KURDISTAN. Une attaque de drones fait des victimes à Erbil

0
IRAK / KURDISTAN – La nuit dernier, une nouvelle attaque de drone a ciblé l’aéroport international d’Erbil (en kurde : Hawler), au Kurdistan du Sud. L’attaque a fait un mort et trois blessés.

Alors que les tensions régionales s’intensifient, la province kurde d’Erbil (Hewlêr) continue de payer le prix fort d’une guerre qui ne dit pas son nom. Dans la nuit de mardi à mercredi, une série d’attaques coordonnées a de nouveau frappé la capitale du Kurdistan irakien, illustrant une fois de plus l’injustice historique d’un peuple pris en étau entre des puissances impériales et leurs milices affiliées.

Neuf frappes de drones sur Hewlêr : un bilan humain tragique

Selon le gouverneur Umed Xoşnaw, la ville a été la cible de neuf frappes de drones au cours de la nuit. Si la majorité des engins ont été interceptés par les systèmes de défense de la coalition internationale, l’un d’eux a réussi à s’écraser à proximité de l’aéroport international d’Erbil.

L’explosion a coûté la vie à Welat Tahir, un agent de sécurité aéroportuaire. Ce père de deux enfants est la dernière victime en date d’un conflit qui ignore la souveraineté kurde. Trois de ses collègues ont également été blessés dans cette attaque, qui visait une zone civile et stratégique essentielle à la survie économique de la région.

Bagdad également visée : la base Victory prise pour cible

Parallèlement aux frappes sur le Kurdistan, une attaque de drone a été déjouée à Bagdad vers 4 heures du matin. Deux appareils se dirigeant vers le complexe de la base Victory, où stationnent des conseillers de la coalition internationale, ont été interceptés par la défense aérienne. Bien qu’aucun dégât majeur n’ait été signalé dans la capitale irakienne, ces événements confirment une stratégie d’embrasement global dont le territoire kurde reste la cible privilégiée.

Le Kurdistan : terrain de jeu sanglant du régime iranien

Ces agressions ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une campagne de terreur menée par des milices irakiennes affiliées au régime iranien. Ces groupes ont explicitement annoncé leur intention de frapper les installations liées aux États-Unis en Irak et au Kurdistan (KRI) pour soutenir les intérêts de Téhéran.

Cette situation souligne l’injustice permanente subie par les Kurdes

Le Sud-Kurdistan est devenu la cible quotidienne de roquettes et de drones, transformant la vie des civils en un enfer d’insécurité.

Outre les infrastructures, les camps des groupes kurdes de l’Est (Rojhelat) situés au KRI sont aussi visés, témoignant d’une volonté de briser toute forme de résistance kurde, qu’elle soit politique ou culturelle.

Le monde reste largement silencieux face à ces violations répétées du droit international sur le sol kurde. En refusant de garantir une protection réelle à Erbil, la communauté internationale laisse le champ libre à un nettoyage ethnique et politique qui ne cesse de s’étendre, sacrifiant une nouvelle fois le peuple kurde sur l’autel de la géopolitique mondiale.

ROJAVA. Les femmes kurdes exigent la libération de leurs proches détenus par Damas

0
SYRIE / ROJAVA – À l’occasion de la Journée internationale du 8 mars, les femmes kurdes se sont rassemblé dans la salle omnisports jouxtant le stade Haytham Kajo, pour célébrer le 8 mars, mais surtout exiger leurs proches (civils et soldats kurdes) capturés par les gangs de Damas et de Turquie en janvier et en février 2026.

 

