IRAN / KURDISTAN – L’Iran est un pays d’une grande diversité ethnique et religieuse, comptant de nombreux groupes — souvent estimés à une dizaine, bien que certaines sources évoquent jusqu’à 21 en incluant des sous-groupes ou variantes locales. Les Perses (Fars), majoritaires au centre (environ 50 % selon les estimations récentes), forment le cœur démographique et culturel, avec le persan comme langue officielle et le chiisme duodécimain dominant.

Autour de ce centre se déploient des minorités périphériques qui constituent une sorte de « rempart naturel » :
Kurdes : environ 10 %, concentrés à l’ouest le long des Zagros, avec des communautés sunnites, chiites, yaresan/Ahl-e Haqq, et des dialectes variés comme kurmanji, sorani, etc. ; entre 2 à 3 millions vivent aussi au Khorasan du nord-est (ils sont issus de déportations safavides au XVIe siècle sous Shah Ismail et ses successeurs, pour sécuriser les frontières face aux Ottomans, Turkmènes ou Afghans).
Azéris/Azerbaïdjanais (16-24 %, au nord-ouest, majoritairement chiites mais avec des poches sunnites ou yaresan).
Lurs et Bakhtiaris (6-8 %, dans les Zagros sud-ouest).
Arabes (2-3 %, surtout dans le Khouzistan/Ahwaz, majoritairement sunnites).
Baloutches (2 %, au sud-est, sunnites).
Turkmènes, Talysh, Gilaks, Mazandaranis, Arméniens, Assyriens, Juifs, Zoroastriens, Baha’is et d’autres groupes plus petits.
Cette répartition n’est pas fortuite : elle reflète une stratégie historique, héritée notamment de l’époque safavide (1501-1736), où le pouvoir chiite-persan central a utilisé des groupes frontaliers (comme les Kurdes déportés vers le Khorasan) comme tampons contre les menaces extérieures (Ottomans à l’ouest, Ouzbeks/Mughals à l’est). Le centre (Téhéran, Ispahan, etc.) reste le siège du pouvoir, de l’administration et de la culture dominante, tandis que la périphérie absorbe les chocs géopolitiques.
Le texte souligne que, contrairement à des cas comme la Turquie (déni et assimilation forcée des Kurdes) ou la Syrie (« ceinture arabe »), l’Iran post-1979 reconnaît constitutionnellement les ethnies et leurs droits culturels limités, sans politiques massives de révisionnisme démographique ou de génocide systématique. Cependant, la domination persane-chiite persiste, et les minorités périphériques restent souvent marginalisées politiquement.
Dans le contexte actuel de tensions (menaces américaines/israéliennes, frappes, etc.), une offensive terrestre hypothétique frapperait d’abord ces zones périphériques (Kurdes à l’ouest, Baloutches au sud-est, Arabes au sud-ouest, Azéris au nord-ouest), laissant le centre relativement protégé — du moins initialement. Selon la théorie centre-périphérie, l’affaiblissement des marges pourrait ensuite déstabiliser le cœur. Historiquement, le pouvoir central iranien a maintenu sa continuité en jouant sur cette géographie ethnique, mais l’évolution des guerres modernes (drones, missiles, asymétrie) rend ce « rempart » plus vulnérable.
L’Iran n’est pas un État-nation homogène forgé autour d’une seule ethnie : son nom dérive d’« Aryan » (englobant Perses, Kurdes, etc.), et son histoire impériale (des Mèdes à aujourd’hui) privilégie un État centralisé pluriel plutôt qu’ethnique. Comme le rappelait Nizam al-Mulk dans son Siyasetname, gouverner l’Iran avec une seule ethnie est une illusion — une intuition qui résonne encore dans cette mosaïque complexe où le centre dépend inextricablement de sa périphérie.