PARIS – Le journaliste et cinéaste kurde d’Iran réfugié à Paris, Zanyar Omranî a réalisé un documentaire mettant en lumière l’histoire politique contemporaine de Sanandaj (Sînê), capitale de la province du Kurdistan en Iran.
Le documentaire « Binke » (mot kurde qui signifie « La Base ») vise à décrire une tranche de l’histoire politique contemporaine de Sanandaj. Binke se concentre sur les moments cruciaux, notamment la libération des prisonniers politiques lors de la révolution de 1979, l’émergence de l’autonomie gouvernementale au Rojhelat, la création des « Binkes » et les élections municipales, ainsi que le soulèvement de Jina en 2022 pour récupérer la souveraineté publique. (Documentaire à visionner sur le compte YouTube de Zanyar Omranî, sous-titres en anglais)
BINKE (La Base)
Un documentaire de Zanyar Omrani
Mixage musical et audio :
Roozbeh Mosleh
Conception graphique:
Runak Resulpur (Rounak Rasoulpour)
#JinJiyanAzadi
#iranrevolution
#mahsaamini
#womenlifefreedom
IRAN / ROJHILAT – Dans les villes kurdes d’Iran assiégées par les forces gouvernementales depuis plusieurs jours, on fait état d’arrestations et de violences étatiques qui ont fait au moins un mort. Le régime iranien fabrique des fausses informations pour justifier le bain de sang qu’il va commettre dans les régions kurdes à l’occasion du premier anniversaire de Jina Mahsa Amini qui avait déclenché les protestations anti-régime dans tout le pays.
Ce matin, les forces gouvernementales ont abattu Ferdin Jafari d’une balle dans la tête sur la route du cimetière d’Aichi de la ville kurde de Saqqez où se trouve la tombe de Jina Amini.
Par ailleurs, le père de Mahsa Amini, Amjad, a été brièvement arrêté samedi, puis assigné à résidence avec sa femme, au milieu d’une forte présence sécuritaire autour de leur domicile dans la ville de Saqqez, à l’occasion du premier anniversaire du meurtre de leur fille.
De plus, le régime iranien a ouvert cette nuit l’une des vannes du barrage Chirag Weis pour bloquer les routes secondaires du cimetière Aichi et empêcher les gens de visiter les tombes de Jina et d’autres martyrs de la révolution « jin, jiyan, azadî » (Femme, vie, liberté).
L’Organisation de défense de droits humains, Hengaw met en garde contre les fake-news du régime iranien qui parle de « destruction de groupes terroristes » et d’« arrestation de terroristes » qui « est un mensonge complet et un scénario des institutions de sécurité pour justifier la répression sanglante dans les villes du Kurdistan ».
La réponse du peuple kurde à la barbarie des mollahs iraniens se limite à une grève générale massive observée à travers toutes les villes kurdes d’Iran.
Au Kurdistan iranien, nous assistons à un combat entre David (les Kurdes civils, sans armes) et Goliath (l’État sanguinaire iranien sans foi ni loi).
PARIS – Ce samedi 16 septembre 2023, la maire de Paris, Anne Hidalgo a inauguré le Jardin Villemin – Mahsa Jina Amini, à l’occasion du premier anniversaire du meurtre de Jina Amini par la police des mœurs iranienne à Téhéran pour un voile « mal porté ». L’inauguration a été perturbée par des monarchistes iraniens qui ne toléraient pas qu’on scandent le nom kurde « Jina ».
Lors de l’inauguration à laquelle ont assisté de nombreuses personnalités politiques et associatives, des représentant.e.s de l’institut kurde de Paris et du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F), des fascistes iraniens pro-monarchie venus en nombre ont insulté la mémoire de Jina Amini, en empêchant la foule de scander des slogans avec le nom kurde « Jina » et ont crié chaque fois « Mahsa » (nom persan donné à Jina car les prénoms kurdes sont interdits en Iran) et agressé verbalement des manifestants kurdes qui leur demandaient de respecter la mémoire de la jeune femme.
Les royalistes ont été particulièrement hargneux quand la militante iranienne, Soheila Shahriari, a lu la lettre de la famille de Jina Amini envoyée à la Mairie de Paris pour la remercier d’avoir honoré la mémoire de Jina en donnant son nom au jardin Villemin. En France, où on a coupé la tête aux rois, voir des royalistes iraniens agresser les Kurdes est un spectacle désolant qu’on n’aurait pas imaginer voir au XXe siècle…
La plaque définitive portant le nouveau nom du jardin a été apposée plus tard à cause des problèmes techniques.
SYRIE / ROJAVA – Trois combattantes des Unités de protection des femmes (YPJ) ont été tuées vendredi dans la ville de Manbij, dans le nord de la Syrie, par une frappe de drone turc.
Fondé en avril 2013, le YPJ est une force entièrement féminine composée principalement de Kurdes mais qui comprend d’autres groupes ethniques du nord-est de la Syrie. il fait partie des Forces démocratiques syriennes (FDS).
Un drone turc a visé une voiture transportant trois combattantes des YPJ sur la route d’al-Hatabat, au sud de Manbij, a indiqué le Conseil militaire de Manbij (MMC) des FDS dans un tweet.
Cette frappe a entraîné la mort de combattantes des YPJ, a ajouté le MMC, sans fournir plus de détails.
Manbij est depuis longtemps la cible des frappes de drones turcs, car elle cible de temps en temps ce qui a semé l’horreur parmi les habitants. La région a été attaquée par les factions d’opposition armée soutenues par la Turquie, alias l’Armée nationale syrienne (SNA), et le Hayat Tahrir al-Sham (HTS, anciennement Front al-Nosra) début septembre.
