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Batman et Mardin : laboratoire de la guerre spéciale turque contre la jeunesse kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Les politiques de guerre spéciale ciblant les jeunes Kurdes à Batman et Mardin s’inscrivent dans une stratégie d’ingénierie sociale plus large.

Batman (Êlih) et Mardin (Mêrdîn) sont deux villes du Kurdistan étroitement liées par leur proximité culturelle et géographique. Cette imbrication facilite la mise en œuvre des politiques néfastes de l’État turc, notamment à travers le trafic de drogue, la prostitution, les réseaux de gangs et le recrutement forcé.

Bien que les réseaux de prostitution n’aient pas encore atteint l’ampleur visible à Amed (Diyarbakır), ils se développent rapidement et minent le tissu social. Derrière l’image d’hommes aisés fréquentant des « escortes » dans des pavillons, bars et hôtels de luxe, se cache une crise humanitaire aggravée par la politique d’accueil des réfugiés menée par l’État turc.

Selon l’Indice mondial de la criminalité organisée 2023, la Turquie se classe première en Europe et 14e mondiale, avec un score particulièrement élevé (8/10) en matière de traite des êtres humains.

Réduire cette réalité à un simple problème de criminalité reviendrait à occulter la dimension délibérée de ces politiques de guerre spéciale. Depuis 2015 particulièrement, la jeunesse kurde constitue une cible prioritaire. Après le soulèvement de Kobanê et la période d’autonomie, l’État a multiplié les moyens pour criminaliser cette jeunesse et empêcher toute nouvelle politisation de son énergie.

Kızıltepe (Qoser) : épicentre de l’effondrement social

Situé à la frontière avec le Rojava et peuplé majoritairement de jeunes, le district de Kızıltepe est particulièrement visé. La distribution systématique de drogues y coexiste avec la prostitution forcée de femmes réfugiées dans un contexte de grande pauvreté. La population locale subit ainsi une double dégradation sociale, tandis que la question des réfugiés sert de prétexte à de futures expulsions.

À Kızıltepe, l’âge de la première consommation de drogue serait tombé à 9 ans, et la dépendance au jeu touche désormais les adolescents. Dettes de jeu, tentatives de suicide, violences conjugales et maltraitance des enfants se multiplient.

En novembre 2025, la Plateforme antidrogue de Mardin, signée par 47 institutions, déclarait : « Le fait que l’âge de la toxicomanie soit tombé à 9 ans prouve que le problème n’est plus individuel, mais systémique. »

Des liens étatiques documentés

En 2021, l’agence Mesopotamia révélait que Kemal Ürün, lié au « gang Daltons », organisait l’envoi de drogue vers le nord du Kurdistan, notamment Nusaybin, sous couvert d’« aide scolaire ». Des noms comme celui de l’ancien commandant général de la gendarmerie Arif Çetin ou du conseiller présidentiel Oktay Saral (lié au groupe Sarallar) reviennent régulièrement dans les enquêtes sur les connexions entre État, mafias et trafic de drogue.

Ces structures ne sont pas des phénomènes criminels ordinaires, mais des outils assumés de guerre spéciale.

Mécanismes de recrutement et chantage

À Nusaybin, des policiers contactent via les réseaux sociaux des jeunes femmes issues de familles patriotiques, feignent des relations amoureuses, puis les transforment en chantage sexuel.

À Batman, les jeunes Kurdes servent de main-d’œuvre de rue pour le trafic de cocaïne et de méthamphétamine. Chômage, endettement via les paris illégaux et menaces les rendent dépendants.

Quatre grands volets de recrutement ont été identifiés :

  1. Toxicomanie → coopération avec les services de renseignement ;

  2. Chantage via images sexuelles (surtout contre les femmes de familles patriotiques) ;

  3. Approche d’enfants pauvres avec promesses d’argent ;

  4. « Relations amoureuses » utilisées comme piège.

