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Les « Antigones kurdes » : ces mères qui défient le silence des tombes secrètes en Iran

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IRAN / ROJHILAT – Cette femme kurde s’appelle Salma Kharajiani. Son fils unique a été assassiné par les forces du régime iranien. Comme pour tant d’autres jeunes Kurdes tués dans les quatre parties du Kurdistan, les autorités iraniennes lui ont caché l’emplacement de sa tombe pendant des années.
 
Après de longues et obstinées recherches, elle a finalement retrouvé sa sépulture dans la ville d’Hamadan. Là, elle a exhumé elle-même les ossements de son fils. On la voit sur la photographie tenir sa dépouille dans ses mains ; elle a posé son crâne sur sa tête comme une couronne, avant de ramener ses ossements vers la terre sacrée du Kurdistan pour qu’il y repose enfin en paix.
 
Ce geste, à la fois déchirant et symbolique, dépasse le drame personnel. Il incarne la résistance face à une politique d’effacement : effacement des corps, des noms, des mémoires. En posant ce crâne comme une couronne, tante Salma proclame que même dans la mort, la dignité kurde ne saurait être anéantie.
 
Des milliers de familles kurdes vivent le même calvaire. Derrière chaque tombe cachée se cache une mère, une sœur ou une épouse qui refuse de se résigner. Leur combat, souvent invisible aux yeux du monde, rappelle que la quête de justice pour les disparus et les exécutés reste une composante essentielle de la lutte pour les droits humains et la reconnaissance du peuple kurde.
 
Que la terre du Kurdistan accueille en paix ses enfants volés. Et que les voix de ces Antigones modernes continuent de résonner jusqu’à ce que plus aucune tombe ne soit cachée, et qu’aucune mère ne soit condamnée à porter seule le poids d’un deuil interdit.

Au Kurdistan/Iran : civils, prisonniers et conscrits au milieu de frappes de plus en plus violentes

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IRAN / ROJHILAT – Alors que l’attention se porte sur les développements militaires et les bouleversements politiques de haut niveau, une question cruciale est largement négligée : le sort des centaines de milliers de prisonniers détenus à travers l’Iran, notamment dans les régions kurdes. On craint de plus en plus qu’en cas d’escalade, les autorités n’utilisent les détenus comme moyen de pression, voire comme boucliers humains. Compte tenu des antécédents de répression de la République islamique et de son instrumentalisation des prisonniers lors de crises passées, cette crainte ne peut être écartée à la légère. Si les tensions s’intensifient, la situation dans les prisons iraniennes pourrait devenir un important foyer de crise humanitaire, un sujet qui, pour l’instant, reste marginal dans le débat public, mais qui pourrait rapidement se retrouver au cœur des événements.

 

Ce matin, plusieurs installations à Sanandaj (Sine), dont le complexe de Shahramfar et d’autres complexes liés à l’État, auraient été la cible d’attaques. Presque aussitôt, des inquiétudes ont émergé concernant les détenus qui pourraient se trouver à l’intérieur ou à proximité de ces sites. Certaines de ces installations, notamment Shahramfar, affilié aux services militaires et de renseignement, sont connues pour avoir hébergé des prisonniers politiques ainsi que d’autres catégories de détenus.

Dans le même temps, à Marivan, dans la province du Kurdistan, des informations ont fait état de l’évasion de plusieurs prisonniers suite à des troubles liés à l’insécurité générale. Cependant, les détails restent rares. On ignore combien de détenus ont réussi à s’échapper, ni s’il y a eu des morts ou des blessés lors de ces incidents. Les organisations de défense des droits humains et les militants locaux affirment tenter de vérifier les faits, mais l’accès à l’information demeure limité en raison de l’instabilité persistante et des restrictions d’accès à Internet.

Comprendre la situation sur le terrain est extrêmement difficile en raison des restrictions d’accès à Internet très sévères. L’accès est quasi inexistant. Seules quelques personnes disposant de connexions VPN particulièrement performantes parviennent à se connecter, souvent pour quelques minutes seulement. Pendant des jours, j’ai essayé de joindre ma famille, mes proches et mes amis sans succès. Hier, j’ai enfin pu parler brièvement avec quelques personnes. Originaire d’Urmia, j’ai appris qu’une situation extrêmement tendue et instable régnait sur place. Plusieurs bases militaires, grandes et petites, disséminées dans la ville et ses environs, ont été lourdement bombardées, comme ils me l’ont décrit.

D’après leurs témoignages, de nombreux habitants éprouvent un sentiment de soulagement et de satisfaction face aux attaques contre le régime et à la destruction présumée d’éléments clés de l’infrastructure des Gardiens de la révolution à travers le pays. Cependant, la peur et l’incertitude imprègnent le quotidien. La population s’inquiète de l’avenir. Elle craint une escalade du conflit, des déplacements de population et le risque de perdre son logement et ses moyens de subsistance si les hostilités s’intensifient. Mes interlocuteurs m’ont confié que les familles ont commencé à se préparer au pire : constituer des réserves alimentaires, préparer des trousses de premiers secours et élaborer des plans d’urgence. De nombreux habitants des grandes villes, ont-ils ajouté, se sont temporairement réfugiés dans les villages et les zones rurales avoisinantes, estimant ces lieux plus sûrs en raison de l’absence d’importantes installations militaires ou des Gardiens de la révolution. L’atmosphère qui règne, telle qu’elle m’a été décrite, est donc profondément paradoxale, mêlant espoir d’un changement politique et vive angoisse quant aux conséquences humaines potentielles.

