CNSK: « Sauvons Kobané, Sauvons le Rojava ! »

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PARIS – Dans un communiqué publié ce mardi 24 décembre, la Coordination Nationale Solidarité Kurdistan (CNSK) appelle à empêcher les attaques sanglantes turques ciblant les Kurdes du Rojava, dans le nord de la Syrie.
 
Voici le communiqué du CNSK:

Sauvons Kobané, Sauvons le Rojava !

En 2014 rien ne semblait pouvoir arrêter la progression des brigades jihadistes de l’État islamique, qui avait conquis la moitié de l’Irak, massacré les Yézidis au Shengal et proclamé son califat sur l’Irak et le nord de la Syrie. De sa « capitale », Raqqa, allaient partir les ordres de perpétrer des attentats partout en Europe et bien sûr à Paris. Mais une petite ville à la frontière turque, Kobané, résistait et l’EI allait jeter toutes ses forces dans la bataille pour faire tomber ce dernier bastion kurde de la région. Pendant ce temps la Turquie fermait sa frontière, empêchait les renforts d’arriver à Kobané et réprimait les manifestations de solidarité sur son territoire, envoyant en prison pour des décennies les manifestants. Au prix des vies de milliers de jeunes femmes et de jeunes hommes kurdes, Kobané avait tenu bon, et cette victoire avait marqué le début de la défaite pour l’EI. La bataille avait continué jusqu’à la chute de Raqqa et le démantèlement du prétendu Califat. Pendant ce temps, les Kurdes en alliance avec les tribus arabes syriennes avait mis en place une fédération autonome des peuples du nord et de l’est de la Syrie, l’Administration Autonome du Nord et de l’Est de la Syrie, dont le contrat social était révolutionnaire : égalité totale entre les religions, les groupes ethniques, parité homme/ femme dans toutes les instances dirigeantes de la fédération autonome, égalité dans le divorce, l’héritage etc. Dix ans après, la chute du dictateur Bachar Al Assad a réjoui tout le monde, en Syrie et ailleurs. Mais le grand vainqueur de cette victoire éclair, sans combats ou presque, n’est autre que le Hayat Tahrir al-Sham (HTS), encore très récemment affilié à Al Qaeda. Même si son chef Ahmad Al Chareh, met tout en œuvre pour séduire les occidentaux et convaincre de son attachement à la démocratie, il est peu crédible. Il vient de décréter le désarmement de tous les groupes non affiliés à l’État syrien. Cela ne vise pas bien sûr l’ANS, l’armée nationale syrienne, brigade jihadiste financée et armée par la Turquie, mais clairement les Forces démocratiques syriennes, FDS, qui défendent l’AANES (Autonomous Administration of North and East Syria appelation officielle du Rojava). L’ANS a déjà repris Manbij et Tall Rifaat et assiège Kobané, redevenue la ville symbole que les djihadistes et la Turquie veulent à tout prix voir tomber. Allons-nous laisser faire, laisser les Kurdes se sacrifier une fois de plus pour contenir les hordes djihadistes ? Notre solidarité doit se manifester partout et sous toutes les formes possibles, en écrivant à nos élu-e-s, en intervenant dans nos syndicats et dans la rue. La Turquie et ses supplétifs djihadistes doivent quitter les territoires qu’ils ont annexé au Nord de la Syrie. Sauvons Kobané, sauvons le Rojava ! Le 23 décembre 2024 Amis du Peuple Kurde en Alsace – Amitiés Kurdes de Bretagne – Amitiés Kurdes de Lyon Rhône Alpes – Amitiés Kurdes de Vendée – Association Iséroise des Amis des Kurdes – Association France Kurdistan – CADTM : Comité pour l’abolition des dettes illégitimes -Conseil Démocratique Kurde en France – Ensemble – Mouvement Jeunes Communistes de France – Mouvement de la Paix – Mouvement des Femmes Kurdes en France – Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié́ entre les Peuples – Nouveau Parti Anticapitaliste – Parti Communiste Français – Union Communiste Libertaire – Union Syndicale Solidaires – Solidarité et Liberté Provence COORDINATION NATIONALE SOLIDARITE KURDISTAN CNSK : cnskurd@gmail.com  

