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SYRIE. Après le carnage commis par DAECH à Hassaké, les FDS exhortent la communauté internationale à agir

SYRIE / ROJAVA – Les habitants de la Syrie du Nord et de l’Est ont subi de nouveaux traumatismes avec l’attaque de la prison de Ghwayran, à Hassaké, tenue par les forces arabo-kurdes. En effet, les terroristes islamistes, avec le soutien des Etats hostiles à l’existence du Rojava, ont commis un véritable carnage en brûlant, torturant, près de 80 travailleurs de la prison qui abritent 5000 membres de DAECH / ISIS et leurs femmes et enfants, dont de nombreux ressortissants européens.
 
Alors que les peuples de la région tentent de panser leurs plaies réouvertes par DAECH, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) exhortent la communauté internationale à agir en entreprenant des actions concrètes au sujet des dizaines de milliers de terroristes islamistes détenus au Rojava dans l’article suivant rédigé par India Ledeganck.
 
Hassake : les Forces Démocratiques Syriennes demandent des actions concrètes
 
Ce 20 janvier, une attaque commanditée par l’État islamique dans la ville d’Hassaké a mis le feu aux poudres dans les régions du nord-est de la Syrie. Cette action signe un ravivement des cellules dormantes de l’État Islamique en Syrie et remet sous le feu des projecteur la question du rapatriement des membres du groupe terroriste dont la nationalité est étrangère.
 

Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), coalition militaire du nord-est de la Syrie, ont fait face le jeudi 20 janvier à des attaques perpétrées par les cellules dormantes de l’État Islamique. Les régions du nord-est de la Syrie sont autonomes de facto au gouvernement de Bachar al-Assad depuis 2012. Elles disposent de leur propre constitution, système politique et judiciaire ainsi que de leurs forces armées. Les FDS sont membres de la Coalition Internationale en Irak et en Syrie et ont joué un rôle majeur en tant que principales forces terrestres dans la lutte contre l’État Islamique. Néanmoins, la situation sécuritaire du nord-est de la Syrie est toujours instable à cause des invasions militaires turques réalisées en 2018 et 2019.

Situation des territoires du nord-est syrien en 2022. © RIC

Jeudi 20 janvier, une voiture piégée a explosé près de la raffinerie Sadcop au sud de la ville d’Hassake, provoquant une réaction en chaine sur de larges barils de pétrole. Plus d’une centaine d’attaquants ont ensuite pris d’assaut la prison d’al-Sinaa via trois flancs différents et ont détruits la porte avec un engin explosif. L’objectif de cette action était la libération des membres de l’État Islamique arrêtés durant la guerre et les opérations anti-terroristes qui en ont suivies. La prison compte près de 5 000 détenus, dont près de 700 mineurs ayant été impliqués activement dans l’organisation.

Plan de la prison d’al-Sinaa dans le quartier de Gweiran à Hassake. © India Ledeganck

 

Selon Aram Anna, porte-parole des Forces Démocratiques Syriennes, aucun détenu n’a réussi à prendre la fuite. Une partie des assaillants se sont échappés dans les quartiers environnants et ont utilisés des civils comme bouclier humains, tandis que d’autres ont occupés la faculté d’ingénieurerie reliée au régime syrien et située à côté de l’établissement pénitencier. Les premiers assaillants ont rapidement été aidés par d’autres groupes armés arrivant du sud-ouest de la ville. La Coalition Internationale en Irak et en Syrie a, dans ce cadre, réalisé plusieurs frappes aériennes afin de supporter les forces terrestres.

« Des membres de cellules dormantes ont rejoint les combats après la première attaque. C’est ce qui a ralenti nos forces : on ne sait plus qui est un membre de l’État Islamique et qui ne l’est pas. Chaque frappe nécessite donc une longue observation afin d’être certain de ne pas blesser de civils » explique Aram Anna.

Une autre difficulté se présenta lorsque les assaillants prirent en otage les résidents du centre de réhabilitation pour mineurs ayant activement participé au sein de l’État Islamique. Ces derniers disposaient effectivement d’installations spécifiques suivant les recommandations des Nations-Unies relatives à la protection de l’enfance. La situation de ces adolescents fût pendant plusieurs jours incertaine : « nous ne pouvons pas savoir exactement combien de personnes sont encore dans la prison ou même s’il y a des morts », explique le 28 janvier le commandant des unités de protection du peuple (YPG) pour la région de Jazeera. Deux jours plus tard, alors que l’établissement pénitencier est complètement sous contrôle des FDS, aucun mort chez les mineurs n’est enregistré. Néanmoins, cette information peut être sujette à modification car la totalité des corps n’a pas encore été identifiée.

