Mort des réfugiés dans la Manche: Utopia 56 porte plainte pour homicide involontaire et omission de porter secours

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PARIS – Après la mort d’une trentaine de réfugiés, dont la majorité était des Kurdes, dans la Manche le 24 novembre, l’association d’aide aux réfugiés, Utopia 56 porte plainte pour homicide involontaire et omission de porter secours.
 
Le 24 novembre, 27 migrants, dont de nombreux Kurdes, qui tentaient de rejoindre l’Angleterre depuis la France sont morts lorsque leur bateau gonflable a coulé au large de Calais, dans le nord de la France. Un survivant raconte qu’avant de couler, les réfugiés avaient appelé les secours côté britannique et français, mais que les Anglais et les Français les avait dirigés chaque fois vers l’autre partie, disant qu’ils étaient dans les eaux territoriales de l’autre État, laissant mourir près d’une trentaine d’enfants, femmes, jeunes hommes en pleine mer…
 
L’un des deux survivants de la catastrophe de la Manche et un parent de deux des migrants ont accusé les garde-côtes britanniques d’avoir ignoré les appels répétés à l’aide des migrants en train de se noyer alors qu’ils se trouvaient dans les eaux britanniques.
 
Les familles des victimes ont saisi la justice au Royaume-Uni tandis que l’ONG Utopia 56 a saisi le parquet de Paris pour homicide involontaire et omission de porter secours.
 
Utopia 56 a annoncé par un communiqué avoir porté plainte dans l’affaire du naufrage d’un bateau de réfugiés entre le Royaume-Uni et la France:
 

Suite au naufrage d’une embarcation le 24 novembre 2021 au large de Calais ayant causé la mort d’au moins 27 personnes, Utopia 56 dépose plainte pour homicide involontaire et omission de porter secours auprès de la procureure du Tribunal judiciaire de Paris. Contre :

  • Monsieur Philippe DUTRIEUX, Préfet maritime de la Manche et de la Mer du Nord
  • Monsieur Marc BONNAFOUS, directeur du CROSS GRIS NEZ
  • Madame Claire HUGHES, directrice de Her Majesty’s Coastguards
  • X
  • Ainsi que contre toute autre auteur, co-auteur ou complice que l’enquête viendrait à déterminer. 

Selon les témoignages des deux personnes rescapées, de proches de personnes décédées et de personnes ayant réussi la traversée le même jour, des appels de détresse auraient été portés aux services de secours français et anglais avant la découverte des corps par un bateau de pêche. Aucun secours ne leur aurait été immédiatement apporté. Selon une source judiciaire, l’enquête en cours,  dont est saisie la Junalco (Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée) aurait d’ores et déjà permis de confirmer l’existence de ces appels.

« Comment ces pays ayant humanité, morale et droits humains n’ont rien fait pour sauver la vie de 33 personnes. » s’interroge Saman, frère de l’une des personnes décédées.

Cette situation d’appels au secours restés sans réponse était déjà survenue le 20 novembre 2021 à 9 h 23. Ce matin-là, l’équipe d’astreinte d’Utopia 56 a reçu un appel de détresse depuis une embarcation à la dérive. Dans l’un des messages vocaux envoyés depuis l’embarcation, une personne exilée nous disait : « Par exemple si j’appelle le 999, ils disent appelez la France et quand on appelle la France ils nous disent de contacter le Royaume-Uni. Les deux se moquent de nous. »

« En tant que citoyens, et alors que certains fondements sont constamment bafoués par l’État et ses institutions, le droit reste notre seul rempart face à ces pratiques illégales et maltraitantes organisées envers les personnes en situation d’exil. » Charlotte Kwantes, coordinatrice nationale d’Utopia 56.

Alors que les autorités du Royaume-Uni ne semblent avoir ouvert aucune enquête suite à ce naufrage et que celle ouverte en France paraît se concentrer essentiellement sur le rôle des passeurs, Utopia 56 souhaite par le dépôt de sa plainte et des investigations qu’elle déclenchera que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce naufrage :

  • Les services de secours français et anglais ont été informés, comment se sont-ils organisés ?
  • Qui a pris les décisions et qui doit assumer les lacunes, les négligences et imprudences qui ont conduit à ce drame humain ?

La transparence et la vérité sont dues aux victimes et à leurs familles.

Il faut tirer les enseignements et conséquences y compris sur le plan pénal du naufrage du 24 novembre 2021 pour que, plus jamais, ces drames ne se reproduisent. 

Ce drame survient dans un contexte de répression systémique et de violation des droits fondamentaux :

  • Au Royaume-Uni, le Home office (Ministère de l’Intérieur anglais) cherche à rendre légale la pratique du refoulement, en dépit du droit maritime international et des droits humains (Le 13 septembre 2021, les images de la chaîne Sky News et de l’ONG Channel Rescue ont montré des garde-côtes anglais s’entrainant à repousser les embarcations en mer à l’aide de scooters des mers).
  • En France, la commission parlementaire sur les migrations relève que le budget investi par la France à la frontière est largement consacré à l’intervention policière (85%) plutôt qu’à l’aide humanitaire (15%).
  • L’avion de Frontex, agence européenne mise en cause pour une politique criminelle commis aux frontières intérieures et extérieures de l’Europe, intervient depuis fin novembre sur le Calaisis.
  • Les ministres Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti diffusent des contre-vérités et mensonges sur l’action de l’État et les conditions de vie des personnes exilées à la frontière.

Les politiques publiques françaises, le mensonge d’État, le déni de la vérité, contribuent quotidiennement à pousser les personnes en exil à fuir la France et à rejoindre le Royaume-Uni. Ainsi en 2021, plus de 30 000 personnes ont déjà rejoint les côtes anglaises, se tournant vers des réseaux illégaux faute de voies sûres et légales de passage.

« Un sac sur le dos, toutes et tous avaient une histoire à raconter, une histoire à construire. Les politiques menées aux frontières en ont décidé autrement », explique Nikolaï Posner, coordinateur de la communication Utopia 56.

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