Élections en Turquie: Erdogan n’est plus l’homme fort de la Turquie
Malgré les irrégularités massives observées, notamment dans les régions kurdes, lors des élections du dimanche 14 mai, le président sortant Erdogan n’a pas été réélu dès le premier tour et va affronter Kiliçdaroglu au second tour le 28 mai. Mais d’ors et déjà, on peut dire qu’Erdogan a perdu le pouvoir. En effet, pour un homme qui contrôle tous les médias, les appareils étatiques, bâillonne et persécute l’opposition, et dont les sbires ont recours à toutes sortes de fraudes électorales, ne pas être élu dès le premier tour est déjà une défaite qui n’attend qu’être confirmée au second tour de la présidentielle.
Faits marquants des élections présidentielles et législatives turques du 14 mai:
Hier soir, les AKTROLLS d’Erdogan ont organisé une cyberattaque contre les sites des médias indépendants Sözcü, Halk TV et Cumhuriyet.
Dans plusieurs bureaux de votes où le parti « kurde » Parti de la gauche verte (Yesil Sol) est arrivé en tête, les voix de ce parti ont été enregistrés au profit de l’alliance pro-Erdogan (MHP, AKP…).
Toujours dans des régions kurdes, plusieurs militaires et policiers ont votés, sans rendre le document spécial (142 belgesi) qui leur permet de voter dans n’importe quel bureau de vote, sans en être inscrits.
Dans la ville kurde de Gaziantep, plus de 1000 personnes n’ont pas pu voter car le parti ultra-nationaliste turc, Vatan les avait déclarés assesseurs mais sans qu’ils aient le fameux document 142.
Élections législatives: la coalition au pouvoir garde la majorité (résultats provisoires)
L’Alliance du Peuple (coalition islamo-nationaliste réunie derrière Erdogan) : 323 sièges
L’Alliance de la Nation ou table des six: 211 sièges
Alliance du Travail et de la liberté (YSP + TIP): 66 sièges
Ferit Şenyaşar est entré au Parlement pour le Parti de la gauche verte
Ferit Şenyaşar, dont le père et le frère ont été tués par les proches du député AKP Urfa İbrahim Halil Yıldız lors de la campagne électorale de 2018, a été élu député du Parti de la gauche verte à Urfa.
2:10 YSK a ouvert 91,93% des urnes
Le président du Haut Conseil électoral (YSK), Ahmet Yener, a déclaré : « À 2 h 25 [heure locale], 91,93 % des urnes ont été ouvertes. M. Erdogan a 49,49 % des voix, M. Kılıçdaroğlu a 44,79 % et M. Ogan a 5,29 % des voix. »
20h05 Longues files d’attente à Diyarbakir pour livrer les urnes
Les fonctionnaires qui ont livré les urnes à compter devant le bâtiment du Haut Conseil électoral à Diyarbakir (Amed) ont dû attendre dans de longues files d’attente. Le décompte des voix n’est pas encore terminé à Amed.
Les responsables du Parti de la gauche verte appellent les membres du parti travaillant dans les centres électoraux à ne pas quitter leur place.
20:03 Kılıçdaroğlu bien en tête au Kurdistan
Le candidat présidentiel de l’Alliance de la Nation, Kemal Kılıçdaroğlu, est bien en tête au Kurdistan, selon les résultats des élections jusqu’à présent. Quelque 44,3 % des urnes ont été ouvertes.
Selon les données de l’ANKA, 44,30 % des urnes ont été ouvertes. Kılıçdaroğlu est en tête avec 72,07% à Amed, 68,07% à Batman, 72,77% à Sirnak, 69,39% à Mardin, 76% à Hakkari, 60,66% à Wan, 61,44% à Siirt, 79,86% à Dersim, 54,60% à Kars, 64,05% à Agir, 59,12 % à Idir, 67,74 % à Muş et 51,78 % à Bitlis.
19:39 CHP : Nous sommes en tête
Les maires CHP d’Istanbul et d’Ankara, Ekrem İmamoğlu et Mansur Yavaş, ont fait une déclaration à la presse et ont vivement critiqué l’agence de presse d’État Anadolu qui, selon eux, manipule les résultats des élections.
