La Turquie a ouvert une enquête contre 400 Kurdes vivant en Allemagne

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TURQUIE – Le bureau du procureur général d’Ankara a lancé une enquête judiciaire contre quelque 400 personnes fréquentant ou travaillant dans des associations kurdes en Allemagne.
 
Des arrestations de Kurdes d’Allemagne, dont certains ont la nationalité allemande, se poursuivent en Turquie à la suite d’enquête ouverte par le procureur général d’Ankara contre les membres d’associations kurdes et d’organisations légales d’opposants turcs en Allemagne. La dernière personne victime de ces arrestation est Kadriye İmir, la mère de Nuran İmir, une députée du Parti démocratique des peuples (HDP).
 
Selon un rapport publié en août 2019, 62 citoyens allemands ont été détenus au cours des 6 derniers mois en Turquie. 38 d’entre eux sont interdits de quitter la Turquie.
 
Une enquête visant 400 Kurdes
 
Selon des avocats et politiciens travaillant sur le sujet, l’enquête ouverte par la Turquie visent quelque 400 ressortissants allemands.
 
Le consulat allemand est également informé des opérations visant les citoyens allemands sur le sol turc. Tandis que le consulat allemand garde son silence, des ressortissants allemands, notamment des Kurdes, sont confrontés à des détentions en Turquie.
 
Fréquenter des associations kurdes est un crime
 
Bien que la décision de confidentialité prise au cours des enquêtes se poursuive, ils sont accusés d’être membres d’associations kurdes en Allemagne et d’avoir participé aux activités de l’association et d’avoir prononcé des discours lors de ces activités.
 
On affirme que les noms des membres des associations légales ont été tirés des registres allemands de commerce. Dans les enquêtes ouvertes au motif d’ « être membre d’une organisation » et de « faire de la propagande pour une organisation [terroriste/kurde] », ceux qui vivent en Allemagne sont généralement victimes d’interdiction de quitter la Turquie.
 
Citoyens incités à dénoncer les Kurdes et opposants turcs aux autorités turques
 
Les victimes qui viennent rendre visite à des proches à Ankara attirent également l’attention sur la présence d’informations obtenues grâce aux activités de renseignement en Allemagne. Le 2 novembre 2019, ND avait déclaré à Artı Gerçek : « Ceux qui sont actifs au sein d’une association germano-kurde, ceux qui participent aux manifestations de protestions de la politique de l’AKP [le parti politique au pouvoir en Turquie], même des discutions entre individus peuvent provoquer des poursuites en Turquie.»
 
ND, avait ajouté qu’on essayer de mettre en place en Europe la pratique similaire des citoyens dénonciateurs déjà mis en œuvre en Turquie.
 
Les associations kurdes au cœur de l’enquête
 
Les autorités turques demandent généralement aux détenus s’ils ont été détenus auparavant et s’ils avaient des comptes sur les réseaux sociaux.
 
Certaines questions posées aux détenus sont les suivantes :
 
* Avez-vous participé à des activités et actions organisées conformément aux instructions d’Abdullah Öcalan [dirigeant du Le Parti des travailleurs du Kurdistan – PKK emprisonné en Turquie depuis 1999] et de l’organisation terroriste [PKK]?
 
* Que savez-vous du Congrès de la Société démocratique kurde en Europe (KCDK-E)?
 
* Dites-nous en détail ce que vous savez sur le Centre de la société démocratique kurde en Allemagne (NAV-DEM) ?
 
* Quels types d’activités sont organisées par les membres du Centre de la société démocratique kurde (DKTM) à Munich pour les membres de l’organisation KCK-PYD / YPG qui ont été neutralisés alors qu’ils menaient des activités au sein de l’organisation terroriste ?
 
* Qui a participé aux événements ? Qui a invité ceux qui sont montés sur la scène lors de l’événement? Qui a préparé votre discours ? Parlez-nous de HDK-A (Le Congrès démocratique des peuples -Europe)?
(…)
* Parlez-nous des centres, administrations, membres et activités des organisations dites caritatives opérant sous les noms d’Heyva-Sor (Croissant-Rouge kurde) et Roja Sora Kurdi (Soleil rouge kurde) en Europe et en Allemagne?
 
Les avocats des victimes de ces poursuites ne peuvent même pas obtenir des informations concernant leurs clients car les dossiers sont classés « secrets ».
 
L’avocat Alişan Şahin, qui a vu bon nombre de ses clients condamnés à la détention, a déclaré que de nombreuses personnes avaient été victimes de ces opérations. Şahin a déclaré que les citoyens allemands étaient soumis à un long processus de détention.
 
Şahin a déclaré qu’ils n’avaient pas pu obtenir d’informations parce qu’il y avait une décision de confidentialité dans le dossier d’enquête mais qu’il n’y avait rien de tangible dans l’enquête (…).
 
Sahin, a déclaré: « Ce dossier est purement une violation des droits, les liens familiaux sont brisés. Des gens ont été licenciés. Ce n’est pas une enquête en vertu de la loi, mais une enquête sous pression politique. (…) J’espère qu’ils reviendront bientôt de cette illégalité. »
 
 
Image via Jacques Leleu

 

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