L’Association internationale des droits de l’homme (IHD) a recensé 87 cas de recrutement et d’enlèvements entre 2022 et 2024, dont une part importante à Mardin et Batman.

Abus sexuels sur enfants : la face la plus sombre

Les agressions sexuelles sur mineurs explosent. Selon le rapport 2022 du Réseau d’Amed contre les violences, 865 plaintes ont été déposées dans le seul district d’Amed, soit une moyenne de trois cas par jour. Les villes les plus touchées incluent Batman et Mardin.

Le volet idéologique : Hezbollah / HÜDA-PAR

À cette guerre sociale s’ajoute une dimension idéologique via le Hezbollah turc, transformé en parti politique (HÜDA-PAR) et légitimé par l’alliance AKP-MHP. Historiquement implanté à Batman, où il a commis de nombreux assassinats dans les années 1990 en coordination avec le JITEM, il sert aujourd’hui de force de pression conservatrice-religieuse contre le mouvement kurde démocratique et laïque.

Conclusion

À travers le trafic de drogue, la prostitution, les gangs et le recrutement, combinés à l’action de structures comme HÜDA-PAR, l’État turc mène un projet global d’ingénierie sociale au Kurdistan du Nord. L’objectif est clair : briser le potentiel de résistance de la jeunesse kurde et détruire le tissu social.

ANF

IRAK. Un bourreau d’Anfal condamné à mort

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IRAK / KURDISTAN — Un tribunal de Bagdad a condamné à mort, jeudi, Hajaj Ahmed al-Tikriti (alias Hajaj Nugra Salman), ancien officier baasiste et responsable de la tristement célèbre prison de Nugra Salman.

Une semaine seulement après l’ouverture de son procès très médiatisé, l’ancien responsable du régime de Saddam Hussein a été reconnu coupable de crimes contre l’humanité commis durant le génocide kurde (al-Anfal) : tortures systématiques, viols, massacres et exécutions extrajudiciaires de Kurdes.

Un symbole de la barbarie d’Anfal

Pour les survivants et les familles de victimes, ce verdict constitue une étape historique et longtemps attendue vers la justice. Dirigeant de la prison du désert de Nugra Salman (province de Muthanna), al-Tikriti incarnait la terreur baasiste : passages à tabac quotidiens, famine, humiliations, exécutions, viols et disparitions forcées.

Après des décennies de cavale, il avait été arrêté l’année dernière par les forces de sécurité irakiennes. Des dizaines de survivants kurdes ont fait le déplacement jusqu’à Bagdad pour témoigner lors du procès.

Rappel du génocide d’Anfal (1986-1989)

Campagne génocidaire du régime de Saddam Hussein qui a causé la mort d’environ 182 000 Kurdes, la destruction de plus de 4 000 villages, l’utilisation massive d’armes chimiques (notamment à Halabja, où plus de 5 000 civils ont été tués en une journée) et la déportation de centaines de milliers de personnes.

Ce jugement est perçu comme un rare moment de reconnaissance judiciaire pour les victimes kurdes, qui espèrent désormais que d’autres responsables des crimes d’Anfal soient traduits en justice.

COLONIALISME. La Turquie cherche son salut au fond des tranchées

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SYRIE / ROJAVA – La Turquie colonialiste continue à creuser des tranchées le long de la frontière artificielle imposée par l’accord Sykes-Picot entre le Kurdistan d’Ouest (Rojava) et le Kurdistan du Nord (Bakûr). Elle a repris le chantier des tranchées entre Nusaybin-Qamishlo, Kobanê-Suruc, et Cizire-Derik.

La Turquie poursuit le renforcement de sa frontière sud en creusant des tranchées profondes face aux zones kurdes du nord-est syrien. Ces travaux, visibles notamment dans le secteur de Cizîrê (Cizre) face à Dêrîk, s’inscrivent dans une logique de militarisation accrue le long d’une frontière qui divise historiquement le peuple kurde.