Dans un message sur Twitter, le chef du CHP et candidat à la présidentielle Kemal Kılıçdaroğlu a déclaré : « Nous sommes en avance. »
D’autre part, la coprésidente de la branche provinciale du CHP d’Istanbul, Canan Kaftancıoğlu, a déclaré que 40% des bulletins de vote avaient été comptés dans la ville jusqu’à présent. En conséquence, le chef du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu, devance l’actuel président Recep Tayyip Erdoğan avec 51,42 %.
17h33 Appel du Parti de la gauche verte: Protégez les urnes et les votes
Les co-porte-parole du Parti de la gauche verte ont appelé à « protéger les urnes, les bulletins, les procès-verbaux et les sacs de vote » pour garantir la « victoire historique ».
La co-porte-parole du Parti de la gauche verte, Çiğdem Kılıçgün Uçar, a déclaré : « Chères femmes et jeunes, pour la démocratisation de la République et la construction d’un pays pacifique et égalitaire, protégeons les urnes, les votes, les procès-verbaux signés et les urnes. Nous sommes à la veille d’une victoire historique. Nous allons sûrement gagner. Nous allons le changer ensemble. »
16h52, députée française, Danielle Simonnet: l’espoir est là, d’ouvrir enfin une nouvelle page historique pour la démocratie et la liberté en Turquie
La députée française Danielle Simonnet a résumé l’esprit électoral en Turquie avec les mots suivants ; « Très forte présence policière, tension palpable et immense espoir populaire. (…) Après avoir pu observer 2 bureaux de vote, nous avons été refoulé des suivants… »
Dans un message Twitter, la députée française, qui a observé les élections dans la province de Van, a déclaré : «En cette journée électorale historique pour l’avènement de la démocratie en Turquie, nous assumons notre rôle d’observateurs internationaux des bureaux de vote à l’invitation du HDP / YSP. »
« Après 20 ans d’#Erdogan, l’espoir est là, d’ouvrir enfin une nouvelle page historique pour la démocratie et la liberté en #Turquie, l’arrêt des discriminations et persécutions contre des kurdes, et pour l’émancipation des femmes. Jin, Jiyan, Azadî: les femmes, la vie, la liberté! »
« Des échanges passionnants et très émouvants. Entre celles et ceux qui ont subi la prison, ont perdu des proches face aux tirs de l’armée turque dans les montagnes, ce maire de Van sitôt élu, sitôt destitué, ces militantes pour l’émancipation des femmes .. Quel courage ! »
ROJAVA. Une combattante kurde tuée lors d’une attaque de drone turc à Kobanê
SYRIE / ROJAVA – La combattante des YPJ, Cûdî Egîd a été tuée dans une attaque de drone turc le 11 mai dans la municipalité de Çelebiyê, située entre Kobanê et le Girê Spî (Tall Abyad) occupé par les gangs de la Turquie.
La combattante des Unités de protection de la femme ou Unités de défense de la femme (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ), Tuğba Karakoç, alias Cûdî Egîd, est née en 1995 à Diyarbakir (ville kurde d’Amed) dans le nord du Kurdistan. Les YPJ ont rendu hommage à leur camarade qu’elles promettent de venger, ajoutant que : « Les lignes frontalières tracées par les gouvernants ont perdu leur sens avec la révolution du Rojava et l’unité des peuples a connu un nouvel élan avec la résistance de femmes courageuses contre la mentalité de génocide. »
KURDISTAN. Joyce Blau a sa bibliothèque à Hewler
KURDISTAN – L’Institut français du Proche-Orient à Erbil (Hewler) a ouvert une bibliothèque portant le nom de Joyce Blau, linguiste, spécialiste de la langue et de la littérature kurdes.
La bibliothèque portant le nom de Joyce Blau, pionnière des études kurdes en France et amie du peuple kurde, a été inaugurée en présence de Joyce Blau et d’Olivier Decottignies, Consul général de France à Erbil.
