SYRIE. Documentation des crimes de guerre visant les Kurdes d’Alep
TURQUIE. Une adolescente kurde victime de mauvais traitements en prison
TURQUIE – Une adolescente kurde de 16 ans arrêtée récemment pour avoir tressé ses cheveux en réaction à la profanation du corps d’une combattante kurde en Syrie a été soumise à une fouille à nu et jetée dans une cellule avec des enfants emprisonnées pour des délits graves qui l’ont agressée à leur tour. Ses avocats ont porté plainte contre les mauvais traitements subis par la jeune fille.
Un tribunal d’Izmir a rejeté l’appel d’une jeune fille de 16 ans arrêtée le 6 février pour des publications sur les réseaux sociaux soutenant les manifestations pour le port de tresses. Son avocat avait demandé sa libération après son inculpation pour « propagande en faveur d’une organisation terroriste [YPJ] ».
Selon son avocat, la jeune fille, lycéenne, a subi une fouille à nu après son placement au centre de détention pour mineurs de Şakran suite à son arrestation. Elle demeure en détention après que le deuxième tribunal correctionnel pour mineurs d’Izmir a statué le 17 février que de forts soupçons persistent sur la base des éléments de preuve recueillis lors de l’enquête.
Les accusations découlent de ses publications sur les réseaux sociaux, notamment une vidéo soutenant les manifestations de tressage de cheveux (en kurde : kezî), qui ont émergé le mois dernier après qu’un membre armé du gouvernement intérimaire syrien ait été vu dans une vidéo exhibant la tresse d’une combattante kurde tuée à Raqqa et avec des propos moqueurs.
fouille à nu
S’adressant à bianet le 12 février, l’avocat Edhem Kuruş a déclaré que l’adolescente avait été soumise à des mauvais traitements, notamment à une fouille à nu.
« Elle vit dans un environnement extrêmement stressant, marqué par de fréquentes disputes et bagarres entre les enfants. Elle nous a raconté qu’on lui avait cogné la tête contre une surface en marbre et qu’elle avait subi une fouille à nu », a déclaré Kuruş. « Une enfant en pleine croissance ne devrait pas être exposée à un tel environnement. »
Il a ajouté que l’enfant avait été placé dans la même unité que d’autres personnes détenues pour des infractions liées à la drogue, au vol et aux agressions.
Le tribunal cite des « preuves concrètes »
Une fois l’acte d’accusation définitif, la défense a demandé la levée de la détention provisoire. Cependant, le tribunal d’Izmir a estimé que la présence de preuves concrètes et le risque de destruction de preuves ou de fuite de l’enfant justifiaient son maintien en détention.
Le procès devrait débuter le 3 mars.
La Cour constitutionnelle avait déjà statué en 2020 que le pouvoir accordé à la police de mener des « patrouilles virtuelles » en ligne était inconstitutionnel. Ce pouvoir, conféré en 2017 par un amendement à la loi sur les devoirs et pouvoirs de la police, autorisait les forces de l’ordre à obtenir des informations d’identité sur les internautes et à effectuer une surveillance en ligne dans le cadre d’enquêtes criminelles.
La Cour a déclaré la loi inconstitutionnelle, affirmant que les données personnelles sont protégées par la Constitution et que la police ne peut enquêter sur des individus qu’avec un mandat du procureur. Elle a conclu que la mesure n’était pas conforme aux normes d’une société démocratique.
TURQUIE. Un journaliste détenu pour avoir couvert une affaire liée à DAECH
TURQUIE – Alican Uludağ, journaliste turc de Deutsche Welle (DW), a été arrêté pour ses publications liées aux décisions de justice concernant les suspects de l’attentat commis par DAECH à Istanbul en 2016. Il est accusé de « diffusion de fausses informations » et d’« insulte au président ». Depuis plusieurs années, le régime turc criminalise et ou étouffe toute voix critique et viole la liberté d’informer des journalistes, essentiellement ceux des médias kurdes.
Alican Uludağ, journaliste pour le service turc de la chaîne de télévision publique allemande Deutsche Welle (DW), a été arrêté hier soir pour avoir prétendument « diffusé de la désinformation » et « insulté le président » en raison de ses reportages et de ses publications sur les réseaux sociaux concernant l’affaire criminelle relative à l’attentat à la bombe perpétré par l’EI à l’aéroport Atatürk d’Istanbul en 2016, a annoncé le bureau du procureur général d’Istanbul.
Transféré à Istanbul hier, Alican Uludağ a été déféré aujourd’hui devant le tribunal d’instance avec une demande d’arrestation suite à son interrogatoire par le parquet.
Les reportages sur les verdicts des tribunaux sont considérés comme de la désinformation.
Uludağ, dans un reportage de décembre 2024 pour Now TV, a révélé que la Cour de cassation avait cassé les condamnations de six accusés condamnés à la réclusion à perpétuité aggravée à 46 reprises chacun, ainsi qu’à 2 604 années de prison.
Le 13e tribunal pénal d’Istanbul a condamné six individus pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel » et « meurtre avec préméditation », tandis qu’une septième personne a été condamnée à 12 ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste ».
La Cour de cassation a jugé les peines prononcées excessives. Elle a estimé que trois accusés auraient dû être reconnus coupables d’« appartenance à une organisation terroriste », un de financement du terrorisme et un autre de complicité d’attentat. Suite à cet arrêt, six des sept accusés ont été libérés le 12 décembre 2024.
Après la diffusion du reportage d’Uludağ, le Centre de lutte contre la désinformation de la Direction des communications a reconnu les diffusions, mais a affirmé que la décision ne s’appliquait pas aux principaux auteurs de l’attaque, considérant donc le reportage d’Uludağ qualifié de « désinformation ».
Condamnation de la RSF
Le représentant turc de Reporters sans frontières (RSF), Erol Öncerdoğlu, a condamné la détention d’Uludağ. « À l’heure où le pouvoir judiciaire cède aux pressions politiques, la détention du journaliste Alican Uludağ montre que la liberté de la presse en Turquie est confrontée à un avenir encore plus sombre », a-t-il déclaré. « Il a été arrêté simplement parce que ses enquêtes et ses critiques étaient dérangeantes. C’est tout. »
Au cours d’une carrière journalistique s’étalant sur près de deux décennies, Uludağ a principalement travaillé comme journaliste judiciaire, se concentrant sur les violations des droits de l’homme, les affaires de corruption et les procès très médiatisés.
Son travail a été récompensé par plusieurs prix, dont le prix Uğur Mumcu de journalisme d’investigation décerné par l’ Association des journalistes contemporains en 2019, le prix du reportage politique décerné par l’Association des journalistes turcs en 2020 et le prix Raif Badawi pour le journalisme courageux décerné par la Fondation Friedrich Naumann en 2021. (Bianet)
TURQUIE. Fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux ?
