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Tensions et insécurité à Afrin : agressions contre les célébrations du Newroz kurde

SYRIE / ROJAVA – Dans le canton d’Afrin, berceau historique kurde du Rojava, les festivités du Newroz – le nouvel an kurde, symbole de renouveau et de résistance – se déroulent une fois de plus dans un climat de peur et de violence. Ce 21 mars 2026, tandis que de nombreuses familles kurdes se rassemblent pour allumer les feux traditionnels, danser et hisser leurs drapeaux, des témoignages concordants font état d’agressions ciblées par des colons arabes installés dans la région depuis l’occupation turque de 2018.

Selon des sources locales et des publications sur les réseaux sociaux, des groupes de colons arabes – souvent originaires d’autres régions de Syrie et implantés dans le cadre de changements démographiques encouragés sous contrôle turc et des factions de l’Armée nationale syrienne (ANS) – ont profité de l’absence des habitants partis célébrer pour piller des maisons kurdes. Des drapeaux kurdes ont été arrachés, des slogans anti-kurdes proférés (« dehors les Kurdes », « Afrin est arabe »), et des véhicules ornés de symboles kurdes ont été pris pour cible. Des vidéos et récits circulant en temps réel montrent des scènes de provocations, de jets de pierres et même de passages à tabac dans les rues du centre d’Afrin.

Ces incidents ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans un schéma de longue date. Depuis l’opération turque « Rameau d’olivier » en 2018, qui a chassé les forces kurdes locales (YPG), des milliers de familles arabes ont été installées dans les villages et quartiers kurdes vidés de leurs habitants originels. Des rapports d’organisations de défense des droits humains ont régulièrement documenté des expropriations, des pillages systématiques et des violences ethniques. Même après le changement de contrôle intervenu en 2025 – lorsque les forces du gouvernement transitoire syrien (issu de la chute du régime Assad) ont pris pied à Afrin –, les colons restent nombreux et les tensions persistent.

Les autorités actuelles, liées à Damas, n’ont pas échappé aux critiques. À peine deux jours avant le Newroz, le 19 mars 2026, des responsables sécuritaires du ministère de l’Intérieur du gouvernement transitoire ont notifié verbalement aux mukhtars (chefs de village) de ne pas hisser le drapeau kurde, sans circulaire officielle. Des jeunes ont été interpellés pour avoir simplement préparé des feux ou des drapeaux. Si des célébrations officielles sont autorisées cette année pour la première fois depuis longtemps (torches allumées sur l’autoroute ouest d’Afrin, rassemblements à Ain Dara), l’absence de protection réelle face aux agressions de colons est dénoncée comme une forme de complicité passive.

Un double héritage hostile

Les Kurdes d’Afrin se retrouvent ainsi pris en tenaille entre deux politiques perçues comme hostiles :

L’héritage turc : Ankara, qui maintient une influence via des factions proxy, a encouragé le repeuplement arabe pour diluer la présence kurde. Des milliers de familles kurdes restent déplacées, leurs maisons occupées ou vendues illégalement.

La politique de Damas : le nouveau pouvoir syrien, tout en proclamant l’unité nationale et en organisant des fêtes du Newroz, n’a pas démantelé les structures de colonisation ni garanti la sécurité des Kurdes. Les interdictions de drapeaux et le silence face aux pillages alimentent le sentiment d’une continuité de marginalisation.

« Nous ne sommes pas en sécurité chez nous », résument de nombreux habitants kurdes contactés par des médias locaux. Pendant que les feux du Newroz illuminent les collines, des maisons vides sont fouillées, des biens volés et des symboles identitaires profanés. Cette insécurité n’est pas seulement matérielle : elle est existentielle. Elle menace la survie même d’une communauté qui, depuis des siècles, considère Afrin comme son foyer.

Face à ces événements, les appels à la communauté internationale se multiplient. Les organisations kurdes et syriennes des droits humains exigent une enquête indépendante, le retour des déplacés et la fin de l’impunité pour les colons et les factions armées. Tant que Damas et Ankara ne s’attaqueront pas frontalement à ces dynamiques de colonisation et de répression culturelle, le Newroz à Afrin restera, pour beaucoup, une fête amère – un rappel annuel que la liberté kurde reste fragile dans cette enclave martyrisée.