ROJAVA. Mazloum Abdi promet de faire libérer 300 otages kurdes prochainement
Le DEM Parti engage des poursuites disciplinaires contre la députée Saliha Aydeniz
Dilan Karaman est décédée le 27 novembre 2025 à Diyarbakır, après une tentative de suicide le 11 novembre (elle a passé 10-16 jours en soins intensifs). Son décès, initialement présenté comme un « infarctus », a rapidement été qualifié de suspect par des organisations, avec des allégations de mobbing systématique au travail, de violences physiques et psychologiques de la part de son ex-compagnon Mazlum Toprak, et d’un manque de soutien institutionnel.
Le Conseil des femmes du parti DEM a publié un communiqué détaillé reconnaissant des lacunes graves :
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Faiblesse dans la camaraderie féministe et la solidarité envers Karaman.
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Incapacité à mobiliser un soutien rapide et efficace.
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Persistance de structures patriarcales dans les institutions politiques, malgré la lutte historique du mouvement des femmes kurdes pour l’égalité et la liberté.
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Connaissance tardive (ou insuffisante) des violences subies, empêchant une protection adéquate.
Le parti affirme que les violences de l’ex-compagnon ont aggravé le processus menant au suicide et promet d’utiliser tous les recours légaux pour qu’il réponde de ses actes, sans impunité.
Saliha Aydeniz, dont Karaman faisait partie de l’équipe, a annoncé sa démission de son poste d’administratrice du groupe parlementaire (TBMM İdare Amirliği). Elle a déclaré accepter pleinement les conclusions de l’enquête interne et les décisions du Conseil des femmes.
Le communiqué insiste sur l’urgence de transformer les relations quotidiennes pour bâtir une société libre : « Construire une vie libre commence par transformer nos relations, ici et maintenant. »
Cette procédure disciplinaire s’inscrit dans un contexte plus large de critiques (rapports d’ONG, TJA, etc.) accusant mobbing et négligence, et vise à renforcer les mécanismes de protection des femmes au sein du parti face aux violences de genre. (ANF)
TURQUIE. Une cinéaste kurde poursuivie à cause d’un film d’animation sur le génocide arménien
Catastrophe humanitaire au Rojava : Les camps de Serê Kaniyê et Washokani inondés
Les réfugiés kurdes des camps de Serê Kaniyê et Washokani, situés dans la campagne d’Al-Hasakah (nord-est de la Syrie), subissent une crise humanitaire grave due à des pluies torrentielles qui frappent la région depuis samedi (14 mars 2026).

Ces intempéries ont provoqué des inondations massives : l’eau s’infiltre dans la plupart des tentes, en submergeant beaucoup et en en faisant s’effondrer des dizaines. Le mobilier (matelas, couvertures, vêtements) est emporté ou détruit par les eaux boueuses, aggravant la vulnérabilité des familles face au froid et à l’humidité, avec un risque élevé de maladies. Les équipes locales et municipales tentent de pomper l’eau, dégager les caniveaux, déplacer les biens et réparer ou remonter les tentes, mais leurs moyens sont très limités.
L’aide humanitaire est dramatiquement insuffisante : selon l’administration du camp (relayée par ANHA), elle ne couvre plus que 15% des besoins minimaux. Les tentes, installées en urgence fin 2019 après l’occupation de Serê Kaniyê (Ras al-Aïn) par la Turquie et l’« Armée nationale syrienne », n’ont jamais été remplacées en six ans : elles sont usées, déchirées et ne sont plus imperméables.
Chiffres clés :
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Camp de Serê Kaniyê : environ 2 574 familles (plus de 15 700 personnes).
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Camp de Washokani : environ 2 500 familles (près de 17 000 personnes).
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Au total, ces deux camps abritent près de 33 000 déplacés, presque tous originaires de Serê Kaniyê et empêchés de rentrer par l’occupation et l’insécurité persistante.
Le Comité pour les personnes déplacées de Serê Kaniyê a lancé un appel urgent hier pour une intervention immédiate : tentes neuves, kits d’urgence (chauffage, hygiène, nourriture), pompes et drainage. Des photos et vidéos publiées par ANHA, Ronahi TV et des activistes montrent des scènes dramatiques de tentes englouties et de familles en détresse sous la pluie battante.
Cette catastrophe hivernale s’inscrit dans des années de négligence : ces déplacés kurdes, victimes de l’offensive turque de 2019, survivent dans des conditions indignes sans perspective de retour sûr. Sans aide internationale renforcée (ONU, ONG), la situation risque de virer à une urgence sanitaire majeure.
