TURQUIE. Un enfant arrêté pour un maillot portant l’inscription « Kurdistan »
NEWROZ KURDE. La Turquie l’interdit d’abord, puis le réapproprie

Les sources historiques ottomanes, notamment des chroniques et des textes littéraires datant du XVIe siècle et plus tard, font référence à Newroz comme une fête « bénie et victorieuse ». Plusieurs de ces écrits identifient Jamshid (figure mythique iranienne ancienne, roi légendaire dans le Shahnameh de Ferdowsi) comme le fondateur originel de Newroz et le relient symboliquement à l’ascendance de « Malik al-Kurd » (le roi des Kurdes), soulignant une connexion ancienne entre cette célébration et l’identité kurde.
KURDISTAN. L’Iran frappe de nouveau le camp de réfugiés du PDKI à Koya
Ce 17 mars 2026, une frappe de drone a de nouveau visé le camp familial du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) à Koya, dans le Kurdistan irakien (région d’Erbil). L’attaque, attribuée à l’Iran et à ses milices chiites affiliées, cible régulièrement ces zones abritant des réfugiés et opposants kurdes iraniens depuis l’escalade du conflit impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël (débutée fin février 2026).
Selon les bilans récents des Community Peacemaker Teams (CPT) – Kurdistan irakien, les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) et groupes affiliés ont mené plus de 300 frappes sur la région depuis le 28 février, causant au moins 8 morts et 51 blessés (chiffres cumulés jusqu’à mi-mars). Rien que la semaine dernière (jusqu’au 15 mars environ), 111 attaques ont été recensées : 64 par les IRGC, 47 par des milices irakiennes pro-Téhéran, majoritairement via drones suicides (76 cas), missiles (24) et artillerie (10). Erbil concentre la majorité des frappes (plus de 240 au total), suivis de Souleimaniye (56).
Ces bombardements touchent non seulement des bases d’opposition kurde iranienne (comme celles du PDKI, PAK, Komala), mais aussi des habitations civiles, champs pétroliers, infrastructures (télécoms, hôtels, aéroports), causant des dégâts collatéraux importants : 21 maisons endommagées par fragments la semaine dernière seule.
L’alliance des forces politiques kurdes d’Iran appelle la communauté internationale à condamner fermement ces attaques répétées contre des civils et camps de réfugiés. Le PDKI a confirmé l’impact sur son camp, mais aucun détail immédiat sur les victimes ou l’ampleur des dégâts n’était disponible au moment de la rédaction.
Photo d’archive : Dommages causés par une frappe précédente sur un camp kurde iranien à Koya (mars 2026).
Femmes kurdes à l’ONU : une première à la CSW70 pour briser l’invisibilité
NEW YORK – Pour la première fois, des représentantes kurdes participent activement à la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW70) des Nations Unies, qui se tient du 9 au 19 mars au siège de l’ONU à New York. Cette présence marque une avancée significative dans la lutte contre l’invisibilité politique des femmes kurdes sur la scène internationale.

Grâce à l’adhésion récente de l’association berlinoise Cênî eV* (Bureau des femmes kurdes pour la paix) au Comité allemand d’ONU Femmes, des militantes kurdes ont pu accéder à cette plateforme majeure dédiée aux droits des femmes et à l’égalité des sexes. Cette adhésion, facilitée notamment par le contexte des attaques du Gouvernement fédéral de transition syrien contre l’administration autonome kurde en janvier 2026, a ouvert la voie à une représentation directe.
La CSW70, axée sur le thème prioritaire « Assurer et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles », réunit États membres, entités onusiennes et organisations de la société civile. Les représentantes de Cênî eV, présentes via le Comité allemand d’ONU Femmes, profitent de cette tribune pour porter les voix des femmes kurdes et mettre en lumière leurs contributions en tant qu’actrices politiques autonomes, et non uniquement comme victimes de conflits.
Dès le début de la session, des échanges fructueux ont eu lieu avec des délégations internationales, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), la Fondation Rosa Luxemburg à New York, des représentants arméniens, américains, ainsi qu’une délégation de jeunes Allemands. Ces rencontres ont permis d’aborder les défis communs : exclusion structurelle, invisibilité persistante dans les instances internationales et nécessité de reconnaître les femmes kurdes comme porteuses de visions alternatives de justice, de paix et d’organisation sociale.