Une importante manifestation organisée par le mouvement des femmes kurdes, Kongra Star, a débuté il y a peu à Qamishli, dans la salle omnisports jouxtant le stade Haytham Kajo, à l’occasion de la Journée internationale des femmes. De nombreuses femmes de la ville et des familles de prisonniers des Forces démocratiques syriennes capturés apr Damas y ont participé. Cette année, la commémoration de la Journée internationale des femmes se déroule dans un contexte exceptionnel au Rojava, suite aux attaques perpétrées par des factions du gouvernement intérimaire syrien. De ce fait, l’événement a pris un caractère de protestation et a véhiculé des messages politiques et humanitaires clairs. Lors de la manifestation, le slogan « Fidèles à la philosophie de Jin jiyan azadî (femme, vie, liberté), nous protégeons les acquis de la révolution féministe » a été scandé. Des centaines de femmes se sont rassemblées, brandissant des photos de leurs fils emprisonnés et des banderoles exigeant des informations sur leur sort et leur libération immédiate. Les participants ont scandé des slogans réclamant justice pour les prisonniers, la fin des injustices dont ils sont victimes et la révélation de leur sort. Ils ont insisté sur l’urgence de leur libération et du retrait de leurs chaînes afin qu’ils puissent retrouver leurs familles. Les participants ont également brandi des banderoles avec des slogans tels que « Nous voulons notre frère emprisonné » et « Rendez-nous nos fils emprisonnés ». Les femmes portaient des foulards verts ornés du slogan « Femmes, Vie, Liberté », une scène reflétant la détermination des femmes du Rojava à poursuivre leur lutte et à défendre les acquis de la révolution des femmes. (ANHA)

Amedspor : Quand le stade devient le cœur battant du 8 mars

0
TURQUIE / KURDISTAN – Hier, le stade d’Amedspor à Diyarbakır n’a pas seulement fêté une victoire sportive (1-0 contre Serikspor) ; il a vibré d’une ferveur militante à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Pour ce club, qui porte fièrement l’identité et les aspirations du peuple kurde, chaque match est une affirmation de soi face à l’adversité.

Victime régulière d’attaques racistes et de pressions politiques en raison de son nom et de ses racines, l’Amedspor transforme son terrain en un espace de lutte pour la justice. Sous une immense bannière proclamant « Le monde devient plus beau grâce au travail des femmes » (Dünya kadının emeğiyle güzelleşir), les supporters ont rappelé que le combat pour l’égalité des genres est indissociable de la lutte pour les droits fondamentaux et la reconnaissance culturelle.

Les affiches déployées dans les tribunes — mêlant symboles de résistance et figures féminines protectrices — soulignaient l’engagement profond du club en faveur des droits. Malgré les hostilités extérieures, cette soirée a prouvé que l’Amedspor reste un pilier de la dignité, où le succès sportif se conjugue avec un message politique fort : celui d’un peuple qui refuse d’être réduit au silence.

Kurdistan : Décoloniser pour briser le cycle des guerres impériales

0
COLONIALISME. Le Kurdistan n’est pas un simple champ de bataille, c’est une nation colonisée. Depuis les accords secrets Sykes-Picot en 1916 et la trahison du traité de Lausanne en 1923, le peuple kurde est sacrifié sur l’autel des intérêts impérialistes. Aujourd’hui, alors que l’Iran, les USA et Israël règlent leurs comptes sur le sol kurde, la décolonisation de ce territoire divisé n’est plus seulement une question de justice : c’est l’unique clé d’une stabilité durable pour tout le Moyen-Orient. Un Kurdistan souverain est le seul rempart capable de briser un siècle de génocides et de guerres par procuration.

La guerre qui oppose actuellement l’Iran, les États-Unis et Israël sur le sol kurde démontre une vérité brutale : le Kurdistan ne pourra sortir de son statut de victime collatérale que par une décolonisation totale. Ce territoire, divisé et partagé entre des puissances impériales, est aujourd’hui utilisé comme un ring où les empires règlent leurs comptes. Décoloniser le Kurdistan, c’est mettre fin à cette exploitation géographique qui transforme chaque ville kurde en cible de substitution dès qu’une tension éclate entre Téhéran, Washington ou Tel-Aviv.

L’origine du crime : Sykes-Picot et la trahison de Lausanne

Cette tragédie n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence d’un dépeçage méthodique planifié il y a plus d’un siècle. Tout commence avec les accords secrets Sykes-Picot en 1916, où la France et le Royaume-Uni, dans le plus pur style impérialiste, ont dessiné des lignes arbitraires sur une carte pour se partager les dépouilles de l’Empire ottoman. Ces tracés, réalisés sans aucune considération pour les peuples locaux, ont ignoré l’existence même de la nation kurde.

Bien que le Traité de Sèvres (1920) ait brièvement laissé entrevoir une indépendance, c’est le Traité de Lausanne en 1923 qui a scellé la trahison. En cédant aux exigences de la nouvelle République turque et en préservant les intérêts coloniaux franco-britanniques, les puissances mondiales ont écartelé le Kurdistan entre quatre États : la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. Ce partage criminel a transformé une nation millénaire en une mosaïque de minorités opprimées au sein de leurs propres terres, créant une plaie ouverte qui saigne encore aujourd’hui.

