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Kurdistan d’Iran : Entre le feu du ciel et l’étau du régime

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IRAN / ROJHILAT – Les populations de villes kurdes comme Sanandaj (Sînê) et Marivan, dans le Kurdistan iranien, traversent une période de terreur et de paralysie. Bien que des métropoles comme Téhéran ou Ispahan soient également touchées par d’intenses bombardements, les zones kurdes paient un tribut particulièrement lourd en raison de la densité urbaine et de la localisation des sites militaires et sécuritaires ciblés par les États-Unis et l’Israël.

1. Détournement des infrastructures civiles

Pour se protéger des frappes visant ses centres de commandement, le régime iranien a déserté de nombreuses bases militaires pour investir des bâtiments civils (hôpitaux, centres sportifs, bureaux administratifs). Cette tactique aggrave la détresse des habitants :

  • Services de santé dégradés : À Marivan et Sanandaj, des services hospitaliers entiers sont réquisitionnés par l’armée ou le renseignement, entraînant l’expulsion de civils blessés et l’impossibilité de prodiguer des soins d’urgence.

  • Justice délocalisée : Les activités judiciaires ont été transférées vers des zones agricoles pour échapper aux frappes.

2. Un bilan humain impossible à chiffrer

Les frappes américano-israéliennes, qui commencent souvent à l’aube, visent les infrastructures des Gardiens de la Révolution, des Bassidj et des services de renseignement. Cependant, l’imbrication de ces sites dans des quartiers résidentiels pauvres et fragiles provoque des pertes civiles massives :

  • Les familles sont surprises dans leur sommeil, et les secours sont freinés par les décombres et le manque de structures médicales disponibles.

  • À Marivan, des sources locales estiment qu’au moins 30 civils et 50 militaires auraient été tués, mais l’absence d’enregistrement officiel et les disparitions rendent tout bilan définitif illusoire.

3. Une vie quotidienne sous tension

Si les produits de première nécessité restent disponibles, l’inflation galopante rend la nourriture inaccessible aux plus précaires. Un exode partiel s’organise : les familles vivant à proximité des bases militaires fuient vers les villages, tandis que le reste de la population se terre chez elle dans une attente angoissante.

4. Un dilemme politique et existentiel

Après des décennies de répression par le régime, les bombardements ravivent à la fois l’espoir d’un changement et la terreur d’une destruction massive des villes et communautés kurdes. La peur domine, avec un sentiment de survie au jour le jour.

De Chaldiran à Lausanne : La Longue Fragmentation du Kurdistan (1514-1923)

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Le 24 juillet 1923, la signature du Traité de Lausanne a gravé dans le marbre la division définitive du Kurdistan entre la Turquie, l’Irak (sous mandat britannique), la Syrie (sous mandat français) et l’Iran. En effaçant les promesses d’autonomie kurde du Traité de Sèvres (1920), cet accord diplomatique a marqué le début d’un siècle de négation identitaire et de répression systématique sous les États-nations modernes. Pourtant, pour saisir la profondeur de cette rupture, il faut remonter aux racines impériales de la fragmentation : un processus séculaire où les Kurdes, dotés d’une semi-autonomie locale substantielle, ont été progressivement dépossédés de leurs structures politiques traditionnelles, avant d’être relégués au statut de minorités sans reconnaissance collective.

1. Le Paradoxe Safavide : Des Racines Kurdes à la Division

L’un des aspects les plus tragiques et fascinants de cette histoire réside dans les origines kurdes de la dynastie safavide, qui deviendra le principal rival des Ottomans et l’artisan d’une frontière rigide traversant le Kurdistan.

La lignée remonte à Sheikh Safi al-Din Ardabili (1252-1334), fondateur de l’ordre soufi Safaviyya. Les manuscrits anciens de la Safvat as-Safa (biographie datant des XVe-XVIe siècles) confirment explicitement que son ascendance passe par Firuz Shah Zarin-Kolah (ou Pirooz al-Kurdi al-Sanjani), un notable kurde originaire de Sanjar (Sinjar) en Kurdistan. La famille migre au XIe siècle vers Ardabil (Azerbaïdjan iranien), adoptant progressivement le persan tout en conservant des liens avec les communautés kurdes sunnites.