Un programme d’échange spécifique intitulé « La participation des femmes kurdes à la CSW » est prévu au siège des Nations Unies cette semaine, en complément des sessions officielles et du vaste Forum des ONG parallèle, qui propose des centaines d’événements féministes, de réseautage et de débats sur la justice et la solidarité mondiale.
Cette participation historique souligne un enjeu clé : les femmes kurdes refusent d’être réduites à un rôle passif dans les récits de guerre. Elles affirment leur rôle actif dans la construction de la paix et la promotion de l’égalité, et appellent à une reconnaissance pleine et entière au sein des structures globales.
ALLEMAGNE. Une militante kurde arrêtée à Munich
ALLEMAGNE – Ce matin du 17 mars 2026, Zübeyde Akmese, une militante kurde de 71 ans vivant à Munich (Allemagne), a été arrêtée lors d’une opération policière à son domicile. Selon les informations publiées par l’agence de presse kurde ANF, une perquisition a été menée tôt le matin, aboutissant à sa mise en garde à vue. La Bundesanwaltschaft (procureur fédéral allemand) l’accuse d’être membre du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan).
Association kurde : Criminalisation à motivation politique
Le Centre de la société kurde démocratique de Munich, auquel participe notamment Zübeyde Akmese, a fermement condamné les mesures prises à l’encontre de la militante. L’organisation considère son arrestation comme une tentative de délégitimer l’engagement politique kurde. « Les accusations portées contre Zübeyde Akmese concernent des activités qui seraient considérées comme relevant de la participation politique dans d’autres contextes. Nous n’accepterons pas que cela soit criminalisé », a déclaré le centre.
Déjà emprisonnée en Turquie
Zübeyde Akmese, une Kurde alévie, a subi des actes de torture et de violence en Turquie en raison de ses origines, ce qui l’a poussée à fuir en Allemagne après sa libération de prison. Figure connue de la communauté kurde de Munich, elle n’en est cependant pas à son premier recours par les autorités allemandes. En juillet 2021, elle a été condamnée à une amende de 2 700 € pour avoir brandi des portraits du leader kurde Abdullah Öcalan lors de manifestations l’année précédente. Ces protestations visaient la Conférence de Munich sur la sécurité, l’isolement d’Öcalan sur l’île-prison turque d’Imrali et la guerre menée par Ankara au Kurdistan du Sud.

Action de solidarité devant le tribunal local
Une manifestation spontanée a éclaté devant le tribunal de district de Munich pendant l’audience d’Akmese. Près d’une vingtaine de personnes se sont brièvement rassemblées devant le bâtiment pour exprimer leur solidarité avec le militant. Un porte-parole du Centre communautaire kurde a déclaré : « Nous sommes parfaitement conscients que certains milieux tentent de criminaliser et de présenter comme un crime tout mouvement ou engagement en faveur des droits du peuple kurde. » Il a ajouté : « Nous n’accepterons cela sous aucun prétexte. » Il a annoncé de nouvelles manifestations à Munich contre la détention d’Akmese.
Un acharnement qui interroge
Cette arrestation intervient dans un contexte où l’engagement kurde, même pacifique, continue d’être systématiquement assimilé à du « terrorisme » par les autorités allemandes. Alors que des discussions et des évolutions politiques ont lieu en Turquie autour de la question kurde, la répression judiciaire en Europe, notamment en Allemagne, reste très dure. De nombreux observateurs dénoncent une criminalisation large de toute forme de solidarité kurde, y compris des actions culturelles, humanitaires ou politiques non violentes.
Zübeyde Akmese est également une mère de famille. Son arrestation touche donc non seulement une militante de longue date, mais aussi une personne âgée dont la santé et les conditions de détention suscitent déjà de l’inquiétude parmi ses proches et soutiens.
Fusillade ciblée à Raunheim près de Francfort : deux Kurdes tués
ALLEMAGNE – La nuit dernière, vers 3 h 45 du matin, une attaque armée a visé le Bistro Bauri à Raunheim, commune située à proximité de l’aéroport de Francfort. L’établissement appartenait à Nihat Karakaya, 60 ans, originaire de Dersim, Kurdistan du Nord. Un individu masqué est entré de force dans le bar malgré l’indication qu’il était fermé, s’est dirigé directement vers la table où se trouvait Karakaya et a ouvert le feu sans sommation.
