KURDISTAN – Le Newroz 2026, cette flamme millénaire allumée par Kawa contre la tyrannie de Dehak, brûle à nouveau sur les quatre parties du Kurdistan — Bakur (Turquie), Rojava (Syrie), Başûr (Irak) et Rojhilat (Iran) — mais dans un mélange poignant d’espoir, de peur, de deuil et de joie indomptable.
Au Kurdistan de Syrie (Rojava), les célébrations marquent un tournant symbolique : le nouveau pouvoir à Damas a déclaré le Newroz fête nationale et reconnu le kurde comme langue officielle, permettant des feux de joie massifs à Damas, Afrin (où des Kurdes exilés reviennent pour la première fois depuis des années) et Qamishlo. Pourtant, la réalité sur le terrain reste cruelle : dans les zones rurales d’Alep et d’Afrin, des milices turco-djihadistes anti-kurdes et des tribus arabes alliées attaquent les rassemblements, blessent des dizaines de fêtards, pillent des maisons kurdes. Des forces de sécurité syriennes ferment les yeux, voire escortent parfois les assaillants. À Qamishlo et Hassaké, malgré les promesses d’intégration, les tensions persistent avec des détentions arbitraires et une pression militaire au sud.
Au Kurdistan de Turquie (Bakur), des dizaines de milliers de personnes bravent la pluie et les fouilles policières à Diyarbakir, Amed, Nusaybin et Doğubeyazıt pour allumer les feux, danser et brandir les portraits d’Abdullah Öcalan et des martyrs du PKK. Les autorités tolèrent plus qu’avant les grandes foules, signe d’un possible processus de paix fragile, mais la répression reste vive : arrestations pour slogans « indépendantistes », confiscations de drapeaux kurdes. Les Turcs tentent même de « nationaliser » le Newroz en le présentant comme une fête turque, vol culturel face à une résistance qui refuse de s’éteindre.
Au Kurdistan d’Irak (Başûr), à Akre — la « capitale du Newroz » —, des milliers montent en torche vers les montagnes malgré la pluie torrentielle, les menaces de drones iraniens et la guerre voisine avec l’Iran. Les festivités sont plus sobres, marquées par le deuil des victimes des attaques iraniennes sur la région kurde irakienne, mais la joie éclate quand même : danses, feux d’artifice, vêtements traditionnels. La solidarité avec les Kurdes de Syrie y est palpable.
Au Kurdistan d’Iran (Rojhilat), le Newroz se célèbre dans l’ombre de la répression sanglante et de la guerre régionale : arrestations massives, tirs sur des rassemblements, transformation rapide des feux en protestations anti-régime. La diaspora, de Nashville à l’Europe, amplifie ces voix, rappelant que les Kurdes restent le plus grand peuple sans État, opprimé sur quatre fronts.
Au milieu de cette guerre coloniale persistante, des attaques fascistes visant explicitement l’identité kurde — interdictions, massacres, effacements culturels —, les Kurdes affirment : « Berxwedan jîyan e » (« La résistance, c’est la vie »). Chaque feu allumé, chaque danse, chaque chant est un acte de survie et de défi. Le Newroz n’est pas seulement une fête du printemps : c’est le cri éternel d’un peuple qui refuse de mourir, qui transforme le deuil en force et la peur en détermination.
La lutte continue.
Newroz pîroz be !
Jin, Jiyan, Azadî !