Accueil Blog

SYRIE. Trois Kurdes kidnappés à Raqqa

0

SYRIE / ROJAVA – Les forces de sécurité générale du gouvernement intérimaire ont arrêté trois jeunes Kurdes au point de contrôle d’al-Karama, dans la province de Raqqa, alors qu’ils se rendaient d’Alep à Qamishli.

Selon une source locale, les trois jeunes hommes avaient quitté Alep ce matin pour rendre visite à leurs familles à Qamishli. Deux d’entre eux sont originaires d’Afrin et le troisième de la région de Tal Aran.

Parailleurs, plus de 400 Kurdes — civils et soldats — capturés par les groupes armés de Damas et de Turquie lors des offensives de janvier restent toujours détenus.

Les exécutions en Iran et les limites de la diplomatie symbolique française

0

IRAN / ROJHHILA- À peine les derniers échanges de frappes entre l’Iran et les États-Unis terminés, des appels ont été lancés, notamment par le président français Emmanuel Macron, pour préserver le cessez-le-feu et reprendre les négociations. Pourtant, alors que Téhéran a instrumentalisé les funérailles de Khamenei pour projeter une image d’unité, d’autorité et de résilience face aux pressions extérieures, la question des droits humains demeure largement absente des discussions internationales.

 

Dans le même temps, la répression intérieure s’intensifie à nouveau, notamment par le recours à la peine de mort. Selon Iran Human Rights, la République islamique a exécuté au moins 370 personnes au cours du premier semestre 2026, dont 101 (109 selon l’ONG kurde Hengaw) pour le seul mois de juin. Ceci confirme une forte augmentation des exécutions dans le contexte post-cessez-le-feu. Cette situation fait suite à une année 2025 particulièrement brutale, où l’Iran a exécuté au moins 2 159 personnes, soit le chiffre le plus élevé jamais enregistré par Amnesty International dans le pays.

Cette escalade survient alors que les négociations internationales se concentrent à nouveau presque exclusivement sur les questions de sécurité. La priorité des grandes puissances est clairement redevenue le rétablissement de la stabilité régionale, reléguant les droits humains au second plan. Ceci est particulièrement inquiétant car l’histoire de la République islamique montre que les périodes de crise, telles que les guerres ou les transitions post-conflit, ont souvent été accompagnées d’une répression intérieure plus sévère.

Depuis 1979, la peine de mort est l’un des principaux instruments de contrôle du régime. Les premières années de la République islamique ont été marquées par des exécutions massives d’anciens responsables de la monarchie et d’opposants politiques. Durant la guerre Iran-Irak, cette politique a culminé avec le massacre de milliers de prisonniers politiques à l’été et à l’automne 1988, alors que le pays sortait de huit années de guerre et que le régime cherchait à neutraliser toute forme de dissidence.

Sous les présidences d’Ali Akbar Hashemi Rafsanjani et de Mohammad Khatami, la peine capitale n’a jamais été abolie, malgré une baisse relative des exécutions. Sous Rafsanjani en particulier, cette baisse a été partiellement compensée par l’assassinat et l’élimination d’opposants à l’étranger. Sous Mahmoud Ahmadinejad, notamment après le Mouvement vert de 2009, les exécutions ont de nouveau fortement augmenté. Une baisse relative a ensuite été observée sous Hassan Rouhani, avant une nouvelle accélération suite au soulèvement « Femme, Vie, Liberté » déclenché en 2022 par la mort de Jina Mahsa Amini.

Aujourd’hui, la plupart des exécutions sont officiellement liées à des infractions liées à la drogue ou à des homicides relevant du qisas , le principe de rétribution du droit pénal iranien. Cependant, le maintien d’un recours aussi fréquent à la peine capitale sert également un objectif politique plus large. En préservant la peine de mort comme une composante régulière du système judiciaire, les autorités conservent un instrument puissant qu’elles peuvent facilement utiliser contre leurs opposants politiques chaque fois qu’elles le jugent nécessaire.

Les condamnations pour moharebeh (guerre contre Dieu), « corruption sur terre » et autres infractions à la sécurité nationale définies de manière très large continuent de cibler les dissidents, tandis que les organisations de défense des droits de l’homme ont averti à plusieurs reprises que certaines affaires criminelles ordinaires pouvaient en fait dissimuler des motivations politiques.

Cette politique contraste avec l’évolution de la société iranienne. Dans les cas de qisas , un nombre croissant de familles de victimes choisissent volontairement le pardon plutôt que l’exécution. Soutenue par de nombreuses initiatives de la société civile, cette tendance témoigne d’une évolution progressive de l’opinion publique, qui s’éloigne de la peine capitale. L’État, en revanche, a pris le contre-pied de cette politique, continuant de considérer la peine de mort non seulement comme une sanction pénale, mais aussi comme un instrument indispensable de contrôle et d’intimidation politiques.

Les minorités nationales demeurent parmi les principales victimes de cette politique. Kurdes et Baloutches sont fortement représentés parmi les personnes condamnées à mort pour des infractions liées à la sécurité. Bien que représentant moins de 20 % de la population iranienne, ils constituent plus de la moitié, voire, selon certaines estimations, jusqu’aux trois quarts des exécutions politiques.

Les réactions internationales n’ont jusqu’à présent pas permis d’arrêter ni même de réduire sensiblement les exécutions en Iran. Les résolutions de l’ONU, les déclarations des gouvernements et les pressions des ONG n’ont pas modifié les pratiques du régime.

Cette préoccupation était au cœur d’un débat qui s’est tenu le 29 juin à l’Assemblée nationale française, en marge du 9e Congrès mondial contre la peine de mort. Co-organisée par le Groupe d’amitié France-Iran et le Congrès pour la liberté en Iran, et présidée par la députée Aida Hadizadeh, cette rencontre a réuni des personnalités politiques françaises, des défenseurs des droits humains et des représentants de différentes composantes de l’opposition iranienne, notamment des voix kurdes, baloutches et arabes.

Parmi les personnalités françaises présentes figuraient Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, Élisabeth Borne, ancienne Première ministre, et François Hollande, ancien président de la République. À l’instar de nombreux intervenants iraniens ayant participé au débat, ils ont condamné la récente guerre contre l’Iran, la jugeant contraire au droit international, et ont souligné qu’aucune intervention militaire étrangère ne saurait apporter la liberté au peuple iranien.

