« Non » : le mot qui a uni les Kurdes

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SYRIE – À ce jour, rares sont les dirigeants européens qui ont osé dire « non » au président américain Trump, et aucun chef d’État arabe n’a pu s’opposer à un ambassadeur américain, encore moins au président Trump. Pourtant, le général kurde Mazloum Abdi l’a fait. Il l’a dit, conscient du soutien indéfectible des Kurdes. Il a déclaré : « Non, nous ne sommes pas des mercenaires et nous ne nous allierons pas à Hayat Tahrir al-Sham (anciennement le Front al-Nosra) pour combattre les Forces de mobilisation populaire irakiennes. » En réponse, l’ambassadeur Tom Barack a averti : « Alors ils s’en prendront à vous. » L’attaque contre les Kurdes du Rojava est le prix de ce « non ». Pourtant, ce seul mot a uni les Kurdes du monde entier. Ainsi, les Kurdes paient un lourd tribut pour leur liberté. Paradoxalement, ce sacrifice partagé a engendré une unité kurde sans précédent. La crise actuelle, bien que profondément douloureuse, représente une lutte transitoire vers une existence politique renouvelée. Par Burhan Namik Salim Jaf, diplomate du Kurdistan d’Irak

TURQUIE. 47 condamnations visant les avocats et militants kurdes

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TURUQIE / KURDISTAN – Quarante-sept personnes ont été condamnées à des peines de prison dans une affaire visant des avocats et des groupes de défense des droits des prisonniers et des avocats kurdes. Le 14e tribunal pénal d’Istanbul a rendu son verdict dans une affaire visant des membres du groupe d’avocats pro-kurdes, l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD), et l’Association de solidarité avec les familles de prisonniers (TUAD). Après un procès qui a duré près de dix ans, 37 membres de la TUAD et 10 avocats affiliés à l’ÖHD ont été reconnus coupables aujourd’hui d’« appartenance à une organisation terroriste armée » et de « propagande terroriste ». Les avocats ont protesté contre la décision devant le tribunal d’Istanbul à Çağlayan, en scandant des slogans kurdes tels que « Bijî berxwedana ÖHD » (Vive la résistance de l’ÖHD), « Bijî berxwedana zindana » (Vive la résistance en prison) et « La défense ne sera pas réduite en silence ». Les accusations portées contre les membres de la TUAD étaient fondées sur leur plaidoyer contre les violations des droits dans les prisons, leurs déclarations à la presse et leurs efforts pour évaluer l’état de santé des prisonniers qui avaient entamé une grève de la faim en 2012. Pour 12 avocats de l’ÖHD, leurs activités professionnelles, notamment les visites en prison, la surveillance des tribunaux et les appels téléphoniques avec des clients et des collègues, ont été présentées comme preuve de conduite criminelle. En attendant la décision motivée du tribunal dans les prochains jours, le droit d’appel a été maintenu.

« Légitimation du complot du réseau Gülen »

S’adressant à bianet , Emrah Baran, membre de la branche d’Istanbul de l’ÖHD, a analysé l’affaire et les implications du verdict : « Toutes les preuves dans cette affaire ont été fabriquées par des policiers, des procureurs et des juges affiliés au mouvement Gülen. Ils ont procédé à des écoutes téléphoniques et à une surveillance illégales, ont placé des dispositifs d’écoute dans les bureaux d’associations et ont même enregistré des conversations dans les salles de rencontre entre avocats et clients dans les prisons. Les enquêtes visant les avocats d’ÖHD ont débuté par des écoutes téléphoniques sous couvert de « détection des communications ». Ce processus a pris fin en 2013, suite au déclin de l’influence du réseau Gülen au sein du système judiciaire et de la police après les enquêtes pour corruption du 17 au 25 décembre. La collecte de preuves et les activités de surveillance ont alors été interrompues. Les accusations reposent entièrement sur des rencontres entre avocats et leurs clients en prison, leurs appels téléphoniques, ainsi que sur une coordination et des consultations internes concernant des questions juridiques. De même, le travail de solidarité des membres de la TUAD, mené conformément aux statuts de leur association, a été qualifié d’activité criminelle dans l’acte d’accusation.  Le tribunal s’est appuyé sur des actes d’accusation et des preuves fabriqués dans le cadre d’un complot ourdi par des responsables gülenistes et a prononcé de lourdes peines de prison, notamment contre dix avocats de l’ÖHD. Cette décision légitime de fait la conspiration orchestrée par le réseau Gülen par le biais du système judiciaire. »

« Criminalisation de l’ÖHD »

