Alors que près de 300 prisonniers ont été libérés mi-mars, la plupart étaient déjà détenus avant les offensives du 6 janvier. Le sort de plusieurs milliers de civils kurdes enlevés pendant l’offensive – dont de nombreuses femmes – demeure inconnu. Des sources locales font état de disparitions forcées massives, d’enlèvements sur les routes de fuite, d’extorsions via rançons, et même d’exécutions sommaires.
Des témoignages alarmants évoquent une fosse commune contenant plus de 270 corps dans la région de Naqqarin (est d’Alep), sans qu’aucune enquête indépendante n’ait pu être menée à ce jour.
Nesrîn Silêman souligne l’ampleur du drame : « Nous ignorons où ils sont. Nous ne savons pas s’ils sont encore en vie ou s’ils ont été tués. » Les négociations d’échange s’avèrent lentes, sélectives et inefficaces pour les milliers de disparus non enregistrés.
SYRIE. Pourquoi les femmes kurdes capturées par Damas ne sont pas libérées ?
Alors que près de 300 prisonniers ont été libérés mi-mars, la plupart étaient déjà détenus avant les offensives du 6 janvier. Le sort de plusieurs milliers de civils kurdes enlevés pendant l’offensive – dont de nombreuses femmes – demeure inconnu. Des sources locales font état de disparitions forcées massives, d’enlèvements sur les routes de fuite, d’extorsions via rançons, et même d’exécutions sommaires.
Des témoignages alarmants évoquent une fosse commune contenant plus de 270 corps dans la région de Naqqarin (est d’Alep), sans qu’aucune enquête indépendante n’ait pu être menée à ce jour.
Nesrîn Silêman souligne l’ampleur du drame : « Nous ignorons où ils sont. Nous ne savons pas s’ils sont encore en vie ou s’ils ont été tués. » Les négociations d’échange s’avèrent lentes, sélectives et inefficaces pour les milliers de disparus non enregistrés.
En un mois, le Kurdistan irakien ciblé par 474 attaques qui ont fait 14 morts et 93 blessés
IRAK / KURDISTAN – Depuis le début des frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février 2026, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et ses groupes affiliés en Irak ont lancé au moins 474 attaques contre la région du Kurdistan irakien. Ces attaques ont visé le consulat et les bases militaires américaines, les quartiers généraux des partis d’opposition kurdes iraniens, les bases des Peshmergas du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK), des champs pétroliers, des tours de télécommunications, des habitations résidentielles, des espaces publics ainsi que plusieurs institutions civiles et non gouvernementales.
Les Équipes de Pacification Communautaire – Kurdistan Irakien (CPT-IK) ont documenté, vérifié et analysé ces incidents ainsi que leurs répercussions sur les populations civiles.
Nombre et répartition des attaques
Au 27 mars 2026, 474 attaques avaient été recensées dans la région du Kurdistan irakien :
179 menées directement par le CGRI ;
295 attribuées à des groupes armés affiliés à l’Iran opérant depuis le territoire irakien.
Répartition par gouvernorat :
Erbil : 370 attaques (78,06 %)
Souleimaniye : 90 attaques (18,99 %)
Duhok : 11 attaques (2,32 %)
Halabja : 3 attaques (0,63 %)
Bien que le CGRI et ses alliés affirment cibler exclusivement des sites militaires américains ou des groupes armés, les données du CPT-IK montrent que de nombreuses attaques ont touché des zones résidentielles civiles, des institutions officielles du Gouvernement régional du Kurdistan et des bases des Peshmergas, sans lien direct avec le conflit américano-israélien contre l’Iran.
Répartition des cibles
Sites consulaires et militaires américains : 181 attaques (38,19 %)
Quartiers généraux des partis d’opposition kurdes iraniens : 121 attaques (25,53 %)
Zones civiles, institutions civiles du GRK et bases des Peshmergas : 172 attaques (36,29 %)
Les attaques dans les gouvernorats d’Erbil et de Duhok ont été majoritairement menées par des milices pro-iraniennes basées en Irak, tandis que celles visant Souleimaniye ont été largement attribuées au CGRI directement.
