TURQUIE / KURDISTAN – Après le séisme, les habitants de la province de Kahramanmaras sont menacés par les eaux du barrage Kartalkaya endommagé lors du séisme du 6 février.
Les habitants de Pazarcik, épicentre du séisme du 6 février, déclarent que les autorités n’ont pas pris de mesures sérieuses alors que le structure du barrage est lézardé par d’importantes fissures et qu’il peut céder à tout moment, inondant des zones habitées environnantes et les isolant du reste du pays.
Des milliers de personnes menacées par le barrage
Les habitants de la région à majorité kurde exhortent l’État de réparer d’urgence le barrage pour éviter une deuxième catastrophe, d’autant plus que la route principale reliant Pazarcik aux grandes villes de Gaziantep (Dîlok) et Kahramanmaras (Gurgum) longe le barrage de Kartalkaya. En cas de rupture du barrage, la localité de Narli sera inondée et la région coupée du reste du pays.
Les habitants de la région déclarent que les autorités leur ont demandé de ne pas utiliser la route, sans apporter de solutions, ni pour l’acheminement de l’aide humanitaire, ni pour le déplacement des blessés et malades vers les hôpitaux des villes voisines.
Agence Mezopotamya
« Personne ne doit qualifier ce que nous vivons de « séisme ». Il s’agit du plus grand ‘meurtre de masse’ de l’histoire récente » écrit Mustafa Mamay, journaliste kurde réfugié en Suisse, au sujet du tremblement de terre du 6 février qui a frappé le nord de la Syrie et le sud-est de la Turquie (région à majorité kurde), tuant plusieurs dizaines de milliers de personnes et détruisant des régions entières.
Depuis le premier jour du séisme, c’est le chaos qui règne dans les zones sinistrées de Turquie où les populations sont délaissées par l’État où chaque communauté (turque, kurde, arabe…) s’organise et tentent de panser ses plaies grâce à la mobilisation communautaire. Par exemple, les Kurdes/alévis discriminés depuis des siècles sont mobilisés dans tout le Kurdistan mais aussi en diaspora pour récolter des dons pour les rescapés et se sont rendus en masse auprès des rescapés pour les secourir, organiser l’aide, redistribuer les dons récoltés…
Dans la ville d’Hatay, ancienne province syrienne annexée à la Turquie au cours du XIXe siècle, détruite par le séisme, la population arabe-alévie quitte en masse la ville, déclarant que l’État n’a jamais été présent à leur chevet, ni hier, ni aujourd’hui. Le même sort guète également les régions kurdes, déjà saignées à blanc par des décennies de massacres et de déportations.
Des gens affamés qui se servent des commerces sont capturés, tabassés et filmés par des gangs ou des policiers turcs qui diffusent les images sur les réseaux sociaux où des nombreuses personnes écrivent des commentaires haineux, appelant parfois au meurtre des coupables souvent accusés d’être des réfugiés syriens très nombreux à Hatay et ses environs. En parallèle à ces lynchages de civils, des gangs armés attaquent et pillent les convois d’aide destinés au sinistrés alors qu’Erdogan a décrété l’état d’urgence dans la région. Tout cela ressemble à des prémisses d’une guerre civile que beaucoup craignent depuis des années en Turquie où Erdogan a formé des milices armées.
A Idlib et Afrin, dans le nord de la Syrie, la situation est encore plus dramatique car la région est sous l’occupation turco-jihadiste et coupée du monde. Les gangs islamistes pro-Turquie ne se préoccupent que des colons arabes, laissent mourir les rescapés kurdes d’Afrin, Jinderes et bloquent l’aide humanitaire envoyée par l’administration du Rojava et taxent l’aide envoyée par le Kurdistan irakien aux rescapés d’Afrin. Le régime syrien bloque également l’aide envoyé par le Rojava aux sinistrés de la région d’Alep.
Ni la Turquie, ni la Syrie ne pourront sortir indemnes de cette tragédie et ce sont les peuples innocents qui payeront le prix le plus élevé.