Les attaques contre Manbij sont intervenues parallèlement à des attaques lancées par des hommes armés affiliés au gouvernement syrien et à des milices soutenues par l’Iran à Deir ez-Zor.
Les attaques ont provoqué le déplacement de 524 familles des villages situés sur les lignes de contact.
Le 27 août, les FDS ont lancé une opération militaire appelée « Renforcement de la sécurité » avec le soutien de la Coalition mondiale dirigée par les États-Unis sur la rive est de l’Euphrate, plus précisément à Deir ez-Zor, « pour éradiquer les cellules dormantes de l’EI, poursuivre criminels responsables d’injustices contre la population locale, et pour traquer les passeurs qui exploitent les moyens de subsistance de la population ».
Le 30 août, les FDS ont annoncé le démis de leurs fonctions du commandant du Conseil militaire de Deir ez-Zor, Ahmad al-Khabil, connu sous le nom d’Abu Khawla, pour son implication « dans de multiples crimes et violations, y compris la communication et la coordination avec des entités extérieures hostile à la révolution, commettant des infractions pénales et se livrant au trafic de drogue, mauvaise gestion de la situation sécuritaire, son rôle négatif dans l’augmentation des activités des cellules de l’Etat islamique », selon les FDS.
L’opération a donné lieu à des affrontements entre les FDS et des hommes armés affiliés aux dirigeants limogés et à Nawaf al-Bashir, chef de la tribu al-Baggara et figure pro-iranienne dont les groupes sont actifs sur la rive occidentale de l’Euphrate, qui est sous le contrôle des forces gouvernementales syriennes et des milices soutenues par l’Iran. (NORTH PRESS AGENCY)
Depuis le début de l’année, les frappes de drones turques ont tué 58 personnes, dont 13 civils et 42 membres des forces kurdes et de leurs alliés, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
« Résistance, l’archivage, la documentation, la mémorisation et le référencement font partie intégrante de notre lutte continue pour simplement exister en tant que Kurdes. Préserver, c’est accepter, et en l’absence de nos propres archives nationales, ce que nous faisons à Jiyan est minuscule en comparaison de ce qui pourrait être réalisé si nous, en tant que société collective, accordions autant d’importance à la préservation des voix féminines de notre existence apatride, comme nous le faisons pour nos hommes », déclare Raz Xaidan, fondatrice des Archives Jiyan, documentation multimédia dédiée à la préservation et à l’archivage de la vie, de la culture, de l’identité et de la diversité des femmes kurdes. Tout réalisé par une équipe 100% féminine !
Le journaliste Matt Broomfield a interviewé Raz Xaidan, fondatrice des Archives Jiyan dédiées à l’archivage numérique autour de la vie, de la culture, de l’identité et de la diversité des femmes kurdes. Une première dans le monde kurde.
Voici l’article de Matt Broomfield
Se souvenir, c’est résister : les archive JIYAN et Raz XaidanLes Archives Jiyan, un projet local et autogéré documentant les documents d’archives sur, par et concernant les femmes kurdes à travers l’histoire, répondent à un besoin urgent identifié de manière mémorable par l’intellectuel Walter Benjamin. Il établit une distinction entre la vision linéaire et « historiciste » de l’histoire et sa propre interprétation particulière de ce que Marx appelait le « matérialisme historique ». Pour Benjamin, si l’on considère le passé simplement comme une « séquence linéaire d’événements comme les grains d’un chapelet », un dynamisme fondamental est perdu. Il écrit : « Si l’on demande avec qui les adeptes de l’historicisme sympathisent réellement, la réponse est inévitable : avec le vainqueur. Et tous les dirigeants sont les héritiers de ceux qui ont vaincu avant eux ».
En revanche, pour Benjamin, le matérialisme historique n’implique pas une compréhension grossière et mécaniste de la manière dont l’histoire a progressé, mais un engagement dynamique et actif avec le passé qui « saisit la constellation que [notre] propre époque s’est formée avec une époque bien antérieure ». Le matérialisme de Benjamin appelle à un engagement actif dans une histoire vivante, comprise comme inextricablement liée à notre présent politique.
Ce besoin n’est nulle part plus urgent que dans le cas du peuple kurde, et en particulier des femmes kurdes. Comme le dit Raz Xaidan, fondatrice des Archives Jiyan : « L’archivage, la documentation, la mémorisation et le référencement font partie intégrante de notre lutte continue pour simplement exister. »
L’histoire des femmes kurdes a longtemps été racontée pour elles – et réduite à une simple séquence de guerre, de génocide et de tragédie, dans un récit de défaite qui nie le lien complexe entre les luttes des vies passées et la réalité présente. En tant que peuple apatride, les Kurdes se sont vu refuser l’accès aux récits historicistes conventionnels ou le contrôle de ceux-ci. Mais cela crée également un espace permettant aux archivistes kurdes de recréer leur propre histoire, « remplie d’art, de littérature, de diplomatie, de musique et de personnages spéciaux » dont les contributions, lorsqu’elles sont préservées et enregistrées, révèlent l’existence de forces historiques que les ennemis des Kurdes n’ont pas pu réprimer jusqu’à ce jour.
C’est pourquoi les Archives Jiyan mélangent des documents historiques apportés par des femmes kurdes et d’autres à travers le monde, des nécrologies et des entretiens avec des femmes vivant aujourd’hui au Kurdistan. Comme le suggère le nom même de Jiyan (« Vie »), l’archiviste kurde est nécessairement et profondément conscient de l’histoire en tant que force dynamique et vivante.
J’ai mené l’entretien suivant avec Raz Xaidan, qui a été légèrement modifié pour plus de clarté.
Comment et pourquoi le projet d’Archives Jiyan a -t-il commencé ? Quelles sont vos principales réalisations jusqu’à présent ?
