ROJHILAT. Les forces de sécurité tirent sur la foule en deuil à Abdanan

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IRAN / ROJHILAT – Les forces de sécurité du gouvernement iranien ont ouvert le feu sur la foule lors de la cérémonie commémorant le 40e jour du martyr Alireza Seidi* au cimetière d’Abdanan, au Kurdistan « iranien ».
 
Un rapport faisant état d’une explosion entendue dans la ville d’Abdanan, dans la province d’Ilam, a également été publié.
 
*L’adolescent Alireza Seidi était parmi les civils assassinés par les forces du régime islamique lors des manifestations populaires d’il y a 40 jours.

L’éducation multilingue contribuera au succès de la Syrie

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SYRIE / ROJAVA – Damas souhaite restreindre l’enseignement du kurde dans tout le nord-est du pays. Leur approche est dénuée de vision sur les plans social, politique et économique. Dans l’article suivant, Meghan Bodette explique pourquoi l’éducation multilingue est la meilleure solution pour les Kurdes et pour Damas, et comment la mettre en œuvre. Sous l’administration autonome kurde, une génération d’étudiants kurdes syriens a bénéficié, pour la première fois dans l’histoire de la Syrie, d’un enseignement primaire, secondaire et supérieur dispensé dans sa propre langue. Le décret n° 13 du gouvernement de transition syrien menace d’anéantir cet acquis. Bien que ce décret puisse constituer une amélioration objective par rapport à la situation du kurde avant 2011, il révoque les droits linguistiques dont les Kurdes syriens bénéficiaient depuis quinze ans. Ce recul est particulièrement flagrant dans le domaine de l’éducation. Le décret n° 13 ne reconnaît pas le kurde comme une langue d’enseignement. Dans certaines régions, les Kurdes ne bénéficient que de deux heures de cours de kurde facultatifs par semaine. L’ accord d’intégration du 30 janvier 2026, accepté par Damas et les dirigeants kurdes, prévoit des améliorations dans le domaine de l’éducation. L’article 11 reconnaît les diplômes délivrés par le système éducatif multilingue de l’Administration autonome. L’article 13 engage les deux parties à « collaborer avec le ministère de l’Éducation afin d’examiner le parcours éducatif de la communauté kurde et de tenir compte de ses spécificités ». Mais alors que les discussions sur la mise en œuvre débutent, des sources kurdes avertissent que le gouvernement de transition semble inflexible quant à son offre de cours optionnels uniquement. Pour les acteurs politiques kurdes syriens, et pour la quasi-totalité des civils kurdes syriens, cette proposition est inacceptable. L’utilisation du kurde comme langue d’enseignement est une revendication minimale des partis politiques et des communautés, qui transcende les divisions politiques internes et est antérieure de loin à la guerre civile.

Deux cadres

De 2014 à 2026, le contrat social du nord-est de la Syrie reconnaissait le kurde, l’arabe et l’araméen comme langues officielles. Il garantissait également que « toutes les langues du nord et de l’est de la Syrie sont égales dans tous les domaines de la vie sociale, éducative et culturelle [et] chaque peuple ou groupe culturel a le droit d’organiser sa vie et de gérer ses affaires dans sa langue maternelle ». Sous l’administration autonome, le kurde est la langue d’enseignement principale – c’est-à-dire la langue dans laquelle les cours sont dispensés – pour les élèves kurdes jusqu’au lycée. Ils apprennent également l’arabe et, souvent, une langue européenne comme l’anglais. À l’université, la langue d’enseignement peut être le kurde, l’anglais ou l’arabe, selon la discipline. La déclaration constitutionnelle transitoire de la Syrie n’accorde qu’un statut officiel à l’arabe. Le décret n° 13 reconnaît le kurde comme « langue nationale » sans toutefois définir ce terme. Il réduit également le kurde, d’une langue d’enseignement, à une matière optionnelle. Un responsable syrien chargé de l’élaboration des programmes scolaires a déclaré que le programme de kurde est conçu selon les normes d’enseignement des langues étrangères – une approche qui ignore le fait que l’arabe, et non le kurde, est la deuxième langue des élèves kurdes. De ce fait, les enfants qui parlent kurde à la maison doivent apprendre une deuxième langue pour pouvoir étudier des matières comme les mathématiques, les sciences ou l’histoire et n’auront accès à leur langue maternelle qu’en tant qu’apprenants de langue étrangère.

Pourquoi l’éducation multilingue est la meilleure solution pour la Syrie

La revendication kurde d’un enseignement en langue maternelle et le système scolaire multilingue qu’ils ont mis en place ne reposent pas uniquement sur des décennies de lutte politique. Ce cadre est étayé par un important corpus de recherches universitaires et par les meilleures pratiques internationales. La position du gouvernement de transition, en revanche, risque d’exacerber le conflit et de compromettre les opportunités économiques et politiques. Les élèves qui ne peuvent pas étudier dans une langue qu’ils comprennent sont confrontés à de graves désavantages scolaires. Leurs difficultés scolaires risquent d’entraîner des retards dans d’autres domaines de la vie sociale, économique et politique. Les élèves issus de milieux défavorisés et appartenant à des minorités ethniques – situation qui caractérise de nombreux Kurdes dans les régions historiquement sous-développées de Kobané et de Jazira – sont les plus durement touchés par les inégalités linguistiques dans l’éducation. Ces disparités se corrigent lorsque les élèves apprennent d’abord dans leur langue maternelle et intègrent d’autres langues ultérieurement. L’UNESCO constate que « les approches pédagogiques bilingues (ou multilingues) fondées sur la langue maternelle, où la langue maternelle de l’enfant est enseignée parallèlement à l’introduction d’une seconde langue, peuvent améliorer les performances dans cette seconde langue ainsi que dans d’autres matières ». Au Guatemala, par exemple, les élèves autochtones scolarisés dans des établissements bilingues obtiennent de meilleurs résultats dans toutes les matières, y compris en espagnol, la langue majoritaire du pays. Ce constat remet en question les arguments des partisans du gouvernement de transition, qui affirment que l’instauration du kurde comme langue d’enseignement nuirait à la maîtrise de l’arabe chez les Kurdes. L’éducation multilingue présente également des avantages qui dépassent le cadre scolaire, notamment dans deux domaines où les Kurdes et Damas ont besoin de réussite : le développement économique et la paix et la stabilité. Sur le plan économique, l’éducation multilingue « accroît l’accès à l’enseignement supérieur et à la formation professionnelle », « facilite la mobilité sociale et économique en améliorant l’accès à l’emploi et en renforçant la participation économique » et « a le potentiel de stimuler la croissance des industries linguistiques nationales et internationales », selon l’UNESCO. Alors que « l’imposition d’une seule langue dominante comme langue d’enseignement dans les écoles… a souvent été une source de mécontentement liée à des problèmes plus larges d’inégalités sociales et culturelles », l’éducation multilingue « peut contribuer à réduire les inégalités sociales » et, par conséquent, à diminuer les risques de conflit.