« Pourtant, dans les affaires Selam-Tevhid et OdaTV, les policiers, les procureurs et les juges qui ont fabriqué des preuves similaires ont été poursuivis et condamnés.  Mais lorsqu’il s’agit d’une affaire impliquant des Kurdes et des avocats kurdes, les mêmes méthodes et preuves fabriquées n’ont pas été considérées comme faisant partie d’un complot. Au contraire, elles ont servi de base aux condamnations.  Alors que l’on entend constamment des discours sur la résolution du problème kurde, l’abandon de la violence et le renforcement de la politique démocratique, des avocats sont condamnés à des décennies de prison pour des actions qui relèvent clairement de l’engagement politique démocratique et de la défense légale. Ceci révèle une tentative délibérée de criminaliser le travail de l’ÖHD sur les violations des droits humains et le suivi des affaires politiques. L’ÖHD réaffirme que ces condamnations ne nous arrêteront pas. Nous poursuivrons notre combat pour la justice. »

«Que notre peuple reste fort»

Par ailleurs, l’avocat Ramazan Demir figure parmi ceux qui ont reçu l’une des peines les plus sévères dans cette affaire. Dans un message publié sur les réseaux sociaux après le verdict, Demir a annoncé avoir été condamné à une peine totale de 11 ans et 3 mois de prison sans réduction, pour appartenance à une organisation terroriste et diffusion de propagande terroriste. « Que notre peuple reste fort », a-t-il écrit. L’avocat Tamer Doğan a déclaré : « Pour avoir défendu le peuple kurde et soutenu Kobanê, le 14e tribunal correctionnel d’Istanbul nous a tous décorés de diverses médailles à l’issue d’un procès qui a duré dix ans. J’ai écopé de cinq ans et cinq mois de prison. Nous continuerons à défendre le peuple kurde et à lutter contre le génocide et les groupes djihadistes. » (Bianet)

ROJAVA. Qamishlo rend hommage aux martyrs de la liberté

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SYRIE / ROJAVA – Onze combattant·es kurdes tombé·s au combat lors des attaques des gangs de Damas ont été inhummé·es aujourdhui après une cérémonie officielle avec la participation de milliers de personnes. À Qamishli, dans le nord de la Syrie, plusieurs membres des Forces démocratiques syriennes (FDS), des Unités de protection des femmes (YPJ) et des Forces de sécurité intérieure (Asayish), tombé·s au combat, ont été inhumé·es mercredi en présence d’une importante foule. Ils avaient été tués ces derniers jours alors qu’ils résistaient à une alliance composée de l’armée syrienne, de milices pro-turques et de vestiges de l’État islamique. La cérémonie s’est déroulée au cimetière militaire de Şehîd Delîl Saroxan. Des milliers de personnes de la région ont accompagné le cortège funèbre, parti de la Maison du Conseil des Martyrs dans le district d’Enteriyê jusqu’au cimetière. Durant la procession et l’inhumation, la foule a scandé à plusieurs reprises « Şehîd namirin » (Les martyrs sont immortels) et « Vive la résistance du Rojava ! » La cérémonie a honoré un total de onze martyrs : la commandante des YPJ Sidar Afrin, les combattantes des YPJ Viyan Cûdî, Stêrk Rojhat et Rewşen Zana Efrîn, les combattants des FDS Dilşêr Qamişlo, Karker Qamişlo, Rojhat Qamişlo, Çiyager Armanc, Diyar Qamişlo et Şêrewan Şêrawa ainsi que Mihemed. Kamil Mamo des Asayîş. Seuls six d’entre eux ont été enterrés. Des cérémonies symboliques à la mémoire des soldats tombés au combat ont eu lieu. La cérémonie a débuté par une minute de silence. Dans leurs discours, les représentants du Conseil des victimes ont rendu hommage à la détermination des disparus et ont souligné l’importance de la résistance continue contre l’occupation et les plans d’extermination. Rohilat Efrîn, commandante des YPJ et membre du commandement général des FDS, a également pris la parole. Elle a déclaré :   « Un plan est mis en œuvre contre notre pays et nos acquis – un plan visant à anéantir notre peuple. Mais nous ne sommes pas faibles. Nous luttons depuis 13 ans. Depuis la fondation des YPJ, nous avons juré de ne jamais abandonner notre peuple et de le soutenir. Quoi qu’il arrive, nous nous sommes engagés à défendre ce pays. » Dans son discours, Rohilat Efrîn a rendu un hommage particulier à la personnalité de la commandante Sîdar Efrîn : « Dans ses derniers mots, elle a dit : “Nous n’abandonnerons pas ce peuple.” La mort ne survient qu’une fois, et nous l’accueillerons avec dignité. » La commandante a conclu en appelant au renforcement de l’unité et de l’organisation kurdes : « Nous ne quitterons pas cette terre. Cette force organisée a été créée pour le peuple, afin qu’il puisse rester. Il n’y a pas de place ici pour les occupants. »   À la fin de la cérémonie, les camarades, au milieu des chants, portèrent les corps des disparus jusqu’à leurs tombes. Leurs certificats de décès furent ensuite remis à leurs familles. (ANF)