Le prix du partage : une litanie de génocides

Ce carcan colonial a engendré un siècle de massacres systématiques visant à briser toute velléité d’existence kurde. En privant les Kurdes d’un État, les puissances impériales ont offert un permis d’exterminer aux régimes occupants :

  • En Turquie : Les massacres de Zilan (1930) et de Dersim (1937-1938) ont marqué le début d’une politique de négation identitaire sanglante.

  • En Irak : L’opération Anfal (1988) a coûté la vie à près de 182 000 civils, culminant avec l’attaque chimique d’Halabja.

  • En Iran : Depuis 1979, une répression féroce frappe le Rojhelat, illustrée par des exécutions de masse et des bombardements qui se poursuivent encore aujourd’hui.

  • Le génocide des Yézidis (2014) : L’abandon du Sinjar a permis à Daech de perpétrer un génocide, rappelant que sans souveraineté, le peuple kurde reste exposé à l’extermination.

La résistance actuelle : Moteur de la décolonisation

Face à cette oppression séculaire, la résistance kurde n’est plus seulement une force d’autodéfense, mais le moteur d’une alternative politique pour tout le Moyen-Orient. En 2026, cette résistance s’articule sur plusieurs fronts :

  • Une force de stabilisation : Au Rojava comme au Bashur, les forces kurdes sont les seules à maintenir une stabilité relative face à l’effondrement des États centraux.

  • L’avant-garde de la démocratie : Du soulèvement « Jin, jiyan, azadî (Femme, Vie, Liberté) » au Rojhelat aux modèles d’administration autonome, la résistance kurde porte un projet de société décentralisé et féministe.

  • Une opportunité de changement : Les groupes kurdes d’Iran voient dans les crises actuelles une fenêtre historique pour renverser la tyrannie et transformer le chaos impérialiste en libération nationale.

L’État kurde : Le pilier de stabilité du Moyen-Orient

L’émergence d’un État kurde souverain et unifié ne serait pas un facteur de désordre, mais au contraire le pilier de stabilité qui manque au Moyen-Orient. Un Kurdistan indépendant agirait comme une force d’équilibre capable de neutraliser les guerres par procuration en contrôlant ses propres frontières, d’offrir un modèle de pluralisme démocratique face aux dictatures voisines, et de sécuriser les ressources régionales loin des chantages impériaux.

La survie du Moyen-Orient dépend de la fin de ce partage colonial hérité de Sykes-Picot et de Lausanne. La création d’un État kurde est la seule réponse structurelle capable de briser l’ambition des empires et de restaurer une paix durable.

KURDISTAN. Souleimaniye sous le feu d’une offensive coordonnée

0

IRAK / KURDISTAN – L’Iran et ses alliés irakiens intensifient les tensions au Kurdistan par une série d’attaques délibérées contre des infrastructures civiles. Après avoir visé un établissement hôtelier à Erbil hier, une nouvelle agression a frappé la province de Souleimaniye cette nuit.

Ce samedi soir, l’explosion d’un drone à proximité immédiate de l’hôtel Titanic, à Souleimaniye, illustre une volonté manifeste de briser la sécurité et la stabilité des régions kurdes. Cette répétition d’actes hostiles contre des cibles non militaires souligne l’escalade dangereuse imposée par le régime iranien et ses milices affiliées au cœur du territoire kurde. Ces frappes, menées sur plusieurs fronts, exploitent délibérément l’absence de systèmes de défense aérienne dans cette province pour semer la terreur au sein de la population.

Bien que le bilan humain précis soit encore en cours d’évaluation, les premières informations font état de plusieurs blessés parmi les civils et le personnel de sécurité, principalement touchés par des éclats et le souffle de l’explosion. Les dégâts matériels sont importants : les vitrines de l’hôtel Titanic ont été soufflées et plusieurs véhicules stationnés aux alentours ont été partiellement détruits, témoignant de la puissance de la charge emportée par le drone.

Une frappe chirurgicale contre des cibles civiles et militaires

L’offensive a frappé plusieurs points stratégiques de la province :

  • L’hôtel Titanic : Ce complexe hôtelier renommé, symbole de la vie urbaine de Souleimaniye, a été pris pour cible, mettant en péril de nombreux civils.