Selon des informations locales, la Turquie a entamé le creusement de tranchées d’environ sept mètres de profondeur à l’aide d’excavatrices, avec des opérateurs portant parfois des uniformes militaires. Les travaux ont débuté près du centre-ville de Cizîrê, dans la province de Şırnak, et s’étendraient sur plus de deux kilomètres dans ce secteur. Le ministère turc de la Défense aurait adressé des circulaires aux gouvernorats frontaliers (Şirnex, Mêrdîn, Riha/Urfa, Dîlok/Antep, Kilis et Hatay) pour lancer des appels d’offres et généraliser ces opérations.

Ces tranchées viennent compléter un mur de béton déjà imposant, long d’environ 760 à 900 km selon les sources, construit entre 2015 et 2018. Ce mur, composé de blocs de 2 mètres de large et de 3 à 4 mètres de haut, est surmonté de barbelés et précédé d’une zone militaire tampon et d’une seconde clôture.

Des travaux similaires ont déjà été observés par le passé, notamment lors des offensives turques et des attaques contre le Rojava, comme au poste-frontière de Mürşitpınar (près de Suruç-Kobanê).

Le Fonds cinématographique du Kurdistan lancé à Cannes

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CINEMA — Le Fonds cinématographique du Kurdistan a été officiellement lancé le 13 mai 2026 sur la Croisette lors du Marché du Film de Cannes.

Doté d’une enveloppe annuelle de 2 millions de dollars, ce fonds (en anglais : Kurdistan Film Fund) vise à structurer une véritable industrie cinématographique au Kurdistan. Le Kurdistan Film Fund est porté par la Commission du film du Kurdistan (Kurdistan Film Commission), sous la présidence de S.E. Qubad Talabani (Vice-Premier Ministre) et la direction de Bavi Yassin.

Le Kurdistan Film Fund financera le développement de projets, la production de films, la formation des talents locaux et les coproductions internationales. Il ambitionne également de positionner le Kurdistan comme une destination attractive pour les tournages étrangers.

Lancé sous le slogan « Réapproprier notre histoire », ce projet marque une étape historique pour permettre aux Kurdes de raconter leurs propres histoires et de développer un secteur créatif professionnel.

Les premiers appels à projets seront annoncés prochainement.

Damas déploie sa surveillance numérique au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Alors que le gouvernement intérimaire de Damas cherche à appliquer l’accord du 29 janvier selon ses propres priorités au Rojava, il procède au déploiement massif de capteurs IMSI (dispositifs de surveillance numérique), plus connus sous le nom de « StingRay » ou de fausses stations de base, dans les zones kurdes, avec le soutien direct des services de renseignement turcs (MIT).

Selon un rapport exclusif de Lekolin.org, les services de renseignement de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) ont installé, le mois dernier, des dispositifs IMSI achetés par le MIT à Israël aux abords du centre d’Hassaké et autour de la ville de Qamishlo. Parallèlement, HTS a repositionné dans plusieurs régions de Syrie des capteurs IMSI saisis sur l’ancien régime Assad, initialement fournis par la Russie.

Fonctionnement des intercepteurs IMSI

Les IMSI-catchers sont des outils de surveillance mobiles qui se font passer pour des antennes-relais légitimes afin d’intercepter les communications et de localiser les utilisateurs. Une fois activés, ces appareils scannent les fréquences des opérateurs locaux (principalement Syriatel et MTN/Rcell). Ils émettent ensuite un signal plus puissant que les véritables antennes, forçant les téléphones à proximité à s’y connecter. L’opérateur peut alors :

  • Extraire les identifiants IMSI (carte SIM) et IMEI (appareil)

  • Localiser les utilisateurs à quelques mètres près

  • Intercepter appels, SMS et, dans certains cas, données internet

Caractéristiques techniques et discrétion

Les modèles modernes sont particulièrement compacts : l’unité principale tient dans une sacoche d’ordinateur portable ou une petite boîte métallique et pèse entre 5 et 10 kg. Ils fonctionnent sur batterie, ce qui permet une grande mobilité.

