Il y a 9 ans, 3 militantes kurdes furent assassinées à Paris

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PARIS – Il y a neuf ans jour pour jour, les militantes kurdes Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez ont été assassinées à Paris par un espion turc. Malgré les promesses des politiciens français déclarant qu’ils allaient traduire en justice les responsables de ce triple assassinat, il n’y a toujours pas eu de procès.
 
La France a même tenté de classer l’affaire suite à la mort du tueur, comme s’il n’avait pas agi sous les ordres des services secrets turcs ! Il a fallu une lutte acharnée des familles des 3 victimes pour qu’une nouvelle enquête soit lancée en 2019. Depuis, c’est de nouveau le silence total. C’est dans ce climat délétère que les Kurdes et leurs amis étaient dans la rue en France et à travers l’Europe, réitérant leur demande de justice pour Sakine, Fidan et Leyla, neuf an après leur assassinat.
 
Hier, lors de la manifestation parisienne, le frère de Sakine Cansiz, Metin Cansiz déclarait qu’ils allaient finir par obtenir justice dans ce triple féminicide perpétré à Paris, même si pour cela il leur fallait la lutte de plusieurs générations de Kurdes. En effet, la colère et la détermination des Kurdes pour obtenir justice pour Sakine, Fidan et Leyla reste intacte depuis le 9 janvier 2013.
 
Plusieurs militantes kurdes ont appelé la France à laver l’affront fait à la justice dans le meurtre de 3 femmes kurdes à Paris, déclarant que cela est « une tache dans l’Histoire de la France ».
 
Justice pour Fidan, Sakine et Leyla
 
Hier, malgré la pluie glaciale qui s’abattait sur Paris depuis les premières heures de la journée, plus d’un millier de Kurdes et leurs amis, mais aussi quelques élus français, ont marché de la Gare du Nord jusqu’à la place de la République où une scène avait été installée pour l’occasion. Ils ont demandé justice pour Fidan, Sakine et Leyla.
 
Après l’arrivée de la foule sur la place de la République, le père de Fidan Dogan et le frère de Sakine Cansiz (Metin Cansiz) ont pris la parole.
 
Le père de Fidan Dogan a accusé les « forces impérialistes » d’être derrière le triple meurtre de Paris et la disparation mystérieuse de l’assassin présumé (Omer Guney) qui est sensé être mort en prison mais qui n’a pas de tombe. Il a déclaré que cela fait des années qu’il cherche la tombe d’Omer Guney, mais qu’il n’a rien trouvé. Pour lui, Guney a été exfiltré de la prison avant le procès pour empêcher que la vérité éclate.
 
Le frère de Sakine, Metin Cansiz a déclaré qu’ils allaient continuer leur combat jusqu’à obtenir justice, même si pour cela, plusieurs générations de Kurdes devraient poursuivre la lutte.
 
Plusieurs élus français de gauche qui ont rejoint la manifestation kurdes ont également appelé les autorités judiciaires françaises à faire la lumière sur ce triple assassinat devenu affaire d’État entre la France et la Turquie.
 
L’élue communiste, Laurence Patrice a déclaré que « La France doit lever le secret défense pour que les commanditaires de ce féminicide politique soient jugés! », tandis que l’adjoint de la maire de Paris, à Ian Brossat déclarait: « Solidarité avec les Kurdes dans le combat contre l’islamisme et pour nos valeurs émancipatrices. »
 
Retour sur un crime d’État commis sur le sol français

Le 9 janvier 2013, les militantes kurdes Sakine Cansiz ((Sara, co-fondatrice du PKK), Fidan Dogan (Rojbin), représentante de KNK à Paris, et membre du mouvement de jeunesse kurde, Leyla Saylemez (Ronahi) ont été abattues de plusieurs balles dans la tête par un espion turc dans les locaux du Centre d’Information du Kurdistan, à Paris.
 
Le 23 janvier 2017 devait débuter le procès aux Assises d’Ömer Güney, le présumé coupable. Le suspect, qui était lié aux services de sécurité turcs à Ankara selon les informations obtenues par les avocats des familles des victimes, est décédé subitement en prison le 17 décembre, un mois avant le début du procès.
 
Bien que la justice française s’est empressée de classer aussitôt l’affaire, les avocats des familles des victimes sont intervenus, rappelant que, même si celui qui tué les 3 femmes est décédé, les commanditaires de ce triple meurtre ne le sont pas et qu’ils sont étroitement liés aux services secrets turcs.
 
Ainsi, les familles des trois victimes se sont constituées partie civile en 2018 et ont réussi à ce qu’en mai 2019, l’affaire soit relancée « pour les faits de complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste et d’association de malfaiteurs terroriste criminelle ». « L’enquête judiciaire a mis en évidence que l’un des mobiles les plus plausibles de ce triple assassinat pouvait être mis en relation avec les activités supposées d’Ömer Güney en France au sein des services secrets turcs [MIT], » écrivait d’ailleurs la juge d’instruction chargée du dossier.
 
Qui sont Sakine, Fidan et Leyla ?
 
Sakine Cansiz
 
Cofondatrice du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), Sakine Cansız est née dans la province de Dersim en 1957. Après plusieurs années d’activité dans le mouvement de la jeunesse étudiante à Elazıg, elle rejoint en 1976 le mouvement révolutionnaire kurde.
 
Suite à sa participation au congrès du PKK, le 27 novembre 1978, la jeune femme est arrêtée à Elazıg et envoyée en prison avec un groupe d’amis. Soumise à de lourdes tortures dans la période ayant suivi le coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980, elle n’est libérée qu’en 1991. Un fois libre, elle poursuit ses activités militantes dans l’ouest et le sud du Kurdistan.
 
Après de longues années de lutte dans les montagnes du Kurdistan, Sakine Cansız va en Europe où elle prend la direction du mouvement des femmes kurdes. Figure pionnière du mouvement de libération kurde, elle a grandement contribué au renforcement des organisations kurdes au sein de la diaspora.
 
Fidan Dogan
 
Fidan Doğan est née en 1982, à Elbistan, dans la province de Maraş. Fille d’une famille d’immigrés, elle grandit en France.
 
Dès son enfance, elle se met en quête de son identité kurde. À partir de 1999, elle s’engage dans les organisations kurdes en Europe. À partir de 2002, elle travaille activement dans le domaine de la diplomatie. Elle devient représentante à Paris du Congrès national du Kurdistan (KNK).
 
Leyla Saylemez
 
Fille d’une famille originaire de Lice, dans la province de Diyarbakir, Leyla Soylemez est née dans la ville turque de Mersin où elle passe son enfance jusqu’à ce que sa famille s’exile en Allemagne, dans les années 90. Après un an d’études d’architecture, elle rejoint la lutte pour la liberté au Kurdistan et s’engage particulièrement dans les activités de la jeunesse kurde.
 

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