Nihat Karakaya a été grièvement blessé et est décédé sur place. Kenan Güleç, 35 ans, également originaire de Dersim et présent aux côtés de la victime, a tenté d’intervenir et a été abattu à son tour. Les deux hommes ont perdu la vie immédiatement.
Selon le témoignage d’un proche de Kenan Güleç recueilli par l’agence Rastî, l’attaque présente tous les signes d’une action préméditée et ciblée. L’agresseur a pris la fuite immédiatement après les faits. Une vaste opération policière, soutenue par des hélicoptères, est en cours dans la région pour le retrouver, tandis que le périmètre autour du bar reste bouclé.
La police allemande n’a pour l’instant ni identifié le tireur, ni communiqué sur le mobile exact. L’hypothèse d’un règlement de comptes ou d’une attaque liée à des tensions au sein de la communauté est évoquée, mais aucune preuve officielle ne la confirme à ce stade. Cet événement ravive les inquiétudes sur la sécurité des Kurdes en diaspora et sur la possible multiplication d’actes ciblés sur le sol européen.
L’enquête se poursuit.
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ROJAVA. Inondations dévastatrices dans la région d’Hassaké
SYRIE / ROJAVA – Dans le nord-est de la Syrie (Rojava), de violentes pluies torrentielles ont provoqué de graves inondations ces derniers jours, aggravées par la crue des rivières Zirkan (Zarkan) et Khabour. Selon les autorités locales kurdes, plus de 200 habitations ont été endommagées ou inondées dans la ville d’Hassaké et ses quartiers périphériques, ainsi que dans les localités de Zirkan et Tell Tamer.
Les eaux montent encore rapidement, forçant les équipes municipales et de la défense civile à intervenir en urgence : pompage des canalisations obstruées, évacuation des personnes bloquées dans leurs maisons et secours aux familles isolées. Les alertes persistent face au risque de nouvelles crues, particulièrement le long du Khabour, dont le débit a dépassé les 50 m³/s selon les services de ressources en eau.
Ces inondations s’ajoutent aux fragilités structurelles de la région – infrastructures vétustes, réseaux de drainage insuffisants – dans un contexte de tensions persistantes et de reconstruction difficile après des années de conflit. Les habitants appellent à une aide accrue pour limiter les dégâts humains et matériels, alors que la tempête continue de frapper le nord de la Syrie.
La Cour suprême turque: le meurtre d’une Kurde non armée par un soldat ne constitut pas une violation du droit à la vie
TURQUIE / KURDISTAN – En Turquie, le meurtre de civils kurdes par les forces de sécurité reste presque systématiquement impuni, dans un contexte où l’État nie officiellement le droit à l’existence même du peuple kurde qu’il colonise sur ses propres terres ancestrales. Cette impunité structurelle s’accompagne souvent d’une inversion scandaleuse de la justice : ce ne sont pas les auteurs des homicides qui sont poursuivis avec rigueur, mais bien les témoins, les journalistes ou les familles qui osent documenter ou dénoncer les faits.

Un exemple emblématique est celui de Kemal Kurkut, un jeune étudiant de 23 ans abattu par la police le 21 mars 2017 lors des célébrations du Newroz à Amed (Diyarbakır). Les autorités turques avaient initialement prétendu qu’il s’agissait d’un « kamikaze » armé, mensonge rapidement démenti par les photographies prises sur place. Le policier responsable a finalement été acquitté pour « absence de preuves » (notamment sur l’origine exacte de la balle mortelle), et la cour d’appel de Diyarbakır a même jugé en 2022 que le meurtre avait été commis « dans un cadre légal », sans violation du droit à la vie. Pire encore : le journaliste kurde Abdurrahman Gök, qui a immortalisé la scène et prouvé que Kurkut était désarmé et touché dans le dos, a été condamné à 18 mois de prison pour « propagande terroriste ». La justice turque a ainsi puni celui qui a révélé la vérité plutôt que l’auteur du meurtre.
Un autre cas récent illustre tragiquement cette politique d’impunité institutionnalisée. Selon l’agence de presse Mezopotamya, la Cour constitutionnelle turque a statué récemment que le meurtre de Sürmi İnce, une femme kurde de 55 ans non armée, abattue en 2016 par un soldat dans le district de Yüksekova (province de Hakkari), ne constituait pas une violation du droit à la vie.