Née au Caire le 18 mars 1932, Joyce Blau a enseigné à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Joyce Blau est rédactrice en chef de la revue Études kurdes et apporte son aide précieuse à l’Institut kurde de Paris.
La maire de Paris s’est rendue au Kurdistan
Le 12 mai dernier, la maire de Paris, Anne Hidalgo et Alexandra Cordebard, maire du 10e arrondissement de Paris abritant une forte communauté kurde, se sont rendues au Kurdistan du Sud où elles ont rencontré entre autre Nagaham Hasan, doctoresse qui vient en aide aux réfugiés yézidis, et Choman Hardi, académicienne qui enseigne les études de genre et défend les droits des femmes.
Les deux élues parisiennes ont également assisté à l’inauguration à Erbil du musée-mémorial en hommage à Mustafa Barzani, fondateur du Parti Démocratique du Kurdistan.
Lors de son voyage au Kurdistan irakien, après une visite à Bagdad, la maire de Paris a réaffirmé « la gratitude et toute la reconnaissance de Paris au peuple kurde, à ses combattantes et combattants à qui nous devons notre liberté ».
TURQUIE. Irrégularités lors du vote au Kurdistan
TURQUIE / KURDISTAN – Des militaires postés dans les bureaux de vote, des policiers et militaires qui votent illégalement… dès l’ouverture des bureaux de vote, de nombreuses irrégularités ont été constaté dans de plusieurs régions kurdes.
Ce dimanche 14 mai, dès 8 heures du matin (heure turque) les électeurs ont commencé à voter pour l’élection du treizième président de la République et pour le renouveler le parlement. Dans les régions kurdes, les journalistes signalent de nombreuses irrégularités, comme à chaque élection.
A Şirnak/Cizre, on signale que le « document 142 », qui a été remis aux militaires et policiers pour voter dans n’importe quel bureau de vote, sans y être inscrit, devrait être rendu après le vote, tandis que dans de nombreuses écoles, le document a été tamponné et remis aux soldats et aux policiers qui l’ont gardé au motif de voter à nouveau au cas où il y aurait un second tour. Ce qui ne les empêche pas d’aller voter de nouveau dans d’autres bureaux de vote…
A Gaziantep, près de 1000 personnes nommées observateurs des urnes à leur insu
Il s’est avéré que les électeurs qui se sont rendus aux urnes pour les élections présidentielles et législatives ont été nommés membres des urnes à leur insu. Environ un millier d’électeurs de la ville à majorité kurde de Gaziantep (Dilok) ont appris que le parti Vatan (parti ultra-nationaliste turc) avait été nommé membre du comité des urnes à leur insu dans les écoles où ils étaient allés voter. Il a été déclaré que les personnes en question étaient des personnes âgées et analphabètes. Les personnes qui ont été nommées membres du comité des urnes n’ont pas pu voter car ils n’avaient pas le document 142.
Tensions policières dans les écoles
Les policiers, qui sont entrés dans les bureaux de vote de l’école primaire de Cizre Vatan, se sont disputés avec les observateurs du Parti de la gauche verte qui leur avaient dit d’attendre à l’extérieur. Avec l’intervention d’autres observateurs, les policiers sont sortis des bureaux de vote. Les responsables du Parti de la gauche verte, travaillant à l’école primaire et secondaire de Cizre Menderes, n’ont pas été acceptés à l’école par la police dans la matinée. Après les protestations, il sont pu regagner les bureaux de vote de l’école.
Toujours à l’école Cizre Mithatpaşa, les policiers, qui marchaient dans le couloir avec des fusils, ont répondu aux électeurs qui protestaient à leur présence armée : « Il n’y a pas de loi de ce genre, il y aura des policiers à chaque étage ».
En quelques heures, plus de 70 procès verbaux dressés pour irrégularités à İdil
On a appris que plus de 70 procès verbaux ont été dressés par les avocats dans les premières heures de la journée dans le district d’Idil (Hezex), à Sirnak, en raison des irrégularités impliquant notamment des policiers en arme dans des bureaux de vote.