TURQUIE / KURDISTAN – Le gouvernement turc va rendre obligatoire la vérification d’identité pour tout utilisateur des réseaux sociaux. Jusqu’à présent, le régime turc se contentait de censurer les comptes des utilisateurs kurdes ou ceux critiquant le gouvernement turc.
La Turquie se prépare à introduire une vérification d’identité obligatoire pour tous les utilisateurs des réseaux sociaux, a annoncé le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek.
« La vérification d’identité sera essentielle sur les réseaux sociaux. Si une personne publie un commentaire ou un message, son identité sera forcément connue. Elle ne le fera pas avec un faux compte ou un faux compte étranger sans vérification d’identité », a déclaré Gürlek dans une interview accordée au quotidien progouvernemental Yeni Şafak et publiée hier.
« Projet d’isolement numérique »
L’Association pour la liberté d’expression (İFÖD) a décrit le règlement proposé comme « un projet d’isolement numérique qui englobe toute la société ».
L’association a averti que cette réglementation détruirait l’anonymat sur Internet et pousserait les individus à l’autocensure par crainte d’être fichés.
ROJAVA. Les femmes resteront « une force invincible face à la tyrannie »
SYRIE / ROJAVA – Plusieurs organisations de femmes du Rojava / Syrie du N-E ont publié un communiqué dans lequel elles déclarent que les « femmes kurdes, femmes arabes, femmes syriennes, femmes assyriennes, femmes arméniennes et bien d’autres, affirmons que chaque acquis que nous défendons aujourd’hui est un gage de fidélité à notre héritage, que nous ne laisserons pas se perdre ni être détruit ».
À l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, des organisations de femmes de l’Administration autonome démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) ont publié une déclaration commune. Intitulée « Il n’y a pas d’alternative à la reconnaissance constitutionnelle pour protéger la révolution des femmes et garantir une Syrie démocratique », la déclaration se lit comme suit :
Avant toute chose, nous nous inclinons avec respect devant les grands sacrifices consentis avec le sang des pionniers et des soldats tombés au combat, qui ont construit des ponts de leur corps et nous ont ouvert la voie par leur volonté, afin que nous puissions sortir des ténèbres de l’exclusion pour entrer dans la lumière de l’avenir.
Contre toute attente
Nous, les mouvements et organisations de femmes du Rojava, femmes kurdes, femmes arabes, femmes syriennes, femmes assyriennes, femmes arméniennes et bien d’autres, affirmons que chaque acquis que nous défendons aujourd’hui est un gage de fidélité à notre héritage, que nous ne laisserons pas se perdre ni être détruit.
Nos cœurs sont meurtris et nos âmes brûlent de rage face aux atrocités commises par des éléments liés à des factions du gouvernement de transition ; des pratiques brutales qui bafouent toutes les valeurs humaines, depuis l’acte barbare de jeter notre camarade Deniz du troisième étage jusqu’au crime de sang-froid consistant à couper la tresse d’une combattante. Ces violations sont l’expression flagrante d’une mentalité salafiste et patriarcale imprégnée de haine, visant à briser la volonté des femmes qui ont combattu et triomphé du terrorisme. C’est une tentative pitoyable de terroriser la société en s’attaquant à ses symboles de lutte et de beauté.
«Nous ne mendions pas pour obtenir nos droits.»
Ce que la révolution des femmes dans le nord et l’est de la Syrie et dans tout le pays a accompli, ce n’est pas une simple concession, mais une libération des griffes d’une idéologie d’exclusion.
C’est pourquoi, à l’approche du 8 mars, Journée internationale des femmes, nous sommes animées d’un esprit de résistance, et non de défaite. Du cœur même de la lutte, nous annonçons le lancement d’une importante campagne nationale et internationale visant à intensifier le combat sur tous les fronts. Nous ne mendions pas nos droits ; nous demandons des comptes à la communauté internationale et aux forces démocratiques quant à leur responsabilité historique et présentons nos revendications comme non négociables et non reportables. Ces revendications sont les suivantes :
• L’inclusion explicite et sans ambiguïté des acquis de la révolution des femmes dans le nord et l’est de la Syrie, ainsi que dans l’ensemble de la Syrie, dans la nouvelle constitution et la garantie de la protection des femmes contre la mentalité patriarcale, exclusionniste et salafiste qui vise historiquement à écarter les femmes des postes de décision.
• La mise en œuvre intégrale des points convenus le 30 janvier afin d’assurer l’achèvement des processus d’intégration et de garantir la participation effective et indépendante des femmes dans toutes les institutions militaires, politiques et administratives.
• La reconnaissance constitutionnelle du système de « coprésidence » et l’introduction d’un quota de femmes d’au moins 50 % dans toutes les branches d’État et les comités constitutionnels comme garantie d’une égalité totale.
• L’inclusion d’une clause constitutionnelle claire pour l’adoption du décret n° 13 relatif à la protection des droits linguistiques et culturels des Kurdes, tout en garantissant simultanément la protection des droits de toutes les communautés syriennes et de leur diversité culturelle.
• Création de véritables comités participatifs, avec une large représentation des femmes, chargés de rédiger une nouvelle constitution démocratique qui protège les droits des femmes et de toutes les communautés et qui établisse un système démocratique décentralisé.
• Préservation du caractère et de la structure uniques des Unités de protection des femmes (YPJ) et de leur reconnaissance constitutionnelle en tant que partie essentielle et intégrante du système de défense et de protection, reconnaissant leur rôle historique dans la lutte contre le terrorisme et la protection des valeurs humaines.
• Un engagement absolu en faveur du respect des droits des femmes et des acquis juridiques et civiques déjà obtenus, et un rejet catégorique de toute législation qui maintient l’assujettissement des femmes ou diminue leur rôle social et politique.
• Découvrir le sort des personnes disparues et des personnes disparues de force, poursuivre rapidement tous les auteurs de crimes et de violations brutales contre les femmes, et mettre en œuvre les principes de la justice transitionnelle afin d’assurer des réparations aux victimes et de prévenir l’impunité.
• Garantir le retour sûr et volontaire de toutes les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays dans leur pays d’origine grâce à des garanties internationales qui les protègent des représailles et assurent leurs moyens de subsistance.
• Un appel à la communauté internationale pour qu’elle reconnaisse le modèle d’autonomie gouvernementale et le rôle pionnier des femmes au sein de ce modèle comme un modèle national pour une solution globale pour la Syrie et pour assurer une transition vers une Syrie démocratique, pluraliste et décentralisée.
