KURDISTAN. Un autre journaliste kurde tué par un drone turc

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IRAK / KURDISTAN – Le journaliste kurde, Aziz Köylüoğlu a été assassiné lors d’une attaque de drone menée par la Turquie le 27 janvier 2025 à Ranya, dans la province de Silêmaniyê, au Kurdistan irakien. « Ciblé pour avoir dévoilé le visage meurtrier, colonial et occupant de l’État turc » Dans le communiqué suivant publié par l’Union démocratique des médias du Kurdistan (YRD), l’organisation a confirmé le martyre du journaliste Aziz Köylüoğlu dans une attaque menée par l’État occupant turc au Sud-Kurdistan.   « Le 27 janvier, notre cher camarade Aziz Köylüoğlu est tombé en martyr lors d’une attaque de l’État turc à Ranya. Nous adressons avant tout nos condoléances à son honorable famille, à tous les professionnels des médias et à notre peuple. Nous renouvelons notre promesse de renforcer la lutte qu’il a laissée derrière lui et de la couronner d’une victoire. Il ne fait aucun doute que le camarade Aziz a été pris pour cible et tué parce qu’il a dévoilé le visage meurtrier, colonial et occupant de l’État turc. C’était un journaliste dévoué et un combattant de la liberté rempli d’amour pour sa patrie. Ceux qui ont été perturbés par sa plume et ses mots ont lancé une attaque lâche contre lui, essayant de faire taire la voix de la vérité. Cependant, il faut savoir qu’Aziz, comme ceux qui l’ont précédé, a rejoint cette cause en faisant de grands sacrifices et a été un héros de la cause de la liberté à chaque instant. Il nous a passé le flambeau de la manière la plus forte possible. La position inébranlable du camarade Aziz contre l’ennemi est la position et le comportement de chaque jeune camarade aujourd’hui. Ces attaques n’ont pas fait reculer Aziz, et elles ne nous feront pas reculer. Au contraire, elles renforceront notre détermination à poursuivre la lutte. Le camarade Aziz aimait son peuple Notre camarade Aziz est né en 1976 à Amed (…). Il a grandi dans une famille aux fortes valeurs nationales et, dès son plus jeune âge, il a reconnu la réalité de l’ennemi colonial fasciste. Il a résisté et lutté contre lui dans tous les sens du terme. Depuis le début des années 2000, notre camarade a pris sa place dans les rangs du journalisme libre, s’engageant dans presque tous les domaines du domaine, de correspondant et photographe à rédacteur en chef, directeur de l’information et rédacteur en chef. Il a maintenu une attitude exemplaire dans tous ces rôles, faisant de la collaboration et de la formation de ses camarades la philosophie de sa vie. Il a toujours guidé ses camarades avec son sérieux dans la vie et son visage toujours souriant. Aziz a toujours pris les devants dans chaque tâche, il a aimé son peuple et s’est battu pour préserver la culture de notre peuple ancestral. Nous sommes convaincus que ceux qui ont été formés par Aziz sauront répondre de manière appropriée à cet ennemi, dépourvu de toute éthique et de toute valeur, et garantiront notre avenir libre. Aziz était actif dans tout le Kurdistan du Sud, de Hawler à Sulaymaniyah et Kirkouk, et de là à Makhmour. Il a participé à des activités médiatiques à tous les niveaux au Kurdistan du Rojava, de Dêrik à Afrin. Notre camarade n’écrivait pas seulement ; il s’exprimait aussi chaque fois qu’il le pouvait, saisissant chaque occasion pour dénoncer au maximum l’ennemi colonial et oppressif. Engagé dans le journalisme, la télévision, les agences de presse et plus récemment les médias numériques, il a toujours souligné l’importance des activités médiatiques et leur rôle crucial dans la lutte contre l’ennemi. Certes, la plume du camarade Aziz ne restera pas sur le sol. Nous continuerons à amplifier sa voix et ses mots. Les valeurs de lutte qu’Aziz a laissées derrière lui seront renforcées par chaque travailleur du journalisme libre et serviront de fondement à l’avenir libre de notre peuple. En d’autres termes, une vie libre deviendra plus significative et plus solidement enracinée. » Le journaliste Aziz Köylüoğlu a été assassiné lors d’une attaque le 27 janvier dans le district de Ranya à Silêmaniyê, au Kurdistan irakien. Köylüoğlu, qui a travaillé comme journaliste dans de nombreuses régions depuis le début des années 2000, avait évalué les négociations du nouveau gouvernement dans la région du Kurdistan pour l’Agence de Mésopotamie (MA) peu de temps avant son assassinat. Köylüoğlu avait déclaré que les puissances internationales et régionales faisaient pression sur la création d’un gouvernement proche d’elles dans la région du Kurdistan, et que les pourparlers entre le PDK et l’UPK bloquaient sur deux noms.