Cette ascendance kurde s’efface au fil du temps : sous Shah Ismail Ier (r. 1501-1524), la dynastie se « turquifie » militairement en s’appuyant sur les tribus turkmènes Qizilbash, et impose le chiisme duodécimain comme religion d’État en 1501. Cette décision crée une fracture religieuse profonde avec la majorité kurde sunnite (rite shafi’ite), transformant les Kurdes en sujets potentiellement déloyaux. Pour consolider l’empire face aux Ottomans, les Safavides pratiquent la « terre brûlée » au Kurdistan et déportent massivement des tribus kurdes vers le Khorassan (jusqu’à 15 000 familles sous Shah Abbas Ier), en faisant un tampon contre les invasions ouzbèkes et turkmènes. Ces enclaves kurdes isolées persistent aujourd’hui dans le nord-est de l’Iran.

2. L’Ère des Émirats : Une Semi-Autonomie Héréditaire (XVIe-XIXe siècles)

En réponse à la menace safavide, un pacte stratégique décisif est conclu en 1514-1515 entre l’érudit kurde Idris Bitlisi et le sultan ottoman Selim Ier, après la victoire ottomane à Chaldiran. Idris Bitlisi unifie plus de 46 émirs kurdes et négocie un accord formel reconnaissant leur semi-autonomie héréditaire en échange de loyauté, de troupes et de surveillance de la frontière orientale.

Ce système, parfois désigné comme l’« Eyalet de Kurdistan » dans les registres ottomans (bien que l’eyalet administratif formel ne date que de 1846-1867), octroyait aux émirs des prérogatives quasi régaliennes :

  • Souveraineté locale : gouvernance héréditaire, levée d’impôts (souvent réduits ou exemptés), maintien d’armées propres.

  • Justice et tradition : application des lois coutumières tribales et islamiques.

  • Rôle stratégique : rempart contre les Perses, sans unification kurde possible (frontières fixes, interdiction de fusion).

Principaux émirats : Botan (Cizre), Soran (Rawanduz), Baban (Sulaymaniyah), Hakkari, Bitlis, etc. Ce cadre permettait aux Kurdes de préserver une identité politique et culturelle locale pendant environ trois siècles, dans un arrangement pragmatique et mutuellement bénéfique avec les Ottomans.

3. Le Kurdistan : Champ de Bataille des Empires et Perte de l’Autonomie

Coincé entre Ottomans, Perses (puis Qajars) et Russes, le Kurdistan devient une zone tampon sacrifiée. Le traité de Zuhab (1639) stabilise temporairement la frontière, mais les guerres intermittentes persistent.

Au XIXe siècle, l’irruption russe et les réformes Tanzimat (centralisation dès 1839) accélèrent le démantèlement :

  • Campagnes contre Soran (1834-1837), Botan (1847 : Bedir Khan Beg, qui avait consolidé un pouvoir quasi-indépendant, est vaincu après trahison interne ; siège d’Eruh, reddition le 4 juillet 1847, exil en Crète).

  • Abolition des privilèges héréditaires, remplacement par gouverneurs ottomans directs.

  • Création des régiments Hamidiye (1891) sous Abdul Hamid II : milices kurdes irrégulières (principalement sunnites) pour contrer Russes et Arméniens, mais outil de contrôle et de division interne (impliquées dans les massacres hamidiens de 1894-1896 contre Arméniens ; représailles contre Kurdes dissidents).

La chute de Botan en 1847 symbolise la fin de l’autonomie traditionnelle : les Kurdes passent d’alliés semi-indépendants à sujets directs d’un État centralisé.

4. De la Centralisation au Déni de Lausanne

La fin du XIXe siècle intensifie les tensions : les Hamidiye militarisent la société kurde tout en l’étouffant. La Première Guerre mondiale (1914-1918) voit les Kurdes alliés aux Ottomans (participation au génocide arménien 1915), mais subissant massacres et déplacements massifs.

La chute de l’Empire ouvre une brève fenêtre : le Traité de Sèvres (1920) promet autonomie (articles 62-64) et potentiellement un État via plébiscite. Mais la victoire de Mustafa Kemal Atatürk force une renégociation. Lausanne (1923) ignore les Kurdes :

  • Fragmentation territoriale : découpage arbitraire d’une région homogène (~400 000 km²) entre quatre États hostiles.

  • Négation identitaire : aucune protection comme minorité nationale (contrairement aux Arméniens/Grecs), légitimant turquification, arabisation, persification.

Cela déclenche révoltes immédiates (Sheikh Said 1925), écrasées brutalement.