Le séisme du 6 février qui a frappé le nord de la Syrie et le sud-est de la Turquie (régions à majorité kurde) a détruit des zones entières, tué plusieurs dizaines de milliers de personnes (certaines sources avancent le chiffre de 200 000 morts) et causé des traumatismes chez des millions de survivants. Des pertes humaines, des dégâts matériels et des traumatismes causés habituellement par des guerres dévastatrices que connait la Syrie et le Kurdistan depuis 2011…
Cette catastrophe « naturelle » – pourtant annoncée de longue date et contre laquelle ni le régime turc, ni son voisine syrien n’ont pris aucune mesure – a englouti leurs citoyens piégés dans des immeubles-cercueils ne respectant pas les normes sismiques recommandées. Aujourd’hui, les millions de rescapés du séisme attendent qu’on panse leurs plaies alors que la priorité du président turc Erdogan est de gagner les prochaines élections prévues en mai 2023 et que son homologue syrien n’a pas accès au nord de la Syrie occupé par la Turquie et les gangs islamistes.
Alors que l’État turc a ordonné le déblayage des décombres du séisme qui renferment encore d’innombrables victimes et presse les rescapés traumatisés de retourner vivre dans les immeubles encore debout, les populations des zones sinistrées sont abandonnées à leur sort, pire, les Kurdes (et la minorité alévie de Hatay) sont discriminés ouvertement par le régime colonialiste turc qui tarde à les secourir, les prive d’une bonne partie de l’aide qui est envoyée par la communauté internationale ou celle collectée par les Kurdes et alévis conscients de cette discrimination ancestrale anti-kurde/alévie. En ce sens, le dessin de Charlie Hebdo posté le 6 février sur Twitter et qui montre des immeubles en ruine avec la légende « Même pas besoin d’envoyer de chars ! » faisant allusion aux chars (et avions de guerre) turcs ou syriens qui massacrent tantôt les Kurdes, tantôt les Syriens traduit parfaitement les sentiments de ces damnés de la terre pour qui le soleil tarde à se lever.
« Même pas besoin d’envoyer de chars » – Charlie Hebdo
TURQUIE – Dans la province d’Hatay dévastée par le séisme, les autorités turque ont démolie le bâtiment où se trouvaient tous les rapports d’inspection de la construction, des documents officiels et les résultats des tests de laboratoire des écoles, des lieux de travail et des résidences de toute la province d’Hatay. La démolition d’un bâtiment en bon état fait craindre que les autorités ont voulu détruire des documents compromettants pour le régime turc.
Le bâtiment de plain-pied du Bureau de l’inspection des bâtiments et des matériaux de construction dans le district d’Antakya (Antioche) à Hatay, qui a été touché par le séisme du 6 février a été démolie à la hâte aujourd’hui. L’avocate Bedia Büyükgebiz, qui s’est rendue sur les lieux avant la démolition, a expliqué les contradictions concernant la décision de démolition dans la vidéo partagée sur les réseaux sociaux : « C’est un bâtiment d’un étage. Voici des centaines de documents officiels signés contenant des résultats de laboratoire, des tests des écoles, des lieux de travail et des résidences du centre d’Hatay et de ses districts. (…) Ils ont permis la construction de ce bâtiment. (…) Quelqu’un devrait me dire pourquoi il a été décidé de démolir un bureau gouvernemental à un étage alors qu’il y avait des centaines de bâtiments détruits dans lesquels il était impossible d’entrer… Que quelqu’un, explique cette décision et la raison. »
Le député Fethi Açıkel du CHP d’Istanbul et l’avocate Bedia Büyükgebiz avaient fait une déclaration à la presse devant le bâtiment avant sa démolition. Açikel a déclaré qu’ils ont demandé la suspension de la décision de démolition, ajoutant que « des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie à Antakya au nom de l’urbanisation non planifiée et du profit. »
Que se passe-t-il lorsque le séisme le plus dangereux est Erdoğan lui-même ? À la lumière des prochaines élections de mai en Turquie, rien n’a pu mettre autant en évidence la nature brutale de l’ultra-nationalisme et du racisme turcs que le traitement des régions kurdes touchées par le séisme de 7,8 sur l’échelle de Richter qui a frappé aux premières heures du 6 février. Au moment d’écrire ces lignes, le nombre de morts a atteint plus de [25 000 selon les chiffres officiels] en Turquie/Kurdistan du Nord et Syrie/Rojava et il est probable que les chiffres continueront d’augmenter dans les jours à venir.