X a bloqué plus de 40 comptes de journalistes et de médias en Turquie

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CENSURE – En Turquie, l’accès aux comptes X (ancien Twitter) de plus de 40 journalistes, activistes et médias d’opposition (kurdes et turcs) vivant en exil ont été bloqués. Le réseau social appartenant au milliardaire américain, Elon Musk, X (ancien Twitter) a bloqué l’accès à au moins 42 comptes appartenant à des journalistes, militants et des sites d’information gérés par des journalistes de Turquie vivant en exil, marquant un nouvel acte de censure. Parmi les comptes rendus inaccessibles en Turquie figurent ceux des journalistes exilés Turhan Bozkurt, Abdullah Bozkurt, Emre Uslu, Ergun Babahan, Basri Doğan et Erkam Tufan Aytav, ainsi que le compte de Bold News, un site Internet créé par un groupe de journalistes exilés. Des militants tels que les avocats Murat Akkoç et Gökhan Güneş, dont les comptes ont été bloqués, couvrent les violations généralisées des droits humains en Turquie, qui ont augmenté après le coup d’État manqué de 2016, et fournissent des conseils juridiques aux victimes de la purge qui a suivi le coup d’État. Certains de ces comptes ont un grand nombre d’abonnés sur X, totalisant plusieurs centaines de milliers de personnes. X, qui a de mauvais antécédents en matière de respect des exigences de censure du gouvernement turc, a pris sa décision sur la base d’un jugement d’un tribunal d’Ankara, invoquant la nécessité de « protéger la sécurité nationale et l’ordre public ». Turhan Bozkurt, ancien rédacteur en chef de la rubrique économique et abonné à plus de 318 000 abonnés sur X, s’est engagé à poursuivre ses activités journalistiques malgré la censure imposée par le gouvernement turc. Il a déclaré que le journalisme ne deviendrait qu’une forme de relations publiques si les journalistes s’abstenaient de critiquer le gouvernement. Pour rester en contact avec ses abonnés en Turquie, il a créé un nouveau compte sur X. Un communiqué de la direction des communications présidentielles indique que l’accès aux comptes 42 X a été bloqué dans le cadre d’une « lutte numérique » contre le mouvement religieux Gülen au motif qu’ils diffusent de la propagande et de la désinformation. Le mouvement Gülen, inspiré par les enseignements du théologien turco-islamiste Fethullah Gülen, décédé en Pennsylvanie en octobre dernier, est considéré comme une organisation terroriste par le gouvernement turc. (…) D’autres journalistes et plateformes médiatiques sont également concernés par l’interdiction d’accès (…). Par exemple, le compte X du site d’information Artı Gerçek a été bloqué en Turquie, selon le site lui-même. Artı Gerçek traite principalement des questions relatives aux Kurdes en Turquie, aux violations de leurs droits et aux poursuites judiciaires à leur encontre. Le site d’information a déclaré qu’il intentait une action en justice contre la décision du tribunal, qui a également invoqué la « protection de la sécurité nationale et de l’ordre public » comme motif de l’interdiction. Yaman Akdeniz, professeur de droit et l’un des fondateurs de l’Association pour la liberté d’expression basée à Istanbul, a qualifié la restriction imposée au compte X de « tentative sérieuse de censure ». Il a déclaré que la plateforme n’avait pas été informée de l’interdiction, notant que la censure est imposée sans aucune transparence. Par ailleurs, le journaliste turc Yavuz Baydar, qui vit en exil, a également annoncé sur X que son compte avait été rendu inaccessible par X à ses abonnés en Turquie. Dans un développement similaire, X a également bloqué l’accès à plus de 100 comptes appartenant à des journalistes turcs, des activistes et des organisations de médias dirigées par des journalistes vivant en exil en octobre dernier. (…) X, anciennement Twitter, a nommé un représentant en Turquie conformément à une loi controversée sur les réseaux sociaux après que l’entreprise et d’autres ont été frappées d’interdictions de publicité pour non-respect de la loi. Cette loi, qui, selon les groupes de défense des droits de l’homme et de la liberté des médias, équivaut à une censure, oblige les sociétés de médias sociaux comptant plus d’un million d’utilisateurs à avoir des représentants en Turquie pour traiter les plaintes concernant le contenu de leurs plateformes. À l’approche des élections générales de mai 2023, X a accédé à une demande du gouvernement turc de censurer quatre comptes et 409 tweets critiques à l’égard du président Erdoğan et de son leadership. Ces comptes s’ajoutent aux centaines de comptes que X avait déjà censurés à la demande du gouvernement turc par le passé, Twitter ayant même été banni du pays en 2014 pour avoir refusé de se conformer aux ordres de suppression d’Erdoğan.

Un bilan médiocre en matière de libertés en ligne

La censure généralisée d’Internet en Turquie fait également son chemin dans les rapports des organisations internationales. Selon un rapport publié en octobre par Freedom House, une organisation basée à Washington, la Turquie, où les autorités censurent fréquemment le contenu en ligne et harcèlent les individus pour leurs publications sur les réseaux sociaux, a été classée comme le pays ayant le score le plus bas en Europe en matière de libertés en ligne. La Turquie obtient un score de 31 sur un indice de 100 points, les scores étant basés sur une échelle de 0 (le moins libre) à 100 (le plus libre). Les deux autres pays européens les moins bien notés sont la Hongrie avec un score de 69 et la Serbie avec 70, selon le rapport « Freedom on the Net 2024 ». Les autorités turques ont temporairement bloqué l’accès aux sites de médias sociaux, notamment Facebook, X, Wikipédia et plus récemment Instagram, qui est resté bloqué pendant neuf jours en août et a suscité une condamnation internationale. Le gouvernement du président Erdoğan est régulièrement accusé de museler la liberté d’expression et de réprimer les personnes qui expriment des critiques à l’égard de son gouvernement sur les réseaux sociaux. Des milliers de personnes sont confrontées à des enquêtes, poursuivies et condamnées à des peines de prison en Turquie pour avoir exprimé des opinions que le gouvernement déteste sur les réseaux sociaux. Les groupes de défense des droits de l’homme accusent régulièrement la Turquie de porter atteinte à la liberté de la presse en arrêtant des journalistes et en fermant des médias critiques, en particulier depuis qu’Erdoğan a survécu au coup d’État manqué de juillet 2016. (Via Stockholm Center for Freedom)

Violences faites aux femmes : vers une compréhension politique du patriarcat

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La violence à l’égard des femmes et des filles peut prendre de nombreuses formes à l’échelle mondiale, de l’absence d’autonomie personnelle à la violence sexuelle et à la violence domestique. Pour mieux comprendre comment la violence à l’égard des femmes affecte les femmes au Moyen-Orient en particulier, cette note d’orientation aborde divers cas de violence à l’égard des femmes kurdes dans la région du Kurdistan irakien (KRI). Une attention particulière est accordée aux mariages forcés/arrangés, à la violence fondée sur l’honneur et aux mutilations génitales féminines, qui forment un « trio patriarcal » d’oppression : un phénomène que l’auteur a identifié et étudié de manière approfondie. Les recommandations de la note d’orientation éclairées par cette recherche sont pertinentes pour les décideurs politiques de la région du Kurdistan irakien et au-delà, y compris les États membres de l’Union européenne qui ont été confrontés à des cas troublants de violence à l’égard des femmes dans les communautés immigrées et qui sont confrontés à des défis similaires en matière de droits des femmes. L’examen des violations contre les femmes est pertinent pour de nombreuses régions du Moyen-Orient et, plus largement, pour les sociétés et les communautés où les valeurs et les normes patriarcales produisent un milieu social où la principale justification de la violence à l’égard des femmes est la protection d’une construction sociale de l’honneur. Cette note d’orientation s’appuie sur des travaux de terrain menés dans la région du Kurdistan irakien ; 55 entretiens qualitatifs avec des décideurs politiques, des fonctionnaires des Nations Unies, des avocats, des universitaires, des militants, des membres de la société civile, ainsi que des femmes et des hommes victimes et auteurs de violences faites aux femmes ; et une enquête quantitative menée auprès de 200 femmes et hommes pour connaître leurs opinions sur ce phénomène aux multiples facettes. L’objectif de cette note d’orientation est de donner aux institutions publiques chargées de surveiller le bien-être des femmes une meilleure idée des défis auxquels les femmes sont encore confrontées en matière d’égalité et de proposer des pistes pour relever ces défis. [1] Les femmes et les filles subissent de nombreuses formes de violences basées sur le genre (VBG) à l’échelle mondiale. Cette note d’orientation examine des cas spécifiques de VBG contre des femmes kurdes dans la région du Kurdistan irakien (KRI) afin de mettre en lumière l’impact unique de la VBG sur les femmes du Moyen-Orient. Au cours de mes recherches, j’ai observé, défini et examiné une trinité d’oppression, que j’ai baptisée « trifecta patriarcale » (Hussain, 2024). Ce trio comprend les mariages forcés/arrangés, les mutilations génitales féminines (MGF) et les soi-disant « crimes d’honneur »/violences basées sur l’honneur (VHB) ; des phénomènes qui, selon moi, fonctionnent de manière symbiotique et méritent une attention particulière du point de vue des politiques publiques (Payton, 2019 ; Beghikhani, 2015 ; Haig et al., 2015 ; Ruba, 2010 ; Brown et Romano, 2016 ; Ahmady, 2018 ; Burrage, 2016 ; Barrett et al., 2021). Les conclusions et recommandations de cette note d’orientation s’appuient sur des recherches menées entre 2022 et 2024. En 2023, j’ai mené des travaux de terrain dans les villes d’Erbil, Duhok, Sulaymaniyah, Kelar et Xanaqin, en menant des entretiens avec 55 femmes et hommes ayant survécu ou ayant commis des violences sexistes, des décideurs politiques, des fonctionnaires des Nations Unies (ONU), des avocats, des universitaires, des militants et des membres de la société civile. J’ai également mené une enquête quantitative auprès de 200 femmes et hommes sélectionnés au hasard, comme variable de contrôle pour connaître leur point de vue sur les différents phénomènes examinés dans cette note d’orientation. Cette note d’orientation est importante au-delà du KRI, car la région du Moyen-Orient dans son ensemble est confrontée à des obstacles comparables en matière d’égalité des femmes. Cette question gagne également en importance dans les communautés de la diaspora en raison de la tension croissante entre les conceptions conservatrices et traditionalistes de l’islam au Moyen-Orient et les conceptions libérales modernistes « anglo-européennes » des droits des femmes inscrits dans la législation européenne. Un tel environnement idéologique partagé par le KRI et les diasporas des États d’Europe occidentale signifie que de nombreuses femmes survivantes sont ostracisées par la société et obligées de subir ces injustices en silence. Compte tenu de ces défis, cette note d’orientation comprend sept recommandations générales qui abordent les violations des droits des femmes.  Cette note d’orientation vise à offrir aux agences gouvernementales chargées de suivre le bien-être des femmes des informations supplémentaires sur la manière de mieux garantir l’égalité des femmes dans la société en proposant des stratégies cohérentes. Les recommandations de cette note d’orientation s’alignent étroitement sur l’Objectif de développement durable (ODD) 5 des Nations Unies sur l’égalité des sexes et l’ODD 16 sur la paix, la justice et des institutions efficaces. [2]

