STRASBOURG – Alors que les gangs de Damas poursuivent leurs attaques ciblant les Kurdes du Rojava, le Parlement européen a adopté aujourd’hui une résolution sur la situation des Kurdes en Syrie par 363 voix pour, 71 voix contre et 81 absentions.
Après un long rappel des évènements récents, la résolution souligne :
« La contribution décisive des forces kurdes dans la lutte contre Daech, et notamment le rôle des combattantes, et salue leur excellente collaboration avec la coalition internationale dans la lutte de l’Union européenne contre les actions terroristes commises par Daech et la menace qu’elles présentent pour l’Europe, sa population et ses capitales; rappelle et salue le courage et la détermination des innombrables femmes kurdes qui ont courageusement mené la lutte contre Daech et ont subi en représailles des brutalités qui dépassent l’entendement de la part de Daech; invite les autorités syriennes à enquêter sur les crimes atroces perpétrés par Daech, notamment contre la communauté yézidie; souligne qu’une paix durable en Syrie passe par la reconnaissance des sacrifices consentis par la communauté kurde, de ses préoccupations légitimes en matière de sécurité et de sa représentation politique, et notamment par des garanties concernant les droits des femmes et la participation significative des femmes à la vie publique » (…)
« demande un accès libre pour l’aide humanitaire de l’Union européenne et ses États membres à la ville assiégée de Kobané et le soutien au relèvement rapide dans le nord-est de la Syrie, en mettant particulièrement l’accent sur la protection des civils, la résilience des communautés locales ainsi que le soutien à la société civile syrienne, aux organisations indépendantes de défense des droits de l’homme et aux initiatives locales de consolidation de la paix ; souligne l’importance d’un financement humanitaire prévisible et pluriannuel en faveur de la Syrie afin de garantir la continuité de l’assistance vitale et de permettre la mise en œuvre d’activités de relèvement rapide » (…)
« demande à tous les acteurs régionaux, y compris la Turquie, de s’abstenir de toute action militaire et de tout soutien à des groupes armés susceptible de rompre le cessez-le feu, de nuire à la protection des civils et de mettre à mal les perspectives d’un règlement inclusif du conflit; dénonce la poursuite de l’intervention militaire et de l’agression menées par la Turquie dans le nord-est de la Syrie, notamment les attaques meurtrières contre des civils et des infrastructures civiles dans des villes et des provinces à majorité kurde situées le long de la frontière entre les deux pays; presse le gouvernement turc de mettre immédiatement un terme à son intervention militaire dans le nord-est de la Syrie et de permettre la tenue de négociations dans le but de parvenir à une solution pacifique entre le gouvernement de transition syrien et les FDS; demande à la Commission, au SEAE et aux États membres d’aborder le rôle joué par la Turquie en Syrie dans le cadre d’échanges bilatéraux avec le gouvernement turc; souligne que tout accord en matière de sécurité doit respecter le droit international et respecter l’intégrité territoriale de la Syrie, et ne pas entraîner de déplacement forcé ou d’ingénierie démographique » (…)
« se dit notamment vivement préoccupé par le risque que présente le grand nombre de combattants et de personnes se réclamant de Daech qui se sont échappés des centres de détention et des camps dans le nord-est de la Syrie; souligne que le déplacement progressif du problème des prisonniers de Daech vers l’Iraq risque de créer de nouvelles formes d’incertitude et de dépendance vis-à-vis des capacités et de la volonté politique de pays tiers; souligne en outre que le transfert ou la libération de combattants adultes de Daech ou de suspects en Syrie ou dans des pays tiers, notamment en Iraq et en Turquie, doit rester subordonné à des modalités effectives de garde, de surveillance et de partage d’informations, en particulier en cas de transferts transfrontaliers, et ce pour éviter qu’ils ne s’échappent ou qu’ils ne se déplacent sans surveillance, et que l’obligation de rendre compte de leurs actes doit être assurée par la conservation des preuves et par l’engagement de poursuites, conformément aux normes internationales et à la garantie d’un procès équitable; fait observer que les transferts et les rapatriements dépourvus de garanties effectives et de suivi judiciaire constitueraient un risque pour la sécurité de la Syrie, de l’ensemble de la région et de l’Europe; invite la coalition internationale, y compris les États-Unis, à prendre sans délai toutes les mesures nécessaires pour atténuer ce risque pour la sécurité et demande à l’Union d’apporter le soutien nécessaire à cette fin » (…)
« salue l’accord récent conclu entre les FDS et le gouvernement de transition syrien; réaffirme qu’il continuera à soutenir sans relâche le cessez-le-feu et la reconnaissance des droits civils et éducatifs des Kurdes; demande à toutes les parties de s’abstenir de toute action qui pourrait entraîner une nouvelle escalade de la violence, de respecter les accords de cessez-le-feu en vigueur et de soutenir les mécanismes destinés à surveiller et à préserver le cessez-le-feu » (…)
Enfin, et c’est important, le Parlement européen souligne que « toute collaboration avec les autorités syriennes doit rester subordonnée à des progrès tangibles et vérifiables en matière de protection des civils et de respect du cessez-le-feu, des droits de l’homme et des droits des minorités. » (Voir le texte intégral de la résolution en français https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-10-2026-0053_FR.html)
Dans le débat qui a précède l’adoption de cette résolution, de très nombreux eurodéputées, dont Mmes Evin Incir, Abir al-Sahlani, Nathalie Loiseau, Ilaria Salis, Assita Kanko, Ozlem Alev Demirel, M. Daniel Attard, M. Nikolas Farantouris ont pris la parole en défense des Kurdes du Rojava (voir leurs interventions sur les comptes Facebook et Instagram de l’Institut.)
Le jour même de l’adoption de cette résolution une dépêche de l’AFP confirme que le camp d’al-Hol où plus de 24 000 jihadistes et leurs familles étaient encore détenus et gardaient par les forces kurdes jusqu’aux accords du 29 janvier, a été vidée par les milices islamistes de l’armée syrienne, chargées de leur garde. La plupart d’entre eux aurait rejoint la province d’Idlib, bastion islamiste géré depuis des années par le HTC, ex-branche syrienne d’al-Qaïda, dirigé par le président intérimaire al-Charaa. Les prisonniers de Daech relâchés par leurs frères islamistes de HTC et d’autres milices pro-gouvernementales savourent leur revanche.
Via l’Institut kurde de Paris
SYRIE / ROJAVA – Des sources locales mettent en garde contre une attaque imminente des gangs de Damas contre la ville à majorité kurde d’Hassaké. Par ailleurs, un village* kurde d’Hassaké est actuellement attaqué par les gangs de Damas.
Plusieurs sources ont annoncé que des forces affiliées au gouvernement intérimaire syrien sont en train de former une nouvelle faction militaire appelée « Liwa al-Quds » à l’intérieur d’un camp connu sous le nom de « Camp Al-Azraq » dans la région d’al-Bab, à l’est d’Alep.
La formation comprendrait des individus sunnites de la province de Lattaquié, en particulier des régions d’al-Faydh et d’al-Saliba, ainsi que des sunnites de la ville de Jableh.
D’après nos sources, les recrues se voient proposer des salaires allant jusqu’à 600 dollars, versés en livres turques. Les données indiquent également que les efforts de recrutement ciblent principalement les personnes ayant une mauvaise réputation ou un casier judiciaire, en échange des avantages financiers offerts.
La faction est dirigée par un commandant connu sous le nom d’« Abu Ubaida ». À ce jour, le troisième groupe de membres, en provenance de la province de Lattaquié, a été transféré.