Personnellement, j’ai toujours été investie dans les archives kurdes. En tant que créative multidisciplinaire, j’incorporais depuis de nombreuses années des documents d’archives et des photographies dans mes œuvres d’art multimédia. Comme j’étais basée dans le sud du Kurdistan (irakien) depuis un certain temps, j’ai également eu le privilège de visiter de vieilles maisons d’antiquités et des marchés où je passais mes week-ends à creuser (littéralement dans la terre) pour récupérer des photographies perdues et des objets qui venaient d’être abandonnés à pourrir. Mon lien personnel avec notre passé, ainsi que le fait de constater le décalage dans la société kurde entre nos archives et le rôle que [le passé] joue dans notre résistance, m’ont vraiment incité à réévaluer la façon dont je peux utiliser mes compétences créatives et mon admiration pour le passé pour créer un espace utile pour accueillir mes découvertes.
Les Archives Jiyan ont été lancées en août 2021, dans le seul but d’établir une plateforme collaborative mettant en valeur et documentant la vie et les histoires des femmes kurdes. La majorité des archives qui existaient déjà en ligne sont fortement axées sur les hommes kurdes, ou sur des contenus liés à la guerre et aux génocides. Je voulais créer une plateforme qui rende hommage à nos femmes, qu’elles soient nobles, locales ou matriarches. À l’été 2021, je me suis assise dans mon studio à Hewlêr (Erbil) et j’ai commencé à rédiger des idées, des noms pour le projet et à réfléchir à des figures matriarcales à interviewer.
Je suis reconnaissante d’avoir établi un solide réseau de femmes kurdes polyvalentes qui m’ont si aidé en me guidant avec des contacts ou des détails sur les femmes que je voulais interviewer. Cet été là, j’ai également nommé deux jeunes femmes kurdes en stage et ont passé leur été avec moi à développer leurs compétences créatives en studio. Le premier jour, leur première tâche était de rendre visite et de réaliser une interview avec Sînemxan Bedirxan, connue comme la dernière princesse du Kurdistan – une première journée super cool pour la bande en studio !
Le véritable succès initial de la création des Archives Jiyan n’a pas été la construction de la plateforme, mais le fait de voir comment une jeune fille kurde pouvait se connecter à une figure matriarcale avec une histoire de vie si puissante – une histoire à laquelle elle n’avait jamais été exposée auparavant. Nous avons pu constater en temps réel l’effet et le potentiel éducatif que ce projet pourrait avoir pour connecter la jeune génération kurde à la génération plus âgée, dans une approche collaborative qui a été notre plus grand succès.
Raz XaidanÀ quoi ressemble une semaine de travail type ?
L’équipe Jiyan est composée de 11 bénévoles (moi y compris). Nous sommes dispersées sur cinq continents. Chaque élément, archive, article et histoire de la plateforme a été aimablement offert en temps et en efforts par notre équipe altruiste. Une semaine de travail typique consistera à vérifier les soumissions du public aimable qui nous soumet directement ses archives personnelles pour examen et inclusion, à rédiger des articles et à discuter des femmes potentielles à mettre en valeur. Nous sommes autofinancées, ce qui signifie que nous travaillons selon nos propres conditions.
Photos des archives Jiyan .Quel est le besoin particulier d’archives pour un peuple « apatride » ? Quelle est la relation entre la préservation de l’histoire kurde et le statut politique des Kurdes ?
Résistance, l’archivage, la documentation, la mémorisation et le référencement font partie intégrante de notre lutte continue pour simplement exister en tant que Kurdes. Préserver, c’est accepter, et en l’absence de nos propres archives nationales, ce que nous faisons à Jiyan est minuscule en comparaison de ce qui pourrait être réalisé si nous, en tant que société collective, accordions autant d’importance à la préservation des voix féminines de notre existence apatride. comme nous le faisons pour nos hommes. C’est vrai que nos hommes [ont leurs voix préservées], mais que sont devenues les femmes qui leur ont donné naissance ? « Apatrides » est une vilaine main qui nous a été infligée, mais tous les détails de notre passé ne sont pas remplis de malheur ou de vol de notre [terre]. Loin de la tragédie et de la guerre, nous avons une histoire riche remplie d’art, de littérature, de diplomatie, de musique et de personnages spéciaux à chérir et à inspirer.
Comment le fait que vous enregistriez l’histoire d’un peuple non étatique affecte-t-il votre façon de travailler, ce que vous choisissez d’enregistrer et la façon dont vous rassemblez des documents ?
Nous nous concentrons uniquement sur la documentation de la vie et des histoires des femmes kurdes, qu’elles aient été ou soient au Kurdistan ou qu’elles soient dans la diaspora. Bien que 95 % de nos entretiens soient menés en kurde, l’anglais est la première langue de la plateforme afin de soutenir l’idéal d’éduquer et d’éclairer les lecteurs du monde entier sur les femmes que nous mettons en valeur et les archives que nous numérisons. Chaque élément de nos archives a été numérisé par moi-même ou soumis par les utilisateurs du site. Nous avons une approche très décontractée lorsque nous menons des entretiens avec les femmes que nous diffusons ; la transparence et l’authenticité sont essentielles pour nous, la plateforme n’existe pas pour faire du sensationnalisme sur les voix féminines et nous ne nous engageons pas non plus dans les tripes habituelles que nous voyons en ligne et qui renforcent le regard fétichisé des femmes kurdes. Nous avons tendance à laisser les femmes nous diriger dans les entretiens, car c’est leur histoire qui est racontée – et souvent lors des visites à domicile, nous faisons l’expérience de l’hospitalité typiquement kurde, où nous sommes nourris avant de partir !
De même, quel est le besoin particulier d’archives préservant l’histoire des femmes ? Y a-t-il des aspects de votre processus de travail que vous qualifieriez de féministes ou affectés par le fait que vous vous concentrez sur l’histoire des femmes ?