Un soldat vote dans un bureau de vote où il n’est pas enregistré
Dans le village de Milga Şantiyê (İkizce) de Şirak, un soldat a voté avec le « document 142 » même si son nom ne figurait pas sur la liste. Le vote a été annulé avec l’intervention des responsables des bureaux de vote et des observateurs du Parti de la gauche verte.
Des bulletins de vote non tamponnés
Dans un village de Silopi, les bulletins de vote non tamponnés au dos, donc non valide, apportés à l’école ont été remplacé par des bulletins tamponnés après contestation des observateurs.
Irrégularités à Diyarbakir
On a signalé qu’un officier de police du lycée Anadolu du district de Peyas (Kayapınar) à Diyarbakir (Amed) n’avait pas remis le « document 142 » aux responsables après le vote. Un autre policier a également voté à l’école primaire Fuat Sezgin à Peyas, sans remettre le fameux document. (Irrégularités signalées par l’agence Mezopotamya)
Qu’est-ce que le document 142 ?
Le document 142 (belge 142) est remis aux personnes telles que les superviseur de bureaux de vote, agents chargés de l’application des lois, les agents des transports affectés le jour de l’élection pour pouvoir voter, même si leurs noms ne figurent pas sur la liste électorale. Mais le document 142 doit être remis à la commission des urnes après le vote. Sinon, la personne détenant ce document peut voter dans d’autres bureaux de vote autant de fois qu’elle veut.
Élections en Turquie: Kılıçdaroğlu conserve une avance étroite sur Erdoğan dans les derniers sondages
TURQUIE / BAKUR – Une compilation de 11 sondages récemment menés suggère une mince avance pour Kemal Kılıçdaroğlu de l’Alliance de la Nation avec 48,2% des voix, tandis que le président sortant, Recep Tayyip Erdoğan, le suit de près avec 47,6%.
A un jour des élections présidentielles et parlementaires turques du 14 mai, une compilation de 11 sondages récents montre une avance étroite pour Kemal Kılıçdaroğlu, le candidat de l’Alliance nationale, avec 48,2 % des voix, tandis que le président sortant, Recep Tayyip Erdoğan, est juste derrière avec 47,6%. Sinan Oğan reste loin derrière avec seulement 3,25% des voix. (…)
Une victoire de Kılıçdaroğlu serait un résultat historique car le président Erdoğan, et favori de l’Alliance populaire, n’a pas perdu une seule élection depuis qu’il est devenu maire d’Istanbul en 1994.
Cependant, au milieu de difficultés économiques, d’un tremblement de terre catastrophique et d’une opposition unie, l’homme au pouvoir depuis plus de 20 ans semble à la traîne dans les sondages et une victoire écrasante au premier tour, comme lors des élections présidentielles de 2018, semble peu probable. Erdoğan, à l’époque, l’avait emporté avec 52,59% par rapport au candidat du Parti républicain du peuple (CHP), Muharrem İnce, qui n’avait réussi qu’à obtenir 30,6%. (…)
Pourquoi la présidence est-elle si importante ?
Le président joue un rôle important dans la politique turque, car après un référendum très disputé en 2017, le poste a été doté de pouvoirs étendus, les décrets présidentiels permettant essentiellement un pouvoir direct.
Selon les données du CHP, depuis la mise en place du nouveau système, le président a rédigé et approuvé 2 229 articles de législation entre 2018 et 2020, tandis que le parlement n’a pu discuter que de 1 429 articles.
Dans le cas où l’opposition remporterait les élections de 2023, il y a des intentions de réviser le système présidentiel exécutif actuel et de revenir à un système parlementaire.
Les efforts précédents de Kılıçdaroğlu
Contrairement à Erdoğan, Kılıçdaroğlu, 74 ans, a soit perdu la plupart de ses élections, soit échoué à faire des progrès substantiels pour son parti, jusqu’à récemment.
Il s’est présenté comme candidat du CHP à la mairie d’Istanbul aux élections locales de 2009, mais a été battu par le candidat sortant du Parti de la justice et du développement (AKP).
