SYRIE / ROJAVA – 27 organisations de la société civile syrienne demandent la reconnaissance constitutionnelle de la langue kurde comme langue officielle de la Syrie, au même titre que les autres langues du pays, et appellent à mettre fin aux politiques de discrimination et d’exclusion linguistiques.
Les organisations syriennes soussignées expriment leur profonde inquiétude et condamnent fermement les récentes mesures des autorités de transition à Damas visant à restreindre l’usage de la langue kurde dans le gouvernorat d’al-Hasakah (Hassaké).
Une illustration emblématique de cette politique s’est produite au Palais de justice du centre-ville d’al-Hasakah, où les autorités ont exigé le retrait du kurde de l’enseigne principale de l’institution. Cet acte injustifié a suscité une vive réprobation populaire et soulève de sérieuses questions sur la réelle volonté des autorités de transition à respecter le pluralisme linguistique et culturel du pays.
Dans une ville aussi diverse qu’al-Hasakah, habitée par des Arabes, des Kurdes, des Syriaques-Assyriens et d’autres composantes, le recours exclusif à une seule langue pour identifier une institution publique officielle est perçu comme une négation de cette diversité.
Ces pratiques violent :
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La Déclaration universelle des droits de l’homme ;
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L’article 7 de la Déclaration constitutionnelle intérimaire, qui stipule que l’État doit « garantir la diversité culturelle de la société syrienne dans toutes ses composantes, ainsi que les droits culturels et linguistiques de tous les Syriens » ;
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L’article 2 du décret n° 13 relatif aux droits des Kurdes.
L’exclusion du kurde de l’espace public s’inscrit dans la continuité de décennies de politiques d’arabisation forcée et d’effacement culturel que les Kurdes, tout comme d’autres groupes, ont subies sous les régimes précédents. Ces mesures visaient à nier leur identité nationale, culturelle et linguistique.
La préservation de la diversité linguistique et culturelle n’est pas une question secondaire : elle constitue un pilier essentiel de la paix durable en Syrie. Après quatorze années de guerre dévastatrice et des décennies d’autoritarisme, toute politique d’exclusion ou d’assimilation forcée risque de saper le processus de transition, de nourrir les discours de haine et de compromettre la cohésion nationale.
Convaincues que la marginalisation culturelle ne peut que fragiliser la stabilité du pays, les organisations soussignées appellent les autorités de transition à :
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Reconnaître constitutionnellement la langue kurde comme langue officielle de la Syrie et garantir son usage libre dans l’espace public, l’administration, l’éducation et les transactions officielles.
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Adopter des lois et réglementations contraignantes pour promouvoir l’utilisation de toutes les langues locales dans les institutions de l’État.
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Émettre des directives claires interdisant toute forme de discrimination linguistique et imposant le respect de la diversité dans l’ensemble des administrations.
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Garantir constitutionnellement le droit de toutes les communautés syriennes d’apprendre et d’enseigner leur langue maternelle.
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Criminaliser les pratiques d’assimilation forcée et les qualifier de formes de discrimination, tout en affirmant la diversité linguistique et culturelle comme une richesse et une force pour la Syrie.
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Modifier la Déclaration constitutionnelle intérimaire afin d’y inscrire explicitement la reconnaissance et la protection de la pluralité culturelle et linguistique du pays.
La reconnaissance officielle du kurde ne serait pas une concession, mais la restauration d’un droit fondamental longtemps bafoué. Elle constituerait un signal fort de l’engagement sincère des autorités actuelles en faveur d’une Syrie inclusive, où toutes ses composantes participent sur un pied d’égalité à la construction de l’avenir.
Organisations signataires :
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ASO Consultancy & Strategic Studies
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Ahrar – Parti libéral syrien
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L’Union des intellectuels
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Organisation de coopération humanitaire et de développement (HDC)
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Centre ACHTI
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Ahlam Saghira
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Équipe d’artistes
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Ambassadeurs pour les personnes handicapées
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Études d’analyse et de stratégie
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Organisation Ella pour le développement et la consolidation de la paix
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PÊL
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Association environnementale des arbres verts
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Association Dar pour les victimes de déplacements forcés
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Syriens pour la vérité et la justice (STJ)
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Association Synergy pour les Victimes
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RÊ pour la Réhabilitation et le Développement
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TEVIN – Groupe de réflexion indépendant sur les affaires kurdes
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Association Shawishka pour les femmes
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Association Mbader pour le développement communautaire
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Ronî Peywend pour le leadership communautaire
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Réseau des femmes leaders pour la paix
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Organisation Kobani pour le secours et le développement
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Malva pour les arts et la culture
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Organisation Rose pour le soutien et l’autonomisation
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Organisation Nextep
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Centre communautaire de Yalda
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Sensibilisation HÊZ