Certes, les catastrophes naturelles ne font pas de discrimination. Ils ne font pas de différence entre [l’origine ethnique], la couleur, la classe ou le sexe. Ils frappent souvent sans discernement et dévastent des régions et des communautés entières. Cependant, les séquelles de la catastrophe, le traitement des différentes communautés, la distribution de l’aide, des fournitures, du soutien technique et humain sont souvent contrastés. Ils mettent en évidence la violence systémique et structurelle que subissent les communautés minoritaires, même dans la plupart des nations démocratiques du monde. La distribution des ressources et de l’aide est un processus incroyablement politique, qui détermine quelles communautés prospèrent à la suite de catastrophes ou de conflits prolongés ; et quelles communautés continuent de lutter pour l’accès à leurs besoins fondamentaux de survie. Dans ce cas, nous avons encore un autre exemple de la façon dont même l’impact des catastrophes naturelles est utilisé comme une opportunité pour imposer des actes de violence aux Kurdes.
Les tremblements de terre de grande magnitude ne sont pas nouveaux en Turquie. En fait, la Turquie est considérée comme l’une des régions sismiques les plus actives au monde. En août 1999, un séisme de magnitude 7,6 a frappé Marmara, une région très peuplée au sud d’Istanbul. Le tremblement de terre a duré plus de 45 secondes et a fait plus de 17 500 morts. De plus, au cours des deux derniers jours, un grand nombre de répliques ont frappé le pays, notamment : 81 tremblements de terre de magnitude 4, 20 tremblements de terre de magnitude 5, 3 tremblements de terre de magnitude 6 tremblements de terre et deux séismes de magnitude 7 – la plupart frappant la région sud-est de la Turquie (Kurdistan du Nord occupé).
Alors que des informations font état d’un grand nombre de personnes toujours portées disparues et portées disparues, l’espoir de retrouver des personnes vivantes diminue à mesure que la marque cruciale de 72 heures est atteint. Plus le délai est long, moins il est probable que des personnes piégées soient retrouvées vivantes. Pendant ce temps, des citoyens angoissés dorment dans des voitures, des centres commerciaux, des mosquées et à l’air libre par des températures hivernales glaciales, alors que les histoires tragiques continuent de s’accumuler dans les villes touchées. La dévastation, la peur et le désespoir se combinent en un mélange grisant qui affecte ces communautés déjà désemparées, en particulier à la lumière du manque d’urgence du gouvernement à fournir une aide et un soutien aux zones kurdes touchées.
Ainsi, des sources internes et externes ont souligné la longue histoire de tremblements de terre de grande magnitude en Turquie, alors que les questions de répartition inégale des ressources et de l’aide commencent à s’accumuler. C’est certainement une question légitime de se demander pourquoi un pays avec une longue histoire de tremblements de terre à grande échelle est si mal équipé pour faire face à de multiples catastrophes dans plusieurs régions ? Ou bien, comme de nombreux Kurdes le soupçonnent, est-ce que la raison en est que la majorité des ressources sont distribuées à des régions non kurdes ? Mélangé avec le fait que les zones kurdes sont déjà sous-financées avec une qualité d’infrastructure inférieure, comme punition collective pour avoir voté HDP plutôt que le parti au pouvoir AKP.
