient un message de terreur à ceux qui tentent de maintenir une existence légale sur leur terre.

Tant que les instances internationales ne reconnaîtront pas l’ampleur de l’injustice et du nettoyage ethnique en cours au Rojava et dans le nord de la Syrie, la population kurde restera prise en étau entre des puissances régionales dont l’objectif commun semble être l’effacement de son identité.

Comment les États-nations ont entravé l’émancipation des femmes kurdes

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KURDISTAN – L’histoire contemporaine du Kurdistan est celle d’un paradoxe tragique. Alors que le mouvement de libération kurde actuel place la femme au sommet de son projet politique, il s’agit en réalité d’une reconquête d’une liberté ancestrale, étouffée par un siècle de découpages géopolitiques arbitraires.

L’héritage pré-moderne : Une liberté documentée

Au début du XXe siècle, les observateurs occidentaux notaient avec étonnement la distinction sociale des femmes kurdes par rapport à leurs voisines. Dans son ouvrage de 1914, G.E. Hubbard, alors secrétaire de la commission de délimitation de la frontière turco-persane, décrivait des femmes kurdes jouissant d’une liberté de mouvement et d’une influence sociale inhabituelles dans la région. Contrairement aux structures urbaines rigides des empires déclinants, les sociétés kurdes, souvent semi-nomades ou montagnardes, reposaient sur une forme de pragmatisme social où les femmes participaient activement à la vie publique, à la gestion tribale et, parfois même, au commandement militaire.

Le choc des États-nations : L’importation de l’oppression

Le redécoupage de la carte du Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale a brisé cette trajectoire. En intégrant de force le Kurdistan dans les structures rigides de quatre États-nations (Turquie, Iran, Irak, Syrie), le peuple kurde a subi une double aliénation :

  • L’assimilation culturelle forcée : Les États occupants ont imposé des codes sociaux, juridiques et religieux souvent beaucoup plus conservateurs que les traditions kurdes originelles. Le patriarcat d’État, qu’il soit d’inspiration nationaliste ou fondamentaliste, a servi d’outil pour « dompter » la société kurde.

  • Le conservatisme comme refuge : Face à la menace de disparition culturelle et aux persécutions, certaines communautés kurdes se sont repliées sur des structures familiales rigides, utilisant le conservatisme comme un bouclier identitaire, au détriment direct de l’autonomie des femmes.

L’injustice du « modèle » voisin

L’influence des cultures dominantes des États voisins a profondément altéré le tissu social kurde. Là où la femme kurde était historiquement une figure de proue, elle est devenue, sous l’influence des politiques de Damas, de Téhéran ou d’Ankara, une cible privilégiée de l’oppression. Les structures de l’État-nation ont institutionnalisé une inégalité qui n’était pas la norme kurde.

Une lutte pour le retour aux sources

Aujourd’hui, le slogan « Jin, Jiyan, Azadî » (femme, vie, liberté) n’est pas une invention ex nihilo. Il s’agit d’une tentative de restaurer ce lien organique entre la femme et la vie, brisé par l’avènement de frontières qui n’ont pas seulement divisé une terre, mais ont également emprisonné une culture de la liberté. En luttant pour leur autonomie, les femmes kurdes ne cherchent pas seulement à acquérir de nouveaux droits, elles cherchent à panser la blessure d’une injustice séculaire et à retrouver la place qui était la leur avant que les cartes ne soient redessinées sans leur consentement.

Rouen : Sarya Nurcan Kaya porte la voix de « Jin, Jiyan, Azadî » au cœur de la cité normande

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ROUEN, France — À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la ville de Rouen est devenue le théâtre d’une rencontre profonde entre la résistance kurde et la solidarité française. L’artiste et archiviste kurde en exil, Sarya Nurcan Kaya, invitée par le Parti Communiste Français (PCF), a livré un vibrant plaidoyer sur la genèse et la puissance universelle de la philosophie « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté).

