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Pour les Kurdes de Syrie, l’école en langue maternelle est un droit non négociable

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SYRIE / ROJAVA – Partout dans le monde, chaque nation vit, parle, écrit, s’instruit et s’exprime dans sa propre langue. Le droit d’utiliser et d’apprendre dans sa propre langue est un droit légitime et naturel de tous les peuples, garanti par les conventions internationales relatives aux droits de l’homme. Il ne devrait jamais faire l’objet de discussions.

Au Kurdistan, malheureusement, la situation est bien différente. Le peuple kurde a subi l’assimilation et l’extermination pendant des siècles. Après la division du Kurdistan en quatre parties, l’assimilation s’est intensifiée. L’arabe, le turc et le persan ont été imposés aux Kurdes. Une des langues et cultures ancestrales de cette terre a ainsi été menacée d’extinction.

Parallèlement, les Kurdes des quatre régions du Kurdistan et de la diaspora ont lutté pour défendre la langue kurde. Ils sont parvenus à protéger la langue et la culture kurdes par divers moyens.

Le Rojava, ou Kurdistan occidental, a été la région la plus touchée par ces politiques d’assimilation. La langue et la culture kurdes y furent interdites dès les débuts du régime baasiste.

Dans un premier temps, le régime a interdit les publications kurdes et l’enseignement du kurde dans les écoles et les universités. Puis, avec la politique de la « ceinture arabe », il a commencé à changer les noms des régions, districts et villages kurdes et à les remplacer par des noms arabes.

Cette politique n’était pas un simple changement. À y regarder de plus près, elle visait également à couper les Kurdes de leur histoire et à normaliser la culture de l’arabisation dans la psyché kurde.

Bien entendu, parler kurde dans les écoles et les institutions gouvernementales était totalement interdit. Quiconque parlait kurde était arrêté. Les travailleurs kurdes étaient licenciés et se retrouvaient sans emploi. Les exemples sont nombreux et beaucoup de témoins de cette politique sont encore vivants aujourd’hui.

J’ai moi-même étudié pendant trois ans dans les écoles du régime baasiste déchu. Je me souviendrai toujours de la façon dont on nous empêchait de parler notre propre langue. Pour les enfants d’autres nations, l’école était peut-être un lieu de savoir. Mais pour nous, ce fut un choc : dans ce lieu, la langue que nous parlions avec nos mères à la maison était interdite. J’étais épuisée en voyant cela. À un moment donné, j’ai dit à ma mère que je ne voulais plus aller à l’école, car je ne savais pas parler cette langue étrangère qu’on nous forçait à utiliser et qu’on attendait de nous.

En revanche, nos professeurs nous disaient que ceux qui parlaient bien arabe pouvaient gagner des prix et se voir offrir des opportunités. Par ces méthodes, ils voulaient nous éloigner de notre langue kurde et nous inciter à privilégier l’arabe.

Bien sûr, ces politiques d’assimilation n’ont pas donné de résultats probants. Au Rojava, nos mères ont toujours protégé la langue et la culture kurdes en nous les éduquant à la maison. La langue kurde a toujours été défendue par des mères kurdes travailleuses et dévouées. Des linguistes, des écrivains et des défenseurs des droits linguistiques dispensaient clandestinement des cours de kurde à de petits groupes. Certains imams et érudits religieux ont également joué un rôle important dans la préservation du kurde.

En 2007, dans un petit village reculé, un groupe de militants a fondé l’Institut de la langue kurde (SZK). Dans des conditions extrêmement difficiles et dans le plus grand secret, ils ont commencé à enseigner la langue kurde aux enfants. Ils travaillaient avec de petits groupes dans des maisons privées. Parfois, il était même trop dangereux de permettre à leurs élèves de posséder des manuels scolaires.

Leurs efforts se sont poursuivis ainsi jusqu’à la révolution du Rojava. En 2012, au début de la révolution, la langue kurde a fait son entrée dans la vie publique.

Pour la première fois, des écoles de langue kurde ont ouvert leurs portes. Dans ces établissements, les enfants kurdes pouvaient étudier dans la langue qu’ils parlaient à la maison. Les premières écoles et la première université où le kurde était la langue d’enseignement ont été inaugurées à Afrin. Dès que le programme scolaire correspondant a été élaboré, les élèves ont pu suivre un enseignement en kurde du primaire au secondaire. Par la suite, l’Université de Rojava et l’Université de Kobané ont été fondées. Dans ces universités, la plupart des cours sont dispensés en kurde, bien que certains utilisent également l’arabe et l’anglais.

Aujourd’hui au Rojava, il existe une génération qui a été éduquée non seulement pour connaître sa langue, mais aussi pour en être fière.

Lorsqu’une personne est éduquée dans sa propre langue, elle peut s’épanouir pleinement et progresser à tous les niveaux. En tant que journaliste, lorsque je m’entretiens avec des étudiants, ils me disent être très satisfaits de l’enseignement en langue kurde et y trouver un écho à leur existence et à leur identité. Aujourd’hui, certains étudiants kurdes ont même commencé à écrire leurs propres livres, à repérer les erreurs dans les ouvrages anciens et à les signaler directement aux autorités compétentes.

Après la chute du régime Baas et l’arrivée du gouvernement de transition syrien, les Kurdes espéraient que le nouvel État reconnaîtrait le kurde comme langue officielle et que toutes les communautés de Syrie pourraient étudier et vivre avec leurs propres langues, cultures, littératures et histoires.

Il est désormais clair que la lutte se poursuivra et qu’un chemin difficile attend le peuple kurde vers la reconnaissance constitutionnelle et la garantie de la langue kurde. L’accord d’intégration du 29 janvier 2026 entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition comprend deux articles relatifs à l’éducation kurde. Depuis son annonce, une délégation du ministère syrien de l’Éducation a rencontré les autorités éducatives du Rojava. Le gouvernement a également annoncé son intention d’élaborer un programme scolaire en kurde.