Lors des élections du 12 juin 2011, le plus ancien parti de Turquie, dirigé par Kılıçdaroğlu, a obtenu 26% des voix, ce qui n’était pas une amélioration par rapport aux 26% que les sondages avaient prédit que le parti recevrait sous la direction de l’ancien chef du CHP Deniz Baykal. Aux élections législatives de 2015, la popularité du CHP a légèrement diminué, avec une baisse de 1,03 % par rapport aux élections précédentes.
Après la course malheureuse d’İnce en 2018 à la présidence, le CHP a remporté des victoires importantes aux élections municipales de 2019, sécurisant à la fois Istanbul et Ankara de l’AKP. Cela a marqué les premières victoires majeures du CHP, mettant fin à la série de victoires de près de 25 ans des partis les plus islamistes dans ces villes.
Une contribution cruciale à ces succès a été la création et la restauration de l’Alliance nationale, initialement formée pour se présenter contre le référendum constitutionnel de 2017. Cette alliance s’est élargie au fil du temps et comprend désormais d’anciens poids lourds de l’AKP, l’ancien tsar de l’économie Ali Babacan et l’ancien président Ahmed Davutoğlu.
Approbation kurde
Un coup de pouce supplémentaire aux chances de Kılıçdaroğlu est l’approbation des partis et des politiciens kurdes. Avec environ 64 millions d’électeurs éligibles, les 15 à 20 millions d’électeurs kurdes vont jouer un rôle crucial dans la détermination du résultat.
(…)
Dans les quatre plus grandes provinces kurdes, Kılıçdaroğlu serait en tête avec une marge considérable de 64 %, tandis qu’Erdoğan traîne derrière avec seulement 36 %, indique Rawest Research.
Deuxième tour
Une victoire pour Kılıçdaroğlu à la date précise du 14 mai serait non seulement monumentale mais aussi quelque peu ironique. Initialement prévues le 18 juin 2023, les élections ont été reportées à cette date historique.
Le 14 mai 1950 marqua les premières élections multipartites en Turquie, Adnan Menderes devenant le premier Premier ministre du pays élu selon ce système. Son Parti démocrate de centre-droit a remporté un triomphe retentissant contre le CHP, mettant fin à son régime de parti unique depuis la fondation de la république en 1923, il y a 100 ans.
Erdoğan, qui avait été démis de ses fonctions et brièvement emprisonné en tant que maire d’Istanbul dans les années 1990, établit fréquemment des comparaisons entre lui et Menderes, qui a ensuite été renversé par un coup d’État et exécuté.
Aujourd’hui, en ce jour important pour la démocratie turque, le chef du CHP pourrait détrôner le président en exercice, que les critiques ont fréquemment attribué à l’érosion de la démocratie turque avec son « régime à un seul homme ».
Cependant, alors que Kılıçdaroğlu pourrait mener dans les sondages, la question demeure de savoir si cela suffira à garantir le seuil de 50 %, car si aucun candidat ne parvient à obtenir le nombre requis, un second tour aura lieu le 28 mai. (Bianet)
Élections en Turquie: Erdogan fait bloquer plusieurs détracteurs sur Twitter
A quelques heures des élections en Turquie, le gouvernement turc a fait bloquer les comptes de plusieurs de ses détracteurs sur Twitter. Parmi les comptes restreints par Twitter figurent ceux de l’homme d’affaires kurde Muhammed Yakut et du journaliste d’investigation Cevheri Güven qui annonce qu’Erdogan a menacé Twitter d’interdiction en Turquie s’il ne bloque pas l’accès à ces comptes gênants pour Erdogan.
Le samedi à 6 heures du matin, heure turque, l’unité Global Government Affairs de Twitter. a annoncé qu’« En réponse à la procédure judiciaire et pour garantir que Twitter reste accessible au peuple turc, nous avons pris des mesures pour restreindre l’accès à certains contenus en Turquie aujourd’hui. (…) Nous avons informé les titulaires de compte de cette action conformément à notre politique. Ce contenu restera disponible dans le reste du monde ».