Recommandations politiques

Les dispositions relatives à l’éducation de l’accord du 30 janvier devraient être mises en œuvre de manière à favoriser la réussite scolaire, la prospérité et la paix par le biais du multilinguisme. La Syrie devrait reconnaître le kurde comme langue d’enseignement, tant dans la loi que dans la constitution transitoire et, à terme, dans la constitution permanente. Un cadre juridique immédiat pour l’utilisation du kurde comme langue d’enseignement pourrait être établi par le biais d’un décret faisant suite au décret n° 13. Ce nouveau décret pourrait définir la « langue nationale » comme une langue pouvant servir de langue d’enseignement dans les écoles, au même titre que la langue officielle. La Déclaration constitutionnelle devrait être amendée afin de reconnaître le kurde comme une langue ayant un statut officiel égal à celui de l’arabe, pouvant être utilisée comme langue d’enseignement dans les écoles, et de reconnaître le droit à l’éducation dans la langue maternelle pour tous les Syriens, éventuellement selon des modalités similaires à celles de l’article 4 de la Constitution irakienne. La constitution permanente de la Syrie devrait contenir les mêmes dispositions. Les écoles et les autorités éducatives des administrations autonomes devraient être intégrées au ministère de l’Éducation de manière à préserver leur capacité actuelle à dispenser un enseignement multilingue. L’article 9 de l’accord du 30 janvier stipule que le gouvernement reprendra l’ensemble des établissements DAANES existants et que tous les employés conserveront leur poste. Ceci permettra de maintenir en fonction les enseignants et les administrateurs expérimentés dans l’enseignement du kurde. De ce fait, le ministère de l’Éducation n’aura pas besoin de recruter ni de former de nouveaux personnels pour assurer un enseignement multilingue, ce qui lèvera les obstacles logistiques et financiers. Les deux universités affiliées au DAANES qui dispensent un enseignement en langue kurde, l’université de Kobané et l’université de Rojava, devraient être accréditées. La reconnaissance des diplômes au titre de l’article 11 leur confère une certaine légitimité. Le DAANES pourrait collaborer avec le ministère syrien de l’Éducation et avec des universités de la région du Kurdistan irakien – des établissements accrédités ayant une expérience de l’enseignement en kurde – afin de remédier aux éventuelles divergences ou lacunes et de définir les modalités d’accréditation. L’Institut de la langue kurde (SZK) devrait être officiellement enregistré en Syrie et bénéficier du soutien du ministère de l’Éducation, des organisations internationales et des autorités gouvernementales pour poursuivre son travail de normalisation linguistique et de création de ressources pédagogiques. Le gouvernement syrien n’a consulté aucun échantillon représentatif et reconnu d’experts kurdes lors de l’élaboration de ces ressources. Certaines personnalités kurdes promues par le gouvernement maîtrisent très mal le kurde, voire ne le connaissent pas du tout, ce qui laisse penser que les autorités sont incapables d’évaluer la compétence des spécialistes de la langue kurde. Le SZK travaille depuis des années à la normalisation du kurde kurmanci et a publié une grammaire de référence utilisée par toutes les institutions de l’Administration autonome. L’institut devrait être officiellement reconnu en vertu de l’article 12 de l’accord du 30 janvier, qui porte sur « l’agrément de toutes les organisations locales et culturelles et des médias conformément aux lois régissant les ministères compétents », et servir de référence à toutes les parties prenantes sur les questions linguistiques. Les puissances garantes devraient défendre la position kurde sur cette question et fournir une assistance technique pour la codification et la mise en œuvre d’un système éducatif multilingue. Les États-Unis ont maintes fois souligné leur intérêt pour une Syrie prospère et unifiée. Comme le décrit ce document, un système éducatif multilingue dans les régions kurdes de Syrie est susceptible de contribuer à la réalisation de ces deux objectifs. Les États-Unis pourraient faire pression sur Damas pour qu’il accepte les revendications kurdes en la matière et offrir une assistance technique aux deux parties pour la mise en œuvre des changements juridiques et institutionnels nécessaires. Par Meghan Bodette, directrice de la recherche à l’Institut kurde pour la paix (Kurdish Peace Institut, KPI) Article d’origine à lire sur le site de KPI : « Multilingual Education Will Help Syria Succeed« 

Les partis politiques kurdes en Iran s’orientent vers un front unifié

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IRAN / ROJHILAT – Alors que les peuples d’Iran sont écrasées par la violence étatique toujours plus sanglante depuis les dernières révoltes populaires, les partis kurdes d’opposition forment un centre de dialogue afin d’obtenir un front unifié. Nous partageons avec leur communiqué annonçant la formation d’un centre de dialogue :
Les partis politiques kurdes en Iran s’orientent vers un front unifié : changements stratégiques et défis persistants
 
Le paysage politique kurde iranien connaît une évolution structurelle significative, les principaux partis cherchant à passer d’un « Centre de dialogue » consultatif à une plateforme de coopération unifiée et solide. Cette initiative vise à élargir le champ de la collaboration, permettant aux partis d’exercer une influence maximale et de rester opérationnels face à tout changement politique potentiel au Kurdistan iranien (Kurdistan oriental).
 
Du dialogue à l’alliance stratégique
 
Le Centre de dialogue des partis politiques kurdes iraniens a été créé en réponse aux exigences politiques qui ont suivi le soulèvement « Femme, Vie, Liberté ». Depuis début 2025, le Centre a institutionnalisé son action par l’organisation de sommets mensuels. Dans un souci de démocratie participative, la présidence du Centre est assurée à tour de rôle par l’un de ses partis membres.
 
