TURQUIE. Le journaliste qui a photographié le meurtre d’un Kurde par la police en 2017 poursuivi pour terrorisme

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TURQUIE / BAKUR – La justice turque exige 20 ans de prison pour le journaliste Abdurrahman Gök pour avoir photographié le meurtre de Kemal Kurkut à Amed, le 21 mars 2017, lors des célébrations du nouvel an kurde Newroz alors que le meurtre de Kurkut est resté impuni.
 
La première audience du procès du photojournaliste Abdurrahman Gök, qui risque 20 ans de prison pour «appartenance à une organisation terroriste» et «diffusion de propagande terroriste», s’est tenue mardi à la 5e Cour pénale de Diyarbakır (Amed).
 
En 2017, après qu’il aie fait publié les images du meurtre de l’étudiant kurde, Gok a fait l’objet d’une enquête un mois plus tard. En 2018, après l’abandon de l’affaire, Gök a fait l’objet d’une autre enquête et a été emprisonné pendant une semaine. Il avait appris à l’époque que ses communications avaient été surveillées par la police turque pendant un certain temps.
 
Etant donné que les accusations portées contre lui sont basées sur des informations journalistiques qu’il a partagées avec ses collègues, Gök explique que l’enquête porte vraiment sur les photos qu’il a prises lors des célébrations du Newroz en mars 2017.
 
Un rapport d’expert rédigé par le Bureau pénal national privé a révélé en 2019 que Kemal Kurkut, l’étudiant abattu en 2017, avait été délibérément tué par le policier.
 
Le rapport affirme que des images au ralenti de la fusillade analysées par des experts légistes prouvent que la victime a été abattue par derrière lorsque le suspect a tiré avec son pistolet.
 
Le rapport a également mis en évidence des éléments du rapport d’autopsie conformes aux caractéristiques du trou de balle dans le corps de la victime, qui montraient également qu’il était directement visé.
 
L’un des deux policiers qui étaient détenus le jour de crime, le 21 mars 2017, a été libéré après avoir témoigné devant un procureur, tandis que l’autre, identifié uniquement par les initiales Y.Ş. a été libéré sous contrôle judiciaire par le tribunal lors de sa mise en accusation.
 
Kurkut étudiait à l’Université İnönü de Malatya et s’est rendu dans la ville de Diyarbakır pour les célébrations de Nevruz en 2017. Il s’est disputé avec la police à un point de contrôle alors qu’il tentait de pénétrer dans la place des célébrations, comme l’ont montré des photos prises lors de son meurtre.
 
La police a trouvé des livres de poésie et des vêtements dans le sac à dos de Kurkut après l’avoir été abattu.
 
Les photos de la caméra de Gök ont ​​été cruciales pour réfuter les affirmations du bureau du gouverneur de Diyarbakır à la suite de l’incident selon lequel Kurkut avait été abattu parce qu’il était soupçonné de porter un gilet explosif.
 
Ils ont montré un Kurkut torse nu s’approchant d’un poste de contrôle de la police avec un couteau et une bouteille d’eau à la main, puis passant devant les barricades de la police avec plusieurs agents le pourchassant avant de finalement se faire tirer dans le dos et de tomber au sol.
 
Selon les déclarations de témoins oculaires, le jeune homme s’était disputé avec la police au point de contrôle et on lui avait demandé de retirer son t-shirt. «Je n’ai rien sur moi», aurait crié Kurkut avec colère avant de retirer son pull, de courir vers une boucherie voisine pour attraper un couteau et de retourner sur les lieux du crime.
 
«Ces photos sont entrées dans l’histoire prouvant l’innocence de Kemal. Sans elles, Kemal serait connu comme un kamikaze qui était sur le point d’ensanglanter les célébrations du Newroz», a déclaré Gök à DW Türkçe, des larmes aux yeux.
 
 
 

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