Au contraire, ils ont fait valoir qu’une telle intervention renforcerait probablement le régime en alimentant le sentiment nationaliste et en reléguant encore plus bas la question des droits de l’homme dans l’agenda international.

Le problème est que la communauté internationale, y compris la France, peine encore à concevoir et à adopter des mesures concrètes susceptibles de contraindre le régime iranien à réduire la répression, notamment en matière d’exécutions. L’un des résultats positifs de cet événement, et du Congrès mondial contre la peine de mort, a été le soutien apporté aux condamnés à mort par des parlementaires français. Mais cela reste largement insuffisant, et son efficacité est nécessairement limitée.

À leur crédit, plusieurs personnalités politiques, dont François Hollande, ont courageusement insisté lors du débat à l’Assemblée nationale sur le fait que la désescalade diplomatique ne devait pas signifier un relâchement de la pression sur l’Iran concernant les droits de l’homme. Pourtant, lorsqu’il s’est agi de mesures concrètes, l’ancien président français a principalement évoqué les sanctions. Il a été immédiatement interpellé par un ancien syndicaliste iranien, qui a averti que les sanctions risquaient souvent de pénaliser d’abord la population.

La France mérite d’être saluée pour avoir offert aux Iraniens une tribune institutionnelle au sein de l’Assemblée nationale. Cependant, cet engagement ne portera que des fruits limités tant que les droits humains resteront une question secondaire dans les négociations avec Téhéran.

Cela est particulièrement vrai pour la France, dont le président a été l’une des voix européennes les plus influentes à réclamer la fin de la crise depuis le début du conflit. Pourtant, à l’instar de Donald Trump, son discours sur une éventuelle résolution a largement occulté la question des droits humains.

Les gestes symboliques des parlements occidentaux et des organisations de défense des droits humains ne sauraient à eux seuls modifier le comportement des autorités iraniennes. En définitive, la diplomatie occidentale doit placer les droits humains, et notamment la question des exécutions, au cœur de son dialogue avec Téhéran, au lieu de les considérer comme des préoccupations secondaires.

Par Asso HASSAN ZADEH, universitaire kurde spécialisé dans le droit international

Texte original à lire sur LE SITE The Amargi « Iran’s executions and the limits of France’s symbolic diplomacy« 

IRAN. Deux manifestants exécutés à Ispahan

0

IRAN / ROJHILAT – Les autorités iraniennes ont exécuté Mohammad Amini Dehaghani, arrêté lors des manifestations de janvier 2026, signale l’ONG kurde Hengaw.

Selon l’agence de presse Mizan, liée au pouvoir judiciaire, cet homme originaire de Dehaghan a été pendu le 15 juillet 2026 dans une prison de la province d’Ispahan. Aucune information sur son arrestation ni sur la procédure judiciaire n’avait été rendue publique jusqu’à l’annonce de sa mort.

Jusqu’à la publication de cette annonce par les médias d’État, aucun reportage n’avait fait état de sa détention, de son interrogatoire ou de son éventuel procès. D’après l’organisation de défense des droits humains Hengaw, Mohammad Amini Dehaghani s’est vu refuser l’assistance d’un avocat indépendant, les visites de sa famille ainsi que les garanties élémentaires d’un procès équitable.

Mizan indique qu’il était accusé d’avoir incendié le bureau du gouverneur de Dehaghan et d’avoir endommagé des biens publics pendant les manifestations de janvier 2026. L’agence n’a toutefois pas précisé le chef d’accusation exact ayant conduit à la peine de mort.

Hengaw a fermement condamné cette exécution, qualifiant de « grave violation des droits de la défense » ces exécutions secrètes de manifestants détenus. L’organisation appelle la communauté internationale à adopter une position plus ferme face au recours systématique à la peine de mort par l’Iran contre les participants aux mouvements de protestation.

IRAN. Deux otages kurdes exécutés à Kirmaşan

0

IRAN – ROJHILAT – Les prisonniers politiques kurdes Mohyedin Ebrahimi (52 ans) et Hossein Palani Jaf (35 ans) ont été exécutés en secret mardi 14 juillet 2026 à la prison centrale de Kermanshah (Dizelabad). Leurs familles n’ont pas été informées ni autorisées à une dernière visite.

Selon le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN), les deux hommes ont été pendus aux premières heures du jour, sans que leurs proches en soient avertis. L’agence de presse Mizan, organe officiel du pouvoir judiciaire iranien, a confirmé l’exécution le jour même, les accusant de « soulèvement armé contre la République islamique ».

Une arrestation liée à un affrontement avec un groupe affilié à l’EI

Originaires de Sarpol-e Zahab, dans la province de Kermanshah (Kirmaşan), Mohyedin Ebrahimi et Hossein Palani Jaf avaient été arrêtés en février 2018 dans les monts Bemo, à Salas-e Babajani. Ils faisaient partie d’un groupe de 16 personnes interpellées après un affrontement entre des individus affiliés à l’EI et les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de la base Najaf-Ashraf. Trois membres du CGRI avaient été tués lors de cet incident.

Après leur arrestation, ils ont été transférés dans un centre de détention de Téhéran où ils ont subi des mois de tortures physiques et psychologiques, sans accès à un avocat ni à des visites familiales.

Au moins onze des personnes arrêtées à cette occasion ont été condamnées à mort par le tribunal révolutionnaire de Téhéran pour « Moharebeh » (inimitié envers Dieu) et « Baghy » (rébellion armée), ainsi que pour possession d’armes militaires.

Des années d’isolement et de transferts

Un ancien codétenu a confié au KHRN :

« Mohyedin Ebrahimi et Hossein Palani Jaf ont passé près d’un an à l’isolement dans le quartier 209 du ministère du Renseignement à la prison d’Evin. Ils y ont subi de graves tortures. Ils ont ensuite été transférés à la prison de Rajai Shahr à Karaj, puis, quatre ans après leur arrestation, à la prison centrale de Kermanshah. »

Le KHRN avait alerté sur le risque imminent d’exécution des deux hommes dans un rapport publié le 3 juin 2026, mettant en garde contre la situation critique dans le quartier de haute sécurité de la prison de Kermanshah.