  • Le commandement des Peshmergas : Une base militaire de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) a été directement visée, soulignant la volonté des assaillants de frapper les forces de défense kurdes.

  • Le camp de Zergwez : À l’est de la ville, la base du groupe kurde iranien Komala a subi un bombardement intensif.

L’absence de défense aérienne : une vulnérabilité exploitée

Cette attaque met en lumière une injustice flagrante dans la protection du territoire. Alors que d’autres secteurs du Kurdistan disposent de certains dispositifs de surveillance, la province de Souleimaniye est totalement dépourvue de capacités de défense aérienne. Ce vide défensif a laissé le ciel de la province à la merci des missiles ou drones ennemis, incapables d’être interceptés avant l’impact.

Mort d’un combattant kurde

Le mouvement Komala a officiellement annoncé le martyre de l’un de ses combattants lors de l’attaque de sa base à Zergwez. Sa photographie a été diffusée par l’organisation, témoignant du prix humain payé par la résistance kurde au cours de cette nuit d’agression.

Cette offensive massive contre une province kurde stratégique semble viser non seulement les forces d’opposition, mais aussi à déstabiliser l’administration locale et à intimider la population civile de Souleimaniye.

Jin, Jîyan, Azadî : Universalité sans effacement des racines kurdes

0
PARIS – En ce 8 mars 2026, Journée internationale des droits des femmes placée sous le signe de « Droits. Justice. Action. », rendons hommage aux pionnières invisibilisées : Gökçe Ciftci nous rappelle avec force que l’universalité de « Jin, Jîyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté) ne saurait s’édifier sur l’effacement des femmes kurdes qui en ont forgé le sens et la puissance au fil des décennies de résistance.   À la mémoire de toutes celles qui ont porté la vie, enfanté le monde, éduqué les générations en transmettant à l’humanité, la philosophie de Jin, Jîyan Azadî. « Jin, Jîyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté). Trois mots devenus un cri universel, scandé dans les rues de Téhéran, repris à travers le monde, porté par des millions de femmes et d’hommes réclamant dignité et liberté. Ce slogan appartient aujourd’hui à toutes celles et ceux qui luttent contre l’oppression.   Mais l’universalité ne doit jamais se construire sur l’effacement.  Car Jin Jîyan Azadî n’est pas né du hasard, ni d’un moment révolutionnaire récent. Il est issu du mouvement de libération du Kurdistan, forgé au fil des décennies de résistance, de luttes féministes radicales et d’organisation politique menée par des femmes kurdes qui ont placé la libération des femmes au cœur même du combat pour la liberté.  Ce n’est donc pas un hasard si la révolution en Iran a débuté dans les régions kurdes du pays. Ce n’est pas un hasard si l’étincelle fut l’assassinat de Jîna Amînî, une jeune femme kurde, arrêtée parce que femme, tuée parce que libre, et invisibilisée jusque dans son prénom même que le régime iranien tenta d’effacer et remplacer par Mahsa, prénom non kurde, imposé par l’État colonialiste.   La révolution n’a pas commencé à Téhéran. Elle a commencé là où la résistance est ancienne, là où la liberté se paie depuis longtemps, même avant la république islamique, pendant le règne du Shah, au prix du sang, là où les femmes kurdes se battent depuis des générations contre le patriarcat, mais aussi, contre le colonialisme et la dictature.  Rappeler cela ne signifie en aucun cas revendiquer une propriété du slogan. Ce plaidoyer ne vise ni l’exclusivité ni la confiscation de Jin, Jîyan, Azadî, au profit des seules femmes kurdes. Bien au contraire, si ce slogan a traversé les frontières, c’est précisément parce que sa portée est universelle.  Mais l’universalité ne justifie pas l’amnésie. Elle ne peut servir d’alibi à une exclusion immorale et malhonnête.  Car cette tentative d’effacement des combattantes kurdes de ce mouvement révèle malheureusement une mentalité encore trop répandue au Moyen-Orient : celle de peuples qui se soulèvent, à travers l’histoire, contre les injustices, les dictatures, l’effacement de l’État de droit… mais seulement lorsqu’ils se sentent directement concernés…   On assiste alors, trop souvent, non pas à une véritable libération, mais au simple remplacement d’une dictature par une autre, généralement, une dictature laïque remplacée par une dictature islamiste, ou l’inverse. Le pouvoir change certes de visage, mais la logique d’oppression demeure la même. Ce sont les minorités qui en font, toujours en premier, les frais. Et bizarrement les fervents défenseurs des libertés issus de la population colonialiste tombent soudainement dans le mutisme…  C’est précisément là que réside l’une des causes profondes de l’instabilité chronique de la région.   Les droits et les libertés ne peuvent être défendus uniquement pour celles et ceux qui pensent comme nous, prient comme nous, ou luttent sous nos drapeaux.  L’indignation face à l’injustice, face à la barbarie, ne peut être à géométrie variable. Car lorsqu’elle l’est, le mouvement, quel qu’il soit, quelles que soient ses intentions initiales, est condamné à l’échec.       Effacer l’origine d’un slogan, c’est effacer les femmes qui l’ont porté quand personne ne les regardait. C’est vouloir jouir de la lumière sans reconnaître celles qui ont allumé la flamme.  Reconnaître l’origine kurde de Jin Jîyan Azadî n’enferme pas ce slogan, cela l’honore. Nommer les combattantes kurdes, ce n’est pas diviser, c’est réparer une injustice. Refuser leur effacement, ce n’est pas hiérarchiser les souffrances, c’est refuser la falsification de l’histoire.  Une révolution qui commence par effacer ses pionnières trahit déjà ses principes !  Jin Jîyan Azadî appartient aujourd’hui au monde, oui. Mais le monde a une dette envers celles qui l’ont fait naître. Et reconnaître cette vérité n’enlève rien à personne, elle rend simplement justice à celles que l’on tente trop souvent de faire disparaître. Par Gökçe CIFTCI, une jeune franco-kurde basée à Montpellier 