En conclusion, bien avant le Traité de Lausanne, les Kurdes étaient pris au piège d’une géopolitique sans pitié : divisions territoriales dès 1514, rôle d’alliés sacrifiables, répressions récurrentes. Pourtant, pendant des siècles, ils ont bénéficié d’une autonomie locale réelle et institutionnalisée sous l’Empire ottoman, à travers un réseau d’émirats semi-indépendants dotés de pouvoirs héréditaires, de gouvernance propre et d’exemptions fiscales partielles. Cette autonomie, progressivement érodée par la centralisation ottomane au XIXe siècle (réformes Tanzimat), a été définitivement anéantie par l’avènement des États-nations après 1923, qui ont imposé une négation totale de l’identité et des droits collectifs kurdes.

Les persécutions subies n’étaient pas toujours motivées par une hostilité ethnique pure, mais souvent par des considérations stratégiques liées à leur position frontalière sensible. Elles ont néanmoins créé un cycle de violence qui perdure encore aujourd’hui. Ce long parcours historique met en lumière la remarquable résilience du peuple kurde, capable de résister à plus d’un siècle de déni systématique de son identité et de son aspiration à l’autonomie.

Décès de Salih Muslim, figure centrale de la politique kurde syrienne

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KURDISTAN – L’homme politique kurde syrien, Salih Muslim est décédé ce soir des suites d’une insuffisance rénale à Erbil (Hewler).

Salih Muslim Muhammad est décédé ce soir dans un hôpital de Hewlêr (Erbil), des suites d’une insuffisance rénale. Personnalité majeure du paysage politique kurde syrien des deux dernières décennies, il était l’un des fondateurs et l’ancien co-président du Parti de l’Union démocratique (PYD).

Un parcours marqué par le militantisme et la prison

Né en 1951 à Kobané, Salih Muslim était ingénieur chimiste de formation, diplômé de l’Université technique d’Istanbul en 1977. Son engagement politique lui a valu plusieurs arrestations par les services de sécurité du gouvernement syrien, notamment en 2004 et 2006, périodes durant lesquelles il a été torturé de nombreuses fois.

Rôle au sein du PYD et du Rojava

Co-fondateur du PYD en 2003, il en prend la co-présidence en 2010. Sous sa direction, le parti est devenu la force politique dominante du Nord et de l’Est de la Syrie (Rojava) après le début de la guerre civile en 2011. Muslim a agi comme le principal représentant diplomatique de l’Administration autonome (AANES) auprès de la communauté internationale.

Sa trajectoire a été marquée par des tensions régionales persistantes. La Turquie, l’accusant de liens directs avec le PKK, avait émis des mandats d’arrêt à son encontre, menant à une brève interpellation à Prague en 2018. Sur le plan personnel, son fils Shervan, membre des YPG, a été tué en 2013 lors d’affrontements contre le groupe État islamique.

Un acteur des transitions politiques

Bien qu’ayant quitté la co-présidence formelle en 2017, il restait un membre influent du conseil présidentiel du PYD. Jusqu’à son hospitalisation, il participait activement aux discussions portant sur le statut de l’autonomie kurde et les structures de gouvernance dans la phase de transition actuelle de la Syrie.

Sa disparition intervient alors que les négociations sur l’avenir institutionnel du pays et la fin des injustices historiques subies par la minorité kurde restent au centre de l’agenda régional.

KURDISTAN : Le premier feu du Newroz allumé à Amed

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TURQUIE / KURDISTAN – Ce soir, au pied des remparts historiques d’Amed, le premier feu du Newroz 2026 a été allumé, lançant officiellement les célébrations du Nouvel An kurde. Cet acte symbolique marque le début d’une période de fête, mais aussi de revendications politiques à travers tout le Kurdistan, rappelant l’injustice séculaire subie par le peuple kurde et sa volonté de résistance.

Une foule en liesse au pied des murailles

Une foule immense s’est rassemblée autour du brasier pour danser au rythme des chants traditionnels kurdes. Une fois le feu allumé, la célébration a pris une dimension solennelle : portant des flambeaux et des dafs (tambours sur cadre traditionnels), les femmes kurdes sont montées sur les remparts antiques du quartier de Sur. Le son puissant des percussions et les flammes s’élevant sur les fortifications millénaires ont créé une atmosphère de force et de mémoire.

« Jin, Jiyan, Azadî » : Le cri de la liberté

Du haut des remparts, le cortège a fait résonner le slogan « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté). Ce cri de ralliement, internationalisé depuis 2022, symbolise ici la détermination des femmes face à l’oppression patriarcale et à la répression étatique.

En allumant ce premier feu, les femmes d’Amed réaffirment que le Newroz est bien plus qu’une célébration du printemps : c’est le symbole historique de la victoire de la liberté sur la tyrannie.