Maire du 10e arrondissement: Paris est terre des Kurdes

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PARIS – Les commémorations du deuxième anniversaire du massacre de Paris du 23 décembre 2022 se sont poursuivies hier soir. La maire du 10e arrondissement de Paris et d’autres élus locaux ont réclamé justice pour le massacre de Paris. La commémoration d’Evîn Goyî, membre du conseil exécutif du KCK, de l’activiste Abdurrahman Kızıl et de l’artiste Mîr Perwer, tués à Paris en 2022, a commencé au Centre culturel kurde Ahmet Kaya et s’est poursuivie tout au long de la journée avec des discours et des performances musicales. Lundi après-midi, la manifestation a repris devant le Centre culturel kurde Ahmet Kaya, avec la participation d’activistes kurdes et de nouveaux discours. Malgré le froid, une foule nombreuse a rempli la rue devant le bâtiment de l’association, protestant contre le massacre perpétré par l’État turc et le silence de la France. La foule a scandé à plusieurs reprises des slogans tels que « Şehid Namirin » (« Les martyrs sont immortels ») et « Jin Jîyan Azadî » (« femme, vie, liberté »). La manifestation a débuté par une minute de silence, suivie d’un discours du coprésident du CDK-F, Xanê Akdoğan. « Nous lutterons jusqu’à ce que les meurtriers soient traduits en justice »  Xanê Akdoğan a déclaré : « Les femmes ont mené la révolution du Rojava, et pour cela, l’État occupant turc les a prises pour cible. Nous nous engageons à suivre les traces des martyres. À l’État français, qui prétend qu’il s’agit d’une attaque raciste, nous disons : Evîn Goyî a lutté contre l’État islamique. Elle a protégé toute l’Europe, mais vous n’avez pas pu la protéger. Tant que les tueurs ne seront pas traduits en justice, notre lutte ne s’arrêtera pas. Nous condamnons les responsables de ce massacre et ceux qui sont restés silencieux. »  Şahin Polat, co-présidente du CDK-F, a déclaré aux participants qu’ils s’étaient réunis pour rendre hommage aux victimes et a ajouté : « Evîn Goyî était une figure clé de la libération de Raqqa. Pour honorer son héritage, nous devons garantir le statut du Rojava et nous sommes prêts à payer n’importe quel prix pour cela. Pour les peuples du Moyen-Orient et pour résoudre les problèmes de la région, nous exigeons la libération du leader Apo (Abdullah Öcalan) ». Polat a souligné la nécessité de clarifier la situation sur les massacres de Paris et a promis de continuer à se battre jusqu’à ce que justice soit faite et qu’Öcalan soit libéré. « La France doit faire la lumière sur le massacre de Paris »  S’exprimant au nom du TJK-E (Mouvement des femmes kurdes en Europe), Arşem Ahmed a souligné l’importance de découvrir la vérité sur les massacres de Paris et a déclaré : « Paris a une histoire sombre remplie de massacres. Pour que l’histoire soit éclairée, ces massacres doivent être clarifiés par l’État français. » Soulignant le paradigme d’Öcalan sur la libération des femmes et sa mise en œuvre au Rojava, Ahmed a déclaré : « La révolution construite au Rojava n’a pas été détruite malgré toutes les attaques. »  « Nous devons nous unir autour du Rojava »  Ahmed a également souligné le rôle déstabilisateur des puissances internationales dans la région et a déclaré : « Il existe une résistance importante dans les quatre parties du Kurdistan. Malgré les défis, notre peuple continue de protéger la révolution du Rojava et nous ne reculerons jamais. Sous la direction d’Önder Apo, nous avons goûté au goût d’une vie égalitaire, libre et démocratique et nous continuerons sur cette voie. J’appelle une fois de plus le peuple kurde : le Rojava est le Kurdistan, Kobanê est le Kurdistan. Unissons-nous une fois de plus autour du Rojava. »  « Paris est une terre kurde »  Alexandra Cordebard, maire du 10e arrondissement de Paris, a exprimé sa solidarité avec les Kurdes et a déclaré : « Nous sommes à nouveau là, à vos côtés. » Transmettant les salutations de l’ancien maire, elle a déclaré : « Le 10e arrondissement est une terre kurde et le restera toujours. Malheureusement, c’est aussi un lieu de massacres. C’est un sanctuaire pour les Kurdes qui ont combattu l’Etat islamique et qui ont ensuite cherché refuge ici. Six Kurdes ont été assassinés ici, à dix ans d’intervalle. Une fois de plus, nous affirmons notre soutien aux droits des Kurdes et demandons l’intervention du Parquet antiterroriste de Paris pour élucider ce massacre et rendre justice. »  « La liberté des peuples est liée à la lutte kurde »  Cordebard a souligné l’importance mondiale de la lutte kurde et a déclaré : « La liberté des peuples est liée à la lutte kurde. Le peuple kurde a besoin de notre soutien, de notre solidarité et de la reconnaissance de ce qu’il a accompli. Je le redis, c’est une terre kurde. Vous ne serez jamais des visiteurs ici. Les valeurs représentées par les Kurdes sont nécessaires aux peuples de France et même de toute l’Europe. Je leur exprime ma solidarité et mon engagement dans la lutte. »  « Les tueurs et leurs protecteurs doivent être dénoncés »  Zeynep Kara, s’exprimant au nom de la famille de la martyre Evîn Goyî, a déclaré : « Deux ans se sont écoulés, et pourtant les auteurs n’ont pas été poursuivis. Pour nous, Paris est une source de grande douleur. Le mois de décembre nous rappelle ces massacres. Une fois de plus, nous nous sommes rassemblés sur le lieu où nos camarades ont été tués. L’État français protège les tueurs et leurs complices. Nous nous engageons à poursuivre cette lutte jusqu’à ce que ce massacre soit élucidé et que les responsables soient démasqués. »  « Des millions de personnes marchent sur le chemin des martyrs »  Zeynep Kara a poursuivi : « Les martyrs de Paris nous ont quittés, mais des millions de personnes continuent leur lutte et leur chemin. C’est pourquoi nous disons que nous ne sommes pas seuls, nous sommes des millions. Bien que nous soyons profondément attristés, nous sommes tout aussi déterminés et remplis de colère. Quel qu’en soit le prix, nous poursuivrons cette lutte. »  « Nous serons solidaires du peuple kurde »  Niyaz Abdullah, une militante féministe du Kurdistan du Sud, a déclaré que les attaques contre les Kurdes se produisaient dans les quatre régions du Kurdistan. Elle a appelé à la résolution des massacres de Paris et à la poursuite de la lutte. Raphaëlle Primet, s’exprimant au nom du Parti communiste, a souligné la solidarité avec le peuple kurde et a insisté sur l’urgence d’identifier les auteurs. «Retirer le PKK de la liste des organisations terroristes»  S’exprimant au nom du Parti des Verts, Aminata Niakate a délivré un message de solidarité et exigé justice pour les victimes du massacre de Paris. Geneviève Garrigos, du Parti socialiste, a répété le slogan « Jin Jîyan Azadî » et a salué la foule en disant « Êvarbaş » (Bonsoir en kurde). « Ce massacre n’est pas un hasard, ses auteurs doivent être traduits en justice », a-t-elle déclaré. « Nous sommes avec vous, nous sommes plus forts ensemble. Nous demandons que le PKK soit retiré de la liste des organisations terroristes ».  L’événement s’est terminé par des performances de poésie et de chansons des artistes Meral Alkan, Nuarin, Farqin et Ozan Maruf. (ANAF)

TURQUIE. Explosion dans une usine de munitions à Balıkesir

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TURQUIE – Ce matin, une explosion a eu lieu dans une usine de munitions dans le district de Karesi, dans le district de Balıkesir, dans l’ouest de la Turquie. « Curieusement », les autorités turques n’accusent pas la guérilla kurde ou les forces kurdes du Rojava d’être derrière l’explosion.
 
L’explosion a eu lieu dans la section de production de cartouches de l’usine d’explosifs ZSR dans le quartier de Kavaklı. Les premiers rapports font état de 12 morts.
 
Les services d’urgence et les pompiers sont intervenus sur le lieu de l’explosion.
 