Dans le même temps, ils ont décrit une situation économique et humanitaire qui se détériore. Les pénuries alimentaires sont de plus en plus criantes. Les produits de première nécessité sont difficiles à trouver et leurs prix ont flambé. Pour de nombreuses familles, même les articles essentiels ne sont plus abordables. L’inquiétude grandit quant à une possible aggravation de l’accès à la nourriture dans les jours ou les semaines à venir. Cette crainte ne porte pas seulement sur la hausse des prix, mais aussi sur une pénurie réelle. Les inquiétudes concernent également les fournitures médicales. Les pénuries de médicaments et d’équipements essentiels constituent un problème récurrent depuis des années, largement exacerbé par les sanctions et une mauvaise gestion économique structurelle. Aujourd’hui, avec l’escalade du conflit, beaucoup s’attendent à une nouvelle détérioration de la situation. L’insécurité, la crainte de déplacements forcés, l’inflation et les pénuries, conjuguées, créent un climat de profonde incertitude, dans lequel les populations civiles se préparent à une crise prolongée susceptible de se transformer rapidement en une grave urgence humanitaire.

Un autre problème crucial, mais largement négligé, concerne les dizaines, voire les centaines de milliers de jeunes hommes effectuant actuellement leur service militaire obligatoire en Iran. Nombre d’entre eux se retrouvent pris au piège d’un conflit qui s’intensifie rapidement, stationnés sur des bases militaires qui auraient été la cible de frappes répétées des forces israéliennes et américaines. Ces conscrits sont, dans la plupart des cas, de simples civils contraints d’accomplir leur service obligatoire. Ils se trouvent désormais exposés à de graves dangers, bien qu’ils n’aient aucun rôle significatif dans les décisions stratégiques.

Un exemple me vient d’une famille que je connais personnellement. Leur fils était en poste dans une base militaire près de Tabriz lorsque celle-ci a été bombardée. Heureusement, au moment de l’attaque, les soldats ne se trouvaient pas dans la zone touchée ; ils étaient dans leurs dortoirs. D’après le récit qu’on m’a fait, dès le début des bombardements, de nombreux conscrits ont rassemblé leurs affaires et ont quitté la base sans en informer officiellement leurs supérieurs, pour rentrer chez eux. De plus en plus d’éléments indiquent que de nombreux conscrits hésitent à rester dans les installations militaires dans ces conditions. Leur situation soulève une préoccupation humanitaire plus générale : de jeunes hommes enrôlés de force sont désormais confrontés à des risques mortels dans un conflit sur lequel ils n’ont aucune prise.

Un autre aspect important de la situation est que, malgré les frappes intensives menées contre les installations des Gardiens de la révolution à travers le pays, le régime continue d’affirmer son autorité à l’intérieur du pays. Les institutions étatiques enverraient des messages d’avertissement aux citoyens, les mettant en garde contre toute forme de protestation ou de mobilisation politique. Le message est clair : quiconque tente de s’organiser, de participer à des manifestations ou d’agir contre le système s’exposera à de graves conséquences.

Ces menaces alimentent un climat de peur. Si certains observateurs estiment que le régime a été considérablement affaibli militairement, la réalité sur le terrain apparaît plus complexe. Les structures de sécurité et de renseignement essentielles demeurent intactes, et l’appareil répressif continue de fonctionner. De ce fait, nombreux sont ceux qui hésitent à descendre dans la rue. Malgré la pression militaire extérieure exercée par les États-Unis et Israël, les mécanismes internes de contrôle, de surveillance, d’arrestations et d’intimidation restent en place. Cette tension entre l’affaiblissement perçu du sommet et le maintien du contrôle à la base influence les comportements et limite la probabilité d’une mobilisation populaire immédiate.

J’ai également parlé avec deux personnes originaires de ma ville natale, Urmia, qui vivaient à Téhéran. Dès le début des récentes attaques, elles ont décidé de quitter la capitale et de retourner à Urmia. Elles séjournent actuellement dans le village de leurs grands-parents, loin des principales bases militaires et installations de sécurité, où elles estiment que la situation est relativement plus sûre pour les civils. Ce phénomène de population quittant les grandes villes pour se réfugier dans les zones rurales reflète une tendance plus large de déplacements internes et de peur, alimentée à la fois par l’intensification des frappes et par la présence persistante des forces de sécurité de l’État dans les centres urbains.