 

Kobanê : 50 jours de siège et une catastrophe sanitaire imminente

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SYRIE / ROJAVA – Depuis le 20 janvier 2026, la ville kurde de Kobanê subit un siège sévère imposé par des factions armées affiliées à la Turquie et à Damas. Malgré l’accord conclu le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire syrien, le blocus persiste, privant la population d’eau potable, de nourriture, de médicaments et d’éducation.

Ahmad Mahmoud, coprésident de l’Autorité sanitaire de la ville, a détaillé pour l’agence ANHA l’ampleur de la catastrophe humanitaire en cours après cinquante jours de siège.

Un système de santé sous pression extrême

L’afflux massif de réfugiés en provenance des villages environnants a saturé les infrastructures médicales urbaines. L’hôpital de Kobanê reçoit désormais environ 800 patients par jour. Parallèlement, les centres de santé de Jableh, Karak, Sirrin et Al-Qadriya sont totalement hors service après avoir été pillés par les factions pro-turques.

Pénurie critique de médicaments vitaux

Le manque de fournitures médicales met en péril la vie des patients souffrant de pathologies chroniques :

  • Maladies chroniques : Les médicaments pour le diabète, l’hypertension, le cœur et le cancer sont devenus introuvables. Le centre de traitement du diabète est d’ailleurs fermé.

  • Épidémies : Les stocks pour traiter la leishmaniose (disponibles uniquement à l’hôpital de Mishtenur) sont presque épuisés face à l’augmentation des cas.

  • Chirurgie : La rareté des produits anesthésiants menace de provoquer l’arrêt total des interventions chirurgicales.

Infrastructures et équipements en panne

L’électricité étant coupée depuis le début du blocus, les structures médicales dépendent de générateurs fonctionnant en continu. Cette situation a entraîné des pannes massives :

  • De nombreux appareils de radiologie sont hors service.

  • Sur les quatre appareils de dialyse de la ville, un seul reste opérationnel en raison des instabilités électriques.

L’urgence des vaccins pour enfants

Le stock de vaccins infantiles diminue dangereusement. Ahmad Mahmoud rappelle que ces vaccins, fournis par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), transitent par le gouvernement intérimaire syrien. Il exige que la part destinée à Kobanê soit acheminée sans délai.

Appel à la levée immédiate du blocus

Bien que le gouvernement intérimaire nie l’existence de ce siège, Ahmad Mahmoud souligne que la fermeture des routes et l’absence totale d’approvisionnement constituent une réalité indéniable.

« Si la situation perdure, nous serons confrontés à une véritable catastrophe. Nous appelons les organisations de défense des droits humains à faire pression pour la réouverture urgente des routes vers Kobanê. »

ROJAVA. Mazloum Abdi promet justice et transparence après le décès d’Alaa Al-Amin

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QAMISHLO – Le Commandant en chef des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a publié un communiqué suite à l’attaque qui a visé la tente de deuil du jeune Alaa Al-Amin et suite au décès de ce dernier durant sa détention par les services de sécurité kurdes (Asayish).

Justice pour Alaa Al-Amin

Mazloum Abdi a fermement condamné l’attaque contre la tente de deuil, la qualifiant d’acte de sabotage. Il a assuré que les autorités compétentes poursuivront les auteurs sans relâche afin qu’ils répondent de leurs actes devant la loi.

Concernant le décès du jeune homme alors qu’il était aux mains des services de sécurité, le général Abdi a annoncé des mesures immédiates :

  • Commission d’enquête : Une instance indépendante a été constituée pour faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame.

  • Transparence totale : Les conclusions de l’enquête seront rendues publiques dans les prochains jours.

  • Tolérance zéro : Le Commandant des FDS s’est engagé à ce que toutes les personnes impliquées soient tenues pour responsables, sans exception ni indulgence, quel que soit leur rang ou leur affiliation.

Un message aux familles

Présentant ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches d’Alaa Al-Amin, Mazloum Abdi a réaffirmé son engagement personnel à ce que justice soit rendue. Cette déclaration vise à apaiser les tensions et à garantir l’intégrité des institutions de l’Administration Autonome face à ces graves incidents.