Histoire oubliée : la brève liberté du Kurdistan (1979) et l’année où Khomeini y a mis fin (1980)

0
IRAN / ROJHILAT – Dans ce récit historique et analytique, la chercheuse Rojîn Mûkrîyan revient sur l’acte de naissance sanglant de la République islamique : la répression du Kurdistan. En retraçant l’expérience éphémère mais fondatrice des conseils d’autogestion du Rojhilat en 1979, l’auteure démontre comment le nouveau pouvoir clérical a sacrifié l’aspiration démocratique kurde sur l’autel de l’intégrité territoriale et du dogme théocratique. Entre solidarités fracturées de la gauche iranienne et militarisation outrancière du régime, ce texte met en lumière une rupture qui, quarante-cinq ans plus tard, demeure la clé de voûte de toute alternative démocratique en Iran.

Au lendemain de la révolution de 1979, les cités kurdes d’Iran ont connu une brève période d’autogestion par le biais de conseils locaux. Cette expérience démocratique prit fin brutalement en 1980, sous l’impulsion de Khomeini, faisant du Kurdistan le premier grand champ de bataille du nouveau régime.

La confrontation entre le peuple kurde et la République islamique (RII) est une caractéristique structurelle du régime depuis sa fondation. Perçus d’emblée comme une menace, les Kurdes ont boycotté le référendum de mars 1979 et refusé l’ordre théocratique. Au Rojhilat, ils ont instauré des conseils de villages et de villes, pratiquant une démocratie participative qui organisait la vie quotidienne.

Cette autonomie était intolérable pour le pouvoir clérical. Qualifiant immédiatement ce projet de menace pour l’« intégrité territoriale », Téhéran a déchaîné le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), alors naissant, et ses juges de la charia. Ce qui suivit ne fut pas une opération de police temporaire, mais une répression militarisée et systémique.

La première confrontation (1979-1980)

Les premiers mois post-révolutionnaires furent marqués par une escalade fulgurante de la violence. Lors du « Newroz sanglant » de Sanandaj (18-21 mars 1979), les milices islamistes et le CGRI attaquèrent les organisations kurdes et de gauche, faisant environ 200 morts sous les tirs d’hélicoptères de combat. Le conflit gagna rapidement Naqqadeh, Paveh et Mahabad. En juillet 1979, l’exode de protestation à Mariwan vit des milliers d’habitants quitter la ville durant quinze jours pour dénoncer la militarisation et les campagnes médiatiques hostiles, suscitant un élan de solidarité à travers l’Iran.

