KURDISTAN – Être kurde, c’est négocier chaque jour sa dignité, son honneur et son existence même.
Au Kurdistan du Sud, Kirkouk incarne cette indignité : une ville à majorité kurde qui endure depuis des décennies une politique d’arabisation, d’expulsions systématiques des familles kurdes de leurs foyers et d’interventions militaires brutales. Kirkouk est le cœur du Kurdistan du Sud. Elle porte le poids de notre histoire, de notre dignité et de cette histoire trop longtemps tue de nettoyage ethnique – une histoire faite de couches successives de déplacements, d’assimilation forcée et de violence d’État, mais aussi de résistance, de courage et d’un refus obstiné d’être effacés.
Kirkouk est la fille d’une nation calcinée et dépossédée, dont le seul « crime » fut de dire : j’existe.
Tandis qu’Afrin reste sous occupation turque par des factions djihadistes soutenues par Ankara et leurs alliés, Kirkouk, elle aussi, demeure occupée – cette fois par des forces turkmènes ultra-fascistes liées à la Turquie. La ville a été confiée à un gouverneur au passé marqué par une rhétorique ouvertement anti-kurde, un homme qui nie non seulement la présence historique des Kurdes à Kirkouk, mais jusqu’à l’existence même du peuple kurde.
En tant que Kurdes, nous avons la responsabilité morale de nous tenir aux côtés de Kirkouk : de prononcer son nom, d’amplifier les voix de son peuple terrorisé et déplacé, et de refuser sa reddition silencieuse à ceux qui, depuis longtemps, aiguisent leurs crocs sur le sang et les os de notre nation.
Kirkouk est le Kurdistan. Son occupation par le régime irakien fut une punition pour le référendum de 2017, pour le fait que 98 % des Kurdes ont osé voter pour la liberté. Ils occupent Kirkouk par la force, le sang et la violence.
Kirkouk est le Kurdistan. Kirkouk est la mémoire, une plaie ouverte qui saigne, une histoire de déplacement, de non-appartenance aux récits dominants, de résistance, de fermiers kurdes luttant pour rester sur leur terre. Et même s’ils parviennent à déplacer les Kurdes de Kirkouk, jamais ils ne pourront séparer Kirkouk du Kurdistan.
Par Hawzhin Azeez