Les émirats et principautés kurdes : Un millénaire d’autonomie

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L’idée selon laquelle le peuple kurde n’aurait jamais exercé de souveraineté politique est une contre-vérité historique qui ignore près d’un millénaire de structures étatiques autonomes. Entre le Xe et le XIXe siècle, le Kurdistan n’était pas un vide politique, mais une mosaïque d’émirats et de principautés puissantes — tels que les Marwanides, les Baban ou l’émirat de Bohtan — qui battaient monnaie, rendaient la justice et entretenaient des armées permanentes. L’existence même du Sharafnama*, écrit en 1597, témoigne d’une conscience politique ancienne et documentée, répertoriant des dizaines de dynasties ayant exercé un pouvoir régalien bien avant l’émergence des États-nations modernes. Cette autonomie traditionnelle n’a pas disparu par manque de maturité politique, mais a été délibérément brisée par les politiques de centralisation forcée des empires ottoman et perse au XIXe siècle, transformant une réalité historique séculaire en une lutte contemporaine pour la reconnaissance.

L’histoire kurde est marquée par l’existence de nombreux émirats, principautés et seigneuries. Si les Kurdes n’ont jamais fondé un empire unique et durable — à l’exception notable des Ayyoubides de Saladin, au caractère multinational — ils ont dirigé des entités semi-indépendantes souvent puissantes.

La période médiévale précoce (Xe – XIIe siècles)

Dès le déclin du califat abbasside, plusieurs dynasties kurdes s’affirment comme des puissances régionales, tout en reconnaissant parfois la suzeraineté nominale des autorités centrales :

  • Hasanwayhides (≈ 959–1015) : Régions de Hamadan et Dinawar (Ouest de l’Iran).

  • Marwanides (≈ 990–1096) : Centrés sur Diyarbakır (Amid) et la Haute-Mésopotamie.

  • Shaddadides (≈ 951–1199) : Présents dans le Caucase (Arménie, Arran).

  • Annazides (Banu Annaz, ≈ 990–1117) : Établis dans les montagnes du Zagros.

  • Rawadides : Influence autour de Tabriz et Maragha.

L’âge d’or des émirats sous les Ottomans et les Safavides (XVIe – XIXe siècles)

Après la bataille de Chaldiran (1514), les Empires ottoman et safavide se partagent le Kurdistan. Pour sécuriser leurs frontières, ils accordent une large autonomie aux princes kurdes (mîr ou beg), qui font office de tampon stratégique.

La question de l’origine kurde des Safavides

La dynastie safavide, fondée en 1501 par Shah Ismail Ier, était elle-même d’origine kurde-iranienne. Sa lignée remonte à Sheikh Safi al-Din Ardabili (1252–1334). Des sources anciennes (telles que le Safwat al-Safa) qualifient leurs ancêtres, comme Firuz-Shah Zarrin-Kolah, de « kurdes de Sanjan ». Installés à Ardabil au XIe siècle, ils se sont progressivement turquifiés linguistiquement au contact des tribus Qizilbash, tout en conservant leur socle ethnique kurde. Cette origine rend les relations safavido-kurdes complexes : une dynastie d’extraction kurde imposant le chiisme à des principautés kurdes majoritairement sunnites.

Les principaux émirats de cette période :

  • Émirat de Soran (XIVe–XIXe) : Autour d’Erbil, Kirkouk et Rawanduz.

  • Émirat de Baban : Centré sur Souleimaniye.

  • Émirat de Badinan (XIVe–1843) : Régions de Dohuk et Amadiya.

  • Émirat de Bohtan (Botan) : Puissant sous Bedirxan Beg à Cizre au XIXe.

  • Émirat de Bitlis (XIIe–1847).

  • Émirat de Hakkari (XIVe–1845).

  • Émirat d’Ardalan : À l’est (Sanandaj / Sînê), vassal persan jusqu’en 1867.

  • Autres entités : Mahmudi, Şirvan, Palu, Eğil, Bradost (lieu de la célèbre révolte de Dimdim en 1609-1610), etc.

Le Sharafnama (1597), rédigé par le prince Sharaf Khan de Bitlis, demeure le témoignage le plus précieux de cette époque, recensant 33 dynasties kurdes actives.

La fin de l’autonomie traditionnelle

Entre 1830 et 1880, les réformes centralisatrices ottomanes (les Tanzimat) et les offensives militaires mettent fin à ce système féodal. Les émirats tombent les uns après les autres : le Bohtan en 1847, les Baban en 1850, et l’Ardalan côté iranien en 1867. Cette centralisation marque le passage d’une autonomie kurde traditionnelle à une administration directe par les États modernes.

En résumé : L’histoire politique kurde est celle d’une vitalité millénaire, illustrée par une mosaïque de seigneuries souveraines qui ont dominé la région jusqu’au milieu du XIXe siècle.