Nous lançons cet appel à l’action à tous les mouvements féministes et aux forces démocratiques du monde entier : notre lutte aujourd’hui est le dernier rempart des valeurs universelles de liberté contre l’idéologie salafiste et patriarcale. L’attaque contre les femmes syriennes est une atteinte au cœur même de la démocratie universelle. C’est pourquoi nous vous appelons à renforcer les alliances de femmes et à exercer une pression internationale afin que la future constitution syrienne n’entraîne pas l’exclusion et la marginalisation de la moitié de la société.
«Nous resterons une force invincible face à la tyrannie »
Les années nous ont appris que notre organisation est notre forteresse. Ni le meurtre ni la violence ne peuvent nous intimider ni briser notre volonté. (…) Ceux·lles qui ont fait la révolution et préservé la dignité au prix de leur sang peuvent la protéger et imposer la logique d’une Syrie démocratique, pluraliste et décentralisée.
Promesse aux femmes tombées et aux tresses coupées : nous resterons une force invincible contre la tyrannie et nous ne cesserons de lutter jusqu’à ce que nos acquis soient inscrits dans la Constitution. Vive la révolution des femmes !
Vive la révolution des femmes ! (…) Jin, Jiyan, Azadî ! »
Signé par
Kongra Star
Union des femmes syriaques en Syrie
Union pour la sécurité des femmes
Sara – Organisation contre la violence faite aux femmes
Mouvements artistiques et culturels féminins – Hîlala Zerîn
Union des femmes yézidies au Rojava
Parti démocratique de la liberté
Parti démocratique pour la paix du Kurdistan Parti
vert démocratique
Union des avocats kurdes
Parti démocratique kurde en Syrie
Parti syrien de la construction et du développement Association
des femmes Sawushka
Fondation des femmes libres en Syrie
Conseil des femmes du Mouvement de la société démocratique
Autorité des femmes
Parti démocratique du Kurdistan – Syrie
Parti du message démocratique du Kurdistan Parti
du changement démocratique du Kurdistan
Mouvement de l’avenir du Kurdistan
Parti démocratique kurde en Syrie (el-Party)
Conseil de la justice
Association des ambassadeurs pour les personnes handicapées
Organisation Roz pour le soutien et l’autonomisation
Organisation des leaders de la paix
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ANF
Les Kurdes vont-ils être sacrifiés pour des projets énergétiques ?
KURDISTAN – Le journaliste Mehmet Ali Çelebi explique que les pourparlers de Paris du 6 janvier signalent un nouveau consensus qui pourrait conduire à ce que les Kurdes [du Rojava mais aussi du Kurdistan d’Iran] soient sacrifiés pour des projets énergétiques et que les structures djihadistes soient renforcées.

Mehmet Ali Çelebi, rédacteur en chef du journal Yeni Yaşam, établit un parallèle entre les mécanismes de l’opération de renseignement internationale menée contre Abdullah Öcalan en 1999 et l’approche actuelle concernant la Syrie, mise en œuvre notamment à travers le Rojava. Il s’est entretenu avec ANF au sujet des dimensions internationales et des dynamiques sous-jacentes à ce processus, amorcé par les attaques contre Alep.
« Derrière le complot contre le Rojava »
Le rédacteur en chef Çelebi est certain que le « processus conspirateur » qui a commencé avec les attaques contre Alep vise les réalisations kurdes au Rojava, ajoutant : « Le premier complot a également commencé en Syrie ; il est frappant de constater que le deuxième complot international contre les Kurdes s’est une fois de plus déroulé avec la Syrie en son centre.
La conspiration initiale impliquait des personnalités telles que Hosni Moubarak et Süleyman Demirel. L’administration Clinton était alors au pouvoir aux États-Unis. Le Royaume-Uni figurait parmi les principaux acteurs de cette conspiration, qui aboutit finalement aux accords d’Adana. Cet accord marqua un tournant décisif dans les relations entre la Turquie et la Syrie. Il fut signé le 20 octobre 1998, du vivant d’Hafez el-Assad, deux ans avant sa mort et la passation de pouvoir à Bachar el-Assad. Aux termes des accords d’Adana, la Turquie établit une sphère d’influence considérable sur la Syrie.
Dans cette sphère d’influence, les mesures visant à étouffer les dynamiques politiques et à les exclure du système énergétique se sont avérées efficaces. L’un des piliers de ce processus était le projet d’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). Après l’effondrement du bloc soviétique, le projet de transport du pétrole azerbaïdjanais de la région caspienne jusqu’à Ceyhan (Adana) s’est accéléré après 1993 et les travaux se sont poursuivis jusqu’à cette période de conspiration. »
Les Kurdes victimes de l’équation énergétique
Un autre pilier important de ce complot s’est concrétisé par le projet énergétique Blue Stream, a poursuivi Çelebi : « Un autre facteur a été le gazoduc Blue Stream entre la Russie et la Turquie. La Russie est restée silencieuse sur de nombreux points, soutenant ce projet et ignorant ses politiques anti-kurdes. À cette époque, l’Occident a également soutenu les gouvernements de Boris Eltsine, puis de Vladimir Poutine, afin d’empêcher la Russie de renouer avec une orientation socialiste. C’est ainsi que le projet Blue Stream a pu être imposé durant cette période. »
En d’autres termes, les Kurdes furent, en quelque sorte, sacrifiés sur l’autel de l’équilibre énergétique. Un autre aspect de cette situation résidait dans la politique de domination de la Méditerranée et du bassin chypriote, visant à affaiblir l’influence du mouvement kurde dans cette région.
Le 6 janvier et le consensus international
Le journaliste expliquait que le 6 janvier 2026, un nouveau consensus international s’était dégagé concernant les politiques anti-kurdes : « Une fois de plus, le Royaume-Uni a joué un rôle de premier plan ; cette fois, le président américain Donald Trump était également impliqué. Trump avait déjà donné un aperçu de cette politique en autorisant l’occupation de Kirkouk. En temps normal, il aurait mené une politique visant à éliminer les Forces de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) soutenues par l’Iran en Irak. Cependant, concernant les Kurdes, il a permis à cette force, sous le commandement de Qassem Soleimani, d’occuper Kirkouk à la demande de la Turquie. La raison ? Il souhaitait établir une relation avec le gouvernement de l’AKP fondée sur des intérêts financiers et la recherche de rentes. »
Selon Kerkûk, il a ouvert la voie à l’invasion conjointe d’Afrin par des groupes djihadistes et la Turquie, ainsi qu’aux invasions de Girê Spî et de Serêkaniyê en 2019. « Comme les États-Unis contrôlent l’espace aérien au-dessus de l’Irak et de la Syrie, ils ont ouvert ces zones aux opérations. »
L’alliance entre les États-Unis et les Kurdes était de nature tactique.
