FRANCE. Une ONG yézidie se constitue partie civile dans le procès pénal visant Lafarge pour « complicité de crimes contre l’humanité »

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L’ONG yézidie Free Yezidi Foundation s’est constituée partie civile dans le le procès pénal visant le cimentier Lafarge pour « complicité de crimes contre l’humanité » en Syrie. La multinationale française est accusée d’avoir versé des millions d’euros à des groupes terroristes, dont DAECH / ISIS, pour maintenir son activité à Jalabiya, en pleine guerre syrienne. Les Kurdes yézidis ayant été massacrés en masse, d’autres (femmes et enfants, réduits en esclavage par DAECH en 2014, il est tout à fait logique de voir une ONG yézidie se constituer partie civile dans ce procès qui aura lieu en France.
 
Free Yezidi Foundation a annoncé s’est constituée partie civile contre Lafarge
 
La Free Yezidi Foundation (FYF), une organisation de la société civile dirigée par des femmes yézidies, a été officiellement admise par les autorités judiciaires françaises dans le procès contre la multinationale française Lafarge. Lafarge a été inculpé pour complicité de crimes contre l’humanité – qui incluent, mais sans s’y limiter, l’esclavage et le génocide – liés aux paiements versés au groupe État islamique (EI / DAECH / ISIS) en Syrie.
 
La demande d’admission en tant que partie civile de FYF a été déposée pour la première fois en mars 2019 et la demande a été acceptée le 9 mai 2022. Le 18 mai 2022, la cour d’appel française a confirmé la décision antérieure de la Cour de cassation selon laquelle Lafarge devait faire face à des accusations de complicité dans crimes contre l’humanité. FYF sera parmi les parties fournissant des informations et de la documentation dans cette affaire. Plus de détails à cet égard seront rendus publics en temps voulu.
 
Mme Pari Ibrahim, fondatrice et directrice exécutive de FYF, a déclaré : « Le monde était conscient des crimes et des atrocités que l’Etat islamique infligeait aux civils, y compris au peuple yézidi. Les entreprises qui ont versé des sommes à l’Etat islamique sont complices et doivent être tenues responsables de leurs actes. Nos efforts visent à faire en sorte que la voix des Yézidis soit entendue, y compris celle de tous les survivants et des familles de ceux qui ont été tués. Les Yézidis constituent une petite communauté vulnérable, mais la justice est importante pour notre peuple, et les individus ou les entreprises qui ont violé nos droits doivent être jugés par un tribunal. »
 
Mme Clémence BECTARTE [avocate au Barreau de Paris, spécialisée en droit pénal, droit international des droits de l’Homme et droit international], représentante légale de FYF en France, a déclaré : « Nous sommes heureux que FYF ait l’opportunité de présenter les preuves qu’elle a recueillies dans cette enquête. Il est impératif que les entreprises soient responsables de leurs actions, en particulier lorsque ces actions contribuent à des atrocités de masse telles que celles perpétrées par l’Etat islamique. »
 
 
 

 

On ne sait toujours pas quand commencera le procès contre Lafarge. La maison mère suisse Holcim a annoncé dans un communiqué son intention de faire appel de la décision devant la Cour de cassation. Elle a précisé que le comportement reproché à Lafarge n’était pas conforme aux valeurs du groupe et que les événements avaient été dissimulés à la direction lors de la reprise de Lafarge en 2015. Si l’affaire devait être jugée, ce serait historique : pour la première fois, Lafarge serait jugé en tant que personne morale pour son implication présumée dans des crimes contre l’humanité, et non plus seulement en tant qu’individu, comme cela a été le cas par le passé.

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