Sarya Kaya offre à Valérie Gressus le slogan « Jin, jiyan, azadî » brodé sur du voile blanc encadré

Une philosophie née des montagnes et du sang

Dans son intervention intitulée « Une philosophie filtrée des montagnes : Jin, Jiyan, Azadî », Sarya Nurcan Kaya a tenu à rectifier une perception trop souvent superficielle : ces trois mots ne sont pas un simple slogan de manifestation, mais l’aboutissement de siècles de douleur, de résistance et d’espoir.

« Jin, Jiyan, Azadî est un appel viscéral à rétablir le lien brisé entre la femme et la vie », a-t-elle martelé.

Elle a rappelé que cette pensée a été forgée dans la rudesse des montagnes du Kurdistan par le mouvement de libération, avant de devenir le cœur battant de la révolution sociale au Rojava. Ce qui était à l’origine un cri de ralliement local face à l’oppression et à l’obscurantisme est aujourd’hui devenu un langage universel de dignité, porté aux yeux du monde lors des soulèvements de 2022 après l’assassinat de la jeune Kurde Jina Mahsa Amini.

Le voile blanc : Coudre la paix et la mémoire

L’émotion a atteint son comble lorsque l’artiste a présenté une œuvre hautement symbolique : un voile blanc (foulard traditionnel kurde) sur lequel elle a méticuleusement brodé l’inscription « Jin, Jiyan, Azadî ».

Pour Sarya Nurcan Kaya, le blanc du voile incarne la quête inlassable de paix des mères kurdes, tandis que chaque point de couture représente la patience et le travail invisible des femmes qui résistent. Offrir cette œuvre, c’est transmettre le fil de la mémoire kurde, une mémoire que les régimes oppresseurs de la région tentent d’effacer par la violence et l’injustice.

Une solidarité internationale renouvelée

La rencontre a été marquée par un échange chaleureux avec le public français. Les participants ont exprimé leur profonde gratitude envers le peuple kurde, dont le sacrifice en première ligne contre le fondamentalisme profite à l’humanité entière. En remerciant les Kurdes pour leur courage, les militants présents à Rouen ont réaffirmé que la lutte pour la liberté au Kurdistan est indissociable des combats féministes et progressistes mondiaux.

L’événement s’est conclu sur une certitude : si Sarya Nurcan Kaya vit aujourd’hui en exil, sa voix et son art continuent de prouver que les frontières ne peuvent emprisonner une idée dont l’heure est venue.

« Dire qu’autrefois nous encensions ces combattantes kurdes que nous laissons massacrer aujourd’hui »

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PARIS – Dans une tribune publiée par le site Le Monde à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’autrice Katell Faria dénonce l’abandon des combattantes des Unités de protections des femmes (YPJ) du Rojava, par l’Europe et les États-Unis alors qu’elles font face à l’offensive du régime islamiste syrien. Elle nous a autorisé à la publier également sur notre site.

 

« Femme, vie, liberté ». Ce slogan, je ne l’ai pas découvert en 2022, après le meurtre de la jeune Kurde iranienne Mahsa Amini, assassinée par la police des mollahs pour avoir mal porté son voile. Je l’ai découvert en 2019, dans le nord-est de la Syrie, durant mon immersion au sein des Yekînen Parastina Gel (YPG) – les « unités de défense de la femme » –, aux côtés de combattantes kurdes qu’on appelle Yapaja. Quelques mois après la chute de l’organisation Etat islamique.

Pendant des semaines, l’été de cette même année, j’ai partagé le quotidien de ces femmes qui, avec leurs camarades masculins du YPG, avaient combattu Daech [l’acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] et montré un héroïsme dont tous les médias occidentaux s’étaient, un temps, fait l’écho. Comme nous leur étions reconnaissants, alors, d’avoir lutté pied à pied contre les terroristes islamistes qui, de Rakka, nous avaient frappés jusque sur nos terrasses de café ! A cette époque, nous trouvions ces femmes admirables, et nous avions raison.