Mais la position du gouvernement sur l’éducation kurde et les revendications de la plupart des Kurdes syriens divergent fortement. Un programme scolaire kurde existe déjà. Au Rojava, les Kurdes fréquentent des écoles où le kurde est la langue d’enseignement depuis plus de dix ans.

Le gouvernement, quant à lui, souhaite proposer seulement deux heures par semaine de cours facultatifs de kurde dans certaines régions. Tous les autres supports pédagogiques, pour toutes les autres matières, resteront en arabe, comme auparavant. Autrement dit, il s’agit d’un retour à l’assimilation forcée, où les enfants devaient se débrouiller pour comprendre la langue d’enseignement avant même de pouvoir aborder les matières scolaires.

Le peuple kurde rejette massivement cette position. J’ai discuté avec de nombreux étudiants kurdes et leurs familles qui affirment qu’un retour à un enseignement exclusivement en arabe est hors de question. Les Kurdes ne sont pas prêts à revenir au statu quo d’avant 2011. Ils sont profondément attachés à leur histoire, leur littérature, leur culture et leur langue, et c’est dans cette perspective qu’ils abordent cette question politique. Ils savent que s’ils renoncent à leur droit à l’éducation dans leur langue maternelle, ils perdront leur statut : un peuple qui perd sa langue se retrouvera bientôt sans nation.

L’enseignement du kurde, de la maternelle à l’université, est donc [primordial]. Le statut officiel et égalitaire du kurde doit être garanti dans la nouvelle Constitution syrienne. L’enseignement en langue kurde et les diplômes délivrés par l’Administration autonome doivent être reconnus. Le nouveau programme scolaire doit aborder les questions kurdes dans une perspective d’égalité, afin que les enfants kurdes – comme tous les enfants de toutes les communautés de Syrie – puissent découvrir leur culture, leur littérature, leur art et leur histoire.

Il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas de demandes particulières, mais de droits garantis par les conventions internationales et ancrés dans la réalité de la société kurde syrienne. Les droits des Kurdes sont la pierre angulaire de la démocratisation dans la nouvelle Syrie. Sans leur participation, la paix et la cohésion sociale seront impossibles.

Si le gouvernement persiste dans sa politique actuelle, une chose est sûre : les Kurdes ne renonceront pas à leur droit à la langue. Aujourd’hui, au Rojava, les enfants kurdes commencent leur journée d’école par les mots « Be ziman jiyan nabe » , c’est-à-dire « sans notre langue, il n’y a pas de vie ». Notre peuple n’acceptera pas une vie sans la langue kurde ni une vie où elle serait reléguée au second plan. C’est un droit humain fondamental et notre ligne rouge.

Par Serkeft Hisen, journaliste kurde basé au Rojava

Article ‘en anglais) publié sur le site Kurdish Peace Institut « For Syrian Kurds, Mother-Tongue Education is a Red Line« 

TURQUIE. Un journaliste kurde lauréat du Prix Metin Göktepe

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TURQUIE / KURDISTAN – Le prix Metin Göktepe pour la meilleure photographie a été décerné au journaliste kurde Adnan Bilen, de l’agence de presse Mezopotamya (MA), pour son cliché intitulé « Témoignage sous les bottes ».

Prise fin janvier 2026 à Van lors d’une manifestation contre l’offensive du gouvernement de transition syrien au Rojava, cette image puissante montre Emrah Kertiş, représentant de la Fondation turque des droits de l’homme (TIHV), plaqué au sol et maîtrisé par des policiers turcs.

Le prix Metin Göktepe, créé en hommage au journaliste kurde assassiné en 1996, récompense chaque année le journalisme d’investigation, le courage et le professionnalisme, particulièrement chez les jeunes reporters. Le jury, composé de journalistes renommés, a sélectionné les lauréats parmi un grand nombre de candidatures de qualité.

Autres prix notables :

En catégorie Texte : Hazar Dost (Aposto) et Cengiz Anıl Bölükbaş (T24), avec plusieurs prix spéciaux pour des enquêtes sur les violences policières, les conditions de détention et les dégradations environnementales.

En catégorie Vidéo : Emre Şimşek (T24) pour son enquête sur la mort du journaliste Hakan Tosun à Istanbul, avec un prix spécial pour un reportage sur les conditions de vie à Şilivri.

En journalisme local : Akın Bodur pour un reportage sur les barrières linguistiques dans le système de santé de Hatay après le séisme de 2023.

Un prix spécial « Journalistes emprisonnés et journalisme menacé » a également été décerné, soulignant la répression croissante contre la presse en Turquie. Il a été remis à Fadime Göktepe, mère de Metin Göktepe, qui a déclaré avec émotion : « Vous êtes tous Metin. »

La cérémonie de remise des prix se tiendra le 10 avril 2026, jour anniversaire de la naissance de Metin Göktepe.

Qui était Metin Göktepe ?

Metin Göktepe était un jeune journaliste kurde alévi originaire de Sivas. En seulement trois ans de carrière, il couvrait les sujets les plus sensibles : la résistance dans les prisons, la misère des bidonvilles d’Istanbul et les veillées des Mères du samedi à Galatasaray.

Le 8 janvier 1996, alors qu’il filmait les funérailles de prisonniers politiques tués lors d’une mutinerie à la prison d’Ümraniye, il a été arrêté avec plus d’un millier de personnes. Entassé dans un gymnase à Eyüp, il a été battu à mort par des policiers. Son corps a été retrouvé peu après.

Les autorités ont d’abord nié son arrestation, puis affirmé qu’il était « tombé d’un mur ». Après une autopsie prouvant un décès par traumatisme crânien et multiples coups, flics policiers ont été condamnés – une première en Turquie pour le meurtre d’un journaliste. Ils ont toutefois bénéficié d’une amnistie après seulement un an et huit mois de détention.