IRAN. Les Kurdes lancent un appel historique à l’unité des « nations opprimées »
L’Alliance des partis politiques du Kurdistan iranien a publié une déclaration importante le 14 mars 2026, appelant à une unité renforcée face à la crise persistante en Iran.
Dans ce texte, l’Alliance exhorte les « nations opprimées d’Iran » – incluant les Kurdes, les Azéris (Turcs azerbaïdjanais), les Baloutches, les Arabes d’Ahwaz et d’autres groupes ethniques marginalisés – ainsi que toutes les forces pro-démocratie à travers le pays, à faire preuve de solidarité active. Elle plaide pour une transition démocratique qui repose sur trois piliers essentiels : les droits nationaux de chaque peuple, l’égalité réelle entre les citoyens et la garantie des libertés fondamentales (expression, association, culte, etc.).
Un appel spécifique aux Turcs azerbaïdjanais
Un passage clé de la déclaration s’adresse directement à la nation turque azerbaïdjanaise (Azerbaïdjanais iraniens). L’Alliance rappelle la longue histoire de coexistence pacifique entre Kurdes et Azéris dans les régions mixtes (notamment en Azerbaïdjan iranien et au Kurdistan oriental). Elle propose d’instaurer une gouvernance démocratique conjointe dans ces zones partagées, fondée sur :
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Le respect mutuel et l’égalité des droits pour toutes les communautés.
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Une administration locale partagée et inclusive.
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Le dialogue politique permanent entre les forces kurdes et azéries.
Pour étayer cette proposition, l’Alliance fait référence au Pacte d’amitié historique signé en 1946 entre la République du Kurdistan (dirigée par Qazi Muhammad) et le Gouvernement national d’Azerbaïdjan (dirigé par Seyid Jafar Pishevari). Ce document, issu de la brève période d’autonomie post-Seconde Guerre mondiale, est présenté comme un modèle et un cadre de référence pour les relations futures entre les deux peuples.
Contexte et position globale de l’Alliance
Cette déclaration intervient dans un moment critique : l’Iran traverse une phase d’instabilité marquée par des protestations massives, une guerre ouverte depuis fin février 2026 (impliquant des frappes américaines et israéliennes), et des attaques répétées du régime contre les bases kurdes en Irak (missiles et drones visant des camps civils et militaires des partis membres). L’Alliance, formée officiellement le 22 février 2026 (avec des adhésions ultérieures comme celle de Komala début mars), regroupe les principaux partis kurdes iraniens exilés ou actifs : PDKI (Parti démocrate du Kurdistan iranien), PAK (Parti de la liberté du Kurdistan), PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan), Khabat, Komala des travailleurs du Kurdistan, et d’autres.
L’Alliance réaffirme explicitement qu’elle ne cherche pas la désintégration de l’Iran, mais la reconnaissance des droits des peuples dans un cadre décentralisé et démocratique. Elle s’engage aussi pour une coexistence pacifique avec les États voisins (Turquie, Irak, etc.), conditionnée au dialogue et au respect mutuel, loin de toute aventure militaire ou séparatiste unilatérale.
Signification et écho
Cette déclaration vise à consolider les alliances internes à l’opposition iranienne élargie. Elle répond à la faiblesse croissante du régime de Téhéran, perçu comme incapable de réprimer durablement les soulèvements multiethniques. En tendant la main aux Azéris – le plus grand groupe minoritaire après les Perses –, l’Alliance espère créer un front uni capable d’accélérer une transition post-régime.
Cette initiative pourrait marquer un tournant dans la dynamique de l’opposition iranienne, en transformant les luttes ethniques isolées en un mouvement national inclusif pour la démocratie et les droits collectifs. Reste à voir si cet appel trouvera un écho concret parmi les forces azéries et les autres composantes de l’opposition.
IRAN. Une famille kurde décimée lors d’une frappe aérienne à Ilam
ONU : Un rapport accablant dénonce l’impunité du régime de Damas
Dans son rapport présenté le 14 mars 2026 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie, présidée par Paulo Sérgio Pinheiro, dénonce l’impunité persistante du régime djihadiste de Damas, responsable de massacres massifs contre des minorités. Pinheiro appelle à l’action : « La communauté internationale ne doit pas rester les bras croisés » et insiste sur un « soutien soutenu » pour une transition respectueuse des droits humains.
Le document expose des violations graves, dont :
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En mars 2025, plus de 1 400 civils alaouites tués dans les gouvernorats de Lattaquié, Tartous, Homs et Hama, avec des ciblages ethniques et religieux potentiellement constitutifs de crimes contre l’humanité.
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En juillet 2025, plus de 1 500 civils druzes et bédouins massacrés à Soueïda par les forces gouvernementales et groupes armés.