Selon certaines informations, les organisateurs ont tenté de recruter des jeunes hommes de la communauté alaouite, mais ces tentatives ont échoué.
D’après les informations disponibles, l’objectif de la création de « Liwa al-Quds » est d’étendre son contrôle sur la province d’Hassaké. Par ailleurs, des sources ont rapporté qu’un jeune homme de Lattaquié, en contact avec plusieurs membres du groupe, aurait été informé que l’accord en vigueur entre l’État syrien et les Forces démocratiques syriennes prendrait fin sous peu et qu’il leur fallait se préparer à participer à l’attaque.
Les informations indiquent également que des armes lourdes — qui auraient été saisies précédemment à Raqqa et Maskanah — ont été transférées hier dans la ville de Jableh, où elles ont été stockées dans des installations appartenant au groupe.
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*Des groupes armés désignés sous le nom d’« Armée tribale », qui seraient affiliés aux autorités dirigées par HTS, attaquent actuellement le village kurde d’al-Sayha, en face du village d’al-Kharita, dans la campagne ouest d’al-Hasakah.
Selon des informations locales, ces groupes prennent d’assaut les maisons, se livrent à des pillages généralisés et volent du bétail. Les habitants décrivent la situation comme une véritable invasion et lancent des appels à l’aide urgents.
SYRIE / ROJAVA – L’Académie de Jineolojî (mot kurde signifiant « études de femmes ») du Rojava a publié deux rapports, intitulés « Crimes de guerre dans le nord et l’est de la Syrie » et « Quelques cas de crimes de guerre contre des enfants dans le nord et l’est de la Syrie », documentant, photos et vidéos à l’appui, le meurtre et l’exécution de 18 civils kurdes et de 18 enfants par les gangs de Damas soutenus par la Turquie. Liman Sheikho, membre de l’Académie, a déclaré : « En tuant les enfants, ils voulaient dire : ‘Nous tuerons aussi votre avenir.’ »Les rapports documentés comprennent : « Attaques délibérées contre des civils, torture, meurtres de civils, y compris d’enfants et de femmes, mutilations et incinérations de cadavres, destruction de mausolées de martyrs, exécutions de civils et de membres des forces armées, prélèvement du cœur et des yeux d’un jeune homme, bombardements d’hôpitaux et de mosquées où des personnes s’étaient rassemblées, coupes de cheveux de femmes, jets de corps de combattantes du haut de falaises, pillages et vols, déplacements de population, bombardements par des drones de l’État turc et enlèvements de civils. »Les documents ont été collectés entre le 6 et le 11 janvier 2026, lors des attaques contre les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep, et entre le 17 et le 26 janvier 2026, lors des attaques contre Deir Hafer, Tabqa, Raqqa, Deir ez-Zor et Kobanê.Des preuves vidéo et photographiques ont documenté l’exécution et le meurtre de 18 civils à Alep par des factions armées, le meurtre d’une famille de six personnes sur la route Raqqa-Deir ez-Zor, le jet du corps d’une femme d’un endroit élevé, la coupe de la tresse d’une autre femme, l’arrachage du cœur et des yeux d’un homme, et la capture et l’humiliation de 294 autres civils.Par ailleurs, des avions de combat turcs et des factions du gouvernement intérimaire syrien ont tué sept civils et en ont blessé quatre autres à Kobani.Liman Sheikho, membre de l’Académie de Jineolojî du RojavaDans ce contexte, Liman Sheikho, membre de l’Académie de Jineolojî du Rojava, s’est entretenu avec l’agence ANHA au sujet du contenu des rapports préparés par l’académie, soulignant que la guerre en Syrie n’est pas nouvelle et que les attaques contre les Kurdes se poursuivent.Elle a ajouté : « En tant qu’Académie de Jineolojî, nous souhaitions documenter les violations commises et les transmettre aux institutions et organisations compétentes. Depuis le 6 janvier 2026, les attaques visent des civils, des hôpitaux, des mosquées et des habitations. Ces attaques ont été perpétrées avec des armes appartenant à l’État turc, ce qui prouve l’existence d’un soutien extérieur. Nous l’avons documenté avec des images et des photographies irréfutables. »Enfants tuésD’après deux rapports, dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep, neuf enfants ont été tués et onze autres blessés. Les enfants décédés sont : Noura Rasho (10 ans), Amin Rasho (8 ans), Mira Rasho (3 ans), Khurshid Omar (13 ans), Sabri Muhammad Abdul Qader (8 ans), Muhammad Abdul Rahman Barakat (8 mois) et deux enfants de 10 ans dont les noms sont inconnus. Les blessés sont : Ivan Abdo (2 ans), Sham Dalou (3 ans), Hamouda Muhammad Bakr (13 ans), Aslan Bakr (15 ans), Jihad Saleh Nasser (15 ans), Ahmad Badr al-Din Zeidan (15 ans), Abdullah Hassan Muhammad (8 ans), Hala Hamza (13 ans), Wiam (6 ans), Rahaf Hamza (6 ans) et Rajab Abdul Fattah (13 ans). De nombreux autres enfants des deux quartiers étaient également portés disparus, et en raison des attaques en cours, leur nombre et leur identité n’ont pu être établis. La petite Akhin, âgée de seulement 20 jours, a vu ses parents tués.À Raqqa, Hassaké et Kobané, neuf enfants ont été tués lors d’attaques menées par le gouvernement intérimaire syrien et l’État turc. À Raqqa, un garçon de dix ans, dont le nom est inconnu, a été tué. À Hassaké, Daham al-Rasho, âgé de dix ans, a également été tué. Sur la route reliant Kobané à Raqqa, Mahmoud Musi al-Koulk, âgé de quinze ans, a trouvé la mort. Dans la campagne de Kobané, les enfants suivants ont été tués : Sabreen Ahmed Alawi (8 ans), Judi Ahmed Alawi (14 ans), Muhammad Ahmed Alawi (10 ans), Ibrahim Ahmed Alawi (5 ans), Jaafar Muhammad Sheikh Bozan (3 ans) et Solin Muhammad Sheikh Bozan (7 ans).En tuant des enfants, ils voulaient dire : « Nous allons tuer votre avenir. »Liman Sheikho a dénoncé le massacre d’enfants par des factions du gouvernement intérimaire syrien soutenu par la Turquie, déclarant : « En ciblant les enfants, ils ont envoyé un message au peuple : nous anéantirons aussi votre avenir, alors ne croyez pas que vous pourrez préserver votre culture et votre existence. Car les enfants sont la culture qui fait vivre la société. »Cheikho a expliqué qu’ils avaient préparé les rapports en sept langues (kurde, arabe, anglais, allemand, français et autres) et qu’ils les partageraient avec les mouvements de femmes, les organisations de défense des droits des femmes et des enfants et les institutions internationales compétentes.Vous trouverez des informations détaillées sur les deux rapports via ces liens :https://jineoloji.eu/ar/2026/02/11/%d8%ac%d8%b1%d8%a7%d8%a6%d9%85-%d8%a7%d9%84%d8%ad%d8%b1%d8%a8-%d…
KURDISTAN – Des manifestations ont éclaté à travers l’Europe en réaction aux attaques menées au Rojava par l’armée du Gouvernement de transition syrien, dirigé par l’ancien chef du HTS, Ahmed al-Charaa [Jolani]. Sur les places publiques, des Kurdes des quatre régions du Kurdistan appellent à l’unité kurde, tandis que les jeunes manifestants expriment leur frustration envers les dirigeants politiques kurdes et leur désillusion vis-à-vis des puissances occidentales.