Dans le même temps, la vie quotidienne dans les grandes villes est largement paralysée. De nombreux commerçants ont fermé boutique et les rues sont désertes. Cette situation s’explique en partie par la crainte d’être arrêtés. Les autorités auraient décrété une semaine de deuil national suite au décès du Guide suprême, et l’ouverture de commerces pendant cette période pourrait être interprétée comme un acte de défiance, susceptible d’entraîner des représailles de la part des forces de sécurité. S’ajoute à cela une préoccupation sécuritaire plus immédiate. Les civils craignent que leur présence dans les centres-villes, notamment à proximité des bâtiments gouvernementaux ou des installations militaires, ne les expose à un danger en cas de nouvelles grèves. De ce fait, de nombreux habitants préfèrent rester chez eux, limitant leurs déplacements aux besoins essentiels et suivant de près l’évolution de la situation grâce aux moyens d’information et de communication dont ils disposent, aussi limités soient-ils.

Par Gordyaen Benyamin Jermayi

Gordyaen Benyamin Jermayi est un militant kurde des droits humains né à Ourmia, au Kurdistan oriental. Diplômé en génie civil, il est membre d’une organisation humanitaire qui documente les exactions de l’État iranien au Kurdistan oriental. Depuis 2020, il présente et soumet des documents à des organismes internationaux, notamment au CDH et aux Forums des minorités Moyen-Orient-Afrique des Nations Unies. Il est également le fondateur de la plateforme Instagram « Kurdistani People », qui œuvre à sensibiliser le public aux questions kurdes et à connecter les Kurdes de la diaspora.

Article d’origine (en anglais) à lire sous le titre de « Inside Kurdistan/Iran: Civilians, Prisoners, and Conscripts Amid Escalating Strikes »

 

IRAN. Au moins 1 500 morts, dont 200 civils, en trois jours de guerre

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IRAN / ROJHILAT – En trois jours de guerre, au moins 1 500 personnes, dont 200 civils et 1 300 membres des forces armées iraniennes, ont été tuées par les frappes israéliennes et américaines à traves l’Iran, y compris dans les régions kurdes du Nord-Est, signale l’ONG Hengaw. 

Alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran entre dans son troisième jour, les constatations de terrain et la documentation de l’ONG de défense des droits humains Hengaw de lourdes pertes parmi les forces gouvernementales iraniennes et un nombre croissant de victimes civiles.

D’après des données vérifiées et confirmées par Hengaw, au moins 1 500 personnes ont été tuées à ce jour, dont 200 civils et 1 300 membres des forces armées iraniennes. Ces chiffres sont établis dans un contexte de graves perturbations d’Internet à travers l’Iran, l’accès à Internet étant régulièrement coupé pendant de longues heures dans plusieurs villes, de jour comme de nuit.

Répartition des victimes et étendue géographique des attaques

D’après les données recueillies par le Centre de statistiques et de documentation de Hengaw, des installations militaires et gouvernementales ont été ciblées par des frappes aériennes et de missiles dans 150 villes réparties dans 22 provinces.

Les cibles comprennent des bases du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), des centres Basij, des aéroports militaires, des sites de missiles, des commissariats de police, des institutions judiciaires, des bureaux de presse du département du renseignement, des casernes de l’armée et des quartiers généraux des forces spéciales.

Le plus grand nombre de victimes militaires a été enregistré à Téhéran, Kermanshah (Kermashan), en Azerbaïdjan occidental (Urmia), en Azerbaïdjan oriental et au Kurdistan (Sanandaj ou Sînê).

Victimes civiles et dégâts dans les zones résidentielles

Hengaw exprime sa profonde inquiétude face à l’augmentation du nombre de décès civils et confirme que c’est dans la province d’Hormozgan que le plus grand nombre de victimes civiles a été enregistré.

D’après les preuves documentées, un nombre important des victimes étaient des écolières de l’école primaire « Shajareh Tayyebeh ». Outre Hormozgan, des décès de civils, dont plusieurs enfants, ont été recensés à Téhéran, dans le Khorasan-e Razavi, à Qazvin, à Alborz, à Kermanshah, au Kurdistan, en Azerbaïdjan occidental (Urmia) et en Azerbaïdjan oriental.

Les bâtiments administratifs et résidentiels situés à proximité des institutions militaires et de sécurité ont également subi de graves dommages lors des frappes aériennes, entraînant d’importantes perturbations des services.

Malgré le contexte de guerre persistant, la République islamique n’a pas mis en œuvre de mesures d’évacuation pour les zones résidentielles situées à proximité des installations militaires et de sécurité. Les civils tentent donc, de manière spontanée et non coordonnée, de se protéger et de se réfugier dans des zones relativement plus sûres.

Minimisation et contradictions dans les chiffres officiels

Le troisième jour de la guerre, le Croissant-Rouge iranien a annoncé que le nombre total de victimes s’élevait à 555, sans faire de distinction entre les victimes militaires et civiles.

Les données recueillies par Hengaw indiquent que ce chiffre s’inscrit dans une politique délibérée de sous-estimation et de dissimulation menée par les autorités.