Le gouverneur de Balıkesir, İsmail Ustaoğlu, a déclaré que 12 personnes étaient mortes et 3 autres blessées, ajoutant qu’il n’y avait « aucune possibilité de sabotage ». Le gouverneur Ustaoğlu a poursuivi : « Une explosion a eu lieu dans l’unité de production de cartouches de l’usine, entraînant l’effondrement du bâtiment. Toutes nos équipes sont actuellement sur place. L’explosion a eu lieu à 8h25. »
 
Le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya a déclaré à l’agence Anadolu que 12 personnes avaient été tuées, ajoutant : « Une explosion a eu lieu à 8h25 dans la province de Balıkesir. Nous sommes en contact avec notre gouverneur et toutes nos institutions compétentes sont sur place. Le procureur a lancé une enquête. »
 
Production subventionnée par l’État
 
Selon le journal officiel du registre du commerce, 45% de ZSR Explosives appartient à une société appelée Topalipo. Les actions restantes appartiennent à Zirve Holding et Senta Mining. Les membres du conseil d’administration sont Milan Jurek, Zafer Topaloğlu, Zbynek Brazda, Zezih Ecertaş et Halil Oğuzhan.
 
La construction de l’usine a débuté en avril 2020, un projet bénéficiant d’une « subvention de l’État sur la base de projets ». L’objectif de production était de 140 millions de cartouches de pistolet et de 243 millions de cartouches de mitrailleuse.
 
Une usine saisie après un coup d’État manqué
 
Anciennement connue sous le nom de Sarsılmaz Explosives Industries, l’usine a été saisie après le coup d’État manqué du 15 juillet 2016 et placée sous la protection du Fonds d’assurance des dépôts d’épargne. L’entreprise a ensuite été rachetée par Zirve Holding, détenue par Ömer Faruk Kalyoncu et Senta Mining, poursuivant ses activités sous le nom de ZSR Explosives Industries.

PARIS. Les Kurdes commémorent les martyrs de Paris

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PARIS – Ce lundi 23 décembre, la diaspora kurde a rend hommage aux martyrs des deux massacres ayant ciblé les activistes kurdes à Paris le 9 janvier 2013 et le 23 décembre 2022. Aujourd’hui, une minute de silence a été observé devant le centre culturel kurde Ahmet Kaya, au 16 rue d’Enghien, où il y a deux ans jour pour jour Emine Kara (Evîn Goyî), Mehmet Şirin Aydın (Mîr Perwer) et Abdurrahman Kızıl furent assassinés de sang froid par un certain W. M. qui fut capturé un plus loin dans un salon de coiffure kurde. Le Mouvement des femmes kurdes en Europe (Tevgera Jinên Kurd a Eworpayê – TJK-E) organise des activités de commémoration pour la membre du conseil exécutif du KCK Evîn Goyî, l’artiste Mîr Perwer et l’activiste Abdurrahman Kızıl, assassinés le 23 décembre 2022 au Centre culturel kurde Ahmet Kaya à Paris. Les Kurdes et leurs amis se sont rassemblés devant le Centre culturel kurde Ahmet Kaya où le massacre a eu lieu il y a deux ans et ont scandé « Şehid namirin » (Les martyrs sont immortels) et « Jin, Jîyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté). Des portraits de celles et ceux qui ont perdu la vie lors des premier et deuxième massacres de Paris ont été brandis pendant la manifestation. On se souvient également des membres fondateurs du PKK, Sakine Cansız (Sara), Fîdan Doğan (Rojbîn) et Leyla Şaylemez (Ronahî), assassinés par l’État turc à Paris le 9 janvier 2013. La commémoration a débuté par une minute de silence.
« Les tueurs sont connus, pourquoi l’État français reste-t-il silencieux ? » S’exprimant au nom du TJK-E, Dilan Amed a demandé : « Les tueurs sont connus, pourquoi l’État français garde le silence ? » Déclarant que la décision du massacre avait été prise par l’État turc, Dilan Amed s’est adressé à l’État français et a déclaré : « Si l’État français ne veut pas être partenaire de cette sale guerre de l’État turc, il doit faire la lumière sur ce massacre. » Dilan Amed a affirmé que l’État turc fonde son existence sur l’extermination des Kurdes : « L’État turc commet de tels massacres pour détruire la lutte kurde. À cette fin, il attaque le Rojava et renforce l’isolement du leader Apo (Abdullah Öcalan). » « Nous poursuivrons notre lutte jusqu’à ce que le leader Apo soit libre » Dilan Amed a évoqué l’importance du modèle d’Abdullah Öcalan et a appelé à intensifier la lutte. Dilan Amed a rappelé les salutations envoyées par Leader Apo lors de sa rencontre avec son neveu Ömer Öcalan et a déclaré : « Une fois de plus, nous recevons les salutations envoyées par Leader Apo. Nous allons intensifier la lutte avec ces salutations. Nous continuerons notre lutte jusqu’à ce que Leader Apo soit libre. » « Nous nous battrons jusqu’au bout » Emine Kara, une proche de la martyre Evîn Goyî, a souligné qu’Evîn Goyî avait grandi dans le camp de réfugiés de Maxmur et combattu dans quatre régions du Kurdistan : « Elle a entrepris d’importantes missions au Rojava. Elle a fait de grands efforts dans la lutte contre l’EI. Même si elle est venue en Europe après avoir été blessée, elle n’a jamais abandonné la lutte. En tant que famille, nous voulons que cet incident soit clarifié. Nous n’abandonnerons pas la lutte de Saras et d’Evîns. Nous nous battrons jusqu’au bout. » « Ce n’est pas une fatalité » Celal Turan, un proche du martyr Abdurrahman Kızıl, a déclaré que la lumière n’avait pas été faite sur ce massacre, bien que deux ans se soient écoulés depuis. Turan a poursuivi : « L’État turc est derrière ce massacre. Ce massacre a eu lieu parce que le précédent massacre de Paris n’avait pas été révélé. Mais ce n’est pas une fatalité. Trop c’est trop ! Le peuple kurde a une grande opportunité qui se présentera une fois tous les 100 ans dans quatre régions du Kurdistan. Les Kurdes doivent saisir cette opportunité. » Turan a dénoncé les tentatives de dissimulation du massacre par des relations d’intérêt et a déclaré : « L’État français doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire la lumière sur ce massacre. » « Nous protégerons leur héritage » Zübeyde Zümrüt, coprésidente du Congrès de la Société Démocratique Kurde en Europe (Kongreya Civakên Demokratîk â Kurdistanîyên li Ewropa -KCDK-E), a déclaré : « Nous sommes à la fois en colère et désolés. Nous connaissons les meurtriers des massacres de Paris, comme nous connaissons les meurtriers de Dersim, Maraş et Roboski. Les femmes révolutionnaires et pionnières ont été prises pour cible à Paris en raison des politiques malhonnêtes de l’État turc. » Zümrüt a souligné que les femmes étaient prises pour cible parce qu’elles suivaient le paradigme du leader Apo et a déclaré : « Sakine Cansız nous a laissé un héritage révolutionnaire, Evîn nous a laissé le système du Rojava, nous protégerons leur héritage. » Zübeyde Zümrüt a déclaré que les conquêtes des Kurdes étaient destinées à être détruites et a déclaré : « Evîn a protégé l’Europe avec sa lutte contre l’EI, mais l’État français ne l’a pas protégée et a fermé les yeux sur les meurtriers. » « Nous allons intensifier notre lutte » Zümrüt a conclu : « Nous poursuivrons leur lutte. L’État turc brutal renforce l’isolement d’Öcalan pour briser notre volonté. Nous allons intensifier notre lutte jusqu’à ce que le leader Apo soit libéré et que la question kurde soit résolue. » L’événement commémoratif s’est poursuivi avec la performance de Meyzen Agît et sera suivi par les amis des Kurdes à 18h00.
Le Mouvement des femmes kurdes en France (TJK-F) et le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) organisent plusieurs événement en hommage aux martyrs de Paris: Sakine Cansız (Sara), Fidan Doğan (Rojbîn) et Leyla Şaylemez (Ronahî), assassinées à Paris en janvier 2013, et Emine Kara (Evîn Goyî), Mehmet Şirin Aydın (Mîr Perwer) et Abdurrahman Kızıl assassinés en décembre 2022. Les manifestations et commémorations débuteront le 21 décembre avec le slogan « Les commanditaires, on les connait, mais la France se tait ».