La ville d’Hassake. © India Ledeganck

Les chiffres officiels ont été dévoilés ce 31 janvier lors de la conférence de presse tenue par les FDS près de la prison d’al-Sinaa dans le quartier de Gweiran. 374 membres de Daech ont été tués, tandis que 40 soldat·e·s des Forces Démocratiques Syriennes sont tombé·e·s martyr·e·s. 77 personnes provenant du personnel de la prison (cuisiniers, gardes de sécurité, aides ménagères, …) sont aussi tombé·e·s martyr·e·s. 4 civils auraient notamment perdu la vie, dont des journalistes et une personne travaillant au sein de la raffinerie Sadcop.

Un des bâtiments connexes à la prison d’al-Sinaa, fortement endommagé par une des frappes aériennes de la Coalition Internationale. © India Ledeganck

Le 26 janvier, les Forces Démocratiques Syriennes ont annoncé le contrôle total de la prison d’al-Sinaa, tandis que les opérations continuaient du côté du centre de réhabilitation pour libérer les adolescents. Plus de 3 500 personnes à l’intérieur de la prison se seraient rendues. Leur nouveau lieu de détention n’a cependant pas été communiqué pour des raisons de sécurité. Néanmoins, le lendemain, une nouvelle poche de résistance a été découverte dans la cave d’un des bâtiments carcéraux. Les FDS ont estimé qu’il s’agissait d’attaquants et non de détenus, et que leur nombre varierait entre 60 à 90 personnes. Les FDS ont donné un ultimatum à ceux-ci sans communiquer de date vis-à-vis d’une future opération de grande ampleur sur la prison. Le 30 janvier, la prison est finalement déclarée sous contrôle.

Des troupes des Forces Démocratiques Syriennes se déplacent en dehors de la zone de confrontation située dans le quartier d’al-Gweiran et al-Zouhur, le 26 janvier. Les FDS viennent d’annoncer le contrôle total de la prison en début de soirée. © India Ledeganck

En parallèle, les membres des cellules dormantes ont été difficiles à identifier et ont été actifs dans les quartiers environnants. Un groupe de journalistes accompagné de membres des FDS et d’une troupe étatsunienne a été visé le 27 janvier par deux personnes situées dans les pourtours de la prison. Aucune victime n’a été cependant été reportée.

Des opérations de ratissage soutenues par la Coalition Internationale ont été réalisées dans la ville d’Hassake afin d’intercepter d’autres membres de cellules dormantes. Cependant, les retombées de cette attaque ne se limitent pas à une ville. Car même si les groupuscules terroristes étaient jusqu’à présent peu actifs, cela ne signifie pas qu’ils ne constituent plus une menace. Comme l’avait indiqué le 8 décembre 2021 Ferhad Shami, directeur du centre médiatique des FDS, « il suffit qu’une cellule se réveille pour que toutes se soulèvent ». Une attaque peut donc se présenter comme une réelle opportunité pour les cellules dormantes de toutes les régions du nord-est syrien, qui peuvent profiter de l’instabilité militaire de la région. Ferhad Shami indique notamment que près de 60% des régions désertiques de la Syrie sont encore contrôlées par l’État Islamique. À ce sujet, Aram Anna précise : « nous avons vaincu l’État Islamique en tant qu’organisation militaire, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de personnes qui pensent comme elles et eux. Et ce problème ne fait qu’empirer de jour en jour ».

Plusieurs attaques qui ont visé les centres des FDS ont d’ailleurs été enregistrées à Raqqa et Deir al-Zor depuis ce 20 janvier. La sécurité autour des autres prisons ainsi que des camps ont été augmentées en prévision d’autres assauts : « nous savons que des lieux tels que les prisons et camps sont menacés d’être attaqués. Libérer ces personnes est leur espoir, car il s’agit de leurs leaders et leurs membres » explique Aram Anna. Lors d’une conférence de presse tenue le 31 janvier, la commandante des FDS Newroz Ahmed a confirmé que cette attaque était destinée à amorcer des opérations de plus vastes ampleurs. L’objectif à long-terme de cette première incursion était l’instauration d’un second califat de l’État Islamique.