Types d’attaques
Sur les 474 attaques :
359 impliquaient des drones suicides (75,74 %)
104 des missiles balistiques ou de croisière (21,94 %)
10 des tirs d’artillerie (2,11 %)
1 tir d’arme à feu (0,21 %)
Sur l’ensemble des attaques par drones et missiles, 228 ont été interceptées par les systèmes de défense aérienne ou se sont écrasées avant d’atteindre leur cible (taux d’échec d’environ 60,76 %).
Bilan humain et matériel
Jusqu’au 27 mars 2026, ces attaques ont causé 14 morts et 90 blessés, soit un total de 104 victimes.
Le 28 mars, environ 37 attaques supplémentaires ont été signalées, faisant au moins 3 blessés de plus. Le CPT-IK poursuit la vérification de ces incidents.
Bilan global du 28 février au 29 mars 2026 :
14 morts et 93 blessés (dont 19 civils blessés).
Au-delà des victimes humaines, les attaques ont endommagé ou détruit au moins :
46 habitations civiles
32 véhicules civils
La menace persistante a également entraîné la suspension des cours dans de nombreuses écoles, instituts et universités de la région.
Observations
Le CPT-IK exprime sa profonde inquiétude face à l’extension du conflit vers des zones purement civiles. Le ciblage répété de quartiers résidentiels, de la résidence du Président de la région du Kurdistan, d’institutions officielles du GRK et d’entreprises privées démontre un risque croissant d’escalade et d’impact humanitaire sur les populations kurdes irakiennes, qui ne sont pas partie prenante à ce conflit.
Recommandations
Le CPT-IK condamne fermement toutes les attaques visant des civils et des infrastructures non militaires, quelle que soit l’origine ;
Exige la cessation immédiate des frappes contre le territoire irakien et la région du Kurdistan ;
Appelle à la protection prioritaire des vies civiles et à l’indemnisation rapide et équitable des victimes ;
Demande au gouvernement fédéral irakien d’assumer pleinement ses responsabilités : intensifier les efforts diplomatiques pour protéger l’intégrité du territoire irakien, désarmer ou contrôler les groupes armés opérant illégalement depuis le sol irakien, et poursuivre en justice les responsables de ces attaques.
La stabilité et la sécurité des populations civiles du Kurdistan irakien doivent être préservées. Toute escalade supplémentaire ne fera qu’aggraver la souffrance humaine dans une région déjà profondément marquée par des décennies de conflits.
KURDISTAN. Les Kurdes commémorent le père de la République de Mahabad
Président de la République kurde de Mahabad, Qazi Muhammad fut pendu avec son frère Sadr Qazi et son cousin Saif Qazi sur la place Chwar Chira (Chahar Cheragh) à Mahabad — le même lieu symbolique où, un an plus tôt, le drapeau kurde avait flotté pour la première fois au-dessus d’un État kurde autonome.
Avocat et juge respecté, Qazi Muhammad est le fondateur du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI). En janvier 1946, il proclama la République de Mahabad, un État kurde éphémère dans le Rojhilat (Kurdistan de l’Est), avec pour capitale Mahabad et un territoire comprenant les villes voisines de Piranshahr et Naqadeh. Cette expérience d’autonomie dura moins d’un an : du 22 janvier au 15 décembre 1946.
Après le retrait des troupes soviétiques d’Iran, l’armée iranienne écrasa la jeune république. Qazi Muhammad, qui avait choisi de rester auprès de son peuple plutôt que de fuir, fut condamné à mort pour « trahison » lors d’un procès expéditif.
Son exécution n’a pas tué le rêve kurde. Au contraire, elle en a fait un puissant symbole de résistance. Aujourd’hui encore, le 31 mars est commémoré à Rojhilat comme le Jour des Martyrs.