Les enquêtes de terrain montrent que les institutions de sécurité se sont abstenues de publier des données précises sur les pertes militaires, notamment dans les villes du Kurdistan. Dans les rares cas où des chiffres ont été publiés, ils semblent nettement inférieurs à la réalité.

L’ONG Hengaw réaffirme l’urgence de la transparence dans l’identification des victimes et la communication des chiffres relatifs aux pertes humaines. Elle souligne que toutes les parties impliquées dans le conflit sont tenues, en vertu des conventions internationales, de protéger les vies civiles lors des hostilités armées.

Hengaw appelle une fois de plus les instances internationales à surveiller de près les pertes civiles et, compte tenu de la politique de dissimulation de la République islamique, à contraindre fermement toutes les parties à assumer leur responsabilité de protéger les civils.

« Les sentiers d’une âme libre » : poèmes dédiés aux femmes kurdes

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« Tu refuses l’oppression,
Refuse la soumission. »
 
 
« Les sentiers d’une âme libre » est un recueil de poésie de l’autrice Elif Léna AKCICEK dédié aux femmes kurdes. Il parle d’enfance, de conditionnement, de résistance silencieuse et de liberté conquise.

 
 

 

À travers ces poèmes, ce sont des femmes qui grandissent dans des cadres étroits, qui pensent autrement et qui apprennent à se relever ensemble.
 
Chaque texte est un pas sur un chemin intérieur, où l’identité se tisse entre héritage, lutte et dignité.
 
« Les sentiers d’une âme libre » est un hommage aux femmes debout, celles qui avancent, même dans l’ombre.
 
Livre publié à compte d’auteur chez Amazone

Coalition des partis kurdes d’Iran: Nous vivons des jours décisifs

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KURDISTAN – Dans un communiqué publié aujourd’hui, la coalition des forces politiques du Kurdistan iranien invite la population kurde à la prudence et à être prête à un changement de régime en Iran.
 
 
Voici le communiqué publié par la coalition des forces politiques du Kurdistan iranien :
 
« Nous vivons des jours décisifs.
 
Le peuple kurde en lutte et en quête de droits !
 
Depuis le samedi 9 février, le cours des événements en Iran s’oriente vers un changement profond et fondamental. La guerre actuelle est le résultat de décennies de politiques agressives du régime, d’ingérence dans les affaires des pays de la région, de soutien au terrorisme d’État, d’obstination à se doter de l’arme atomique et à développer une industrie balistique, de menaces à la sécurité internationale et de refus du régime de se conformer aux mesures internationales. Cette politique a finalement transformé l’Iran en un pays dévasté, à l’économie effondrée, et a conduit à la chute du régime. L’assassinat de Khamenei, le guide suprême du régime, et de dizaines de commandants militaires et de responsables politiques a accéléré cette spirale infernale.
 
La Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien affirme que cette guerre n’est pas une guerre entre la société iranienne et ses nations contre les États-Unis, Israël et la communauté internationale. Alors que l’Iran et le Kurdistan oriental traversent une période cruciale, nous lançons un appel au peuple kurde :
 
1) Le peuple kurde doit être conscient des développements et y faire face consciemment, aligner son comportement politique sur les demandes et les recommandations de la coalition des forces politiques du Kurdistan iranien et rendre cette coordination et ces relations vivantes et productives.
 
2) Au moment du renversement du régime et du soulèvement populaire massif, toutes les institutions administratives et de services doivent être protégées dans l’intérêt et pour les besoins du public.
 
3) Nous appelons les forces armées du régime au Kurdistan à se désolidariser des vestiges de la République islamique. Nous leur disons qu’il est préférable de ne pas laisser passer cette dernière occasion de tourner le dos à l’ennemi et de choisir le camp de leur nation.
 
4) Tous les Kurdes doivent faire face aux changements avec sagesse et maturité et s’abstenir des erreurs individuelles et de la vengeance qui nuisent à la sécurité et à la protection publique de la société.
 
5) Nous exigeons qu’ils restent aussi loin que possible des bases militaires et de sécurité du régime pour une sécurité accrue.
 
6) Nous demandons à notre peuple, en particulier aux commerçants, aux propriétaires et aux commerçants du marché, de prendre soin les uns des autres plus que jamais, en particulier des locataires, des pauvres et des personnes démunies dans les jours difficiles qui nous attendent.
 
La Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien* publiera ses politiques et ses programmes par le biais d’autres communiqués. »
 
*La Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien est composée du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (KDPI) ; du Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) ; du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) ; du Komala des travailleurs du Kurdistan et d l’Organisation Khabat.

IRAN. Inquiétudes pour les détenus de la prison d’Evin

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IRAN – Selon de nombreuses sources, les Gardiens de la révolution iraniens ont transféré des prisonniers politiques de la prison d’Evin vers des installations militaires. Parmi les prisonniers transférés pour être utilisés comme « boucliers humains » figurent des femmes, des mineurs et des Kurdes.

