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TURQUIE. Des gardes villageois tuent des moutons et menacent des bergers

TURQUIE / KURDISTAN – Les habitants du hameau de Deşta Ovî (rattaché au village de Sîmos / Sağınlı), dans le district de Hizan (province kurde de Bitlis), accusent des gardes villageois du village voisin de Giran (Ballı) d’avoir tué près d’une centaine de moutons et d’avoir menacé un jeune berger avec une arme.

Selon les témoignages des villageois, l’incident s’est produit de nuit sur les pâturages du hameau. Des coups de feu ont soudainement éclaté alors que le troupeau paissait. À leur arrivée, les bergers ont découvert de nombreux animaux morts ou blessés. Une centaine de moutons auraient péri. Par ailleurs, un jeune berger aurait été intercepté par les gardes avant l’attaque : une arme aurait été introduite de force dans sa bouche pendant qu’il était interrogé sur l’emplacement du troupeau. Le jeune homme serait resté choqué après l’incident.

Un épisode dans une série de pressions

Les habitants considèrent cet événement comme une nouvelle étape d’une pression exercée depuis plusieurs années pour les contraindre à quitter leurs terres.

« Ils veulent s’emparer de nos terres et de nos pâturages. Nous sommes menacés depuis des années. Cette fois-ci, ils ont tué nos animaux. Ils veulent nous faire comprendre que nous n’avons pas le droit de rester ici. »

Les villageois affirment avoir signalé à de nombreuses reprises ces incidents aux autorités et à des parlementaires, sans que la situation ne s’améliore.

Litige foncier et poste avancé

Les tensions seraient particulièrement vives autour d’un poste avancé construit par les gardes villageois près du hameau. Les habitants ont contesté cette installation devant les tribunaux et ont obtenu gain de cause. Malgré cette décision judiciaire, les tensions se seraient aggravées, avec des menaces et des agressions répétées liées à ce différend foncier.

Mémoire des déplacements forcés des années 1990

Pour de nombreuses familles, ces événements ravivent les traumatismes des années 1990, période durant laquelle l’État turc a évacué et détruit des milliers de villages au Kurdistan du Nord dans le cadre du conflit avec le PKK. Les habitants de Sîmos et Deşta Ovî avaient été déplacés et n’ont pu rentrer chez eux qu’autour de 2002.

« Nous avons déjà été chassés de notre village une fois. Après notre retour, les menaces n’ont jamais cessé. Aujourd’hui, on donne à nouveau l’impression que nous sommes censés partir », déclare un habitant.

Les villageois réclament une enquête approfondie et des mesures concrètes contre les responsables.

Le système des gardes villageois

Les gardes villageois (köy korucuları) sont des unités paramilitaires armées par l’État turc, créées en 1985 pour lutter contre le PKK. Composées en grande partie de chefs tribaux, de grands propriétaires terriens et de personnes issues de clans locaux, elles sont accusées par de nombreuses organisations de droits humains de commettre des exactions, des intimidations et des appropriations de terres dans les régions kurdes. Certains y entrent volontairement, d’autres sous la contrainte (menaces d’arrestation, de mort ou de destruction de leur village). Ce système est souvent comparé aux régiments Hamidiye de l’époque ottomane. (ANF)