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IRAN. Quand la pauvreté imposée pousse les Kurdes vers la kolbarî

IRAN / ROJHILAT – La pauvreté endémique frappant les régions kurdes d’Iran (Rojhilat) n’est pas le fruit du hasard : elle résulte d’une politique d’État systématique menée depuis des décennies par la République islamique d’Iran.

Dans les provinces kurdes – Kurdistan, Kermanshah (Kirmaşan), Azerbaïdjan occidental et Ilam –, le sous-investissement chronique, le chômage massif (souvent le plus élevé du pays) et l’absence quasi totale de développement industriel ou infrastructurel ont condamné des milliers de familles kurdes à la précarité extrême.

Face à l’absence d’emplois stables et durables, beaucoup se tournent vers le kolbarî: le transport à dos d’homme de marchandises à travers les montagnes divisant le Kurdistan entre l’Iran et l’Irak ou entre l’Iran et la Turquie, dans des conditions extrêmes – froids polaires, avalanches, falaises abruptes.

Les kolbars ne sont pas des contrebandiers par choix, mais des travailleurs forcés par la misère. Chaque traversée est un pari mortel : en 2025, selon les rapports de Kolbar News et d’ANF, 32 kolbars kurdes ont été tués et 38 blessés, principalement par des tirs directs des forces frontalières iraniennes (augmentation de 46 % par rapport à 2024). Au total, chaque année, des centaines de vies sont fauchées par balles, hypothermie, chutes ou mines anti – personnelles restant de la guerre Irak-Iran.

Cette violence d’État s’ajoute à une stratégie plus large de développement inégal : militarisation massive de la région, extraction des ressources sans retombées locales, discrimination à l’embauche (via le système gozinesh), et embargo économique interne qui maintient les Kurdes dans la dépendance et la faiblesse.

Les kolbars incarnent à la fois la résilience du peuple kurde et l’échec criminel d’une politique qui transforme la survie en un chemin quotidien vers la mort. Sans la politique d’appauvrissement des Kurdes, ils n’auraient jamais existé. (Halmat Palanî)