Çelebi a déclaré que la Turquie avait bénéficié d’importantes concessions sous l’administration Trump, et a poursuivi : « C’est pourquoi, à l’approche des élections américaines, la coalition AKP-MHP à Ankara s’est mise à attendre Trump avec une ferveur quasi religieuse. Les médias progouvernementaux – chaînes de télévision et journaux – attendaient avec impatience son retour. Après son investiture, des négociations ont eu lieu sur la manière de poursuivre la politique anti-kurde. »
Le Royaume-Uni poursuivait ses propres objectifs : animé par une animosité historique envers la Russie, il cherchait à lui interdire l’accès à des ports libres de glace et à des mers chaudes. Les États-Unis, quant à eux, souhaitaient chasser la Russie, la Chine et l’Iran de Syrie. La force censée combler ce vide était la coalition AKP-MHP, qui tirait parti de son appartenance à l’OTAN et de sa position géopolitique. Des puissances comme l’Allemagne et le Royaume-Uni soutenaient cette politique et préféraient qu’une force de l’OTAN prenne le relais dans la région, face à l’Iran et à la Russie.
En substance, l’alliance que le gouvernement américain a forgée avec les Kurdes en Syrie était de nature tactique. Comme nous l’avons déjà souligné, les États-Unis coopèrent avec les Kurdes dans une certaine mesure, tout en maintenant la Turquie comme force d’équilibre. Ils cherchent à positionner la Turquie, forte de son identité islamique dans le cadre du projet d’« islam modéré », face à la Russie en mer Noire, en Méditerranée et au Moyen-Orient.
Le profil imprévisible de Trump
L’approche incohérente et imprévisible de Trump en matière de politique internationale a également alimenté ces théories du complot, selon Çelebi : « Le comportement de Trump était très changeant ; un jour, il couvrait quelqu’un d’éloges et le qualifiait de “très bon dirigeant”, le lendemain, il l’insultait et le menaçait. Il pouvait concentrer son attention sur le Canada, l’un des plus proches alliés des États-Unis, et menacer de s’emparer du canal de Panama, ou poursuivre une politique d’achat du Groenland, qui appartient au Danemark. »
L’Union européenne, de son côté, a tenté d’établir un cadre de défense en réponse, en confiant à la Turquie un rôle au sein de celui-ci. Compte tenu de la puissance militaire turque – elle dispose de l’une des plus importantes armées de l’OTAN – nombre de ses actions ont été tolérées. En résumé : face à un choix crucial, les États-Unis privilégient la Turquie, et non les Kurdes.
Chevauchements dans les objectifs stratégiques
Concernant la décision américaine de se retirer d’Irak et de redéployer ses forces au Kurdistan irakien, Çelebi estime que plusieurs objectifs stratégiques sont cruciaux : « Les États-Unis se retirent d’Irak et redéployent leurs forces au Kurdistan irakien, où ils renforcent leur présence militaire. Ils tentent d’établir un équilibre des pouvoirs face à l’Iran et d’associer Israël et les pays de la région aux accords d’Abraham. »
La Turquie joue un rôle crucial dans ce contexte. Parallèlement, une politique de désarmement du Hamas est menée. Ce faisant, les États-Unis poursuivent une politique contraire à celle du gouvernement AKP-MHP, auquel le Hamas est idéologiquement proche. Tout cela est inextricablement lié aux pressions exercées sur l’Iran. Tout en préparant des opérations contre l’Iran, les États-Unis visent à déconnecter complètement la Turquie de la Russie et à interrompre les achats de gaz via les gazoducs Blue Stream et TurkStream.
Les États-Unis se sont rangés du côté de la Turquie et de HTS.
L’Inde illustre cette approche : soumise à de telles pressions depuis février 2026, elle a rompu ses relations énergétiques avec la Russie. Les États-Unis cherchent à la fois à perturber les routes énergétiques de la Russie et de la Chine et à instaurer un système leur permettant, après le 3 janvier 2026, de contrôler les ressources du Venezuela et de l’Iran.
Çelebi a déclaré que les États-Unis avaient pris parti pour la Turquie et Hayat Tahrir al-Sham (HTS) dans leur politique envers le Rojava, expliquant : « Ce qui est frappant, c’est que HTS et l’Armée nationale syrienne (ANS), issues de la même lignée idéologique qu’Al-Qaïda et Daech, auteurs des attentats du 11-Septembre, aient bénéficié du soutien de l’administration Trump. Cette situation a même suscité de vives réactions au sein du Congrès américain. »
Priorité à Ankara : pas de statut pour les Kurdes
La politique étrangère d’Ankara vise à empêcher les Kurdes d’acquérir une quelconque reconnaissance internationale ; elle semble concentrer tous ses efforts sur une stratégie anti-kurde, anti-arménienne, anti-grecque et anti-alévi. Cependant, la situation en Syrie et au Rojava pourrait évoluer brutalement. L’histoire nous montre clairement ce que les structures djihadistes, responsables par le passé de massacres dans des capitales comme Paris, Moscou, Bruxelles et Londres, pourraient infliger à ces populations.
En réalité, les Kurdes et les populations du monde entier qui ont manifesté leur solidarité internationale ont influencé d’abord les parlements, puis les gouvernements. Même le gouvernement Macron, en France, s’est senti contraint de mettre fin à sa duplicité et d’endosser un rôle de médiateur.
La Turquie agit en coulisses comme un saboteur.
Çelebi a rappelé que de nombreux sujets étaient à l’ordre du jour des réunions entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition à Damas le 4 janvier, mais que les pourparlers avaient été sabotés à la dernière minute. Il a déclaré : « Le 4 janvier 2026 est une date cruciale à cet égard. Les visites à Damas du commandant en chef des FDS, Mazlum Abdi, et du commandant des FDS, Sîpan Hemo, la participation du commandant américain Kevin Lambert et les rencontres avec le ministre syrien de la Défense ont constitué des avancées significatives. Comme Thomas Barrack l’a lui-même confirmé, des discussions ont eu lieu sur la manière d’intégrer la langue kurde dans la Constitution et le système éducatif. »
Avant l’attentat du 6 janvier, Ahmed al-Charia a promulgué le décret n° 13, proclamant le kurde langue nationale ; toutefois, ce décret comporte de nombreuses ambiguïtés. Le contenu du programme scolaire et sa mise en œuvre concrète restent flous. Des structures agissant sur instruction d’Ankara ont saboté des réunions visant à trouver des solutions par des manœuvres en coulisses.
« Les révolutionnaires portent toujours en eux une étincelle d’espoir. »
Le régime HTS a également participé aux réunions de Paris, les 5 et 6 janvier, organisées par Barrack, Hakan Fidan et le Royaume-Uni, et auxquelles Israël a assisté. Le plan élaboré par Barrack des mois auparavant y a été mis à exécution. L’administration du Rojava a dû anticiper ce processus et élaborer des plans alternatifs. Les puissances impérialistes sont toujours en quête de nouvelles cibles et de nouvelles frontières. Mais depuis la génération de 1968, les Kurdes ont progressivement dépassé les frontières tracées par les impérialistes. Après l’effondrement de l’Union soviétique, le massacre d’Helebce et les guerres du Golfe, ils ont réapparu à chaque fois, se regroupant et progressant toujours plus loin.
