TURQUIE / KURDISTAN – Lors de leur 1109e veillée sur la place Galatasaray à Istanbul, les Mères du samedi ont rendu hommage à Ibrahim Kartay, un Kurde d’Amed victime de disparition forcée.
Le 15 août 1994, lors d’une opération militaire dans le district de Hani, province d’Amed (Diyarbakır), Ibrahim Kartay a été arrêté par des soldats turcs. Depuis ce jour, il n’a plus jamais donné signe de vie.
Selon le communiqué lu par les Mères du samedi, les soldats ont encerclé tôt le matin le village de Horî et plusieurs localités environnantes. Les habitants ont été forcés de quitter leurs maisons, puis de nombreuses habitations ont été incendiées.
Ibrahim Kartay avait d’abord mis sa femme, Salime Çakır, alors enceinte de six mois, et leurs trois enfants en sécurité. Il est ensuite retourné chez lui pour récupérer de la nourriture. Sur le chemin du retour, des témoins l’ont vu être enlevé par des soldats.
Les recherches et les menaces
Sa famille l’a cherché sans relâche pendant des années. Dix jours après sa disparition, son épouse et son père ont porté plainte auprès du parquet et de la gendarmerie de Hani. Ils ont d’abord été informés de sa libération, avant que le père ne soit menacé et intimidé par des tirs de sommation.
Un témoignage décisif est venu d’un ancien détenu qui affirme avoir partagé la cellule d’Ibrahim Kartay pendant huit jours. Ce dernier lui aurait confié ce message poignant : « Dites à ma famille et à mes proches qu’ils vont me tuer. »
De nouvelles pistes et l’impunité
Plus de vingt ans après les faits, une nouvelle piste a émergé. Un gardien de cimetière a indiqué que Kartay pourrait avoir été enterré près d’un transformateur électrique au cimetière de Hani. Des fouilles ordonnées par le parquet en 2015 ont permis de découvrir des fragments d’os et des morceaux de vêtements, mais les analyses ADN n’ont pas permis d’identifier le corps.
« Trente-deux ans se sont écoulés, et le sort d’Ibrahim Kartay reste encore un mystère », a déclaré Aysel Ocak au nom des Mères du samedi. Elle a dénoncé l’impunité totale : « Ni ceux qui l’ont arrêté, ni ceux qui ont ordonné ou couvert sa disparition n’ont jamais été traduits en justice. »
La veillée s’est achevée en silence, par le dépôt d’œillets rouges sur la place Galatasaray, symbole de mémoire et de résistance pacifique.