Techniques de camouflage utilisées par les services de HTS :

  • Véhicules civils : antennes intégrées à la carrosserie, mimant des antennes radio ou GPS.

  • Opérations piétonnes : antennes dissimulées dans des sacs à dos ou sous des vêtements.

  • Positions fixes : appareils camouflés en caméras de vidéosurveillance ou détecteurs de fumée, peints aux couleurs de l’environnement.

Types d’attaques possibles

Attaques passives : interception silencieuse des IMSI, suivi de localisation et écoute des communications (appels et SMS).

Attaques actives : usurpation d’identité, déni de service (DoS), injection de données malveillantes et géolocalisation forcée en temps réel.

Ces systèmes exploitent les faiblesses persistantes des protocoles cellulaires (2G/3G/4G), rendant la détection très difficile pour l’utilisateur lambda.

Le centre d’études stratégiques du Kurdistan (Lekolin.org) a également publié des recommandations techniques de protection contre ces dispositifs.

Les Kurdes au cœur des corridors énergétiques

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Kurdistan – La montée des tensions entre l’Iran, Israël et les États-Unis, conjuguée à la fermeture du détroit d’Ormuz, a propulsé les corridors terrestres alternatifs au centre des préoccupations géopolitiques mondiales. Deux projets traversent directement le Kurdistan : la « Route du Développement » irako-turque et le « Plan des Quatre Mers » syro-turc.

Le retour du « Plan des Quatre Mers »

Initiée sous Bachar el-Assad, cette vision stratégique vise à transformer la Syrie en un carrefour régional reliant le golfe Persique, la Méditerranée, la mer Caspienne et la mer Noire via oléoducs, gazoducs, routes et voies ferrées. Longtemps bloqué par la guerre, les sanctions et l’instabilité, le projet a été relancé après la chute du régime Assad fin 2024.

Le nouveau président de transition syrien, Ahmed al-Sharaa (al-Jolani), a activement promu l’initiative lors du Forum diplomatique d’Antalya (17 avril) et au sommet de l’UE à Chypre (24 avril). Il a présenté la Syrie comme un « corridor sûr » vers la Méditerranée reliant le Golfe à la Turquie. Le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani a ensuite qualifié le projet de « nouvelle phase de coopération stratégique » avec Ankara.

Soutien américain et dimension anti-IMEC

Un document attribué à Tom Barrack, envoyé spécial américain pour la Syrie, et relayé par Al Majalla, envisage la Syrie comme future plaque tournante énergétique. Il prévoit notamment la réhabilitation de l’oléoduc Kirkouk-Baniyas (coût estimé : 4,5 milliards de dollars) et des revenus annuels de transit d’environ 200 millions de dollars. Le plan inclut également l’extension du gazoduc arabe (Égypte-Turquie via Syrie) et la route gazière Qatar-Turquie.

Ce projet, comme la « Route du Développement » (Bassorah-Turquie-Europe), est clairement perçu à Ankara comme une réponse à l’exclusion de la Turquie du corridor Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), soutenu par les États-Unis, Israël et les pays du Golfe.

La « Route du Développement » : corridor irako-turc

Signé en avril 2024 à Bagdad par la Turquie, l’Irak, le Qatar et les Émirats arabes unis, ce projet prévoit un réseau ferroviaire et routier de 1 200 km reliant le Golfe à l’Europe via la Turquie. Il passe notamment par Zakho, Duhok, Mossoul et Kirkouk.

Risques pour le Kurdistan

Au-delà des aspects économiques, ces mégaprojets comportent une forte dimension sécuritaire. Ils traversent massivement les territoires kurdes (Rojava, Kurdistan du Sud et Kurdistan du Nord) et risquent d’entraîner une militarisation accrue, un renforcement des occupations turques et une marginalisation des acteurs kurdes locaux.

Comme l’analysait Selahattin Erdem dans Yeni Özgür Politika, la « Route du Développement » vise notamment à encercler le Kurdistan du Sud, compensant les difficultés turques dans les zones de défense du PKK.