« Cette expérience d’autonomie était intolérable pour le nouveau pouvoir clérical, qui a immédiatement considéré l’autonomie kurde comme une menace pour l’intégrité territoriale et a déchaîné les Gardiens de la révolution et les juges de la charia pour la réprimer. »

Le 19 août 1979, Khomeiny déclara officiellement le djihad, qualifiant les rebelles kurdes de mohareb (« ceux qui font la guerre à Dieu »). L’armée et le CGRI furent massivement mobilisés. La première guerre du Kurdistan (août-septembre 1979) imposa un contrôle militaire sur les centres urbains. Malgré un bref cessez-le-feu, les hostilités reprirent en avril 1980. Cette seconde guerre fit environ 10 000 victimes kurdes, marquées par des bombardements de zones civiles, des tortures et des exécutions systématiques.

Sous l’égide du juge de la charia Sadegh Khalkhali, le régime multiplia les atrocités, telles que les massacres des villages de Qarna (2 septembre 1979) et Qallatan (26 mars 1980). Le siège de Sanandaj (Sînê), qui dura 24 jours, symbolisa la volonté farouche du pouvoir d’anéantir toute aspiration à l’autonomie. Les chiffres officiels des Gardiens de la révolution — faisant état de 24 000 « martyrs » dans leurs rangs contre 19 000 combattants kurdes tués — témoignent de l’intensité d’un conflit ayant coûté la vie à près de 45 000 personnes au total.

Une solidarité fracturée

Le mouvement de libération kurde ne luttait pas de manière isolée. La Déclaration de Mahabad (19 février 1979), portée par le KDPI, Komala et le cheikh Ezzeddin Hosseini, inscrivait le combat kurde dans une lutte sociale plus large. Elle rejetait le « séparatisme » au profit d’un Iran fédéral. Si des organisations comme les Fedayi (FEK) ou les Moudjahidine du peuple (MK) exprimèrent leur soutien, cette solidarité reposait sur des bases fragiles.

Une grande partie de la gauche téhéranaise, bien qu’anti-impérialiste, restait viscéralement attachée à l’État-nation indivisible. L’autodétermination n’était tolérée que si elle ne menaçait pas l’unité territoriale. Lors de la crise des otages américains et du déclenchement de la guerre Iran-Irak, cette gauche s’est repliée sur des positions nationalistes, percevant l’autonomie kurde comme une « déviation séparatiste ».

« Une grande partie de la gauche basée à Téhéran proclamait un anti-impérialisme tiers-mondiste tout en restant profondément attachée à un État-nation iranien indivisible. »

Cette incapacité à choisir entre l’autodétermination universelle et la défense d’un État « anti-impérialiste » assiégé fut fatale. Elle conduisit à l’abandon des Kurdes et compromit toute alternative démocratique pour l’ensemble des communautés d’Iran.

Consolidation et exil

La République islamique s’est consolidée sur les ruines de l’autonomie kurde. Ville après ville, les conseils furent démantelés et la vie quotidienne militarisée par les réseaux de renseignement et les tribunaux révolutionnaires. Chassés des centres urbains, les partis kurdes furent acculés vers les montagnes (notamment Qandil), contraints à la guérilla pour survivre.

La guerre Iran-Irak transforma ensuite le Kurdistan en monnaie d’échange et en champ de bataille permanent. Bagdad utilisa certaines factions contre Téhéran, tandis que les Kurdes iraniens subissaient déplacements forcés et emprisonnements.

Cette rupture historique irrigue encore la diaspora kurde aujourd’hui. Des dizaines de milliers de Kurdes, acteurs de 1979 devenus les premières victimes du régime, ont reconstruit leur vie en Europe et en Amérique du Nord. Ce souvenir douloureux nourrit la prudence actuelle : les Kurdes savent avec quelle célérité les promesses révolutionnaires s’effacent devant le pouvoir. Pour eux, tout futur changement de régime devra impérativement être démocratique et assorti de garanties constitutionnelles solides.