Pour développer certaines idées mentionnées dans ma réponse précédente, nous sommes une plateforme 100 % féministe. S’il existait déjà un espace permettant de célébrer les femmes kurdes et leurs archives sans [influence] politique ou religieuse, nous n’existerions pas. C’est plutôt l’absence d’une telle plate-forme qui explique la création de Jiyan. Il n’y a pas de règles du jeu équitables lorsqu’il s’agit de notre histoire documentée. Les archives personnelles sont des éléments très intimes. Beaucoup négligent à quel point il peut être difficile d’obtenir des archives personnelles de femmes kurdes ; nous vivons toujours à une époque où de nombreuses sociétés et communautés kurdes sont contrôlées par les tabous et la stigmatisation.
Y a-t-il des régions du Kurdistan ou des périodes de l’histoire sur lesquelles vous avez pu recueillir plus ou moins d’informations, et pourquoi ? Quels aspects de vos archives souhaiteriez-vous approfondir et développer à l’avenir ?
Alors que la région regorgeait de photographes occidentaux au début des années 1900, cette période est la plus difficile lorsqu’il s’agit de se procurer du matériel local. Les photographies existent, mais à qui appartiennent-elles ? Où a-t-il été pris ? Quelle était l’année ? Tout cela reste un mystère en raison de facteurs tels que les conflits et le manque de données ou d’enregistrements.
Nous avons introduit une section sur notre page, « Les archives non réclamées », qui nous permet de partager des documents d’archives dans l’espoir de retrouver leurs propriétaires grâce aux personnes partageant ces documents ; parfois nous réussissions, d’autres fois moins. Grâce à notre plateforme collaborative sur notre site où le public peut nous télécharger ses objets personnels, notre région la plus populaire a été le Rojava (Kurdistan occidental), avec un accent particulier sur la région d’Afrin. Après Afrin, il y aurait Souleimaniye au Bashur (Kurdistan du Sud). Actuellement, nous aimerions intégrer davantage de documents d’archives du Bakur (Kurdistan du Nord), bien que nos auteurs aient interviewé et mis en lumière des femmes incroyables de la région. Nous avons également la première nécrologie des femmes kurdes en ligne. Ce qui est actuellement une priorité dans laquelle nous devons investir plus de temps. Cette section est très spéciale pour nous mais, naturellement, ce n’est pas la plus facile à écrire.
Vous pouvez suivre le travail de Raz Xaidan sur son site internet, sur les ArchivesJiyan et sur les réseaux sociaux Twitter et Instagram
Matt Broomfield est un journaliste indépendant britannique spécialisé dans la question kurde et co-fondateur du Rojava Information Centre.
Article original à lire sur le site The Kurdish Center for Studies : TO REMEMBER IS TO RESIST: THE JIYAN ARCHIVES & RAZ XAIDAN
IRAN / ROJHILAT – Malgré la pression incessante qu’ils subissent, le père de Jina Amini reste déterminé à continuer de commémorer sa mémoire. Sa tombe a été profanée plusieurs fois cette année. « Je n’ai jamais cédé à cette pression et nous procéderons à la cérémonie comme prévu », a déclaré Amjad Amini.
Amjad Amini, le père de Jina Mahsa Amini, qui a perdu la vie entre les mains de la police iranienne des mœurs, continue de subir le harcèlement et les pressions des forces de sécurité iraniennes, à l’approche du premier anniversaire de sa mort.
La famille Amini, résidant dans la ville kurde de Saqqez, dans le nord-ouest de l’Iran, prévoyait une cérémonie pour honorer la mémoire de leur fille, comme le rapporte Iran International.
Amjad Amini a annoncé sur Instagram une cérémonie religieuse traditionnelle sur la tombe de Jina à Saqqez, appelant les individus à s’abstenir de recourir à la violence au cours de la commémoration.
Cette décision a alarmé le bureau des renseignements iraniens à Saqqez, qui a convoqué le père en deuil pour un interrogatoire et a intensifié ses efforts pour faire taire la famille, selon VOA Persan.
Malgré la pression incessante qu’ils subissent, le père de Jina reste déterminé à continuer de commémorer sa mémoire. Sa tombe a été profanée plus tôt cette année. « Je n’ai jamais cédé à cette pression et nous procéderons à la cérémonie comme prévu », a déclaré Amjad Amini.
L’oncle de Jina, Safa Aeli, a été récemment arrêté par les forces de sécurité. Malgré les visites au tribunal et au ministère du Renseignement du pays, la famille ne sait toujours pas où se trouve Aeli, a rapporté Iran International.
En outre, les proches de plusieurs personnes tuées lors des manifestations nationales de l’année dernière après la mort d’Amini ont déclaré à VOA Persan que les agences de renseignement les avaient avertis d’éviter les lieux publics le jour de l’anniversaire de samedi.
Malgré le climat d’intimidation omniprésent, la famille Amini reste résolue dans sa mission d’honorer la mémoire de Jina et la cause qu’elle a inspirée, son père affirmant qu’ils sont catégoriques quant à l’organisation de la cérémonie.
La situation s’est encore aggravée avec les informations faisant état d’un déploiement important de forces militaires lourdement armées dans les villes kurdes d’Iran, où sont désormais stationnés plus d’un millier de membres des forces spéciales.
La mort d’Amini, 22 ans, a eu des répercussions dans tout le pays, conduisant à la formation du mouvement Jin, Jiyan, Azadî (Femme, Vie, Liberté) et déclenchant des soulèvements à l’échelle nationale.
Medya News
La ville kurde d’Halabja et la ville espagnole Guernica vont devenir des villes jumelées prochainement.