Mariages forcés et arrangés

Les données que j’ai recueillies au KRI ont révélé que le taux de mariage forcé parmi les filles mariées entre 14 et 17 ans et entre 18 et 24 ans était de 20 % pour les deux groupes. Les mariages d’enfants et les mariages forcés découlent de divers facteurs, notamment les normes tribales et patriarcales, les pratiques culturelles, le manque d’éducation formelle, les déséquilibres de pouvoir au sein des ménages et les attentes masculines néfastes (Khan, 2020 ; Erman et al., 2021). Ces mariages ont souvent lieu dans des zones rurales régies par des coutumes qui ne respectent pas les lois de l’État.  La prévalence du mariage d’enfants au Kurdistan irakien est difficile à quantifier, mais une enquête de l’UNFPA a révélé que 20,53 % des femmes âgées de 20 à 24 ans dans la région du Kurdistan et 23,02 % dans l’ensemble de l’Irak étaient mariées avant l’âge de 18 ans (UNFPA, 2016). Les facteurs contributifs comprennent des coutumes désuètes, la pauvreté et un faible niveau d’éducation, qui rendent les filles vulnérables à l’exploitation et à la dépendance économique (ONU Femmes, 2018 ; 2019 ; El Ashmawy et al., 2020). Les hommes sont également touchés, car les jeunes maris sont souvent confrontés à la pression de subvenir aux besoins d’un ménage sans carrière ni revenus stables (Hussain, 2024). Après la montée de l’État islamique (EI) en 2014, les difficultés économiques et la baisse du niveau de vie au Kurdistan irakien ont entraîné une augmentation des violences contre les femmes. De nombreuses filles ont été contraintes d’abandonner l’école et de se marier jeunes en raison de difficultés financières, de pressions familiales ou d’un contexte de travail forcé où elles étaient exposées à l’exploitation et au harcèlement sexuels.  Les familles considéraient souvent le mariage précoce comme un moyen de « protéger » leurs filles de plus grands dangers, malgré les objections de ces dernières. Les violences physiques au sein du mariage étaient normalisées par les parents, car elles considéraient que c’était une meilleure alternative que de laisser leurs filles « sans défense » et potentiellement vulnérables à de multiples abus. Les mariages arrangés étaient perçus comme des opportunités de mobilité sociale, tirant parti des structures patriarcales pour améliorer les perspectives matérielles d’une fille. Cependant, ces unions manquaient souvent d’amour et d’empathie, réduisant les mariages à des arrangements transactionnels dans lesquels les femmes étaient traitées comme des biens ou des servantes, ce qui conduisait à l’isolement et à l’enfermement. Dans les régions rurales et tribales, la domination masculine façonnait tous les aspects de la vie. Les hommes justifiaient souvent leur contrôle par des croyances religieuses, rejetant les lois laïques protégeant les femmes comme des influences corruptrices. L’obéissance des filles et des femmes était considérée comme un impératif moral, et le fait de défier les choix parentaux en matière de mariage était considéré comme déshonorant. En fin de compte, mes recherches ont mis en évidence que les pratiques de mariage forcé étaient profondément ancrées dans les normes culturelles.

Violence fondée sur le déshonneur perçu

Les violences liées à l’honneur (VFI) demeurent courantes au Kurdistan irakien, enracinées dans les normes patriarcales et tribales ainsi que dans les perceptions culturelles du rôle « approprié » des femmes. Les données officielles montrent que 44 femmes ont été tuées pour « l’honneur » en 2022. De nombreuses autres se seraient suicidées dans des circonstances suspectes, souvent par auto-immolation, et on suppose que certains d’entre elles étaient des meurtres d’honneur mis en scène comme des suicides. Comme l’a expliqué un représentant d’ONG à Sulaymania, « il est très facile pour une femme d’être victime d’un meurtre d’honneur commis par des membres de sa famille au Kurdistan irakien ou en Irak et de s’en tirer impunément ». Les crimes d’honneur sont commis pour des raisons diverses, notamment les relations sexuelles avant le mariage, le fait d’être victime d’un viol, le refus d’un mariage arrangé ou le fait d’épouser une personne désapprouvée par la famille. Si le meurtre est la forme la plus grave, d’autres sévices, comme les mutilations et les défigurations faciales, sont également infligés pour rendre les femmes « indésirables ». La loi irakienne traite des crimes d’honneur mais autorise des peines réduites pour ces crimes, les considérant souvent comme des délits moins graves. Dans l’ensemble de l’Irak, les peines peuvent être aussi basses que six mois, alors que les meurtres non liés à l’honneur sont passibles de la réclusion à perpétuité ou de la peine de mort (AlKhateeb, 2010). Cette clémence perpétue l’idée que les crimes d’honneur sont des réactions « naturelles » à la honte ressentie par la famille. En revanche, les autorités du Kurdistan irakien ont aboli les lois autorisant de telles peines réduites en 2000. Contrairement aux mariages forcés, les violences sexuelles touchent tous les milieux socioéconomiques. Une enquête de l’UNICEF a révélé que 59 % des femmes âgées de 15 à 59 ans trouvaient acceptables les violences physiques infligées par leur mari (AlKhateeb, 2010). De nombreuses femmes intériorisent les normes patriarcales et perçoivent ces dangers comme ne concernant que les « autres ». Les entretiens ont montré que les femmes plus âgées, notamment les mères et les tantes, considéraient souvent les crimes d’honneur comme justifiés par des transgressions morales « graves », comme la promiscuité sexuelle perçue, estimant que de tels actes ternissaient l’honneur de la famille.