Erdoğan, aux côtés de son alliance néo-fasciste AKP-MHP de plus en plus brutale, n’a fait aucune tentative pour cacher ses sentiments anti-kurdes, en particulier pendant les saisons électorales cruciales. Il n’est pas rare de voir des membres de partis et de parlementaires de haut niveau brandir la pancarte « Loups gris » – un groupe raciste paramilitaire et terroriste criminel, financé par diverses élites politiques et socio-économiques riches à travers le pays – dont le symbole représente le plus violent , la haine anti-kurde pour laquelle le pays est de plus en plus connu. Pour de nombreux Kurdes, la catastrophe post-séisme est simplement un autre jour d’oppression systémique et d’effacement de l’identité kurde et vit sous le régime de plus en plus brutal d’Erdoğan. De nombreux militants kurdes se sont tournés vers les réseaux sociaux pour dénoncer le traitement injuste infligé aux Kurdes lors de cette catastrophe.
Les experts ont fait valoir que le racisme et ses effets sont souvent invisibles et peuvent avoir des impacts générationnels car ils se répercutent sur les communautés marginalisées. Selon Braveman, Arkin, Proctor, Kauh et Holm:
« Le racisme n’est pas toujours conscient, explicite ou facilement visible – il est souvent systémique et structurel. Le racisme systémique et structurel est une forme de racisme qui est omniprésente et profondément ancrée dans les systèmes, les lois, les politiques écrites ou non écrites et les pratiques et croyances enracinées qui produisent, tolèrent et perpétuent un traitement injuste et une oppression généralisés des personnes de couleur, avec des conséquences néfastes pour la santé. Les exemples incluent la ségrégation résidentielle, les pratiques de prêt déloyales et d’autres obstacles à l’accession à la propriété et à l’accumulation de richesses, la dépendance des écoles aux impôts fonciers locaux, l’injustice environnementale, la police biaisée et la condamnation des hommes et des garçons de couleur, et les politiques de suppression des électeurs. »
Ils vont plus loin en affirmant que :
« Le racisme systémique et structurel sont des formes de racisme qui sont omniprésentes et profondément ancrées dans et à travers les systèmes, les lois, les politiques écrites ou non écrites, les pratiques enracinées et les croyances et attitudes établies qui produisent, tolèrent et perpétuent un traitement injuste généralisé des personnes de couleur. Ils reflètent à la fois les injustices actuelles et historiques. Bien que le racisme systémique et le racisme structurel soient souvent utilisés de manière interchangeable, ils ont des accents quelque peu différents. Le racisme systémique met l’accent sur l’implication de systèmes entiers, et souvent de tous les systèmes – par exemple, les systèmes politiques, juridiques, économiques, de santé, scolaires et de justice pénale – y compris les structures qui soutiennent les systèmes. Le racisme structurel met l’accent sur le rôle des structures (lois, politiques, pratiques institutionnelles et normes enracinées) qui sont l’échafaudage des systèmes. »
Jean Alt Belkhir et Christiane Charlemain, dans leur article « Race, Gender and Class Lessons from Hurricane Katrina », soutiennent que les catastrophes naturelles peuvent :
« Ne pas distinguer les victimes en fonction de leur [origines ethniques], de leur sexe ou de leur classe, mais de telles catastrophes ne se produisent pas non plus dans des vides historiques, politiques, sociaux ou économiques. Au lieu de cela, les conséquences de telles catastrophes reproduisent et exacerbent les effets des inégalités d’étendue, et mettent souvent en évidence l’importance des institutions politiques, des processus, des idéologies et des normes. »
Selon des recherches récentes du New York Times , il existe un contraste frappant entre la façon dont les citoyens américains blancs reçoivent l’aide et le financement du gouvernement, contrairement aux Noirs et aux personnes de couleur touchés par les mêmes catastrophes. La recherche indique que la FEMA (l’agence fédérale de gestion des urgences, États-Unis) le plus souvent « aide les victimes blanches de catastrophes plus que les personnes de couleur, même lorsque le montant des dommages est le même ». Par conséquent, si ce niveau de discrimination entre l’aide et la répartition des ressources n’est pas nécessairement quelque chose de nouveau dans les pays dits démocratiques, cela ne signifie pas qu’il doit être toléré, ni rester incontesté. »
Dans le cas des Kurdes, l’une des communautés les plus marginalisées et les plus opprimées du Moyen-Orient, l’inégalité de traitement lors de catastrophes naturelles et même de conflits est tragiquement la norme. Par exemple, la distribution de l’aide internationale pendant le conflit syrien en cours signifie que les ONG internationales opèrent souvent avec l’État et ses administrateurs, aussi brutal ou antidémocratique que soit ce régime. Dans ce cas, l’aide et les approvisionnements internationaux ont souvent contourné les régions dominées par les Kurdes et dévastées par la guerre du Rojava (nord de la Syrie). Des allégations similaires ont été faites par des militants ou des personnes affectées sur le terrain lors de crises similaires.