*Le Sharafnameh ou Sherefname est une célèbre chronique kurde. Son auteur est Sharaf al-Din Bitlisi, prince, poète et historien kurde. Le texte est considéré comme l’une des principales sources sur l’histoire kurde.

Un poète kurde meurt en exil en Suisse

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SUISSE – Le poète kurde originaire du Rojava, Ehmed Huseynî vient de décéder en Suisse où il était soigné pour un cancer. 

 

Huseynî est né à Amûdê en 1955 et y a effectué sa scolarité primaire. Il est ensuite parti étudier la philosophie à l’université de Damas. Cependant, le régime syrien lui a interdit de faire valoir son diplôme.

Ehmed Huseynî a été contraint de s’exiler en Suisse en 1989. Tout au long de sa vie, il a travaillé dans les domaines de la poésie et de la littérature et a également animé des émissions sur ROJ TV.

Le Mouvement européen de la culture et des arts (TEV-ÇAND) a rendu hommage au poète Ehmed Huseynî dans un communiqué.

TEV-ÇAND a écrit : « C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre grand intellectuel et poète, Ehmed Huseynî. Figure pionnière de la poésie kurde libre et moderne, Huseynî a joué un rôle de trait d’union entre les générations. Son style unique lui permettait de créer non seulement des phrases, mais presque des mots. C’est pourquoi on le surnommait le « cheikh des mots ». Il offrait à ses lecteurs des émotions et des mots d’une grande profondeur philosophique. 

Fort du succès de la révolution du Rojava, il retourna au Rojava, réalisant ainsi son rêve et ses convictions, affirmant : « Aimer sa terre, c’est s’accomplir pleinement en l’enlaçant. » Parallèlement à de nombreuses œuvres littéraires et à des activités culturelles patriotiques, il devint l’un des pionniers et fondateurs de l’Union des intellectuels du Rojava Kurdistan (Hevgirtina Rewşenbîrên Rojavayê Kurdistanê). Son retour au Rojava permit également à l’Union de rétablir son siège dans cette région.

Ehmed Huseynî aimait sa terre natale plus que tout. C’est pourquoi il a décidé de retourner au Rojava. Grâce à sa modestie, sa grande amitié et sa maturité intellectuelle, il a su tisser des liens d’amitié avec toutes les générations et conquérir le cœur de chacun. Ces deux dernières années, il a lutté contre la maladie, mais aussi longtemps que ses forces le lui ont permis. 

En tant que Mouvement démocratique pour la culture et les arts, nous sommes profondément reconnaissants envers Ehmed Husseinî pour son amour de la patrie et de la liberté. Il était un compagnon d’art et de culture, un fervent défenseur de la lutte et de la résistance, et dévoué à son pays. Nous présentons nos condoléances à son peuple et à tous ceux qui l’aimaient. » (ANF)

Les gangs de Damas pillent et détruisent les villages de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Les gangs de Damas ont lancé une vague de pillages et de sabotages systématiques visant les infrastructures vitales de plusieurs villages du canton kurde de Kobanê.

Des preuves documentées par l’agence ANHA révèlent l’ampleur des destructions commises par les factions du Gouvernement intérimaire syrien dans les zones rurales de Kobanê. Dans le village de Bir Nasser, des images montrent les exactions perpétrées par ces groupes armés pro-turcs avant qu’ils ne quittent la zone.

Destruction des infrastructures de base

Les rapports de terrain confirment une volonté délibérée de rendre les villages inhabitables pour les populations kurdes :

  • Accès à l’eau : Plusieurs puits artésiens ont été bouchés et les pompes à eau ont été dérobées, privant les villageois de leur principale ressource en eau potable.

  • Électricité : Les câbles et les fils électriques alimentant les maisons ont été coupés et emportés, paralysant le réseau local.

  • Moyens de subsistance : Des élevages de volailles ont été pillés et détruits, impactant directement l’économie de subsistance des familles.

Destructions d’habitations

Le vandalisme s’est étendu à l’intérieur même des foyers, où portes et fenêtres ont été systématiquement démontées et volées. Plus grave, des habitations ciblées ont été détruites à l’explosif :

  • La maison de Haji Meso a été dynamitée.

  • La demeure de la famille du martyr Bahoz a été piégée et a explosé.

Un retrait marqué par les exactions

Ces faits se sont produits dans 74 villages situés dans les campagnes sud et est de Kobanê. Ces zones font l’objet d’un retrait des factions pro-turques suite à l’accord du 29 janvier conclu avec les Forces démocratiques syriennes (FDS). En endommageant ainsi les infrastructures civiles et les propriétés privées juste avant leur départ, ces factions aggravent la précarité des habitants et compliquent le retour à la normale pour les communautés kurdes de la région.