Aujourd’hui, le prix qui porte son nom continue de symboliser la lutte pour une presse libre face à l’impunité et à la répression.

ROJAVA. Célébrations d’Akitu à l’ombre des gangs de Damas

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SYRIE / ROJAVA – Les Syriaques et les Assyriens célèbrent le festival d’Akitu sur la place de Qamishlo, dans le nord-est de la Syrie (Rojava). Ce rituel millénaire, héritier direct des traditions sumériennes, babyloniennes et assyriennes, est considéré comme le plus ancien festival connu de l’humanité. Chaque 1er avril, il marque le Nouvel An assyro-babylonien et symbolise le renouveau de la nature et de la vie.

Dans les zones contrôlées par les groupes djihadistes ou par le nouveau pouvoir de Damas, les minorités ethniques et religieuses — chrétiens, yézidis, alaouites ou autres — font face à des massacres et des pressions pour se conformer à une interprétation rigoriste de l’islam. À l’inverse, les régions administrées par les Kurdes et leurs alliés (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie) restent, pour l’instant, un espace de liberté religieuse réelle, où Assyriens, Syriacs, Arabes, Kurdes et autres communautés peuvent pratiquer leur foi et célébrer leurs traditions en public sans crainte immédiate.

Pourtant, cet îlot de pluralisme est fragile. Les zones de Qamishlo, Hassaké et Kobanê sont aujourd’hui encerclées ou sous forte pression : d’un côté, les forces et milices liées à Damas ; de l’autre, les groupes soutenus par la Turquie. Les accords de cessez-le-feu et les déploiements récents de troupes gouvernementales syriennes dans ces villes laissent planer une incertitude lourde. Jusqu’à quand cette coexistence pacifique et cette liberté de culte pourront-elles résister aux vents contraires de l’extrémisme et des ambitions régionales ?

La célébration d’Akitu à Qamishlo n’est pas seulement une fête culturelle : elle est le symbole vivant d’une Syrie plurielle qui lutte pour survivre.

SYRIE. Deux cadres des YPJ à Damas pour sauver les unités féminines

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SYRIE / ROJAVA Les deux principales dirigeantes des Unités de protection des femmes (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ) — Rohilat Afrin, commandante en chef, et Sozdar Haji — se trouvent actuellement à Damas pour des discussions de haut niveau avec des responsables du gouvernement syrien.
 
Ces négociations portent sur l’avenir des YPJ, force emblématique entièrement féminine qui a joué un rôle décisif dans la défaite de Daech et dans la défense du projet démocratique et pluraliste du Rojava. Parmi les sujets centraux : l’intégration éventuelle des combattantes kurdes au sein des forces armées syriennes, le maintien de leur autonomie organisationnelle, le respect du modèle d’égalité femmes-hommes porté par les YPJ, ainsi que la protection des acquis révolutionnaires en matière de droits des femmes dans le nord-est de la Syrie.
 
Ces pourparlers interviennent dans un contexte extrêmement tendu. Après l’accord de janvier 2026 entre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) et Damas prévoyant l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS/SDF), les discussions sur le sort spécifique des YPJ restent bloquées ou très difficiles. Damas semble réticent à accepter l’intégration des unités féminines telles qu’elles existent, avec leur structure autonome et leur idéologie féministe.
 
Pour les YPJ, qui incarnent à la fois la résistance militaire et la révolution des femmes au Moyen-Orient, l’enjeu est majeur : préserver leur identité, leur rôle de première ligne et surtout éviter que les combattantes ne soient dissoutes ou marginalisées dans une armée nationale traditionnelle.
 
La présence de ces deux figures historiques à Damas symbolise à la fois la volonté kurde de dialogue et la détermination à ne pas renoncer aux conquêtes arrachées de haute lutte.
 

SYRIE. Charnier près d’Alep : les Kurdes exigent une enquête internationale

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SYRIE / ROJAVA – Plusieurs mois après les violentes attaques lancées le 6 janvier 2026 contre les quartiers kurdes d’Achrafiyah et de Sheikh Maqsoud à Alep mais aussi à Raqqa et ses environs, les témoignages de crimes contre l’humanité se multiplient. Des milliers de Kurdes auraient disparu depuis le début de l’offensive, tandis que des sources locales signalent la découverte d’une fosse commune contenant plus de 270 corps dans la région de Naqqarin, à l’est d’Alep.

Aucune enquête indépendante n’a encore pu être menée sur place.

Une offensive ciblée et ses conséquences

L’offensive menée par les forces du gouvernement de transition syrien, soutenu par la Turquie, a rapidement débordé d’Alep vers d’autres régions du nord et de l’est du pays. Selon de nombreuses sources kurdes, ces attaques visaient spécifiquement la population kurde et les institutions de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES).

Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées, des centaines auraient été tuées et un nombre indéterminé reste porté disparu.

Des chiffres imprécis et des rapports contradictoires

Évaluer le nombre exact de disparus s’avère particulièrement difficile en raison de chiffres variables selon les sources. Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, avait évoqué la détention de 1 070 personnes, civils et combattants confondus, par les forces du gouvernement de transition. Dans le cadre d’un accord conclu avec Damas, environ 300 prisonniers ont été libérés le 19 mars. Cependant, une partie d’entre eux était déjà détenue avant les événements de janvier, ce qui ne permet pas d’éclaircir le sort des personnes enlevées pendant l’offensive.

Nesrîn Silêman, membre de l’Association des personnes déplacées d’Afrin, évoque un bilan bien plus lourd : environ 3 000 personnes dont le sort demeure inconnu. Ce chiffre est également repris dans le rapport de Franziska Stier, membre du Grand Conseil de Bâle-Ville et secrétaire générale du parti BastA!, qui a participé à une délégation au Rojava début février 2026.