Le calendrier des actions commémoratives

Jeudi 9 janvier : Rassemblements devant les consulats français. La marche blanche qui partira du Centre culturel kurde Ahmet Kaya se terminera au 147 rue La Fayette où se trouvait le Bureau d’information kurde de Paris (11h) et où Sakine, Fidan et Leyla furent assassinées le 9 janvier 2013. Conférence avec la participation d’avocats des familles des victimes à la Mairie du 10ème arrondissement de Paris (18h00)

Samedi 11 janvier : rassemblement et marche (10h). La marche débutera devant la Gare du Nord.

 

*Massacres de Paris ayant ciblé les Kurdes

 
Dans la journée du 9 janvier 2013, trois militantes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, sont assassinées par un agent turc dans le 10e arrondissement de Paris. L’assassin présumé est mort en prison mais les commanditaires derrière ce triple féminicide sont restés impunis et l’État français a classé l’affaire « Secret défense ».
 
 
Alors que les Kurdes restaient mobilisés pour que la lumière soit faite ce triple assassinat politique, un autre attentat les a frappé de nouveau en 2023, toujours dans le 10e arrondissement de Paris. En effet, le 23 décembre 2023, un attentat terroriste a ciblé le centre kurde de la rue d’Enghien, dans le Xe arrondissement de Paris. Emine Kara (Evîn Goyî), une responsable du Mouvement des femmes kurdes, au chanteur Mehmet Şirin Aydın (Mîr Perwer) et le retraité Abdurrahman Kizil furent assassinés par un tueur qui a été arrêté par des employés d’un salon de coiffure kurde où il s’était rendu pour massacrer d’autres Kurdes…

ROJAVA. Les femmes manifestent en soutien aux YPJ

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SYRIE / ROJAVA – Aujourd’hui, des femmes sont descendues dans la rue à Qamishlo en soutien aux Unités de défense de la femme (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin – YPJ) dont les combattantes affrontent les mercenaires de la Turquie près du barrage de Tichrine. Des milliers de femmes du canton d’Al-Jazeera ont manifesté en soutien à la résistance des YPJ face aux attaques de l’occupation turque et de ses mercenaires au barrage de Tishreen, et elles ont envoyé un message commun disant que : « Kobanê est notre ligne rouge ». Organisée par le mouvement des femmes Kongra Star et sous le slogan « Ensemble pour protéger notre patrie », des milliers de femmes kurdes, arabes et syriaques du canton d’Al-Jazira ont participé à une marche massive pour soutenir et aider la résistance des Unités de protection des femmes (YPJ) dans le barrage de Tishreen, et pour dénoncer les crimes des mercenaires de l’occupation turque contre les combattantes capturées. Les femmes portaient des banderoles écrites en kurde, arabe, allemand, anglais et italien, telles que : « Les unités de protection des femmes sont l’esprit de la révolution », « Les unités de protection des femmes sont la dignité de la révolution », « Nous sommes toutes les unités de protection des femmes », « Les unités de protection des femmes garantissent la protection des femmes », et « Il est temps de protéger la révolution des femmes », et « Les YPJ libéreront les femmes ». Les femmes ont également hissé les drapeaux des unités de protection des femmes et de Kongra Star. La marche a débuté devant le rond-point Sony et a fait le tour du marché central de la ville de Qamishlo, au milieu des chants « Vive la résistance des YPJ, femme, vie, liberté (Jin, jiyan, azadî) ». Lorsque la marche a atteint le rond-point du martyr Qahraman Omri, les participants se sont arrêtés pour une minute de silence en hommage aux âmes des martyrs. Rehan Loqo a adressé ses salutations aux YPJ qui résistent et luttent contre les attaques de l’occupation turque, et a qualifié cette résistance d’« historique dans la lutte de résistance des femmes ». Rehan a noté que l’État d’occupation turc n’avait pas cessé ses attaques contre la région du nord-est de la Syrie depuis le début de l’étincelle du 19 juillet (2012), et a déclaré : « Pourquoi ne cesse-t-il pas ses attaques ? Parce qu’il veut éliminer la révolution des femmes, cette révolution qui pourrait devenir un exemple à suivre pour le monde et pour les femmes. » Rehan a souligné : « Nous ne courberons pas la tête devant l’État d’occupation turc et ses mercenaires. Nous l’affronterons avec la force et l’esprit libre des femmes, et avec l’esprit des femmes kurdes, arabes, syriaques, circassiennes et arméniennes, nous vaincrons. » Pour sa part, la coprésidente du Conseil exécutif du canton d’Al-Jazira, Vivyan Bahou Osei, a déclaré : « Aujourd’hui, nous nous réunissons, Arabes, Kurdes et Syriaques, pour confirmer que notre cause est une et que notre destin est commun. Notre force réside dans notre unité, et notre unité est l’arme qui ne peut être vaincue. » Vivyan a souligné que les Forces démocratiques syriennes et les Unités de protection des femmes ne sont pas seulement une force militaire, mais plutôt un symbole de la lutte commune et de la défense des valeurs de liberté, de dignité et d’égalité. Elle a déclaré : « Nous nous levons aujourd’hui pour dire que nous vous soutenons et que leur combat pour la paix est notre combat sur le terrain. Élevons nos voix en signe de soutien et d’assistance, et envoyons un message au monde entier selon lequel cette terre restera inébranlable grâce au sang des martyrs et au soutien de ses femmes et de ses hommes ensemble. » Vivyan a expliqué que pour le bien de la nouvelle Syrie, il est nécessaire que les femmes s’unissent avec la voix des femmes libres et rédigent une nouvelle constitution qui préserve la liberté et les droits des femmes.

