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FRANCE. Sabri Essid condamné à la perpétuité pour génocide contre les Yézidis

PARIS – Le procès historique de Sabri Essid, djihadiste français présumé mort, s’est conclu le 20 mars 2026 par une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité devant la cour d’assises de Paris. Pour la première fois en France, un ressortissant français a été reconnu coupable de génocide et de crimes contre l’humanité commis contre les Kurdes yézidis (Êzdî), la communauté religieuse victime d’un génocide commis par l’État islamique (EI/Daech) entre en août 2014 à Shengal.

Qui était Sabri Essid ?

Né en 1984 à Toulouse, Sabri Essid (alias Abou Dojanah al-Faransi) était une figure du djihadisme français. Demi-frère de Mohamed Merah (auteur des tueries de Toulouse et Montauban en 2012), il avait déjà été condamné en 2009 en France pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Parti en Syrie en 2014, il intégra rapidement l’EI, où il occupa des postes clés au sein de l’Amni (service de renseignement et de sécurité interne).

Présumé mort en 2018 lors d’un bombardement en Syrie (sans preuve formelle de décès), il a été jugé par défaut (in absentia). La cour a pu prononcer un verdict symbolique fort, ouvrant la voie à un nouveau mandat d’arrêt international.

Les faits reprochés

Entre août 2014 et 2016, Sabri Essid a participé activement à la politique d’extermination et d’asservissement des Yézidis orchestrée par l’EI. Il a été reconnu coupable de :

Génocide : Atteintes graves à l’intégrité physique et mentale visant à détruire en tout ou en partie le groupe yézidi (considéré comme « hérétique » par l’EI).

Crimes contre l’humanité : Esclavage sexuel, viols répétés et systématiques, privation d’eau et de nourriture, torture, emprisonnement, persécutions et transferts forcés.

Complicité de ces crimes : Il a notamment participé au transfert d’une femme yézidie et de ses enfants d’un lieu d’esclavage à un autre.

La cour a décrit Essid comme un « maillon incontournable de la chaîne criminelle » qui achetait des captives yézidies sur des marchés aux esclaves, les soumettait à des viols répétés, et les revendait ou les transférait. Le président Marc Sommerer a souligné que ces actes s’inscrivaient dans un projet génocidaire de « purification religieuse » extrême de l’idéologie de l’EI.

Un procès symbolique et historique

Ouvert le 16 mars 2026, le procès a duré cinq jours. Trois survivantes yézidies (dont une a témoigné longuement de son calvaire : vendue comme esclave sexuelle, passée de geôlier en geôlier, retenue 40 jours chez Essid) se sont constituées parties civiles, aux côtés d’associations comme Yazda, FIDH, Free Yezidi Foundation, Kinyat et LDH. Leurs récits glaçants ont décrit des femmes et fillettes réduites en esclavage, violées, battues et traitées comme des « animaux ».

C’est la première reconnaissance judiciaire française du génocide des Yézidis (estimé à plusieurs milliers de morts, des milliers d’enlèvements et un système d’esclavage sexuel organisé). La France suit ainsi l’exemple de l’Allemagne (plusieurs condamnations), de la Suède et de la Belgique.

Signification pour les victimes et la justice

Cette condamnation, bien que symbolique (Essid présumé mort), marque une avancée majeure pour les survivants yézidis. Elle affirme que les crimes commis contre cette minorité ne seront pas oubliés et que les États européens assument leur responsabilité face aux atrocités perpétrées par leurs ressortissants au sein de l’EI. Des organisations comme Yazda et la FIDH ont salué un « moment historique » pour la justice et la mémoire des victimes.

Le verdict renforce aussi la lutte contre l’impunité pour les crimes internationaux, en particulier le génocide yézidi reconnu par l’ONU depuis 2016.