Les Gardiens de la révolution iraniens sont accusés de transférer des prisonniers politiques de la tristement célèbre prison d’Evin vers des installations militaires afin de les utiliser comme boucliers humains en cas d’attaques potentielles. Des informations et des vidéos à ce sujet ont circulé dimanche sur la plateforme X (ancien Twitter). Selon ces informations, les personnes concernées seraient des manifestants arrêtés lors de manifestations anti-régime en Iran et au Rojhilat (Kurdistan d’« Iran »). De nombreuses femmes et des mineurs figureraient également parmi les prisonniers.

Des militants accusent les Gardiens de la révolution de transférer délibérément des prisonniers dans des centres militaires afin de protéger leurs propres installations contre d’éventuelles attaques. Cette accusation repose sur l’hypothèse, avancée par Téhéran, que les États-Unis et Israël attaqueraient des cibles militaires mais épargneraient des installations civiles abritant des femmes et des enfants.

Si ces allégations étaient confirmées, il s’agirait d’une grave violation du droit international humanitaire. L’utilisation de prisonniers et de civils comme boucliers humains est interdite par le droit international. De nombreux internautes ont vivement critiqué ces allégations et exigé une intervention immédiate des organisations internationales pour protéger les prisonniers. Ils ont averti que la situation faisait peser une menace grave sur la vie des personnes concernées.

Auparavant, le Comité pour la liberté des prisonniers politiques avait déclaré que l’administration de la prison d’Evin s’était effondrée durant la guerre d’agression israélo-américaine. Le personnel avait déserté, les structures organisationnelles étaient paralysées et les cellules étaient verrouillées. De ce fait, des milliers de détenus vivaient dans une situation d’insécurité extrême. L’accès à l’eau potable, aux soins médicaux et à l’hygiène de base n’était plus garanti. (ANF)

ROJAVA. Kobanê assiégée depuis 41 jours

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SYRIE / ROJAVA – Depuis 20 janvier, la ville kurde de Kobanê est assiégée par les factions armées affiliées à la Turquie et à Damas qui la privent de l’eau potable, de l’arrivée de la nourriture, de médicaments et les enfants de l’éducation car les écoles sont transformées en abris pour les réfugiés…

Le siège de Kobanê, ville kurde de l’ouest du pays, se poursuit sans relâche depuis 41 jours. La ville est assiégée depuis le 20 janvier par les troupes et les milices du gouvernement intérimaire syrien et des groupes paramilitaires soutenus par la Turquie.

Bien qu’une désescalade ait été envisagée le 29 janvier dans le cadre d’un accord entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les autorités de Damas, le siège n’a pas encore été levé. Aucune mesure concrète visant à lever le blocus n’est actuellement prévue.

Avec le début de la vague d’attaques contre les autorités autonomes, de nombreux habitants de Tabqa, Raqqa et Alep ont fui vers Kobané en janvier. La population de la ville dépasserait désormais les 600 000 habitants. Cet exode massif contribue à aggraver une situation déjà tendue.

Dans le contexte du siège, les pénuries de nourriture, d’eau potable, de carburant et de fournitures médicales sont criantes. L’hébergement des réfugiés représente également un défi immense. Les hôpitaux fonctionnent dans des conditions difficiles, et l’aide humanitaire n’atteint la ville que partiellement, voire pas du tout.

Les représentants des organes d’autonomie locale évoquent une crise humanitaire qui s’aggrave. Sans une réouverture rapide des points d’accès et la mise en œuvre du mécanisme de sécurité convenu, la situation risque de se détériorer. (ANF) 

Quel avenir pour les milices chiites d’Irak en cas d’effondrement du régime iranien ?

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IRAK – Selon l’universitaire franco-kurde, Hardy Mède, en cas d’effondrement du régime iranien, le paysage milicien chiite d’Irak subira une recomposition majeure, avec des perdants et des gagnants.

La majorité des unités de mobilisation populaire (Hashd al-Cha’bi*) se sont progressivement institutionnalisées. Elles prennent désormais part au processus électoral, disposent de sièges au Parlement et bénéficient d’un solide ancrage local. Certaines ont su tirer parti de leur proximité avec l’Iran, en mobilisant le soutien financier et symbolique de Téhéran pour consolider une base et une clientèle politiques.
Un effondrement ou un affaiblissement du régime iranien entraînerait sans conteste une recomposition du champ milicien en Irak.

Des formations telles que Noujaba, le Hezbollah irakien ou encore Kataïb Sayyid al-Shuhada auraient probablement de grandes difficultés à subsister en cas de disparition de la République islamique d’Iran.

Hardy Mède
Maître de conférences à l’Institut catholique de Paris (ICP)
Chargé de cours à Sciences Po Paris & à l’École polytechnique
Rédacteur en chef de la revue Études kurdes
*Les Hachd al-Chaabi (PMF « Unités de mobilisation populaire » ou « Forces de mobilisation populaire »)
Image Wikimedia Commons 

KURDISTAN. L’électricité coupée à Mahabad

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IRAN / ROJHILAT – Suita aux frappes aériennes de ce matin, la ville kurde de Mahabad, dans la province d’Azerbaïdjan occidental, n’a plus d’électricité. On ne sait pas si la coupure a été provoquée par les bombardements ou sur ordre du régime iranien.

