TURQUIE / KURDISTAN – Une nouvelle étude du Centre Vérité, Justice et Mémoire (Hafıza Merkezi), intitulée « Pas de paix sans justice », révèle comment les violations du droit à la vie des enfants et des jeunes dans la région kurde de Turquie ont évolué vers de nouvelles formes de violence d’État entre 2000 et 2015.
Cette recherche, qui a nécessité trois années de travail de terrain et d’analyse documentaire, examine une période décrite comme « ni guerre ni paix ».
Méthodes de changement
Alors que les années 1990 ont été marquées par une guerre de basse intensité et un état d’urgence, les quinze premières années des années 2000 ont vu un passage des exécutions extrajudiciaires aux décès causés par la militarisation des espaces urbains et ruraux.
D’après le rapport, les violations du droit à la vie des enfants et des jeunes durant cette période n’étaient pas des incidents isolés, mais le prolongement de la dynamique conflictuelle des années 1990. Parmi les principales tendances identifiées, on note :
Militarisation urbaine : L’utilisation généralisée de véhicules blindés dans les centres-villes a entraîné de nombreux décès, notamment parmi les enfants heurtés par ces véhicules dans leurs quartiers.
Répression des manifestations : Les forces de l’ordre ont de plus en plus recours à une logique militaire pour réprimer la mobilisation sociale, ce qui a entraîné des morts par balles et par grenades lacrymogènes lors de manifestations publiques.
Risques ruraux : Les décès en milieu rural étaient fréquemment causés par des mines terrestres et des munitions militaires non explosées, un héritage direct de la militarisation intensive des années 1990.
Violences frontalières : Le rapport met en lumière le massacre de Roboskî en 2011, où une frappe aérienne a tué 34 civils, comme un exemple frappant de violence dans les régions frontalières.
Malgré une période d’ouverture politique relative et le processus de paix de 2013-2015, l’étude a constaté que les mécanismes structurels d’impunité demeuraient intacts. Les recours juridiques des familles se heurtaient souvent à des obstacles systématiques, notamment l’absence d’enquêtes efficaces et le recours aux délais de prescription pour classer les affaires.
« Accès impossible à la justice »
Le rapport note que, dans de nombreux cas, l’arène juridique est devenue un « symbole d’accès impossible à la justice ».
Les familles interrogées dans le cadre de cette étude ont souligné que la punition des auteurs de ces actes n’est pas une question de vengeance, mais une condition nécessaire pour garantir que de telles violations ne se reproduisent plus jamais.
La mémoire comme résistance. La recherche explore également comment l’État a ciblé la mémoire collective. Les monuments dédiés aux victimes, comme la statue d’Uğur Kaymaz, 12 ans, à Mardin, ont été déboulonnés par des administrateurs nommés par le gouvernement après 2016. (Bianet)