Tragédie familiale
En septembre 1990, l’une de ses filles, Efat Ghazi, fut assassinée à Västerås, en Suède, par une lettre piégée destinée à son mari, l’activiste kurde Amir Ghazi. Un autre crime du régime sanguinaire iranien commis sur le sol européen qui est resté impuni.
L’Europe reçoit un jihadiste aux mains tachées de sang
Les Chrétiens ne sont pas épargnés : églises attaquées, communautés harcelées, et violences récentes comme celles à Al-Suqaylabiyah près de Hama, où des groupes venus de localités voisines ont saccagé des biens chrétiens après des incidents mineurs. Des témoignages font état de grenades lancées dans des maisons d’Alaouites, de femmes enlevées et de minorités poussées à l’exil ou à la soumission.
Les Kurdes sont morts pour rien ?
Rappel amer : les Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement kurdes, ont été le principal allié occidental sur le terrain contre l’État islamique (Daech / ISIS). Ils ont libéré des territoires entiers au prix de milliers de morts. Aujourd’hui, le régime HTS de Jolani, né des cendres de Jabhat al-Nusra (branche syrienne d’al-Qaïda), consolide un pouvoir qui marginalise précisément ceux qui ont combattu le califat noir. Pire, des observateurs notent une résurgence des cellules djihadistes et une instabilité qui profite aux restes de Daech, comme si le chaos post-Assad permettait à l’hydre islamiste de se reformer sous d’autres formes.
Jolani lui-même a un passé lourd : il a combattu en Irak avec des groupes liés à al-Qaïda en Irak (précurseur de Daech), fondé Jabhat al-Nusra avec le soutien initial d’Abu Bakr al-Baghdadi, avant une rupture stratégique. HTS a beau se présenter aujourd’hui comme « pragmatique » et chercher la reconnaissance internationale, ses racines jihadistes et les exactions commises sous son égide restent indéniables.
À Berlin, accueil chaleureux… et drapeaux de DAECH / ISIS
Pendant que Jolani discute « reconstruction » et retour des réfugiés avec Berlin, des Syriens en Allemagne l’accueillent. Des images montrent des rassemblements avec des drapeaux à l’effigie d’Abdul Baset al-Sarout, combattant et sympathisant de DAECH mort en 2019. Sarout avait appelé à l’unité contre les « chrétiens » ou exprimant des sympathies envers des groupes extrémistes. Voir son effigie brandie aux côtés du chef de HTS en Europe interroge profondément sur le message envoyé aux minorités syriennes persécutées.

Pourquoi l’Europe soutient-elle ce jihadiste repackagé ? Les arguments officiels tournent autour de la « stabilisation », de la lutte contre un retour de Daech, de la gestion des réfugiés (l’Allemagne en accueille des centaines de milliers) et des opportunités économiques (reconstruction). La France l’a déjà reçu en 2025, des discussions ont lieu avec l’UE. On invoque la « realpolitik » : mieux vaut un Jolani « modéré » qu’un chaos total ou un retour d’Assad/Iran/Russie.
Mais cette realpolitik a un prix : elle banalise les massacres de minorités, ignore les cris d’alarme des Alaouites, Druzes, Kurdes et Chrétiens, et risque de légitimer un régime qui impose une vision islamiste sunnite dominante. Les Kurdes, qui ont vaincu Daech au sol avec le soutien de la coalition internationale, sont aujourd’hui abandonnés. Leurs sacrifices semblent vains face à un nouveau pouvoir qui reproduit des logiques sectaires.
Photos qui rappellent la barbarie
A Deir ez-Zor, on voit des sympathisants de Daech défiler dans les rues avec leurs drapeaux noirs qui restent un symbole de l’horreur que les Kurdes et d’autres ont combattue. La ville a été un bastion du califat, assiégée et dévastée.

A Hama et environs, des membres de DAECH et d’Al-Amshad posent avec le drapeau de Daech après avoir mener des attaques contre des populations chrétiennes, des violences sectaires qui nous rappelle que la menace islamiste n’a pas disparu ; elle mute.