Une vague d’exécutions

Le 10 juin 2025, l’agence Mizan avait déjà annoncé l’exécution de neuf autres prisonniers du même dossier, sans révéler leurs identités ni le lieu de leur pendaison.

Ces exécutions s’inscrivent dans une répression accrue des opposants kurdes en Rojhilat (Kurdistan iranien), où les autorités multiplient les condamnations à mort pour des accusations souvent liées à des activités politiques ou des affrontements armés. Le KHRN dénonce des procès iniques, des aveux extorqués sous la torture et l’usage systématique de la peine de mort comme outil d’intimidation.

TURQUIE. Zorava : La vallée qui résiste aux centrales hydroélectriques

0

TURQUIE / KURDISTAN – Après avoir survécu à la destruction de leurs villages par l’armée coloniale turque dans les années 1990 et à des années d’exil forcé, les Kurdes de la vallée de Zorava se battent aujourd’hui pour empêcher une nouvelle centrale hydroélectrique de leur voler leur terre et leur avenir.

Serpentant entre vergers et pâturages dans la région de Botan, le ruisseau Zorava est bien plus qu’un simple cours d’eau. Depuis des générations, il irrigue les cultures, abreuve le bétail et fait vivre un écosystème d’une grande richesse. Pour les familles revenues après l’exil, il est devenu le symbole de leur résilience et de leur droit à rester.

Mais ce symbole est menacé. Depuis plus de dix ans, un projet de centrale hydroélectrique pèse sur la vallée. Malgré des années de mobilisation, de manifestations et de victoires judiciaires, les promoteurs du projet ne désarment pas et multiplient les procédures pour le faire aboutir.

Retour sur une terre meurtrie

Dans les années 1990, l’armée turque a détruit de nombreux villages kurdes de la région. Des familles entières ont été déplacées de force, souvent vers la province de Siirt ou d’autres régions du pays. Ce n’est qu’après 2006 que beaucoup ont pu revenir, reconstruire leurs maisons, replanter leurs vergers et tenter de reprendre une vie normale.

À peine installés, un nouveau danger est apparu : les grands projets énergétiques. Après la mise en eau du barrage d’Ilisu, qui a déjà modifié le régime naturel des cours d’eau, la vallée de Zorava est devenue une cible de choix pour les entreprises hydroélectriques.

Première centrale, premiers dégâts

En 2015, une première centrale a été construite en amont. Les villageois dénoncent un manque total d’information et de consultation réelle. Les conséquences n’ont pas tardé.

« Le barrage a provoqué l’assèchement quasi complet d’un affluent de la Zorava », explique l’avocate Fatma Elçiçek, qui défend les habitants depuis 2019. « Si une seconde centrale voit le jour, les dommages deviendront irréversibles pour les populations, la faune et la flore. »

Un joyau de biodiversité

La vallée de Zorava figure parmi les zones les plus riches de la région sur le plan écologique. Elle abrite des espèces végétales endémiques et une faune remarquable : salamandre tachetée d’Anatolie, chèvres sauvages, loups, ours bruns, renards et hyènes rayées.

Pour les habitants, l’enjeu est vital. Ils y cultivent vergers et potagers, élèvent du bétail et récoltent traditionnellement les fruits des térébinthes. Toute baisse significative du débit du ruisseau menacerait directement leurs moyens de subsistance.

Une résistance judiciaire exemplaire

Depuis 2015, les villageois mènent une bataille sur deux fronts : dans la rue et devant les tribunaux. Ils ont déjà obtenu plusieurs victoires importantes :

  • Annulation de l’autorisation initiale par le Conseil d’État.

  • Rejet de l’étude d’impact environnemental (EIE) par le tribunal administratif de Siirt.

  • Annulation du nouveau plan d’aménagement du territoire par le tribunal administratif régional de Gaziantep.

Malgré ces décisions, l’entreprise persiste et multiplie les recours. L’affaire est actuellement pendante devant la 6e chambre du Conseil d’État. En février 2025, les habitants ont également saisi la Cour constitutionnelle turque.

Fatma Elçiçek dénonce une justice sous pression :

« Plusieurs tribunaux et experts ont conclu à l’illégalité du projet. Pourtant, les décisions favorables aux villageois sont systématiquement contestées. Nous espérons que le Conseil d’État mettra un terme définitif à cette mascarade. »

« Nous voulons vivre sur notre terre »

Şükrü Esen, 68 ans, incarne cette lutte. Habitant du village de Şêwira (Koçdalı), il a connu l’expulsion des années 1990, l’exil, puis le retour et la reconstruction.

« Après la destruction de notre village, je suis revenu, j’ai construit cette maison et j’ai refait ma vie. Aujourd’hui, ils veulent nous chasser à nouveau avec une centrale. Nous ne l’accepterons pas. »

Selon lui, 18 villages pourraient être privés d’eau si le projet aboutit. « Ce ne sont pas seulement nos vergers et nos animaux qui disparaîtront, c’est toute notre existence sur cette terre. »

Un combat qui dépasse la vallée

Pour les habitants, il ne s’agit pas seulement d’un barrage, mais d’un modèle de développement imposé qui ignore l’impact cumulatif des projets et sacrifie les territoires kurdes. Ils défendent leur droit à rester, à vivre dignement sur une terre qu’ils ont déjà payée très cher.

« Je veux vivre sur ma terre et y mourir », conclut Şükrü Esen. « Si Zorava disparaît, ce n’est pas seulement notre vallée qui mourra. Les conséquences se feront sentir bien au-delà. » (ANF)

« Les développements régionaux façonneront l’avenir des Kurdes, des Alaouites et des Druzes »

0

SYRIE / ROJAVA – Le chercheur et journaliste Nidal Hawari Nidal Hawari a déclaré que l’avenir des Kurdes, des Alaouites, des Druzes et des autres communautés sera déterminé par l’évolution de la situation dans l’ensemble de la région.

Les incertitudes entourant le processus de transition en Syrie, l’activité militaire le long des frontières, les interventions des puissances régionales et la concurrence pour les corridors énergétiques et commerciaux redessinent profondément l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient.