Le 6 janvier, les forces d’al-Charaa ont lancé une offensive contre le Rojava, région autonome kurde du nord-est de la Syrie. Partout en Europe, la diaspora kurde est descendue dans la rue pour protester contre ces attaques.Les manifestants ont dénoncé l’abandon des Kurdes ayant combattu l’État islamique (Daech) et ont appelé à la solidarité et à la cohésion kurde. Ils ont également exhorté les États européens et les États-Unis à apporter leur soutien au Rojava.« J’ai l’impression d’avoir été trahi. »
« Nous avons combattu pour eux, nous avons fait leur sale boulot. »
Aux Pays-Bas, d’importants rassemblements ont eu lieu à La Haye, Rotterdam, Amsterdam et Arnhem. Les slogans mettaient l’accent sur l’unité kurde, tels que « Rojava et Rojhilat [Kurdistan iranien] – Le Kurdistan est un seul pays » et « Le peuple kurde est un ». Les slogans soutenant Abdullah Öcalan, figure emblématique kurde emprisonnée, étaient remarquablement rares.Alaa Kalaf, un Kurde syrien résidant aux Pays-Bas qui a activement sensibilisé le public à la situation au Rojava sur les réseaux sociaux, a participé à de nombreuses manifestations dans plusieurs villes néerlandaises. Il a décrit ces manifestations comme empreintes à la fois de colère et de tristesse.« Je me sens trahi par tout le monde, vraiment, par le monde entier », a-t-il déclaré aux journalistes. Pointant du doigt les États-Unis, il a affirmé : « Ce qu’ils ont fait, c’est de la trahison. Nous avons combattu pour eux, nous avons fait leur sale boulot. »Entre 2015 et 2019, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées militairement par les Unités de défense du peuple kurde (YPG), ont joué un rôle central dans les opérations qui ont chassé l’EI des villes à majorité arabe telles que Raqqa, Deir ez-Zor, Tabqa et Manbij, qui ont ensuite été intégrées à l’Administration autonome démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES).Alaa a expliqué que, tandis que les Kurdes protégeaient leur propre territoire, ils défendaient également les villes arabes contre l’EI, accomplissant en réalité le « sale boulot », pour finalement être abandonnés par les États-Unis.« Le récit de la fraternité des peuples est une illusion. »Alaa a fait valoir que la défection de certaines tribus arabes de Raqqa et de Deir ez-Zor vers les rangs des forces du gouvernement de transition syrien compromettait l’espoir de solidarité entre les communautés en Syrie.« Les tribus arabes ne sont fidèles à personne ; nous ne pouvons pas leur faire confiance. Par conséquent, l’idée de fraternité entre ces peuples, de pouvoir construire une Syrie démocratique, laïque et féministe, est une illusion. »Concernant les théories politiques d’Öcalan, qui mettent l’accent sur le confédéralisme démocratique multiethnique et façonnent le modèle de gouvernance du Rojava, Alaa a déclaré : « J’ai un grand respect pour Öcalan. Mais je pense que ce qu’il a écrit est trop dogmatique et utopique pour notre époque. »« Les Kurdes devraient d’abord penser à leur propre foyer. »
« Voilà comment ils nous remercient d’avoir combattu Daech. »
Uğur Cihan, ingénieur électricien ayant participé aux manifestations à Cologne, en Allemagne, a fait écho à ce sentiment d’abandon de la part des puissances occidentales. « Voilà comment ils nous remercient d’avoir combattu Daech », a-t-il déclaré, faisant référence à la réponse limitée de l’Europe à l’offensive de janvier menée par l’armée du Gouvernement de transition syrien.Cihan a également critiqué la rhétorique anti-kurde des médias turcs et souligné les contradictions en Turquie : alors qu’un processus de réconciliation avec les représentants kurdes est officiellement en cours, les autorités continuent de détenir des personnes pour avoir manifesté leur soutien à la communauté kurde du Rojava. Des actes symboliques de solidarité, comme le tressage des cheveux par des femmes, ont été qualifiés de propagande terroriste, entraînant des arrestations et des licenciements.Cihan a plaidé pour un changement de stratégie politique kurde. « La mentalité kurde qui façonne la politique doit évoluer », a-t-il déclaré. Il a soutenu que l’unité kurde devait primer sur les efforts de démocratisation des États qui gouvernent les régions kurdes – une position qui s’écarte du cadre du confédéralisme démocratique qui sous-tend une grande partie du mouvement kurde contemporain.« Les Kurdes devraient cesser d’alimenter le feu de leur voisin et éteindre le leur », a ajouté Cihan, présentant le Kurdistan comme un territoire colonisé, une analyse développée par le sociologue turc İsmail Beşikçi et adoptée par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à ses débuts.«Que ceux qui en paient le prix décident.»
L’Occident perçoit les conflits impliquant les Kurdes au Moyen-Orient comme une situation normale.
Ezo Önder, qui a participé aux manifestations en France, a exprimé son admiration pour l’unité kurde, mais a critiqué l’inaction européenne, l’attribuant à la perception que les conflits impliquant les Kurdes sont monnaie courante au Moyen-Orient. Önder a suggéré que des décennies de lutte armée kurde ont désensibilisé l’opinion publique occidentale et ses décideurs politiques.Elle a également soutenu que les décisions stratégiques devraient être prises par les personnes directement concernées. « Laissons ceux qui en paient le prix décider de ce qu’il faut faire et comment. Les personnes impliquées dans ce dossier se battent depuis des années et risquent leur vie », a déclaré Önder, ajoutant : « Nous devons les respecter. »Un tournant ?L’accord de cessez-le-feu conclu le 30 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, et le gouvernement de transition syrien a donné aux populations du Rojava – qui luttent pour leur survie – un répit temporaire, même si cela a eu un coût important pour l’administration autonome.La crise a brièvement permis de surmonter les divisions entre les factions politiques kurdes. La coordination entre le commandant des FDS, Mazloum Abdi, et l’éminent dirigeant kurde irakien, Massoud Barzani, a démontré le potentiel de coopération malgré les tensions historiques entre les groupes kurdes en Syrie et le gouvernement régional du Kurdistan, qui entretient des liens étroits avec la Turquie.La résistance au Rojava, conjuguée à la mobilisation de la diaspora, témoigne de la capacité des Kurdes à se mobiliser rapidement et à s’organiser d’eux-mêmes. Il reste toutefois incertain si cela représente un véritable tournant et comment cela influencera leur trajectoire politique, compte tenu de l’évolution de la situation dans le nord-est de la Syrie et de l’enlisement du processus de paix en Turquie.