Parmi les comptes restreints par Twitter figurent ceux de l’homme d’affaires kurde Muhammed Yakut et du journaliste d’investigation Cevheri Güven. Le moment choisi pour ces restrictions, qui surviennent seulement un jour avant une élection critique dans laquelle le président Erdoğan n’est pas donné favori face à son rival Kiliçdaroglu, a fait craindre que cette décision soit politiquement motivée, étouffe potentiellement les voix dissidentes et ait un impact sur le résultat des élections.
Il y a 3 jours, ARTICLE 19 et Human Rights Watch déclaraient que les électeurs de Turquie se rendront aux urnes « sur fond d’inquiétude quant au contrôle considérable exercé par le gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan sur les plateformes numériques », ajoutant que « ce contrôle risque d’infirmer le résultat des élections ».
Élections en Turquie. « L’ambiance est menaçante »
TURQUIE / KURDISTAN – Une délégation d’observation électorale de Vienne s’est entretenue avec de jeunes Kurdes à Van sur la situation à la veille des élections présidentielles et législatives du 14 mai. « Il y aura forcément des provocations, l’ambiance est menaçante. Le régime ne partira pas sans avoir d’abord causé le plus de dégâts possibles », déclarent des jeunes femmes interrogées par la délégation autrichienne.
Un nouveau parlement et un nouveau président seront élus en Turquie dimanche, et il y a aussi un grand intérêt à l’étranger. Outre les membres d’observation électorale de l’OSCE, de nombreuses personnes sont en Turquie à l’invitation des partis d’opposition HDP (Parti démocratique des peuples) et YSP (Parti de la gauche verte) pour suivre le scrutin. Dans les provinces kurdes, environ 150 personnes, dont des avocats, professionnels des médias, députés et représentants d’organisations de la société civile et de partis politiques venues d’Europe, observeront les élections.
Une délégation d’observation électorale de Vienne est à Van et a interrogé des jeunes femmes sur leur évaluation de la situation actuelle. Les personnes interrogées souhaitent rester anonymes en raison de la répression actuelles ciblant les milieux kurdes. Des centaines de Kurdes et membres de l’opposition ont été arrêtés en Turquie ces dernières semaines, et plus de 60 personnes sont accusées de « terrorisme ».
Comment évaluez-vous les élections dans le contexte de la situation actuelle dans le pays ?
Plus nous approchons des élections, plus les attaques sont fortes. On voit aussi la peur de la défaite de ce régime dans la récente vague d’arrestations d’avocats, de journalistes et d’artistes. La colère dans la société est immense, les gens n’arrivent plus à joindre les deux bouts économiquement. Le régime tente de canaliser cette colère dans des explosions religieuses ou nationalistes, créant le chaos dans le pays. Sachant que ce sont ses derniers jours, il cherche désespérément à rester au pouvoir grâce à la polarisation de la société et les conflits.
Comment pensez-vous que les élections vont se dérouler ?
Même si ce n’est pas dit directement, ceux qui sont au pouvoir montrent qu’ils sont prêts pour un coup d’État. La période qui suivra les élections sera conflictuelle et dangereuse. Le candidat à la présidentielle Kemal Kılıçdaroğlu (CHP), que nous soutenons pour des raisons stratégiques, met en garde ses partisans contre les célébrations publiques en cas de victoire. Il y aura forcément des provocations, l’ambiance est menaçante. Le régime ne partira pas sans avoir d’abord causé le plus de dégâts possibles.
La situation est très complexe, nous ne pouvons donc pas prédire exactement ce qui va se passer. Par exemple, il y a le HUDA-PAR [le Hezbollah turc sunnite] archi-conservateur, qui veut introduire des mesures islamistes telles que l’éducation séparée des sexes. Et ils sont également soutenus par certaines sections religieuses de la population de l’est de la Turquie.
Comment pensez-vous que les jeunes, en particulier les jeunes femmes, réagiront à une période post-électorale aussi chaotique ?