Le chercheur et journaliste Nidal Hawari s’est entretenu avec ANF des derniers développements en Syrie. Il a analysé les politiques du gouvernement de transition, les nominations parlementaires, les défis auxquels font face les différentes communautés, ainsi que la lutte régionale pour l’influence, tout en évoquant l’aggravation des dynamiques conflictuelles et leurs implications pour les populations locales.

Ankara suit la ligne Trump

Hawari a affirmé qu’Ankara conduit ses manœuvres tant intérieures qu’extérieures en phase avec l’approche de politique étrangère de Donald Trump. Selon lui, les opérations contre l’opposition intérieure et les initiatives militaires à l’étranger relèvent d’une même stratégie globale.

Les nominations et l’intégration dictées par les rapports de force

Nidal Hawari a souligné que les promesses électorales formulées après la chute du régime syrien ont été reportées. Il estime que les pratiques du gouvernement intérimaire dirigé par Ahmed al-Sharaa contribuent davantage à l’impasse qu’à la résolution des problèmes du pays.

Commentant les nominations parlementaires et les politiques d’intégration, il a déclaré que ces mesures répondent moins aux besoins du peuple syrien qu’aux exigences des forces présentes sur le terrain :

« Après la chute du régime Assad, il avait été annoncé que le gouvernement intérimaire organiserait des élections dans un délai très court. Ce processus a ensuite été reporté de cinq ans. Aujourd’hui, selon l’évolution de la situation, l’intégration de forces telles que les Forces démocratiques syriennes (FDS) est à l’ordre du jour. De nouvelles nominations sont effectuées pour convaincre ceux qui ne reconnaissent pas le gouvernement intérimaire. Cependant, ces nominations et ce processus d’intégration ne relèvent pas de la volonté propre du gouvernement, mais répondent aux exigences des puissances régionales et des acteurs sur le terrain.

Aucun accord, processus d’intégration ou arrangement politique qui ne place pas au premier plan les intérêts du peuple syrien ne sera durable ni accepté par la société. »

Les problèmes des Kurdes, Druzes et Alaouites restent en suspens

Près de deux ans après l’effondrement du régime, les problèmes structurels fondamentaux affectant les différentes communautés syriennes demeurent non résolus, selon Hawari. Il juge que les mesures prises jusqu’à présent se limitent à des changements superficiels :

« Près de deux ans se sont écoulés depuis la chute du régime syrien. Les problèmes auxquels sont confrontés les Kurdes, les Druzes, les chrétiens et les Alaouites restent exactement les mêmes. Ce que nous observons ne sont que des changements superficiels. Il serait erroné de conclure, à partir de ces ajustements, que la Syrie évolue dans une direction positive ou que la stabilité est en vue. »

Hawari a ajouté que la société syrienne fait face à une grave crise économique, à des pénuries de carburant et à la menace persistante de l’EI. Selon lui, le gouvernement intérimaire tente de détourner le mécontentement socio-économique croissant en ciblant les communautés minoritaires :

« Après la révolution, la population a célébré en pensant que tout irait mieux. Mais avec le temps, le niveau de vie a baissé par rapport à l’époque du régime précédent. Incapables de payer leurs factures d’électricité ou d’acheter du gaz pour cuisiner, les gens ont commencé à exprimer leur mécontentement. Face à la montée des protestations, le gouvernement intérimaire a réagi en intensifiant les actes de terreur contre les minorités, notamment en augmentant la pression sur la communauté alaouite pour détourner l’opposition vers elle. Il a arrêté quelques figures symboliques et lancé des campagnes affirmant qu’il “traduit en justice les responsables des massacres de sunnites”. »

Il a également évoqué la décision de la Russie de s’approvisionner en essence auprès de la Syrie après la destruction de ses raffineries pendant la guerre en Ukraine, ce qui a aggravé les pénuries de carburant. Il a décrit la fragmentation au sein du gouvernement intérimaire :

« Différents blocs ont commencé à se former : ceux alignés sur la Turquie et les Frères musulmans, ceux proches du Qatar et d’Israël/Émirats arabes unis, et ceux alignés sur les États-Unis. »

La guerre contre l’Iran est loin d’être terminée

Pour Nidal Hawari, les cessez-le-feu déclarés ne constituent pas une paix réelle, mais des pauses temporaires permettant aux forces de se regrouper :

« La guerre contre l’Iran est loin d’être terminée. Ces cessez-le-feu ne sont que des pauses destinées à permettre aux forces militaires de se regrouper, d’identifier de nouvelles cibles et de reprendre les hostilités. Le message adressé à l’Iran est clair : il doit adopter une stratégie qui serve les intérêts des États-Unis et de l’Occident dans la région. Sinon, cette guerre ne prendra jamais fin. »

Il a critiqué la propagande affirmant qu’« l’Iran a résisté avec succès et remporté une grande victoire », la comparant aux discours tenus précédemment en Irak et en Syrie. Selon lui, il s’agit de la poursuite d’une guerre visant à aligner la région sur les intérêts géostratégiques et énergétiques de l’Occident.

Israël profite de la fragmentation

Hawari a estimé que la fragmentation régionale sert les intérêts stratégiques d’Israël, qui préfère des entités plus petites et gérables.

Il a également rappelé que la guerre en Ukraine est avant tout un conflit entre l’Occident/États-Unis et la Russie, dont les conséquences se règlent au Moyen-Orient, notamment lors du prochain sommet de l’OTAN.

Les alliés d’aujourd’hui étaient les ennemis d’hier

Hawari a souligné la fluidité des alliances tactiques. La Turquie, en se rapprochant davantage de la stratégie américaine, durcit son discours contre Israël tout en améliorant ses relations avec l’Égypte, l’Arabie saoudite et même le Hezbollah. Des armes transitent désormais vers le Hezbollah via la Turquie et l’Azerbaïdjan, à travers des forces opérant en Syrie.