L’Europe ne peut pas prétendre défendre les droits de l’homme, la laïcité et la protection des minorités tout en offrant une tribune internationale à un dirigeant dont les forces et les alliés sont accusés de massacres systématiques. Accueillir Jolani à Berlin alors que des civils kurdes, druzes, alaouites et chrétiens continuent de tomber en Syrie est non seulement une faute morale, mais un signal dangereux pour tous les défenseurs de la liberté et de la diversité au Moyen-Orient. Il est temps que l’Europe conditionne tout soutien ou reconnaissance à des garanties concrètes : arrêt immédiat des violences sectaires, protection réelle des minorités, justice pour les victimes et un processus politique inclusif. Sinon, elle risque de devenir complice d’une nouvelle tragédie syrienne, après avoir déjà fermé les yeux sur tant d’autres.
Les Kurdes ne sont pas morts pour que l’Europe offre des tapis rouges à leurs bourreaux potentiels. Les minorités syriennes méritent mieux qu’un silence assourdissant face au sang versé.
Non à la normalisation ! Les femmes kurdes dénoncent la présence d’al-Sharaa en Europe
EUROPE – Dans un communiqué écrit, le Mouvement des femmes kurdes en Europe (Tevgera Jinên Kurd a li Ewropayê – TJK-E) dénonce la venue d’Ahmed al-Sharaa (al-Jolani) en Allemagne alors que le régime de Damas s’attaque aux femmes ainsi qu’aux minorités ethniques et religieuses de la Syrie, comme on l’a vu lors des massacres des Alaouites, des Druzes et des Kurdes.
Le communiqué de TJK-E souligne que les attaques du 6 janvier 2026 contre les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Achrafiyah à Alep constituaient une tentative de nettoyage ethnique visant à briser la volonté du peuple kurde et à détruire les acquis du Rojava. Ces agressions n’ont cessé que sous la pression des manifestations massives organisées dans les quatre parties du Kurdistan, en Europe et dans le monde. Pourtant, la menace persiste et la situation reste extrêmement fragile.
Le communiqué rappelle par ailleurs que le gouvernement intérimaire d’al-Sharaa prétend incarner la « démocratie », mais la réalité contredit radicalement ce discours. Les droits des femmes y sont systématiquement bafoués : elles ne sont pas reconnues comme égales, leur liberté d’association est entravée et leur participation politique limitée. Cette nature patriarcale et oppressive reste inchangée.
L’héritage des femmes kurdes, qui ont combattu en première ligne contre Daech en 2014 et sont devenues un symbole mondial de résistance, est aujourd’hui menacé. L’absence de garantie constitutionnelle pour les forces d’autodéfense féminines (YPJ) et les structures organisées des femmes révèle un choix politique délibéré et inacceptable, assène le communiqué qui ajoute que le modèle mis en place au Rojava n’est pas réservé aux Kurdes : il offre un exemple concret de vie égalitaire, libre et collective ouvert à toutes les communautés – Arabes, Druzes, Turkmènes, Arméniens et autres.
De plus, le communiqué affirme que, fermer les yeux sur les attaques contre les Alaouites et les Arméniens, ainsi que sur le sort des centaines de personnes enlevées le 6 janvier et des journalistes Eva Maria Michelmann et Ahmed Polat (disparus depuis le 18 janvier), équivaut à une complicité directe.
Points importants soulignés par le communiqué du TJK-E
Un gouvernement qui se revendique démocratique ne peut prétendre à la légitimité sans reconnaître l’égalité des femmes et garantir constitutionnellement leurs droits et leurs structures d’autodéfense. Sans cela, le discours sur la « démocratie » n’est qu’une propagande vide.
Normaliser la visite d’al-Sharaa au nom d’intérêts économiques reviendrait à légitimer internationalement une structure antidémocratique et patriarcale. L’Allemagne et le Royaume-Uni ne peuvent renier leurs valeurs sans aggraver la répression dans la région.