(…)
Par Mehmet Fırat Özgür, journaliste basé aux Pays-Bas et membre de RFG Media
Article original (en anglais) à lire ici « Rojava Protests: Kurdish Youth’s Reckoning«
SYRIE – Certaines familles kurdes fuient Damas alors que les forces islamistes ciblent le quartier kurde de Zorava, qui a fait l’objet de raids de sécurité et d’arrestations de nombreux habitants par les forces gouvernementales.En janvier dernier, les Kurdes de Syrie ont été confrontés à une nouvelle vague de violence suite aux appels publics au djihad lancés par les forces islamistes qui contrôlent le pays. Les attaques ont débuté à Alep et se sont rapidement étendues au nord-est de la Syrie. Face à l’intensification des offensives militaires dans le nord et l’est du pays, le gouvernement a également imposé un cordon de sécurité autour de Zorava.Les Kurdes de Zorava, ville qui abrite 50 000 Kurdes damascènes, décrivent un renforcement des mesures de sécurité, du harcèlement aux points de contrôle gouvernementaux fondé sur l’appartenance ethnique et les opinions politiques, des fouilles de leurs téléphones portables et des chants islamistes extrémistes entonnés par les forces de l’ordre. Cette situation rappelle étrangement des souvenirs à nombre de ses habitants, qui ont vécu sous le régime dictatorial d’al-Assad et subi la terreur de Daech.Les racines des Kurdes à DamasLa présence kurde à Damas, en Syrie, remonte à plus de mille ans, mais c’est durant la domination ottomane du XVIe siècle que des Kurdes ont migré en grand nombre depuis le sud de l’actuelle Turquie. À cette époque, plusieurs quartiers kurdes ont vu le jour à Damas. Le plus grand et le plus ancien était « Hayy al-Akrad » (en arabe : le quartier kurde), rebaptisé « Rukn al-Din » au milieu du XXe siècle dans le cadre des politiques d’arabisation mises en œuvre lors de l’unification égypto-syrienne.Après la dissolution de l’union en 1961, le nouvel État baasiste a continué de promouvoir l’idée d’une nation arabe fondée sur une langue, une culture et une histoire communes. Dans ses formes les plus extrêmes, cette idéologie s’est traduite par le racisme et le chauvinisme, les identités non arabes étant perçues comme une menace pour l’unité et la sécurité nationales.Les Kurdes de Syrie dans l’État-nation moderneLa vie des Kurdes sous l’État syrien a basculé en 1962. Le décret présidentiel n° 93 ordonna un recensement dans le gouvernorat d’Hassaké, au nord-est du pays, où vivait la majorité des Kurdes. Officiellement, ce recensement visait à identifier les « infiltrés étrangers » en recensant les personnes ayant franchi la frontière depuis la région du Kurdistan turc. Tous les Kurdes devaient prouver leur présence en Syrie au moins depuis 1945. Mené de manière hâtive et arbitraire, ce recensement entraîna la dépossession de la citoyenneté de 120 000 Kurdes, soit environ 20 % de la population kurde syrienne de l’époque. Ceux qui perdirent leur citoyenneté furent classés comme « ajanib » (étrangers) ou « maktoumeen » (apatrides). Les premiers possédaient des cartes d’identité d’étranger, souvent appelées « cartes rouges », portant leur numéro de recensement, tandis que les seconds n’étaient inscrits dans aucun registre officiel.En 1974, la construction du barrage de Tabqa a entraîné la destruction des terres agricoles et la perte de milliers de maisons et de leurs terres par les inondations. Dans le cadre du projet de la Ceinture arabe, le gouvernement baasiste a confisqué des terres kurdes à Hassaké et les a attribuées à ces agriculteurs [arabes]. Déplacés et dépossédés, de nombreux Kurdes ont survécu grâce à un statut juridique précaire et à de rares opportunités économiques. Les familles ont progressivement migré vers les grandes villes comme Damas. Beaucoup ont trouvé un emploi dans le cadre du projet Dummar, un programme de logements sociaux lancé par le gouvernement pour étendre les zones urbaines de la banlieue ouest de Damas, en collaboration avec 15 coopératives et des personnalités influentes.Zorava – le quartier bâti à la sueur de son front.
Quand nous construisions nos maisons la nuit, la municipalité venait les démolir le lendemain. Quand nous construisions le jour, ils démolissaient nos maisons la nuit.
Pendant les travaux sur le chantier de Dummar, des Kurdes commencèrent à construire de petites maisons pour leurs familles à proximité. Ces constructions illégales engendrèrent un cycle tendu de chantiers et de démolitions avec les autorités, mais aboutirent finalement à la création de Zorava, un quartier à part entière. Le mot kurde « Zorava » pourrait se traduire par « construit par la force », illustrant les années d’efforts acharnés nécessaires à sa création.Abdul Satar Hussein, lui-même ancien ouvrier du bâtiment, déchu de sa nationalité à l’époque et titulaire d’une carte d’identité rouge, raconte : « Quand nous construisions nos maisons la nuit, la municipalité venait les démolir le lendemain. Quand nous construisions le jour, ils les démolissaient la nuit. » Il ajoute que le gouvernement « s’est lassé de notre persévérance » au bout de quelques années. Hussein vit toujours dans la maison qu’il a construite, avec sa famille.Un refuge kurde dans la guerre civile syrienneLorsque les soulèvements nationaux contre le régime de Bachar el-Assad ont débuté en mars 2011, la population de Zorava s’est jointe au mouvement à travers de nombreuses manifestations et marches. Afin d’apaiser les Kurdes, Assad a promulgué le décret n° 49, accordant la citoyenneté aux personnes enregistrées comme « étrangers », dont le nombre avait alors atteint environ les 500 000. Par la suite, de nombreux habitants de Zorava ont rejoint le mouvement de révolution du Rojava qui se déroulait dans les régions kurdes du nord de la Syrie.« Les habitants de Zorava ont préservé leurs racines kurdes », explique Shirko Mahmoud, sociologue kurde. « Ces quatorze dernières années, des dizaines de milliers de leurs proches et membres de leurs familles kurdes ont fui vers Zorava en raison de la guerre et des déplacements forcés. »Bien que le quartier de Zorava soit pauvre et mal desservi, Mohammed al-Abdullah, l’un des plus anciens habitants, le décrit comme « notre Kurdistan damascène ». Il montre du doigt les enseignes et les noms des commerçants en kurde : « On entend les chants kurdes aux fenêtres. » Cependant, récemment, de nombreuses familles ont retiré les drapeaux kurdes et les photos de martyrs des murs de leurs maisons et des espaces publics, car les Kurdes de Zorava se sentent de plus en plus menacés.Lien entre Zorava et RojavaLa Syrie est entrée dans une nouvelle ère avec l’arrivée au pouvoir de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) en décembre 2024. Si beaucoup espéraient une transition vers la démocratie et la justice, l’année précédente a été marquée par des massacres sectaires perpétrés par l’armée arabe syrienne contre la population alaouite sur la côte et la communauté druze à Soueïda. Parallèlement, la rhétorique hostile du gouvernement à l’encontre des Forces démocratiques syriennes (FDS) – la force militaire de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), à majorité kurde – s’est traduite par des attaques ouvertes début 2026. Après avoir conquis plus de 80 % du Nord-Est de la Syrie, ne laissant à la DAANES que les zones à majorité kurde, le Gouvernement de transition syrien et les FDS ont signé un accord de cessez-le-feu le 29 janvier.Le déplacement massif des Kurdes d’Alep, de Raqqa et de Tabqa, ainsi que la série d’ abus et de violations commis par les forces gouvernementales lors de leur installation, ont rendu beaucoup incapables de faire confiance au nouveau pouvoir à Damas : « Après les hostilités massives et les changements démographiques que nous avons constatés dans les quartiers kurdes d’Alep et au Rojava, nous ne pouvons pas faire pleinement confiance à ce gouvernement de transition de facto – malgré le récent accord de sécurité », a déclaré Abdul Satar Hussein, résident de Zorava mentionné précédemment.