Recommandations politiques

Le « trio patriarcal » – mariages forcés/arrangés (Hussain, 2024), violences basées sur l’honneur (VHB) et mutilations génitales féminines (MGF) – est un problème complexe qui nécessite des solutions globales. Pour remédier à ces abus, le gouvernement du Kurdistan palestinien doit mettre en œuvre une stratégie nationale globale. Bien que des progrès aient été constatés, notamment une diminution des MGF, ces phénomènes continuent d’avoir des conséquences catastrophiques pour les femmes, les familles et les communautés. Au niveau institutionnel, les propositions politiques prévoient notamment l’élargissement des services de réponse aux violences basées sur le genre financés par l’État, tels que les soins de santé, le soutien psychologique, l’aide au logement et les protections juridiques (Waylen, 2014 ; Piscopo, 2020). L’élimination des pratiques sexistes qui limitent l’accès des femmes au lieu de travail et aux ressources est essentielle pour renforcer leur capacité d’action économique, offrir des alternatives aux mariages arrangés et réduire le risque de crimes d’honneur (Chenoweth & Zoe, 2022 ; Hussain, 2024). Les principaux objectifs pour atteindre ces buts sont les suivants :
  1. Renforcer la législation pour remettre en question les normes et croyances sexistes néfastes.
  2. Réduire l’acceptation sociale de la violence à l’égard des femmes (VAW) en promouvant des normes d’égalité des sexes.
  3. Collaborer avec des organisations dirigées par des femmes, des ONG et des dirigeants communautaires pour conduire des changements significatifs.
  4. Donner la priorité aux lois liées à la santé et aux mesures de responsabilisation pour atténuer la violence et favoriser l’égalité des sexes.
  5. Améliorer l’accès des femmes à la formation professionnelle, à l’emploi formel et aux droits du travail pour améliorer leurs opportunités économiques.
  6. Encourager une croissance économique inclusive en soutenant les entreprises qui privilégient le leadership et l’entrepreneuriat féminin.
  7. Coordonner les efforts intersectoriels pour aider les adolescents à lutter contre les mariages d’enfants, les MGF et la VHB.
Les réformes structurelles devraient inclure l’intégration de ces mesures dans le système éducatif. Une éducation complète à la santé reproductive peut informer les jeunes des dangers des MGF, tandis qu’assurer l’égalité d’accès à l’éducation obligatoire jusqu’à 18 ans peut permettre de lutter contre le désespoir économique (EGER, 2021). Les écoles pourraient également employer des administratrices et des infirmières pour répondre aux défis spécifiques des filles et fournir des conseils sur les problèmes personnels et de sécurité (World Food Program USA, 2022). Une action législative est essentielle. Il faut interdire aux religieux d’enregistrer des mariages en dehors des tribunaux officiels, et les violences faites aux femmes et les mutilations génitales féminines devraient être sanctionnées plus sévèrement. Des unités spéciales devraient enquêter sur ces délits, et les procédures de divorce pour les femmes maltraitées doivent être simplifiées, avec l’aide de l’État pendant leur transition. Comme l’a déclaré une jeune femme du Kurdistan irakien : « Nous avons besoin que les hommes ressentent l’urgence de le faire. » Démanteler la « trilogie patriarcale » (Hussain, 2024) nécessite la participation de ceux qui en bénéficient (Levtov et al., 2015 ; Dabla-Norris et Kochhar, 2019). Les limitations des droits des femmes sont interconnectées et exigent des solutions holistiques qui s’attaquent aux causes profondes plutôt qu’à la simple atténuation des symptômes. Ces idées et recommandations sont pertinentes bien au-delà du Kurdistan irakien, et s’étendent à des contextes mondiaux. Par Shilan Fuad Hussain Shilan Fuad Hussain est chercheuse en études de genre et analyse culturelle. Elle a été auparavant boursière postdoctorale Marie Sklodowska-Curie (2022-2024, UKRI), chercheuse invitée au Washington Kurdish Institute (États-Unis) et boursière doctorale au Centre de politique de sécurité de Genève (Suisse). Elle est une universitaire interdisciplinaire et travaille sur une variété de sujets, parmi lesquels : la représentation, la production et les pratiques culturelles ; la violence sexiste ; les politiques étatiques favorisant l’égalité des femmes ; les MGF et les mariages arrangés/forcés ; les impacts sociaux de la masculinité ; et la multi-identité et la culture dans les diasporas. Ses travaux actuels se situent à l’intersection de la sociologie et de l’analyse culturelle, et de sa pertinence symbiotique pour la société moderne. De plus amples informations sont disponibles sur son site internet :  https://www.shilanfuadhussain.com/ Texte original (en anglais) à lire ici: Hussain, Shilan Fuad. (2025). “Violence Against Women: Towards a Policy Understanding of the Patriarchy.” Policy Papers. European Center for Populism Studies (ECPS). February 5, 2025. https://doi.org/10.55271/pop0005 Références: Ahmady, K. (2018). The Politics of Culture-Female Genital Mutilation/Cutting in Iran.” Journal of Humanity. Vol 4(1) (March):1-022. AlKhateeb, Basma. (2010). Persistent gender-based violence an obstacle to development and peace. Developing Programs for Women and Youth Iraqi. Al-Amal Association, Social Watch Poverty Eradication and Gender Justice. https://www.socialwatch.org/node/12087 Barrett, H. R.; Bedri, N. & Krishnapalan, N. (2021). “The Female Genital Mutilation (FGM) – migration matrix: The case of the Arab League Region.” Health Care for Women International, 42(2), 186–212. https://doi.org/10.1080/07399332.2020.1789642 Beghikhani, N. (2015). Honour Based Violence. Gill & Hague. Brown, L., & Romano, D. 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[1] Funding Details: This project was funded by UKRI, Grant Number: EP/X024857/1, carried out by Shilan Fuad Hussain at the Department of Law and Social Science, Middlesex University, United Kingdom. [2] Geneva International Centre for Justice (GICJ), published by CEDAW – UN Committee on the Elimination of Discrimination Against Women, ‘Shadow Report on Iraq submitted by Geneva International Centre for Justice (GICJ) to the Committee of the Elimination of All Forms of Discrimination Against Women; 74th Session; 21 October – 8 November 2019; Geneva, Switzerland’, 10 October 2019. United Nations Population Fund, UN Children’s Fund, UN Women, ‘Protecting Girls in Iraq from Female Genital Mutilation’, 6 February 2019, from: https://reliefweb.int/report/iraq/protecting-girls-iraq-female-genital-mutilation-enarku. The United Nations have put forward multiple documents on the elimination of violence against women, including forced marriages, e.g., the 1993 Declaration on the Elimination of Violence against Women (UN Doc. A/Res/48/104). United Nations Statistics Division. United Nations Global SDG Database. Data retrieved July 2022. From: https://unstats.un.org/sdgs/dataportal.

