TURQUIE. Frapper le Kurde avec une main kurde

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Des cercueils anonymes d'Ahmet Güneştekin. Exposés à Diyarbakir Keçi Burcu
TURQUIE / BAKUR – L’instrumentalisation de certains Kurdes contre les Kurdes qui luttent contre le colonialisme du Kurdistan est une arme redoutable que la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie a utilisée / utilisent depuis plus d’un siècle. Bien que souvent cette instrumentalisation soit utilisée dans la mobilisation armée de certains Kurdes collabos contre les Kurdes patriotes, elle s’exprime également à travers l’art, comme on vient de le voir lors de l’exposition du peintre kurde Ahmet Güneştekin à Amed/Diyarbakir où l’armée turque a commis des crimes de guerre pas plus tard qu’en 2015/2016…
 
Des cercueils anonymes qui blanchissent un État criminel
 
Le samedi 17 octobre, Ahmet Güneştekin inaugurait en grande pompe son exposition « Hafıza Odası » (Salle de mémoire) dans le quartier historique de Sur, détruit en grande partie par l’armée turque pendant l’hiver 2015/1016. De nombreux politiciens turcs et kurdes ainsi que des personnalités kurdes et turques se sont empressés sur les lieux de l’expo qui avait plusieurs thèmes : « Alphabet perdu », « mur des mères », « vous n’y étiez pas », « colline de la mémoire », « décomposition » et « couloir n° 5 » 
 
L’artiste kurde a déclaré fièrement qu’il avait organisé cette exposition dans sa ville natale pour rappeler à son peuple qu’on doit garder en mémoire toutes les injustices et crimes dont les Kurdes ont été victimes sur ces terres depuis des décennies… Ces crimes qui sont les disparitions forcées, la torture, la prison, les déportations, massacres massifs des civils, interdiction de la langue et la culture kurdes, etc.  
 

Tandis qu’une partie des politiciens, journalistes, artistes… kurdes accueillaient avec enthousiasme cette exposition, d’autres criaient à l’imposture qui blanchit les mains ensanglantées du régime turc. En effet, tous ces crimes dénoncés sont l’œuvre de l’État turc qui continue le génocide kurde encore aujourd’hui. Inviter des responsables turcs sur le lieu du crime comme s’ils n’y étaient pas pour quelque chose est pour le moins indécent et explique la colère de ces innombrables Kurdes envers Ahmet Güneştekin. Les Kurdes ont une bonne mémoire et n’ont pas besoin de cercueils colorés exposés sous leurs nez pour se rappeler leurs cadavres ensevelis par l’armée turque sous les décombres de Sur, Nusaybin, Silopi, Idil… il y a 5 ans. C’est l’État turc qui doit se rappeler que le peuple kurde lui demander des comptes tôt ou tard pour les crimes de guerre et crimes contre l’humanité qu’il a commis au Kurdistan colonisé.

Lors de l’enterrement de Dilber Bozkurt, qui a été tuée à Sur/Diyarbakir, la police turque attaquait ceux qui portaient le cercueil avec du gaz lacrymogène et des canons à eau à Mardin / Dargeçit.
 
Pavaner sous le nez des mères qui cherchent les cadavres de leurs enfants
 
Lors de l’assaut de l’armée turque contre les localités kurdes qui ont déclaré l’autonomie locale, des centaines de civils ont été tués par les forces turques. D’autres ont été ensevelis vivants sous des décombres par les soldats turcs qui ont empêché les enterrements des victimes, ont attaqué les cercueils…, privant les familles de faire leur deuil…

Souvenez-vous de Cemile Çağırga, 10 ans, Taybet Inan, 57 ans. Toutes les deux ont été tuées par les forces turques et privées d’enterrement pendant des jours.
 
Taybet Inan a été abattue par les forces armées turques devant chez elle, à Silopi, le 19 décembre 2015. Son cadavre est resté dans la rue, sous les yeux de ses enfants pendant 7 jours car les soldats turcs tiraient sur tous ceux qui sortaient de la maison. Cette mère de 11 enfants avait reçu 10 balles.
 
La petite Cemile a été tuée à Cizre, un district de Şırnak (Şirnex), le 7 septembre 2015. Sa mère a gardé le corps dans le congélateur pendant des jours car les soldats turcs leur avaient interdit de l’enterrer.
 
Aujourd’hui, exposer des cercueils colorés vides sous le nez de ces familles qui ont été privées de faire leur deuil car elles n’ont pas trouvé les cadavres de leurs proches ou ont été interdites d’organiser des funéraires est d’une perversité sans nom. On retourne le couteau dans leur plaie ouverte qui saigne depuis près de six ans maintenant.
 
Des personnalités et des politiciens kurdes dansant la ronde avec leurs bourreaux
 
Des politiciens et personnalités kurdes et turques avec Ahmet Güneştekin

Le coprésident du HDP, Mithat Sancar, Mithat Sancar, İhsan Arslan, l’avocate Türkan Elçi, la journaliste Nurcan Baysal étaient parmi les personnalités et politiciens kurdes qui étaient aux côtés des responsables turcs dont le maire kémaliste d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu et l’ancien député du Parti de la justice et du développement (AKP), parti d’Erdogan qui sème la terreur au Kurdistan, y compris au Rojava et au Bashur.

Certaines de ces personnalités kurdes sont allées jusqu’à danser la ronde avec ces représentants de l’État turc aux pieds des remparts historiques d’Amed, à Keçi Burcu alors que ce même régime vient d’interdire le concert organisé à l’occasion du 30e anniversaire du Centre de Culture Mésopotamienne (Navenda Çanda Mezopotamya, en kurde) à Istanbul….

*Ahmet Güneştekin est un artiste visuel, dont les œuvres couvrent la peinture, l’art conceptuel et la sculpture. 

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