Hêja Netirk revient avec un nouvel album « Pistepistek Bilind »

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Hêja Netirk, artiste kurde pluridisciplinaire réfugiée en Allemagne après avoir fui les persécutions judiciaires en Turquie, a sorti son deuxième album « Pistepistek Bilind » (Un Murmure Aigu).
 
Le deuxième album de Hêja, Un Murmure Aigu est sorti le 2 août 2022 sur toutes les plateformes numériques. Heja, qui s’est fait remarquer avec son premier album Stranên Neşuştî (Chansons non-lavées), partage cette fois un album de 8 chansons avec ses fans. Dans son nouvel album, en plus de la musique folk-pop moderne et le rock folk, Hêja déclame de la poésie kurde contemporaine.
 
De la poésie kurde moderne et de la musique traditionnelle kurde
 
Dans son nouvel album, Hêja utilise toujours de la musique folk-pop moderne et le rock folk. Des éléments de jazz ont également été utilisés dans la chanson « Masiyekî Biçûk » (Un Petit Poisson). La chanson « Hale me » (Notre situation) a l’esprit des chansons kurdes diffusées par la radio d’Erevan* pendant un demi-siècle. A côté de ces airs de dengbêjs (chanteurs-conteurs kurdes), Héja déclame de la poésie kurde contemporaine.
 
Pour son album nouvel album, Hêja a composé les poèmes de Roşeng Rojbîr, Gulîzer et Şokrî Şahbaz et Şêrko Bêkes. L’album contient trois chansons avec des paroles et de la musique de Heja. Parallèlement à ces précieux noms, Hêja a également composé la musique de trois chansons. Six chansons ont été arrangées par Hêja et Olaf Gödecke ensemble, et les chansons « Guitar » (Guitare) et « Wîskî » (Whiskey, chanson parlant de la division en quatre du Kurdistan où les enfants oublient leurs prénoms (interdits) et où l’on devient muet (langue kurde interdite) ont été arrangées par Cansûn Küçüktürk. Cet album a été réalisé avec le soutien du fonds musical allemand Initiative Musik et c’est le premier album kurde qui reçoit le soutien de ce fonds. De cette façon, cet album est ciblé. 
 
L’album Pistepistek Bilind est une expérience de narration avec des chansons. Par exemple; Dans l’une des chansons, Hêja raconte l’histoire d’un petit poisson qui disparaît dans la mer et les rivières. Heja, dans cette chanson, fait référence à l’écrivain iranien Samad Behringi. La chanson commence comme une chanson pour enfants et le petit poisson grandit dans la chanson. Toujours dans la chanson Pistepistek Bilind, on écoute l’histoire du petit peintre Hemo comme un film. La chanson Sobe parle de la situation d’apatride (bêwelatî) à travers deux yeux qui observent le Kurdistan avec colère et amour depuis les rives du Heskif (ville antique d’Hasankeyf engloutie par la Turquie sous les eaux du barrage Ilisus). Dans la chanson de Xwelî (Cendres), on entend le désarroi d’une femme à l’orgueil brisé. La chanson « Halê me » , qui raconte l’histoire d’une femme qui a commencé à consommer de l’alcool et des cigarettes après avoir rompu avec son amant, et dont le foie était sur le point de lâcher, comporte des malédictions comme on en rencontre souvent dans les chants traditionnels kurdes. (« Pistepistek Bilind » ji dengê Hêja bilind bû)

« Je pense que c’est politiquement mal d’écrire des chansons en turc »
 
Ayant grandi avec le kurde et le turc, le turc de Hêja était meilleur que son kurde à certaines périodes de sa vie. En disant qu’elle a dû lutter pour ne pas oublier sa langue maternelle, Hêja a déclare que « c’est politiquement mal d’écrire des chansons en turc » ajoutant:
 

« J’ai travaillé à la commission de littérature kurde de l’université pendant quatre ans. J’ai suivi un cours avancé de kurde à l’Institut kurde d’Istanbul. Je lis beaucoup. J’ai suivi tout ce qui se faisait en kurde et maintenant je peux dire que mon kurde est meilleur que mon turc. Je suis aussi traductrice kurde. Je peux traduire de trois autres langues que je connais vers le kurde. Plus récemment, la pièce de théâtre de Samuel Becket En attendant Godot a été publiée par la maison d’édition Avesta avec ma traduction en kurde. Li benda Godot. » (Hêja Netirk Kürtçe albümü Pistepistek Bilind ile karşımızda: “Türkçe şarkı yazmanın politik olarak yanlış olduğunu düşünüyorum”)

 
Double combat: lutte contre un Etat colonialiste et une société conservatrice
 
Hêja a déclaré « Je me battais contre l’énorme État [turc]… mais ensuite, j’avais peur de ma famille – quelle serait leur réaction si je jouais. » La peur concernant sa famille est une peur avec laquelle beaucoup de femmes kurdes ont été élevées. Une seule graine plantée en nous dès l’enfance, par nos parents. À l’âge adulte, la peur de nos parents se transforme en peur de leur briser le cœur. Le fait que ces deux choses soient tenues dans le même sens : craindre les explosions potentiellement violentes de nos parents et avoir peur de leur briser le cœur (…).
 