Avant tout, nous attendons de la jeunesse qu’elle défende à chaque instant l’autodéfense de la société. Nous ne devons pas tomber dans le désespoir et la peur. C’est exactement ce que le régime essaie de réaliser avec le chaos : que la population cède à la peur et au désespoir. À l’heure actuelle, nous ne pouvons pas prévoir ce qui va se passer et cette incertitude est également un signal à la société que chacun doit être vigilant. Nous essayons d’être préparés à une grande variété de développements et de tracer des voies de sortie de divers scénarios, c’est ce que j’entends par autodéfense sociale. Pour le moment, nous suivons tout ce qui se passe, l’analysons et essayons d’estimer ce qui se passera en conséquence. (…) Nous ne pouvons [malheureusement] pas répondre de manière adéquate à cette situation complexe.
ANF
Erdogan peut-il être poursuivi en France pour les crimes que son armée a commis au Kurdistan?
PARIS – Dans son verdict du 11 mai 2023, la Cour de cassation a reconnu la « compétence universelle » de la justice française pour poursuivre les auteurs étrangers de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis hors de France sur des ressortissants étrangers. Dans ce cas, le président turc Erdogan ne peut-il pas être poursuivi en France pour les crimes que les forces armées turques (et des groupes de mercenaires sous commandement turc) ont commis dans les régions kurdes de Syrie, d’Irak et de Turquie, si on se base sur ce verdict?
Dans son communiqué concernant ce verdict historique, la Cour de cassation confirme la « compétence universelle » de la justice française suite aux pourvois déposés par deux Syriens : Abdulhamid Chaban, ancien soldat arrêté en France et mis en examen pour complicité de crimes contre l’humanité en février 2019, et Majdi Nema, ancien porte-parole du groupe rebelle syrien Jaysh al-Islam (Armée de l’Islam), poursuivi pour torture et crimes de guerre.
Dans les deux affaires examinées, la Cour de cassation a estimé que « les conditions requises sont réunies pour que la justice française puisse mettre en examen les ressortissants syriens mis en cause pour des actes commis en Syrie à l’égard de membres de la population syrienne. »
En conséquent, leurs pourvois ont été rejetés.
Le communiqué complet de la Cour de cassation peut être lu ici: Compétence universelle de la justice française à l’égard de crimes commis en Syrie
TURQUIE. Le ministre de l’Intérieur admet que la destitution des maires kurdes fut ordonnée par Erdogan
TURQUIE / KURDISTAN – Lors d’un meeting électoral à Istanbul, le ministre turc de l’Intérieur a reconnu avoir limogé les maires kurdes en 2019 sur ordre du président Erdoğan.
S’exprimant sur le processus de nomination des administrateurs (kayyum) aux municipalités kurdes dirigées par le HDP, le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu a déclaré : « Je suis devenu ministre de l’Intérieur. Notre président m’a appelé. Il a dit : « Süleyman, je suis mal à l’aise avec ces municipalités du HDP/PKK dans le sud-est et l’est de la Turquie. Tu les destitueras immédiatement ». J’attendais avec impatience cette instruction de toute façon. Deux jours se sont écoulés et on les ai tous destitués dans une opération de police à grande échelle à 8 heures du matin. »
Que s’est-il passé?
Aux élections locales du 31 mars 2019, le HDP a remporté un total de 65 municipalités, malgré toutes les politiques de répression du gouvernement. Cependant, juste après l’élection, les mandats de 6 co-maires et de 56 conseillers municipaux ont été annulés au motif qu’ils avaient été révoqués par décret. Avec cette décision, le haut conseil électoral turc (YSK) a donné les mandats aux candidats AKP sortis deuxième des urnes. Par la suite, des administrateurs ont été nommés pour remplacer les co-maires des municipalité métropolitaine de Diyarbakır, Mardin et Van, qui ont été démis de leurs fonctions par décision du ministère de l’Intérieur le 19 août 2019.
Au cours des trois années écoulées depuis 2016, des administrateurs ont été nommés à la tête de 48 des 65 municipalités remportées par le HDP sur décision du ministère de l’Intérieur. Les mandats de 6 maires ont été révoqués juste après les élections, sur la base du décret-loi. Ainsi, le HDP n’a plus que 6 mairies sur 65 qu’il avait gagnées lors des élections de 2019. Depuis le 31 mars 2019, 84 co-maires du HDP ont été détenus. 39 co-maires, dont 21 femmes, ont été emprisonnés.