En signe de renforcement des liens culturels entre la région du Kurdistan et l’Espagne, le représentant du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) en Espagne, Darawan Haji Hamid, a reçu vendredi le maire de Guernica, José Maria Gorrono Etxebarrieta, où ils ont ont discuté d’un accord imminent pour jumeler Halabja et Guernica.
Le gouverneur d’Halabja, ville symbole du génocide kurde commis lors de la campagne al-Anfal, devrait se rendre prochainement à Guernica pour achever le processus de jumelage entre les deux villes.
Le 6 juin, Aydin Ostan, alors représentante par intérim du GRK en Espagne, avait lancé le processus de fraternité.
« Notre objectif est d’organiser une semaine kurde annuelle à travers des représentations, ce qui nous permettra de mettre en valeur la culture kurde en termes de musique, de théâtre, de vêtements et de cinéma », avait alors déclaré Ostan.
Guernica est une ville de la province espagnole de Biscaye, au nord de l’Espagne. C’est la maison du peuple indigène basque. Guernica a été fondée en 1366 par le roi castillan Tello Alfonso. La ville était célèbre pour son industrie de la laine et était autrefois un port prospère pendant l’âge d’or de l’exploration espagnole dans le Nouveau Monde.
Son histoire reflète celle d’Halabja, puisqu’elle a été bombardée en 1937 par la Luftwaffe – l’armée de l’air de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale – dans le cadre de la guerre civile espagnole. Il s’agissait à l’époque de l’un des bombardements aériens les plus sanglants de l’histoire de l’humanité, tuant environ 1 600 civils. L’objectif était d’affaiblir le soutien du gouvernement républicain, opposant au leader nationaliste Francisco Franco.
L’artiste légendaire Pablo Picasso a ensuite été chargé par le gouvernement républicain de préparer un tableau représentant l’attentat à la bombe. Portant l’homonyme de la ville, le tableau devint plus tard un symbole des horreurs de la guerre.
De même, alors que les Kurdes se préparaient à célébrer le nouvel an kurde Newroz au printemps 1988, la ville de Halabja a été bombardée au gaz moutarde et sarin par les avions irakiens sur ordre de Saddam Hussein. Ce massacre, largement considéré comme l’une des attaques chimiques les plus meurtrières de l’histoire, a tué jusqu’à 5 000 civils.
Kurdistan 24
TURQUIE / KURDISTAN – Berdan Ozturk, coprésident de l’organisation faîtière kurde DTK, a mis en garde contre les luttes intestines entre les Kurdes et a appelé le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) dirigeant le Kurdistan irakien « à se tenir à l’écart du rôle destructeur qu’il joue », ajoutant que les Kurdes ne pardonneront pas ceux qui provoquent les guerres fratricides « conformément aux souhaits des puissances régionales qui ont colonisé le Kurdistan ».
Berdan Ozturk, coprésident du Congrès de la société démocratique (Democratik Toplum Kongresi – DTK), s’est exprimé vendredi dans la province turque à majorité kurde de Diyarbakir lors d’une réunion organisée par plusieurs organisations kurdes, dont le DTK, le Parti de la région démocratique (DBP) et le Mouvement des femmes libres (TJA), l’Assemblée des Mères de la Paix et la Fédération des Associations de Solidarité avec les Prisonniers.
Notant que le peuple kurde se trouve désormais à la croisée d’opportunités historiques et de grands périls, Ozturk a déclaré :
« Ce moment exige que chacun d’entre nous s’accroche à ses réalisations et à sa liberté. Tous ceux qui se considèrent comme faisant partie des efforts de notre peuple pour entrer sur la scène de l’histoire ont l’obligation d’agir en conséquence. »Mise en garde contre la « guerre fratricide »
Il a poursuivi en rappelant que les Kurdes de divers parties du Kurdistan « étaient soumis à d’intenses attaques », et ajouté :
« Nous n’acceptons pas la possibilité de luttes intestines entre Kurdes alors que les puissances mondiales et régionales tentent de saper leurs acquis. (…) Ceux qui subiront les plus grandes pertes à la fin d’un fratricide seront le peuple kurde et tous ceux qui participent à la lutte politique pro-kurde. Nous appelons particulièrement le PDK, qui agit depuis longtemps comme un allié du Turquie et qui a soutenu la politique anti-kurde de l’AKP [Parti de la justice et du développement], à assumer ses responsabilités et à se tenir à l’écart du rôle destructeur qu’il a joué. »
Arti Gerçek
BRUXELLES – Une statue de Mahsa Jina Amini a été inaugurée aujourd’hui dans la commune belge de Woluwe-Saint-Pierre. De nombreux représentants de la diaspora kurde, iranienne, du monde politique, des associations de défense de la laïcité et des droits humains ont assisté à l’inauguration de l’œuvre réalisée par la sculptrice Laurence Remacle.
Le Comité belge « Jin, Jiyan, Azadî (Femme, vie, liberté) » est à l’origine du projet de l’installation d’une statue de Jîna Emînî dans le parc municipal de la rue Woluwe St-Pierre qui fut inaugurée à l’occasion du premier anniversaire du meurtre de Jîna Emînî par la police des mœurs iranienne à cause d’un voile « mal porté » et qui a déclenché les protestations anti-régime dans tout le pays.
La culture kurde est non seulement ancienne et dynamique, mais elle contient également une variété d’éléments qui témoignent de sa complexité et de sa diversité. Un exemple frappant de cette diversité est celui du dîlan (danse) kurde avec ses nombreuses variétés locales et régionales. Pour de nombreux Kurdes, la danse est considérée comme l’essence de l’identité culturelle et un élément fondamental non seulement pour définir ce que signifie être Kurde, mais aussi pour préserver tout ce que cet héritage implique.