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Dans le nord-est (Rojava), des exécutions extrajudiciaires, arrestations arbitraires et violences sexuelles contre les Kurdes et les Forces démocratiques syriennes (FDS), suite à des hostilités récentes.
Malgré des enquêtes nationales limitées (seulement 14 arrestations), l’absence de poursuites contre les hauts responsables et les lacunes dans la réforme sécuritaire perpétuent l’impunité. La Commission recommande une justice transitionnelle, un désarmement rigoureux et un dialogue intercommunautaire pour restaurer la confiance et briser le cycle de violence. Des préoccupations persistent sur les opérations israéliennes et le retour de djihadistes de Daech, soulignant l’urgence d’une intervention internationale.
Kawa le Forgeron ou l’origine du Newroz kurde
Il y a très longtemps, en Mésopotamie, dans les terres entre le Tigre et l’Euphrate, régnait un tyran cruel nommé Dehak (ou Zuhak / Zahhak / دههاک). Ce roi maléfique avait deux serpents qui sortaient de ses épaules. Pour apaiser ces serpents et soulager sa douleur, il fallait chaque jour leur nourrir deux cerveaux humains (souvent ceux de deux jeunes gens). Les soldats de Dehak sillonnaient donc villes et villages pour enlever les jeunes et les sacrifier.
Le peuple vivait dans la peur, la misère et le désespoir. Le printemps lui-même semblait avoir disparu, les fleurs ne poussaient plus et la nature restait froide et sombre.
Dans un village au pied du palais vivait un forgeron nommé Kawa. C’était un homme fort, honnête et habile, qui fabriquait des outils, des fers à cheval et des armes. Mais même lui n’avait pas été épargné : Dehak avait déjà pris 16 de ses 17 enfants pour nourrir les serpents. Il ne restait plus que son dernier enfant (souvent une fille dans la version kurde, ou parfois un fils selon les variantes).
Un jour, les soldats arrivèrent chez Kawa pour emmener son dernier enfant. Cette fois, le forgeron refusa. La coupe était pleine. Au lieu de livrer son enfant, il décida de se révolter.
Kawa rassembla les habitants opprimés, les paysans, les bergers, les artisans. Il leur parla de liberté, de dignité, de la fin de la terreur. Dans sa forge, il fabriqua des armes : des épées, des lances, des haches. Il transforma son tablier de cuir en étendard, le fixa sur un bâton et en fit le premier drapeau de la révolte.
Le jour venu (veille du 21 mars), Kawa et son armée populaire marchèrent sur le palais. Ils prirent d’assaut la forteresse. Kawa, armé de son lourd marteau de forgeron, affronta Dehak en personne. D’un coup puissant, il tua le tyran et détruisit les serpents maudits.
La victoire fut totale. Pour annoncer la bonne nouvelle aux montagnes et aux vallées, Kawa alluma un grand feu sur la plus haute colline. Les gens des villages voisins virent la flamme et comprirent : la tyrannie était finie. Partout, d’autres feux furent allumés en réponse, de sommet en sommet, illuminant tout le pays.
Le lendemain matin, le 21 mars, le soleil se leva plus chaud, les arbres reverdirent, les fleurs sortirent : c’était le retour du printemps. Le peuple dansa autour des feux, chanta et célébra la liberté retrouvée.
Depuis ce jour, les Kurdes célèbrent Newroz chaque 21 mars. Allumer des feux sur les collines, sauter par-dessus les flammes, danser, chanter et porter du nouveau sont des façons de commémorer la victoire de Kawa, la fin de l’oppression et le renouveau de la vie.
Newroz est devenu le symbole de la résistance contre la tyrannie, de l’espoir et de la renaissance.
ROJAVA. Mazloum Abdi arrive à Kobanê
SYRIE / ROJAVA – Le commandant des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), Mazloum Abdi, est arrivé ce samedi à Kobanê pour les funérailles de 10 combattants des FDS. Il s’agit de sa première visite dans la ville kurde depuis le siège imposé par les forces gouvernementales syriennes en début d’année 2026.
Le commandant en chef des FDS et le ministre-adjoint de la défense syrienne Sipan Hemo se sont rendus à Kobanê pour la première fois depuis le siège de la ville. Ils y ont participé aux funérailles de 10 combattants des FDS tombés en martyrs lors des attaques des forces du régime syrien sur le Rojava. Lors de sa prise de parole, Mazloum Abdi a indiqué que 300 combattants des FDS détenus par le régime syrien devraient être libérés prochainement, ajoutant espérer qu’ils puissent célébrer le Newroz avec leurs familles.