Les révolutionnaires portent toujours en eux une étincelle d’espoir ; sinon, la révolution cubaine de 1959, la résistance vietnamienne, la Commune de Paris ou le dynamisme soviétique de 1917 n’auraient pas eu lieu.
La Turquie a la possibilité de rechercher une solution sur un pied d’égalité.
Suite aux réunions de Paris des 5 et 6 janvier, Çelebi a poursuivi en indiquant que de nouveaux recours juridiques contre le plan élaboré par les régimes djihadistes pourraient encore émerger. La région est toujours vulnérable aux bouleversements politiques : « L’exemple de l’Iran doit être examiné. L’Iran a semé la discorde entre lui et les minorités présentes sur son territoire (Kurdes, Azerbaïdjanais, Baloutches et Arabes). La guerre de douze jours en juin 2025 a démontré qu’il ne suffit pas de posséder un arsenal militaire et des missiles considérables. Le véritable pouvoir ne réside pas dans les missiles, mais dans la volonté du peuple. »
Le gouvernement de l’AKP nourrit une illusion similaire, croyant pouvoir intimider la population par des démonstrations de force militaire et des structures comme HTS. Mais les structures déconnectées de leur peuple sont vouées à la ruine. Comme le disait Engels : « Une nation qui opprime les autres ne peut être libre. » En tentant d’opprimer d’autres peuples, on s’efforce de dissimuler la corruption, la dégénérescence et le déclin ; mais un jour, tout s’effondre de l’intérieur. Consacrer des budgets colossaux à l’armement, aux chars et aux groupes djihadistes, tout en jugeant un salaire de 20 000 lires suffisant pour sa propre population, sape toute éthique sociale.
La Turquie se trouve face à une formidable opportunité : développer avec les Kurdes un processus de résolution du conflit fondé sur l’égalité, partager les retombées économiques avec la population au lieu de consacrer des ressources à des unités militaires en Syrie, et ouvrir la voie à la liberté. Autrement, cette politique pourrait conduire la Turquie au même sort que l’Iran. L’Iran n’a pas tiré les leçons du passé et subira d’immenses ravages. Si la Turquie ne veut pas connaître le même sort que l’Iran, elle doit investir dans l’égalité et la liberté plutôt que dans les armes. (ANF)
SYRIE. La famille kurde kidnappée à Homs libérée contre 15 000 dollars
SYRIE / ROJAVA – Une famille kurde originaire de Kobanê kidnappée par des gangs de Damas a été libérée après le paiement d’une rançon de 15 000 dollars. Les ravisseurs avaient torturé la famille pour forcer leurs proches à payer la rançon de 30 000.
Une famille de sept personnes originaires de Kobanê a été libérée après avoir été retenue en otage pendant une semaine dans la province syrienne de Homs, à la suite de négociations qui se sont terminées par le versement d’une rançon de 15 000 dollars, a annoncé jeudi l’Observatoire syrien des droits de l’homme.
L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a rapporté qu’une famille, composée d’une mère, d’un père et de leurs cinq enfants, avait été enlevée alors qu’elle tentait de traverser la campagne de Homs pour se réfugier au Liban.
Selon l’observateur, d’intenses négociations avec les ravisseurs ont permis leur libération contre une rançon de 15 000 dollars. Les ravisseurs avaient initialement exigé 36 000 dollars. La famille est actuellement en route pour Kobane.
La famille avait quitté la ville kurde le 12 février en raison du siège continu de la ville et prévoyait de traverser Homs pour se rendre au Liban, dans le but d’atteindre finalement l’Allemagne.
Le père des enfants, Abdullah Habash, a déclaré avoir contacté un homme qui prétendait pouvoir organiser leur passage en toute sécurité vers le Liban. Il a découvert par la suite que cet individu était lié à un réseau de trafic d’êtres humains.
L’OSDH a déclaré que cet incident reflète l’activité croissante des bandes de kidnappeurs et de trafiquants d’êtres humains opérant le long des routes de contrebande et des points de passage illégaux en Syrie, en particulier ceux utilisés par les civils fuyant le conflit.
Les organisations de défense des droits humains alertent sur le fait que la détérioration des conditions sécuritaires a permis à ces réseaux d’exploiter des familles vulnérables cherchant refuge à l’étranger.
Le récent conflit à Kobanê et au Rojava (nord-est de la Syrie) a engendré une vague d’instabilité et a aggravé la situation humanitaire, les zones à majorité kurde étant aux prises avec une offensive des forces de l’État cherchant à mettre fin au régime autonome dirigé par les Kurdes.
Les violences se sont apaisées fin janvier avec la signature d’un nouvel accord de cessez-le-feu et d’intégration entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de Damas, qui prévoit une présence limitée d’éléments de l’État syrien dans les zones du Rojava.
Les médias basés au Rojava ont rapporté dimanche qu’un enfant kurde de 12 ans était mort à Kobané, faute de pouvoir être transféré à Alep, alors qu’un siège suffocant imposé par Damas persiste malgré la désescalade des tensions.
Son décès est survenu trois jours après celui d’un enfant kurde déplacé de huit ans, mort à Kobanê faute de médicaments et en raison des conditions de vie désastreuses dans la ville.
Plus tôt, un responsable du Rojava avait déclaré à l’agence The New Region que l’accord avec Damas « n’avait entraîné aucun changement concret à Kobane », la ville restant assiégée et manquant de produits de première nécessité.
Fin janvier, le Croissant-Rouge kurde du Rojava a signalé qu’au moins cinq enfants étaient morts à Kobanê des suites du froid extrême et d’une pénurie de fournitures médicales.
TURQUIE. Manifestations pro-Rojava. Fouilles à nu des adolescents kurdes détenus
TURQUIE / KURDISTAN – Fouilles à nu, torture, cheveux coupés de force… la police turque et des gardiens de prison se sont déchainés contre des dizaines d’adolescents (filles et garçons) kurdes arrêtés lors des manifestations en soutien au Rojava. Une adolescente de 16 ans a été arrêtée uniquement pour avoir tressé ses cheveux en hommage à une combattante kurde tuée à Raqqa et dont la tresse coupée par un terroriste avait horrifié le peuple kurde.
Une députée saisi le Parlement pour qu’il enquête sur les violation des droits des mineurs détenus
Au moins 37 enfants ont été détenus dans la province kurde de Şırnak entre le 8 et le 27 janvier, lors d’opérations policières visant des manifestations contre l’offensive militaire du gouvernement intérimaire syrien dans les régions dirigées par les Kurdes du nord et de l’est du pays.