Il a qualifié la visite du Premier ministre syrien par intérim à Tripoli, à la frontière libanaise, de « démonstration de force du front sunnite ». Selon lui, cette réalité révèle les limites de l’islam politique pour les communautés minoritaires :

« L’islam politique sunnite dominant et l’islam chiite ont abandonné ces forces minoritaires chaque fois que cela servait leurs intérêts. Ces deux dernières années, ni l’un ni l’autre n’a condamné les massacres. Aujourd’hui, sous pression, ils se soutiennent mutuellement pour des raisons tactiques. »

Les peuples sans défense ne sont pas considérés comme des interlocuteurs

Pour Nidal Hawari, une stabilité durable au Moyen-Orient ne sera possible qu’une fois la lutte pour les ressources énergétiques et l’influence géopolitique achevée. Il insiste sur la nécessité pour les peuples autochtones de développer une capacité collective d’autodéfense :

« Comment les peuples autochtones de la région – Alaouites, Kurdes, Druzes – peuvent-ils se protéger face à ces puissances mondiales ? La seule solution réside dans la solidarité entre les peuples et la construction de leurs propres forces d’autodéfense. Au Moyen-Orient, si un peuple ne dispose d’aucune force militaire ni d’aucun moyen d’autodéfense, il n’est même pas considéré comme un interlocuteur. Ses décisions sont prises sans lui et sa volonté est ignorée. »

Il a conclu en appelant à un renforcement de l’organisation et de la solidarité :

« Les formes d’organisation mises en place jusqu’à présent restent trop faibles. Les peuples doivent se rassembler autour d’un centre commun et construire un mouvement d’autodéfense, tant sur le terrain que dans les pays de la diaspora. La période à venir sera difficile et nous continuerons à souffrir. Mais nous ne devons jamais perdre espoir et devons poursuivre le combat. Grâce à la solidarité des peuples et des opprimés, nous pourrons vaincre ces attaques. »

TURQUIE. Les centrales solaires menacent le Kurdistan

0
TURQUIE / KURDISTAN – Les projets d’énergie solaire alimentent une nouvelle vague de destruction à travers les régions kurdes, menaçant pâturages, terres agricoles et patrimoine archéologique millénaire du Kurdistan.

 

Ces dernières années, les centrales solaires sont devenues l’un des secteurs les plus dynamiques de la politique énergétique turque. Présentées sous les slogans d’« énergie propre », de « réduction des émissions de carbone » et d’« indépendance énergétique nationale », ces investissements ont, en réalité, ouvert aux capitaux privés les pâturages, les terres agricoles, les zones humides et les sites archéologiques du Kurdistan du Nord (Bakur), dont certains remontent à plusieurs milliers d’années.

Après des décennies de dégradations causées par l’exploitation minière, les barrages, les centrales hydroélectriques et la déforestation, le Kurdistan fait face à une nouvelle forme d’exploitation : les « champs solaires », devenus une nouvelle source de pillage pour les grandes holdings et les entreprises proches du pouvoir.

Cet article examine les régions du nord du Kurdistan où se concentrent ces investissements, fournit des exemples concrets de leurs impacts sur le tissu écologique et agricole, et analyse les principales entreprises impliquées ainsi que leurs liens avec le gouvernement.

Une croissance explosive

La capacité installée de production d’énergie solaire en Turquie a connu une croissance rapide au cours de la dernière décennie, dépassant les 6 000 mégawatts. Une part importante de cette capacité provient de projets non autorisés, où la surveillance reste limitée.

Selon les données de l’Autorité de régulation du marché de l’énergie (EPDK) et de la Société turque de transport d’électricité (TEIAŞ), le grand nombre de centrales solaires photovoltaïques non autorisées a réduit les études d’impact environnemental et le contrôle public. Ces investissements se concentrent particulièrement dans les villes kurdes, attirés par le fort ensoleillement de la région et la disponibilité de terrains publics à faible coût.

Où sont implantées les centrales solaires ?

Le programme YEKA (Zones de ressources d’énergie renouvelable) du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, ainsi que les pouvoirs de la Direction générale des biens nationaux, ont permis d’attribuer des dizaines de sites dans les provinces kurdes.

Selon les annonces officielles, une série d’attributions a désigné cinq sites à Batman (Êlîh), trois à Bingöl (Çewlîk), deux à Diyarbakır (Amed), sept à Mardin (Mêrdîn), un à Muş (Mûş) et quatre à Urfa (Riha) comme zones de ressources d’énergie renouvelable pour la production solaire. De nombreux autres sites ont également été ouverts à Adıyaman (Semsûr), Elazığ (Xarpêt), Erzincan (Erzîngan), Malatya (Meletî), Şırnak (Şirnex) et Van (Wan).

Une seule décision a ainsi permis d’allouer des millions de mètres carrés de terres agricoles et de pâturages. Des centaines de milliers, voire des millions de mètres carrés, ont été désignés dans les districts de Besni (Bêsnê), Gölbaşı (Serê Golan) et Gerger (Aldûş) à Adıyaman ; au centre de Batman et à Gercüş (Kercews) ; à Midyat (Midyad), Artuklu (Artûklû), Nusaybin (Nisêbîn) et Dargeçit (Kerboran) à Mardin ; à Harran (Herran) et Siverek (Sêwreg) à Urfa ; ainsi qu’à Idil (Hezex) et Güçlükonak (Basan) à Şırnak.

À Mazıdağı (Şemrex), dans la province de Mardin, plus de 850 000 mètres carrés ont été attribués à un seul projet. À Siverek, à Urfa, plusieurs sites totalisant 1,7 million de mètres carrés ont été ouverts aux investissements solaires.

Pourquoi ces régions sont-elles ciblées ?

Les entreprises basées dans l’ouest de la Turquie s’intéressent aux zones rurales des villes comme Diyarbakır et Urfa en raison de leur ensoleillement élevé, du faible coût des terrains et de la disponibilité de vastes étendues de terres domaniales. Pourtant, ces mêmes zones constituent une source de revenus vitale pour des communautés qui dépendent depuis des décennies de l’agriculture et de l’élevage.

Exemples concrets de destruction écologique et sociale

Diyarbakır – Sur (Sûr) : Les travaux d’excavation du projet ZENKAR-1 ont débuté sur des pâturages utilisés par les villageois. Le site englobe le site archéologique de premier degré de Xirap Bajar. Malgré la découverte de mosaïques historiques, le projet a reçu une décision positive d’évaluation d’impact environnemental. Le 23 février 2026, les villageois qui protestaient ont été dispersés par la gendarmerie à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. De nombreuses personnes, dont une femme enceinte, ont été blessées et des dizaines d’habitants arrêtés. Un blocus militaire a bloqué l’accès au village pendant des semaines.