L’incapacité de la Turquie à répondre de manière rapide et humaine à la zone sinistrée qui touche le plus les Kurdes relève du criminel. Les habitants des villes d’Hatay, Adıyaman et Gaziantep ont publié des vidéos montrant que l’AFAD (Agence turque de gestion des catastrophes et des urgences) n’avait pas encore atteint ces régions les plus touchées plus de 24 heures après le tremblement de terre dévastateur. D’autres vidéos montrent des équipes de secours étrangères attendant dans les aéroports, faute de moyens de transport et de soutien gouvernemental. Les bâtiments publics, les autoroutes et les aéroports, y compris de nombreux hôpitaux, sont non seulement devenus inutilisables, mais se sont dans de nombreux cas complètement détruits, incitant de nombreux experts à critiquer le gouvernement pour son manque de prévoyance et de planification des catastrophes.
Bien qu’ils soient confrontés à une prochaine élection – qui pourrait bien être reportée maintenant dans un stratagème cynique pour s’accrocher au pouvoir – Erdoğan et ses membres de l’AKP n’ont pas réagi de manière adéquate, ce qui a poussé de nombreuses personnes à critiquer le gouvernement. Non seulement Erdoğan n’est pas apparu 36 heures après le début de la catastrophe – malgré une propension à apparaître presque quotidiennement dans les médias turcs – il a également menacé les partis et groupes d’opposition pour des déclarations anti-gouvernementales. De plus, il a également demandé aux gens de signaler des « fausses nouvelles » concernant la catastrophe via une application spéciale (…) qui est [uniquement] en turc, ce qui a conduit les militants kurdes à critiquer le racisme continu du gouvernement envers les Kurdes et leurs communautés concernées, qui restent littéralement et figurativement dans le noir.
L’histoire nous montre que le sort des Kurdes dans cette région est susceptible de s’aggraver, cette nation opprimée recevant à peine les miettes de l’aide et du soutien nationaux que d’autres régions recevront. Alors que le régime syrien a officiellement appelé à l’aide internationale pour soutenir les victimes du tremblement de terre, Erdoğan a précisé que seul l’AFAD fournira et distribuera de l’aide et des fournitures à la zone touchée. L’histoire des deux pays non démocratiques démontre une énorme propension à la discrimination et à l’utilisation de l’aide, de la nourriture et des ressources comme une arme contre ses citoyens, en particulier envers les minorités longtemps opprimées.
Les catastrophes naturelles ne font pas de discrimination, mais la distribution de l’aide après les catastrophes montre souvent à quel point une nation est démocratique et inclusive. À la lumière des sentiments anti-kurdes persistants et de la menace imminente d’une nouvelle invasion du Rojava pour soutenir les aspirations électorales d’Erdoğan, il est peu probable que les régions kurdes dévastées reçoivent une partie de l’aide dont elles ont réellement besoin. Ce qui rend l’existence et le soutien d’organisations d’aide kurdes comme le Croissant-Rouge kurde (Heya Sor) d’autant plus nécessaires (…), alors que des millions de Kurdes tremblent de froid, dans des États qui souhaiteraient les voir écrasés par leurs tours résidentielles bon marché.
Par l’équipe de The Kurdish Center For Studies
Version originale: Kurds Denied Earthquake Aid: Natural Disasters as Political Violence
TURQUIE / KURDISTAN – Les soldats turcs ont confisqué 30 containers achetés par des hommes d’affaires kurdes et destinés aux victimes du séisme d’Elbistan. Les soldats ont prétendu l’état d’urgence et les ont chargés sur les camions du ministère de la Santé qui finiront entre les mains des supporters d’Erdogan.