TURQUIE. Nouvelle arrestation de la journaliste kurde Öznur Değer

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TURQUIE / KURDISTAN – La journaliste de l’agence féminine JINNEWS, Öznur Değer a été arrêtée violement par la police turque à Mardin lors de rafles politiques ciblant les milieux kurdes. Elle est accusée d’avoir  « fait de la propagande d’une organisation terroriste ». Bien que la journaliste Öznur Değer ait déclaré avoir été battue à l’hôpital, le médecin qui l’a vue a refusé de signaler les coups reçus. Öznur Değer a été de nouveau transportée à l’hôpital. Les forces de police ont mené des perquisitions dans les maisons de la province de Mardin et des districts de Nusaybin et de Kızıltepe tôt ce matin et ont arrêté cinq personnes, dont la journaliste Öznur Değer. Les personnes arrêtées ont été soumises à des mauvais traitements et à la torture lors des perquisitions. Selon l’agence de presse féminine JinNews, pour laquelle travaille Değer, la police a défoncé la porte de l’appartement et a traîné la journaliste dans la rue, en usant de la force, tandis que son appartement était fouillé et que son matériel était confisqué. Değer a ensuite été placée dans un véhicule de police, les mains attachées dans le dos, et emmenée au commissariat de police de Mardin. Lors de son interrogatoire au commissariat de police, Öznur Değer a exigé que les tortures qu’elle avait subies soient consignées dans le procès-verbal. Sa demande ayant été rejetée, elle a exercé son droit de garder le silence et a refusé de signer le procès-verbal. Citant ses publications sur les réseaux sociaux, la journaliste a été accusée de contenu lié aux journalistes Cihan Bilgin et Nazim Daşdan, tués lors d’une attaque de drone turc dans le nord de la Syrie en décembre 2024, Alors que les quatre autres détenus ont été libérés, dont deux sous contrôle judiciaire, Öznur Değer a été déférée devant la juridiction pénale de paix par le parquet avec une demande d’emprisonnement. La journaliste a été placée en détention provisoire après avoir été interrogée par le juge. A sa sortie du tribunal, elle a scandé « La presse libre ne peut être réduite au silence » et sa bouche a été couverte par la police.  Ce n’est pas la première fois qu’Öznur Değer est prise pour cible par la police et la justice turques. Elle a déjà été arrêtée et emprisonnée à plusieurs reprises et fait actuellement l’objet de multiples chefs d’accusation. La dernière enquête contre Öznur Değer a débuté en décembre dernier, lorsqu’elle a été accusée d’avoir insulté un fonctionnaire de Mardin. Elle a traité un policier turc de fasciste après qu’il eut tenu des propos sexistes et a qualifié ses propos d’obscènes. Dans un procès à Ankara, la journaliste de JinNews a été reconnue coupable en juillet dernier de soutien présumé au PKK. (ANF)

KURDISTAN. Un drone turc cible une maison dans la région de Duhok

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IRAK / KURDISTAN – Cet après-midi, un drone turc a ciblé une maison dans la province kurde de Duhok, au Kurdistan du Sud. On ne sait pas encore si l’attaque a fait des victimes.
 
Kameran Osman, membre des équipes communautaires de consolidation de la paix (CPT) basées aux États-Unis, a annoncé qu’un drone turc a bombardé une maison dans le village de Mijê, dans le district d’Amêdiyê, dans la province de Duhok.
 
Dans sa déclaration concernant l’attaque, Kameran Osman a déclaré : « Aujourd’hui, vers 15h40, un drone appartenant à l’État turc occupant a bombardé une maison appartenant à un civil dans le village de Mijê, dans le district d’Amêdiyê. L’attaque a eu lieu dans une zone proche du quartier de Ber Gare. On ne sait pas s’il y a eu des dégâts matériels ou des pertes humaines dans l’attaque. »
 
Le 15 juin 2024, la Turquie a lancé une offensive à grande échelle contre plusieurs villages autour de la région de Nihêlê, Ber Gare et Berwarî Bala de la région fédérée du Kurdistan. En raison des attaques menées par la Turquie,

TURQUIE. Rafle politique dans les milieux kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – Lors d’un rafle politique ciblant les milieux kurdes, plusieurs personnes ont été arrêtées dans la province de Mardin. De nombreuses perquisitionnés policières ont eu lieu ce matin plusieurs districts de Mardin (Mêrdîn). Ziynet Algan, ancienne cadre du Parti des régions démocratiques (DBP) pour Nusaybin, Mithat Yılmaz et Lokman Aslan figurent parmi les personnes arrêtés ce matin à Artuklu, Nisêbîn (Nusaybin) et Qoser (Kızıltepe).

« L’État turc commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité »

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BRUXELLES – Changement démographique, guerre de l’eau, massacres des civils kurdes, utilisation d’armes chimiques…, le Tribunal permanant des peuples (TPP) qui a organisé une cession sur les crimes de guerre turcs commis au Rojava entre 2018 et 2024, a signalé dans sa déclaration préliminaire avant le verdict que l’État turc commettait des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité systématiques dans le but de commettre un génocide. La Turquie coupable de crimes contre l’humanité
À l’issue de sa 54e session des 5 et 6 février à Bruxelles, portant sur le Rojava, le Tribunal permanent des peuples (TPP) a publié une déclaration préliminaire condamnant l’État turc pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Rojava, dans le nord et l’est de la Syrie.
 
 
Le Tribunal était convoqué à la demande de neuf organisations militant pour la justice et la responsabilité. Les témoignages présentés ont dressé un tableau cohérent et convaincant de l’oppression systématique à laquelle est confrontée la population kurde du Rojava, caractérisée par des déplacements forcés, l’effacement culturel et une violence généralisée.
 
 
Les principales conclusions des audiences du Tribunal ont révélé que depuis l’occupation d’Afrin par la Turquie en 2018, plus de 300 000 personnes ont été déplacées de force, la population kurde d’Afrin ayant chuté de plus de 90 % à seulement 25 %. Les preuves comprenaient des récits de bombardements aveugles ayant fait des victimes civiles, en particulier parmi les enfants, et la destruction d’infrastructures vitales, entraînant de graves crises humanitaires, notamment le manque d’accès à l’eau potable et aux soins de santé.
 