 

L’électricité a été totalement coupée dans toute la ville de Mahabad suite aux frappes aériennes américaines et israéliennes de grande envergure menées lundi matin 2 mars 2026, qui ont ciblé des positions et des institutions de la République islamique, notamment le département du renseignement dans la ville, selon les informations reçues par l’ONG Hengaw. On ignore encore si la coupure a été imposée par un ordre gouvernemental ou si elle a été causée directement par le bombardement.

KURDISTAN. Sanandaj secouée par les frappes aériennes

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IRAN / ROJHILAT – L’ONG kurde, Hegaw rapporte que plus de 200 personnes, dont des civils, ont été tuées ou blessées lors des attaques aériennes ciblant la ville de Sanandaj (Sînê).
 
 
Des avions de chasse israéliens et américains ont mené des frappes aériennes sur plus de dix sites dans la ville de Sanandaj (Sine) lundi matin 2 mars 2026, selon des informations reçues par Hengaw.
 
Des sources ont indiqué à Hengaw que plus de 200 personnes, dont des civils, ont été tuées ou blessées lors de ces attaques.
 
La 28e division d’infanterie de l’armée iranienne à Sanandaj, la base Imam Ali du Corps des gardiens de la révolution islamique, le poste de police n° 15, le poste de police de Tekiyeh, le quartier général du Corps des gardiens de la révolution islamique de Shahramehr et le bureau de presse du département du renseignement figuraient parmi les sites bombardés lors des frappes.

Le Kurdistan devenu le champ de bataille israélo – iranienne

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KURDISTAN – Alors que les tensions entre l’Iran, les États-Unis et Israël atteignent un point de non-retour, le Rojhelat (Kurdistan « iranien ») et le Başur (Kurdistan « irakien ») sont redevenus le principal champ de bataille. Des sommets des monts Shaho aux rues d’Erbil (Hewler), le bruit des explosions marque une période difficile pour une région prise au piège d’un conflit mondial.

Partie 1 : Attaques à Rojhelat (Kurdistan iranien)

 

Dans une vague massive de frappes aériennes, des sites militaires situés dans quatre provinces de l’ouest de l’Iran ont été visés. L’objectif de ces frappes était de détruire les capacités iraniennes en missiles et en drones.

  1. Kermanshah : le centre névralgique des missiles

  • Base Nabi-Akram : En tant que principal centre de commandement régional, elle a été touchée par plusieurs missiles de croisière.
  • Tang-e Kenesht : Ce site souterrain, qui abrite de grands silos de missiles, a été ciblé par de lourdes bombes anti-bunker (« bunker-buster »).
  • Base d’Abu-Dhar (Sarpol-e Zahab) : : Les dépôts de munitions de cette base historique ont été détruits.
  1. Province du Kurdistan : La bataille pour les hauteurs

  • Sanandaj (Sine) : La 28e division d’infanterie et les centres de communication militaire ont été touchés.
  • Kamyaran et Mont Shaho :Une station radar stratégique au sommet du mont Shaho, utilisée pour surveiller les frontières, a été complètement détruite.
  • Saqqez et Baneh : Des sites radar situés sur les montagnes ont été visés afin de dégager le chemin pour les avions et drones de la coalition.
  • Marivan :DespointsmilitairesprèsdelafrontièredeBashmaqetdanslazonedulacZaribarontétéfrappéspardesmissilesdeprécision. : Des points militaires près de la frontière de Bashmaq et dans la zone du lac Zaribar ont été frappés par des missiles de précision.
  1. Urmia (Azerbaïdjan occidental)

  • Urmia : La base Al-Mahdi (un centre de drones) et les hubs logistiques sur la route Urmia-Mahabad ont subi de lourds dommages.
  • Khoy et Piranshahr : Des centres de soutien et des casernes militaires près de la frontière ont été touchés.
  1. Ilam
  • Ilam : Les stations radar sur les hauteurs d’Abdanan ont été détruites afin d’affaiblir la défense aérienne iranienne le long de la frontière.

 

Partie 2 : La riposte iranienne à Başûr (Kurdistan irakien)

Quelques heures après les attaques sur son sol, l’Iran a riposté en frappant des cibles dans la Région du Kurdistan d’Irak. 

  1. Erbil (Hewlêr) : La cible des missiles balistiques

  • Aéroport international d’Erbil : La section militaire de l’aéroport, qui abrite des forces internationales, a été touchée par des missiles balistiques.
  • Base de Harir : Cette base au nord d’Erbil, utilisée par les drones américains, a enregistré de multiples explosions.
  • Consulat américain : Les sirènes d’alerte ont retenti dans toute la ville d’Erbil tandis que le consulat passait en mode d’urgence.
  1. Attaques contre les partis politiques du Rojhelat basés au Başûr

L’Iran a visé les bases des groupes d’opposition kurdes iraniens en Irak, affirmant qu’ils aident Israël :