Mardin – Mazıdağı (Şemrex) : Plus de 850 000 mètres carrés ont été alloués à un projet. Une centrale de 52 mégawatts exploitée par Eti Bakır (filiale de Cengiz Holding) y est déjà en service. Cette zone subit déjà une forte pression due aux activités minières.

Urfa – Viranşehir : Kalyon Holding prévoit d’installer 162 500 panneaux solaires sur les pâturages du hameau de Dûzik, dans le cadre d’un projet couvrant 13 000 décars. Le projet s’étend également aux quartiers de Subaşı (Zokê) et Pirinçli (Kotê) à Derik (Mardin). Les habitants craignent que la perte de ces pâturages ne rende l’élevage impossible.

Dersim (Dêrsim) – Çemişgezek (Melkişî) : La société Erdemir (groupe OYAK) prévoit de construire une centrale solaire de 235,4 mégawatts sur 274 hectares de terres agricoles fertiles, avec 563 652 panneaux solaires. L’électricité produite alimentera directement ses activités industrielles.

Un pillage qui s’étend discrètement

De nombreux autres sites importants ont été ouverts : plus de 1,7 million de mètres carrés à Siverek (Urfa), près de 850 000 mètres carrés à Gercüş (Batman) et plus d’un million de mètres carrés à Idil (Şırnak). La plupart de ces projets bénéficient d’une faible couverture médiatique.

La terre de qui, le profit de qui ?

Ces projets créent peu d’emplois locaux et les revenus générés profitent essentiellement aux grandes holdings. Les communautés locales perdent définitivement leurs moyens de subsistance via des baux de longue durée ou des expropriations. Bien que souvent classées comme terres « marginales », il s’agit en réalité de pâturages et de zones agricoles vitales.

Les milliers de panneaux solaires empêchent la lumière d’atteindre le sol, perturbent l’infiltration des eaux et la régénération de la végétation, modifiant le microclimat local. De nombreux projets sont approuvés sans véritable consultation publique et contournent parfois les critères de protection archéologique ou environnementale.

Les principaux acteurs

  • Kalyon Holding : Proche du pouvoir, membre du « Gang des Cinq ». Active à Viranşehir.

  • Cengiz Holding : Via Eti Bakır, active à Mazıdağı.

  • Erdemir (OYAK) : Projet majeur à Çemişgezek.

  • Çalık Holding : Liée à la famille Erdoğan.

  • ZENKAR Ltd. : Entreprise opaque liée à un cadre local de l’AKP à Diyarbakır.

Résistance et lutte juridique

Les villageois s’organisent. À Arzoxlî (Diyarbakır), ils bloquent l’accès au site malgré la répression. Des recours juridiques sont déposés, notamment par le barreau de Diyarbakır, mais les résultats restent limités.

Énergie « propre » : une nouvelle vague d’occupation

Derrière le discours de la transition écologique se cache une nouvelle forme d’accumulation du capital. Après les mines, les barrages et les HES, les projets solaires constituent aujourd’hui une nouvelle menace pour les pâturages, les terres agricoles et le patrimoine archéologique du Kurdistan.

La question reste posée : au nom de l’« intérêt national » et de la « transition écologique », est-il acceptable que seuls les villageois, bergers et agriculteurs kurdes supportent le coût de ces politiques ?

Le véritable prix de ces projets ne figure pas dans les bilans des entreprises, mais dans les pâturages détruits, les champs abandonnés et le patrimoine millénaire sacrifié. (Via ANF)

 

ROJAVA. Mobilisation contre les tentatives de changement des noms kurdes des villes

0

SYRIE / ROJAVA – L’Initiative populaire d’Amuda a fermement condamné les tentatives de modification et d’arabisation des noms des villes, villages et localités kurdes en Syrie. Elle considère ces mesures comme une violation flagrante de l’accord du 29 janvier 2026 et une atteinte directe à l’identité, à la langue et à l’existence du peuple kurde.

Dans une déclaration lue aujourd’hui, sur la place de la Femme Libre à Amuda, l’Initiative a exprimé son rejet catégorique de cette politique. Le texte a été lu par Arashk Baravi, administrateur de l’Union des Intellectuels, en présence de nombreux habitants et représentants d’institutions locales, qui brandissaient des banderoles portant le slogan « La langue est une identité ».

Le communiqué souligne :

« Suite à l’accord du 29 janvier 2026, une phase d’intégration a débuté au Rojava. Aux termes de cet accord, le peuple kurde a été reconnu comme une nation et une composante fondamentale de la Syrie. Par conséquent, toutes les politiques et actions doivent respecter et refléter cette présence kurde historique. »

La déclaration dénonce cependant plusieurs incidents récents qui contredisent cet engagement, notamment les tentatives de renommer Kobani en « Aïn al-Arab », ainsi que les projets plus larges du gouvernement intérimaire visant à modifier les noms de lieux à travers toute la région kurde.

« Ces pratiques constituent une arabisation systématique qui vise à effacer progressivement l’identité kurde des lieux. Elles contredisent totalement l’esprit et la lettre de l’accord du 29 janvier et portent atteinte à la langue, à l’identité et à l’existence même du peuple kurde. »

Rejetant fermement cette politique, le communiqué affirme :

« Nous sommes Kurdes. Notre langue est le kurde. Nos terres et nos régions portent notre culture et notre identité. Le gouvernement intérimaire doit respecter cette réalité, la reconnaître officiellement et l’inscrire dans la loi. »

L’Initiative populaire d’Amuda conclut en ces termes :

« Nous, habitants d’Amuda, exigeons que les autorités respectent notre existence, notre langue et notre histoire. Nous n’accepterons aucun projet expansionniste niant l’existence du peuple kurde. Pour que le processus d’intégration réussisse, le gouvernement intérimaire doit assumer pleinement ses responsabilités. Le peuple kurde doit rester vigilant et uni face à ces tentatives. Nous ne ferons aucune concession sur ces questions fondamentales. Nous appelons toutes les parties à remplir leurs devoirs afin de préserver la paix civile et sociale. »

IRAN. Au moins 45 Kurdes exécutés en six mois

0

IRAN / ROJHILAT – Le régime iranien des mollahs a intensifié sa répression brutale contre la population kurde en 2026. Selon les données collectées par l’organisation Hengaw pour les droits humains, les autorités ont exécuté au moins 45 Kurdes au cours du premier semestre 2026 (janvier-juin). Ces chiffres sont probablement sous-estimés en raison des coupures d’internet et des restrictions d’accès à l’information.