Conclusion

Qu’il s’agisse du Plan des Quatre Mers ou de la Route du Développement, le Kurdistan se retrouve au centre géographique et géopolitique des nouveaux corridors énergétiques et commerciaux du Moyen-Orient. Zone de transit incontournable, riche en hydrocarbures et située au carrefour de la Turquie, de l’Irak, de la Syrie et de l’Iran, il constitue à la fois une opportunité et un enjeu majeur dans les rivalités régionales et internationales.

Rojnews

ROJAVA. L’eau revient à Hassaké après des années de coupure

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SYRIE / ROJAVA – – La ville de Hassaké et plusieurs localités environnantes ont retrouvé l’accès à l’eau potable après des années de perturbations sévères, suscitant un vif soulagement chez les habitants.

Selon des correspondants locaux, l’eau a recommencé à couler mardi soir dans les conduites des quartiers résidentiels de Hassaké. Les villes de Hassaké, Tel Tamer et une grande partie de la campagne environnante dépendent principalement de la station de pompage d’Alouk, située dans la campagne de Ras al-Aïn (Serekaniye).

Une arme de guerre

La station d’Alouk avait été prise en octobre 2019 par les forces turques et les factions armées syriennes qui leur sont affiliées lors de l’offensive « Source de Paix ». Depuis, la Turquie et ses proxies ont régulièrement coupé ou fortement réduit l’approvisionnement en eau, une tactique largement dénoncée comme une arme de guerre visant à exercer une pression sur l’administration autonome kurde et à pousser les populations kurdes à la reddition ou à l’exode.

Ces coupures répétées ont provoqué une crise humanitaire majeure, affectant plus d’un million de personnes et obligeant les autorités locales à mettre en place des conduites d’alimentation alternatives depuis l’Euphrate.

Source encore incertaine

Pour l’heure, il n’est pas confirmé si l’eau qui arrive actuellement provient de la remise en service de la station d’Alouk elle-même ou si elle transite par la conduite alternative mise en place par la Direction des eaux. Des vérifications sont en cours.

Les Kurdes d’Iran, les plus pauvres du pays

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IRAN / ROJHILAT — Selon les dernières données du Centre statistique d’Iran, l’indice de misère national a atteint 61,3 %. Les provinces kurdes de l’ouest du pays occupent les premières places du classement.

La province du Kurdistan (Sine/Sanandaj) arrive en tête avec un indice de 77 %, faisant d’elle la région la plus pauvre d’Iran. Elle est suivie de très près par Kermanshah (75 %), Lorestan (74,4 %) et Ilam.

Ces provinces, majoritairement kurdes ou à forte présence kurde, subissent depuis des années un chômage structurellement élevé, une inflation galopante et une marginalisation économique chronique.

L’indice de misère, qui combine taux de chômage et taux d’inflation, témoigne d’une paupérisation croissante et d’une nette érosion du pouvoir d’achat de la population.

Syrie : Le fédéralisme affaiblit-il vraiment l’État ?

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SYRIE / ROJAVA – « Je souhaite que les peuples de la région continuent à creuser leur propre chemin et que les États qui veulent rester centralisés continuent à creuser leur propre tombe », Chris den Hond.
 
Dans sa réponse à Samir Aita, Chris den Hond défend le projet d’autonomie kurde en Syrie. Il conteste l’idée que le fédéralisme affaiblirait nécessairement l’État syrien et l’exposerait aux ingérences étrangères.
 
L’intégralité de l’article de Chris den Hond peut être lu sur le site Contre Temps

Qui est le plus déçu, les Kurdes ou Trump ?

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Trump pourrait être déçu que les Kurdes ne se comportent pas comme des instruments de ses ambitions. Mais la déception kurde est plus profonde : un siècle de sacrifices, de promesses rompues, et d’être traités comme des combattants quand c’est utile, abandonnés quand c’est inopportun. La prudence kurde n’est pas une faiblesse. C’est une mémoire historique transformée en stratégie, écrit la chercheuse Rojin Mukriyan dans l’article suivant.

