“La laveuse de mort”, un roman coup de poing contre l’oppression des femmes kurdes

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A mesure qu’on tourne les pages du roman “La laveuse de mort” écrit par Sara Omar, on sent le sang des femmes et des fillettes victimes de « crimes d’honneur » suinter du livre alors que la laveuse de ces corps lapidés cherche désespérément une fin à cette horreur en s’accrochant de toutes ses forces à son livre sacré, le Coran…
 
Dans ce premier roman, Sara Omar nous envoie en pleine figure l’horreur que trop de femmes et filles kurdes vivent encore aujourd’hui dans de nombreuses régions kurdes marquées par une tradition conservatrice puisant sa force dans l’islamisme le plus rigoriste qui soit. En effet, dans la laveuse de mort, les femmes et les fillettes ne sont que l’ombre d’elles-mêmes et leur vie ne tient qu’à un fil de coton qui peut rompre à tout moment, tant la société kurde dominée voit toutes les malheurs qui lui arrivent sortir droit du sexe féminin.
 
L’histoire, pour ne pas dire l’horreur, racontée dans ce roman nous fait voyager dans deux espace-temps différents. L’héroïne du roman, Frmesk nous apparait la première fois dans un hôpital danois le 10 août 2016 et ne cesse de faire des allers/retours dans le passé (au Kurdistan du Sud) et le présent qui se déroule au Danemark.
 
La petite Frmesk a le malheur de naitre fille et d’avoir une touffe de cheveux blancs sur le crane qui est interprété comme étant le signe d’une malédiction prouvant que son existence va porter malheur à sa famille en plein massacre et gazage des Kurdes par le dictateur sanguinaire Saddam Hussein vers la fin des années 1980.
 
Frmesk est récupérée par sa grand-mère Gawhar, une femme pieuse portant le Coran dans sa poche en permanence mais mariée à Darwes – un homme adepte de la religion zoroastrienne et qui condamne la violence et la haine des hommes qui se cachent derrière les paroles du Coran pour dominer, sinon, détruire les femmes – lave les corps des femmes et fillettes tuées par leurs proches dans des crimes d’honneur car elles auraient « sali » l’honneur de la famille, soit en n’ayant pas saigné lors de la nuit de noces, soit elles ont eu un amant ou tout simplement on les considérait comme « trop libres » par rapport aux normes très strictes de leur société. Gawhar pense ainsi la protéger des griffes de la grand-mère paternelle et du père qui veulent sa mort.
 
Malgré tous les efforts de Darwes et Gawhar, Fremsk sera victime de violences, dont le viol par un oncle qui est imam par ailleurs…
 
On ne sait pas comment Fremsk est arrivée au Danemark. Mais même ici, au coeur de l’Europe, elle est traquée par son père et doit se cacher en permanence pour échapper à la mort qu’on lui a promise à sa naissance.
 
On ne vous parlera pas de la fin de l’histoire, ni de la présence de Darya, la jeune étudiante kurde aspirant à être médecin et échapper à sa famille ultra – conservatrice vivant au Danemark. On vous conseille tout simplement de lire ce roman puissant pour comprendre la lutte des femmes kurdes pour l’émancipation dans une société conservatrice kurde dominée elle-même par des nations hostiles voulant la disparition du peuple kurde.
 
Sara Omar (née le 21 août 1986 à Sulaymaniah, dans le Kurdistan du Sud) est une autrice, poète et militante des droits humains kurdo-danoise. Elle est la première femme romancière du Kurdistan reconnue internationalement. Elle a commencé comme poète et a publié plusieurs articles critiques dans les médias du Moyen-Orient.
 
Sa famille a fui la guerre au Kurdistan d’Irak à la fin des années 1990. Sara vit au Danemark depuis 2001. Elle est chroniqueuse pour le magazine danois Alt for Damerne. Le premier roman d’Omar, La laveuse de mort, a été publié au Danemark en 2017. Omar et son livre ont reçu de nombreux prix au Danemark. Le journal danois Jyllands-Posten a comparé Sara à Elena Ferrante et le journal français Le Monde l’a comparée à Simone de Beauvoir et Voltaire en raison de son combat pour la liberté, l’égalité et la justice.

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