ROJAVA. On manque de farine et de carburant à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Malgré une pénurie dramatique de farine et de carburant, les boulangeries de la ville kurde de Kobanê fonctionnent jour et nuit. Les autorités locales mettent en garde contre une crise humanitaire imminente en raison du siège imposé par les gangs jihadistes de Damas. Malgré de graves pénuries de farine et de carburant, les boulangeries de la ville de Kobanê continuent de fonctionner 24 heures sur 24. Cependant, les autorités locales mettent en garde contre une crise d’approvisionnement imminente en raison du siège mené par les milices fidèles au gouvernement de transition syrien et à la Turquie. « Nos boulangeries fonctionnent 24 heures sur 24 pour que personne ne manque de pain », a déclaré Merwa Dirêî, coprésidente du Conseil économique du canton de Firat, à l’agence de presse kurde ANHA. Cependant, les stocks de farine et de carburant sont presque épuisés.
Kobanê est assiégée depuis dix jours. La vague d’attaques contre les régions autonomes du nord-est de la Syrie a contraint de nombreuses personnes à fuir leurs foyers dans les environs et à se réfugier à Kobanê. La ville a connu une forte augmentation de sa population : on estime qu’environ 600 000 personnes y vivent actuellement, dont beaucoup sont des personnes déplacées de Raqqa, Tabqa et d’autres régions. « Il y a un manque de nourriture, d’eau potable et même d’infrastructures de base comme l’accès à Internet », a poursuivi Dirêî. Sans aide, la situation risque de s’aggraver : « Si nous ne pouvons pas subvenir aux besoins de notre population, nous serons confrontés à une crise humanitaire. » L’administration cantonale affirme mobiliser toutes les ressources disponibles. Outre le pain, des produits de première nécessité comme les aliments pour bébés sont également distribués, mais les ressources sont limitées. Dirêî a lancé un appel à la communauté internationale : la population de Kobanê a un besoin urgent de farine, de carburant et d’autres produits de base ; faute de quoi, la crise humanitaire s’aggravera. (ANF)

SYRIE. Un avocat kurde tué à Raqqa

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SYRIE / ROJAVA – L’avocat kurde Silêman Îsmaîl a été abattu par des soldats du gouvernement de transition syrien alors qu’il fuyait Raqqa. les organisations de défense des droits humains ont déjà recensé des centaines de meurtres de civils mais le nombre réel devrait dépasser les milliers. L’avocat kurde Silêman Îsmaîl a été tué par les troupes du soi-disant gouvernement intérimaire syrien alors qu’il tentait de fuir la ville de Raqqa vers Kobanê, selon Îbrahîm Şêxo, co-porte-parole de l’organisation de défense des droits humains Rêxistina Mafên Mirovan li Efrînê-Sûriye (RMME). Îsmaîl, originaire du village de Kuneytra Şêxan, dans la zone rurale entourant Kobanê, travaillait au tribunal civil de l’ancienne administration autonome de Raqqa. Selon le RMME, il a tenté de quitter la ville le 18 janvier, sans succès. Son corps a depuis été retrouvé sur une route entre Raqqa et Hesekê. L’avocat a été abattu, d’après Şêxo. Selon Şêxo, de nombreuses familles kurdes qui tentaient de fuir Raqqa et Tabqa ont été prises pour cibles ou tuées ces derniers jours pour des raisons racistes. Le RMME affirme avoir recensé des centaines de cas de ce type. Le nombre réel de victimes est probablement au moins à quatre chiffres, car l’accès aux villes touchées est fortement restreint depuis le retrait des autorités autonomes. La collecte de données indépendantes est actuellement quasiment impossible. La situation dans les zones contrôlées par Damas se transforme en une menace systématique pour les civils kurdes, a averti Şêxo.

« Kobanê nous regarde »

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PARIS – Le sénateur Fabien Gay dénonce la trahison des puissances internationale qi ont jeté en pâture les Kurdes syriens aux attaques turco-djihadistes, et appelle à la solidarité avec le Rojava. Fabien Gay a écrit sur son blog : « Alors que Kobané a été le symbole d’une résistance populaire massive face à la barbarie de Daech, les Kurdes de Syrie sont à nouveau attaqués et assiégés d’Alep à Kobané. Organisés autour des Forces démocratiques syriennes (FDS) et de leur commandant Mazloum Abdi, ces hommes et ces femmes sont désormais livrés à une insécurité permanente, sans eau, sans électricité, engendrant une nouvelle tragédie humaine.  Ils sont menacés, d’une part, par les offensives répétées de l’armée turque de Recep Erdogan qui poursuit, au-delà de ses frontières, une guerre totale contre toute forme d’existence politique kurde. Ils sont pris, d’autre part, dans les jeux de pouvoir d’un régime syrien post Bachar al-Assad, prêt à reprendre le contrôle sans garantir ni droit ni protection. Ils sont enfin sacrifiés par les grandes puissances — États-Unis, Russie, puissances européennes — qui arbitrent le sort des peuples au gré de leurs intérêts militaires et diplomatiques. » Suite du billet à lire ici : 11 ans après la victoire de Kobané, quelle solidarité avec les Kurdes ?