Dans une interview accordée au journal Yeni Özgür Politika, Nesrîn Silêman résume la situation avec gravité : « Nous ne savons pas où ils sont. Nous ignorons ce qui leur est arrivé. »

Des conditions de fuite chaotiques et dangereuses

Selon les témoignages recueillis, les attaques sur Achrafiyah et Sheikh Maqsoud se sont déroulées dans des conditions rendant toute évacuation ordonnée quasiment impossible. Les communications téléphoniques et internet ont été coupées dès les premiers jours, plongeant les habitants dans l’isolement.

« Les attaques ont duré huit jours et ont été d’une grande intensité », explique Nesrîn Silêman. De nombreuses familles ont fui de nuit, souvent sans préparation, en direction d’Afrin ou d’autres régions. Pour beaucoup, les routes elles-mêmes sont devenues des pièges.

Enlèvements sur les axes de fuite

De nombreux civils en fuite auraient été interceptés aux barrages routiers ou lors d’embuscades tendus par des milices armées. « Beaucoup des nôtres ont été capturés en chemin, emmenés de force ou enlevés », rapporte Silêman. Certaines personnes ont ensuite été arrêtées dans les lieux où elles avaient trouvé refuge, y compris dans des zones plus éloignées comme Tabqa ou Raqqa, où les lignes de front ont continué d’évoluer rapidement.

Une zone de contrôle fragmenté

Dans des régions comme Raqqa et Deir ez-Zor, anciennement sous administration autonome, la situation reste confuse. Différentes milices y exercent une influence parallèle, malgré les revendications d’autorité du gouvernement de transition. Cet éclatement du contrôle territorial rend extrêmement difficile toute collecte d’informations fiable et limite fortement l’accès des observateurs indépendants.

Des enlèvements à dimension économique

Au-delà des motivations politiques, plusieurs témoignages fait état d’une dimension financière. Des familles de disparus ont été contactées par téléphone et sommées de verser des rançons sous peine de mort. Dans certains cas, la restitution de corps a même été conditionnée au paiement d’une somme d’argent. « Notre peuple est instrumentalisé pour l’extorsion », dénonce Nesrîn Silêman.

Exécutions et violences extrêmes

Des témoins rapportent des exécutions sommaires immédiatement après des captures, ainsi que des cas de violences extrêmes, y compris des corps brûlés. Ces témoignages, bien que récurrents, n’ont pas encore fait l’objet d’une enquête indépendante.

La fosse commune de Naqqarin : une découverte alarmante

Les informations les plus préoccupantes concernent une fosse commune dans la région de Naqqarin (ou Nakarin), située à l’est d’Alep, le long de l’autoroute M4 en direction d’al-Bab. Selon des témoignages relayés par Nesrîn Silêman, plus de 270 corps y auraient été découverts dans un canal.

Une famille d’Afrin, partie à la recherche d’un proche, aurait localisé le site. Des témoins oculaires affirment que des détenus y étaient rassemblés avant d’être exécutés. Certains corps présenteraient des traces de violences extrêmes. La zone, proche des itinéraires de fuite des quartiers kurdes d’Alep, correspond géographiquement aux déplacements signalés.

Aucune enquête indépendante n’a pu être menée à ce jour en raison de l’insécurité et des restrictions d’accès. Les sources locales estiment que le bilan réel pourrait être plus élevé et que d’autres sites pourraient exister.

Un appel pressant à une enquête internationale

Face à l’ampleur des disparitions et au manque de transparence, les organisations kurdes appellent à la mise en place d’une commission d’enquête indépendante, impliquant notamment les Nations unies et l’Union européenne. « Si une telle commission est créée, nous sommes prêts à la soutenir par tous les moyens », assure Nesrîn Silêman.

L’Union européenne face à un dilemme

Malgré ces signalements, l’UE a annoncé une aide financière de 620 millions d’euros au gouvernement de transition, notamment pour l’aide humanitaire et la reconstruction. Le Parlement européen a toutefois adopté une résolution soulignant que les violences contre les civils pourraient constituer des crimes de guerre et appelant à la protection des droits de la population kurde.

Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) affirme suivre la situation de près et avoir rappelé à toutes les parties l’obligation de protéger les civils et de respecter le droit international humanitaire. Il insiste sur la mise en œuvre de l’accord entre Damas et les FDS, tout en réaffirmant que le plein respect des droits du peuple kurde est essentiel.

Un fossé persistant entre diplomatie et réalité du terrain

Plusieurs mois après les événements de janvier 2026, le sort de milliers de personnes reste entouré d’incertitude. Pour les familles, cette absence d’information génère une souffrance continue, oscillant entre espoir et angoisse.

Sans enquête indépendante crédible, les questions centrales demeurent sans réponse : où sont les disparus ? Combien ont été tués ? Quelles responsabilités exactes portent les différents acteurs ?

La découverte présumée de la fosse commune de Naqqarin ne fait que renforcer l’urgence d’une clarification internationale sur ces événements.

SYRIE. Pourquoi les femmes kurdes capturées par Damas ne sont pas libérées ?

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SYRIE / ROJAVA – Malgré les accords d’échange de prisonniers conclus entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition syrien à Damas, la libération des femmes kurdes capturées lors des attaques de janvier 2026 ciblant les quartiers kurdes d’Achrafiyah et Sheikh Maqsoud à Alep, ainsi que dans d’autres régions (Raqqa, Tabqa, etc.), reste largement ignorée ou fortement retardée.

« La libération des femmes est retardée, voire totalement ignorée. Elles sont largement sous-représentées parmi les personnes libérées jusqu’à présent », a déclaré Nesrîn Silêman de l’Association des personnes déplacées d’Afrin.