« Des décennies plus tard, les mêmes scènes se répètent, mais sous un nouveau drapeau et avec un nouveau pouvoir. »
Pour Abdul Qadir Hussein, un agent immobilier de 60 ans – et constructeur réputé à Zorava – la situation lui rappelle étrangement quelque chose. « Zorava a toujours été le reflet du Rojava à Damas, et elle l’est encore aujourd’hui. » Il se souvient des événements qui ont suivi l’insurrection du stade de football de Qamishlo en 2004, lorsque les Kurdes se sont soulevés contre le gouvernement Assad après que des hooligans liés au régime ont attaqué des supporters locaux lors d’un match. À l’époque, l’armée syrienne a encerclé Zorava – à 650 kilomètres de Qamishlo – avec des chars et a imposé un siège massif. « L’armée syrienne, de concert avec les services de renseignement, a lancé une campagne systématique d’arrestations arbitraires contre nous à Damas. Ils ont arrêté beaucoup de mes amis et d’étudiants kurdes », raconte Hussein. « Des décennies plus tard, les mêmes scènes se répètent, mais sous un nouveau drapeau et avec une nouvelle puissance. »Bari Ali, une artiste de 29 ans inscrite à l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas, a déclaré avoir été choquée d’entendre des appels publics au djihad contre les Kurdes du Rojava. Elle a été témoin de la propagation de la peur au sein de la communauté, lorsque des Arabes sunnites radicaux de Zorava ont relayé ces appels : « J’ai vu les forces de sécurité générale scander des hymnes djihadistes dans leurs véhicules, patrouillant dans les rues de Zorava pour nous terroriser. » Elle a ajouté que cela lui rappelait la période 2014-2015, lorsque Daech prenait le pouvoir et que « le drapeau de l’État islamique flottait à Raqqa ».Bari Ali raconte qu’à chaque fois qu’elle sort de chez elle, son appartenance ethnique kurde est signalée aux points de contrôle. Elle craignait de rentrer trop tard, au point d’éviter complètement de sortir. Finalement, face à l’escalade des menaces, elle a fui Zorava. Sa situation n’est pas un cas isolé. Selon le comité de quartier, la population kurde de Zorava est passée sous la barre des 50 000 personnes.Lors d’une rencontre organisée par le gouverneur de Damas avec les habitants de Zorava et le comité de quartier, ce dernier les a interrogés sur leurs revendications concernant les services publics et la réparation des infrastructures. Abdul Satar Hussein a rapporté que le gouverneur avait été surpris par la réponse des habitants : « Nos revendications sont les mêmes que celles du Rojava. Préservez notre dignité de Kurdes en Syrie. La stabilité ne pourra être garantie que lorsque les forces de Damas mettront fin à l’escalade militaire contre les zones kurdes. »
Par Soha Ezzi, réalisatrice, militante des droits civiques et journaliste indépendante basée à Damas
Article d’origine (en anglais) à lire ici : « Under Islamist Chants, Damascus’s Kurdish Zorava Neighbourhood Comes Under Pressure«
IRAN – Au moins 50 corps de femmes non identifiées tuées lors des manifestations populaires en Iran ont été découverts dans une morgue de Téhéran, rapporte l’agence kurde The Amargi qui ajoute que cela intensifié les craintes de l’ampleur et la nature sexiste des violences d’État en Iran.
Voici l’article de Amargi :
La récente découverte d’une cinquantaine de corps de femmes non identifiés au complexe médico-légal de Kahrizak à Téhéran a intensifié les craintes concernant l’ampleur et la nature sexiste des violences d’État en Iran, dans un contexte de manifestations à travers le pays contre un régime ayant un passé de répression sexuelle des dissidentes.
Le 7 février, l’Association des étudiants en sociologie de l’Université Tarbiat Modares a publié un rapport intitulé « À la recherche de la liberté, de l’égalité et de la prospérité : cinquante corps non identifiés de manifestantes à Téhéran ». Ce rapport indique que les services médico-légaux ont découvert des dizaines de cadavres de femmes, dont beaucoup auraient été transférés sous haute sécurité et selon des procédures de documentation très limitées.
Certaines femmes étaient habillées, d’autres dévêtues – un détail qui laisse supposer la possibilité d’abus sexuels.
Les étudiants devaient se faire passer pour des proches cherchant à identifier les victimes afin d’avoir accès à leurs corps. La plupart des photographies qui leur étaient présentées avaient été prises à la morgue, bien que certains corps aient été retrouvés ailleurs. Certaines femmes étaient vêtues, d’autres dévêtues – un détail qui laissait supposer la possibilité d’abus sexuels, même si les étudiants ne pouvaient pas enquêter plus avant en toute sécurité. Une femme avait encore une sonde d’oxygène dans la bouche, indiquant qu’elle était décédée à l’hôpital. Selon le rapport, si la majorité des corps appartenaient à de jeunes femmes, certaines semblaient avoir la cinquantaine. Nombre de cadavres présentaient des blessures graves, notamment des fractures du crâne et d’importantes hémorragies, certains visages étant tellement défigurés que leur identification aurait été impossible sans examen spécialisé. Dans certains cas, les visages étaient relativement intacts et auraient pu être identifiés par les familles si elles en avaient été autorisées, ce qui rend d’autant plus choquant le fait que les corps de cinquante manifestantes de Téhéran soient restés sous contrôle de l’État au centre médico-légal. Le rapport souligne que le manque de transparence, les interventions sécuritaires et l’absence de procédures judiciaires efficaces ont effectivement empêché l’identification des victimes féminines, faisant de la catégorie de « cadavre non identifié » l’un des principaux outils de l’État pour dissimuler l’ampleur de la répression.
Le fait de conditionner la restitution des corps à des examens invasifs… peut s’inscrire dans un schéma plus large de contrôle coercitif sur le corps des femmes après leur mort.
Ces observations éclairent d’un jour nouveau les images choquantes qui circulent en ligne, montrant des familles tentant de récupérer le corps d’une manifestante au centre médico-légal de Kahrizak. On leur répond qu’aucun corps de femme ne sera remis tant que son utérus n’aura pas été ouvert. Cette déclaration, qui ne constitue ni une explication médicale ni une procédure légale, a été largement relayée en réaction à ces vidéos et soulève de graves questions quant aux pratiques post-mortem sexistes et inquiétantes de l’Iran. Les critiques affirment que le fait de conditionner la restitution des corps à des examens invasifs sans consentement éclairé ni ordonnance judiciaire transparente – outre le fait qu’il s’agit d’une violation des droits de l’homme – viole la dignité humaine et peut s’inscrire dans un schéma plus large de contrôle coercitif sur le corps des femmes après leur mort. Contrôle étatique du corps des femmesCes témoignages choquants des manifestations de janvier 2026 révèlent une tendance de longue date : le ciblage et le contrôle des corps des manifestantes et dissidentes, avant et après leur mort, ont constamment servi d’instrument de violence d’État en Iran. Cette forme de violence sexiste a été mise en œuvre immédiatement après la révolution de 1979. L’État ciblait spécifiquement les femmes vierges afin de contrôler leur destin posthume, partant du principe qu’une vierge mourant sans tache pouvait gj. En violant ces femmes avant leur exécution, l’État les empêchait symboliquement de mourir vierges et renforçait l’idée que le pouvoir étatique s’étendait au-delà de la vie, jusque dans l’au-delà, en affirmant sa domination patriarcale sur le corps et l’esprit.Plusieurs cas documentés du début des années 1980 illustrent comment la violence sexuelle fonctionnait comme une composante ritualisée de l’exécution et était intégrée à l’application des peines de mort, en particulier contre les femmes affiliées à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK). En 1983, Flor Orangi, 20 ans, et Elaheh Deknema, 21 ans, toutes deux étudiantes et membres de l’OMPI, auraient été violées avant leur exécution. Les autorités leur auraient ensuite rendu leurs corps, accompagnés de gestes symboliques tels que des paiements de « dot » ou des messages faisant référence aux agressions. Un scénario similaire s’est produit dans le cas de Maryam Mohammadi, 27 ans. En 1981, Sedigheh Bayat, 17 ans, a tenté de se suicider en apprenant qu’elle serait agressée sexuellement avant son exécution, mais elle a été ranimée, violée puis exécutée. Ces cas démontrent que, dans le cadre de l’exercice du pouvoir étatique par le régime islamique, le viol constituait non seulement une forme de torture, mais aussi un rituel délibéré visant à dégrader, dominer et étendre le contrôle de l’État sur les femmes, même après leur mort. Ce n’est qu’en 2013 que la pratique du viol de jeunes filles vierges avant leur exécution a été officiellement reconnue au niveau des Nations Unies. Gouverner le corps des femmes au-delà de la vie
En refusant aux familles toute information concernant le lieu où se trouvent, l’état ou le traitement des corps des femmes, l’État crée une seconde forme d’humiliation.