SYRIE. Une commandante des YPJ tombée martyre à Tabqa

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SYRIE / ROJAVA – La commandante des YPJ kurdes, Sîdar Efrîn est tombée martyre il y a dix jours en défendant Tabqa. Dans un communiqué poignant, le centre de presse des Unités de protection des femmes (YPJ) a annoncé le décès de la commandante Sîdar Efrîn. Cette combattante de longue date est tombée le 18 janvier en défendant la région de Tabqa contre des attaques de milices islamistes fidèles au Gouvernement fédéral de transition syrien. Les YPJ lui ont rendu hommage, la considérant comme l’une des figures emblématiques de la révolution du Rojava et une figure de proue de la résistance kurde féminine. « Nos morts incarnent notre combat. Ils ont sacrifié leur vie avec dignité et un dévouement absolu pour protéger leur peuple », indique le communiqué. Le commandant Sîdar Efrîn « a défendu la dignité de la population avec une grande détermination face aux attaques du régime et de ses milices. » Sîdar Efrîn, originaire d’Afrin, est née en 1980 dans une famille patriotique engagée dès son plus jeune âge dans le mouvement de libération kurde. Dès 1997, elle s’est activement impliquée dans la résistance politique et a joué un rôle déterminant dans la construction de l’auto-organisation sociale au Rojava. Au début de la lutte armée contre le groupe État islamique, elle était en première ligne de la défense, organisant d’abord des structures féminines, puis commandant de nombreuses offensives.

Les Kurdes d’Iran dans le viseur de l’ogre turc

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IRAN / ROJHILAT – La Turquie occupe la majorité des trois régions du Kurdistan (Kurdistan du Nord, le Rojava et une partie du Kurdistan du Bashur – Nord de l’Irak). Elle rêve désormais d’occuper la quatrième région kurde qui est colonisée actuellement par l’Iran où un éventuel changement de régime fait saliver les impérialistes turcs.
 
Face au régime iranien chancelant d’intérieur et menacé d’extérieure, la Turquie élabore des plans d’invasion du Kurdistan iranien, en cas de chute du régime. Les autorités turques présentent cet énième projet colonialiste de « zone tampon pour prévenir un afflux potentiel de réfugiés en cas d’attaque américaine contre l’Iran ».
 
L’ogre turc à l’appétit insatiable ne s’arrêtera pas jusqu’à qu’il n’y plus un seul Kurde sur cette terre. Mais ces derniers sont coriaces, malgré d’innombrables génocides subis au fil de l’histoire, ils luttent pour vivre librement sur leurs terres, au prix de lourds sacrifices.
 
Photo : Mark Campbell

Des applaudissements aux accusations : les Kurdes et le changement de cap émotionnel

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TURQUIE / KURDISTAN – L’empire n’exige pas la loyauté, mais la conformité et l’obéissance. Dès que cette conformité est perturbée, c’est-à-dire dès que le prix à payer augmente, ceux qui étaient applaudis la veille peuvent aisément être qualifiés de « déstabilisateurs ». Entre 2014 et 2015, les Kurdes – et notamment les femmes combattantes – se sont retrouvés au cœur du discours moral de l’opinion publique internationale. La lutte contre Daech a été qualifiée de « guerre juste » par l’Occident, et les combattants kurdes sont devenus l’incarnation même de la « laïcité », du « féminisme » et du « sacrifice ». Les sentiments d’admiration, de gratitude et de fierté véhiculés par les médias et les milieux intellectuels étaient, selon les termes de Sara Ahmed, des investissements émotionnels conditionnels. Les Kurdes étaient aimés, mais cet amour ne s’est pas mué en attachement, en responsabilité ni en engagement durable. Aujourd’hui, le fait que les mêmes acteurs et les mêmes pratiques de lutte soient de nouveau pointés du doigt, notamment dans les médias occidentaux et parmi certains responsables étatiques, relève moins de l’émergence de nouvelles informations que de l’alignement des émotions sur une nouvelle ligne politique. Comme le souligne Ahmed, les émotions ne sont pas neutres ; elles changent de direction avec le pouvoir. Lorsque l’admiration disparaît, il ne reste pas un vide, mais un malaise, une distance et des accusations. Le magazine allemand Der Spiegel, dans un article publié le 20 janvier, affirmait que la Syrie avait frôlé une nouvelle guerre civile et que les Forces démocratiques syriennes (FDS), dans le nord-est du pays, mettaient tout en œuvre pour maintenir leur contrôle sur la région, soulignant que « le danger n’est pas encore écarté ». Depuis 2015, Der Spiegel a régulièrement publié des articles sur les femmes des YPJ, tantôt dans des reportages complets, tantôt en citant d’autres médias. Par exemple, un article de 2015 décrivait en détail le rôle des combattantes dans la défense de Kobané, et la dimension symbolique et inspirante du mouvement était mise en avant dans les médias occidentaux. Le site britannique Middle East Eye , dans un rapport publié le 25 janvier, décrit les FDS comme un groupe controversé, affirmant qu’elles « sont perçues comme la branche syrienne du PKK et contrôlent depuis longtemps les régions pétrolières du nord-est de la Syrie, conformément aux intérêts américains et israéliens ». Le rapport indique également que les États-Unis ont cessé leur soutien au groupe car son rôle en Syrie a « largement pris fin ». Un article de 2017 soulignait que l’un des principaux défis auxquels les FDS ont été confrontées après la défaite de Daech était non seulement de faire face aux destructions massives, mais aussi de promouvoir les droits des femmes dans les régions tribales conservatrices du nord de la Syrie et d’interdire la polygamie. Suite aux attaques qui ont débuté le 6 janvier, déclarer les Kurdes ou les FDS coupables est devenu le moyen le plus efficace de se décharger de la responsabilité liée au lien moral préalablement établi. Dès lors, le concept d’« économie émotionnelle » prend tout son sens : les émotions sont instrumentalisées pour répartir ou annuler les obligations. Le silence, la distance et le discours de conciliation apparaissent non comme des outils de neutralité, mais comme des instruments de cette annulation.

