La France va expulser vers la Turquie un réfugié kurde

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BORDEAUX – La France s’apprête à expulser vers la Turquie Mehmet Yalçin, un demandeur d’asile kurde qui a été arrêté à son domicile ce matin. Il a été conduit à l’aéroport de Bordeaux pour être envoyé vers la Turquie où il risque la prison, voire la torture…

Condamné en 2019 à deux ans de prison dont un an ferme, Mehmet Yalcin a dû porter un bracelet électronique pendant près d’un an. Sans papiers du fait du rejet de sa demande d’asile par l’OFPRA et incriminé comme un vulgaire terroriste, privé de papiers, Mehmet Yalçin risque de se retrouver dans une prison turque…

Les proches d’Yalçin sont actuellement à l’aéroport de Bordeaux, essayant d’empêcher son expulsion.
 
L’avocat d’Yalçin, Gabriel Lassort a déclaré au journaliste Walid Salem :
 
« Monsieur Yalçin, qui avait fait l’objet d’une rétention administrative, avait été libéré sur décision du Tribunal administrative de Bordeaux jugeant mal fondée cette rétention. Monsieur Yalçin a souhaité une nouvelle fois l’examen de sa demande d’asile. Alors que la préfecture a voulu dès sa sortie le placer sous assignation à résidence, cette décision a également été annulée par le tribunal administrative de Bordeaux. J’ai appris ce matin son interpellation par 20 policiers à son domicile devant sa femme et ses enfants. Il a été emmené à l’aéroport de Mérignac pour une audition administrative. On est dans l’attente de ce que va décider la préfecture. Vont-ils le mettre de force dans l’avion ? Le remettre au centre de rétention ? Ou tout simplement le laisser repartir ? On n’en sait rien. Pourtant la préfecture agit là en dehors de ses prérogatives. »
 
Le 28 juillet dernier, cet homme marié, père de trois jeunes enfants avait été arrêté à Bordeaux mais relâché par la suite.
A l’époque, le Conseil Démocratique Kurde de Bordeaux avait dénoncé l’arrestation d’Yalçin ainsi :
« Après avoir été condamné par la justice française pour de soi-disant liens avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), un activiste associatif kurde est aujourd’hui menacé d’expulsion vers la Turquie, pays où il risque d’être arrêté et torturé.
Condamné en 2019 à deux ans de prison dont un an ferme, Mehmet Yalcin a dû porter un bracelet électronique pendant près d’un an. Il est actuellement sans papiers du fait du rejet de sa demande d’asile par l’OFPRA, rejet motivé par cette condamnation. Incriminé comme un vulgaire terroriste, privé de papiers, il est maintenant menacé d’être jeté dans la gueule du loup.
Le 28 juillet dernier, cet homme marié, père de trois enfants (âgés de 2, 4 et 6 ans), résidant à Bordeaux depuis 2006, a été convoqué au commissariat où il a été immédiatement menotté et placé en rétention. A ce stade, tous les recours déposés par ses avocats ont été rejetés. M. Yalcin dont l’expulsion est prévue le 28 août prochain a fait savoir qu’il entamait une grève de la faim.
L’expulsion de Mehmet Yalcin vers la Turquie serait une violation grave de la convention européenne des droits de l’homme et de la Convention de Genève sur les réfugiés. La Turquie n’a rien d’un État de droit. L’orientation franchement autoritaire et répressive prise par le régime d’Erdogan au cours de ces dernières années le démontre largement. Chaque jour, des militants politiques, élus, journalistes, avocats, syndicalistes sont arrêtés et emprisonnés en Turquie. La presse est muselée et les réseaux sociaux en passe d’être entièrement contrôlés par le régime. Par ailleurs, les cas de torture et de mauvais traitements sont en pleine recrudescence, comme le dénonce un rapport récent de l’ONG Human Rights Watch.
Depuis des années, la France mène des opérations contre les associations kurdes et leurs militants, prétextant leur proximité avec le PKK. Les militants associatifs kurdes sont poursuivis, condamnés, détenus. Et comme si cela ne suffisait pas, ils se voient interdire le territoire français, retirer leur statut de réfugié et placés sous FIJAIT, une sorte de contrôle judiciaire à vie.
Jusqu’où va aller la France dans ce harcèlement judiciaire et administratif à l’encontre des Kurdes ? Est-il interdit de militer sur le territoire français pour la reconnaissance des droits et libertés d’un peuple opprimé ?
La France doit cesser de se voiler la face. Les Kurdes et leurs activités ne représentent aucun danger, ni en France, ni ailleurs dans le monde. Le véritable danger, c’est le régime fasciste et autoritaire d’Erdogan qui gronde aux portes de l’Europe, ainsi que ses réseaux islamo-nationalistes qui prolifèrent ici et là.
Si la France veut lutter contre le terrorisme, comme elle le prétend, qu’elle agisse contre la Turquie et cesse son acharnement politique et judiciaire contre les Kurdes dont le seul tort est de résister face à la violence et l’oppression étatique.
Nous demandons instamment aux autorités françaises d’abroger les mesures d’éloignement prises à l’encontre de M. Yalcin et de lui accorder un droit de séjour afin que lui et sa famille puissent vivre en France dans des conditions dignes.
Nous appelons les partis politiques, les élus, les organisations de défense des droits humains et toutes les personnes indignées par cette situation à interpeller les autorités françaises pour empêcher l’expulsion de Mehmet Yalcin. »

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