La Turquie prépare-t-elle un nouveau bain de sang au Rojava ?
Les services de renseignement turcs (MİT) organisent des groupes armés tribaux pour déstabiliser le Rojava malgré l’avancée de l’accord Damas-FDS
Malgré les obstacles persistants, les négociations entre le gouvernement intérimaire de Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS) progressent vers une intégration. Dans ce contexte, les services de renseignement turcs (MİT) intensifient leurs efforts pour contrer cette dynamique en formant des groupes armés dits « tribaux » visant à déstabiliser le Rojava (nord et est de la Syrie).
Une nouvelle stratégie de contre-attaque via des « forces tribales »
Selon des sources locales relayées par Lekolin, des groupes affiliés au MİT, parfois en lien avec d’anciens éléments de l’État islamique (EI), se restructurent dans la région de Til Hemis (ou Til Hamis) sous le nom de « Siwar Eleşeyir » (Cavalerie tribale ou Cavaliers des tribus). Certains de ces groupes opèrent en portant des uniformes des forces de sécurité intérieure affiliées au gouvernement de Damas. Un groupe d’intervention d’une dizaine de personnes aurait ainsi été formé au sein de ces forces.
Le MİT recrute également parmi d’anciens membres du SMO (Armée nationale syrienne, faction pro-turque) et de l’EI présents dans la zone. L’objectif affiché de cette stratégie est de semer le chaos dans les territoires contrôlés par les FDS, de frapper des points stratégiques et d’exacerber les tensions intercommunautaires, en particulier entre Kurdes et Arabes.
Un plan similaire déjà dénoncé en 2025
Dès le 5 novembre 2025, Lekolin avait révélé l’existence d’un plan analogue : la création de la « Brigade de libération de Cizre » sous le couvert de la tribu El Ashraf. Composée d’anciens chefs de gangs de l’EI liés au MİT, cette brigade visait à mener des sabotages, des assassinats ciblés et à inciter les tribus arabes à se soulever contre les Kurdes et l’Administration autonome. Les attaques survenues dès le 6 janvier 2026 à Sheikh Maqsud et Ashrafiyeh (Alep), puis à Deir ez-Zor, Tabqa et Raqqa, correspondent aux scénarios alors décrits.
Focus actuel sur Til Hemis et le point stratégique d’Abu Qasayib
Les informations récentes indiquent que ces groupes « contra » commencent par créer du désordre à Til Hemis avant de viser le point stratégique d’Abu Qasayib. Un article de Lekolin daté du 1er février 2026 soulignait déjà que Til Hemis était devenu un foyer de provocations. Sous le commandement d’Ahmed Jedaan al-Xennam, environ 200 militants issus de la tribu Beni Saba et de liens avec le Hezbollah, opérant en civil, auraient été déployés vers Qamishli depuis les environs d’Abu Zuwayl, avec pour cible les villages de Til Sateh et Til Ode. L’objectif : contrôler les axes routiers internationaux et attiser des conflits internes.
Réunion tribale à Herma (Derik) le 12 mars 2026
Le 12 mars 2026, une réunion s’est tenue dans le village d’Herma (région de Derik) au domicile de Fuad Setam (frère de Mahir Elsetam), sous l’égide de responsables du MİT et du HTS. Parmi les participants figuraient Abu Haysem Sabawi (chef des forces tribales), Michim Elnewaf et Abu Salih.
Certains participants ont exprimé une hostilité ouverte envers les FDS, avec des slogans hostiles et des attaques contre des postes de sécurité. Bien que plusieurs tribus aient affirmé leur refus d’une guerre kurdo-arabe, des figures comme Abu Haysem ont confirmé leur engagement dans le plan. Une liste de jeunes recrutés pour intégrer ces « groupes antiterroristes » a été diffusée. Cette rencontre confirme la mobilisation de chefs tribaux par le MİT et le HTS, avec pour but principal d’enrôler des jeunes des tribus et de préparer un conflit intercommunautaire.
Une politique plus large de sabotage
Le MİT cherche à torpiller l’intégration entre FDS et Damas, à détruire les acquis du Rojava et à raviver les tensions sectaires et ethniques. Cette stratégie ne se limite pas aux zones mentionnées : elle s’étend également le long de la ligne de Kobanê. La semaine dernière, un poste de contrôle dans le village de Şêx Afwakal (Kobanê) a été attaqué par des groupes armés du SMO affiliés au MİT, incluant des membres de la tribu Begara.
Ces développements illustrent une tentative persistante d’instrumentaliser les divisions tribales pour empêcher toute stabilisation durable dans le nord-est syrien, au moment même où un accord politique semble progresser.
Source : Lekolin.org