L’objectif actuel est de finaliser une « Plateforme de coopération conjointe » – un plan stratégique conçu pour unifier la voix politique kurde et se préparer à la gouvernance ou à la gestion de crise en cas de changement de la situation en Iran.
 
La Coalition des Cinq : un nouveau bloc de pouvoir
 
À ce jour, un projet de proposition pour la formation d’un front unifié a été formellement accepté par cinq organisations clés :
 
Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI)
Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK)
Parti de la liberté du Kurdistan (PAK)
Parti Komala du Kurdistan (dirigé par Reza Kaabi)
Organisation Khabat du Kurdistan iranien
 
Les voix dissidentes : obstacles stratégiques et idéologiques
 
Malgré le consensus majoritaire, le chemin vers une unification totale se heurte à des frictions internes. Le parti Komala du Kurdistan iranien (dirigé par Abdullah Mohtadi) a exprimé des réserves, s’opposant à certaines clauses du projet actuel.
 
Parallèlement, l’organisation Komala du Parti communiste iranien (dirigée par Ibrahim Alizadeh) a rejeté catégoriquement l’idée d’une coalition formelle. Invoquant des contraintes idéologiques, le groupe a déclaré rester attaché au « dialogue et à la consultation », mais qu’il ne s’engagerait pas dans une alliance politique structurée avec les autres partis.
 
Analyse d’experts : Un réalignement historique
 
Les analystes politiques considèrent l’acceptation conjointe du projet par le PDKI et le PJAK comme un tournant décisif. En tant que deux acteurs les plus influents et les plus puissants militairement du Kurdistan iranien, leur alliance confère une légitimité considérable à la plateforme proposée.
 
Selon les experts, même si certaines factions restent en dehors de l’alliance formelle, la synergie entre le PDKI et le PJAK crée de fait un puissant pilier. Ce partenariat devrait renforcer le succès du mouvement kurde tant sur le plan de la mobilisation intérieure que sur le plan diplomatique international.

SYRIE. Les Unités de protection des femmes sont la ligne rouge des Kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le commandant kurde, Mazlum Abdi a plaidé pour une position internationale commune sur le Rojava. Il a exigé des garanties quant à la mise en œuvre des accords, évoqué l’ouverture du dialogue avec la Turquie et qualifié la présence de combattantes femmes des YPJ dans les forces armées de leur « ligne rouge ». Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazlum Abdi, a appelé à une position internationale coordonnée sur le nord et l’est de la Syrie lors de son intervention à la Conférence de Munich sur la sécurité. « Nous espérons qu’une position commune sur le Rojava se dégagera », a déclaré M. Abdi dans une interview accordée à Stêrk TV. « Nous avons réussi à faire entendre notre voix et souhaitons que le Rojava reçoive du soutien. » Il a exposé le contexte en évoquant la situation sécuritaire des dernières semaines : des attaques massives ont eu lieu, ce qui explique pourquoi, selon les FDS, un rôle purement observateur des acteurs extérieurs est insuffisant. Première apparition officielle Abdi a décrit la participation de l’administration autonome kurde du Rojava à Munich comme politiquement significative : « Nous avons été officiellement invités pour la première fois, et j’y ai participé en tant que commandant en chef des FDS. » Parallèlement, a-t-il ajouté, certains acteurs cherchaient à empêcher cette présence.
Mazloum Abdi et Ilham Ahmad
Il a insisté sur une date en particulier : l’accord du 29 janvier. Cet accord ne doit pas être remis en cause. « Il ne doit y avoir aucune violation des accords », a souligné Abdi. Évoquant les revers précédents, Abdi a déclaré, en substance, que la dynamique ne devait pas s’essouffler à nouveau comme lors des phases précédentes, et c’est de là qu’il a tiré la revendication centrale : « Nous voulons des garanties contraignantes de toutes les parties, et notamment des puissances garantes. » D’après lui, ce point précis a également été soulevé lors des discussions avec les États-Unis. « Nous avons évoqué la question des garanties avec le secrétaire d’État américain et sollicité son soutien. » Il est désormais crucial que les acteurs internationaux non seulement approuvent politiquement la mise en œuvre, mais la garantissent également concrètement. Contacts avec Damas et canaux ouverts avec la Turquie Abdi a expliqué que des contacts avaient déjà eu lieu avec des représentants à Damas avant Munich ; toutefois, les discussions dans ce cadre international étaient inédites. Une approche de travail se dessinait, susceptible d’être soutenue à la fois par les Kurdes et le gouvernement syrien. Concernant le niveau régional, Abdi a indiqué que les relations avec les États voisins entraient dans une nouvelle phase. Au sujet d’Ankara, il a déclaré avec prudence mais clarté : « Des canaux de communication restent ouverts avec la Turquie. » Parallèlement, il a évoqué la relative désescalade des derniers mois et a associé cette situation à l’espoir que la Turquie jouerait un rôle constructif dans la suite du processus : « Nous souhaitons que la Turquie contribue positivement aux négociations. » Cessez-le-feu, pressions internationales et invitation aux États-Unis Selon Abdi, la pression sociale au Rojava, la position de la diaspora et les prises de position de certains segments de l’establishment politique américain ont influencé la ligne internationale. Cela, a-t-il affirmé, a contribué à la stabilisation du Rojava. « Le cessez-le-feu est le fruit de ce processus », a-t-il déclaré. Abdi a également confirmé avoir reçu une invitation aux États-Unis : « Nous avons été invités aux États-Unis ; si l’occasion se présente, nous pourrons nous y rendre. » Pour les FDS, une telle visite permettrait de donner une dimension plus concrète aux questions de sécurité et d’intégration au niveau politique supérieur. Le rôle d’Abdullah Öcalan Un autre point central des propos d’Abdi concernait le rôle politique du représentant kurde Abdullah Öcalan, emprisonné sur l’île-prison turque d’Imrali. Le commandant des FDS a fait état de plusieurs lettres d’Imrali relatives à la mise en œuvre de l’accord du 10 mars et a conclu : « Les autorités syriennes devraient entamer un dialogue avec Imrali. » Parallèlement, Abdi a mis en garde contre toute tentative d’exacerbation des divisions ethniques : « Certains cherchent à déclencher une guerre arabo-kurde. » Malgré les incidents violents, cette logique ne doit pas prévaloir, « car cela ne signifie pas que les Kurdes et les Arabes sont ennemis », a déclaré Abdi. Il a évoqué de longues périodes de coexistence pacifique dans des régions comme Kobanê et Cizîrê. Sa ligne directrice politique consiste à reconnaître ouvertement les erreurs commises, sans pour autant renoncer au cadre commun : « Nous corrigerons nos erreurs et construirons ensemble un avenir meilleur. » L’unité kurde et les structures féminines comme ligne rouge Abdi a souligné la mobilisation de la population et de la diaspora lors des violentes attaques perpétrées ces dernières semaines contre l’administration autonome du nord-est de la Syrie. Selon lui, cela a modifié la perception internationale du Rojava. Parallèlement, il a appelé à un renforcement de la consolidation politique des forces kurdes : seule une organisation plus unifiée permettra de gérer le processus en cours de manière stable. Selon lui, le rôle des femmes dans les structures de sécurité est non négociable. « La force des femmes est notre ligne rouge », a déclaré Abdi. Lors de discussions avec Damas, les FDS ont exigé que « chaque brigade dispose d’une unité féminine ». Cette pratique devrait se poursuivre jusqu’à l’adoption d’une réglementation juridique claire. « Pas de retraite tant que le statut n’est pas garanti » En conclusion, Abdi a décrit le processus global comme long et conflictuel, mais aussi politiquement ouvert. « La révolution ne se déroule pas toujours sans interruptions », a-t-il déclaré. Le recul était hors de question : « Notre peuple ne doit pas faire un seul pas en arrière. » Sa dernière phrase a donné le ton : « Les acquis obtenus jusqu’à présent ne suffisent pas ; la lutte continue jusqu’à ce que notre position soit renforcée. » (ANF)

