TURQUIE / KURDISTAN – Un médecin a été suspendu pour avoir dénoncé les graves dysfonctionnements du système de santé dans la province kurde d’Agri. La Confédération des syndicats KESK s’est mobilisée en soutien au médecin sanctionné.
La plateforme de KESK (Kamu Emekçileri Sendikaları Konfederasyonu, KESK) d’Ağrî a organisé une conférence de presse rue Cumhuriyet pour protester contre la suspension de trois mois infligée au médecin Emrullah Akyüz. Ce gynécologue-obstétricien a été sanctionné pour avoir publiquement dénoncé les graves dysfonctionnements du système de santé dans la province. Des représentants d’organisations démocratiques, des responsables politiques et de nombreux citoyens ont rejoint le rassemblement.
Une banderole déployée résumait l’indignation collective :
« On ne fera pas taire les médecins qui luttent pour la santé du peuple »
Les slogans contre les atteintes au droit à la santé ont rythmé toute la mobilisation : « Les cancers explosent, on suspend les médecins ».
Dans la déclaration lue au nom de la plateforme KESK, İlhan Levent (responsable Eğitim-Sen Ağrı) a pointé du doigt la situation dramatique : « Ağrı détient le triste record national du taux de mortalité par cancer. Au lieu d’ouvrir une enquête sérieuse sur les causes de cette hécatombe — pollution, négligences, manque d’infrastructures —, le pouvoir préfère museler les médecins qui osent alerter et proposer des solutions. »
Il a dénoncé une politique délibérée de marchandisation de la santé : « Le gouvernement transforme un droit fondamental en source de profit, au mépris du droit à la vie. Pendant ce temps, nos concitoyens attendent des mois pour des examens de base, et certains meurent sur la route vers Erzurum faute d’équipements et de personnel suffisants. »
Une sanction qui met des vies en danger
Levent a insisté sur le caractère politique de la mesure : « Suspendre le Dr Emrullah Akyüz n’est pas une simple sanction administrative : c’est une attaque directe contre le droit à la santé de toute la population d’Ağrı. Annuler des milliers de rendez-vous et bloquer des interventions chirurgicales vitales pendant trois mois constitue une mise en danger flagrante de la santé publique. »
Il a conclu avec fermeté : « Nous ne nous laisserons ni intimider ni faire taire par les pressions, les harcèlements et les expulsions. Nous exigeons la réintégration immédiate de notre collègue et la fin des souffrances infligées par ce système de santé défaillant. »
À l’issue de la déclaration, les participants ont marché jusqu’au siège de KESK pour réaffirmer leur détermination.