 

Alors que près de 300 prisonniers ont été libérés mi-mars, la plupart étaient déjà détenus avant les offensives du 6 janvier. Le sort de plusieurs milliers de civils kurdes enlevés pendant l’offensive – dont de nombreuses femmes – demeure inconnu. Des sources locales font état de disparitions forcées massives, d’enlèvements sur les routes de fuite, d’extorsions via rançons, et même d’exécutions sommaires.

Des témoignages alarmants évoquent une fosse commune contenant plus de 270 corps dans la région de Naqqarin (est d’Alep), sans qu’aucune enquête indépendante n’ait pu être menée à ce jour.

Nesrîn Silêman souligne l’ampleur du drame : « Nous ignorons où ils sont. Nous ne savons pas s’ils sont encore en vie ou s’ils ont été tués. » Les négociations d’échange s’avèrent lentes, sélectives et inefficaces pour les milliers de disparus non enregistrés.

Les organisations kurdes appellent à une enquête internationale indépendante (impliquant notamment l’ONU et l’UE) pour faire la lumière sur ces disparitions forcées, les possibles crimes de guerre et les violences sexistes qui semblent viser particulièrement les femmes. Plusieurs mois après les attaques ciblant les Kurdes, le silence et l’impunité persistent, tandis que les familles restent dans l’angoisse permanente.

En un mois, le Kurdistan irakien ciblé par 474 attaques qui ont fait 14 morts et 93 blessés

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IRAK / KURDISTAN – Depuis le début des frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février 2026, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et ses groupes affiliés en Irak ont lancé au moins 474 attaques contre la région du Kurdistan irakien. Ces attaques ont visé le consulat et les bases militaires américaines, les quartiers généraux des partis d’opposition kurdes iraniens, les bases des Peshmergas du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK), des champs pétroliers, des tours de télécommunications, des habitations résidentielles, des espaces publics ainsi que plusieurs institutions civiles et non gouvernementales.

Les Équipes de Pacification Communautaire – Kurdistan Irakien (CPT-IK) ont documenté, vérifié et analysé ces incidents ainsi que leurs répercussions sur les populations civiles.

Nombre et répartition des attaques

Au 27 mars 2026, 474 attaques avaient été recensées dans la région du Kurdistan irakien :

179 menées directement par le CGRI ;

295 attribuées à des groupes armés affiliés à l’Iran opérant depuis le territoire irakien.

Répartition par gouvernorat :

Erbil : 370 attaques (78,06 %)

Souleimaniye : 90 attaques (18,99 %)

Duhok : 11 attaques (2,32 %)

Halabja : 3 attaques (0,63 %)

Bien que le CGRI et ses alliés affirment cibler exclusivement des sites militaires américains ou des groupes armés, les données du CPT-IK montrent que de nombreuses attaques ont touché des zones résidentielles civiles, des institutions officielles du Gouvernement régional du Kurdistan et des bases des Peshmergas, sans lien direct avec le conflit américano-israélien contre l’Iran.

Répartition des cibles 

Sites consulaires et militaires américains : 181 attaques (38,19 %)

Quartiers généraux des partis d’opposition kurdes iraniens : 121 attaques (25,53 %)

Zones civiles, institutions civiles du GRK et bases des Peshmergas : 172 attaques (36,29 %)

Les attaques dans les gouvernorats d’Erbil et de Duhok ont été majoritairement menées par des milices pro-iraniennes basées en Irak, tandis que celles visant Souleimaniye ont été largement attribuées au CGRI directement.

Types d’attaques

Sur les 474 attaques :

359 impliquaient des drones suicides (75,74 %)

104 des missiles balistiques ou de croisière (21,94 %)

10 des tirs d’artillerie (2,11 %)

1 tir d’arme à feu (0,21 %)

Sur l’ensemble des attaques par drones et missiles, 228 ont été interceptées par les systèmes de défense aérienne ou se sont écrasées avant d’atteindre leur cible (taux d’échec d’environ 60,76 %).

Bilan humain et matériel

Jusqu’au 27 mars 2026, ces attaques ont causé 14 morts et 90 blessés, soit un total de 104 victimes.

Le 28 mars, environ 37 attaques supplémentaires ont été signalées, faisant au moins 3 blessés de plus. Le CPT-IK poursuit la vérification de ces incidents.

Bilan global du 28 février au 29 mars 2026 :

14 morts et 93 blessés (dont 19 civils blessés).

Au-delà des victimes humaines, les attaques ont endommagé ou détruit au moins :

46 habitations civiles

32 véhicules civils

La menace persistante a également entraîné la suspension des cours dans de nombreuses écoles, instituts et universités de la région.

Observations

Le CPT-IK exprime sa profonde inquiétude face à l’extension du conflit vers des zones purement civiles. Le ciblage répété de quartiers résidentiels, de la résidence du Président de la région du Kurdistan, d’institutions officielles du GRK et d’entreprises privées démontre un risque croissant d’escalade et d’impact humanitaire sur les populations kurdes irakiennes, qui ne sont pas partie prenante à ce conflit.

Recommandations

Le CPT-IK condamne fermement toutes les attaques visant des civils et des infrastructures non militaires, quelle que soit l’origine ;

Exige la cessation immédiate des frappes contre le territoire irakien et la région du Kurdistan ;

Appelle à la protection prioritaire des vies civiles et à l’indemnisation rapide et équitable des victimes ;

Demande au gouvernement fédéral irakien d’assumer pleinement ses responsabilités : intensifier les efforts diplomatiques pour protéger l’intégrité du territoire irakien, désarmer ou contrôler les groupes armés opérant illégalement depuis le sol irakien, et poursuivre en justice les responsables de ces attaques.

La stabilité et la sécurité des populations civiles du Kurdistan irakien doivent être préservées. Toute escalade supplémentaire ne fera qu’aggraver la souffrance humaine dans une région déjà profondément marquée par des décennies de conflits.