Texte d’origine (en anglais) à lire sur le site The Amargi « Forgotten History: Kurdistan’s Brief Freedom (1979) and the Year Khomeini Ended It (1980)« 

L’illusion de la solidarité : Le Kurdistan face à l’obstination centraliste de l’Iran

0
IRAN / ROJHILAT – Dans cette analyse incisive, la chercheuse Rojîn Mûkrîyan explore la fracture historique entre le mouvement kurde et le pouvoir central iranien, de la révolution de 1979 au soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » (femme, vie, liberté) de 2022. En déconstruisant le mythe du « séparatisme » instrumentalisé par le régime et une partie de l’opposition, l’auteur démontre que l’avenir démocratique de l’Iran ne dépend pas de l’uniformité, mais de la reconnaissance d’une nation plurielle. Un texte essentiel pour comprendre pourquoi la liberté de l’Iran passera inévitablement par la justice faite au Kurdistan.

Dès l’aube de la révolution, les Kurdes ont rejeté la République islamique. Refusant de se soumettre au nouveau régime théocratique, ils ont opté pour la résistance en tentant d’instaurer, au Rojhilat, une autonomie locale fondée sur des conseils populaires. Cette aspiration démocratique s’est toutefois heurtée à l’hostilité immédiate de la République islamique d’Iran (RII). Entre mars 1979 et le début des années 1980, le peuple kurde a subi une répression féroce : offensives militaires massives, exécutions sommaires et bombardements. Si, au départ, une certaine gauche perse manifestait sa solidarité envers l’autonomie kurde, ce soutien fragile s’est rapidement fragmenté. L’anti-impérialisme de Khomeiny, consolidé par la crise des otages et le déclenchement de la guerre Iran-Irak, a fini par étouffer ces alliances.

Quarante-quatre ans plus tard, l’histoire semble bégayer. L’assassinat de Jina (Mahsa) Amini en septembre 2022 a embrasé l’Iran avec le soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté). Bien qu’ancré dans l’imaginaire politique kurde, ce cri de ralliement a résonné dans tout le pays, faisant du nom de Jina un symbole universel. Pour la première fois, différentes nationalités unissaient leurs forces contre le régime. Pourtant, une fois de plus, les promesses ont devancé les actes.

En novembre 2022, sous l’impulsion des partis kurdes en exil, le Rojhilat est devenu l’épicentre de la ferveur révolutionnaire. Les villes de Bukan, Mahabad, Javanrud, Sanandaj (Sina), Saqqez (Seqiz), Kermanshah et Ilam se sont transformées en véritables champs de bataille. Pendant des jours, la jeunesse kurde a affronté les balles dans les rues, tandis que le Corps des gardiens de la révolution (CGRI) imposait la loi martiale. En l’espace de quelques jours, des centaines de civils ont été fauchés au Rojhilat.

Pendant ce temps, dans les métropoles à majorité persane, la résistance est demeurée essentiellement symbolique : chants aux balcons, concerts de klaxons et actes de désobéissance passive. Le slogan « Si tout l’Iran devient le Kurdistan, l’Iran deviendra un jardin de roses (Gulestan) » témoignait d’une vision romantique de la lutte. L’idée que « la liberté passe par le Kurdistan » s’est imposée dans les discours, mais la solidarité est restée de surface. Elle ne s’est jamais muée en une confrontation coordonnée à l’échelle nationale capable d’inverser le cours de l’histoire. Les vieilles fractures ont resurgi.

Au cœur de cette fragilité réside la question irrésolue de la nationalité en Iran. L’opposition est incapable de s’accorder sur une vision commune : l’Iran est-il un État-nation centralisé composé de minorités, ou une communauté politique multinationale exigeant une structure fédérale et décentralisée ?

Le régime instrumentalise habilement le spectre du « séparatisme » pour briser toute velléité de solidarité démocratique. Malheureusement, de nombreux acteurs de l’opposition, bien que se réclamant de la démocratie, continuent de percevoir la décentralisation comme une menace pour l’intégrité du pays. Faute d’un engagement de principe sur le pluralisme national, la solidarité demeure rhétorique et non structurelle.

Aujourd’hui, alors que la République islamique subit une pression internationale sans précédent, les forces politiques kurdes, regroupées au sein de la nouvelle Coalition des forces kurdes du Kurdistan iranien, se disent prêtes à bâtir l’avenir de l’Iran. Pourtant, l’hostilité persiste, émanant d’une partie de l’opposition qui assimile toujours décentralisation et désintégration.

L’expérience kurde en Irak, en Syrie et en Turquie prouve pourtant que ces mouvements agissent comme des stabilisateurs démocratiques plutôt que comme des agents de fragmentation. Depuis 1979, le mouvement kurde démontre une capacité d’innovation institutionnelle et un attachement constant au pluralisme. La lutte kurde n’est pas une quête de partition, mais une exigence de restructuration du pouvoir.