Parallèlement, 290 citoyens kurdes ont été tués par les forces de sécurité lors de la vague de manifestations de janvier 2026 (protestations de décembre 2025-janvier 2026), lors de la répression dans les villes kurdes et à Téhéran.

Les services de sécurité ont procédé à plus de 10 000 arrestations de citoyens kurdes sur la même période. Hengaw a pu vérifier l’identité d’au moins 861 d’entre eux, dont 71 enfants (dont 6 filles) et 69 femmes.

Sur le plan judiciaire, le régime a prononcé six condamnations à mort contre des prisonniers politiques kurdes, souvent sur des accusations de « moharebeh » (inimitié envers Dieu), « baghi » (rébellion) ou collaboration avec des groupes d’opposition, dans des procès expéditifs sans garanties minimales de défense. Plusieurs de ces exécutions ont déjà été réalisées en secret.

Par ailleurs, 27 autres personnes (principalement des militants et activistes kurdes) ont été condamnées à un total cumulé de 106 ans, 3 mois et 17 jours de prison. Au moins quatre d’entre elles ont également reçu des peines de flagellation (jusqu’à 275 coups au total).

Répression croissante dans les régions kurdes

Ces violations massives s’inscrivent dans une répression systématique visant les régions kurdes (Rojhelat), perçues comme des foyers de contestation. Les arrestations, exécutions et violences ont particulièrement visé les manifestants de janvier, les activistes civils, les femmes et même des mineurs.

KURDISTAN. Les forces iraniennes tuent un berger kurde à Sidakan

0

KURDISTAN – Un jeune berger kurde a été tué vendredi par des tirs de mitrailleuses lourdes (Dushka) des forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien, alors qu’il faisait paître son troupeau dans la zone frontalière de Sidakan, au Kurdistan irakien. Son corps et une partie de son bétail ont été saisis par les forces iraniennes avant d’être restitués à sa famille.

Selon l’organisation de défense des droits humains Kurdpa, le drame s’est produit dans l’après-midi du vendredi 10 juillet 2026. Rebaz Soleiman Saleh, 26 ans, originaire du Kurdistan d’Irak, gardait son troupeau sur les hauteurs de Khnereh, dans la région de Sidakan (province d’Erbil), près de la frontière iranienne.

Alors qu’il s’était assoupi pendant une pause, une partie de ses moutons s’est approchée de la ligne frontalière. À son réveil, le jeune homme s’est dirigé vers ses animaux pour les récupérer. Il a alors été pris pour cible par des tirs nourris en provenance d’une base militaire du CGRI et est mort sur le coup. Les forces iraniennes ont ensuite saisi son corps ainsi que son troupeau et les ont transférés en territoire iranien.

Restitution du corps et du bétail

Les médias kurdes ont indiqué que la dépouille de Rebaz Soleiman Saleh se trouvait à l’hôpital d’Urmia (Urmiye). Elle a été rapatriée au Kurdistan irakien ce dimanche 12 juillet 2026.

Concernant le troupeau, estimé entre 450 et 850 têtes selon les sources, il a été acheminé par les forces iraniennes vers la région d’Oshnavieh. Un processus de restitution est en cours grâce à la coordination entre les autorités des deux côtés de la frontière.

Il y a 37 ans, l’Iran assassinait un chef kurde à Vienne

0

Le 13 juillet 1989, le leader kurde Abdul Rahman Ghassemlou (Qasimlo), secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), et deux de ses collaborateurs, Fadil Rasoul et Abdullah Ghaderi Azar, ont été assassinés à Vienne en Autriche. Ils participaient à une réunion avec des représentants du régime iranien dans un appartement de la Linken Bahngasse, dans le troisième arrondissement. Leur assassinat est resté impuni.

Un piège tendu par Téhéran

Les trois Kurdes s’entretenaient avec une délégation iranienne envoyée par le président Akbar Hashemi Rafsanjani. Selon les éléments de l’enquête et les preuves accumulées au fil des ans, les négociateurs iraniens — Jafar Sahraroudi, Mustafa Ajvadi et Amir Mansour Bozorgian — étaient des agents du régime. Ils disposaient de passeports diplomatiques et avaient quitté l’Iran peu avant l’assassinat.

Malgré des preuves accablantes d’implication directe du régime islamique iranien (y compris des témoignages ultérieurs liant l’opération à des figures comme Mahmoud Ahmadinejad), les autorités autrichiennes ont permis aux trois suspects de se réfugier à l’ambassade d’Iran. Ils ont ensuite quitté le pays sans être véritablement interrogés ni jugés. Cette décision, largement critiquée, a été perçue comme un sacrifice de la justice au profit d’intérêts économiques et politiques avec l’Iran.

Des années plus tard, de nouvelles preuves ont émergé, dont le témoignage d’un citoyen allemand aux autorités italiennes en 2006 : il affirmait avoir livré des armes légères à l’ambassade d’Iran à Vienne au début du mois de juillet 1989, sur instruction des services de renseignement iraniens.

Qui était Abdul Rahman Ghassemlou ?

Né en 1930 à Urmia (Rojhilat, Kurdistan d’Iran), Ghassemlou a été marqué dès son adolescence par la République de Mahabad (1946), première expérience éphémère d’autonomie kurde, écrasée par l’Iran. À 16 ans, il assiste à l’exécution de Qazi Muhammad et à la répression qui s’ensuit.

Étudiant à Prague puis docteur en économie à la Sorbonne, il devient un intellectuel engagé. En 1973, il est élu secrétaire général du PDKI lors de son IIIe congrès et adopte le slogan qui résumera son combat : « Démocratie pour l’Iran, autonomie pour le Kurdistan ».