Après le tremblement de terre, les Kurdes originaires d’Elbistan vivant en Europe ont acheté 30 containers pour les rescapés du séisme à Elbistan qui ont perdu leurs logements. Les conteneurs chargés à Erzirom étaient confisqués par les militaires et ne permettaient pas le chargement.
L’état d’urgence comme justification
Les militaires, invoquant l’état d’urgence (OHAL), ont déclaré que les containers seront envoyés à Semsûr (Adiyaman) ou Mereş (Kahramanmaras) par le ministère de la Santé. Le ministère de la Santé a également déclaré que les conteneurs envoyés par des initiatifs privés ne seront pas acceptés.
Exemple de la politique anti-kurde/alévie
L’homme d’affaires d’Elbistan, avec qui nous avons parlé au téléphone, a déclaré : « C’est un exemple clair de la politique du système étatique envers nous, les Kurdes et les Alévis. (…) Une telle ingérence est inacceptable quand les gens gèlent ici. En tant que gens d’affaires, nous avons (…) acheté 30 containers. Ils ont maintenant confisqué nos containers. Nous négocions actuellement au niveau ministériel. Nous n’avons aucune idée de l’évolution de la situation. Mais cette situation [scandaleuse] doit prendre fin le plus tôt possible. »
Agence Mezopotamya
Des rescapés de Pazarcik / Kaharamanmaras, épicentre du séisme du 6 février, contactés par Kurdistan au féminin déclarent que les autorités turques font pression sur les sinistrés pour qu’ils regagnent leurs logements qui sont encore debout, même s’ils sont endommagés. Ils déclarent que le régime prépare les élections de mi-mai, sans se préoccuper de la vie de la population. Quand au nombre de personnes décédées lors du séisme, on annoncé qu’une source de l’AKP a déclaré que le séisme qui a frappé le sud-est du pays (régions à majorité kurde) a fait plus de 150 000 morts. Le ministre turc de l’Intérieur aurait ordonné aux gouverneurs d’enlever les débris avec les cadavres à l’intérieur.
Des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie et des centaines de milliers ont été blessées dans les tremblements de terre qui ont secoué le Kurdistan et la Turquie à intervalles de 8 heures. Les épicentres des tremblements de terre se trouvaient à Pazarcik (magnitude 7,8) et à Elbistan (magnitude 7,7), dans la province de Maraş.
Les victimes du tremblement de terre ont déclaré que les institutions étatiques turques ne fournissaient ni soutien ni assistance. À tel point que certaines personnes ont perdu la vie à cause de l’hypothermie (diminution de la température corporelle) due aux insuffisances de l’État turc. Selon les déclarations officielles, il y a une terrible incohérence entre le nombre de bâtiments détruits et le nombre de morts et de blessés. Et cette incohérence amène une question à l’esprit : « Est-ce qu’on cache le vrai bilan de ceux qui ont perdu la vie? »Le gouvernement AKP-MHP cache le nombre de morts
Selon les informations données par une source anonyme de l’AKP, le nombre de personnes qui ont perdu la vie dans le tremblement de terre est bien supérieur aux déclarations officielles. Selon les informations fournies par le responsable de l’AKP, le bilan est de plus de 150 000 morts.
Soylu : enlevez les débris avec les morts
La même source a indiqué que le ministre turc de l’Intérieur, Süleyman Soylu, a appelé les gouvernorats de province et de district de la zone du tremblement de terre et a ordonné que les débris soient enlevés dès que possible. Quand les autorités civiles ont dit : « Il y a encore des gens sous les décombres. Comment pouvons-nous les effacer sans supprimer les gens ? » Soylu aurait insisté sur l’instruction de charger les débris sur des camions et de les transporter loin des zones sinistrées. Cependant, on déclare que certaines autorités civiles mènent les travaux de recherches avec minutie car il pourrait y avoir des morts ou des blessés dans les décombres. (ANF)
TURQUIE / KURDISTAN – Le député kurde Abdullah Koç a déclaré qu’on fouillait les décombres d’Adiyaman (ville kurde de Semsûr) avec des pelleteuses, en endommageant l’intégrité corporelle des personnes ensevelies, dont certaines sont peut-être toujours en vie. Koç a déclaré qu’il s’agissait d’un crime et qu’ils allaient porter plainte contre les responsables.