Les manifestations ont été réprimées par des descentes de police à domicile, entraînant l’arrestation de dizaines de mineurs âgés de 15 à 17 ans. Douze d’entre eux ont ensuite été envoyés à la prison fermée pour mineurs et jeunes de Hatay, située à environ 700 kilomètres de leur ville natale.
Newroz Uysal Aslan, députée de Şırnak du parti Égalité des peuples et démocratie (DEM Parti), a déposé une plainte auprès de la Commission d’enquête sur les droits de l’homme du Parlement, demandant une enquête sur place concernant les allégations de torture et de mauvais traitements au centre pour mineurs de Hatay.
Signatures forcées et traitement dégradant
D’après la plainte, certains enfants ont déclaré avoir subi des violences physiques lors de leur arrestation. Plusieurs ont également affirmé avoir été contraints de signer des documents sous la supervision d’agents en civil, sans en connaître le contenu. Les témoignages des enfants font fréquemment état de torture, de menaces, d’humiliations et d’intimidations subies en garde à vue.
Le processus de transfert a également suscité des inquiétudes. Des témoignages font état de détentions prolongées dans des véhicules mal ventilés, de privation de nourriture, de transport avec les mains menottées et d’exposition à la fumée de cigarette à l’intérieur des véhicules.
Certains enfants ont déclaré avoir été transférés sans leur consentement dans des prisons situées à des centaines de kilomètres de leurs familles. La pétition soulignait que de telles pratiques nuisaient aux liens familiaux et perturbaient la scolarité des enfants.
Fouilles à nu et coupes de cheveux
La demande comprenait également des témoignages selon lesquels certaines adolescentes avaient subi des fouilles à nu à leur arrivée en prison, avaient eu les cheveux coupés de force et avaient été agressées physiquement. Un enfant a raconté que, lors des fouilles à nu, le personnel pénitentiaire se moquait des autres détenus contraints de rester assis et debout nus à plusieurs reprises.
Les besoins fondamentaux n’auraient pas été satisfaits. Certains enfants ont déclaré n’avoir reçu ni vêtements ni effets personnels envoyés par leur famille. L’un d’eux portait les mêmes vêtements depuis son arrivée.
Concernant les conditions de vie quotidiennes à l’intérieur de la prison, la plainte dénonçait la surpopulation, certains enfants étant contraints de dormir dans les espaces communs. La ventilation était jugée insuffisante et, faute de machines à laver adéquates, le linge devait être lavé à la main. Les enfants n’auraient accès à des activités sportives que deux fois par semaine et ne bénéficieraient d’aucun programme éducatif ou social régulier.
Des inquiétudes ont également été soulevées quant au manque de soutien psychologique adéquat. D’après les témoignages, les enfants n’ont bénéficié que d’une seule et brève séance avec le psychologue de la prison, au cours de laquelle on leur a demandé s’ils avaient des tatouages et on les a soumis à un interrogatoire à la chaîne, sans leur apporter un véritable soutien.
« Les allégations doivent faire l’objet d’une enquête indépendante. »
Dans la conclusion de sa plainte, Aslan a souligné que plusieurs enfants avaient décrit indépendamment des expériences similaires, suggérant que les violations alléguées pourraient être systématiques.
Elle a fait valoir que les témoignages devaient être évalués à la lumière de la Constitution turque, de la loi sur la protection de l’enfance, du code de procédure pénale et des conventions internationales auxquelles la Turquie est partie.
« L’interdiction de la torture et des mauvais traitements est absolue », stipulait la pétition, soulignant l’obligation légale de l’État de mener une enquête indépendante et impartiale sur ces allégations.
Aslan a demandé à la commission parlementaire d’enquêter en détail sur les procédures d’arrestation, de transfert et de détention, de procéder à une inspection sur place et d’engager des poursuites administratives et judiciaires contre les responsables. (Bianet)
Repenser la politique étrangère kurde à travers l’expérience américaine
KURDISTAN. Depuis plus d’un siècle, la politique étrangère kurde est moins le fruit d’un choix stratégique que d’une vulnérabilité structurelle. Sans État, fragmentés et encerclés par des puissances hostiles, les dirigeants kurdes ont privilégié l’alliance avec des protecteurs extérieurs plutôt que l’élaboration d’une doctrine de puissance cohérente. Pendant des décennies, cette approche a paru rationnelle : l’alliance promettait protection, reconnaissance et survie. Or, les fondements de cette stratégie ne correspondent plus au système international dans lequel évoluent aujourd’hui les Kurdes.
La pression croissante exercée par Washington pour intégrer les forces kurdes aux structures étatiques centralisées ne doit pas être perçue comme une simple trahison. Il s’agit d’un signal structurel susceptible de s’intensifier, révélant à quel point les élites kurdes ont systématiquement mal interprété le contexte international dans lequel elles évoluent et les puissances dont elles dépendent.
Historiquement, la politique étrangère kurde fonctionnait moins comme une stratégie que comme une orientation.
Plus fondamentalement, elle révèle une politique étrangère encore fondée sur une conception dépassée de la puissance américaine et de l’ordre mondial, fonctionnant comme si ni le monde ni les États-Unis n’avaient fondamentalement changé.
Quelle a été la politique étrangère kurde ?
Historiquement, la politique étrangère kurde a moins fonctionné comme une stratégie que comme une orientation. L’alignement sur les États-Unis et les puissances occidentales est devenu à la fois un moyen et une fin, fondé sur la conviction que la coopération et le partage de valeurs garantiraient la protection. Même l’imposant consulat américain à Erbil (le plus grand consulat américain au monde), souvent cité comme preuve d’une relation privilégiée, témoigne de l’accès et de l’influence américains, et non d’un engagement envers l’autonomie politique ou l’autodétermination kurde.
Cette conviction a persisté malgré des avertissements répétés. En 1975, le soutien américain et iranien à la révolte kurde en Irak s’est effondré du jour au lendemain après les accords d’Alger, laissant les forces kurdes vulnérables et vaincues. En 1991, suite aux soulèvements qui ont suivi la guerre du Golfe, Washington a refusé de contester le pouvoir de Saddam Hussein, intervenant uniquement pour gérer les conséquences humanitaires plutôt que pour garantir des garanties politiques aux Kurdes. Après 2003, l’autonomie kurde en Irak s’est étendue, mais toujours dans le cadre de lignes rouges définies par la stabilité régionale et les relations américano-turques, et non par l’autodétermination kurde. En Syrie, les forces kurdes sont devenues le partenaire le plus efficace de Washington contre Daech à partir de 2014, mais la coopération sur le terrain ne s’est jamais traduite par une reconnaissance politique – aboutissant à l’acquiescement des États-Unis aux opérations militaires turques en 2019 et à la volonté actuelle de réintégration dans les structures étatiques centralisées.
