Il y a six ans, les soldats turcs abattaient une activiste kurde à la frontière de Kobanê

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Il y a six ans jour pour jour, Kader Ortakaya, une jeune femme kurde de 28 ans, a été tuée délibérément par des soldats turcs près de Suruç. Elle faisait partie d’une foule rassemblée en soutien à la résistance de Kobanê face à l’EI, de l’autre côté de la frontière.
 
Quelques semaines avant d’être abattue d’une balle dans la tête, Kader avait écrit une lettre à ses parents expliquant les raisons de son engagement.
 
« Ma chère famille, Je suis à Kobané. Cette guerre n’est pas seulement la guerre des habitants de Kobané mais une guerre qui nous concerne tous. Je rejoins ce combat pour ma famille bien-aimée et pour l’humanité. Si nous ne saisissons pas aujourd’hui que cette guerre est aussi la nôtre, alors, demain, nous serons seuls quand les bombes frapperont nos maisons. Gagner cette guerre signifie que les pauvres et les exploités gagnent. Je crois que je peux être plus utile en participant à cette guerre plutôt qu’en devenant employé de bureau. Vous vous fâcherez probablement contre moi car je vous rends triste, mais vous comprendrez tôt ou tard que j’ai raison.
 
Je souhaite que tous les gens vivent librement et de manière égale. Je souhaite que personne ne soit exploité tout au long de sa vie pour trouver un morceau de pain ou un abri. Pour que ces souhaits se réalisent, il faut se battre et lutter.
 
Je reviendrai quand la guerre sera finie et que Kobanê sera libérée. Quand je reviendrai, je vous prie d’accueillir aussi mes amis. N’essayez pas de me retrouver. Il est impossible de le faire. Une des raisons importantes pour lesquelles j’écris ce courrier est que je ne veux pas que vous fassiez des efforts pour me trouver et que vous souffriez pour cela. S’il m’arrive quelque chose, soyez sûr que vous en serez informé.
 
Si vous ne voulez pas que je sois emprisonnée et torturée en prison, ne vous adressez pas à la police ou à toute autre institution de l’État. Si vous le faisiez, moi, vous et mes amis en souffriraient tous. Ne dites même pas à nos proches que je suis partie à Kobanê, pour que je ne sois pas emprisonnée à mon retour. Déchirez cette note après l’avoir lue.
 
Si vous voulez faire quelque chose pour moi, soutenez ma lutte. Vous avez gardé le silence sur tous les dysfonctionnements de l’État. Dites que c’en est assez que des gens soient tués dans les rues, qu’ils soient exposés à des bombes à gaz, qu’ils soient bombardés comme ce qui s’est passé à Roboski. Je continuerais à participer aux manifestations et aux activités des associations si je vivais avec vous. Je vous confie mon combat jusqu’à mon retour.
 
Je vous embrasse tous, ma mère, mon père et Ada, Deniz, Zelal et Mahir, qui est sur le point de naître. Mes salutations particulières à mon frère Kadri. Il agira comme cela lui convient.
 
Je vous embrasse tous avec tous mes sentiments révolutionnaires.
 
Le téléphone était un cadeau de mon frère. Il contient des photos de nous. J’envoie ma carte de bourse à ma mère. Qu’elle achète ses médicaments jusqu’à mon retour.
 
Je vous aime tous beaucoup.
 
Au revoir pour le moment. »
 
Kader a été tuée par les gendarmes turcs, alors qu’elle participait à une chaîne humaine d’une soixantaine de personnes tentant de franchir la frontière entre la Turquie et la Syrie pour rejoindre Kobanê.
 
Les militaires turcs ont lancé des bombes de gaz lacrymogène et tiré à balle réelle sur le groupe formé principalement par des membres de l’Initiative pour l’Art Libre, ainsi que sur un autre groupe de jeunes qui se trouvait du côté de l’autre côté de la frontière, côté Kobanê.
 
Kader Ortakaya participait aux tours de garde destinés à empêcher les recrues de Daesh de passer à Kobanê via la frontière turque.

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