Il existe plusieurs types de danses qui représentent le folklore et le patrimoine kurde. Les danses traditionnelles sont le Govend et le Helperkê. Ces danses sont exécutées par un groupe de personnes se tenant la main, secouant les épaules et suivant des mouvements de jambes organisés et complexes en poursuivant un rythme musical cohérent. Cependant, grâce au contact avec d’autres cultures, les Kurdes sont également capables de pratiquer d’autres genres de danse importants. Par exemple, la danse du ventre, qui est une danse du Moyen-Orient et de l’Égypte ancienne, est très populaire, tandis que d’autres préfèrent le ballet dansé qui remonte à la Renaissance en Europe.
En général, pour les Kurdes, la danse est importante car elle peut faciliter l’harmonie sociale, promouvoir les liens communautaires au-delà des frontières qui divisent le Kurdistan et traduire leurs émotions de liberté, de bonheur et même de douleur en de beaux mouvements rythmés. La danse est une forme d’expression culturelle qui continue de distinguer les Kurdes des autres groupes ethniques et religieux avec lesquels ils coexistent. Les chercheurs ont soutenu que : « La danse comme forme de résistance peut créer une harmonie sociale entre les membres d’un groupe tout en perturbant ceux qui n’en font pas partie. Souvent, les membres du groupe extérieur sont ceux qui détiennent le pouvoir, tandis que les membres du groupe intérieur utilisent la danse pour résister, créer et exercer leur propre forme de pouvoir. »
C’est peut-être pour cette raison que cet élément culturel kurde, qui identifie les Kurdes comme distincts, a également été une source d’oppression et de marginalisation. Les Kurdes représentent et incarnent parfaitement la célèbre phrase attribuée à Emma Goldman : « Si je ne peux pas danser, je ne prendrai pas part à votre révolution ». La danse pour les Kurdes a toujours été présente de manière très visible, même dans les périodes les plus douloureuses de leur longue et tragique histoire. Les combattants kurdes sont souvent vus sur les lignes de front, représentant leurs aspirations à la vie, à l’espoir, à la liberté et à la démocratie à travers leur Helperkê ou Govend.
Dans cet article, l’importance de la danse pour le peuple kurde sera illustrée, depuis l’importance culturelle du Govend jusqu’à l’importance de la danse classique pour les femmes kurdes.
Le charme éternel de Govend (ronde)
En analysant le processus par lequel la danse a émergé dans la culture kurde, nous pouvons interpréter qu’elle découle de certains facteurs psychologiques. Pour les Kurdes, la danse est un acte symbolique destiné à répondre à des aspirations telles que l’identité nationale, le patriotisme, la résistance et la célébration de l’amour, de la vie et de la joie. Néanmoins, il peut également représenter d’autres émotions telles que la douleur, le désespoir ou même le chagrin lors des funérailles des martyrs. Surtout, pendant les périodes de guerre et de conflit, la danse est utilisée comme symbole d’identité nationale et de résistance contre les oppresseurs.
Chaque fois qu’il y a une occasion spéciale, les Kurdes se rassemblent et interprètent le Govend (ronde) en groupe, avec la possibilité qu’un individu danse également seul pour montrer ses talents devant le groupe. La danse est quelque chose d’inhérent à l’identité kurde, même lorsqu’une personne ne sait pas danser, on attend d’elle qu’elle cherche à apprendre les mouvements. Mes premiers souvenirs sont remplis d’images de jeunes femmes et hommes kurdes apprenant les étapes nécessaires au Govend et se préparant pour des mariages ou des célébrations.
De nombreux amis et parents m’ont mentionné que lorsqu’ils dansent le Kurmancî ou le Şêxanî (deux danses kurdes), ils ont l’impression de dépasser le temps et l’espace, de voler au rythme de la musique, tandis que leur cœur est rempli de joie. Dans les quatre régions du Kurdistan (Bakur, Başûr, Rojava et Rojhilat), il existe des centaines de danses, et beaucoup sont à l’origine dérivées d’un type de Govend, en raison de sa circulation entre différentes villes et villages kurdes.
Les danses kurdes dérivent également de l’énergie d’éléments puissants de la nature. Ceux-ci ont une valeur importante au Kurdistan, notamment celle du feu, des montagnes, des rivières et du soleil. Pour les Kurdes, se rassembler autour d’un feu et jouer du Govend pour célébrer le Newroz, par exemple, représente une fierté pour leur héritage et un engagement à honorer leur identité kurde. De plus, les Kurdes se caractérisent comme des gens « au sang chaud », sentant la chaleur des montagnes et le feu vivre et s’enflammer dans leur corps et leur âme alors qu’ils reflètent ces caractéristiques en dansant à l’unisson. Le caractère communautaire de la danse kurde est également essentiel ici. Les Kurdes dansent généralement en groupes en se tenant la main ou en croisant les doigts et en créant des cercles et des demi-cercles. Au bout de la ligne, une personne file généralement un foulard, un peu comme agiter un drapeau pour inspirer les autres. Ainsi, le Govend ou Helperkê kurde illustre également son identité collective, ses valeurs partagées et sa culture de défi. Selon Fernández (2002) : « Govend, doté de ce pouvoir commémoratif, engendre un lien profond entre sa pratique et les membres de la communauté, attachement dont témoigne l’intensité de la danse lors des célébrations de mariage. »Ballerines kurdes
Les femmes kurdes ont historiquement joué un rôle puissant dans la création de l’identité culturelle kurde et dans la promotion de ses éléments les plus progressistes. Outre les chanteurs, peintres et danseurs traditionnels kurdes, il existe des ballerines qui visent à ajouter un style de danse occidental à la culture kurde. Ce faisant, ils visent à contester l’image stéréotypée d’une culture kurde limitée à ses propres caractéristiques nationales.
