TURQUIE – ISTANBUL – Malgré l’interdiction officielle d’accès à la place Taksim, des milliers de manifestants ont tenté de s’y rendre pour célébrer la Journée internationale des travailleurs. La police turque a déployé un important dispositif de sécurité et a violemment réprimé les cortèges, procédant à des centaines d’arrestations, rapporte l’agence kurde ANF.
Selon les informations recueillies sur place, au moins 350 à 370 personnes ont été interpellées au cours de la journée dans différents quartiers d’Istanbul.
Interventions dans plusieurs quartiers
À Mecidiyeköy, plusieurs groupes, dont des membres du Parti de la liberté sociale (TÖP), ont été bloqués par la police. Au moins sept personnes ont été arrêtées, dont la porte-parole du parti, Juliana Gözen.
D’autres organisations, telles que la Plateforme de solidarité socialiste, la Fédération des associations de jeunesse socialiste (SGDF) et l’Initiative de solidarité étudiante, ont également été empêchées d’avancer. Au moins 15 personnes ont été interpellées lors de ces interventions. Lorsque des membres des Maisons du peuple (Halkevleri) ont protesté contre la répression, la police est intervenue une nouvelle fois, arrêtant une vingtaine de personnes supplémentaires.
Un groupe d’environ une centaine de manifestants, emmené notamment par Erkan Baş, président du Parti des travailleurs de Turquie (TİP), a tenté de forcer un barrage policier. Les forces antiémeutes ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Les manifestants ont scandé des slogans tels que « Vive le 1er mai ! » et « Partout, c’est Taksim, partout, c’est la résistance ! ». Des députés du parti DEM, dont Kezban Konukçu et Özgül Saki, ont apporté leur soutien aux protestataires.
Dans le quartier de Beşiktaş, de nouveaux affrontements ont eu lieu. Des membres du Parti de libération du peuple (HKP) ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de marcher vers Taksim. Au moins 37 personnes ont été interpellées dans ce secteur.
Taksim, symbole historique du mouvement ouvrier
La place Taksim reste un lieu hautement symbolique pour le mouvement ouvrier en Turquie, notamment en raison du massacre du 1er mai 1977. Ce jour-là, plus de 500 000 personnes s’étaient rassemblées à l’appel de la confédération syndicale DISK. Avant même que la majorité des manifestants n’atteigne la place, des tireurs embusqués ont ouvert le feu sur la foule. La panique qui a suivi a été aggravée par l’intervention brutale de la police et de l’armée ( véhicules blindés, gaz lacrymogènes et canons à eau ) .
Selon les chiffres officiels, le bilan fait état de 34 morts et d’environ 200 blessés. Les organisations de gauche estiment quant à elles le nombre de victimes à au moins 37. Plus de 500 personnes avaient alors été arrêtées. Près de cinquante ans plus tard, les circonstances exactes du massacre n’ont jamais été pleinement élucidées. De nombreuses enquêtes et témoignages pointent régulièrement vers des structures de la « contre-guérilla » et des liens présumés avec le Gladio turc.