Qui est le plus déçu, les Kurdes ou Trump ?

La déception affichée par le président Donald Trump à l’égard des Kurdes ne doit pas être vue comme une réaction isolée. Elle s’inscrit dans une histoire plus longue et plus complexe d’attentes américaines, de sacrifices kurdes et d’abandons politiques répétés.

Ce qui apparaît aujourd’hui comme un différend sur les armes, la coordination militaire et la guerre contre l’Iran en 2026 fait partie, pour les Kurdes, d’un schéma bien plus ancien : les grandes puissances attendent des forces kurdes qu’elles combattent, accomplissent les missions les plus risquées et restent utiles, tout en reconnaissant rarement leur existence politique comme une priorité stratégique.

D’un côté, un peuple apatride qui lutte depuis des décennies pour son autodétermination, accumule les sacrifices et endure l’exclusion politique. De l’autre, un président américain dont la politique est dictée par une situation intérieure instable, des calculs géostratégiques et une vision opportuniste des alliances.

La véritable question n’est donc pas de savoir si Trump est déçu par les Kurdes, mais si les Kurdes n’ont pas, eux, des raisons bien plus profondes d’être déçus par Trump, par les États-Unis et par un ordre international qui a maintes fois instrumentalisé leur force sans jamais protéger leurs aspirations.

L’histoire kurde avec l’Occident

Cette déception kurde s’enracine dans une mémoire vive de promesses non tenues et de protections sélectives. Pour beaucoup de Kurdes, le règlement de l’après-Première Guerre mondiale, scellé par le traité de Lausanne en 1923, ne fut pas un simple redécoupage frontalier. Il a morcelé leurs territoires entre plusieurs États et ancré le sentiment durable que leur souveraineté resterait une illusion. Lausanne est devenu une plaie fondatrice du Moyen-Orient moderne, plaçant l’existence politique kurde sous la tutelle d’États qui, le plus souvent, la perçoivent comme une menace.

Près d’un siècle plus tard, le référendum d’indépendance de 2017 au Kurdistan irakien a rouvert ces blessures : 92,8 % des votants se sont prononcés en faveur de l’indépendance, mais les États-Unis s’y sont opposés et ont refusé de défendre le résultat. Lorsque les forces irakiennes et les milices pro-iraniennes ont lancé l’offensive sur Kirkouk – ville que Jalal Talabani appelait « la Jérusalem du Kurdistan » –, l’administration Trump est restée passive. Ce qui relevait pour Washington d’un calcul de stabilité régionale fut perçu par de nombreux Kurdes comme un nouvel abandon de leur volonté populaire.

Le retrait de Kirkouk ne fut pas une simple manœuvre militaire, mais une décision tragique visant à éviter un bain de sang. Face à une force supérieure, une fragmentation interne et le spectre d’un nouveau désastre après Halabja et le génocide d’Anfal, les dirigeants kurdes ont préféré préserver leur peuple. Ce choix a évité une catastrophe immédiate, mais a aussi laissé une profonde cicatrice politique : même lorsqu’ils s’engagent dans la voie démocratique et coopèrent avec l’Occident, les Kurdes risquent de se retrouver seuls au moment décisif.

Le même schéma s’est répété en Syrie. Les forces kurdes ont été décisives dans la défaite territoriale de Daech, payant un lourd tribut en vies humaines – comme Trump lui-même l’a reconnu. Pourtant, une fois le califat vaincu, leur valeur stratégique a rapidement diminué aux yeux de Washington. La décision de Trump de retirer ses troupes en 2018 a ouvert la voie à l’offensive turque sur Afrin, suivie d’une opération de nettoyage ethnique. En 2019, Ankara s’est emparé de Girê Spî et Serê Kaniyê.