ROJAVA. Les familles kurdes exigent le retour de leurs otages avant l’Aïd el-Fitr

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SYRIE / ROJAVA – Les familles des otages et disparus kurdes continuent à exhorter Damas à libérer leurs proches et rendre les dépouilles de ceux tués alors que s’approche la fête de l’Aïd el-Fitr.

Sur la Place des Femmes Libres, lieu emblématique de la victoire contre l’obscurantisme, les familles de Kobanê se sont rassemblées pour une veillée poignante. Organisée par le Conseil des familles des martyrs, cette mobilisation vise à briser le silence entourant le sort des captifs détenus par le Gouvernement intérimaire syrien (affilié aux factions pro-turques) et à exiger la restitution des dépouilles des martyrs.

La douleur des familles kurdes

Portant les portraits de leurs disparus, les mères, sœurs et enfants ont exprimé leur détresse à travers des messages simples et directs : « Où est mon père ? », « Je veux mon fils », « Liberté pour les otages ». Pour ces familles, l’attente est une torture psychologique qui dure depuis des mois.

Un appel à la dignité avant l’Aïd

Mohamed Bouzi, coprésident du Conseil des familles des martyrs, a rappelé que si l’administration locale détient également des prisonniers, la réciprocité n’est pas respectée par la partie adverse. Il a martelé l’urgence d’un dénouement humanitaire :

« En ce mois sacré du Ramadan, nous demandons que nos prisonniers retournent auprès de leurs familles. Notre position est ferme : nous exigeons leur libération et la remise des corps de nos martyrs avant l’Aïd el-Fitr. »

Appel à l a communauté internationale

Le communiqué exhorte les organisations internationales de défense des droits humains à sortir de leur passivité. Il demande une pression diplomatique réelle sur le Gouvernement intérimaire syrien afin que les Kurdes de Kobanê puissent enfin faire leur deuil ou retrouver leurs proches pour les célébrations de la fin du Ramadan. (ANHA)

Newroz à Marseille

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MARSEILLE – Le 26 mars prochain, il y aura une soirée de célébrations du nouvel-an kurde (Newroz) à la Mairie du du 2/3 de Marseille.

Jeudi 26 mars, la Mairie du 2/3 de Marseille aux côtés de l’association Solidarité Liberté Provence et du Collectif Solidarité Kurdistan 13 ont le plaisir de vous accueillir afin de célébrer Newroz, le Nouvel An Kurde, à la Mairie du 2/3, 2 Place de la Major, 13002 Marseille.

Newroz, est une fête ancestrale de la culture kurde, signifiant le Jour nouveau qui célèbre l’équinoxe du printemps dans les régions du Kurdistan, du Moyen-Orient et d’Asie Centrale.

Au programme :

[𝐄𝐧 𝐢𝐦𝐦𝐞𝐫𝐬𝐢𝐨𝐧] 𝐉𝐞𝐮𝐝𝐢 𝟐𝟔 𝐦𝐚𝐫𝐬 : Venez assister à la démonstration d’une danse folklorique kurde appelée Govend ainsi que de la musique avec l’ensemble associatif kurde de Marseille, en compagnie de KEÇE ROJEN & TEVCAND / MARSÎLYA, accompagnée d’une dégustation de spécialités culinaires. Une ambiance festive et conviviale.

[𝐄𝐱𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧] 𝐃𝐮 𝟐𝟔 𝐦𝐚𝐫𝐬 𝐚𝐮 𝟏𝐞𝐫 𝐚𝐯𝐫𝐢𝐥 : Exposition « Özgür Gündem » (l’Agenda libre) : manuscrit entièrement illustré et dessiné à la main depuis la prison des femmes de Mardin avec des nouvelles et reportages, tirés de leur milieu carcéral.

IRAN. Au moins 4 300 morts, dont 390 civils, en dix jours de guerre

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IRAN / ROJHILAT – L’ONG kurde Hengaw dresse un premier bilan alarmant des dix premiers jours du conflit opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël : au moins 4 300 personnes ont été tuées, dont 390 civils. Les frappes, qui ont touché 167 villes à travers 24 provinces, ont principalement décimé les forces militaires iraniennes, avec environ 3 910 membres du CGRI et de l’armée tués. L’ONG dénonce une stratégie dangereuse des autorités iraniennes consistant à déplacer leurs troupes vers des zones résidentielles, écoles et mosquées, utilisant ainsi la population comme bouclier humain et multipliant les risques de victimes civiles.