Création d’un réseau international de femmes

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À l’issue de la Conférence mondiale des femmes tenue à Bogota, en Colombie, les participantes ont annoncé la création d’un réseau international de femmes pour lutter contre la guerre, le génocide, le capitalisme et le patriarcat, dont les activités s’étendront sur plusieurs continents, d’Abya Yala au Kurdistan, dans le but d’unir les mouvements féministes, de renforcer les formes de résistance commune et de coordonner les efforts au niveau mondial.
La salle de la conférence était ornée notamment avec des affiches des féministes kurdes et internationalistes
La conférence internationale des femmes de Bogota, en Colombie, qui a réuni environ 400 participantes, s’est conclue après quatre jours de débats finaux, un programme culturel et un marché des femmes. L’accent a été mis sur les résolutions communes et le renforcement des réseaux en vue de la construction d’une confédération mondiale démocratique des femmes. La conférence, intitulée « D’Abya Yala au Kurdistan – Nous prospérerons, car la guerre ne peut détruire nos racines », s’est conclue sur un message clair : les participants entendent poursuivre le travail d’organisation qu’ils ont entrepris. Les principaux constats des discussions ont été compilés dans un projet de déclaration finale, qui sera révisé puis publié.   Salutations du Rojava et de Palestine La dernière journée de la conférence a débuté par un message de jeunes femmes du Rojava. L’importance du 15 février pour le mouvement de libération kurde, date anniversaire du complot international contre Abdullah Öcalan, a également été soulignée. Un message palestinien a dénoncé les crimes de guerre perpétrés à Gaza et les violences faites aux femmes. Le projet de déclaration finale a ensuite été lu à haute voix, discuté et amendé. Il stipulait notamment : « Lors de notre conférence, nous avons entendu comment le capitalisme brutal a détruit nos corps, nos montagnes, nos rivières et nos forêts. Nous avons exprimé notre détermination à rompre le cycle systématique du colonialisme. » Le texte poursuit en affirmant que le confédéralisme kurde renforce les processus dans de nombreux pays et ouvre de nouvelles perspectives d’organisation commune : « Nous sommes déterminés à résister, à vivre et à organiser nos forces. » Accélérer l’organisation conjointe Dans leurs contributions, les participants ont plaidé pour une meilleure prise en compte de la diversité des réalités à Abya Yala, une reconnaissance claire de la montée actuelle des forces fascistes et une invitation concrète à participer au processus d’organisation et de mise en réseau. Le projet souligne également « l’urgence d’un échange mondial de femmes pour contrer la guerre patriarcale, extractiviste, colonialiste, capitaliste et génocidaire ». Par conséquent, l’organisation conjointe doit être accélérée. Dans le même temps, les participantes soulignent l’importance d’une mémoire historique partagée : « Nous reconnaissons que nous sommes des peuples et des processus politiques dotés d’une mémoire collective, et nous savons qu’il est important de continuer à nourrir cette mémoire partagée de la lutte des femmes et de notre résistance. » Cérémonie de clôture festive dans le parc Après les débats de clôture, une représentation théâtrale a été donnée, retraçant le parcours douloureux mais inspirant de trois générations de femmes : grand-mère, mère et fille. Après une cérémonie de clôture, les participantes se sont rendues dans un parc voisin où un marché de femmes a été organisé, avec repas et musique. (ANF)

ROJAVA. Des gangs liés à la Turquie renforcent leurs positions dans le canton de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Malgré les accords conclus entre Damas et les autorités kurdes du Rojava, les groupes armés sous commandement de la Turquie, la Division al-Hamza et la Division Sultan Souleymane Chah (Al-Amshat) ont renforcé leurs positions dans la région kurde de Kobanê, signale l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’OSDH écrit que « les factions « Al-Hamzat » et « Al-Amshat » de la 86e division du ministère de la Défense travaillent au renforcement de leurs positions et de leurs points de contrôle militaires dans les zones d’Al-Jalabiya et de Kharab Ashk, dans la campagne du sud-est d’Ain Al-Arab (Kobanê). Selon des sources fiables de l’OSDH (ou SOHR), les deux factions refusent de se retirer de leurs positions, malgré une coordination déjà existante entre les FDS et le gouvernement intérimaire syrien stipulant que les factions se retireraient et remettraient leurs positions aux Forces de sécurité intérieure Al-Asayish et aux Forces de sécurité générale. » Kobanê est assiégé depuis le 18 janvier, malgré le début de la mise en œuvre des termes de l’accord entre les FDS et le gouvernement intérimaire syrien.