Après la révolution iranienne de 1979, il retourne au Kurdistan. Les espoirs d’une reconnaissance des droits kurdes sont rapidement déçus par l’ayatollah Khomeini, qui déclare Ghassemlou « ennemi de Dieu » en août 1979. Une répression sanglante s’abat alors sur le Kurdistan iranien, faisant plus de 10 000 morts selon certaines estimations. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), Ghassemlou dirige la résistance armée depuis les montagnes, notamment le Kandil. Après la mort de Khomeini, des négociations s’ouvrent avec Rafsanjani. Ghassemlou, qui préférait Paris, accepte finalement Vienne comme lieu de rencontre.

Le 13 juillet 1989 : les mots, puis les balles

Le jour de l’assassinat, Ghassemlou avait rendez-vous avec le ministère autrichien de l’Intérieur. La réunion a été annulée dans des circonstances encore inexpliquées. Une heure plus tard, lors de la rencontre avec les Iraniens, les négociations sont enregistrées. On y entend Ghassemlou déclarer qu’il ne peut pas accepter un accord vide de sens sur l’autonomie.

Peu après, les tirs éclatent. Ghassemlou est touché au front, aux tempes et au cou. Ses deux compagnons sont également tués. Jafar Sahraroudi, blessé, est évacué vers l’hôpital puis rapatrié en Iran, tout comme les autres membres de la délégation.

De retour en Iran, les assassins ont été promus : Bozorgian devient général des Pasdaran à Urmia, la ville natale de Ghassemlou. Sahraroudi poursuivra une carrière dans les opérations extérieures du régime.

Un assassinat impuni et une mémoire vivante

Malgré un mandat d’arrêt international, les tueurs ont continué à voyager en Europe. L’Autriche a été accusée d’avoir privilégié ses relations commerciales avec l’Iran (qui ont augmenté de 60 % dans les années 1990) au détriment de la justice. Un sondage de 1997 montrait que 55 % des Autrichiens estimaient que le gouvernement avait laissé les assassins s’échapper.

Aujourd’hui encore, les Kurdes honorent la mémoire d’Abdul Rahman Ghassemlou, intellectuel, leader politique et symbole d’un combat pour la démocratie et les droits du peuple kurde. Sa tombe se trouve au cimetière Père Lachaise, 76ème division, 14ème ligne, face à la 36ème division, 1ère tombe à partir de la 36ème division, dans la 20e arrondissement de Paris.

TURQUIE. Commémoration du massacre des Kurdes de la vallée de Zîlan

0

TURQUIE / KURDISTAN – Il y a 96 ans, en juillet 1930, l’armée turque massacrait des dizaines de milliers de Kurdes et incendiait des villages dans la vallée de Zilan (Gelîyê Zîlan), pendant la rébellion d’Ararat. Aujourd’hui, la Turquie y construit un barrage qui menace d’effacer les traces de ce drame.

Le 12-13 juillet 1930, sur ordre du gouvernement d’İsmet İnönü, Premier ministre de la jeune République turque, les forces armées turques (notamment le 9e corps d’armée sous le commandement de Ferik Salih Omurtak) ont mené une opération de « nettoyage » dans la vallée de Zilan, au nord d’Erciş (province de Van). Des villages ont été bombardés, incendiés et leurs habitants massacrés, qu’ils soient impliqués dans la rébellion ou non. Des dizaines de villages ont été rayés de la carte et des milliers de civils – femmes, enfants et vieillards inclus – ont été tués.

Un bilan controversé

Les journaux turcs de l’époque, comme Cumhuriyet, ont rapporté la mort de plus de 15 000 personnes, décrivant la vallée comme « remplie de cadavres » jusqu’à son embouchure : « Les aigles d’acier du Turc règlent leur compte aux insurgés. Le ruisseau de Zilan est entièrement rempli de cadavres. » D’autres estimations kurdes et de témoins font état de 45 000 à 47 000 victimes (notamment selon l’écrivain kurde Hesen Hîşyar Serdî). Des sources étrangères, comme le Berliner Tageblatt, évoquent 4 500 femmes et enfants tués et jusqu’à 220 villages détruits dans la région élargie.

Après le massacre, les villages ont été incendiés, les récoltes brûlées, les puits comblés et la région déclarée zone interdite pendant de longues années. Des survivants ont été déportés vers l’ouest de la Turquie (Aydın, Sinop, Adana, Zonguldak…), souvent séparés pour favoriser l’assimilation. Beaucoup n’ont jamais survécu aux conditions de détention ou d’exil.

Contexte historique

Ce massacre s’inscrit dans une série de répressions contre les Kurdes après la proclamation de la République en 1923 (révolte de Koçgiri en 1921, soulèvement de Cheikh Said en 1925, etc.). La vallée de Zilan servait de base arrière aux résistants de l’Ararat organisés autour du mouvement Xoybûn. L’État kémaliste y voyait un foyer de « banditisme » et de kurdicité à éliminer. İsmet İnönü affirmera peu après : « Seule la nation turque a le droit de revendiquer des droits ethniques et raciaux dans ce pays. »

Témoignage de l’historien Sedat Ulugana (interview 2019)

Dans une interview accordée à Barış Balseçer, l’historien et chercheur kurde Sedat Ulugana décrit le massacre comme un génocide : une extermination systématique motivée par des critères ethniques, avec destruction de l’espace vital (villages, cultures, puits) et effort pour éliminer les témoins. Il souligne la continuité des résistances kurdes de 1921 à 1938, souvent liées mais affaiblies par un manque de leadership national unifié, l’héritage des cheikhs khalidis et un faible niveau d’éducation et d’organisation politique à l’époque.

Ulugana rapporte des témoignages glaçants : viols, exécutions sommaires de survivants, nécrophilie, déportations et morts en détention. La région est restée zone militaire interdite jusqu’aux années 1950.

Aujourd’hui : effacer la mémoire ?

96 ans plus tard, la Turquie poursuit la construction d’un barrage dans la vallée de Zilan, sur le site appelé Nihala hestîya (« Vallée des os »), où reposeraient les restes des victimes. Ce projet, comme d’autres infrastructures dans la région, est perçu par de nombreux Kurdes comme une tentative d’effacer les preuves physiques du massacre.

Le massacre de Zilan reste un chapitre douloureux et peu enseigné de l’histoire turque. Il s’inscrit dans une longue série d’événements tragiques (Dersim 1937-1938, et d’autres épisodes plus récents) qui marquent la mémoire collective kurde.