Sürmi İnce a été tuée alors qu’elle apportait de la nourriture à ses enfants et coupait de l’herbe pour nourrir les animaux près d’un poste militaire. Le sergent-chef Ali Dalgıran, qui a ouvert le feu depuis un véhicule militaire, a été condamné pour homicide involontaire à 4 ans et 8 mois de prison – peine ensuite réduite à 3 ans et 10 mois pour « bonne conduite ». La Cour régionale d’Erzurum a confirmé cette sentence en appel.
Le parquet a prononcé un non-lieu total pour le commandant du poste et neuf autres militaires présents.
La Cour constitutionnelle a conclu que le soldat n’avait pas agi avec intention de tuer, qualifiant l’acte de simple « négligence et imprudence », en invoquant notamment son « état psychologique altéré » au moment des faits. Elle a rejeté les arguments de la famille sur la violation du droit à la vie et sur le caractère discriminatoire et raciste du meurtre.
L’appel en cassation introduit par la famille est toujours pendant. Celle-ci a fermement condamné la décision, rappelant que « des civils de la région perdent la vie à répétition sous les tirs des forces de sécurité, sans qu’aucune enquête ni poursuite efficace ne soit menée ». La famille a annoncé son intention de saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
Ces affaires s’inscrivent dans un schéma bien plus large et documenté par de nombreuses organisations de défense des droits humains : enquêtes bâclées, non-lieux systématiques, peines dérisoires ou acquittements, retards judiciaires interminables et absence quasi-totale de responsabilisation des forces de sécurité dans les homicides de civils kurdes. Cette impunité endémique renforce le sentiment d’une justice à deux vitesses et d’un État qui protège activement ses agents tout en criminalisant ceux qui osent témoigner ou photographier la vérité.
Cette politique contribue à perpétuer la colonisation et la négation des droits fondamentaux du peuple kurde, en toute impunité.
Irak : coup d’État larvé des milices chiites pro-Iran
IRAK / KURDISTAN – Au cœur d’une région déjà embrasée par la guerre opposant États-Unis, Israël et Iran, l’Irak semble au bord d’un basculement majeur. Selon des rapports de terrain relayés notamment par des sources kurdes comme Kurd Alarm, des factions armées soutenues par Téhéran, intégrées aux Hachd al-Chaabi (Forces de mobilisation populaire, FMP/PMF), mèneraient un « coup d’État en douceur » contre les institutions de Bagdad. L’objectif affiché : forcer l’Irak à ouvrir un nouveau front direct contre Israël et les forces américaines présentes sur le sol irakien.
Les faits sur le terrain
Des fuites de renseignement et des images circulant sur les réseaux sociaux montrent un retrait forcé ou ordonné des unités de l’armée et de la police irakiennes de positions stratégiques, en particulier le long de la frontière ouest avec la Syrie. La localité d’Al-Qaim, dans la province d’Anbar, serait désormais entièrement sous contrôle des unités FMP pro-Iran. Ces mouvements concernent aussi les zones frontalières propices à des tirs de missiles longue portée.
Les FMP accusent ouvertement le gouvernement irakien de « faiblesse » pour ne pas avoir déclaré officiellement la guerre aux États-Unis. Des appels circulent pour affronter les bases américaines et, plus audacieux encore, pour lancer des opérations depuis l’Irak en soutien au Hezbollah libanais – potentiellement via des tirs de missiles depuis les monts Sinjar (région yézidîe), directement vers Tel-Aviv.
Un contexte explosif
Depuis le déclenchement des opérations américano-israéliennes contre l’Iran fin février 2026, les milices irakiennes affiliées à Téhéran (sous l’ombrelle de la « Résistance islamique en Irak ») ont multiplié les attaques : drones, missiles contre des bases US en Irak et au Kurdistan irakien, et même contre l’ambassade américaine à Bagdad. En réponse, des frappes non revendiquées (attribuées à Washington ou Tel-Aviv) visent régulièrement des bases FMP, causant des dizaines de morts et blessés parmi les combattants pro-Iran.
Ces milices, officiellement intégrées à l’État irakien depuis 2014 (création des FMP pour combattre Daech), perçoivent des salaires publics et bénéficient d’une légitimité hybride. Pourtant, des groupes comme Kataïb Hezbollah, Asaïb Ahl al-Haq ou d’autres brigades pro-Iran opèrent avec une large autonomie et un agenda aligné sur Téhéran.