SYRIE. Abdi déclare que les Kurdes du Rojava s’autogouverneront

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SYRIE / ROJAVA – En marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, le commandant des FDS, Mazlum Abdi, a déclaré que son équipe avait porté les revendications kurdes à l’échelle internationale. Il a ajouté qu’une nouvelle phase s’ouvrait pour le Rojava, avec une reconnaissance officielle et formelle. Mazlum Abdi, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), a déclaré en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité que les revendications politiques des Kurdes avaient été portées à l’attention de la communauté internationale. Abdi participe à cette conférence aux côtés d’Ilham Ahmad, coreprésentante aux affaires étrangères de l’Administration Autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Dans une interview accordée à Medya Haber TV, il a déclaré avoir participé à plusieurs réunions de haut niveau avec des représentants du Gouvernement fédéral de transition syrien. « Nous avons un accord et nous agissons dans le cadre de celui-ci. C’est pourquoi nous avons participé à d’importantes réunions en tant que délégation syrienne conjointe », a affirmé Abdi. Il a ajouté qu’ils avaient délibérément choisi de présenter un front uni, au nom de la Syrie, sur certaines questions. Surveillance internationale et garanties possibles Concernant l’issue des pourparlers, Abdi a expliqué que plusieurs interlocuteurs s’étaient engagés à suivre de près le processus politique en Syrie et étaient disposés à jouer un rôle de garant. Cela marque une nouvelle étape pour le Rojava. « On peut dire qu’il y a une attitude positive. Ces développements marquent une nouvelle phase pour le Rojava. L’administration, et en particulier la structure militaire, est officiellement reconnue pour la première fois », a déclaré Abdi. Accord de cessez-le-feu et d’intégration Faisant référence à l’accord de cessez-le-feu et d’intégration signé le 29 janvier entre l’Administration autonome et le Gouvernement de transition à Damas, Abdi a déclaré que sa mise en œuvre progressait lentement. La priorité, a-t-il affirmé, est de stabiliser le cessez-le-feu. « Il est actuellement respecté. Certaines questions restent en suspens. Un accord de principe existe, mais nous attendons désormais sa mise en œuvre concrète », a ajouté le commandant en chef des FDS. Autogouvernance dans les régions kurdes Concernant la suite du processus politique, Abdi a réaffirmé que les régions kurdes détermineraient leurs propres structures administratives. La population élirait ses représentants locaux de manière indépendante. Le principe de responsabilité locale s’appliquerait également sur le plan militaire : les combattants originaires de chaque région – par exemple, issus des rangs des YPG, des YPJ et des FDS – resteraient sur leur territoire et en assureraient la protection. Les forces de sécurité intérieure (Asayish) opéreraient en coordination avec les institutions centrales, mais sous commandement local. Les institutions linguistiques, éducatives et culturelles, ainsi que les acquis en matière d’autonomie déjà obtenus, seraient préservés et formalisés, a expliqué Abdi. (ANF)

Le retour des combattants de l’EI : accusations de terrorisme ou procès pour génocide ? L’Irak face à la vérité