Non seulement elles avaient combattu au corps à corps nos ennemis, mais elles portaient, pour le nord-est de la Syrie, un projet de société inspiré de valeurs et de penseurs occidentaux : démocratique, laïque, socialiste, respectueux des minorités et, surtout, féministe. Ainsi, le Parti de l’union démocratique, dont elles sont le fer de lance, avait réussi à mettre en place, dans cette région minée par un patriarcat aussi brutal qu’implacable, des mesures telles que l’interdiction de la polygamie et des mariages forcés de mineures, mais aussi la possibilité, pour une femme, de demander le divorce et d’hériter.

« Femme, vie, liberté ». Ce slogan, mes camarades le prononçaient souvent. Avec force et conviction. Il résumait le combat qu’elles menaient en tant que Kurdes, mais aussi en tant que femmes : un combat pour ne plus vivre sous l’oppression, qu’il s’agisse de celle de Bachar Al-Assad, de Recep Tayyip Erdogan, de Daech ou du patriarcat. Le droit de vivre libres, elles l’avaient payé très cher, car nombre d’entre elles avaient péri dans la lutte contre le califat d’Abou Bakr Al-Baghdadi. Quant à celles qui avaient survécu, elles en étaient revenues tellement abîmées qu’à 30 ans à peine, elles semblaient en avoir 40, voire 50. Oui, leur liberté, elles l’avaient plus que méritée. Et pourtant, rien n’était gagné – elles le savaient. Sans doute pressentaient-elles que nous les trahirions un jour. Mais pas de manière si indigne…

Elles se battent encore

En effet, en décembre 2024, lorsque Ahmed Al-Charaa, soutenu par la Turquie, a chassé Bachar Al-Assad du pouvoir, c’est avec consternation qu’elles ont appris que les médias occidentaux applaudissaient ce remplacement d’un tyran raciste par un tyran djihadiste.

Puis, un an plus tard, en janvier, c’est avec écœurement qu’elles ont découvert que les gouvernements américains et français, qui les soutenaient autrefois, les abandonnaient totalement au profit du nouveau pouvoir syrien. En faisant ainsi, nos dirigeants donnaient à Al-Charaa – qui avait déjà massacré des milliers d’alaouites et de Druzes – le feu vert pour attaquer les Kurdes.

Ainsi, c’est le cœur serré que j’ai découvert, il y a quelques semaines, la vidéo sur laquelle les sbires de la nouvelle armée syrienne jettent la dépouille d’une Yapaja du haut d’un immeuble pendant les affrontements d’Alep ; celle où d’autres fracassent la statue d’une Yapaja au moment de la prise de la ville d’Al-Tabqa ; sans compter celle où une petite brute cruelle exhibe joyeusement une tresse de cheveux qu’il s’enorgueillit d’avoir découpée sur un cadavre. Comment pouvons-nous approuver une telle ignominie ? Dire qu’autrefois nous encensions ces femmes que nous laissons massacrer aujourd’hui. En les abandonnant ainsi, nous commettons une grave faute morale autant qu’une faute politique.

Mais il y a pire encore : il semble qu’à la trahison nous ajoutions désormais la calomnie. En effet, depuis quelques semaines monte une petite musique répétant que, finalement, les islamistes ne seraient pas si méchants, et les Kurdes ne seraient pas si gentils. Certains sous-entendent même qu’au fond les seconds ne vaudraient pas mieux que les premiers. On croit rêver, tant ce relativisme confine au cynisme. Non seulement nous avons réussi l’exploit, après des années de guerre contre le terrorisme islamiste, de laisser s’installer au pouvoir un ancien cadre d’Al-Nosra et fondateur de Hayat Tahrir Al-Cham ; mais en plus nous voudrions soulager notre culpabilité en faisant croire que nos alliés kurdes, qui nous ont défendus contre le mal absolu et ont porté des valeurs qui nous sont chères, ne valent pas mieux que nos ennemis ! Voilà qui manque cruellement de courage et de noblesse.