Risques pour le Kurdistan et la région
Un journaliste kurde a alerté le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) : si ce coup « soft » dégénère en prise totale du pouvoir, les attaques contre le Kurdistan irakien pourraient s’intensifier. Les factions pro-Iran ont juré d’expulser les forces américaines du nord du pays et menacent implicitement l’autonomie kurde.
Aucune confirmation officielle n’a encore été donnée par Bagdad, mais les signaux d’alarme se multiplient : perte progressive de contrôle des institutions, accusations de trahison contre le gouvernement, et préparation apparente à une escalade militaire majeure depuis le territoire irakien.
Vers un Irak base offensive ?
Si ces mouvements se confirment dans les prochains jours, l’Irak pourrait devenir le théâtre d’un front supplémentaire dans la guerre régionale. Ironie tragique : un État officiellement allié des États-Unis finance et intègre des milices qui visent à le transformer en rampe de lancement contre Washington et Tel-Aviv.
Les prochains jours s’annoncent décisifs. Bagdad parviendra-t-il à reprendre la main, ou assistera-t-on à une bascule complète vers un contrôle accru des proxies iraniens ? La réponse conditionnera non seulement l’avenir de l’Irak, mais aussi l’équilibre précaire du Moyen-Orient en pleine guerre ouverte.
IRAN. Le régime déclare l’état de guerre au Rojhilat
IRAN / ROJHILAT – Le régime iranien a déclaré l’« état de guerre » dans la région kurde du Rojhilat limitrophe au Kurdistan d’Irak, interdisant tout mouvement dans la zone sous peine de tirs à vue sans sommation. De plus, les forces iraniennes ont abandonné leurs postes frontaliers avancés pour se redéployer dans les mosquées, villages et montagnes autour de Paveh, Marivan, Baneh et Sardasht. Cette mesure, dans un contexte de frappes croisées et de tensions régionales, provoque une forte panique parmi les Kurdes habitant les zones frontalières.
Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI/IRGC) a déclaré un « état de guerre » le long de la frontière irano-irakienne (Kurdistan irakien). Les habitants des zones frontalières ont été avertis que tout mouvement dans la bande frontalière est strictement interdit et sera sanctionné par des tirs à vue sans sommation.
Selon des sources locales et des témoignages recueillis dans les villes de Paveh, Marivan, Baneh et Sardasht :
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De sévères restrictions militaires sont imposées dans les régions occidentales.
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Les forces du CGRI ont informé les populations qu’en raison du contexte de guerre, toute approche ou circulation dans la zone frontalière est prohibée.
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Les unités stationnées ont reçu l’ordre explicite de tirer directement sur toute personne repérée.
Changement tactique notable : les gardes-frontières et unités du CGRI ont abandonné leurs postes avancés officiels à la frontière. Ils se sont redéployés à l’intérieur des terres, établissant des bases dans :
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les mosquées des villages voisins,
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les montagnes et hauts plateaux environnants.
Cette mesure, combinée à l’interdiction totale et à la menace de tirs immédiats, provoque une forte inquiétude parmi les Kurdes des villages frontaliers, qui craignent une escalade imminente et une répression accrue en contexte de guerre régionale. (Rojhilat Info)
De Dersim à Halabja, du Rojava au Rojhilat, les Kurdes face aux génocides
KURDISTAN — Le 16 mars 1988, à 11 h 35, l’armée irakienne de Saddam Hussein, sur ordre direct d’Ali Hassan al-Majid (« Ali le Chimique »), bombardait la ville kurde d’Halabja avec un mélange létal de gaz neurotoxiques (sarin, tabun), vésicants (moutarde) et hémostatiques. En quelques minutes, plus de 5 000 civils périssaient dans d’atroces souffrances ; des familles entières gisent aujourd’hui dans des tombes anonymes marquées par des inscriptions glaçantes : « une tombe pour cinq personnes » ou « ici repose une famille entière ». Les États-Unis et plusieurs pays occidentaux avaient fourni à Bagdad les précurseurs chimiques, dans le cadre de leur soutien à Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak (1980-1988).

Cette atrocité s’inscrit dans une longue chaîne de violences étatiques contre les Kurdes, remontant au massacre de Dersim* (depuis, rebaptisée « Tunceli » par le régime turc) en 1937-1938, où l’armée turque, sous Atatürk, réprima une rébellion kurde alevie par des bombardements aériens, des gaz toxiques achetés à l’Allemagne Nazie et des massacres de masse : entre 13 000 et 70 000 morts selon les estimations, villages rasés, déportations forcées et assimilation brutale. De Dersim à Halabja, en passant par les campagnes Anfal (1988) qui firent jusqu’à 182 000 victimes kurdes en Irak, les États occupants ont systématiquement visé l’effacement ethnique et culturel du peuple kurde.
