SYRIE / ROJAVA – « Que vais-je faire de ces murs… J’ai apporté la clé avec moi pour trouver ma maison, seulement des murs démolis… sans portes. »
Ces mots, prononcés par l’une des Kurdes revenues dans le village de Jamo (aussi appelé Khirbat Jamo ou Khirbat Jamou), résument à eux seuls le choc du retour. Situé au cœur des campagnes de Serê Kaniyê (Ras al-Ayn), Tell Temir et Zarkan, dans le nord-est de la Syrie, ce village d’environ 40 maisons a été entièrement ravagé par des gangs après l’occupation turque de la région en octobre 2019.
Après des années de déplacement forcé, déclenché par l’offensive turque et de ses gangs arabes en octobre 2019, des familles kurdes commencent à regagner leurs terres. La joie du retour, si longtemps attendue, se heurte immédiatement à une réalité brutale : des maisons réduites à l’état de squelettes de pierre, des portes arrachées, des intérieurs pillés jusqu’à la dernière brique.
Un autre revenant témoigne avec la même douleur :
« Il ne reste de ma maison que des murs démolis. Notre immense joie de revenir n’est pas complète, car l’humiliation nous serre le cœur pour nos maisons et ce que nous voyons devant nos yeux de destruction. »
Dans les rues de Jamo (en kurde: Xirbet Cimo), les clés que les habitants avaient soigneusement conservées pendant sept ans ne servent plus à rien. Elles ouvrent sur le vide. Les murs debout, parfois encore debout par miracle, n’abritent plus ni toit, ni meubles, ni souvenirs. Tout a été systématiquement démoli ou vandalisé.
Ce village n’est pas un cas isolé. Dans les campagnes de Serê Kaniyê, de Tell Temir et de Zarkan, 55 villages kurdes ont été rayés de la carte par l’occupation turco-djihadiste dès octobre 2019. Les convois de retour organisés ces dernières semaines – notamment depuis les camps de déplacés de Hassaké – ont permis à des milliers de personnes de regagner leurs villages d’origine. Mais le bonheur du retour se transforme rapidement en sentiment d’humiliation face à l’ampleur des destructions.
Les habitants parlent de reconstruction, de l’hiver qui approche, de l’insuffisance des aides financières. Pourtant, face aux murs démolis et aux portes absentes, une question hante chaque revenant : comment reconstruire une vie quand il ne reste presque plus rien de ce qui était le foyer ?
À Jamo, comme dans tant d’autres villages de la région, les clés ont survécu aux années d’exil. Les maisons, elles, n’ont pas résisté.