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IRAK / SHENGAL – La population yézidie (Êzdî), victime du génocide commis par le groupe État islamique en 2014, suit avec inquiétude le transfert de milliers de terroristes de DAECH / ISIS – détenus jusqu’à là par les Kurdes dans le Nord-Est de la Syrie – en Irak. De son côté, le psychologue Jan Ilhan Kizilhan souligne qu’« opter pour une responsabilité globale, transparente et fondée sur un cadre international envoie un message clair, au-delà de l’Irak : même après une barbarie extrême, le droit est possible, l’ordre normatif peut être défendu même dans des États fragiles et la justice n’est pas un mot symbolique, mais un acte concret qui restaure la dignité ». Voici l’article de Jan Ilhan Kizilhan publié par Rudaw :  Le transfert de milliers de combattants de l’organisation État islamique (EI) au gouvernement central irakien dépasse largement le cadre d’une simple mesure administrative ou sécuritaire. Il s’agit d’une épreuve historique. Ce transfert marque la fin d’un accord provisoire de plusieurs années dans les zones kurdes du nord de la Syrie. Il ouvre également une nouvelle phase, qui déterminera comment l’Irak et la communauté internationale qualifieront juridiquement et moralement le chapitre le plus sombre de l’histoire récente de la région. La question centrale est claire : les crimes commis entre 2014 et 2019 en Irak et en Syrie seront-ils traités pour ce qu’ils sont réellement – ​​génocide systématique, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et déshumanisation organisée – ou seront-ils réduits au raccourci juridique de l’appartenance à une organisation terroriste ? Onze ans après le 3 août 2014, la plaie du génocide perpétré contre les Yézidis reste vive. Ce jour-là a débuté l’extermination systématique d’une minorité religieuse. Les Yézidis, dont l’histoire est depuis longtemps marquée par la persécution et les conversions forcées, ont été pris pour cible dans le but de les anéantir en tant que communauté. Des milliers d’hommes ont été assassinés. Des femmes et des filles ont été réduites en esclavage et violées. Des enfants ont été enlevés, endoctrinés et privés de leur identité. Les Nations Unies, de nombreux parlements nationaux et, en 2023, le Bundestag allemand ont officiellement reconnu ces crimes comme un génocide. Pourtant, la reconnaissance politique ne vaut pas justice, et encore moins guérison sociale. Lorsque nous parlons aujourd’hui avec des survivants, nous ne sommes pas confrontés à un chapitre clos de l’histoire. Nous sommes confrontés à un présent encore marqué par ce qui s’est passé. Le traumatisme n’est pas un événement qui disparaît dans les archives. C’est une expérience qui ébranle la confiance fondamentale d’une personne dans le monde et qui continue d’affecter son identité, ses émotions et ses relations sociales. Psychologiquement, le traumatisme représente une atteinte à l’espoir de sécurité, de stabilité et de sens. De nombreux survivants vivent encore dans un état d’alerte constant, entre dissociation et dépression, entre culpabilité et colère. Les enfants qui ont passé des années en captivité présentent souvent des comportements agressifs ou un vide affectif. Certains continuèrent à chanter les hymnes de leurs ravisseurs longtemps après leur libération, car ces chants avaient bercé leur enfance. Il ne s’agit pas d’une loyauté idéologique, mais du résultat d’une socialisation forcée sous le joug d’une violence extrême. Dans cette réalité psychologique, la question de la responsabilité juridique n’est pas un débat abstrait sur les catégories juridiques. Elle touche aux fondements mêmes de la guérison individuelle et collective. Le langage juridique façonne la mémoire. Si un auteur est condamné uniquement en tant que membre d’une organisation terroriste, le crime spécifique disparaît derrière cette étiquette. Le viol d’une femme, le meurtre d’un enfant, la destruction systématique d’une identité religieuse, ces actes sont absorbés par une catégorie générale qui ne reflète pas pleinement leur intention ni leur ampleur. Pour les survivants, cela crée une seconde forme de dévalorisation. Leur souffrance apparaît comme un effet secondaire du terrorisme, et non comme une tentative délibérée de les anéantir en tant que groupe. Le jugement de 2021 de la Cour régionale supérieure de Francfort, en Allemagne, qui a condamné un membre de l’EI pour génocide contre une mère yézidie et sa fille de cinq ans, a démontré l’importance d’un langage juridique précis. Ce jugement n’était pas seulement une condamnation pénale. C’était une affirmation normative. Il a clairement établi que les crimes n’étaient pas des actes de violence anonymes, mais des crimes ciblés contre un groupe spécifique. D’un point de vue psychologique, cette distinction est essentielle. La guérison commence par la mise en mots. Ce qui n’est pas nommé demeure flou, continue d’agir en coulisses et peut être instrumentalisé à des fins politiques. L’Irak à la croisée des chemins juridiques : l’Irak est aujourd’hui confronté à un choix décisif. Par le passé, de nombreux membres de l’EI ont été jugés en vertu des lois antiterroristes, souvent lors de procédures expéditives et fréquemment par des condamnations à mort. Du point de vue d’un État en quête de stabilité, cette approche peut sembler compréhensible. Cependant, elle est juridiquement et socialement insuffisante. Les crimes de l’EI étaient structurés, idéologiquement justifiés et systématiquement organisés. L’équipe d’enquête des Nations Unies, UNITAD, a recueilli des centaines de milliers d’éléments de preuve, documenté des témoignages et exhumé des charniers. Les éléments factuels justifiant les accusations de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre sont incontestables. La question cruciale est de savoir s’il existe une volonté politique d’utiliser ces preuves dans un cadre juridique solide et transparent. L’importance politique de ces procès est capitale. L’Irak est un État fragile, marqué par la dictature, les guerres, les sanctions et de profondes divisions sociales. La campagne d’Anfal et l’attaque chimique d’Halabja, qui ont coûté la vie à des centaines de milliers de Kurdes sous Saddam Hussein, ne font l’objet que d’un traitement judiciaire partiel et d’une réconciliation collective inextricablement liée à l’histoire irakienne. Cette dernière illustre comment une responsabilité juridique incomplète peut aggraver les traumatismes collectifs. Un État qui réduit les crimes les plus graves de son passé récent à de simples formules juridiques laisse entendre que la violence structurelle peut être vaincue militairement, mais non délégitimée moralement. Un État qui nomme et poursuit clairement ces crimes renforce sa propre légitimité et adresse un message fort aux minorités : leur existence compte et leur dignité est inaliénable. Pour les Yézidis, il s’agit d’une question existentielle. Des centaines de milliers d’entre eux vivent encore dans des camps. Leur région d’origine, le Sinjar, demeure un foyer de conflits politiques, économiquement ravagée et marquée par l’insécurité. Nombreux sont ceux qui hésitent à y retourner, craignant que l’histoire ne se répète. Cette méfiance s’enracine non seulement dans la violence de Daech, mais aussi dans un sentiment d’abandon politique. Si les procès minimisent la gravité des crimes, cette confiance déjà fragile s’érodera davantage. Le point de vue kurde est également complexe. Les forces kurdes ont joué un rôle central dans la défaite militaire de Daech et ont payé un lourd tribut. Parallèlement, les événements d’août 2014 restent entachés par des accusations de protection insuffisante des Yézidis. Une stratégie juridique coordonnée entre Bagdad et Erbil serait donc bien plus qu’une simple décision technique. Ce serait un acte symbolique, démontrant que les rivalités politiques peuvent céder la place à un engagement commun en faveur de la justice et de la protection des minorités. L’impact de ces procès dépasse les frontières de l’Irak. En Syrie, le groupe Hayat Tahrir al-Sham, fort de son passé djihadiste et de ses tendances autoritaires, détient un pouvoir considérable. Son traitement des minorités et des opposants politiques est suivi de près par la communauté internationale. Des poursuites systématiques et juridiquement rigoureuses contre les crimes de l’EI en Irak enverraient un message clair à des acteurs comme Hayat Tahrir al-Sham et son chef, Ahmad al-Sharh. Les violences systématiques perpétrées contre les minorités ne restent pas impunies. La justice internationale n’est pas sélective. Les acteurs non étatiques et les acteurs de facto étatiques peuvent et doivent être tenus responsables de crimes contre l’humanité. La responsabilité juridique en Irak servirait donc également de message dissuasif aux autres centres de pouvoir de la région. Si le génocide et les crimes contre l’humanité sont relativisés aujourd’hui, des zones grises apparaîtront demain pour les futurs auteurs de tels crimes. D’un point de vue occidental, ces procès revêtent également une importance directe. Des milliers de combattants étrangers demeurent détenus, tandis que nombre de leurs pays d’origine hésitent à les rapatrier. Cette réticence peut s’avérer politiquement opportune au niveau national, mais elle comporte des risques sécuritaires à long terme. La radicalisation n’est pas un phénomène isolé. Elle se nourrit de récits collectifs d’humiliation et d’un sentiment d’insignifiance. Daech a su transformer les traumatismes en idéologie et ériger la violence en source de sens. Si la responsabilité juridique reste superficielle, le noyau idéologique demeure intact. En tant qu’expert judiciaire dans plusieurs procès liés à Daech en Europe, j’ai pu constater à quel point la qualification juridique peut être déterminante. Ces procès ne portent pas uniquement sur la culpabilité individuelle. Ils concernent aussi l’interprétation que la société fait des événements. Lorsque les tribunaux identifient clairement les motivations idéologiques, la planification systématique et l’intention génocidaire, ils établissent que ces individus n’étaient pas de simples extrémistes, mais des auteurs de crimes contre l’humanité. Une telle clarté protège la dignité des victimes et établit des normes pour les générations futures. Avec le transfert des combattants de Daech, l’Irak a bénéficié d’une seconde chance. La première épreuve remonte à 2014, lorsque l’Irak n’a pas su protéger ses minorités. La seconde chance réside aujourd’hui dans la démonstration de la force de l’État de droit. La communauté internationale doit soutenir ce processus de manière coopérative. Les pays ayant une expérience de la compétence universelle peuvent apporter leur expertise et un soutien institutionnel. En fin de compte, il s’agit de bien plus que de simples peines de prison. Il s’agit de savoir si une société ayant subi une violence extrême a le courage d’affronter cette violence dans toute son ampleur. La justice n’est pas un instrument de vengeance, mais un instrument de paix. Elle empêche que le traumatisme ne devienne une ressource politique, que les victimes ne restent durablement marginalisées et que les auteurs de ces crimes ne disparaissent dans une zone d’ombre morale. Réduire ces procès à de simples catégories juridiques risque de provoquer une profonde crise morale. Opter pour une responsabilité globale, transparente et fondée sur un cadre international envoie un message clair, au-delà de l’Irak : même après une barbarie extrême, le droit est possible, l’ordre normatif peut être défendu même dans des États fragiles et la justice n’est pas un mot symbolique, mais un acte concret qui restaure la dignité. Pour les survivants du génocide, la dignité n’est pas un concept abstrait, mais la condition sine qua non pour pouvoir à nouveau vivre dans le présent. Sans justice, le traumatisme demeure politique, un terreau fertile pour le ressentiment et la radicalisation renouvelée. Avec la justice, le traumatisme peut, lentement, douloureusement et imparfaitement, s’effacer. C’est là le véritable enjeu des procès à venir : non seulement la culpabilité et la punition, mais aussi l’avenir de l’Irak et les fondements moraux de toute une région. Jan Ilhan Kizilhan est psychologue, spécialiste en psychotraumatologie, traumatismes, terrorisme et guerre, psychiatrie transculturelle, psychothérapie et migration