La persistance de telles pratiques suggère qu’en Iran, le contrôle exercé sur le corps des femmes ne se limite pas à la répression de la dissidence politique de leur vivant, mais s’étend à la gestion symbolique et administrative de leur mort. En retenant les corps, en empêchant leur identification ou en imposant des procédures post-mortem invasives, l’État exerce son autorité sur le deuil lui-même, entravant la capacité des familles à faire leur deuil et celle des communautés à honorer la mémoire des victimes. Cette violence s’opère également à travers des normes sociales profondément marquées par le genre, notamment le concept de « gheyrat » – une notion culturellement ancrée d’honneur masculin fondée sur la protection et la tutelle des parentes. En privant les familles d’informations sur le lieu où se trouvent les femmes, leur état de santé ou les soins qui leur sont prodigués, l’État instaure une humiliation supplémentaire à l’encontre des hommes de la famille, censés préserver la dignité des femmes au sein de celle-ci. Ce faisant, la violence d’État instrumentalise l’honneur patriarcal, transformant le corps des femmes en un instrument de dégradation familiale et sociale plus large. Le déni de dignité face à la mort devient non seulement une stratégie pour faire taire les victimes, mais aussi un mécanisme calculé pour étendre la peur, la honte et le pouvoir au sein des réseaux familiaux et communautaires.
Par Mahtab Mahboub, militante féministe iranienne basée en Allemagne
Article d’origine (en anglais) à lire ici : « Fifty Unidentified Female Protesters Found in Tehran Morgue – Islamic Regime’s Use of Gendered State Violence »
EUROPE – Hier, le Parlement européen s’est réuni pour discuter des attaques visant les Kurdes du Rojava, l’ordre du jour portant sur la levée du siège de Kobanê, l’instauration d’un cessez-le-feu permanent et la reconnaissance du statut politique du Rojava. Deux députées européennes portaient des robes traditionnelles kurdes en soutien aux femmes kurdes, dont les corps sont mutilés par les gangs djihadistes de Damas, DAECH / ISIS et de Turquie…
Lors d’une séance plénière mardi, les députés européens ont tenu un débat approfondi sur le thème : « La situation dans le nord-est de la Syrie, les violences contre les civils et la nécessité d’un cessez-le-feu permanent ». Outre l’ampleur des dégâts humanitaires, les principaux points abordés ont porté sur le rapport de force à l’origine des attaques contre le Rojava, le rôle de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), la position de la Turquie et les choix politiques de l’Union européenne (UE).Trois questions principales ont été au cœur de la session : la levée du siège de facto de Kobané, l’instauration d’un cessez-le-feu permanent dans le nord-est de la Syrie et l’octroi d’un statut politique clair au Rojava. Si de nombreux parlementaires ont estimé que des arrangements de type fédéral constituaient « une option réaliste qui mérite d’être examinée », ils ont souligné qu’aucune solution ne serait viable si les Kurdes n’étaient pas reconnus comme interlocuteurs dans le processus de transition à Damas.Le Parlement votera jeudi sur une résolution non législative concernant la Syrie.Šuica : Le nord-est de la Syrie est le révélateur de la démocratieS’exprimant au nom de la Commission européenne, Dubravka Šuica a souligné la fragilité de la situation post-Assad : « Un an après la chute du régime d’Assad, la Syrie demeure extrêmement fragile. L’évolution de la situation dans le nord-est du pays sera déterminante ; cette région permettra de savoir si le gouvernement sera véritablement démocratique. »Faisant référence à l’accord du 30 janvier, Šuica a rappelé l’intégration des forces kurdes aux structures de sécurité et la reconnaissance de l’enseignement en langue kurde. Parallèlement, elle a souligné les dispositions prévoyant le transfert des champs pétroliers, des aéroports et des points de passage frontaliers sous le contrôle de Damas, déclarant : « Cet accord prévoit l’intégration des forces kurdes aux structures militaires et de sécurité, leur représentation politique aux niveaux local et central, et la reconnaissance de l’enseignement en langue kurde ; toutefois, il prévoit également le transfert d’infrastructures critiques au contrôle du gouvernement. »
« La menace de l’EI persiste »Abordant la question des risques sécuritaires, Šuica a souligné que la menace de l’EI persiste : « Le risque d’une résurgence de l’EI demeure, et la possibilité d’évasions de détenus constitue une préoccupation sécuritaire majeure. En matière de gestion des risques, Damas reste notre principal interlocuteur. »Šuica a clairement indiqué que la position de l’UE vis-à-vis de la Syrie ne serait pas inconditionnelle à ce stade : « Tout engagement avec Damas ne peut être inconditionnel. Pas un seul euro ne sera transféré à la Syrie sans garanties de respect des droits humains, de protection des minorités et de véritables mécanismes de contrôle démocratique. Tout soutien financier fera l’objet d’un strict contrôle politique et juridique. »Faisant référence aux expériences passées, Šuica a souligné que la position de l’UE avait évolué : « Nous ne permettrons pas que l’aide devienne un outil de légitimation du régime. La communauté internationale suivra de près ce processus. »Soulignant le cadre de financement de l’UE, elle a insisté sur sa conditionnalité : « L’Union européenne est le principal fournisseur d’aide humanitaire ; toutefois, l’aide humanitaire seule ne suffit pas. Elle doit être complétée par des financements pour la reconstruction et le développement. »Évoquant la visite d’Ursula von der Leyen à Damas, Šuica a conclu : « Cette visite a inauguré un nouveau cadre de coopération d’une valeur de 620 millions d’euros pour la période 2026-2027 ; toutefois, ce cadre sera mis en œuvre sous de strictes conditions. L’UE poursuivra le dialogue en vue d’une transition inclusive. »Néanmoins, de nombreux parlementaires ont estimé que le cadre défini par Šuica ne prenait pas suffisamment en compte la menace que représentent Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et son chef, Ahmed al-Sharaa (al-Jolani). Sur le terrain, depuis janvier, des centaines de milliers de personnes sont privées d’électricité, d’eau et de nourriture, et plus de 270 000 ont été déplacées. Cependant, le débat parlementaire s’est concentré non seulement sur la catastrophe humanitaire elle-même, mais aussi sur la question de savoir « qui en est responsable et à quelles fins politiques ».Ter Laak met en garde contre des conséquences directes pour l’EuropeL’eurodéputée néerlandaise Ingeborg Ter Laak (PPE) a évoqué la ligne de conflit s’étendant d’Alep à Raqqa, affirmant que l’architecture sécuritaire qui avait contenu Daech s’était effondrée : « Ceux qui combattent en Syrie ne resteront pas uniquement en Syrie. Cela aura des conséquences directes pour l’Europe. »Hölvényi : Les forces kurdes défendent, indirectement, toujours l’EuropeL’eurodéputé hongrois György Hölvényi (PPE/KDNP) a vivement critiqué l’UE. Affirmant que des centaines de djihadistes avaient été libérés, il a demandé que le plan d’aide de 620 millions d’euros soit conditionné : « Cette aide ne doit pas être débloquée tant que Damas n’aura pas pris de mesures concrètes contre la violence islamiste. »Hölvényi a ajouté que les évasions des camps du Rojava indiquent une possible résurgence de l’EI et a déclaré : « Les forces kurdes défendent, indirectement, toujours l’Europe. »Loiseau : Les Kurdes sont les frères d’armes de l’EuropeL’eurodéputée française Nathalie Loiseau (Renew Europe) a qualifié les Kurdes de « frères d’armes de l’Europe ». Qualifiant le siège de Kobanê d’« insupportable », elle a exhorté les autorités de Damas à mettre fin aux pressions exercées sur les civils. Mme Loiseau a affirmé que le retrait américain et la pression militaire turque avaient élargi le champ d’action des groupes djihadistes.Abir al-Sahlani : La protection refusée est une injusticeL’eurodéputée suédoise Abir Al-Sahlani (Renew Europe), vêtue d’un costume traditionnel kurde, a consacré la quasi-totalité de son discours à la défense du Rojava. Elle a vivement critiqué les tentatives de l’extrême droite de réduire le débat sur la Syrie à une simple question migratoire et a rappelé que l’arrivée au pouvoir d’al-Sharaa avait laissé un goût amer en Europe.« Aujourd’hui, je me tiens ici en tenue kurde pour rendre hommage aux femmes kurdes, à celles et ceux qui ont payé un prix exorbitant pour leur liberté. Lorsqu’elles ont répondu à notre appel à l’aide face à Daech, la pire organisation terroriste, elles ne défendaient pas seulement leurs foyers, mais aussi notre liberté. Aujourd’hui, les Kurdes sollicitent notre aide. Refuser une protection est une injustice. Différer la justice est une justice bafouée. Kurdes, nous vous voyons, nous vous entendons, vous avez plus d’amis que les montagnes au Parlement européen », a-t-elle déclaré.