En pratique, la diplomatie kurde a substitué le levier à l’alignement moral. On attendait de la loyauté qu’elle compense la vulnérabilité structurelle. Les dirigeants kurdes insistaient sur la fiabilité – accueillir les forces américaines, combattre les ennemis communs, stabiliser le territoire – comme si la cohérence pouvait à elle seule engendrer des obligations. Or, les relations internationales ne récompensent pas la vertu, mais l’utilité. Lorsque les priorités kurdes entraient en conflit avec des calculs plus larges – les relations de l’OTAN avec la Turquie, l’escalade avec l’Iran, la nécessité d’éviter un enlisement régional durable ou l’évolution des pressions internes à Washington – les revendications kurdes étaient reléguées au second plan. Ce schéma s’étend sur des décennies et des théâtres d’opérations. Il ne s’agissait ni d’un hasard, ni d’un simple échec du leadership, mais du résultat prévisible d’un alignement sans levier, d’une confiance sans prévoyance et d’attentes sans pouvoir.
L’américanisme n’a jamais été stable – ni bienveillant
Une compréhension approfondie de la politique étrangère américaine met en lumière une faiblesse majeure de la pensée kurde en la matière, qui repose sur une méconnaissance historique de l’Amérique. On ne peut appréhender la politique étrangère américaine sans comprendre l’américanisme – or, l’américanisme n’a jamais été figé, cohérent ni moralement constant.
À des moments clés, l’américanisme a été explicitement racialisé. Au début du XXe siècle, les États-Unis étaient gouvernés intérieurement par la ségrégation raciale de Jim Crow et la suprématie blanche, tandis qu’à l’étranger, ils étaient célébrés comme l’architecte de l’internationalisme libéral. Woodrow Wilson, vénéré dans le monde entier comme le père de l’internationalisme libéral, a instauré la ségrégation au sein du gouvernement fédéral, défendu la séparation raciale et présidé en partie à une époque où le Ku Klux Klan défilait ouvertement dans les rues de Washington, affichant ainsi le soutien dont il bénéficiait. L’universalisme libéral à l’étranger coexistait sans difficulté avec l’autoritarisme racial aux États-Unis.
Cette version de l’américanisme n’a pas disparu ; elle s’est adaptée.
Cette contradiction n’était pas fortuite, mais fondamentale. La politique étrangère américaine de ses débuts considérait « la race, la hiérarchie et les « stades de civilisation » comme des principes d’organisation légitimes. Les sociétés non blanches étaient perçues comme des pupilles à gérer plutôt que comme des égaux à autonomiser, ce qui déterminait qui l’ordre international était censé protéger et qui pouvait être sacrifié pour le préserver.
Cette version de l’américanisme n’a pas disparu ; elle s’est adaptée. Le New Deal en a adouci le visage sur le plan intérieur, la Guerre froide l’a redéfinie comme un universalisme anticommuniste, et l’ère post-Guerre froide l’a présentée comme la promotion de la démocratie et l’intervention humanitaire. Le discours a changé, mais la hiérarchie est restée globalement la même. Trop souvent, les dirigeants kurdes ont confondu ces transformations avec une évolution morale plutôt qu’avec un réajustement stratégique.
Le savoir comme pouvoir : ce que les États-Unis ont compris
Ce qui est resté constant malgré ces transformations, ce ne sont pas les valeurs américaines, mais les méthodes américaines. Les États-Unis ont toujours placé le savoir au cœur du pouvoir.
Dès le début du XXe siècle, les réseaux d’élite du savoir – financés par les fondations Ford, Carnegie et Rockefeller – ont façonné la manière dont le monde était étudié, catégorisé et gouverné. Les universités, les groupes de réflexion, les revues de politique publique, les programmes d’échange et les organes consultatifs n’étaient pas des espaces de recherche neutres. Ils constituaient des mécanismes de production de consensus, de légitimation des hiérarchies et d’intégration des préférences américaines dans la gouvernance mondiale.
Les idées étaient aussi importantes que les armées, et le consentement aussi précieux que la coercition. La puissance américaine a perduré non seulement parce qu’elle pouvait imposer des résultats, mais aussi parce qu’elle pouvait définir ce qui était considéré comme expertise, réalisme et fatalité. C’est ainsi que fonctionne l’hégémonie.
À l’inverse, la politique étrangère kurde a rarement investi sérieusement dans la production de connaissances non partisanes. Elle a privilégié l’analyse externe au détriment d’une réflexion stratégique interne, s’est appuyée sur les relations personnelles plutôt que sur l’expertise institutionnelle et, ces dernières années, a discrédité et affaibli ses propres institutions pour préserver le pouvoir partisan, réagissant aux discours dominants plutôt que de les façonner. Dans un système où le pouvoir s’exerce autant par les idées que par la force, cette asymétrie est déterminante.
L’intégration sans action n’est pas synonyme de sécurité.
La volonté actuelle d’ intégrer les forces kurdes en Syrie à des structures étatiques centralisées découle directement de cette logique. Elle reflète une préférence américaine de longue date pour un ordre étatique plutôt que pour l’autonomie des acteurs non étatiques, notamment dans la gestion des relations avec de puissants alliés régionaux.
L’intégration est présentée comme une mesure pragmatique. En réalité, elle dilue les structures de commandement kurdes, affaiblit leur autonomie politique et expose les populations kurdes aux États mêmes auprès desquels elles avaient initialement sollicité leur protection. Une sécurité sans autorité est fragile. Une identité sans pouvoir institutionnel n’est que symbolique. Accepter de tels arrangements peut préserver un calme passager, mais au détriment des capacités à long terme.
L’ordre international libéral (OIL) s’est déjà effondré.
L’erreur d’appréciation la plus dommageable est peut-être d’ordre temporel. La politique étrangère kurde continue de fonctionner comme si l’Organisation pour la liberté de l’information (OLI) était toujours intacte – comme si le droit international, les normes relatives aux droits de l’homme et les garanties institutionnelles contenaient réellement les grandes puissances. Or, ce n’est pas le cas.
Le système libéral international (SLI) se dégrade depuis plus d’une décennie . Le droit international est appliqué de manière sélective. La souveraineté est conditionnelle. L’exceptionnalisme est normalisé. La guerre en Irak n’était pas une déviation par rapport aux normes libérales, mais un signe avant-coureur de leur effondrement. Pourtant, la diplomatie kurde continue de parler le langage d’une autre époque, invoquant des règles et des garanties qui ne permettent plus d’obtenir des résultats concrets. De ce fait, la politique kurde reste constamment réactive , s’adaptant aux décisions prises ailleurs au lieu d’influencer la situation par l’anticipation et l’exercice d’une influence.