 
Dans leur déclaration, les juges affirment : « Le schéma des attaques, bombardements, pilonnages, frappes de drones et atrocités contre les civils, les déplacements forcés et l’ingénierie démographique par le remplacement des populations, la destruction des installations électriques et les dommages causés aux réserves d’eau, les dommages environnementaux, la destruction du patrimoine culturel et des établissements d’enseignement, le recours au viol, à la torture, à la détention secrète – sont tous contraires au droit international, constituent des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, et sont révélateurs d’un génocide. »
 
 
Dans leur déclaration, les juges ont critiqué la justification par la Turquie de ses opérations militaires comme étant de la légitime défense contre le terrorisme, affirmant que l’Administration autonome démocratique du nord et de l’est de la Syrie (DAANES) représente un modèle de démocratie, de coexistence ethnique et d’égalité des sexes que le gouvernement turc cherche à démanteler. Le Tribunal a souligné que les preuves désignent l’État turc et ses hauts responsables comme les principaux auteurs de la terreur contre les populations civiles, plutôt que les combattants kurdes qui se sont activement opposés au groupe terroriste État islamique.
 
 
Le TPP a exhorté la communauté internationale à reconnaître la DAANES en tant qu’entité autonome légitime et à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à l’agression de la Turquie. Les juges ont souligné la nécessité pour les dirigeants mondiaux de reconnaître les souffrances du peuple kurde et de veiller à ce que les crimes commis à son encontre soient examinés. Leurs conclusions appellent à une intervention internationale urgente pour empêcher de nouvelles atrocités et éviter un génocide, soulignant la nécessité d’une action décisive en faveur du peuple kurde au Rojava.
 
« L’État turc commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité » Voici la déclaration préliminaire du Tribunal permanant des peuples (en anglais: Permanent People’s Tribunal) : « Ceci est la déclaration préliminaire du panel de juges du Tribunal permanent des peuples, 54e session, siégeant à Bruxelles les 5 et 6 février 2025 pour décider de la responsabilité de hauts responsables turcs pour les crimes d’agression, crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés commis au Rojava, dans le nord-est de la Syrie, de 2018 à ce jour. Le Tribunal s’est réuni à la demande de neuf organisations (voir annexe pour la liste). Les accusés ont été informés mais n’ont pas répondu ni comparu. Nous tenons tout d’abord à rendre hommage au courage des habitants du Rojava et à exprimer notre gratitude à tous ceux qui ont partagé avec nous leurs expériences. Nous remercions l’équipe de procureurs, les témoins et les organisations participantes pour la diligence et l’engagement avec lesquels ils ont rassemblé et présenté une extraordinaire richesse de preuves pour ce Tribunal. 1. Témoignage Les témoignages que nous avons entendus dressent un tableau cohérent et convaincant d’une punition généralisée, omniprésente et systématique d’un peuple. Leur crime ? Être kurde et créer une société fondée sur des principes d’égalité, de justice et de solidarité. Le but de cette punition est l’éradication de l’identité, de la présence et de la culture kurdes. Les habitants d’Afrin ont été contraints de quitter leurs foyers lorsque la ville a été occupée par la Turquie en 2018. La population kurde est passée de plus de 90 % à 25 %, leurs maisons ayant été saisies et offertes aux Arabes sunnites et aux Turkmènes (souvent eux-mêmes déplacés à l’intérieur du pays, déplacés après les offensives du gouvernement syrien). Les propriétés ont été systématiquement pillées, les devantures de magasins et les panneaux de signalisation ont été remplacés par des noms turcs, la monnaie et les timbres sont devenus turcs, le turc a remplacé le kurde comme langue d’enseignement. Des terres et des biens ont été saisis, des usines ont été démantelées, l’industrie oléicole a été confisquée et les olives ont été reconditionnées et vendues comme turques. Nous avons entendu dire que de nombreux déplacés d’Afrin ont subi de multiples déplacements : vers Al-Shahba, des camps de tentes surpeuplés sans accès aux soins de santé ou aux produits de première nécessité, et une escalade de la violence ; vers Al Tabqa, en traversant des zones de conflit, après une nouvelle vague d’opérations militaires. Nous avons entendu dire qu’environ 120 000 personnes ont été contraintes de quitter la ville, dont 40 % d’enfants, 40 % de femmes et beaucoup d’autres personnes âgées vulnérables. Le nombre total actuel de personnes déplacées est estimé à 300 000. Certains se sont rendus à Tel Rifaat, où en décembre 2019 ils ont été bombardés dans une zone entièrement civile, où des enfants jouaient dans une ruelle près d’une école. Sur les 10 personnes tuées par les deux obus tirés par l’artillerie turque, 8 étaient des enfants, ainsi que 9 des blessés. Nous avons entendu le témoignage enregistré d’un parent d’un fils de 5 ans qui a été tué et dont l’enfant de 7 ans a été blessé. Il s’agit de l’une des nombreuses attaques aveugles contre des civils au lendemain de l’occupation d’Afrin. Nous avons entendu parler de nombreuses arrestations, d’exécutions sommaires de militants politiques et de secouristes, de disparitions, de la façon dont les gens pouvaient déterminer l’heure grâce aux cris et aux hurlements des personnes torturées, qui commençaient à 9 heures du matin et se poursuivaient jusqu’à 17 heures. Un survivant a déclaré : « Mon souvenir de la détention est une douleur que je ressentirai toute ma vie. » On nous a parlé d’enlèvements, d’agressions sexuelles et de viols de femmes et de filles, de prisons secrètes transformées en écoles, en bâtiments agricoles et en gares, et de l’incapacité des survivants à parler par peur d’être détenus et torturés, et de l’absence de recours efficaces devant les tribunaux contrôlés par les milices. Nous avons entendu parler de bombardements d’autres villages du [Rojava] en octobre 2019, qui ont entraîné le déplacement forcé de près de 140 000 personnes supplémentaires, et nous avons vu des preuves – photographiques, médicales et d’analyses en laboratoire – de l’utilisation de phosphore blanc, dont l’utilisation contre les civils est interdite, et du même schéma d’occupation, de violence, de violations des droits de l’homme, de saisies de terres et de biens et de réinstallation par d’autres groupes, pour empêcher le retour des personnes expulsées. Certaines zones ont connu plus de 27 attaques de la part de l’armée turque ou de ses mandataires – pas des zones militaires, des champs agricoles, des villages. Les multiples déplacements ont dispersé des familles, certains membres étant morts, d’autres dont le sort est inconnu. Nous avons entendu parler de la destruction d’infrastructures civiles vitales, rendant la vie impossible. Nous avons vu des preuves photographiques des bombardements répétés d’usines de gaz et d’électricité et d’installations pétrolières, ce qui signifie qu’il n’y a plus de combustible pour se chauffer et cuisiner, mais aussi d’eau, car la plus grande usine de traitement des eaux ne peut pas fonctionner, laissant un million de personnes – dans les villages, dans les camps de réfugiés, dans les implantations informelles, ainsi que dans les hôpitaux et dans les exploitations agricoles – sans eau courante propre, ce qui a entraîné la dysenterie et le choléra. La nature des bombardements montre clairement qu’il s’agit d’attaques délibérées et non accidentelles. Nous avons entendu parler d’attaques contre des installations médicales traitant des dizaines de milliers de patients à Kobané et Qamliso, qui, une fois encore, de par leur ciblage et leur répétition, sont clairement délibérées ; et d’attaques contre l’environnement, par l’exploitation illégale de zones forestières, parfois pour des implantations illégales. Les attaques contre les femmes – le « féminicide politique » de femmes qui défiaient le patriarcat et œuvraient pour l’égalité des sexes, les viols brutaux de femmes kurdes par les services secrets turcs dans les prisons secrètes – ont été présentés comme une attaque directe contre le modèle du Rojava, bien que les femmes du Rojava s’y soient fermement opposées. Enfin, nous avons entendu des témoignages d’actes d’effacement culturel et historique, notamment le bombardement et la profanation de sites archéologiques et historiques d’Afrin, dont un site du patrimoine mondial de l’UNESCO vieux de 3 000 ans, aujourd’hui reconverti en terrain d’entraînement militaire, le bombardement de Shemoka, une école interculturelle expérimentale pour enfants déplacés, qui a causé la mort de plusieurs élèves ; et le bombardement de l’imprimerie Simav à Qamişli, au cours duquel 7 personnes ont été tuées. Des journalistes qui couvraient les attaques turques contre des infrastructures civiles, notamment des hôpitaux, ont été tués. 2. Ce que le modèle nous dit Les attaques de la Turquie contre le territoire syrien, sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU, constituent un crime international d’agression. Le schéma des attaques, bombardements, tirs d’artillerie, attaques de drones et atrocités contre les civils, les déplacements forcés et l’ingénierie démographique par le remplacement des populations, la destruction de l’énergie et les dommages aux approvisionnements en eau, les dommages environnementaux, la destruction du patrimoine culturel et des institutions éducatives, le recours au viol, à la torture, à la détention secrète – sont tous contraires au droit international, constituent des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, et sont révélateurs d’un génocide. Il ne nous appartient pas, en tant que Tribunal des peuples, certainement pas à ce stade, de statuer sur les nuances juridiques. Nous pouvons cependant exprimer notre horreur et notre indignation face à ce que nous avons entendu. Et nous pouvons ajouter que le schéma tend à confirmer les témoignages selon lesquels l’objectif est de chasser le peuple et la culture kurdes. Les preuves nous poussent à la conclusion que tous les accusés sont pénalement responsables : le président Recep Tayyip Erdoğan, Hulusi Akar, ministre de la Défense de 2018 à 2023, Hakan Fidan, chef des services de renseignements turcs à l’époque et aujourd’hui ministre des Affaires étrangères ; Yaşar Güler, chef d’état-major général à l’époque et aujourd’hui ministre de la Défense ; Ümit Dündar, général. 3. La justification de la Turquie et ce que représente le Rojava La Turquie prétend que ses opérations sont de la « légitime défense » contre les « terroristes et leurs partisans » au Rojava. Mais cette affirmation est manifestement infondée. L’Administration démocratique autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES), créée en 2014 dans le chaos de la guerre civile syrienne, est un modèle de démocratie directe, de justice, de coexistence ethnique, d’égalité des sexes et de paix, fondé sur les principes de pluralisme et d’inclusion. Et c’est un modèle d’autonomie gouvernementale, un modèle que le gouvernement turc est déterminé à détruire. Les femmes qui travaillent pour la paix sont des « terroristes » méritant une exécution sommaire, selon ce récit. Alors que les forces armées turques mènent de nombreuses opérations militaires en Syrie, le gouvernement turc utilise également des mandataires – des milices qu’il a financées et approvisionnées en armes, et les preuves indiquent que ces milices sont des groupes alignés sur l’EI. Ainsi, les preuves ne désignent pas les Kurdes du Rojava, dont les combattants ont combattu l’EI/Daesh, mais l’État turc et ses principaux ministres comme étant ceux qui dirigent la terreur contre les populations civiles. 4. La situation actuelle en Syrie Les preuves se sont principalement concentrées sur la période allant de 2018, lorsque Afrin était occupée, jusqu’à fin 2024, mais les événements récents ont fait que l’attention s’est déplacée vers le présent et l’avenir, malgré l’agression continue de la Turquie contre Rojava. Il est d’une importance vitale pour l’avenir des Kurdes que la nouvelle administration syrienne s’engage positivement avec l’AANES, en la reconnaissant comme une partie autonome du territoire syrien qui ne menace pas l’intégrité territoriale de la Syrie, et qu’elle protège et respecte la vie, la culture et l’autonomie des Kurdes. 5. Les obligations de la communauté internationale La communauté internationale est consciente des souffrances incessantes du peuple kurde et des crimes commis par les accusés, mais n’a pris aucune mesure significative. L’État ne reconnaît pas l’AANES et il n’existe aucune possibilité de réparation nationale ou internationale. Il est essentiel que l’expérience des Kurdes du nord-est de la Syrie et les crimes commis contre eux soient dûment reconnus, que l’AANES soit reconnu internationalement comme une administration autonome authentiquement représentative et démocratique, et que la communauté internationale garantisse immédiatement la cessation des attaques directes et indirectes de la Turquie contre le peuple kurde du Rojava, afin d’éviter un véritable génocide. » (ANF)