KURDISTAN. Les Kurdes commémorent le père de la République de Mahabad

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IRAN / ROJHILAT – Il y a 79 ans jour pour jour, le leader kurde Qazi Muhammad (Peshawa Qazi Muhammad) a été exécuté par pendaison par le régime du chah Mohammad Reza Pahlavi.

Président de la République kurde de Mahabad, Qazi Muhammad fut pendu avec son frère Sadr Qazi et son cousin Saif Qazi sur la place Chwar Chira (Chahar Cheragh) à Mahabad — le même lieu symbolique où, un an plus tôt, le drapeau kurde avait flotté pour la première fois au-dessus d’un État kurde autonome.

Avocat et juge respecté, Qazi Muhammad est le fondateur du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI). En janvier 1946, il proclama la République de Mahabad, un État kurde éphémère dans le Rojhilat (Kurdistan de l’Est), avec pour capitale Mahabad et un territoire comprenant les villes voisines de Piranshahr et Naqadeh. Cette expérience d’autonomie dura moins d’un an : du 22 janvier au 15 décembre 1946.

Après le retrait des troupes soviétiques d’Iran, l’armée iranienne écrasa la jeune république. Qazi Muhammad, qui avait choisi de rester auprès de son peuple plutôt que de fuir, fut condamné à mort pour « trahison » lors d’un procès expéditif.

Son exécution n’a pas tué le rêve kurde. Au contraire, elle en a fait un puissant symbole de résistance. Aujourd’hui encore, le 31 mars est commémoré à Rojhilat comme le Jour des Martyrs.

Tragédie familiale

En septembre 1990, l’une de ses filles, Efat Ghazi, fut assassinée à Västerås, en Suède, par une lettre piégée destinée à son mari, l’activiste kurde Amir Ghazi. Un autre crime du régime sanguinaire iranien commis sur le sol européen qui est resté impuni.

L’Europe reçoit un jihadiste aux mains tachées de sang

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Alors que des milliers de Syriens fuient encore la violence et que les minorités du pays vivent dans la terreur, l’Europe déroule le tapis rouge à Ahmed al-Sharaa, alias Abu Mohammad al-Jolani, chef historique de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS). Cet homme, qui se fait désormais appeler président de transition syrien, arrive à Berlin ce 30 mars 2026 pour des discussions officielles avec le chancelier Friedrich Merz et d’autres responsables allemands.

 

Le cynisme est total. Jolani porte sur les mains le sang des Kurdes, des Druzes, des Alaouites, des Chrétiens et de nombreuses femmes et civils massacrés depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024. Sous son autorité, des massacres sectaires d’une ampleur effrayante ont visé les minorités : plus de 1 400 à 1 500 Alaouites tués en mars 2025 dans la région côtière (Latakia, Tartous), avec des familles entières exécutées chez elles, des villages pillés et incendiés. Des rapports documentent des exécutions sommaires, des viols et des disparitions. Des massacres similaires ont frappé les Druzes à Suwayda en 2025, avec des estimations allant jusqu’à plusieurs milliers de morts civils dans des violences qualifiées d’« ethnic cleansing » par certains observateurs. Les Kurdes du nord-est, qui ont payé un lourd tribut contre Daech, voient aujourd’hui leur autonomie menacée et subissent des attaques et une marginalisation systématique.

Les Chrétiens ne sont pas épargnés : églises attaquées, communautés harcelées, et violences récentes comme celles à Al-Suqaylabiyah près de Hama, où des groupes venus de localités voisines ont saccagé des biens chrétiens après des incidents mineurs. Des témoignages font état de grenades lancées dans des maisons d’Alaouites, de femmes enlevées et de minorités poussées à l’exil ou à la soumission.

Les Kurdes sont morts pour rien ?

Rappel amer : les Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement kurdes, ont été le principal allié occidental sur le terrain contre l’État islamique (Daech / ISIS). Ils ont libéré des territoires entiers au prix de milliers de morts. Aujourd’hui, le régime HTS de Jolani, né des cendres de Jabhat al-Nusra (branche syrienne d’al-Qaïda), consolide un pouvoir qui marginalise précisément ceux qui ont combattu le califat noir. Pire, des observateurs notent une résurgence des cellules djihadistes et une instabilité qui profite aux restes de Daech, comme si le chaos post-Assad permettait à l’hydre islamiste de se reformer sous d’autres formes.

Jolani lui-même a un passé lourd : il a combattu en Irak avec des groupes liés à al-Qaïda en Irak (précurseur de Daech), fondé Jabhat al-Nusra avec le soutien initial d’Abu Bakr al-Baghdadi, avant une rupture stratégique. HTS a beau se présenter aujourd’hui comme « pragmatique » et chercher la reconnaissance internationale, ses racines jihadistes et les exactions commises sous son égide restent indéniables.

À Berlin, accueil chaleureux… et drapeaux de DAECH / ISIS 

Pendant que Jolani discute « reconstruction » et retour des réfugiés avec Berlin, des Syriens en Allemagne l’accueillent. Des images montrent des rassemblements avec des drapeaux à l’effigie d’Abdul Baset al-Sarout, combattant et sympathisant de DAECH mort en 2019. Sarout avait appelé à l’unité contre les « chrétiens » ou exprimant des sympathies envers des groupes extrémistes. Voir son effigie brandie aux côtés du chef de HTS en Europe interroge profondément sur le message envoyé aux minorités syriennes persécutées.

A gauche, Abdul Baset al-Sarout brandissant le drapeau de DAECH, à droite, des Syriens accueillent Jolani à Berlin avec un drapeau à l’effigie d’Abdul Baset al-Sarout

Pourquoi l’Europe soutient-elle ce jihadiste repackagé ? Les arguments officiels tournent autour de la « stabilisation », de la lutte contre un retour de Daech, de la gestion des réfugiés (l’Allemagne en accueille des centaines de milliers) et des opportunités économiques (reconstruction). La France l’a déjà reçu en 2025, des discussions ont lieu avec l’UE. On invoque la « realpolitik » : mieux vaut un Jolani « modéré » qu’un chaos total ou un retour d’Assad/Iran/Russie.