Un rare moment d’unité – et d’opportunité
Sans cohérence interne, la politique étrangère se réduit à la dépendance. L’unité rend le changement possible.
Ce moment n’est pas seulement synonyme de danger. Les récentes manifestations au Kurdistan irakien ont engendré une unité kurde sans précédent depuis des années , peut-être même depuis la mobilisation collective contre Daech. Au-delà des clivages partisans et générationnels, on constate une prise de conscience croissante : les dispositifs politiques actuels, tant nationaux qu’internationaux, n’ont pas permis de garantir la dignité, la sécurité ni la transparence.
Cette unité est fragile, mais essentielle. Elle offre ce qui a longtemps fait défaut à la politique étrangère kurde : un fondement interne permettant un réajustement stratégique plutôt qu’une dépendance réactive. Sans cohérence interne, la politique étrangère se réduit à la dépendance. L’unité rend le changement possible.
Le savoir comme stratégie dans un monde post-libéral
Pour que la politique étrangère kurde survive – et a fortiori réussisse –, elle doit être reconstruite sur la base du savoir, et non de slogans, de sentiments ou d’alliances aveugles. Cela exige d’investir dans l’analyse stratégique indépendante, la connaissance historique, la formation des élites et la mémoire institutionnelle ; et de comprendre les partenaires non comme des amis, mais comme des systèmes façonnés par des intérêts, une idéologie et des contradictions internes. Compter sur l’américanisme comme boussole morale stable a toujours été une erreur stratégique.
La tragédie kurde n’a jamais résidé dans un manque de courage ou de légitimité, mais dans la croyance que l’alignement moral pouvait se substituer à la force au sein d’un système qui n’a jamais fonctionné ainsi. Face à la désintégration de l’ordre international libéral, une seule voie offre une réelle possibilité d’agir : une stratégie fondée sur la connaissance, un réalisme sans illusions et une unité traduite en force institutionnelle. Toute autre voie, c’est s’attendre à une nouvelle déconvenue.
Par Bamo Nouri, maître de conférences en relations internationales à l’Université de West London, lauréat de plusieurs prix, chercheur associé honoraire à City St George’s (Université de Londres) et ambassadeur de One Young World.
Article original ‘en anglais) à lire sur le site The Amargi « Rethinking Kurdish Foreign Policy Through the American Experience »
« La volonté du Rojava est plus forte que les attaques »
SYRIE / ROJAVA – Un cadre du Parti démocratique progressiste du Kurdistan syrien a déclaré que les attaques visant le Rojava avaient pour but de briser la volonté du peuple kurde et d’imposer des agendas extérieurs. Il a ajouté que l’unité kurde et les soulèvements populaires, tant au Rojava qu’à l’étranger, avaient déjoué ces plans.
Lors d’un entretien avec l’agence ANHA, l’écrivain Fares Othman, membre du bureau politique du Parti démocratique progressiste kurde en Syrie, a qualifié de « regrettables les attaques qui ont ciblé le Rojava », notant qu’elles sont survenues après l’échec des efforts visant à parvenir à un accord final avec le gouvernement intérimaire syrien.
L’objectif était de briser la volonté du peuple kurde

Othman a expliqué que ces attaques avaient eu lieu « entre (les enfants d’une même patrie) » et visaient à briser la volonté du peuple kurde et à lui imposer une vision ou un programme extérieur. Il a toutefois souligné qu’elles n’avaient pas atteint leurs objectifs.
Il a ajouté : « Le peuple kurde s’est d’abord soulevé au Rojava, puis dans tout le Kurdistan. Nos compatriotes de la diaspora se sont également mobilisés aux côtés des peuples libres du monde, ce qui a conduit à l’échec de ce plan et a empêché les forces qui le soutenaient d’imposer leur volonté. »
Othman a souligné que les attaques avaient finalement renforcé l’unité kurde et que la réaction populaire était appropriée, unissant le destin du peuple kurde du Rojava, du reste du Kurdistan et de la diaspora.
Il a également noté que la mobilisation publique et les manifestations, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, ont permis de faire entendre la voix du peuple kurde au monde entier et ont mis en lumière l’injustice et l’oppression dont il est victime au Kurdistan de Rojava.
Le rôle du mouvement politique
Concernant le rôle des hommes politiques à ce stade, Othman a déclaré :
« Les hommes politiques sont les fils et filles du peuple kurde, chacun à sa place. Le Parti démocratique progressiste du Kurdistan syrien a condamné les attaques dès le premier jour et s’est dit prêt à se tenir aux côtés du peuple. »
Il a expliqué que les cadres du parti contribuaient au maintien de la sécurité et de la stabilité dans leurs zones en organisant des patrouilles nocturnes. Les forces politiques ont également publié des déclarations condamnant les attaques, adopté une position ferme face à l’agression et se sont tenues aux côtés des combattants et combattantes en première ligne.
Il a ajouté que « le mouvement politique kurde en Syrie avait une longueur d’avance sur les autres pour comprendre la stratégie employée par certains États de la région. Il a communiqué avec les forces politiques syriennes et kurdes au sens large, à l’extérieur de la Syrie, afin de préserver l’unité kurde et de renforcer une position commune. »
Il a affirmé que le parti était prêt à soutenir toute mesure contribuant à consolider l’unité kurde et une position politique commune représentant tous les segments du peuple kurde, ainsi qu’à œuvrer pour faire entendre leurs revendications et les satisfaire sur le terrain. (ANHA)
LINGUICIDE. L’Iran doit cesser de criminaliser la langue kurde
IRAN / ROJHILAT – Les enseignants du Kurdistan de l’Est ont condamné les tentatives du régime iranien d’éradiquer la langue kurde, soulignant que le peuple kurde lutte depuis un siècle pour préserver sa langue.

Le syndicat des enseignants du Kurdistan d’Iran a publié un communiqué à l’occasion du 21 février, Journée internationale de la langue maternelle.
Le communiqué souligne que le peuple du Rojhilat Kurdistan résiste à l’Iran depuis un siècle afin de protéger sa langue et son identité nationales, et déclare : « Les enseignants et les militants des droits de l’homme sont des acteurs essentiels de la lutte de libération du Kurdistan et sont confrontés à un régime occupant qui impose une culture et une langue uniques à la société. »
Le communiqué condamne également toutes les tentatives des autorités iraniennes d’éliminer la langue kurde, déclarant : « Nous condamnons toutes les actions inhumaines des autorités iraniennes visant à restreindre et à éradiquer la langue kurde, et nous réaffirmons notre attachement à l’enseignement dans la langue maternelle. Nous enseignerons le kurde dans toutes les villes du Rojhilat Kurdistan. Nous sommes également fiers de nos jeunes qui se sentent responsables de la langue et de l’identité de leur peuple. » (ANF)