  • Koya (Koysinjaq) : Le quartier général du PDKI (Parti démocratique du Kurdistan d’Iran) a été touché par des missiles de précision.
  • Zargwez et Zargewzala : Des camps appartenant aux partis Komala près de Souleimaniye ont été attaqués par des drones suicides « Shahed ». (Via Rojhilat Info)

Transferts des djihadistes : La Turquie et l’Irak devant leurs responsabilités

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Début 2026, au milieu des attaques de Damas ciblant l’autonomie des Kurdes du Rojava, la coalition internationale dirigée par les États Unis a transféré des milliers de membres de l’État islamique, dont des Turcs, de Syrie vers l’Irak, avec perspective de rapatriement en Turquie. Ces mouvements obligent les deux pays à affronter leurs failles judiciaires : procès expéditifs, accusations vagues, risques de torture et impunité persistante pour les crimes de l’EI, notamment le génocide yézidi. La Turquie et l’Irak pourront-ils enfin rendre justice ou perpétuer l’impunité ? Dans l’article suivant, la journaliste Rengin Azizoğlu soulève de nombreuses questions relatives au suite judiciaire que la Turquie et l’Irak pourront réserver aux membres de l’État islamique (EI ou DAECH / ISIS).

Le récent transfert de militants de l’EI des prisons du nord de la Syrie vers l’Irak, ainsi que les discussions sur d’éventuels rapatriements en Turquie, ont relancé des questions essentielles sur la manière et le moment où ces individus seront de nouveau traduits en justice.

D’après un reportage de la journaliste Hale Gönültaş, basé sur des observations de terrain et des sources diplomatiques, le transfert d’un nombre important de combattants de l’EI, dont des citoyens turcs, est achevé. Les opérations d’identification et d’interrogatoire seraient en cours en Irak, après quoi un rapatriement pourrait être envisagé pour ceux dont la citoyenneté est confirmée.

Les accords d’extradition existants entre la Turquie et l’Irak pourraient être invoqués, mais tout retour serait soumis à une série de vérifications et de procédures judiciaires, et non immédiat. Bien qu’Ankara, Bagdad et Washington soient parvenus à un accord de principe, les détails restent flous et des informations contradictoires laissent penser que le processus est toujours en cours de négociation.

Obligations de l’État en matière de rapatriement

En droit international, il n’existe aucune obligation explicite de rapatrier les citoyens détenus dans des zones de conflit. L’expert en droit international Güley Bor a toutefois souligné que les cadres relatifs aux droits de l’homme peuvent, dans certaines circonstances, exiger le rapatriement afin de garantir le droit à la vie ou l’interdiction de la torture.

Cet argument est particulièrement pertinent lorsque des enfants sont concernés. Si le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies a exhorté à la restitution des mineurs détenus dans les camps syriens, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a statué que les États n’ont pas d’obligation générale de rapatrier leurs citoyens.

Ces positions contradictoires, a souligné Bor, illustrent la dimension politique des questions juridiques. « Puisque ces questions litigieuses en droit international sont également influencées par la pratique des États, les décisions politiques – comme l’annonce de l’Australie de ne pas rapatrier ses citoyens transférés en Irak – auront une incidence déterminante sur la reconnaissance finale d’une telle obligation », a-t-elle déclaré.

L’option de poursuites en Irak

Poursuivre les militants de l’EI en Irak est juridiquement possible, mais extrêmement problématique. Bor souligne que le système judiciaire irakien soulève de graves préoccupations quant au droit à un procès équitable, notamment en raison d’allégations de torture, de condamnations expéditives et de recours à la peine de mort.

Bor a souligné que le génocide et les crimes contre l’humanité ne sont pas définis dans le code pénal irakien. « De ce fait, les poursuites sont engagées sous de vagues accusations de terrorisme », a-t-elle déclaré. « Le génocide yézidi, par exemple, ne serait pas reconnu. Il en résulte un système judiciaire qui ne répond pas aux exigences de la justice. »

Les listes d’identification fournies par l’Irak pourraient, en théorie, permettre à la Turquie d’engager des poursuites, mais en pratique, des blocages judiciaires persistent. Comme l’a souligné l’avocat Senem Doğanoğlu, une fois ces éléments officiellement transmis, « le système judiciaire ne pourrait plus légitimement prétendre ne pas pouvoir poursuivre ; la procédure dépendra de la capacité des autorités politiques et judiciaires à transformer ces informations en une véritable enquête criminelle. »

Doğanoğlu a évoqué des cas antérieurs où les autorités turques avaient affirmé qu’« aucun document de ce type n’avait été trouvé », malgré la présence de preuves dans les bases de données des tribunaux irakiens. « Il s’agit d’un blocage judiciaire, et cela laisse déjà présager ce qui pourrait se produire à l’avenir », a averti l’avocat.

Les limites des poursuites fondées uniquement sur l’« appartenance à une organisation terroriste »

L’une des principales préoccupations est que le renvoi des suspects d’appartenance à l’EI en Turquie risque de ne pas aboutir à une véritable responsabilisation. Dans les affaires précédentes, les poursuites se sont souvent limitées à l’accusation d’« appartenance à une organisation terroriste », une pratique systématique que les critiques qualifient d’approche de poursuite généralisée.