Mais cette realpolitik a un prix : elle banalise les massacres de minorités, ignore les cris d’alarme des Alaouites, Druzes, Kurdes et Chrétiens, et risque de légitimer un régime qui impose une vision islamiste sunnite dominante. Les Kurdes, qui ont vaincu Daech au sol avec le soutien de la coalition internationale, sont aujourd’hui abandonnés. Leurs sacrifices semblent vains face à un nouveau pouvoir qui reproduit des logiques sectaires.

Photos qui rappellent la barbarie

A Deir ez-Zor, on voit des sympathisants de Daech défiler dans les rues avec leurs drapeaux noirs qui restent un symbole de l’horreur que les Kurdes et d’autres ont combattue. La ville a été un bastion du califat, assiégée et dévastée.

Deir ez-Zor, un sympathisant de DAECH défile dans la rue avec le drapeau de DAECH 

A Hama et environs, des membres de DAECH et d’Al-Amshad posent avec le drapeau de Daech après avoir mener des attaques contre des populations chrétiennes, des violences sectaires qui nous rappelle que la menace islamiste n’a pas disparu ; elle mute.

Hama, des terroristes de DAECH et d’Al-Amshad  posent avec le drapeaux de DAECH

L’Europe ne peut pas prétendre défendre les droits de l’homme, la laïcité et la protection des minorités tout en offrant une tribune internationale à un dirigeant dont les forces et les alliés sont accusés de massacres systématiques. Accueillir Jolani à Berlin alors que des civils kurdes, druzes, alaouites et chrétiens continuent de tomber en Syrie est non seulement une faute morale, mais un signal dangereux pour tous les défenseurs de la liberté et de la diversité au Moyen-Orient. Il est temps que l’Europe conditionne tout soutien ou reconnaissance à des garanties concrètes : arrêt immédiat des violences sectaires, protection réelle des minorités, justice pour les victimes et un processus politique inclusif. Sinon, elle risque de devenir complice d’une nouvelle tragédie syrienne, après avoir déjà fermé les yeux sur tant d’autres.

Les Kurdes ne sont pas morts pour que l’Europe offre des tapis rouges à leurs bourreaux potentiels. Les minorités syriennes méritent mieux qu’un silence assourdissant face au sang versé.

Non à la normalisation ! Les femmes kurdes dénoncent la présence d’al-Sharaa en Europe

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EUROPE – Dans un communiqué écrit, le Mouvement des femmes kurdes en Europe (Tevgera Jinên Kurd a li Ewropayê – TJK-E) dénonce la venue d’Ahmed al-Sharaa (al-Jolani) en Allemagne alors que le régime de Damas s’attaque aux femmes ainsi qu’aux minorités ethniques et religieuses de la Syrie, comme on l’a vu lors des massacres des Alaouites, des Druzes et des Kurdes.

Le communiqué de TJK-E souligne que les attaques du 6 janvier 2026 contre les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Achrafiyah à Alep constituaient une tentative de nettoyage ethnique visant à briser la volonté du peuple kurde et à détruire les acquis du Rojava. Ces agressions n’ont cessé que sous la pression des manifestations massives organisées dans les quatre parties du Kurdistan, en Europe et dans le monde. Pourtant, la menace persiste et la situation reste extrêmement fragile.

Le communiqué rappelle par ailleurs que le gouvernement intérimaire d’al-Sharaa prétend incarner la « démocratie », mais la réalité contredit radicalement ce discours. Les droits des femmes y sont systématiquement bafoués : elles ne sont pas reconnues comme égales, leur liberté d’association est entravée et leur participation politique limitée. Cette nature patriarcale et oppressive reste inchangée.

L’héritage des femmes kurdes, qui ont combattu en première ligne contre Daech en 2014 et sont devenues un symbole mondial de résistance, est aujourd’hui menacé. L’absence de garantie constitutionnelle pour les forces d’autodéfense féminines (YPJ) et les structures organisées des femmes révèle un choix politique délibéré et inacceptable, assène le communiqué qui ajoute que le modèle mis en place au Rojava n’est pas réservé aux Kurdes : il offre un exemple concret de vie égalitaire, libre et collective ouvert à toutes les communautés – Arabes, Druzes, Turkmènes, Arméniens et autres.

De plus, le communiqué affirme que, fermer les yeux sur les attaques contre les Alaouites et les Arméniens, ainsi que sur le sort des centaines de personnes enlevées le 6 janvier et des journalistes Eva Maria Michelmann et Ahmed Polat (disparus depuis le 18 janvier), équivaut à une complicité directe.

Points importants soulignés par le communiqué du TJK-E 

Un gouvernement qui se revendique démocratique ne peut prétendre à la légitimité sans reconnaître l’égalité des femmes et garantir constitutionnellement leurs droits et leurs structures d’autodéfense. Sans cela, le discours sur la « démocratie » n’est qu’une propagande vide.

Normaliser la visite d’al-Sharaa au nom d’intérêts économiques reviendrait à légitimer internationalement une structure antidémocratique et patriarcale. L’Allemagne et le Royaume-Uni ne peuvent renier leurs valeurs sans aggraver la répression dans la région.

Aujourd’hui, le choix est clair : défendre la vérité, la justice et l’égalité, ou se rendre complice, même indirectement, de politiques d’oppression et de négationnisme.

L’égalité des femmes et la garantie constitutionnelle de leurs forces d’autodéfense et de leurs organisations ne sont pas négociables. Elles constituent la pierre de touche de toute démocratie réelle.

Le silence n’est pas une option. Le silence vaut consentement.