Trump a justifié ce retrait en affirmant que les États-Unis n’avaient « jamais promis de protéger les Kurdes pour le restant de leurs jours », les qualifiant de « loin d’être des anges » et insistant sur le fait que les États-Unis avaient « sécurisé le pétrole ».

Ces déclarations sont révélatrices. Elles réduisent les Kurdes à des instruments : des combattants utiles quand nécessaire, des messagers occasionnels, et des boucs émissaires en cas d’échec. Elles révèlent une hiérarchie claire des priorités américaines : le pétrole, les intérêts tactiques et les relations avec Ankara passent avant la vie des Kurdes, leurs projets politiques et leur crainte légitime d’une occupation turque. En présentant leur combat comme un simple « service payé », Trump a dépolitisé une lutte existentielle pour la survie et l’autonomie.

Or les Kurdes n’ont pas combattu Daech uniquement pour les États-Unis, mais d’abord pour eux-mêmes : pour défendre leurs communautés, leur modèle politique et leur avenir face à une menace totalitaire. Ils ont combattu aux côtés des Américains, mais pas pour eux.

Cette même logique se reproduit dans le contexte de la guerre contre l’Iran en 2026. Face à une campagne plus longue et plus complexe que prévu, les Kurdes sont devenus un bouc émissaire commode. Armes non parvenues aux manifestants ? Hésitation kurde. Forces kurdes n’entrant pas en Iran ? Trahison. Manque de clarté stratégique américaine ? Prudence kurde transformée en défection.

Les partis politiques kurdes iraniens ont rejeté les accusations selon lesquelles ils auraient refusé de transmettre des armes. Mais le fond du problème demeure : Trump semble déçu que les Kurdes refusent d’être les simples exécutants de ses ambitions régionales. Les Kurdes, eux, sont las d’une histoire qui leur a trop souvent enseigné le prix élevé de la confiance sans garanties.

La question centrale n’est pas de savoir si les Kurdes sont prêts à se battre – l’histoire a déjà répondu. Elle est de savoir si leur engagement militaire sera accompagné d’une reconnaissance politique, de garanties de sécurité concrètes, d’une défense aérienne, d’une protection contre les représailles et d’un accord clair pour l’après-guerre.

Les messages contradictoires de Trump – d’abord favorable à une intervention kurde, puis soudainement réticent – ne peuvent inspirer confiance à aucun dirigeant kurde responsable. Pas après Lausanne, Kirkouk, Afrin, Girê Spî et Serê Kaniyê.

La prudence kurde n’est pas une trahison. C’est une mémoire historique devenue stratégie. Face à des communautés vulnérables aux missiles et aux drones iraniens, et à un allié américain dont le soutien reste conditionnel aux relations avec Ankara, les Kurdes refusent d’être réduits à de simples pions dans une guerre qui n’est pas entièrement la leur.

Ils ne manquent pas de courage. Ils refusent simplement d’être, une fois de plus, des instruments sacrifiables. Si Trump est déçu, c’est parce qu’il attendait de l’obéissance. Si les Kurdes le sont, c’est parce qu’ils espéraient, au moins cette fois, être traités en partenaires. Dans cette perspective, leur déception porte un poids historique bien plus lourd.

Rojin Mukriyan est docteure du Département de science politique et de gouvernement de l’University College Cork, en Irlande. Ses principaux domaines de recherche sont la théorie politique, les études féministes et décoloniales, ainsi que la politique du Moyen-Orient, en particulier la politique kurde. Elle a publié des articles dans le Journal of International Political Theory, Philosophy and Social Criticism et Theoria. Ses recherches ont jusqu’à présent porté sur la liberté kurde, l’État kurde et l’amitié politique kurde. Elle a publié de nombreux commentaires et rapports de groupes de réflexion sur les récents développements politiques au Kurdistan oriental (Rojhelat) et dans le nord-ouest de l’Iran. Elle intervient régulièrement sur diverses chaînes d’information en kurde et en persan.

Article original à lire sur le site The Amargi Who is more disappointed, Kurds or Trump?