LONDRES. Rassemblement devant la BBC pour les journalistes kurdes tués au Rojava

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LONDRES – Les Kurdes et leurs amis, rassemblés devant le bâtiment de la BBC à Londres sous la direction de l’Initiative des journalistes kurdes, ont souligné que l’État turc occupant avait ciblé et assassiné les journalistes Nazim Daştan et Cihan Bilgin et qu’il s’agissait d’un crime de guerre. Les manifestants ont dénoncé le silence de la BBC devant le meurtre de journalistes kurdes.
 
Manifestation pour Nazim et Cihan devant le bâtiment de la BBC
 
À l’appel de l’Initiative des journalistes kurdes britanniques et de l’Assemblée du peuple kurde, les Kurdes et leurs amis se sont rassemblés devant le bâtiment de la BBC à Londres pour protester contre l’assassinat des journalistes Nazim Daştan et Cihan Bilgin par l’État turc.
 
Pendant l’action, des banderoles et des banderoles avec des photographies de Nazim Daştan et Cihan Bilgin, ainsi que des drapeaux avec des photographies d’Önder Apo, ont été brandis.
 
Au cours de la manifestation, des slogans tels que «Les martyrs sont immortels », « Vive la résistance du Rojava » et « État terroriste turc » ont été fréquemment scandés, et le slogan « Honte à vous » a été scandé à l’encontre du BCC, qui ne voulait pas voir l’assassinat des journalistes kurdes.
 
Ilham Bakır et Nejla Ari ont prononcé des discours au nom de l’Initiative des journalistes kurdes britanniques.
 
Le journaliste et écrivain Ilham Bakır a rappelé que les journalistes libres Nazim Daştan et Cihan Bilgin ont été délibérément assassinés et a déclaré : « En ce sens, un crime de guerre a été clairement commis selon toutes les conventions internationales avec l’assassinat ciblé de journalistes qui suivaient l’actualité. Ceux qui ont perpétré l’attaque ont pris pour cible les journalistes pour empêcher que les crimes de guerre qu’ils ont commis soient révélés et pour que la vérité reste dans l’ignorance ».
 
VOTRE CAMÉRA NE RESTERA PAS AU SOL
 
Bakır a souligné que Nazim et Cihan sont des représentants de la tradition de la presse libre qui a fait des dizaines de martyrs contre le peuple kurde pour empêcher que la vérité ne soit obscurcie.
 
Bakır a déclaré que l’État turc cible depuis cent ans les journalistes kurdes qui documentent les crimes de guerre, l’oppression et les massacres commis contre les Kurdes, et a ajouté : « Maintenant, en tant que journalistes issus de la tradition de la presse libre, nous vous promettons à Nazım, d’adopter ton grand sourire ; Nous te le promettons, Cihan, en embrassant le feu de la vérité dans tes yeux, nous te le promettons ainsi qu’à tous les martyrs ; Votre stylo et votre appareil photo ne resteront pas par terre ».
 
Bakır a appelé toutes les institutions internationales, en particulier les médias internationaux, les institutions des droits de l’homme et les forces démocratiques, et a déclaré : « L’assassinat brutal de Cihan et Nazim devraient faire l’objet d’une enquête immédiate et ceux qui ont commis ce crime de guerre devraient être traduits devant la Cour pénale internationale ».
 
POURQUOI VOUS GARDEZ LE SILENCE ?
 
Après İlham Bakır, Nejla Ari a pris la parole. Attirant l’attention sur le silence du BCC, Nejla Ari a déclaré : « Nous nous sommes réunis ici aujourd’hui pour nos amis qui ont été brutalement et traîtreusement assassinés. Vous vous demandez peut-être pourquoila BBC ? Car la BBC est toujours restée silencieuse lorsqu’il s’agit des Kurdes. Nous sommes ici pour remettre en question ce silence. Nous voulons connaître la raison de leurs craintes. Même dans cette situation, nous voulons comprendre pourquoi ils gardent le silence sur le meurtre de deux journalistes ».
 
Ari a déclaré qu’en tant que journalistes kurdes au Royaume-Uni et en Europe, nous condamnons le meurtre cruel de Nazim Daştan et Cihan Bilgin et a déclaré : « Nous appelons les organisations de presse internationales, les organisations de défense des droits de l’homme et tous les amis de la vérité et de la justice à condamner le génocide. politiques de l’État turc. »
 
Suite aux discours des journalistes kurdes, des représentants des journaux de gauche révolutionnaire à Londres ont également pris la parole et ont condamné le meurtre de Daştan et Bilgin ; Il a souligné qu’ils continueront à être solidaires avec la presse kurde qui suit la vérité.
 
L’action s’est terminée par des applaudissements, des slogans et des chants de protestation. (ANF)

SYRIE. Un membre d’Al-Amshat viole une fillette de 7 ans à Manbij

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SYRIE / ROJAVA – Un membre de la Division al-Hamza (Al-Amshat) sous commandement de la Turquie kidnappé et violé une fillette de 7 ans à Manbij, provoquant de violents affrontements entre les membres de la tribu Al-Bubna et les mercenaires. Depuis l’occupation de Manbij par les mercenaires de la Turquie, des crimes de guerre sont commis quotidiennement contre les civils, notamment les Kurdes.
 
