SYRIE / ROJAVA – L’organisation Syrians for Truth and Justice (STJ) a documenté de graves violations des droits humains lors de l’escalade militaire dans les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Achrafieh à Alep, entre le 6 et le 12 janvier 2026.
Dans le cadre d’une opération militaire déclarée par le gouvernement syrien de transition, des forces gouvernementales et des factions armées, dont plusieurs soutenues directement par la Turquie, ont pris d’assaut ces quartiers densément peuplés (plus de 250 000 habitants, dont une majorité kurde). L’offensive a entraîné le déplacement forcé d’environ 148 000 personnes, des bombardements sur des zones résidentielles et des infrastructures civiles (écoles, hôpitaux), ainsi que des restrictions sévères de mouvement.
Les gangs de Damas et de Turquie ont commis des crimes contre l’humanité
Les témoignages recueillis par STJ auprès de neuf victimes et témoins, en collaboration avec l’Union des avocats kurdes, révèlent un schéma systématique de violations :
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Arrestations arbitraires aux points de contrôle et dans les « couloirs humanitaires » (notamment à al-Awarid), souvent accompagnées de la séparation forcée des hommes et des femmes.
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Traitement dégradant et humiliations : coups, insultes (« porcs des FDS »), confiscation d’argent et d’effets personnels, fouilles humiliantes.
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Détentions au secret dans des lieux non divulgués, sans motif légal ni possibilité de contestation.
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Disparitions forcées : de nombreuses familles ont perdu tout contact avec des proches (hommes, femmes, mineurs) après leur passage aux points de contrôle ou pendant l’évacuation.
Des témoins décrivent des scènes choquantes : hommes plaqués au sol et battus, personnes âgées humiliées malgré leur état de santé, et même un civil décédé d’une crise cardiaque consécutive à un stress extrême causé par ces traitements. Des combattants étrangers et des membres de tribus arabes (dont la tribu Mawali) ont participé aux opérations aux côtés des forces de sécurité intérieure.
Ces pratiques ne relèvent pas de simples mesures de sécurité. Elles s’inscrivent dans une attaque généralisée et systématique contre la population civile kurde, en violation flagrante du droit international humanitaire et du droit pénal international. Elles peuvent être qualifiées de crimes contre l’humanité, notamment en raison des disparitions forcées, des traitements cruels et inhumains et de la privation arbitraire de liberté.
Rôle central de la Turquie
Ankara a joué un rôle direct dans cette escalade : soutien logistique et aérien (drones de reconnaissance et de frappe), participation de factions turques (anciennement ANS/SNA) et pression politique sur Damas pour éliminer toute présence kurde organisée près de sa frontière. L’objectif semble clair : briser définitivement l’autonomie kurde à Alep et empêcher toute forme de visibilité kurde dans la nouvelle Syrie.
Malgré le cessez-le-feu et l’accord d’intégration signé le 18 janvier 2026, les habitants qui sont retournés dans les quartiers vivent toujours dans la peur, sans services essentiels et sous une répression persistante.
STJ appelle les autorités syriennes à divulguer immédiatement le sort des disparus, à libérer les détenus arbitrairement arrêtés et à ouvrir des enquêtes indépendantes. Sans justice et sans protection internationale, l’avenir des Kurdes de Syrie reste gravement menacé.