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TURQUIE. Il y a 33 ans, des islamistes turcs brûlaient des Alévis à Sivas / Madimak

TURQUIE / KURDISTAN – Il y a 33 ans, le 2 juillet 1993, des islamistes radicaux commettaient l’un des pires massacres de l’histoire contemporaine de la Turquie. Dans la ville de Sivas, ils ont incendié l’hôtel Madımak, brûlant vifs 35 personnes, en grande majorité des intellectuels et artistes alévis réunis pour le festival Pir Sultan Abdal. Parmi les victimes figurait le jeune musicien kurde Hasret Gültekin, âgé de seulement 22 ans.

Ce jour-là, après la prière du vendredi, plus de 15 000 manifestants islamistes, scandant des slogans en faveur de la charia et appelant à la mort des « infidèles », ont encerclé l’hôtel où logeaient les participants du festival. La protestation visait initialement l’écrivain Aziz Nesin, qui avait traduit et publié Les Versets sataniques de Salman Rushdie et était connu pour ses critiques virulentes de l’islam. Très rapidement, la manifestation a dégénéré en une attaque d’une extrême violence.

Les assaillants ont mis le feu à l’hôtel. Aziz Nesin a été exfiltré et sauvé par les forces de sécurité, mais 33 intellectuels et artistes ainsi que 2 employés de l’hôtel ont péri dans les flammes. Deux assaillants sont également morts durant l’attaque, portant le bilan total à 37 morts. Les forces de l’ordre ont été fortement critiquées pour leur passivité et leur lenteur à intervenir face à la foule enragée.

Au-delà d’Aziz Nesin, le massacre visait clairement la communauté alévie, deuxième plus grande communauté religieuse de Turquie après les sunnites, et historiquement discriminée. Ce crime haineux combinait fanatisme islamiste, hostilité envers les alévis et rejet de la laïcité.

Sur le plan judiciaire :

En décembre 1994, 85 suspects ont été condamnés à des peines allant de 2 à 15 ans de prison, tandis que 37 autres étaient acquittés. La Cour d’appel a ensuite annulé ce verdict, estimant que le massacre constituait une tentative de renverser l’ordre constitutionnel laïque pour établir un État théocratique, dirigé contre « la République, la laïcité et la démocratie ». Malgré cela, le 13 mars 2012, la justice turque a prononcé un non-lieu pour cause de prescription, provoquant une immense indignation.

Chaque année, le 2 juillet, des milliers de personnes se rendent à Sivas pour rendre hommage aux victimes devant l’hôtel Madımak, rebaptisé depuis « Monument de la science et de la culture ». Des mesures de sécurité exceptionnelles sont déployées pour éviter de nouveaux incidents.