Une source locale de Manbij, cité par l’agence ANHA, a rapporté le déclenchement d’affrontements intenses entre les membres de la tribu Al-Bubna et les mercenaires du groupe Al-Amshat suite à l’enlèvement et au viol d’une fillette de sept ans.
 
Le kidnapping et le viol de la fillette a suscité une colère généralisée dans la région, avec des informations faisant état de victimes et de blessés résultant des affrontements en cours, selon une source bien informée.
 
La ville de Manbij occupée, comme d’autres zones sous occupation turque et ses mercenaires, continue d’être le théâtre de crimes contre ses habitants commis par les mercenaires, au milieu du chaos sécuritaire qui règne dans la ville. (ANHA)
(image d’archive)

Medine Mamedoğlu: Le journalisme au milieu de la violence étatiquo-masculine

TURQUIE / KURDISTAN – Les nombreux défis que pose le fait d’être kurde, femme et journaliste – que mes collègues femmes comprendront très bien – n’ont pas diminué au cours des dix dernières années. Depuis de nombreuses années, la profession de journaliste est en proie à d’intenses violations des droits de l’homme et à des pressions, tant en Turquie qu’au Kurdistan. En période de troubles politiques, de crises économiques et de guerre, des dizaines de journalistes qui ont embrassé le rôle et la mission que la profession implique ont été assassinés, emprisonnés ou soumis à la torture. Ces pressions, qui ont atteint leur apogée dans les années 1990, perdurent encore aujourd’hui, même après 30 ans. Des milliers de journalistes qui continuent leur travail en ajoutant l’éthique et la conscience aux principes traditionnels de QQOQCCP* subissent encore aujourd’hui ces pressions. La presse libre est en première ligne de cette lutte. Tout en essayant de porter à l’attention du public les violations et les tortures subies par la population, les travailleurs de la presse libre, qui ont été systématiquement pris pour cible par les pouvoirs en place à l’époque, ont été soit soumis à un harcèlement judiciaire, soit contraints de quitter le terrain sous la menace lorsqu’ils ont révélé la vérité au public. Des journalistes comme Ape Musa (Musa Anter), Hafız Akdemir et bien d’autres ont été assassinés simplement parce qu’ils exerçaient cette profession. Quand on regarde en arrière, on constate que les méthodes utilisées pour réprimer les journalistes aujourd’hui sont les mêmes qu’il y a 30 ans. Malgré le passage du temps, rien n’a changé dans ce pays. Comme les journalistes dont nous avons hérité, nous continuons à nous battre. Dans cette lutte, nous avançons sur le chemin en donnant la priorité à la vérité sans discrimination fondée sur la race, la langue, la religion ou le sexe. Les paroles et le travail de ceux qui ont payé le prix pour que ces vérités ne restent pas dans l’ombre continuent de guider notre chemin aujourd’hui. Il n’est pas surprenant que nous ayons vécu une histoire semblable à celle que j’ai décrite en lisant, en écoutant ou en regardant. En fonction du climat politique du pays, les politiques du gouvernement envers les journalistes et la presse libre changent constamment. Alors que ces cycles se répètent depuis des années, les journalistes ciblés par la censure et le harcèlement judiciaire continuent d’écrire et de documenter malgré tout. Je suis l’une des femmes journalistes qui perpétuent cette tradition aux côtés de centaines de mes collègues dans mon domaine. J’ai commencé à travailler chez JINHA, la première agence de presse féminine au monde, en novembre 2015, alors que j’étais étudiante à l’université, à l’âge de 18 ans. Comme j’ai commencé pendant une période d’intense activité, je n’ai pratiquement pas passé de temps au bureau. Pendant cette période, j’ai suivi de près les processus de conflit à Sur et les mouvements sociaux à Amed. Lorsque j’ai commencé ma carrière, j’ai vécu, vu et écrit sur des choses que je n’aurais jamais pu imaginer dans mes rêves les plus fous. Chaque reportage que j’ai écrit, chaque photo que j’ai prise et chaque personne dont j’ai écouté l’histoire m’accompagnent désormais comme une partie de mon expérience.

Être une femme journaliste sur le terrain

En plus des défis que représente le métier de journaliste, les pressions auxquelles nous sommes confrontées en tant que femmes journalistes kurdes au Kurdistan sont bien plus intenses. Les nombreuses difficultés qui accompagnent le fait d’être kurde, d’être une femme et d’être journaliste – que mes collègues femmes ne comprendront que trop bien – n’ont pas diminué, même après dix ans. Les politiques oppressives visant à la fois les femmes et le peuple kurde dans ce pays nous affectent à chaque étape de notre travail sur le terrain. Cette réalité n’est pas différente pour des milliers de femmes journalistes comme moi qui travaillent sur le terrain. Au début de ma carrière de journaliste de terrain, j’ai été témoin et victime directe de la violence des hommes, de l’État et du système judiciaire. Pour donner un exemple récent, après la nomination d’un administrateur à la municipalité de Batman, notre collègue Pelşin Çetinkaya, qui couvrait les événements de la ville, a été arrêtée alors qu’elle avait déclaré à plusieurs reprises qu’elle était journaliste. Elle a été agressée et insultée. Le même jour, nous avons également été empêchés de faire notre travail et menacés par la police. Ce mois de novembre marquera mes neuf ans de carrière. Malgré toutes les pressions, les violences et les menaces auxquelles nous avons été confrontés pendant cette période, nous avons continué à écrire. Nous avons documenté et rapporté les violations et les injustices auxquelles est confronté le peuple kurde, dont le sort a été largement ignoré par l’opinion publique, dans toutes les régions où nous avons été présents. Dans cette ère de politique répétitive, les politiques visant le public n’ont malheureusement pas changé, tout comme les pressions exercées sur la presse n’ont pas changé. Les mêmes personnes dont les villages ont été incendiés hier (…) sont aujourd’hui confrontées à des politiques d’écocide et de dépeuplement. Les journalistes qui ont été assassinés hier pour avoir écrit la vérité sont aujourd’hui emprisonnés pour les informations qu’ils écrivent. Grandir à une époque où ces politiques demeurent inchangées et assumer la responsabilité de la vérité est pour nous une expérience honorable. Dans les moments où nous nous sentons mis au défi, épuisés ou désespérés, nous puisons une force renouvelée dans les luttes du passé. Car nous savons tous très bien que si nous n’écrivons pas, personne ne le fera. C’est pourquoi écouter et documenter les expériences de chaque femme, enfant, prisonnier et arbre – chaque être vivant – dans cette région est devenu pour nous plus qu’un simple métier. C’est parce que nous ne vivons pas dans une région normale et que nous ne traversons pas une période normale.