Émotions bloquées ou persistantes

(…) Pour les Kurdes, cette transformation représente non seulement une perte politique, mais aussi un profond bouleversement émotionnel. Il ne s’agit pas d’une simple déception, mais plutôt d’une dure réalité qui s’ancre en nous, encore et encore. Être reconnu rend le rejet ultérieur d’autant plus douloureux. Ignorer l’existence de quelqu’un, ou le connaître de loin et se contenter de le saluer, ne lui fait pas de mal ; mais agir comme si on ne l’avait jamais connu ou qu’on n’avait jamais entretenu de relation avec lui rend plus difficile de gérer les émotions positives qui y étaient autrefois liées. Aujourd’hui, le monde – à l’exception des amis des Kurdes à travers le monde – fait précisément cela : il n’ignore pas les Kurdes, mais change son regard sur eux, se dégage de toute responsabilité et de tout lien affectif, et tente d’effacer la plupart des émotions positives qui leur étaient autrefois associées. Le coprésident du parti Égalité des peuples et démocratie (DEM), Tuncer Bakırhan, a mis en lumière la dimension politique de ces émotions d’une manière rarement vue dans la vie politique turque récente, et ce avec une clarté remarquable : « Je suis dans les régions frontalières depuis plusieurs jours. J’ai vu dans le regard des Kurdes des blessures émotionnelles plus profondes que tout ce que j’ai pu observer de ma vie. La raison la plus simple, et pourtant la plus profonde, est l’injustice flagrante dont est victime un peuple, les paroles et les actes qui bafouent sa dignité, des questions qui dépassent le cadre politique. La brutalité qui consiste à sacrifier ce fragile équilibre à la politique s’est toujours retournée contre ses auteurs. Il est essentiel de bien le comprendre. Les Kurdes perçoivent et subissent la duplicité du gouvernement non seulement en politique, mais à chaque instant de leur vie. La facilité avec laquelle certains appellent au massacre à la télévision, les insultes proférées contre le peuple et ses représentants, les cris de victoire absurdes, ceux qui tentent de les remettre à leur place et de les faire la morale… Je m’adresse à ceux qui ne voient pas la souffrance de ceux que vous appelez vos « anciens frères kurdes » : il ne s’agit pas d’un reproche, mais d’une fracture historique qui se creuse dans la conscience d’un peuple. Cette fracture est profonde et, plus on l’ignore, plus elle s’aggrave, silencieusement et avec colère. » Il est toutefois impossible d’expliquer la situation actuelle uniquement par la « politique culturelle des émotions ». Les Kurdes ont joué un rôle essentiel en tant que force locale dans la lutte contre Daech en Syrie. Dans ce contexte, l’admiration véhiculée par les médias relevait autant d’un investissement émotionnel que d’une fonction biopolitique. Si ces mêmes personnalités sont aujourd’hui si facilement mises en cause par les médias occidentaux, ce n’est pas dû à une soudaine déviation des lignes politiques kurdes, mais plutôt à une évolution des besoins de l’empire. Comme l’ont souligné Hardt et Negri, l’empire n’exige pas la loyauté , mais la conformité et l’obéissance. Dès lors que cette conformité est perturbée, c’est-à-dire lorsque le prix à payer augmente, ceux qui étaient applaudis la veille peuvent aisément être qualifiés de « déstabilisateurs ». L’accusation devient alors un réflexe de l’ordre visant à se disculper. Désormais, chaque fracture observée en Syrie, au Moyen-Orient ou dans les équilibres mondiaux est expliquée par le fait que les Kurdes seraient « trop autonomes », « trop affirmés » ou « trop complexes ». Ainsi, les contradictions structurelles du système reposent sur les épaules d’un peuple. C’est précisément à ce moment-là que le concept de « chaos gérable » prend tout son sens. Les Kurdes sont maintenus dans une position à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’empire : suffisamment actifs, ils ne sont jamais considérés comme des sujets à part entière. Dès qu’ils s’approchent de l’autodétermination, ils deviennent superflus aux yeux de l’empire. Le remplacement des applaudissements par des accusations est alors perçu comme une « punition » pour cette transgression des limites. L’histoire a maintes fois démontré que même dans les moments les plus désespérés, une lueur d’espoir subsiste. Pour les Kurdes, cette lueur d’espoir réside dans la lutte même pour la survie. Les liens que les Kurdes, vivant principalement dans quatre pays différents, s’efforcent de tisser par-delà les frontières constituent l’une des manifestations contemporaines de cette dimension existentielle. Ce lien, rendu visible par les banderoles proclamant « 2+2=1 » sur les places publiques du monde entier ou par les correspondants de Ronahî TV et de Rûdaw côte à côte, dépasse la logique de l’État-nation classique. Ce qui est mis en avant n’est pas une unité centrale et hiérarchique, mais une forme horizontale, dispersée et relationnelle de subjectivité politique. Ce réseau, reconstruit quotidiennement sur les réseaux sociaux à travers différents hymnes nationaux kurdes, des chants de résistance et des images de la mémoire collective, revêt une forme que l’empire peine à appréhender, à représenter ou à contrôler. Les amis internationalistes des Kurdes à travers le monde sont non seulement devenus témoins de ce réseau, mais aussi ses vecteurs, lui conférant un fondement commun. Finalement, les émotions s’apaiseront ; le chagrin et la colère se mueront en une force politique potentielle. Ce qui subsiste, une fois les applaudissements retombés et les accusations lancées, c’est une existence qui se passe de l’approbation de l’empire. Fragmentée et fragile, elle est précisément, de ce fait, difficile à gérer. Et c’est peut-être là le véritable « crime » des Kurdes aujourd’hui. Un crime qui, à cet instant précis, se transforme en possibilité : marginalisés par l’histoire, ils commencent à construire leur propre temps. (Bianet)   

