AccueilDaechUn membre de l’EI utilisait Istanbul comme base arrière pendant des années

Un membre de l’EI utilisait Istanbul comme base arrière pendant des années

Selon des documents judiciaires américains rendus publics, un terroriste de l’État islamique (EI) a fait d’Istanbul son quartier général pendant plusieurs années pour recruter des combattants étrangers, gérer des planques et organiser leur passage en Syrie.

Mirsad Kandic, Kosovar naturalisé résident américain depuis 2003, a été condamné en 2022 à deux peines de prison à perpétuité aux États-Unis pour soutien matériel à l’EI. La Cour d’appel du deuxième circuit a confirmé le verdict en 2025.

Les actes d’accusation et les comptes-rendus du procès à Brooklyn révèlent que Kandic, après avoir combattu en Syrie avec la brigade Jaysh al-Muhajireen wal-Ansar (absorbée par l’EI), est retourné en Turquie en 2014. Depuis Istanbul, il coordonnait l’arrivée de djihadistes du monde entier (Australie, États-Unis, Europe), les logeait dans des appartements sécurisés et les faisait passer clandestinement vers la frontière syrienne.

Un « facilitateur de confiance » au cœur du réseau

Les procureurs l’ont décrit comme un rouage essentiel de la logistique terroriste :

  • Propagande et recrutement : Il gérait plus de 120 comptes Twitter pour diffuser la propagande de l’EI.

  • Logistique d’infiltration : Il conseillait aux recrues d’entrer en Turquie « en touristes », fournissait de faux papiers (kimlik) et transférait des fonds (plus de 8 000 dollars vers Mossoul).

  • Cas emblématique : Parmi ses recrues figurait l’adolescent australien Jake Bilardi, qui a commis un attentat-suicide en Irak en 2015 après avoir été guidé par Kandic via Istanbul.

Un témoin clé, son ex-compagne Azra Delja, a décrit ces planques bondées et le rôle de Kandic dans la fabrication de faux documents. Les échanges avec des hauts responsables de l’EI (Abou Luqman à Raqqa, Baja Ikanovic) étaient réguliers depuis la Turquie.

La Turquie, point de transit majeur

Les documents judiciaires confirment que la Turquie était alors une plaque tournante pour les combattants étrangers : entrée légale par avion, puis passage via des passeurs. Kandic a finalement fui en Bosnie en 2017 avec de faux papiers avant d’être arrêté et extradé.

L’affaire, détaillée dans un article de Nordic Monitor publié ce jour, éclaire le fonctionnement concret des réseaux logistiques de l’EI à Istanbul entre 2013 et 2016. Elle repose sur des preuves du FBI et du Département de la Justice américain, bien que les tribunaux US n’aient pas directement accusé le gouvernement turc dans ce dossier spécifique.

Des milliers de combattants étrangers ont transité par la Turquie à l’époque, et l’affaire Kandic demeure l’un des dossiers les plus documentés sur l’ampleur de ces réseaux de facilitation.