IRAK. Kawthar, 15 ans, assassinée pour avoir refusé un mariage forcé

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IRAK — Le meurtre de Kawthar Bashar Al-Husayjawi, une adolescente de 15 ans, a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et relancé le débat sur les féminicides appelés « crimes d’honneur » dans le pays, signale le site kurde Kurdistan24.

Selon la Plateforme irakienne de défense des droits des femmes, Kawthar a été tuée après avoir refusé un mariage arrangé avec son cousin. La jeune fille aurait été fiancée contre son gré, avant de disparaître mercredi soir. Elle a été retrouvée morte le lendemain dans une zone isolée.

La plateforme a publié des documents et des images choquantes accusant des membres de sa famille et de sa tribu d’avoir organisé le meurtre dans le but de « laver l’honneur ». Des vidéos montrant des proches célébrant le crime ont circulé sur les réseaux sociaux, provoquant une très vive émotion et de nombreuses condamnations.

Les militants dénoncent un assassinat prémédité, perpétré avec la complicité de plusieurs personnes, suivi d’une mise en scène publique jugée particulièrement glaçante.

Contexte et réactions

Cette affaire remet une fois de plus en lumière la persistance des violences basées sur l’« honneur » en Irak, particulièrement dans les zones rurales et tribales où les coutumes traditionnelles priment souvent sur la loi.

Bien que le droit irakien criminalise les meurtres, y compris ceux commis au nom de l’honneur, les organisations de défense des droits des femmes dénoncent une application très inégale de la loi, une certaine clémence judiciaire dans ces dossiers et une forte réticence des familles à porter plainte.

Des centaines de cas de violences liées à l’honneur seraient recensés chaque année par la société civile, même si les statistiques officielles restent peu fiables en raison d’une sous-déclaration massive et d’un manque de transparence.

La Plateforme irakienne pour les droits des femmes a appelé les autorités à traduire en justice tous les responsables et à renforcer urgemment les mécanismes de protection des femmes et des filles face à la violence tribale et familiale.

Mazloum Abdi : « Nous poursuivons la lutte dans une nouvelle Syrie »

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SYRIE / ROJAVA — Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a accordé un entretien détaillé à l’agence ANHA sur l’état d’avancement de l’accord d’intégration signé le 29 janvier avec le gouvernement syrien. Abdi a pointé plusieurs difficultés persistantes : le retour des déplacés d’Afrin et de Serê Kaniyê (Tal Abyad), la libération des otages kurdes détenus par Damas et la question de l’unité kurde.

Abdi a fait état de progrès significatifs sur les plans militaire et administratif, notamment la prise de fonctions des chefs dans les académies militaires et la formation de quatre brigades. Il a confirmé que des discussions se poursuivent pour intégrer le reste des effectifs des FDS au sein des forces régulières ou des forces de sécurité intérieure.

Sur le plan judiciaire, un accord a été trouvé après une crise récente : les juges de l’Administration autonome seront intégrés sans exclusion, et une signalétique bilingue (arabe-kurde) sera adoptée dans les villes à majorité kurde.

Concernant l’éducation, les certificats de l’Administration autonome (préparatoire et secondaire) seront reconnus dans les prochains jours, et les programmes actuels, dispensés en kurde, resteront en vigueur cette année et l’année prochaine.

Points de tension persistants :

  • Le retour des déplacés, particulièrement à Afrin, Serê Kaniyê et Tal Abyad, retardé par la présence de groupes armés.

  • La libération des prisonniers, dossier prioritaire pour les FDS.

  • La question de l’unité kurde avant les élections législatives.

Mazloum Abdi a insisté sur la nécessité d’un front kurde uni et a déclaré que cet accord, bien qu’imparfait, offre l’opportunité de poursuivre la lutte pour les droits du peuple kurde dans le cadre d’une nouvelle Syrie. Il a appelé à maintenir la mobilisation et à renforcer les institutions civiles kurdes.