Massacre ethnique : Une fosse commune découverte près d’Alep

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SYRIE / ROJAVA – Lors de l’assaut de janvier 2026, les quartiers kurdes d’Achrafieh et de Cheikh Maqsoud à Alep ont été la cible d’attaques violentes et coordonnées menées par des groupes armés affilés à Damas et des gangs pro-Turquie. Bombardements, assauts terrestres, exécutions sommaires et enlèvements : quelques milliers de civils kurdes ont été tués ou portés disparus lors de cette campagne de nettoyage ethnique.

Les forces kurdes locales (Asayish et unités d’autodéfense) ont opposé une résistance acharnée, mais les milices, dont des anciens gangs de DAECH / ISIS, appuyées par des drones turcs, ont fini par prendre le contrôle des quartiers après plusieurs jours de combats intenses. Des hôpitaux ont été touchés, des familles entières décimées, et des milliers de civils ont été contraints de fuir.

Une découverte macabre vient aggraver l’horreur : une fosse commune contenant les corps de plus de 270 personnes a été mise au jour à Naqqarin, sur l’autoroute M4 dans l’est d’Alep. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit de Kurdes exécutés par ces groupes turco-djihadistes. Cette macabre trouvaille s’ajoute aux massacres déjà perpétrés contre les Alaouites et les Druzes dans d’autres régions du pays.

Fosse commune découverte à Naqqarin, près de l’autoroute M4 à l’est d’Alep
Nesrin Silêman, la directrice de l’Association des Résidents Déplacés d’Afrin, a déclaré qu’ils n’avaient plus aucune nouvelle d’environ 3 000 personnes, ajoutant : « Des témoins oculaires nous ont dit qu’ils [les gangs de Damas] ont exécuté les personnes qu’ils ont capturées, et qu’ils en ont même brûlé certaines. Par exemple, une famille d’Afrin, qui a souhaité rester anonyme pour des raisons de sécurité, a décrit ce qu’ils ont vu dans une fosse commune lorsqu’ils sont allés récupérer le corps d’un être cher. Selon ces informations, il y a une fosse commune contenant plus de 270 corps dans un canal du quartier de Naqqarin, situé sur l’autoroute M4 à l’est d’Alep, en direction d’al-Bab. Nous pensons qu’il s’agit de nos personnes tuées lors de l’attaque d’Alep. »

Ce nouveau chapitre sanglant révèle un schéma clair : après avoir visé d’autres minorités, les forces du nouveau pouvoir de Damas s’en prennent désormais systématiquement aux Kurdes en raison de leur identité ethnique et de leur refus de se soumettre. Exécutions, tortures, enlèvements et déplacements forcés constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Pourtant, sur la scène internationale, le silence domine. Pire : pendant que ces atrocités se déroulent, Ahmed al-Sharaa (anciennement connu sous le nom d’Abou Mohammad al-Jolani), chef du gouvernement de transition, est accueilli en Europe. Il se trouve actuellement à Berlin pour des entretiens officiels avec les autorités allemandes.

Cette légitimation politique contraste violemment avec la réalité sur le terrain, où les minorités syriennes continuent de payer un lourd tribut. Les Kurdes d’Alep, comme d’autres communautés avant eux, semblent sacrifiés sur l’autel des équilibres géopolitiques et des intérêts turcs.

Ces crimes ne peuvent rester impunis. La communauté internationale doit cesser de fermer les yeux et exiger des enquêtes indépendantes sur les massacres ayant ciblé les minorités ethniques et religieuses en Syrie.

Erdogan à l’assaut de Washington : le lobbying turc en pleine expansion

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La Turquie a considérablement renforcé son appareil de lobbying et d’influence aux États-Unis. Selon un rapport du Service de recherche du Congrès (CRS) du 9 mars 2026, Ankara figure parmi les pays les plus actifs à Washington, avec 105 enregistrements d’agents étrangers entre 2001 et 2021. Les activités déclarées sous la loi FARA* combinent lobbying direct (28,4 %) et relations publiques (près de 60 %).

Ces efforts vont bien au-delà du lobbying classique. Ils incluent des contrats avec des cabinets influents comme LB International Solutions (1,02 million de dollars pour des relations gouvernementales), Saltzman & Evinch (1,54 million de dollars pour du conseil juridique et politique) et Skyline Capitol (600 000 dollars pour étendre l’influence au niveau des États et des collectivités locales).

La Fondation Turken, liée à la famille Erdogan et dirigée en partie par Bilal Erdoğan, a reçu 2 millions de dollars de Turquie (via TURGEV et la fondation Ensar) au second semestre 2025. Ces fonds ont servi à financer des résidences étudiantes, des campagnes de communication sur les réseaux sociaux et des activités de sensibilisation auprès des universités et des associations américaines.

Le parti au pouvoir, l’AKP, a également transféré plus de 875 000 dollars vers sa représentation aux États-Unis pour organiser des événements politiques et culturels.

Parallèlement, la militante américaine Laura Loomer a affirmé le 25 mars 2026 que la CIA disposait de preuves selon lesquelles la Turquie finançait des podcasteurs pour saper la politique américaine au Moyen-Orient. Ankara aurait immédiatement demandé à X (Twitter) de supprimer ce message.

Tweet de Laura Loomer

Ces documents FARA ne révèlent que la partie visible d’un réseau beaucoup plus large, mêlant soft power, financement d’ONG islamistes, relations publiques et influence politique à tous les niveaux du système américain.

*Le Foreign Agents Registration Act (dit FARA) est une loi des États-Unis adoptée en 1938. Elle exige que les agents représentant les intérêts de puissances étrangères à titre « politique ou quasi politique » divulguent leurs relations avec le gouvernement étranger et des informations sur les activités et les finances connexes.(Wikipedia)

Plus de détails concernant le lobbying turc aux Etats-Unis, lire l’article (en anglais) du journaliste turc Abdullah Bozkurt sur le site Nordic Monitor : Turkey ramps up covert and overt influence operations in Washington