AccueilEuropeFrancePARIS. Table-ronde et exposition autours des Yézidis de la Drôme

PARIS. Table-ronde et exposition autours des Yézidis de la Drôme

PARIS – La médiathèque James Baldwin, dans le 19e arrondissement, a accueilli une soirée émouvante alliant culture, mémoire et engagement autour de la communauté yézidie. Dans le cadre de l’exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme », une table-ronde a réuni anthropologue, photographe et militants, débutant par le chant émouvant d’un dengbêj (barde) yézidi.

Des voix pour la mémoire et la justice

Estelle Amy de la Bretèque, anthropologue au CNRS et autrice du livre Le Collier de l’ange Paon (Éditions Libel), a ouvert la discussion en revenant sur la genèse du livre et du projet photographique. Elle a souligné la longue collaboration avec la communauté yézidie de la Drôme et l’importance de donner la parole et une image digne aux survivants.

Farhad Shamo Roto, président de l’association Voice of Ezidis, a ensuite pris la parole avec force. Il a rappelé que le génocide de 2014 n’est pas terminé pour les Yézidis. Il a reproché à la communauté internationale et l’Etat irakien de ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour les survivants. Une grande partie d’entre eux croupit encore dans des camps de fortune au Kurdistan irakien, tandis que d’autres familles sont dispersées à travers le monde, souvent séparées de leurs proches.

Il a vivement dénoncé l’hypocrisie européenne qui ne reconnaît pas automatiquement les Yézidis comme une minorité à protéger et ne leur accorde pas l’asile de façon systématique. Farhad Shamo Roto a également salué le jugement historique rendu à Paris, qui a condamné par défaut le djihadiste toulousain Sabri Essid à la réclusion criminelle à perpétuité pour génocide et crimes contre l’humanité. Il a conclu par une note amère, soulignant l’ironie de la politique française : le président Emmanuel Macron a décoré Nadia Murad de la Légion d’honneur en avril dernier. Il y a un an, il recevait à l’Élysée Ahmad al-Sharaa, ancien chef djihadiste d’Al-Qaïda impliqué dans des crimes de guerre en Irak, y compris dans la région de Shengal.

Romain Rabier, photographe et réalisateur à l’agence Hans Lucas, a présenté son travail et expliqué la démarche artistique derrière l’exposition.

La soirée s’est poursuivie par des échanges entre le public et les intervenants. Et enfin, une partie du public s’est mise à danser la ronde kurde grâce aux chants plus joyeux du barde tandis que d’autres ont poursuivi les échanges autour d’une collation offerte pour l’occasion.

Une exposition intime et puissante

L’exposition « Betanî, Portraits des Yézidis de la Drôme » est visible jusqu’au 31 mai 2026 à la médiathèque James Baldwin.

Après le génocide perpétré par l’État islamique le 3 août 2014 à Shengal, une centaine de Yézidis (Êzdî en kurde) ont été accueillis en France, principalement dans la Drôme, entre 2017 et 2021. Dans leurs maigres bagages, ils n’ont pu emporter qu’un objet précieux : les grandes couvertures « Betanî ».

Symbole de richesse et souvent offertes en dot dans les villages de Shingal, ces couvertures servaient traditionnellement de fond pour les portraits de mariage. Aujourd’hui, elles occupent une place centrale dans chaque foyer yézidi de la Drôme, empilées avec soin ou étendues sur les lits.

Romain Rabier et Estelle Amy de la Bretèque ont choisi ces « Betanî » comme fil conducteur de l’exposition. Chaque membre de la communauté a été photographié à son domicile, dans un studio mobile. Libre de choisir sa couverture, sa tenue, sa pose et son attitude, chaque personne s’est représentée comme elle le souhaitait. À travers ces portraits intimes et d’autres images, l’exposition explore l’exil, la reconstruction, le rapport à la terre, la langue, le travail et la transmission des traditions.

Ce projet photographique constitue le prolongement d’un ouvrage antérieur des deux auteurs.