Aujourd’hui, le choix est clair : défendre la vérité, la justice et l’égalité, ou se rendre complice, même indirectement, de politiques d’oppression et de négationnisme.
L’égalité des femmes et la garantie constitutionnelle de leurs forces d’autodéfense et de leurs organisations ne sont pas négociables. Elles constituent la pierre de touche de toute démocratie réelle.
Le silence n’est pas une option. Le silence vaut consentement.
Massacre ethnique : Une fosse commune découverte près d’Alep
SYRIE / ROJAVA – Lors de l’assaut de janvier 2026, les quartiers kurdes d’Achrafieh et de Cheikh Maqsoud à Alep ont été la cible d’attaques violentes et coordonnées menées par des groupes armés affilés à Damas et des gangs pro-Turquie. Bombardements, assauts terrestres, exécutions sommaires et enlèvements : quelques milliers de civils kurdes ont été tués ou portés disparus lors de cette campagne de nettoyage ethnique.
Les forces kurdes locales (Asayish et unités d’autodéfense) ont opposé une résistance acharnée, mais les milices, dont des anciens gangs de DAECH / ISIS, appuyées par des drones turcs, ont fini par prendre le contrôle des quartiers après plusieurs jours de combats intenses. Des hôpitaux ont été touchés, des familles entières décimées, et des milliers de civils ont été contraints de fuir.
Une découverte macabre vient aggraver l’horreur : une fosse commune contenant les corps de plus de 270 personnes a été mise au jour à Naqqarin, sur l’autoroute M4 dans l’est d’Alep. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit de Kurdes exécutés par ces groupes turco-djihadistes. Cette macabre trouvaille s’ajoute aux massacres déjà perpétrés contre les Alaouites et les Druzes dans d’autres régions du pays.

Ce nouveau chapitre sanglant révèle un schéma clair : après avoir visé d’autres minorités, les forces du nouveau pouvoir de Damas s’en prennent désormais systématiquement aux Kurdes en raison de leur identité ethnique et de leur refus de se soumettre. Exécutions, tortures, enlèvements et déplacements forcés constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Pourtant, sur la scène internationale, le silence domine. Pire : pendant que ces atrocités se déroulent, Ahmed al-Sharaa (anciennement connu sous le nom d’Abou Mohammad al-Jolani), chef du gouvernement de transition, est accueilli en Europe. Il se trouve actuellement à Berlin pour des entretiens officiels avec les autorités allemandes.
Cette légitimation politique contraste violemment avec la réalité sur le terrain, où les minorités syriennes continuent de payer un lourd tribut. Les Kurdes d’Alep, comme d’autres communautés avant eux, semblent sacrifiés sur l’autel des équilibres géopolitiques et des intérêts turcs.
Ces crimes ne peuvent rester impunis. La communauté internationale doit cesser de fermer les yeux et exiger des enquêtes indépendantes sur les massacres ayant ciblé les minorités ethniques et religieuses en Syrie.
Erdogan à l’assaut de Washington : le lobbying turc en pleine expansion
La Turquie a considérablement renforcé son appareil de lobbying et d’influence aux États-Unis. Selon un rapport du Service de recherche du Congrès (CRS) du 9 mars 2026, Ankara figure parmi les pays les plus actifs à Washington, avec 105 enregistrements d’agents étrangers entre 2001 et 2021. Les activités déclarées sous la loi FARA* combinent lobbying direct (28,4 %) et relations publiques (près de 60 %).
Ces efforts vont bien au-delà du lobbying classique. Ils incluent des contrats avec des cabinets influents comme LB International Solutions (1,02 million de dollars pour des relations gouvernementales), Saltzman & Evinch (1,54 million de dollars pour du conseil juridique et politique) et Skyline Capitol (600 000 dollars pour étendre l’influence au niveau des États et des collectivités locales).