La musique de Hêja transforme le traditionnel en quelque chose de merveilleux. Elle a la capacité de rapper et de chanter un dêngbej / kilam (chant traditionnel kurde) dans la même chanson. Au fil du temps, Hêja a observé que « la manière dont nous consommons la musique a considérablement changé. C’était un acte conscient où vous appeliez vos amis pour la soirée, insériez la cassette, écoutiez chaque parole avec amusement. » Son désir de créer de la musique kurde moderne découle d’un amour pour la langue et de « faire vivre le kurde » . Après s’être enfuie en Allemagne, pour échapper à une peine de prison plus longue, elle a eu peur « pour tous ceux qui venaient ici, le temps s’est figé. Pendant ma première année d’exil, j’étais tellement en colère… J’avais peur, que pour moi aussi le temps figerait, que j’aurais exactement la même apparence et le même comportement dans 20 ans, quand la nouvelle vague d’immigrants arriverait. »
 
Actuellement, Hêja jongle avec plusieurs projets, elle fait partie d’un duo Birds of Babylon et a sortit son album Pistepistek Bilind tout en produisant courts métrages. Elle est l’exemple d’une femme kurde qui s’est frayé un chemin hors d’un système si déterminé à la faire taire. (Hêja Netirk: modernising Kurdish music)
 
 

Hêja victime d’attaques misogynes

Hêja est malheureusement de nouveau victime d’attaques misogynes de la part de « mâles » kurdes qui la critiquent tantôt pour les paroles féministes et intimes de certaines de ses chansons, surtout dans son premier album Stranên Neşuştî, tantôt pour sa voix – qui n’est certes pas aussi puissante que celle d’Eyşe Xan mais qui est pourtant douce et va bien avec le style de musique qu’elle nous offre, sans parler de son humour de pince-sans-rire…
 
Liens pour écouter Pistepistek Bilind
 
 
 
Qui est Hêja?
 
Hêja a étudié la littérature anglaise à l’Université de Boğaziçi. À cette époque, elle a suivi des cours de chant et de musique au Folklore Club de Boğakhiçi pendant trois ans, a étudié la musique et la voix folkloriques kurdes et a commencé à collectionner des chansons, des klams et des contes kurdes. Parallèlement, elle se concentre sur la littérature kurde. Puis elle apporte au public son identité d’écrivaine et de musicienne et aborde la musique de manière littéraire. Après avoir été acceptée pour une maîtrise à l’Université de Columbia à New York, elle a été arrêtée par la police turque pour des raisons politiques alors qu’elle s’apprêtait à partir en Amérique. En prison, elle apprend à jouer de la guitare et commence à composer. Après sa sortie de prison, elle s’est réfugiée en Allemagne, où elle sort son premier album Stranên Neşuştî (Chansons non-lavées) en 2020. Dans ce premier album, ses chansons sont centrées sur l’oppression des femmes kurdes et la condition kurde.
 
En 2021, elle reçoit une bourse d’artiste du ministère de la Culture de Hambourg et se fait connaître comme actrice et chanteuse en Allemagne. La même année, elle forme un duo musical appelé Birds of Babylon et sort son single trilingue Boomerang Refugee. Cette année, elle a également dirigé la musique de la pièce Citizenpark (Lichthof Theater). Jusqu’à présent, elle a donné de nombreux concerts dans différentes villes d’Allemagne et de Suisse, et récemment elle a participé au Festival international des musiques du monde de la Ruhr avec son groupe Birds of Babylon. Elle vit toujours à Hambourg et travaille dans le théâtre, le cinéma et la musique.
 
Hêja Turk, 34 ans, est originaire de Mardin (Merdîn), du Kurdistan de Turquie. Elle est issue d’une famille de notables kurdes. Son grand-père, Ahmet Turk est un politicien imminent qui a passé de nombreuses années en prison. Malgré la renommée de sa famille, Heja veut être connue par son propre mérite et elle signe du nom Netirk pour ne pas porter le nom « Turk » qui a été donné à sa famille par l’Etat turc dans ses efforts d’assimilation forcée des Kurdes en leur donnant des noms et prénoms turcs tout en en leur interdisant de parler leur lange…
 
Radio Yêrêvan
 
*Yêrêvan xeberdide! (Erevan parle). Ce sont les premiers mots kurdes diffusés par la radio publique d’Arménie en 1955. Connue sous le nom de Radio Erevan au-delà des frontières de l’Arménie, elle a aidé à connecter des milliers de Kurdes à leur culture dans la seconde moitié du XXe siècle, lorsque l’identité kurde était niée et l’expression culturelle interdite dans tout le Moyen-Orient.
 
Alors que la décision d’avoir des programmes kurdes a été prise par l’administration centrale de l’ex-Union soviétique, Erevan a continué à « parler » et « chanter » en kurde grâce à Casimê Celîl, sa famille et leur collaboration avec les Kurdes et les Arméniens locaux. L’histoire des émissions kurdes de Radio Erevan est intimement liée à l’histoire de la famille kurde-yézidie de Celîl qui ont fuit Kars pour échapper au génocide commis par les Ottomans dans les années 1915. (Yêrêvan Xeberdide: How a Soviet Armenian Radio Station Preserved Kurdish Culture)

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