38 ans après Halabja, en ce 16 mars 2026, les Kurdes du Rojava commémorent ce « Mars noir » tout en affrontant de nouvelles menaces d’effacement. Entre janvier et février 2026, des attaques brutales dans le nord et l’est de la Syrie – meurtres, enlèvements, mutilations (femmes jetées de balcons, cœurs et yeux arrachés) – ont ciblé les civils kurdes, notamment à Alep (quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafieh), où près de 4 000 personnes restent portées disparues selon des sources comme le Mouvement des femmes kurdes Kongra Star. Ces violences, menées par des factions affiliées à la Turquie et certains groupes arabes, poursuivent une stratégie de division ethno-confessionnelle et d’extermination qui évoque les manipulations internationales d’hier.
La différence essentielle avec 1988 : le peuple kurde est aujourd’hui plus uni et résiste collectivement. Pourtant, les complots persistent, alimentés par des puissances qui arment et instrumentalisent des acteurs régionaux pour ensuite les abandonner – comme elles l’ont fait avec Saddam Hussein et « Ali le Chimique », exécutés après avoir servi leurs intérêts géopolitiques.
De Dersim à Halabja hier, et du Rojava et au Rojhilat (partie orientale de Kurdistan occupée par l’Iran) menacé aujourd’hui, l’histoire kurde reste marquée par une répétition tragique : génocides, déni et ingérences étrangères. A quand la justice pour les victimes, reconnaissance des génocides, et fin de l’impunité ?
*Le massacre de Dersim
Entre 1937 et 1938, lors de la répression brutale de la rébellion de Dersim (aujourd’hui Tunceli), l’État turc, sous Mustafa Kemal Atatürk et İsmet İnönü, a employé des armes chimiques contre les civils kurdes alevis. Des documents d’archives turcs et allemands, révélés notamment par l’historien Taner Akçam en 2023, confirment qu’un décret secret de 1937 a autorisé l’achat de 20 tonnes de gaz moutarde (yperite) et d’autres agents toxiques (comme le chloracétophénone) auprès de l’Allemagne nazie, accompagnés de 24 avions bimoteurs Heinkel pour des bombardements et pulvérisations aériennes. Ces gaz ont été utilisés pour asphyxier des civils kurdes et arméniens cachés dans les grottes et montagnes de Dersim, comme l’ont témoigné d’anciens ministres turcs (İhsan Sabri Çağlayangil) et des survivants : l’armée turque a empoisonné des familles entières piégées dans des grottes des environs.
Cette opération, qualifiée de génocide par de nombreux historiens et militants kurdes, a fait entre 13 000 et 70 000 morts (selon les sources officielles ou orales), avec des villages rasés, des forêts incendiées et une dépopulation massive. Parmi les atrocités les plus glaçantes : des déportations forcées de milliers de personnes vers l’Anatolie centrale, et l’arrachage systématique de fillette kurdes à leurs familles pour les placer dans des orphelinats ou les « offrir » en adoption à des officiers et familles turques, dans le but d’assimiler et d’effacer leur identité kurde et alevie – un phénomène connu sous le nom des « Filles disparues de Dersim ».
Cette violence s’inscrit dans une continuité tragique contre les Kurdes : de Dersim (1937-38) à Halabja (1988), en passant par les campagnes Anfal, les États occupants ont utilisé des armes chimiques (souvent avec complicité étrangère) pour réprimer et exterminer. Atatürk et İnönü ont commandé ces gaz nazis pour « résoudre définitivement » le « problème de Dersim », tout comme Saddam utilisera plus tard des armes occidentales à Halabja. Ces actes restent un génocide nié par Ankara, mais gravé dans la mémoire kurde comme un avertissement : l’assimilation forcée et les armes chimiques font partie d’une politique d’effacement ethnique qui perdure.
Une rescapée du massacre d’Halabja : « J’avais cinq ans quand mon enfance fut volée »
KURDISTAN – A l’occasion du 38e anniversaire du gazage des Kurdes d’Halabja par l’État irakien, nous partageons avec vous le témoignage d’une rescapée d’Halabja qui avait cinq ans à l’époque.
« J’avais cinq ans quand mon enfance fut volée