La princesse Leyla Bedirxan (1903-1986) fut la première ballerine kurde à se produire dans de prestigieuses maisons de ballet et théâtres européens dans les années 1920 et 1930. Elle était issue de la célèbre famille Bedirxanî, une noble famille kurde qui a joué un rôle essentiel dans la préservation de l’identité et de la culture kurde à Cizîra Botan, au nord du Kurdistan (sud-est de la Turquie). Par exemple, les cousins de Leyla, Mîr Celadet Bedirxan et Mîr Kamîran Bedirxan, se sont consacrés au développement de la langue et du journalisme kurdes.
Leyla Bedirxan est née à Istanbul en 1903. Son père Abdürrezak Paşa Bedirxan était un militant kurde sous le règne de l’Empire ottoman. Sa mère Henriette Hornik était une dentiste juive autrichienne de Vienne. Son père cherchait le soutien de la Russie impériale parce que la Russie tentait à l’époque d’établir des contacts avec les communautés kurdes de l’Empire ottoman depuis les années 1850 (Barbara Henning, 2018). Le père de Leyla fut finalement exilé à Tripoli (Libye) entre 1906 et 1910 en raison de son activisme politique. Plus tard, Leyla a voyagé avec sa mère en Égypte où elle a grandi dans le palais de l’État tributaire du Khédive. Après la Première Guerre mondiale, Leyla entre au prestigieux internat de Montreux en Suisse pour poursuivre ses études. Après avoir obtenu son diplôme, elle a étudié dans une école de danse à Vienne, en Autriche. En 1927, elle part en tournée aux États-Unis et, dans les années 1929 et 1930, elle entreprend des tournées européennes pour se produire sur les scènes les plus importantes telles que l’Opéra La Scala de Milan, en Italie, en 1932.
Leyla Bedirkhan
Leyla était célèbre pour son style oriental unique dans la création de mouvements dérivés de la perspective de la danse du Moyen-Orient. Le public européen a été impressionné par sa capacité à combiner deux milieux culturels différents dans une performance artistique étonnante. Leyla a prouvé son caractère unique par son charisme personnel et sa contribution distinctive à l’art du ballet. Elle s’est efforcée de briser les chaînes de l’exil grâce à son style sans précédent et à ses compétences exceptionnelles dans sa carrière de ballet. Après la Seconde Guerre mondiale, Leyla devient professeur de danse pour jeunes filles et ouvre son propre studio de ballet à Paris et continue d’y vivre jusqu’à son décès en 1986.
La carrière de Leyla illustre un aspect fondamental de la mentalité classique des femmes kurdes et de son héritage culturel. On pourrait interpréter que Leyla a donné une résonance aux voix des danseurs kurdes au XXe siècle.
Aujourd’hui, d’autres Leyla souhaitent poursuivre son chemin. Leyla Lois, 33 ans, est une poète, ballerine et professeur de ballet kurde-celtique basée en Australie. Elle a déclaré dans une récente interview que :
« En tant qu’adulte, j’ai vraiment aimé revisiter ces histoires de mon enfance, le roi Arthur et Merlin, Blodeuwedd, la bonté du hibou, de mon côté gallois et la légende de Shahmaran, déesse serpent, de mon côté kurde… Je m’inspire de la force et la beauté de mes cultures ancestrales, et beaucoup de ces légendes émergent dans ma poésie et ma chorégraphie. »
Un siècle après que Bedirxan soit montée sur scène pour la première fois, une autre femme kurde, Nazik Al-Ali, perpétue son héritage. Al-Ali, une ballerine kurde de 23 ans originaire de Qamişlo, dans le Kurdistan occidental (nord-est de la Syrie), a fait l’actualité dans le monde entier lorsqu’elle s’est produite dans les rues désertes de Qamişlo pendant la pandémie de Covid-19. Son message était de répandre la paix dans les moments de peur et de désespoir à travers son ballet.
Nazik Al-Ali, dansant dans les rues de Qamishlo en pleine confinement
Nazik Al-Ali aspirait à briser certains stéréotypes répandus dans la société kurde. Par exemple, elle voulait nier l’argument selon lequel les femmes kurdes sont introverties et déconnectées de leur corps en raison d’une culture conservatrice de honte et de rôles de genre tabous. Dans son entretien avec Medya News, Al-Ali a déclaré que : « Malgré la guerre dévastatrice et les ténèbres créées par la pandémie mortelle de coronavirus, le message de cette danse était un message de paix et d’espoir… Ma danse dans les rues de ma ville était en robe noire, et en l’absence de bonnes personnes parmi celles-ci, lieux. C’était un cri de défi de mon corps et de mon âme pour défier les tueurs de la vie. Redonner l’âme à nos belles rues, mettre fin à la guerre, éliminer la pandémie et offrir un peu d’espoir dans la vie pour surmonter les complexités de l’époque. »
Le spectacle de Nazik dans la rue était un acte de rébellion contre l’affirmation selon laquelle les femmes devraient rester « décentes » et ne pas montrer leurs caractéristiques et aspirations féminines visibles en public, en particulier dans les mouvements de danse libres et sensuels comme le ballet. Selon les mots de Martha Graham : « Le corps dit ce que les mots ne peuvent pas dire. » Pour la communauté kurde, la danse est l’un des rares cas où les émotions collectives de douleur, de joie, d’espoir et de lutte sont représentées à travers le corps.
Nazik représente un exemple parmi de nombreux danseurs du monde entier qui utilisent leurs performances pour défier les puissances sociales et politiques dominantes dans le monde. Au Rojava, les YPJ (Unités de protection des femmes) kurdes combattant l’EI sur la ligne de front étaient souvent vues danser comme une représentation puissante de leur résistance contre les opinions extrémistes de l’organisation terroriste qui voulait qu’elles soient cachées, enveloppées, silencieuses et invisibles.