« La réduction des dossiers à la seule accusation d’« appartenance à une organisation terroriste armée » est devenue une pratique judiciaire prévisible », a déclaré Doğanoğlu. « Les tribunaux ne définissent ni l’EI comme une organisation commettant des crimes contre l’humanité, ni n’évaluent les massacres dans ce cadre. »

En réduisant les affaires d’atrocités complexes à une simple appartenance à une organisation plutôt qu’en poursuivant des accusations telles que crimes contre l’humanité ou génocide, le processus judiciaire risque de minimiser l’ampleur et la gravité des infractions présumées. Doğanoğlu souligne que lorsque les actes d’accusation sont formulés de manière restrictive, les détails des atrocités risquent d’être effacés des archives, ce qui réduit la responsabilité des auteurs.

Pour Doğanoğlu, le problème dépasse toutefois la simple requalification des crimes en infractions graves et relève d’une tolérance institutionnelle. « Cette tolérance systématique envers Daech se reproduit à chaque étape du processus judiciaire, de la collecte des preuves à leur évaluation », a-t-elle déclaré.

Doğanoğlu souligne un autre risque lié à la prescription. Si les crimes contre l’humanité ne sont pas soumis à un délai de prescription, les poursuites fondées sur des accusations d’appartenance à une entité juridique peuvent finir par expirer, ce qui a pour effet de « les enterrer sous le voile du silence juridique ».

Complexité des cas concernant les femmes et les enfants

Les femmes et les enfants constituent un aspect particulièrement complexe et peu étudié du processus de rapatriement. Doğanoğlu a constaté que la pratique judiciaire en Turquie tend de plus en plus à considérer les femmes comme des « victimes passives », même lorsque des preuves attestent de leur implication dans les activités de l’État islamique.

« Les récits choisis par les femmes ont révélé qu’elles étaient des auteures de ces actes. Le fait d’avoir reçu une formation à l’utilisation d’armes et de gilets explosifs, et d’avoir visionné des vidéos de massacres à des fins de propagande, témoigne d’une complicité dans ces crimes », a-t-elle déclaré.

Les enfants, en revanche, sont avant tout considérés comme des victimes. Bor souligne que les enfants élevés dans des camps sous l’influence d’adultes affiliés à l’EI ne doivent pas être traités comme des délinquants, mais comme des victimes de radicalisation. Elle insiste sur le fait que le soutien psychosocial est essentiel à leur réhabilitation et que les politiques doivent être guidées par l’intérêt supérieur de l’enfant.

La journaliste Gönültaş a partagé des exemples concrets tirés d’observations de terrain, soulignant comment de jeunes enfants radicalisés et armés, suivant un programme de réhabilitation, rencontrent des difficultés à s’adapter pleinement à la vie civile :

« En 2018, plusieurs enfants ont été amenés en Turquie avec le consentement de leurs mères. Ils avaient environ cinq à six ans. Parmi eux, certains avaient reçu un entraînement djihadiste, savaient manier les armes et avaient appris à tuer. Leur turc était rudimentaire et ils préféraient parler arabe. Ils ont suivi de longs programmes de réhabilitation, mais il est difficile d’affirmer qu’ils se soient pleinement adaptés à leur nouvelle vie. »

L’absence de politiques de réintégration systématiques demeure un défi majeur. Gönültaş observe : « La Turquie ne dispose pas d’un programme clairement structuré pour la réhabilitation des groupes radicalisés. La nature du programme de réintégration qui sera mis en œuvre reste incertaine. »

Mémoire collective et l’ombre du 10 octobre

Une éventuelle procédure de rapatriement pourrait avoir des conséquences qui dépassent le simple déclenchement de nouveaux procès. Elle met également en lumière le massacre d’Ankara du 10 octobre 2015, un double attentat-suicide perpétré lors d’un rassemblement pour la paix, qui a fait plus de 100 morts et des centaines de blessés, ce qui en fait l’attaque terroriste la plus meurtrière de l’histoire turque.

L’attentat et ses conséquences restent un moment marquant de la mémoire collective turque, soulevant des questions sur la façon dont les auteurs ont pu rester en fuite pendant des années et sur la responsabilité de l’État pour que justice soit rendue.

Doğanoğlu souligne les implications plus larges : « Le 10 octobre est le plus grand massacre de masse perpétré en un seul moment dans l’histoire récente de la Turquie. Le retour des accusés en fuite ne signifierait pas seulement la poursuite de quelques individus ; il signifierait la levée du voile sur la période sombre de 2015. »

En définitive, le débat sur le rapatriement ne saurait se réduire à une simple question de sécurité. Il permettra de déterminer si la Turquie est capable d’aborder de manière constructive ses dossiers relatifs à l’État islamique, si l’impunité persiste et quel cadre juridique et politique régira le traitement de ces crimes.

 

Article (en anglais) à lire sur le site The Amargi « As ISIS Detainees Are Transferred, Turkey and Iraq Face Reckoning Over Justice and Impunity«