Newroz Ahmed, commandante des FDS, et Mehmûd Berxwedan, commandant des YPG, lors d’une conférence de presse tenue le 31 janvier à Hassake. © India Ledeganck

L’administration autonome du nord-est syrien, structure politique qui dirige lesdites régions, appelle la communauté internationale à jouer un rôle plus actif dans le rapatriement de leurs citoyen·ne·s. Parmi les 10 000 combattants de l’État Islamique détenus dans les régions du nord-est de la Syrie, 2 000 détiendraient une nationalité étrangère. Les camps, dont les conditions de sécurité empirent de jour en jour, abritent aussi plusieurs milliers d’étrangers·ères, dont des citoyen·ne·s belges et français·es. Les FDS demandent notamment qu’un Tribunal pénal international pour les combattants de l’État Islamique soit mis en place dans les régions du nord-est de la Syrie afin de garantir une solution à long-terme contre la menace terroriste. « Personne ne fait rien sur le terrain. Tout le monde nous supporte, et nous pensons qu’ils sont honnêtes. Mais nous devons maintenant nous concentrer sur des actions concrètes. […] Nous n’en pouvons plus des paroles. Nous sommes empêtrés dans cette situation depuis 10 ans. Notre peuple a souffert de l’État Islamique, du régime syrien, de la Turquie, jusqu’à quand devrons-nous encore souffrir ? ».

Sortie du cordon sécuritaire, 26 janvier. © India Ledeganck

Le rôle de la Turquie par rapport au ravivement des cellules dormantes dans le nord-est de la Syrie

Le commandant des YPG en Jazeera et le porte-parole des FDS ont tous les deux confirmés qu’une de leur escouade a été visée par un drone turc alors que celle-ci se rendait à Hassake en guise de renforts. Le bataillon était composé de soldat·e·s mais aussi de commandant·e·s, continuant ainsi la longue liste d’attentats ciblés perpétrés par la Turquie à l’encontre de haut·e·s placé·e·s au sein des FDS. La ligne de front entre Ein Issa et Tal Tamar a de plus été visée avec des attaques au mortier, tandis qu’une offensive terrestre a été réalisée à al-Fahsra, un village près d’Ein Issa. « Avant, le ciel était avec nous. […] Aujourd’hui, le ciel est contre nous. Nous n’avons jamais pensé à entrainer nos forces par rapport à des attaques aux drones. Nous n’avons jamais pensé à ça, parce que nos forces ont été créées pour combattre l’État Islamique, pas l’État turc ! » explique Aram Anna.

Les territoires occupés par la Turquie depuis son invasion militaire en octobre 2019 sont depuis lors un terreau fertile pour les groupes terroristes. La région est sujette à un véritable changement démographique, de nombreuses familles ayant fui l’arrivée de l’armée turque et des mercenaires affiliés. De nombreuses exactions y sont commises, ainsi que dans les territoires occupés d’Afrin envahis en mars 2018. Des armes appartenant à l’OTAN avec des indications en langue turque ont été retrouvées sur les corps des mercenaires qui ont perpétrés l’attaque à Ein Issa. De plus, plusieurs personnes impliquées dans l’attaque du 20 janvier sur la prison d’al-Sinaa ont été identifiés. Il s’agirait de mercenaires résidant sur les territoires actuellement occupés de Serê Kaniyê (Ras al-Ayn en arabe). Les FDS insistent sur la correspondance, appuyée par des preuves matérielles, entre les mercenaires contrôlant les territoires occupés depuis 2019 et l’attaque sur la prison d’al-Sinaa.

Les Forces Démocratiques Syriennes appellent la communauté internationale à prendre ses responsabilités vis-à-vis du rapatriement de leur citoyen·ne·s actuellement enfermé·e·s dans les prisons et les camps du nord-est syrien. Cette attaque, la plus importante depuis la chute de l’État Islamique en 2019, était pourtant prévisible selon Aram Anna : « Ils ont menacés une prison qui contient 5 000 de leurs membres. Et si le pire arrivait ? Et si ? Nous avons de nombreuses fois rappelé le danger de l’État Islamique, toujours bel et bien présent. Nous augmentons nos efforts pour les contrer. Mais en laissant cette situation de cette manière, la communauté internationale supporte l’État Islamique. »De plus, la menace turque envenime une situation sécuritaire déjà fragilisée : « une guerre sur le nord-est de la Syrie signifie que nous ne pourrons plus combattre efficacement l’État Islamique », avertit Ferhad Shami.

Il est à rappeler que l’attaque débutée le 20 janvier aura fait 117 martyr·e·s du côté des FDS et 4 autres civils y auront perdu la vie. « Si l’État turc supporte l’État Islamique et la communauté internationale regarde simplement … Je ne sais pas ce que je peux dire de plus. Nous combattons l’État Islamique depuis 10 ans, et celui qui nie ce fait, je l’invite à venir voir nos cimetières » rétorque Aram Anna.

Cimetière des martyr.e.s d’Hassake.  India Ledeganck

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