La solidarité fera vivre le Rojava

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PARIS – La guerre que subit le Rojava n’est pas seulement un siège militaire, c’est aussi une guerre de l’information, une guerre psychologique sordide.
Nous savons parfaitement ce que signifie le siège en cours au Rojava. Nous savons pourquoi les dernières attaques majeures ont débuté avec la table des négociations établie à Paris les 5 et 6 janvier 2026. Les puissances internationales réunies autour de cette table ont une fois de plus réduit l’existence des Kurdes à un problème technique à résoudre d’urgence, bafouant ainsi le droit de ce peuple à vivre librement. Lorsque le processus entamé par des manifestations pacifiques à Daraa le 15 mars 2011 en Syrie s’est transformé en guerre civile avec l’organisation des États et l’implication de groupes djihadistes, un espace de vie partagé, sans être impliqué dans ce crime contre l’humanité, a vu le jour au Rojava sous la direction des Kurdes, en collaboration avec les peuples et les communautés religieuses de la région.
 
Au Moyen-Orient, où des politiques de haine, de violence et de guerre ont été alimentées pendant des siècles par des différences ethniques et religieuses, un espace de vie alternatif, susceptible de transformer ces divisions, est systématiquement démantelé dans le silence des cercles diplomatiques. Tandis que l’attention du monde est focalisée sur d’autres crises, nous avons assisté au destin d’un peuple scellé par une banalité administrative quasi-administrative, sous couvert de « stabilité ». Ce moment marque le début d’une ère nouvelle où le droit international est relégué au second plan et où le pouvoir s’exprime désormais ouvertement et sans retenue.
 
Nous savons que ce qui s’est passé à Paris n’était pas un hasard. Cette scène illustre parfaitement le monde post-légal, où les puissants n’éprouvent même plus le besoin de se légitimer et où l’arbitraire est devenu une forme de gouvernement. Des représentants des États-Unis, d’Israël, du nouveau gouvernement syrien et de la Turquie étaient présents ; or, le plus frappant, alors que l’architecture régionale se redessinait, fut l’absence des Kurdes à la table des négociations. Nous savons également que cette absence n’était pas un oubli, mais un choix délibéré. ​​Les Kurdes n’étaient pas l’objet de négociations ; ils étaient traités comme une variable à réprimer, à disperser ou à résoudre comme un problème « technique ». Il n’était pas question de justice ou de paix, mais d’une vague « stabilité » définie par chacun selon ses propres intérêts, et ce mépris pour les Kurdes est également significatif. Car dans la nouvelle Syrie qu’ils construiront ensemble, chacun a reçu sa part.
 