Danser pour être vu et entendu
Dans le même ordre d’idées, la préservation des danses folkloriques kurdes dans la diaspora fournit un exemple du lien fort que le peuple kurde établit avec son héritage culturel. En transmettant les coutumes et croyances traditionnelles concernant leur culture aux générations suivantes, la communauté kurde de la diaspora établit sa présence et la diffuse dans les communautés d’accueil.
Par exemple, en raison de la migration politique des Kurdes vers l’Allemagne, il existe un festival annuel appelé Mîhrîcana Govendên Kurdistan. Ce festival a lieu chaque année dans une ville différente d’Allemagne le week-end de Pentecôte. Les gens font la fête lors d’un défilé et il y a un concours de danse, qui est l’élément principal du festival). Ces festivals agissent comme des lieux de résistance, de communauté et d’autonomisation pour les personnes migrantes et déplacées et les communautés marginalisées de la diaspora. Selon Habibe Şentürk :
« Mîhrîcan, en ce sens, démontre que le folklore peut également être utilisé comme résistance aux discours hégémoniques et peut donner du pouvoir à une communauté. Mîhrîcan est une forme esthétique d’invention collective d’une tradition en réutilisant les traditions de la patrie. En gardant la première génération unie et en incitant la deuxième génération à apprendre et à pratiquer les danses du Kurdistan, le festival offre un espace de résilience communautaire. »
La danse est un outil important pour l’autonomisation collective, l’unité et la cohésion. Dans l’exemple des artistes afro-américains, l’activisme dansé est devenu une composante puissante du mouvement Black Lives Matter. Ainsi, les militants et les manifestants ont utilisé leur danse comme un mécanisme pour se rebeller contre les idéologies racistes. La danse en tant que lutte contre les idéologies oppressives peut être profondément libératrice pour une communauté marginalisée et renforcer les limites de la résistance à travers et entre les communautés, les corps et les valeurs. Comme l’a affirmé Agnes de Mille, danseuse et chorégraphe américaine : « La véritable expression d’un peuple se trouve dans sa danse et sa musique. Les corps ne mentent jamais. D’autres exemples de danse comme résistance incluent la Bomba, qui est une forme de danse et de musique originaire de Porto Rico à la suite de la traite transatlantique des esclaves. »
De même, dans l’autre partie du monde, de nombreuses femmes en Iran et au Kurdistan oriental occupé ont du mal à danser en public. Après le meurtre de Jîna Amini par la police des mœurs religieuses, de nombreuses femmes kurdes et iraniennes ont exécuté des danses et les ont dédiées aux femmes en lutte en Iran. Beaucoup de ces femmes ont été arrêtées simplement pour avoir publié en ligne des extraits de leurs spectacles de danse, comme l’Iranienne Maedeh Hojabri, 18 ans.
Pour les Kurdes, la danse est un acte de liberté, de représentation de soi, d’identité et d’amour-propre. De nombreuses communautés kurdes restent cependant profondément enracinées dans des valeurs culturelles conservatrices qui nient le fait que les femmes jouent un rôle fondamental dans la renaissance de la culture physique d’une société. En promouvant la danse dans ses différents genres, y compris le ballet, les femmes kurdes ont accès à une forme d’expression puissante qui peut transcender leurs peurs, leurs incertitudes et leurs préoccupations quotidiennes. Cependant, cette perspective n’est pas suffisamment répandue dans la société kurde et de nombreuses barrières culturelles et patriarcales subsistent.
Le philosophe allemand Axel Honneth (1995) a souligné l’importance de l’amour et du respect de soi à travers une compréhension réciproque et la reconnaissance de chaque membre de la société dans son livre Struggle for Recognition. Selon Honneth, la méconnaissance ou le manque de reconnaissance est à l’origine des conflits sociaux. Parce qu’être reconnu dans la société, c’est être reconnu par les membres de cette société en tant qu’individu ayant certaines croyances, valeurs et traditions culturelles. Lorsqu’un individu est marginalisé et stigmatisé en raison de son sexe, de sa culture ou de ses traditions, il est simultanément mal reconnu et essentiellement effacé et déshumanisé. Par conséquent, les femmes kurdes, en raison des facteurs géopolitiques et historiques complexes auxquels sont confrontés les Kurdes, sont doublement maltraitées et méconnues. En guise d’acte de défi et de résistance, les femmes ont tendance à danser pour se libérer des pressions sociopolitiques auxquelles elles sont confrontées.
De nombreux Kurdes cherchent désormais à briser les idées stéréotypées que la communauté internationale a créées en les définissant. Par exemple, les considérer comme une nation sans État, déplacée et privée de ses droits ou comme une communauté dépourvue d’une identité et d’une voix concrètes et unifiées. Les atrocités vécues par les Kurdes sont indéniables, mais leur culture, leur folklore et leur héritage sont bien plus forts et plus vastes que les décennies combinées de tragédies et de violences qu’ils ont endurées. La danse a été un puissant moyen de résistance, de lutte et de survie pour les Kurdes. Tant que les Kurdes savent danser, ils peuvent résister.
Par Wan Issa, chercheuse dans les culturel et artistique et traductrice kurde originaire de Qamişlo, Rojava. Elle est diplômée de l’Europa-University Flensburg (EUF) et titulaire d’un baccalauréat ès arts en cultures et sociétés européennes. Elle termine actuellement son master en anthropologie sociale et culturelle à l’Université de Cologne. Elle a mené plusieurs projets artistiques dont l’Identité culturelle hybride, pour lequel elle a été nominée pour le prix DAAD (Service allemand d’échanges universitaires).
Article original à lire sur le site The Kurdish Center for Studies : KURDISH DANCING AS RESISTANCE: FROM GOVEND TO BALLET