Documenter les crimes de guerre au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – « Chaque diplomate affirme ‘enquêter’, mais personne n’agit. Le peuple kurde se sent trahi. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit local ; c’est un théâtre d’opérations au service des intérêts des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Turquie, du Qatar et d’autres. Les civils sont les grands perdants de ce jeu géostratégique. » Une journaliste de The Amargi a interviewé Kamaran Osman, un défenseur des droits humains qui est parti au Rojava pour enquêter sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les gangs djihadistes de Damas, DAECH / ISIS et de Turquie. Il déclare que les puissances internationales impliquées dans le conflit syriens ne se préoccupent des violences subies par les Kurdes du Rojava, mais défendent seulement leurs intérêts.   Voici l’intégralité de l’article :
Les armes se sont peut-être tues en Syrie, mais pour les habitants du nord-est du pays (Rojava), les violences du début de l’année 2026 ont laissé des cicatrices loin d’être guéries. Lorsque des factions de l’armée arabe syrienne ont lancé des offensives contre les zones tenues par les Kurdes, une vague de peur a déferlé sur la région, accompagnée de nouvelles profondément inquiétantes : exécutions sommaires, blocus coupant l’approvisionnement en produits de première nécessité et retrait massif des organisations humanitaires internationales au moment même où elles étaient le plus indispensables. Nous avons rencontré Kamaran Osman, membre de l’ONG Community Peacemaker Teams (CPT), qui était sur le terrain au moment des événements. Il était là. Il a tout vu. Et dans cet entretien d’archives, il livre un témoignage direct des souffrances endurées par les civils kurdes durant l’un des épisodes les plus dangereux qu’ait connus la région ces dernières années, et de l’inaction de la communauté internationale.
Une famille déplacée à Kobanê
Q :  Nous revenons sur un mois de bouleversements sans précédent au Rojava et dans le nord-est de la Syrie. Ayant été sur place, comment décririez-vous la situation durant cette période d’instabilité extrême ? S’agissait-il d’une complication temporaire de la guerre, ou assistons-nous à une transformation durable du paysage politique et démographique de la région ? Kamaran :  J’étais au Rojava et dans le nord-est de la Syrie pour le compte des Équipes communautaires de maintien de la paix (ECMP) afin de documenter les violations des droits humains commises par divers acteurs : les milices du nouveau gouvernement syrien, des tribus arabes et plusieurs groupes armés non identifiés. Ce dont nous avons été témoins relève de véritables crimes de guerre. La situation s’est rapidement déstabilisée aux alentours du 6 janvier. Le nouveau gouvernement syrien a mené des opérations militaires massives à travers Alep, Tabqa, Raqqa et Hassaké, finissant par bloquer Kobané. Personne n’était en sécurité. Même à Qamichlo, relativement éloignée du front, la population ne dormait plus. Elle vivait dans la crainte constante de frappes aériennes. La complexité de la situation réside dans le fait que les forces kurdes ne combattent pas un seul ennemi ; elles font face à une triple menace : les forces gouvernementales, les milices tribales et des groupes opportunistes formés uniquement pour piller et tuer. Q :  Vous vous êtes rendu directement sur place. Nous avons pris connaissance de rapports faisant état d’attaques contre les infrastructures essentielles, l’eau et l’électricité. D’après votre documentation, ces services semblaient-ils être intentionnellement instrumentalisés pour forcer le déplacement de populations civiles ? Kamaran :  Absolument. Nous avons documenté de nombreux massacres et enlèvements, mais le blocus de Kobané reste un exemple flagrant d’instrumentalisation des besoins fondamentaux. Incapable de mener une opération terrestre victorieuse pour prendre la ville, le gouvernement syrien l’a placée sous un blocus total. Il a coupé l’électricité et l’eau et scellé les portes d’accès aux vivres. Il s’agissait d’une tentative de provoquer un massacre par la famine et la soif plutôt que par un affrontement militaire direct. Concernant les violences directes, nous avons interrogé des survivants d’événements horribles. Nous avons documenté le cas d’une famille de douze personnes, dans le village d’Abu Khashab, qui tentait de fuir Raqqa pour Hassaké. Ils ont été arrêtés par une milice qui leur a demandé s’ils étaient Kurdes ou Arabes. Après avoir confirmé être Kurdes, le chef de la milice a ordonné leur exécution. Les personnes âgées ont été tuées et la mère a reçu une balle dans la tête. Les enfants ont ensuite été massacrés. Six personnes sont mortes et six autres ont été blessées. La brutalité ne s’est pas arrêtée aux meurtres. Nous avons trouvé des preuves de profanation de cadavres. Un homme de 26 ans a eu les yeux arrachés. Une femme a eu le visage écorché vif et l’abdomen ouvert. Ce ne sont pas de simples témoignages ; nous avons des photos et des vidéos pour le prouver.
Des représentants des Équipes communautaires de consolidation de la paix (CPT) rencontrent des membres du Comité de réponse à la crise de Qamishlo à Qamishlo le 21 janvier.