En réalité, nous savons que le peuple kurde n’est pas étranger à cette situation. Du traité de Sèvres à nos jours, il a maintes fois constaté que l’amitié des empires est toujours conditionnelle et que les sacrifices sont vite oubliés face à de nouvelles priorités stratégiques. Ce qui se dissout aujourd’hui, ce n’est pas seulement une structure militaire ou administrative ; c’est la conviction même que le droit et les droits universels, aussi souvent bafoués soient-ils, peuvent établir des limites. Pourtant, cette situation ne nous conduit pas au désespoir, mais nous éclaire à nouveau. Si les décisions prises à Paris témoignent de la brutalité du monde actuel, l’unité des Kurdes, toutes régions confondues, et leur résistance croissante constituent la réponse la plus forte. L’espoir né à Kobani en 2014 prend aujourd’hui un sens nouveau dans la résistance au Rojava, non seulement pour les Kurdes, mais pour tous les peuples du monde.
 
Face à cette réalité, les Kurdes et leurs amis occupent les rues et les places du monde entier depuis des jours. Ici, cette mobilisation revêt une signification qui dépasse largement la simple solidarité avec un lieu ou une zone géographique éloignée. Cette solidarité est l’expression de notre engagement indéfectible envers l’idéal d’une vie meilleure grâce au Rojava, et envers la conscience de l’humanité, pour celles et ceux dont la voix est réduite au silence par des systèmes dominants, militaristes et racistes. Nous sommes témoins de manifestations très précieuses de cette solidarité. Nous savons, par expérience, combien il est important de disposer d’informations exactes et de les diffuser face aux campagnes de désinformation anti-kurdes orchestrées par des États qui détiennent le monopole de la violence, de la logistique et de la haine.
 
L’effet boule de neige de la pratique
Ici, nous observons de près comment chaque parole, chaque action, qu’elle provienne d’artistes, d’écrivains, de journalistes, de scientifiques, de politiciens ou de militants, crée un effet boule de neige. La conscience de l’humanité qui se mobilise pour le Rojava marque l’histoire et continue de le faire. Je souhaite vous en faire part à quelques reprises. Un groupe se faisant appeler la « Délégation pour la Paix » a lancé un appel urgent pour Kobani. Dans une déclaration commune signée par plus de 100 artistes, journalistes, avocats et collectifs d’ Europe , de Turquie et de la région kurde, il a été souligné que les coupures d’eau et d’électricité persistantes à Kobani constituent une violation flagrante du droit international humanitaire. La déclaration a mis en lumière le lien entre la politique transfrontalière de la Turquie et les attaques ainsi que l’occupation de facto exercée par Hayat Tahrir al-Sham (HTS). J’ai perçu l’artiste kurde Hogir Ar au cœur de cette action.
 
Alors que les campagnes internationales et les appels à la solidarité avec le Rojava se poursuivent, un nouvel appel a émergé de France. Publié dans deux quotidiens français, Libération , cet appel souligne que les attaques systématiques contre les femmes kurdes au Rojava visent la révolution féministe et que le silence de la communauté internationale équivaut à de la complicité. Au cœur de ce texte, qui clame « Ne restons pas silencieux face au meurtre des femmes kurdes ! », je reconnais la féministe, scientifique et militante Pınar Selek. Publié sous le titre « Ne sacrifions pas ce peuple, ces femmes, cet espoir », cet appel insiste sur le fait que le modèle de vie libéral et démocratique construit sous l’impulsion des femmes au Rojava est la cible d’attaques de groupes djihadistes. Le texte affirme que les féminicides, les enlèvements, la torture et les violences sexuelles contre les femmes sont devenus systématiques.
 
Deux autres appels de ce type ont été relayés aujourd’hui par les portails d’information. L’un d’eux provient de France, où le quotidien Le Monde a publié une tribune signée par plus de 400 personnalités appelant à la défense du Rojava. En consultant les signatures de cet article intitulé « Appel à défendre le Rojava en Syrie » , on découvre des centaines de noms, allant d’universitaires et de politiciens à des juristes et des écrivains issus des universités françaises. Parmi ceux qui viennent immédiatement à l’esprit, citons Hamit Bozarslan, Engin Sustam, Gilbert Mitterrand et Zerrin Bataray.
 