Impunité

Le prix à payer pour écrire la vérité et dénoncer la torture à notre époque est l’emprisonnement et un harcèlement judiciaire sans fin. Cependant, avant d’aborder le sujet des procédures judiciaires, j’aimerais partager quelques exemples de violences d’État masculines auxquelles j’ai été confrontée en travaillant sur le terrain, comme je l’ai déjà souligné. Alors que j’avais un appareil photo à la main et une carte de presse autour du cou, j’ai été agressée par des agents des forces de l’ordre lors de nombreuses manifestations et événements auxquels j’ai participé. Quelle coïncidence (!), ma première rencontre avec cette violence a eu lieu lors des célébrations de la Journée internationale des femmes en 2016. J’ai été agressée par deux policiers, puis j’ai failli être arrêtée pour avoir pris des photos de deux jeunes femmes qui étaient torturées et détenues de force. Durant cette période, à un poste de contrôle de police dans le district de Sur où des affrontements faisaient rage, j’ai été soumise au harcèlement et à une fouille corporelle par une policière. À Sur encore, malgré un contrôle d’identité (GBT), j’ai été soumise à des violences verbales et physiques de la part de quatre policiers. Aujourd’hui, les femmes de cette région sont confrontées à de telles violences presque quotidiennement. Pour ceux qui lisent ces récits, ce que j’ai vécu peut paraître anormal ; au début, cela m’a semblé aussi anormal. Mais ces pratiques de torture, normalisées et systématisées par l’impunité, n’ont jamais cessé un instant. Le 8 mars 2017, j’ai de nouveau été confrontée à la même violence lors du tournage. Ce processus s’est ensuite poursuivi avec des enquêtes. Au lendemain du tremblement de terre du 6 février 2023, qui a provoqué des dégâts considérables, j’ai travaillé dans des dizaines de villes. En particulier à Maraş et à Malatya, nos interviews ont souvent été entravées par la police. À Maraş, par exemple, alors que nous enregistrions avec deux collègues journalistes les réactions des citoyens qui disaient : « L’État n’était pas là », un policier a d’abord réprimandé les citoyens, puis a tenté de soulever une foule contre nous.

Violence numérique systématique

Pendant cette période, j’ai été la cible d’insultes et de menaces intenses sur les réseaux sociaux pour avoir dénoncé la négligence entourant ces événements. La violence des médias numériques a ajouté aux pressions auxquelles je faisais face sur le terrain. Pour les reportages que j’ai préparés pendant mes trois mois environ dans la zone du tremblement de terre, une enquête a été ouverte contre moi en février pour « diffusion publique d’informations trompeuses ». Je n’ai pas été informée de cette enquête, ni convoqué pour faire une déclaration. Je n’ai appris l’existence du mandat de comparution forcée que lorsque je me suis rendu dans un commissariat de police pour une plainte pour disparition, après quoi j’ai fait une déclaration au bureau du procureur. Environ un an après cette enquête, après les élections locales du 31 mars, les mêmes menaces et tortures ont refait surface à Van, où un administrateur devait être nommé. J’ai reçu de violentes menaces de mort sur les réseaux sociaux pour avoir partagé des images d’un jeune homme de Hakkâri torturé par les forces de l’ordre pour avoir protesté contre ces actions. Le lendemain de ces menaces, alors que je couvrais une manifestation d’avocats à Van contre la confiscation des mandats des élus, j’ai été torturée et arrêtée alors que je tenais une caméra et portais une carte de presse autour du cou. Bien que j’aie déclaré à plusieurs reprises que j’étais journaliste, les forces de l’ordre ont essayé de briser ma caméra pour effacer les images de torture que j’avais enregistrées. Lorsque j’ai refusé de remettre ma caméra, j’ai été soumis à la fois à des violences physiques et à des insultes. Après avoir arraché ma carte de presse de mon cou, ils m’ont menottée dans le dos et m’ont arrêtée. L’enquête que nous avions ouverte concernant cet incident a été classée sans suite au motif que l’« intervention était proportionnée ». Plusieurs mois après cet événement, un reportage que j’avais publié sur un incendie dans les districts de Mazıdağı et Çınar, qui avait fait 15 morts, a fait l’objet d’une autre enquête à la suite d’une dénonciation anonyme. Dans ce reportage, où je n’ai ni commenté ni modifié quoi que ce soit, je me suis contentée de partager une vidéo dans laquelle un citoyen disait la vérité. Néanmoins, une enquête a été ouverte contre moi le mois dernier. Les allégations dans les trois enquêtes étaient liées aux reportages et aux vidéos d’actualité que j’avais préparés. Si certaines ont été lancées sur la base de dénonciations, d’autres découlent de rapports de la Division de la cybercriminalité. Deux de ces enquêtes ont finalement été classées sans suite. Bien que je dise que les contenus que je partage relèvent de mes activités professionnelles, je continue à subir le même harcèlement dans de nombreux reportages qui concernent le public. Sur les réseaux sociaux en particulier, une vague systématique de violence numérique se poursuit sans relâche, de la part d’un groupe incapable de digérer la vérité. Cette violence, qui commence dès que nous prononçons les mots « kurde », « femme » ou « droits », reste incontrôlée car elle est renforcée par l’impunité. De nombreuses plaintes pénales que nous avons déposées auprès de nos avocats contre des individus qui ont ouvertement proféré des menaces de mort, des insultes et partagé des images d’armes sur des comptes publics ont été rejetées au motif qu’« il n’y a pas de preuve concrète ». La justice, qui considère nos reportages comme une menace et ouvre des enquêtes contre nous, ne parvient pas à trouver de preuves concrètes contre des individus qui nous menacent ouvertement de mort sous leur vrai nom. Il est évident que la seule enquête restante aboutira au même résultat. Un journaliste est contraint de faire une déclaration et d’être jugé simplement pour avoir rapporté l’actualité. Au-delà de ces harcèlements judiciaires, les obstacles auxquels nous sommes confrontés sur le terrain restent les mêmes pour les journalistes de Diyarbakır et de la région. Lors des interventions ou des détentions, les forces de l’ordre empêchent les journalistes d’enregistrer des images en utilisant des boucliers. Si les journalistes s’y opposent, on leur dit : « C’est l’ordre reçu ». Pourtant, aucun document n’est fourni pour clarifier qui a donné cet ordre. Les forces de l’ordre, agissant de manière éhontée, non seulement nous empêchent de faire notre travail, mais prennent également des mesures contre nous ou font usage de la force si nous résistons à cette obstruction.