Les Kurdes commémorent le « complot international » du 15 février 1999

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Il y a 26 ans, le 15 février 1999, le chef du PKK, Abdullah Öcalan, a été enlevé à l’ambassade de Grèce au Kenya lors d’un coup d’État impliquant plusieurs services secrets étrangers et emmené en Turquie. Les Kurdes ont nommé ce 15 février 1999 « Roja Reş » (Jour noir) et manifestent chaque 15 février exigeant la libération d’Ocalan. Cette année encore, les Kurdes manifesteront au Kurdistan mais aussi en Europe pour condamner le complot international et la libération d’Ocalan détenu sur l’île prison d’Imrali, en Turquie, en isolement carcéral absolu et dont ni ses avocats, ni ses proches n’ont plus de nouvelles le concernant. Cette situation illégale est malheureusement cautionnée / encouragée par l’inaction du Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe (CPT). Manifestation au Kurdistan et en Europe A l’occasion du 26e année de la capture d’Ocalan, les Kurdes manifesteront au Kurdistan et dans la diaspora.

IRAK. Une nouvelle fosse commune découverte à Shengal

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IRAK / KURDISTAN – Une fosse commune contenant les restes de 20 Yézidis a été découverte dans la ville de Shengal, au sud du Kurdistan d’Irak.
 
En 2014, l’EI a attaqué la ville yézidie de Shengal (Sinjar), dans la région kurde d’Irak, et a commis un génocide. Les corps des victimes ont été enterrés dans des fosses communes.
 
Une fosse commune contenant les restes de 20 personnes a été découverte près de la place Azadi, dans le centre de Shengal.
 