La Fondation Turken, liée à la famille Erdogan et dirigée en partie par Bilal Erdoğan, a reçu 2 millions de dollars de Turquie (via TURGEV et la fondation Ensar) au second semestre 2025. Ces fonds ont servi à financer des résidences étudiantes, des campagnes de communication sur les réseaux sociaux et des activités de sensibilisation auprès des universités et des associations américaines.
Le parti au pouvoir, l’AKP, a également transféré plus de 875 000 dollars vers sa représentation aux États-Unis pour organiser des événements politiques et culturels.
Parallèlement, la militante américaine Laura Loomer a affirmé le 25 mars 2026 que la CIA disposait de preuves selon lesquelles la Turquie finançait des podcasteurs pour saper la politique américaine au Moyen-Orient. Ankara aurait immédiatement demandé à X (Twitter) de supprimer ce message.

Ces documents FARA ne révèlent que la partie visible d’un réseau beaucoup plus large, mêlant soft power, financement d’ONG islamistes, relations publiques et influence politique à tous les niveaux du système américain.
*Le Foreign Agents Registration Act (dit FARA) est une loi des États-Unis adoptée en 1938. Elle exige que les agents représentant les intérêts de puissances étrangères à titre « politique ou quasi politique » divulguent leurs relations avec le gouvernement étranger et des informations sur les activités et les finances connexes.(Wikipedia)
Plus de détails concernant le lobbying turc aux Etats-Unis, lire l’article (en anglais) du journaliste turc Abdullah Bozkurt sur le site Nordic Monitor : Turkey ramps up covert and overt influence operations in WashingtonDécolonisation du Kurdistan : solution au chaos du Moyen-Orient ?
Décolonisation du Kurdistan, solution au chaos du Moyen-Orient ?
Dans le contexte de la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran déclenchée le 28 février 2026 par l’opération « Epic Fury », cette question prend une urgence nouvelle. Dès le 22 février 2026, les principaux partis kurdes d’Iran (PDKI, PAK, PJAK, 2 partis issus du KOMALA et KHABAT) ont formé la Coalition des Forces Politiques du Kurdistan Iranien Kurdistan, appelant ouvertement au renversement du régime des mollahs et à l’autodétermination kurde. Les adversaires de l’Iran aimeraient que les groupes armés kurdes jouent dans leur camps face à l’Iran. Mais ces derniers ne veulent pas être des mercenaires qu’on jette aux oubliettes une fois notre but atteint. Ils veulent des garanties de la communauté internationale qui protégeront leurs droits en tant que peuple libre.
Les Kurdes ont déjà démontré à plusieurs reprises leur rôle stabilisateur : en première ligne contre Daech en Irak et en Syrie, protégeant les minorités religieuses et ethniques tout en empêchant la résurgence du djihadisme. Face à l’Iran, ils pourraient fournir du renseignement précieux, étirer les forces de l’IRGC et contrôler des zones stratégiques. Un Kurdistan indépendant ou fortement autonome – laïque, pluraliste et naturellement pro-occidental – constituerait un rempart durable contre l’expansion iranienne, le terrorisme et l’instabilité chronique de la région.
Il est grand temps de dépasser les frontières impériales britanniques et françaises obsolètes issues des accords Sykes-Picot (1916) et du traité de Lausanne (1923). Ces découpages arbitraires, imposés après la Première Guerre mondiale, ont nié le droit des Kurdes à disposer d’eux-mêmes et perpétuent depuis un siècle l’instabilité du Moyen-Orient. Dans cette guerre qui vise à neutraliser le programme nucléaire et balistique iranien, instrumentaliser les Kurdes comme forces supplétives sans leur accorder de garanties réelles serait une répétition tragique des erreurs passées (1975, Syrie post-Daech…).
Soutenir la décolonisation du Kurdistan n’est pas un facteur de chaos supplémentaire, contrairement aux craintes d’Ankara, Téhéran et Bagdad face à un éventuel « effet domino ». C’est au contraire une opportunité historique : transformer une victoire militaire ponctuelle en une réorganisation profonde et durable du Proche-Orient, plus équilibrée, moins dominée par les théocraties et les empires artificiels du XXe siècle.