Toutefois, la démocratie exige la réciprocité. Elle réclame une solidarité concrète et non une sympathie de circonstance. Si les revendications de décentralisation continuent d’être taxées de « séparatisme », le cycle de la méfiance sera éternel et l’histoire continuera de se répéter inlassablement.

En réalité, aucun mouvement kurde iranien n’a jamais prôné la sécession. Leurs revendications portent sur la reconnaissance, l’autonomie ou le fédéralisme. Un dilemme brutal s’impose donc aux opposants iraniens : s’allier aux Kurdes pour renverser la théocratie, ou admettre qu’ils préfèrent subir le joug islamique plutôt que de risquer une « intégrité territoriale » qui n’a pourtant jamais été menacée par le projet kurde.

L’histoire ne s’efface pas, elle s’accumule. En Iran, la confrontation entre les Kurdes et l’État central est la fracture fondatrice de l’architecture politique depuis 1979. Reste à savoir si le présent saura briser ce schéma séculaire, ou si la peur du pluralisme sacrifiera, une fois encore, l’espoir d’un Iran démocratique et multinational. La réponse ne dépend plus seulement du Kurdistan.

 

ROJAVA. Les asayish repoussent une attaque armée près de Kobanê

0

SYRIE / ROJAVA – Une nouvelle tentative de déstabilisation a visé une localité stratégique du Kurdistan syrien. Ce jour, des éléments armés ont lancé une attaque contre un poste de contrôle conjoint situé à Shikhler al-Foqani (Shuyukh), une ville située sur la rive est de l’Euphrate, dans le canton kurde de Kobanê.

Une riposte ferme des forces de sécurité kurdes

Face à l’agression, les membres des forces de sécurité intérieure (Asayish) et leurs partenaires de sécurité ont immédiatement fait usage de leurs armes pour protéger le point de contrôle. Selon le correspondant de l’agence ANHA sur place, la riposte kurde a été fulgurante : plusieurs assaillants ont été touchés et blessés au cours de l’échange de tirs.

Un secteur sous haute surveillance

La région de Shikhler, bien que libérée, reste une zone sensible en raison de sa position géographique. L’attaque de ce groupe armé — dont l’affiliation n’a pas encore été officiellement confirmée — s’inscrit dans un climat de tensions persistantes visant à fragiliser l’administration autonome dans cette enclave kurde.

Les forces de sécurité maintiennent un dispositif renforcé dans tout le secteur pour garantir la sécurité des populations civiles locales et prévenir toute nouvelle infiltration ennemie.

 

SYRIE. Damas détient au moins 1 070 otages kurdes

0

SYRIE / ROJAVA – Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a rencontré ce jour le comité représentant les familles des otages kurdes — civils et militaires — capturés par les forces de Damas. Cette rencontre intervient alors que la pression monte pour obtenir le retour de ceux qui sont utilisés comme monnaie d’échange par le régime.

Une priorité absolue : la fin des détentions arbitraires

Mazloum Abdi a officiellement confirmé la présence de 1 070 otages dans les geôles syriennes. Il a martelé que le sort de ces hommes et femmes est la « priorité absolue » des FDS et que leur libération immédiate est une condition non négociable de l’accord du 29 janvier. Pour le commandement kurde, aucun processus d’intégration ne pourra aboutir tant que ces citoyens seront privés de liberté.

Un calendrier de retour sous haute tension

Le commandant des FDS a assuré les familles que des efforts intensifs sont déployés pour briser l’impasse :

  • Libérations imminentes : Un calendrier précis a été établi pour le retour des otages auprès de leurs proches.

  • Preuves de bonne foi : Si quelques libérations réciproques ont eu lieu ces derniers jours, les FDS exigent désormais une application totale et rapide des engagements pris par la présidence syrienne.

Hommage aux captifs et à leur résistance

Saluant le courage héroïque des soldats et des civils kidnappés, Mazloum Abdi a insisté sur le fait que leur sacrifice ne sera pas oublié. « Leur retour à une vie normale est un acte de justice historique indispensable pour bâtir un avenir sûr au Rojava », a-t-il déclaré, réaffirmant l’engagement total des FDS envers chaque famille endeuillée par ces disparitions. (ANHA)