L’eurodéputée suédoise Abir Al-Sahlani
Ilaria Salis : Ce combat nous concerne tousIlaria Salis, du groupe Gauche au Parlement européen (GUE/NGL), a déclaré ce qui suit :« Ces derniers jours, nous avons vécu dans une profonde et sombre inquiétude quant au sort de l’Administration autonome du Nord-Est de la Syrie, quant au présent et à l’avenir de la Révolution démocratique confédéraliste. Nous craignions le pire. Mais, comme nous l’ont appris nos camarades sur le terrain, nous n’avons jamais renoncé à la résistance et nous n’avons jamais perdu espoir. Un accord a été signé avec le gouvernement de transition syrien. Si cela a été possible, c’est grâce à la mobilisation massive et puissante des populations du nord-est de la Syrie, au soulèvement du peuple kurde en Turquie, en Irak et en Iran, et à la solidarité internationale. Notre responsabilité est désormais claire : nous devons rester vigilants et veiller à ce que chaque clause de cet accord soit respectée. Nous ne sommes pas naïfs : nous savons que les accords sont souvent bafoués et qu’ils reflètent toujours des rapports de force.C’est pourquoi il nous incombe – à tous ceux qui croient aux droits humains universels, à la justice sociale et à la coexistence pacifique entre les peuples – de tout mettre en œuvre pour renforcer DAANES. Le confédéralisme démocratique n’est pas qu’un projet régional. C’est une alternative concrète de paix et de justice dans un monde de plus en plus dominé par le nationalisme, le suprématisme et la violence.C’est pour les Kurdes, mais pas seulement. C’est pour les Arabes, les Assyriens, les Arméniens, les Yézidis et les Turkmènes. C’est pour les femmes. C’est pour tous ceux qui aspirent à la liberté. Ce combat nous concerne tous. Et puisse cette belle révolution continuer à nous inspirer – nous en avons besoin. Biji Rojava ! »
Schirdewan : Le djihadisme en costume n’est pas moins mortel.Le député européen allemand Martin Schirdewan (Gauche) a déclaré qu’il ne considérait pas comme une coïncidence la visite d’Ursula von der Leyen à Damas comme concomitante aux attaques contre les Kurdes à Alep. Schirdewan a affirmé que les États-Unis et l’Union européenne avaient trahi les Kurdes et a déclaré : « Le djihadisme en costume n’en est pas moins meurtrier. » Il a appelé à la reconnaissance de l’autonomie kurde et a conclu son discours par « Bijî Rojava [vive le Rojava] ».Maniatis : Les mots ne suffisent plusYannis Maniatis, du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen, a fait remarquer que l’accord du 30 janvier constituait une étape importante vers la stabilisation, mais qu’il devait aboutir à une transition réelle et inclusive qui respecterait l’autonomie du nord-est de la Syrie.« Le gouvernement de transition doit prouver qu’il est sincère. Les paroles ne suffisent plus. Il nous faut des actions concrètes qui garantissent les droits politiques et culturels de toutes les minorités religieuses et ethniques de Syrie. L’UE a la responsabilité de soutenir activement ce processus. Comment la Syrie peut-elle progresser vers la paix alors que les vestiges d’éléments djihadistes menacent de substituer une forme de régime autoritaire à une autre ? », a déclaré Maniatis.Neumann : Les représentants kurdes doivent avoir leur place à la table des négociations à Damas.Hannah Neumann, du groupe Verts/Alliance libre européenne, a déclaré : « Depuis des décennies, les régions kurdes sont les plus démocratiques et inclusives de Syrie ; elles incarnent le modèle de la Syrie que beaucoup de Syriens espèrent. Si les droits des Kurdes sont désormais reconnus, même partiellement, il est indispensable de les inscrire dans la Constitution et de leur donner une place à la table des négociations à Damas. »Llodra : L’Europe a une politique fondée sur les intérêts.Jaume Asens Llodra, du groupe Verts/Alliance libre européenne, a déclaré : « Parler de la Syrie aujourd’hui, c’est aussi parler de l’hypocrisie structurelle de l’Europe. Alors que nous imposons des sanctions à l’Iran au nom des droits de l’homme, nous laissons Gaza et détournons le regard face aux crimes commis par la Turquie et les Syriens en Syrie. Droits de l’homme : pourquoi des sanctions contre l’Iran, mais pas contre la Turquie ou la Syrie ? Parce que la Turquie a une frontière européenne et que la Syrie est dirigée par celui que nous considérions comme un terroriste, mais qui est maintenant un allié utile. L’Europe n’a pas de politique fondée sur les droits de l’homme. Elle a une politique guidée par ses intérêts. »Demirel: Berxwedan Jiyan eÖzlem Demirel, du groupe Gauche/NGL au Parlement européen, a déclaré : « Depuis des décennies, les Kurdes sont répartis sur quatre États, leur existence est niée, réprimée. Pourtant, ils sont parvenus à bâtir un État porteur d’espoir : le Rojava. C’était un État démocratique, un espoir pour nous tous. Ils ont combattu Daech et, en guise de remerciement, l’Occident les a trahis. Ursula von der Leyen collabore avec al-Shaara, un ancien terroriste de Daech, en lui accordant des millions d’euros d’aide malgré les massacres perpétrés contre les Alaouites, les Kurdes et les Druzes. Nous restons silencieux tandis que Kobane est assiégée. Mais, chers collègues, les Kurdes ont une devise : Berxwedan Jiyan e (La résistance, c’est la vie). Tout au long de leur histoire, les Kurdes se sont battus, et ils sont toujours là, ils continueront de se battre pour une solution démocratique, durable et juste pour le Moyen-Orient, pour tous les peuples. Et ce, quoi que fasse la Commission. Ils continueront le combat. » (ANF)
BRETAGNE – A l’occasion de la date anniversaire de sa mort, Kendal Breizh (Olivier Le Clainche), combattant internationaliste tombé dans la lutte contre DAECH / ISIS au Rojava / Syrie du Nord et d’Est, a été commémoré par des militants kurdes et bretons à Vannes.