Turquie : Une infirmière kurde licenciée pour un geste de solidarité avec les femmes du Rojava
TURQUIE – İkra Avcı, infirmière kurde travaillant à Kocaeli, a été suspendue de ses fonctions puis licenciée après avoir publié une vidéo d’elle en train de tresser ses cheveux. Ce geste symbolique, partagé sur les réseaux sociaux, était un acte de solidarité avec les femmes kurdes du Rojava victimes d’humiliations et de violences par les gangs djihadistes soutenus par Damas et Ankara.
Dans la culture kurde, la tresse représente la dignité, l’identité et la résistance des femmes. Ce geste collectif est né en réaction à une vidéo odieuse montrant un milicien brandissant la tresse coupée d’une combattante kurde tuée, dans une tentative humiliante de briser l’esprit des femmes kurdes.
Au lieu de protéger l’une de ses citoyennes, l’État turc a choisi de la punir. Après une violente campagne de lynchage sur les réseaux, İkra Avcı a été suspendue, puis définitivement écartée de son poste. Dans une vidéo poignante publiée sur les réseaux sociaux dans laquelle on la voit vider son appartement, elle a déclaré : « Je n’ai plus de maison ! »
Cette affaire révèle une nouvelle fois la répression systématique exercée contre toute expression de solidarité kurde en Turquie. Exprimer son attachement à l’identité kurde et défendre la dignité des femmes kurdes attaquées en Syrie suffit aujourd’hui à perdre son emploi et à être traitée en ennemie.
İkra Avcı n’est pas seulement une infirmière licenciée. Elle est devenue le symbole d’une Turquie qui refuse toujours d’accepter l’existence kurde, même dans ses gestes les plus simples et les plus humains.
Et si la guerre au sol éclatait au Kurdistan irakien ?
IRAK / KURDISTAN – Après des semaines d’attaques répétées et intensives menées par des milices chiites pro-Iran contre le Kurdistan d’Irak, la possibilité d’un affrontement direct au sol entre les Peshmergas et ces milices commence à être évoquée dans certains cercles kurdes.
Les Forces de mobilisation populaire (FMP – Hashd al-Shaabi), intégrées légalement à l’appareil sécuritaire irakien, ont multiplié les frappes de drones et de missiles contre des positions kurdes, des infrastructures civiles et même des bases des Peshmergas. Ces agressions, souvent revendiquées sous le nom de « Résistance islamique en Irak », ont déjà fait des dizaines de morts et blessés parmi les forces kurdes, y compris récemment à Erbil et dans la province de Souleimaniye.
Les principaux groupes impliqués dans ces attaques sont :
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Kataib Hezbollah (KH)
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Asaib Ahl al-Haq (AAH)
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Kataib Sayyid al-Shuhada
-
Harakat Hezbollah al-Nujaba ainsi que d’autres factions pro-iraniennes au sein du Hachd al-Chaabi (« Unités de mobilisation populaire » ou « Forces de mobilisation populaire »).
Financées, armées et dirigées en grande partie par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), mais aussi par Bagdad, ces milices opèrent pourtant avec la bénédiction ou l’inaction du gouvernement irakien, qui se contente souvent de condamnations verbales sans jamais les désarmer ni les intégrer pleinement dans l’armée fédérale.
Face à cette escalade, de nombreux Kurdes s’interrogent : jusqu’à quand les Peshmergas, seuls remparts de la sécurité du Kurdistan, devront-ils subir ces attaques sans répondre ? Une guerre au sol entre les forces kurdes et ces milices pro-iraniennes n’est plus une hypothèse lointaine, mais une perspective de plus en plus réelle si Bagdad continue de protéger ces groupes au lieu de les neutraliser.
Le Kurdistan irakien, qui a déjà payé un lourd tribut contre Daech, refuse aujourd’hui d’être transformé en champ de bataille par des milices étrangères et un gouvernement central complice.