A Semsûr, les corps sous les décombres ont commencé à être extraits par des pelleteuses. Le député d’Agri, du Parti démocratique des peuples (HDP), Abdullah Koç, a déclaré dans une vidéo qu’il a publiée en ligne que les machines de chantier fonctionnaient au hasard à Yaşam Kent Sitesi, rue du 30 Ağustos, provoquant la rupture de l’intégrité physique des corps sans vie.
Ils sont peut-être vivants
Dans la vidéo qu’il a publiée, Koç a déclaré: « Des recherches dans les décombres sont en cours à Adıyaman. L’opération menée ici n’est pas une opération de recherche et de sauvetage. L’excavation de débris avec des pelleteuses est un meurtre. (…) Il y a aussi un grave responsabilité en termes de droit de recherche et de sauvetage. Parce qu’il y a des gens qui sont vivants là-bas. Il y a une action contre des gens qui peuvent survivre. (…). C’est un meurtre d’effectuer un tel travail avec des pelleteuses. J’en appelle à tous les avocats et aux familles. Que personne n’abandonne cela. (…) Nous avons entendu la voix [des personnes ensevelies sous les décombres]. Ils ont été gardés sous les décombres pendant des jours. Maintenant, les cadavres de certains sont en train d’être extraits. »
Koç a déclaré qu’il déposerait une plainte pénale pour ce qui s’était passé.
Agence Mezopotamya
TURQUIE / KURDISTAN – Dans plusieurs localités touchées par le séisme, on signale que des équipes de l’organisme de secours turc (AFAD) regardent les secouristes sortir les rescapés des décombres et les chasser ensuite pour prendre des photos avec les personnes secourues afin de faire croire que ce sont eux qui ont effectué les secours…
Des volontaires éloignés par AFAD qui prend des photos avec les rescapés secourus
Des volontaires venus d’Istanbul qui ont sauvé un rescapé des décombres à Elbistan ont déclaré que les équipes de l’AFAD sont venues et ont pris des photos avec la personne secourue en chassant les volontaires de la zone*.Des équipes françaises et kosovares chassées d’Adiyaman et Hatay
Suite au tremblement de terre, dont l’épicentre était le district Bazarcix (Pazarcık) à Kahramanmaras, les équipes de recherche et de sauvetage, qui sont venues sur les zones sinistrées tardivement, sont cette fois-ci bloquées par l’AFAD.
On signale que les équipes de l’AFAD ont chassé des secouristes français à Semsûr (tr: Adiyaman) et des kosovars à Hatay (deux villes les plus touchées par le séisme) alors qu’ils secouraient des rescapés. Les équipes de l’AFAD ont bloqué des équipes professionnelles étrangères alors qu’elles tentaient de sortir 2 blessés des décombres à Hatay. L’équipe kosovare a ensuite été évacuée de la zone par la police.
*Les volontaires venus dans la localité kurde d’Elbistan ont déclaré avoir contacté AFAD qui a emmené le rescapé pour savoir s’il était toujours en vie n’ont pas eu de réponse. Ils ont également signalé que dans de nombreuses zones du district détruits, il n’y a pas de travaux de secours, ni de coordination des travaux et aides. Nous sommes face à la même situation dans la totalité des zones kurdes dévastées par le séisme de lundi.
Agence Mezopotamya
TURQUIE / KURDISTAN – Le séisme du lundi a frappé durement plusieurs régions kurdes déshéritées de Turquie et de Syrie. Selon le député HDP Kemal Bülbül qui s’est rendu à Adiyaman (Semsûr) nous sommes actuellement face à la plus grande tragédie du peuple kurde. La destruction est suivie d’un effondrement mental, l’État laisse tomber les gens.