Olivier Le Clainche (Kendal Breizh), internationaliste français d’origine bretonne, qui a perdu la vie le 10 février 2018 lors des attaques d’occupation contre Afrin par l’État turc et ses groupes armés affiliés, a été commémoré lors d’un événement organisé à Vannes, en France.Réunis sur les remparts du château de Vannes, le groupe Antifa Vannes et d’autres militants ont déployé des banderoles réclamant la fin des attaques djihadistes ciblant le Rojava. Lors de cette commémoration, les drapeaux des YPG, des YPJ et du Rojava ont été brandis par la foule qui scandait «Vive la résistance du Rojava » et « Les martyrs ne meurent jamais ». Lors des discours prononcés à l’occasion de la commémoration, il a été souligné que Kendal Breizh n’était pas seulement un internationaliste armé, mais aussi le représentant d’une conscience humaine transcendant les frontières, s’opposant fermement à l’injustice et faisant siennes les souffrances des peuples. Les orateurs ont mis en lumière le fait que Breizh avait choisi le sacrifice plutôt que le confort, la résistance plutôt que le silence, et que sa volonté de risquer sa vie pour la liberté d’un peuple étranger, en terre lointaine, reflétait sa conscience et sa foi en l’humanité.Lors de la commémoration, les militants ont déclaré que le nom de Kendal Breiz resterait à jamais gravé dans les mémoires, mais aussi dans la solidarité, la résistance et la lutte commune des peuples.La commémoration s’est terminée par des slogans.
SYRIE / ROJAVA – La situation sanitaire de la ville kurde de Kobanê est alarmante. L’embargo, qui dure depuis trois semaines, continue de priver la population d’eau, d’électricité, de nourriture et de médicaments, ont alerté les autorités sanitaires locales, malgré le cessez-le-feu conclu entre les forces kurdes et Damas.Ahmed Mahmoud, coprésident du conseil de santé de Kobané, a déclaré mardi à Rudaw que des centaines d’habitants étaient tombés malades à cause de l’eau potable contaminée et que les médicaments essentiels s’épuisaient rapidement. « Les médicaments dont nous disposons ne suffiront qu’à soigner les patients pendant une semaine de plus », a-t-il précisé.Kobané est soumise à un blocus strict depuis plus de trois semaines, malgré un accord international conclu fin janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire de Damas. Cet accord visait à mettre fin aux hostilités et à intégrer les institutions civiles et militaires de l’administration kurde du nord-est de la Syrie (Rojava) sous le contrôle de l’État.Les coupures d’électricité ont aggravé la crise. Mahmoud a déclaré que l’électricité n’avait été rétablie que pendant cinq heures dimanche, après plus de 20 jours de coupures, tandis que l’eau restait totalement coupée et les voies d’approvisionnement officielles étaient fermées.« Les routes ne sont pas ouvertes et les habitants se procurent un peu de nourriture par la contrebande », a-t-il affirmé.Selon le conseil de santé de Kobané, cinq hôpitaux sont actuellement opérationnels dans la ville – trois publics et deux privés – mais le système est débordé par l’afflux croissant de personnes déplacées.Mahmoud a précisé qu’il existait néanmoins cinq centres de santé dans les villages ruraux, mais qu’ils étaient « sous le contrôle des milices du gouvernement intérimaire et ne dispensaient actuellement aucun service ».Les habitants dépendant de l’eau des puits pour boire, « une eau non stérilisée et sans chlore », ont propagé des maladies et « des cas d’intoxication ont été recensés ».Il a rapporté qu’au moins 500 personnes avaient souffert de diarrhée, de vomissements et d’intoxication liés à l’eau contaminée.Selon lui, les maladies saisonnières ont également augmenté avec le froid, et « chaque hôpital public reçoit entre 300 et 400 patients par jour ».Les pénuries ne se limitent pas aux médicaments de base. Mahmoud a déclaré que les hôpitaux de Kobane sont confrontés à de graves déficits en matériel chirurgical, en produits de laboratoire et en médicaments spécialisés. Les stocks de médicaments antirabiques pour les morsures de chien sont épuisés.Parmi les cas les plus urgents figurent des patients atteints de cancer qui n’ont plus accès aux traitements. « Nous avons recensé 26 cas de cancer nécessitant des médicaments que nous ne possédons pas ; ils doivent être transférés d’urgence à Alep ou à Damas », a déclaré Mahmoud, prévenant que leur état se détériore de jour en jour.Cette crise sanitaire survient alors qu’un responsable local a averti lundi que Kobane reste soumise à un blocus humanitaire paralysant.« La situation se dégrade de jour en jour. Plus de dix jours se sont écoulés depuis la signature de l’accord entre les FDS et le gouvernement de Damas… mais à Kobané, même après dix jours, seul le cessez-le-feu est appliqué », a déclaré Adnan Bozan, chef du bureau du Conseil national kurde (ENKS/KNC) à Kobané, principale coalition d’opposition au Rojava, à Rudaw. Il a ajouté que si les bombardements ont cessé, le siège est toujours en vigueur.Mi-janvier, l’armée arabe syrienne et ses alliés armés ont lancé une offensive de grande envergure pour repousser les FDS, force militaire de facto du Rojava, des zones du nord et du nord-est de la Syrie, notamment les provinces d’Alep, de Deir ez-Zor, de Raqqa et de Hassaké.Fin janvier, les FDS et Damas ont annoncé avoir conclu un accord, négocié au niveau international, pour mettre fin aux hostilités et intégrer les institutions civiles et militaires du Rojava sous le contrôle de l’État.Malgré l’accord, la ville kurde de Kobané reste soumise à un blocus strict qui dure depuis plus de trois semaines. (Hengaw)
SYRIE / ROJAVA – Le 18 janvier 2026, Mahmoud Hajo, un ambulancier arabe de l’hôpital de Raqqa, tenta de fuir la ville pour les zones kurdes d’Hassaké avec un collègue soignant en raison de l’intensification des attaques perpétrées par des groupes armés affiliés au gouvernement syrien.
Avant d’atteindre le village d’Abou Ghashab, situé à mi-chemin entre Raqqa et Hassaké, l’ambulance fut saisie par les forces gouvernementales. Ces dernières confisquèrent l’argent, les téléphones portables et les effets personnels des deux civils. Après une longue altercation, le soignant fut séparé de l’ambulancier et Mahmoud Hajo fut menotté. Victime de violents coups et de tortures, il fut abattu de trois balles – au cou, à la poitrine et à la jambe – par des hommes armés des forces gouvernementales syriennes.
Les équipes communautaires de maintien de la paix (CPT) du Kurdistan irakien ont confirmé cet incident grâce à des entretiens avec des témoins oculaires, à la communication avec la famille de la victime, à la collecte de documents et à l’examen de preuves photographiques et vidéo disponibles sur les réseaux sociaux.