La dernière déclaration de solidarité que je souhaite partager nous vient du Royaume-Uni. De nombreux intellectuels, écrivains, artistes et universitaires, parmi lesquels le prix Nobel J.M. Coetzee, l’acteur de renommée mondiale Stephen Fry et le président de PEN International, Burhan Sönmez, ont appelé la communauté internationale à mettre fin au conflit en Syrie, à reconnaître les droits des Kurdes du Rojava et à résoudre les problèmes par des moyens pacifiques. Dans cette déclaration commune, publiée sous le titre « Appel pour le Rojava », il est souligné que la guerre qui ravage la Syrie depuis des années a engendré d’immenses souffrances humaines et que le processus de démocratisation tant espéré pour cette nouvelle ère a été entravé par les politiques unilatérales et autoritaires du gouvernement arrivé au pouvoir, politiques qui s’opposent aux minorités. Je tiens à mentionner ici le nom de l’écrivain Burhan Sönmez.
 
Alors que je m’apprêtais à terminer la rédaction de ces lignes, un autre appel à la solidarité similaire a été publié : plus d’une centaine de personnes, parmi lesquelles des retraités, des étudiants, des enseignants, des agriculteurs, des infirmières, des chômeurs, des bibliothécaires, des doctorants et des ingénieurs, ont publié une déclaration dans le quotidien français L’Humanité, intitulée : « Urgent ! La révolution au Rojava et son projet social de libération sont en danger de mort ! En tant que syndicalistes, nous devons agir . » Cette déclaration, signée par plus d’une centaine de syndicalistes, affirme : « Le 26 janvier, date anniversaire de la libération de Kobanê de Daech par les forces kurdes en 2015, la ville et le projet social de libération en cours de développement au Rojava sont à nouveau menacés. En réponse, une initiative a émergé au sein du mouvement syndical », appelant au renforcement des mobilisations solidaires et exhortant les organisations syndicales à tous les niveaux à prendre leurs responsabilités et à devenir les organisatrices et les actrices de ces mobilisations.
 
Diplomatie de l’information
Ces appels et campagnes constituent de précieux exemples de solidarité face à la désinformation alimentée par la haine, la violence et les conflits, propagée par les autorités étatiques. Diffuser des informations exactes dans le cadre d’une diplomatie de l’information, et encourager et renforcer la solidarité entre les femmes, les artistes et les universitaires, est essentiel pour soutenir le Rojava. Car le siège que subit le Rojava n’est pas seulement militaire et armé, mais aussi une guerre de l’information, une guerre psychologique sordide. Dans ce contexte, il est primordial de prendre position pour l’humanité et de l’affirmer par les mots et par les actes.
 
C’est précisément pourquoi, aujourd’hui, la solidarité avec le Rojava dépasse largement la simple « sympathie » ou une réaction de conscience face à une tragédie observée de loin. Cette solidarité est une affirmation de notre position dans un monde où l’État de droit est suspendu, les droits bafoués et le destin des peuples scellé à huis clos. Être solidaire du Rojava, c’est défendre la libération des femmes, l’égalité des peuples, la coexistence et un avenir démocratique et pluraliste. Ce qui est visé au Rojava aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les Kurdes ; c’est la possibilité d’une autre vie, d’une autre vision politique, d’un autre espoir pour le monde.
 
Notre appel est donc clair : le Rojava n’est pas seul et ne doit pas l’être. Nous devons rendre ce siège visible dans les rues, sur les places publiques, dans les universités, les syndicats, les milieux culturels et artistiques, les médias et les plateformes numériques, et briser le mur du silence érigé par les États. Chaque déclaration, chaque signature, chaque événement, chaque écrit, chaque action, chaque graffiti sur les murs : tout cela témoigne de la volonté du peuple face aux décisions prises dans l’obscurité des couloirs diplomatiques. Il est essentiel aujourd’hui de multiplier, de relier et de pérenniser ces manifestations de solidarité, en apparence éparses.
 
S’exprimer pour le Rojava, ce n’est pas seulement défendre un peuple ; c’est défendre l’avenir. C’est défendre la liberté bâtie sous l’égide des femmes, la volonté des peuples de s’unir et le courage collectif face à la tyrannie. C’est pourquoi chacun peut agir, où qu’il soit : diffuser des informations exactes, dénoncer les mensonges, organiser la solidarité et amplifier les paroles et les actions contre l’oppression. Car la résistance du Rojava est aussi notre résistance à préserver notre humanité.
 
Aujourd’hui, nous le déclarons une fois de plus, haut et fort : si le Rojava tombe, l’humanité perd. Si le Rojava survit, l’espoir survit.
 
Par conséquent, renforçons et pérennisons notre solidarité avec le Rojava. Lorsque l’histoire sera réécrite, ce sont ceux qui ont résisté, et non ceux qui sont restés silencieux, qui seront remémorés.
  Par Ercan Jan Aktaş, chercheur en sciences sociales, écrivain et militant. Ses travaux portent sur la paix sociale, la violence, le militarisme, le genre et l’objection de conscience. Il contribue à Yeni Özgür Politika, Yeni Yaşam et Bianet avec des articles, des interviews et des reportages approfondis sur l’actualité politique, les questions migratoires, la paix sociale et le genre. Il poursuit son travail universitaire, journalistique et militant en France.