Une chose est sûre : Al-Charaa, le roi de la taqiya [l’art de la dissimulation], peut nous dire merci. En reprenant sa propagande, divulguée par ses affidés, nous lui rendons un grand service. La fin est proche, pour mes camarades Yapaja. Elles le savent. Et pourtant, elles se battent encore. Quant à leurs sœurs iraniennes, nul ne sait ce que l’avenir leur réserve. Pourtant, elles aussi se battent encore, à leur manière. Au cœur de l’horreur. En pleine tragédie. En cette Journée internationale des droits des femmes, j’aimerais que nous pensions à ces combattantes de la liberté : celles qui sont déjà mortes, celles qui vont bientôt mourir. Nous leur devons au moins ça.

Katell Faria est autrice engagée auprès des Kurdes de Syrie depuis 2018. Elle a publié notamment « L’appel du Rojava » dans l’ouvrage collectif « Femmes d’aventures » (Points, 2022).

#IRANWAR. Les bombardements déciment des familles entières au Rojhilat

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IRAN / ROJHILAT – Le Kurdistan iranien est une nouvelle fois transformé en champ de bataille sanglant. Alors que les tensions entre l’Iran et l’axe Washington-Tel Aviv s’intensifient, ce sont les civils kurdes qui paient le prix le plus lourd. En l’espace d’une semaine, plusieurs familles ont été anéanties à Divandarreh et Marivan, victimes collatérales de frappes aériennes ciblant les installations du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Marivan : Une famille entière fauchée à la veille d’une naissance

Le lundi 2 mars 2026, l’horreur a frappé la ville de Marivan. Une frappe aérienne visant un bâtiment des Gardiens de la révolution a provoqué des explosions d’une telle violence que les habitations civiles voisines ont été soufflées.

Au cœur de ce drame, une famille a été décimée par une frappe aérienne :

  • Mitra Jalilavi, 30 ans, originaire d’Ahvaz, enceinte de neuf mois et sur le point d’accoucher.

  • Farzad Bazargan, 34 ans, son époux, originaire du village de Dari.

  • Karen Bazargan, leur enfant de seulement quatre ans.

Mitra se préparait à rejoindre l’hôpital de Sanandaj (Sînê) pour donner la vie ; elle a trouvé la mort sous les décombres de sa propre maison, située derrière la garnison militaire.

Divandarreh : Le lourd tribut des travailleurs et des villageois

La ville de Divandarreh a également été la cible de raids intensifs menés par l’aviation américaine et israélienne. Selon l’organisation de défense des droits humains Hengaw, quatre autres civils kurdes ont perdu la vie lors de ces bombardements :

  • Le dimanche 1er mars, Soleiman Mollaviseh, habitant du village de Zaki Beg, a été tué lors des premières frappes contre les sites militaires de la ville.

  • Le samedi 7 mars, vers 10h00, trois autres vies ont été fauchées lors du bombardement de la base du CGRI sur la 16e rue : Samira Shafiei (du village de Kani Sefid), Fereydoun Amini (du village de Cholbolagh) et Hamed Saeedi, un employé du bureau de poste local.

L’injustice d’un peuple pris en étau

Ces événements tragiques illustrent l’insécurité permanente et l’injustice historique subies par le peuple kurde. Occupé par le régime iranien qui installe ses bases militaires au cœur des zones résidentielles kurdes — utilisant de fait la population comme bouclier humain — le Rojhilat est aujourd’hui bombardé par des puissances étrangères sans aucune considération pour les vies civiles.

Les images documentées par Hengaw montrent des quartiers dévastés, des infrastructures électriques coupées et des familles endeuillées. Une fois de plus, le Kurdistan paie le prix d’une guerre dont il n’est pas l’acteur, mais la victime impuissante.