Le député HDP Kemal Bülbül rapporte depuis la province de Semsûr (tr: Adiyaman), l’une des régions les plus durement touchées par le tremblement de terre en Turquie : « À Adiyaman, il y a des milliers de décombres et de ruines. D’innombrables vies sont enterrées sous les décombres. Malheureusement, ces personnes n’ont pas été atteintes à temps, et à cause de cela, une grande tragédie s’en est suivie. Même maintenant, des bruits ont été entendus sous les décombres, ce qui est très difficile en ce moment. Nous essayons d’y diriger différentes équipes. Dès le début, il n’y a eu aucune aide du gouverneur, de l’AFAD, du gouvernement de la ville ou de toute autre agence gouvernementale sous la forme d’un soutien matériel et moral ou de l’enlèvement des décombres. De plus, non seulement il n’y a pas eu d’aide, mais les médias donnent l’impression la plus ridicule que tout se passe bien et que le gouvernement réussit à cet égard. »La destruction est suivie de l’effondrement mental
Bülbül souligne que les décombres n’ont toujours pas été déblayés et que la plupart des gens ont perdu la vie en raison du retard des secours : « Il y a encore des cadavres sous les décombres. Le deuxième problème est la faim, [les autres sont] la soif, la communication et l’absence d’une méthode pour faire sentir aux gens qu’ils ne sont pas seuls. En conséquence, la société se sent extrêmement précaire et abandonnée. Que doivent faire les personnes qui ont perdu leurs proches, leurs enfants et leurs parents ? Devraient-ils céder à la douleur ou protester ? Peu à peu, une situation se présente lorsqu’une dépression mentale grave se produit. Lors de notre visite à l’hôpital d’Adiyaman aujourd’hui, les médecins ont expliqué que la plupart des victimes du tremblement de terre ont perdu des organes et des membres. Certains ont dû être amputés des bras. La principale raison en est le retard dans la recherche et le sauvetage. Les districts les plus touchés sont Gölbaşı, Besni et Çelikhan. Ce sont les endroits qui sont sur la ligne de faille. Les villages n’ont pas encore été atteints, ni les chefs-lieux de district correctement atteints, aucune aide n’y est arrivée. En tant que HDP, nous avons rencontré les organisations de masse démocratiques ici immédiatement après notre arrivée et avons mis en place une équipe de coordination et de crise. »Il n’y a plus de bâtiments utilisables
Bülbül dit qu’il était à Mêrdîn (tr. Mardin) au moment du tremblement de terre et que les gens de Gurgum (tr: Kahramanmaras) et de Semsûr lui en ont parlé dans une grande panique. «Nous avons immédiatement fait notre chemin de Mardin à Adiyaman, en nous arrêtant à Kahta en chemin. Six bâtiments de Kahta s’étaient effondrés. Nous avons visité l’hôpital vers huit heures du matin. 17 corps nous ont été signalés aux urgences. Puis nous sommes arrivés à Adiyaman, et le scénario était une grande tragédie. Il n’y a plus de bâtiments stables. Les bâtiments restants sont gravement endommagés et inutilisables. »« En tant que peuple kurde, nous avons vécu de nombreuses tragédies »
Bülbül rapporte également sur l’équipe de crise qui a été mise en place immédiatement : « L’équipe de crise est composée du HDP et d’organisations de masse démocratiques. Ces organisations étaient très bien organisées. Nous avons mis en place deux points de rassemblement, l’un à Cemevi Yenimahalle et l’autre à la salle de mariage d’Hisar dans le district de Kayalik. C’est là que nous avons envoyé les camions qui arrivaient avec des fournitures de secours. Les marchandises étaient distribuées à partir de ces points. La municipalité de Çınar est présente depuis hier et a installé une cuisine dans la cour du centre communautaire alévi de Yenimahalle. Depuis hier soir, nous pouvons manger quelque chose de chaud pour la première fois. De la nourriture, des vêtements, des couvertures et des articles similaires ont été distribués. Des générateurs, des tentes, des engins de chantier et des grues sont actuellement nécessaires de toute urgence pour pouvoir soulever les décombres. »
ANF