Des équipes d’experts de Bagdad et de Ninive ont commencé à ouvrir la fosse commune. Après l’ouverture de la tombe, des tests ADN seront effectués pour déterminer l’identité des victimes.
 
Muhsin Mahmoud, un des rescapés du génocide yézidie, a déclaré que, selon les informations dont il disposait, ses proches avaient été enterrés dans la fosse commune. Mahmoud a déclaré avoir discuté à plusieurs reprises avec les autorités irakiennes pour que la fosse soit ouverte.
 
Mahmoud a déclaré avoir reconnu les restes de sa mère, de sa sœur et de ses trois frères dans la fosse commune.

Le Tribunal permanent des peuples examine les cas de féminicides politiques commis au Rojava

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BRUXELLES – Depuis hier, le Tribunal permanant des peuples juge les crimes de guerre turcs commis au Rojava entre 2018 et 2024 dans sa cession « Rojava versus Turquie ». Lors de la deuxième journée de la cession, le meurtre brutal de la femme politique kurde, Havrin Khalaf a été porté à la connaissance du jury par Barbara Spinelli.   Le 12 octobre 2019, dans le nord de la Syrie occupé par la Turquie, Hevrin Khalaf a été exécutée à l’extérieur de la voiture par le « bataillon 123 » de la milice Ahrar al-Sharqiya, une branche de l’ANS, dans le nord de la Syrie occupé par la Turquie. Khalaf a été criblée de plus de 20 coups de feu. Elle a été touchée alors qu’elle était encore vivante par plusieurs coups de feu tirés dans la tête à une distance d’environ 40 à 75 cm de l’avant du corps. Après être tombée au sol sur le dos, elle a reçu d’autres coups de feu sur le corps, des côtés gauche et droit. L’avocate Spinelli a souligné que « Mme Khalaf était une éminente politicienne kurde-syrienne qui est devenue une figure de proue du paysage politique syrien, en tant que secrétaire générale et cofondatrice du parti Avenir de la Syrie (Partiya Sûriya Pêşerojê – PSP). Khalaf s’est ouvertement opposée à l’ingérence turque dans les affaires syriennes, critiquant notamment son utilisation de milices djihadistes syriennes contre d’autres groupes syriens et son occupation de zones à prédominance kurde comme Afrin. Son fervent plaidoyer a fait d’elle une cible de l’Armée nationale syrienne (ANS) soutenue par la Turquie et de sa milice affiliée, Ahrar al-Sharqiya, lors de l’offensive militaire turque de 2019 sur le nord-est de la Syrie. L’objectif proclamé de la Turquie pour ces opérations était la « lutte contre le terrorisme ».  La représentation de Khalaf dans les médias turcs pro-gouvernementaux comme une ennemie de l’État et les déclarations des responsables gouvernementaux fournissent un motif clair derrière son assassinat. L’enregistrement et la diffusion en ligne par les milices d’images de son corps mutilé, alors qu’il était profané post-mortem par de nouvelles fusillades au milieu des cris de jubilation, ont été menées dans le but clair d’effrayer les femmes. L’exécution brutale de Khalaf est considérée comme l’exemple le plus paradigmatique de la manière dont l’État turc cible directement les femmes qui s’organisent pour défendre leurs droits, dans le but d’effrayer et de sermonner les autres femmes et de les dissuader de participer à la politique et de s’organiser pour surmonter la violence patriarcale (le soi-disant féminicide politique).  Les preuves disponibles soutiennent fortement que le meurtre d’Hevrin Khalaf constituait un meurtre arbitraire ciblé basé sur le sexe (féminicide politique), faisant partie d’une campagne plus vaste. Il visait intentionnellement des civils et en particulier de manière disproportionnée des femmes qui occupent des postes politiques ou jouent un rôle de premier plan dans la communauté, en violation du droit international humanitaire. L’implication militaire de la Turquie et le contrôle opérationnel sur les forces de l’Armée nationale syrienne établissent la responsabilité de l’État. Compte tenu des graves violations des droits de l’homme documentées, des mécanismes juridiques de responsabilisation devraient être mis en place au niveau international. » L’avocat Spinelli a également évoqué le meurtre de Yusra MD et de Zainab MSM et le féminicide politique : « Les attaques de drones contre des civils sont utilisées comme un outil pour obtenir le transfert indirect de populations, en particulier de femmes et d’enfants. » Spinelli a ajouté : « Les attaques de drones de plus en plus intenses de la Turquie, en particulier depuis 2022, ont causé d’importantes pertes civiles. Plus de trois millions de civils, y compris des personnes déplacées à l’intérieur du pays, ont été gravement touchés. Les attaques turques ont privé la population du nord-est de la Syrie de ses droits fondamentaux à la vie. De nombreux rapports et articles de presse ont soulevé des soupçons selon lesquels la Turquie aurait utilisé des frappes de drones pour cibler des responsables du NES (Nord et Est de la Syrie) afin de les éliminer. Les cas de Z. et Y. sont l’exemple le plus paradigmatique de la manière dont l’État turc cible directement les fonctionnaires : dans les deux cas, l’attaque a eu lieu pendant les heures de travail, alors que les deux coprésidents étaient ensemble dans la rue dans un véhicule appartenant à l’administration autonome. Les statistiques contenues dans les rapports de 2019 à aujourd’hui soulignent que les attaques de drones, qui se sont intensifiées au fil du temps, ciblent de manière disproportionnée les femmes : aussi bien lorsqu’elles sont dirigées contre des femmes occupant des postes politiques, fonctionnaires ou ayant un rôle de leadership dans le mouvement des femmes et dans la communauté, que lorsqu’elles visent des individus ordinaires. » En conclusion de sa présentation, l’avocate Spinelli a déclaré : « Les preuves disponibles soutiennent fortement que l’assassinat de la politicienne HK et des fonctionnaires Y. et K. s’inscrit dans une chaîne d’attaques ciblées et d’assassinats de femmes dans le nord et l’est de la Syrie qui sont explicitement dirigés contre l’organisation autonome des femmes et la révolution des femmes au Rojava. Il s’agit d’une attaque ciblée contre des femmes civiles qui jouent un rôle clair en politique, qui sont impliquées dans des organisations féminines et/ou démocratiques et qui rompent avec les modèles de rôle patriarcaux traditionnels. C’est pourquoi ils peuvent être considérés comme des féminicides politiques. En outre, les meurtres intentionnels de civils au moyen de drones, qui se multiplient et qui font partie d’une campagne plus vaste visant délibérément et de manière disproportionnée les femmes et les enfants ordinaires, constituent des féminicides politiques, car ils sont explicitement dirigés contre l’organisation autonome des femmes et la révolution des femmes au Rojava, car ils ont un impact indirect sur la survie même du confédéralisme démocratique, provoquant le déplacement de la population civile terrifiée par le caractère arbitraire des attaques, comme le confirment tous les experts ainsi que tous les rapports officiels et non officiels consultés. Compte tenu des graves violations des droits de l’homme documentées, des mécanismes juridiques de responsabilisation devraient être mis en place au niveau international. » (ANF)