Le silence de la communauté internationale

Q :  L’un des rapports les plus préoccupants de cette période concernait le retrait soudain de l’aide. Quelle était la situation des ONG internationales pendant votre séjour sur place ? Kamaran :  C’est peut-être la plus grande tragédie. Quatre-vingt-onze ONG internationales étaient présentes dans le nord-est de la Syrie ; la quasi-totalité d’entre elles ont mis en œuvre des plans d’évacuation et ont quitté la région. Elles ont justifié leur départ par l’insécurité de leur personnel étranger. S’il est vrai que 52 bureaux d’ONG ont été pris pour cible et pillés par différentes milices, leur retrait a créé un immense vide en matière de protection. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées durant ces semaines, souvent pour la cinquième ou sixième fois de leur vie. L’administration locale ne dispose que d’environ 242 abris. Lors de mes visites dans les mosquées et les écoles, il n’y avait pas de nourriture. Des nourrissons souffraient de froid faute de chauffage, de couvertures et de matelas. Au moins cinq personnes sont décédées par manque de médicaments et d’eau. Q :  Une aide a-t-elle atteint Kobanê ou d’autres zones assiégées ? Kamaran :  La plupart des points de passage étaient fermés. Le seul point de passage semi-fonctionnel était Semalka/Fishkhabur, à la frontière avec le Kurdistan irakien. Cependant, cette frontière est étroitement surveillée par la Turquie grâce à des capteurs « Dragon » et à la technologie de reconnaissance faciale. Cela représente un risque sécuritaire majeur pour toute personne acheminant de l’aide. De plus, le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) subit d’immenses pressions politiques de la part d’Ankara et de Damas pour limiter cette aide.

Le facteur Daech : une menace qui refait surface ?

Q :  Le camp d’Al-Hol et d’autres centres de détention suscitent de vives inquiétudes. Le chaos de la transition a-t-il créé un vide sécuritaire que l’EI pourrait exploiter ? Kamaran :  Il règne un grave vide du pouvoir. Le camp d’Al-Hol, qui abritait plus de 25 000 membres de l’EI, est tombé sous le contrôle du nouveau gouvernement syrien. Nombre de ces prisonniers étaient les mêmes individus qui avaient perpétré le génocide de 2014 contre les Yézidis à Sinjar. Il existe un risque important que ces individus s’échappent ou se réorganisent. Nous savons qu’au moins 128 hauts responsables de l’EI ont été incarcérés dans des prisons du Kurdistan irakien, mais le sort de milliers d’autres demeure incertain. S’ils profitent de cette instabilité pour s’échapper, ils ne se contenteront pas de cibler les Kurdes, mais s’attaqueront à nouveau à toute la région.
Avdi Mahmoud al-Ali, secouriste du Croissant-Rouge kurde, soigne une femme blessée alors qu’elle fuyait son village.

En quête de justice dans une guerre complexe

Q :  Que fait le CPT avec les preuves que vous avez recueillies ? Avez-vous constaté des progrès positifs en matière de responsabilisation ? Kamaran :  Nous avons recensé sept massacres majeurs et plus de vingt cas d’exécutions sommaires intentionnelles. Nous rédigeons actuellement un rapport exhaustif qui sera remis à l’ONU, aux ambassades internationales, au Sénat américain et au Congrès. Mais pour être honnête, la réaction jusqu’à présent est floue. Chaque diplomate affirme « enquêter », mais personne n’agit. Le peuple kurde se sent trahi. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit local ; c’est un théâtre d’opérations au service des intérêts des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Turquie, du Qatar et d’autres. Les civils sont les grands perdants de ce jeu géostratégique. Nous conservons ces archives non seulement pour l’actualité d’aujourd’hui, mais aussi pour le jour où ces documents pourront servir de preuves devant un tribunal contre les auteurs de ces crimes. Il est impératif que la communauté internationale cesse d’appliquer deux poids, deux mesures en matière de droits humains. Si cela compte en Ukraine, cela doit aussi compter au Rojava.
Par Shan Sabir, journaliste kurde basée en Allemagne Article d’origine à lire sur le site The Amargi « Documenting War Crimes in Rojava: Interview with CPT’s Kamaran Osman«   

ROJAVA. Enfin le retour tant attendu des réfugiés d’Afrin ?

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SYRIE / ROJAVA – Des sources locales affirment que les Kurdes chassés d’Afrin par l’invasion turque de 2018 vont regagner leurs terres en coordination avec le gouvernement de Damas.
 
Des sources spéciales ont indiqué à Afrin Now que des préparatifs ont commencé pour organiser des convois en vue du retour des résidents déplacés d’Afrin (Efrîn) dans leurs terres de la région d’Afrin dans un délai d’une semaine.
 
Selon les sources, l’Association sociale d’Afrin et le Conseil des personnes déplacées d’Afrin, en coordination avec le gouvernement de transition syrien, préparent un convoi d’environ 400 familles déplacées de la région, en vue de leur retour dans leurs villages et villes dans les prochains jours.
  L’activiste Scharoo Maroof signale que ces informations sont une preuve parfaite des mensonges passés de Damas qui affirmait que les Kurdes d’Afrin étaient retournés chez eux. Scharoo Maroof déclare :
« Ce rapport est important car il réfute manifestement l’affirmation du gouvernement syrien selon laquelle les personnes déplacées d’Afrin seraient déjà retournées à Afrin.
 
L’affirmation selon laquelle les personnes déplacées d’Afrin avaient été autorisées à retourner à Afrin était un argument fréquemment utilisé par le gouvernement syrien dans le seul but de discréditer les voix kurdes qui exprimaient leur malaise face à la campagne militaire syrienne.
 
Le gouvernement syrien a présenté un petit nombre de personnes déplacées internes, puis a considérablement gonflé ces chiffres ; pire encore : ces chiffres erronés ont été transmis aux institutions officielles, aux diplomates et aux autres autorités compétentes. »