Au moins 4 300 personnes ont été tuées durant les dix premiers jours de la guerre entre les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran, selon des données vérifiées compilées par l’organisation Hengaw pour les droits humains. Parmi les victimes, on compte 390 civils, soit 9,6 % du total des pertes, et 3 910 membres des forces armées iraniennes.

Ces chiffres sont basés sur des documents de terrain et des données collectées depuis le début de la guerre, le samedi 1er mars 2026, et couvrent la période jusqu’au lundi 9 mars, dixième jour du conflit.

Répartition des victimes et étendue géographique des attaques

D’après les données enregistrées par le Centre de statistiques et de documentation de l’organisation, des installations militaires et gouvernementales dans 167 villes réparties dans 24 provinces d’Iran ont été ciblées par des frappes aériennes et de missiles au cours de cette période.

Les sites visés comprenaient des bases du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), des centres Basij, des aéroports militaires, des installations de missiles, des commissariats de police, des institutions judiciaires, des bureaux de renseignement, des garnisons de l’armée et des quartiers généraux des forces spéciales.

Les informations recueillies au cours de ces enquêtes indiquent qu’environ 3 900 militaires du gouvernement iranien ont été tués, la plupart étant affiliés aux Gardiens de la révolution iraniens, à l’armée iranienne et à l’armée de l’air.

Les pertes militaires les plus importantes ont été enregistrées dans les provinces de Téhéran, Kermanshah, Hormozgan, Kurdistan et Sistan-et-Baloutchistan.

Au moins 390 civils ont été tués au cours des dix premiers jours de la guerre.

Le plus grand nombre de victimes civiles a été enregistré dans la province d’Hormozgan. D’après les documents disponibles, une part importante des personnes tuées étaient des écolières de l’école primaire Shajareh Tayyebeh.

Outre Hormozgan, des décès de civils — dont plusieurs enfants et femmes — ont également été recensés dans les provinces de Téhéran, du Kurdistan, de Kermanshah, de Fars, du Khorasan Razavi, de Qazvin, d’Alborz, d’Azerbaïdjan occidental (Urmia) et d’Azerbaïdjan oriental.

D’après les données compilées, au moins 390 civils ont été tués lors de ces attaques, ce qui représente 9,6 % du total des victimes enregistrées au cours des dix premiers jours de la guerre.

De nombreux rapports reçus au cours de cette période indiquent que les forces militaires iraniennes ont abandonné certaines installations militaires et se sont positionnées dans des écoles, des dortoirs scolaires et des mosquées situés dans des zones résidentielles civiles, une pratique qui pourrait augmenter considérablement le risque de victimes civiles.

Ces derniers jours, il a également été rapporté que des habitants du quartier Mosk 2 à Marivan s’étaient rassemblés pour protester et avaient empêché les forces militaires gouvernementales de prendre position à l’intérieur d’une salle de sport.

De lourdes pertes parmi les forces gouvernementales iraniennes au Kurdistan et un manque de transparence

Durant les dix premiers jours du conflit, les avions de chasse israéliens et américains ont mené des frappes massives contre des cibles militaires et gouvernementales. Dans 32 villes des provinces d’Ilam, de Kermanshah, du Kurdistan et d’Azerbaïdjan occidental (Urmia), au moins 180 bases militaires et centres de sécurité appartenant à la République islamique d’Iran ont été visés.

Les enquêtes indiquent qu’au moins 900 membres des forces militaires et de sécurité du gouvernement iranien ont été tués dans ces quatre provinces au cours des dix premiers jours de la guerre.

Dans le même temps, au moins 50 civils ont été tués lors de ces attaques, les chiffres les plus élevés ayant été enregistrés dans les villes d’Urmia, Sanandaj, Divandarreh, Naqadeh, Bukan et Kermanshah.

Des études antérieures indiquent également que les institutions de sécurité se sont abstenues de publier des chiffres précis sur les pertes militaires, en particulier dans les villes kurdes, et que, dans les rares cas où des chiffres ont été annoncés, les nombres rapportés sont nettement inférieurs au bilan réel.

L’organisation Hengaw pour les droits humains souligne l’urgence de la transparence dans l’identification des victimes et de la protection des civils lors des conflits armés, conformément aux conventions internationales.

L’organisation appelle une fois de plus les instances internationales à surveiller de près les pertes civiles et, compte tenu de la politique de dissimulation de la République islamique, à obliger fermement toutes les parties impliquées dans le conflit à protéger les vies civiles.