Être la voix de ceux qui ne sont pas entendus…

Dans cette région, je me concentre souvent sur des sujets liés aux femmes, aux questions de genre, à l’écologie et aux droits des enfants. Dans les reportages sur les violences faites aux femmes et les féminicides, je suis fréquemment victime d’insultes et de menaces de la part des hommes auteurs ou de leurs proches. Cette violence se poursuit souvent lors des procès pour féminicides que je suis. De même, les hommes auteurs de ces actes dénoncés dans nos reportages sur le terrain tirent leur force de la politique d’impunité et persistent à menacer les femmes journalistes. Cette situation ne fait pas exception dans les cas où les auteurs ne sont pas des hommes mais des entreprises. Les entreprises responsables de la destruction écologique nous empêchent parfois de filmer ou nous empêchent d’atteindre les communautés qui protestent contre elles. En bref, que ce soit sur le terrain ou sur les plateformes numériques, la violence de l’État masculin nous confronte dans tous les espaces où nous accordons la priorité aux intérêts publics et nous efforçons d’amplifier la voix des citoyens. Nous savons bien pourquoi cette pression est exercée. Elle est le produit d’un système qui cherche à intimider, à réduire au silence et à construire ses propres médias, dans le but de supprimer la dénonciation des violations et des crises. Ils tentent d’atteindre cet objectif en réduisant au silence les journalistes. Malgré toutes ces pressions, ma foi dans l’écriture et le journalisme reste inébranlable. Quoi qu’il arrive, nous continuerons à être sur le terrain pour les droits des femmes et des enfants, pour les droits des prisonniers torturés et pour les droits de tous les êtres vivants – et surtout pour être la voix de ceux qui ne sont pas entendus. Malgré les accusations simplistes et les tactiques d’intimidation, nous resterons ici aux côtés de nos collègues femmes et de toutes les femmes qui luttent pour la justice dans tous les domaines de la vie. Par Medine Mamedoğlu, journaliste travaillant à l’agence de presse des femmes du Moyen-Orient (NuJINHA). Elle a débuté sa carrière à l’agence de presse Jin (JINHA) en novembre 2015. Elle a travaillé chez Gazete Şûjin et Jinnews après la fermeture de l’agence par un décret. *QQOQCCP (pour « Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pourquoi ? »), concept notamment utilisé en journalisme Cet article a été produit avec le soutien financier du Centre de journalisme et des médias internationaux (OsloMet-JMIC) de l’Université métropolitaine d’Oslo.

IRAN. 10 personnes menacées d’exécution en lien avec les manifestations « Femme, Vie, Liberté »

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IRAN – Les autorités iraniennes ont arrêté dix personnes ayant participé au soulèvement « Femmes, vie, liberté » qui ont été condamnées à mort. De plus, deux femmes ont été arrêtées pour le non-respect de la loi sur le voile obligatoire.
 
Amnesty International a annoncé dans un communiqué que les autorités iraniennes avaient arrêté 10 personnes ayant participé au soulèvement « Femmes, vie, liberté », qui a éclaté après le meurtre de la jeune Kurde Jina Mahsa Amini sous prétexte de ne pas respecter la loi sur le « hijab ». La justice iranienne a prononcé des peines de mort contre ces civils ayant participé aux manifestations populaires contre le régime. Ils sont accusés d’avoir commis des meurtres lors des manifestations.
 
En Iran, au moins 10 personnes sont sous le coup d’une condamnation à mort en rapport avec le mouvement national de protestation « Femme, Vie, Liberté », de septembre à décembre 2022. Les autorités iraniennes ont ôté arbitrairement la vie à 10 autres personnes à l’issue de procès manifestement iniques et ont soumis la plupart d’entre elles à des actes de torture et des mauvais traitements, notamment des coups, des décharges électriques et des violences sexuelles. Les craintes de nouvelles mises à mort sont ravivées par la frénésie d’exécutions qui ne faiblit pas, écrit l’ONG Amnesty International.
 
Le communiqué ajoute que ces individus ont été torturés lors des interrogatoires pour les forcer à avouer.
 
Les noms des détenus condamnés sont : Fadhel Bahramian, Manouchehr Mohamanavaz, Mehran Bahramian, Milan Armon, Alireza Kafayi, Amir Mohammad Khush, Navid Najaran, Hossein Namati, Alireza et Mehran Abdolzadeh.
 
Amnesty déclare que les procès étaient illégaux, car les accusés ont été privés de leurs droits fondamentaux à se défendre et ont été soumis à des pressions et à des menaces pour tenter de les contraindre à avouer des accusations fabriquées de toutes pièces.
 
Amnesty International appelle la communauté internationale à prendre des mesures urgentes pour exiger des autorités iraniennes qu’elles mettent un terme à l’exécution de ces personnes, mettant en garde contre la multiplication des arrestations et des violations contre les participants aux manifestations populaires en Iran.

ROJAVA. Une femme et sa fille tuées par l’occupation turque

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SYRIE / ROJAVA – Une femme et sa fille de 12 ans ont été tuées par des tirs d’artillerie des forces turco-jihadistes ciblant le village de Jada, dans le canton kurde de Kobanê. Depuis début décembre, les attaques des mercenaires sous commandement de la Turquie ont tué des dizaines de civils dans le nord-est de la Syrie. Le village de Jada, dans la campagne sud de Kobanê, a été soumis à des tirs d’artillerie des forces d’occupation turques, entraînant la mort d’une femme et de sa fille (12 ans).